Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Élections québécoises d’avril 2014. Le retour des capitaines de milices…

Posted by Ysengrimus sur 7 octobre 2014

Dans les dernières années, l’immense glacier poreux du Parti Québécois s’est lézardé. Il a perdu quelques lamelles sur sa gauche, notamment avec la fondation du petit parti monocéphale Option Nationale, mort-vivant minimaliste qui continue de vivoter. Les pertes à gauche au Parti Québécois sont moins parlementaires qu’électorales, en fait. Les électeurs gauchisants du Parti Québécois sont doucement, au compte-goutte mais inexorablement, ponctionnés, par la formation de centre-gauche Québec Solidaire qui, graduellement, se parlementarise. À gauche du grand glacier quadragénaire du Parti Québécois, on a donc un écoulement, une fuite chuinteuse, une liquéfaction pleureuse qui, de plus en plus perceptiblement, le mine.

Sur la droite du Parti Québécois, la fracture interne a été beaucoup plus abrupte. Le député ex-péquiste François Legault lève et mène la fronde d’une poignée de transfuges droitiers, quitte le Parti Québécois avec eux, d’un coup sec, et part fusionner avec ce petit parti de mouches du coche bombinantes de droite qu’avait été l’Action Démocratique du Québec. La bande des transfuges péquistes droitiers à Legault dissous et absorbe l’ADQ, en peu de mois, s’arrogeant, dans le mouvement, le nouveau nom, largement surfait, pompeux et insignifiant (du moins, pour le moment) de Coalition Avenir Québec. Son ambition n’est ni modeste ni implicite. De fait, la jubilation rassembleuse des droites pousse désormais Francois Legault à sereinement comparer son parti à l’Union Nationale (de Duplessis).

Dans ce dispositif d’équilibristes, passablement malsain et hostile au demeurant, le Parti Québécois représente de plus en plus le Centre étriqué et cerné de la politique parlementaire québécoise. En cela, il reflète de moins en moins la société civile (toujours passablement survoltée par les luttes récentes ayant mobilisé toute une génération au sens critique de plus en plus en alerte), qu’il croit pourtant encore représenter. Pour compenser la plus empirique des pertes subit par sa lente dissolution, le Parti Québécois a cherché, pendant son court mandat minoritaire, à ratisser à droite. Tel fut le but exclusif, délétère et minable de la Charte des Valeurs Ethnocentristes et Démagogiques qui fit avancer la perte péquiste de plusieurs crans. Cet appel du pied des droites idéologiques (sinon fiscales) fut, de fait, un échec cuisant, fermement sanctionné par l’électorat, et qui a, implacablement, entrainé la démission de la cheffe de cette formation, Madame Pauline Marois.

La fragmentation idéologique péquiste prend donc désormais de plus en plus corps politiquement (la gauche d’un bord, les droitiers de l’autre, les hyper-nationaleux dans leur petit coin, le centre-droite qui s’enfonce). Il est hautement improbable que cela soit réversible. L’effritement de cette vaste formation politique, qui marqua l’imaginaire d’une génération, est si important en proportion qu’il ne fut pas sans impact parlementaire. Les législatures québécoises, depuis la confédération canadienne (1867) avaient été, dans leur quasi totalité, constituées de gouvernements majoritaires. Si on excepte l’accident historique de 1878 (marquant l’ouverture de la transition libérale), on peut dire que les gouvernements québécois, une fois élus, n’eurent pas trop de problèmes de conciliation et/ou de copinage parlementaire entre les partis. On observe cependant, depuis 2007, l’accélération sensible de la mise en place insidieuse d’une culture des gouvernements minoritaires à l’Assemblée Nationale. Voyons un peu la liste historique des gouvernements minoritaires au Parlement de Québec:

1878 (durée de vie de vingt mois)
Premier ministre: Henri-Gustave Joly de Lotbinière
Gouvernement (minoritaire): Parti Libéral
Second parti de coalition: Conservateurs indépendants
Opposition: Parti Conservateur

2007 (durée de vie de vingt et un mois)
Premier ministre: Jean Charest
Gouvernement (minoritaire): Parti Libéral
Première opposition: Action Démocratique du Québec
Seconde opposition: Parti Québécois

2012 (durée de vie de dix-huit mois)
Première ministre: Pauline Marois
Gouvernement (minoritaire): Parti Québécois
Première opposition : Parti Libéral
Seconde opposition : Coalition Avenir Québec

Il est clair que cet impact parlementaire minorisant de la nouvelle porosité friable du Parti Québécois a fait l’objet à cette élection-ci d’un rejet. Patapoliticistes comme ils le sont toujours un peu désormais, les québécois de souche voulaient stabiliser les effets perturbateurs du mouvement de fonte du gros glacier bleu et blanc et en revenir à une chambre majoritaire. Plus politiciens au sens traditionnel, les québécois de branche ont rejeté en bloc (à raison – je les seconde pleinement) l’ethnocentrisme péquiste qui, lui, a enfin osé s’afficher ouvertement (et paya pour). Le vote actuel fut, l’un dans l’autre, bien plus caméral que militant. On a voulu remettre un peu d’ordre sur le tréteau du théâtre. Et, pour ce faire, on vient donc de remettre en selle le Parti Libéral,  les vieux capitaines de milices.

Ce sont des petits intendants méprisables et la force apparente de leur victoire actuelle ne doit en rien laisser croire qu’ils se soient spécialement crédibilisés ou rafraichis. C’est le retour par ressac de la fédérastie pense-petit et veule (le Canada anglais, qui n’y comprend rien, ne verra que le prisonnier strié de blanc et de bleu se résignant derechef et ne brassant plus sa cage), de la droite ordinaire qui, tout tranquillement, se croit propriétaire du pouvoir, du copinage impudent, et des grandes magouilles d’infrastructures. Mais… bon… hein… les électeurs ne retourneront pas aux urnes dans vingt mois mais, en bonne tradition ronron, dans quatre ou cinq ans. Ils ont maintenant la paix électorale jusqu’à la fin de la décennie. Pour ce qui est de la paix sociale, par contre, là, c’est une toute autre chose. Le troc pourrait s’avérer assez aride à terme. C’est qu’on assiste bel et bien ici à un retour bien abrupt et bien rapide aux conditions politiciennes de 2012… l’année du sommet de la crête de la lutte des carrés rouges. C’est donc à suivre.

Rappel du résultat des élections du 7 avril 2014 au Québec

Nombre de sièges à l’Assemblée Nationale: 125
Nombre de sièges requis pour détenir une majorité parlementaire: 63
Nombre de sièges au Parti Libéral: 70
Nombre de sièges au Parti Québécois: 30
Nombre de sièges à la Coalition Avenir Québec: 22
Nombre de sièges à Québec Solidaire: 3
Nombre de sièges à Option Nationale: 0
Nombre de sièges au Parti Vert: 0

Gouvernement majoritaire du Parti Libéral avec le Parti Québécois formant l’Opposition Officielle et la Coalition Avenir Québec formant la Seconde Opposition.

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Nota Bene: « Une représentation strictement proportionnelle à l’Assemblée nationale aurait donné les résultats suivants: 52 députés au lieu de 70 au Parti libéral; 33 députés au PQ au lieu de 30; 30 députés à la CAQ au lieu de 22 et 10 députés à Québec solidaire au lieu de 3. »   [LE DEVOIR]

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Les six aphorismes électoraux du Situationnisme Patapoliticiste

Posted by Ysengrimus sur 7 avril 2014

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Nous sommes entrés, depuis un bon moment déjà, dan l’Ère Patapoliticienne. Le «politique» est profondément, durablement et irrémédiablement discrédité. La «vie démocratique» contemporaine se réduit à la conformité électorale myope puis à la vie parlementaire somnolente des gras durs éligibles dans leur bocal à banquettes. Il faut donc faire avec cette situation en la jouant, justement, situationniste. Le Situationnisme Patapoliticiste s’impose. Ni cynique, ni défaitiste, ni arriviste, ni triomphaliste, cette posture philosophico-politique se donne l’heure juste, sans rêver ni renoncer. Nous dégageons ici les six aphorismes clefs du segment électoralesque de la pensée patapoliticiste. La référence situationniste situationnelle est ici le Québec (et le Canada) mais nous nous formulons dans des termes suffisamment généraux pour que la transposition se fasse sans trop de difficulté et ce, pour partout dans le monde patapolitisé contemporain.

1-     Il faut aller ne pas s’abstenir de voter. Il faut aller (ne pas s’abstenir de) voter, tout simplement parce que ne pas aller voter c’est laisser la bourgeoisie bénéficier de notre silence. Quel que soit le taux d’abstention électoralesque, la bourgeoisie continuera toujours de rouler dans son système pseudo-consultatif. Il faut donc caraméliser le moteur en agissant plutôt que de croire pouvoir le mettre à sec en ne faisant rien. Oui, oui, abstentionnistes qui vous voulez de gauche, notez le bien que le fait de ne pas voter, c’est ouvertement donner son silence-lobby à la bourgeoisie (que toute élection auto-légitime) et/ou abandonner son vote aux petits escrocs chapardeurs de voix qui sont bien loin d’avoirs quitté le service depuis le duplessisme. Il faut occuper intégralement son espace patapoliticiste et bien aller boucher la coche avec notre croix ou notre point noir. C’est pas une si grosse perte de temps, surtout de nos jours avec le vote anticipé et tout et tout. Une abstention est une manifestation de servilité hargneuse sans aucune valeur situationniste effective. Au siècle dernier, Ronald Reagan fut élu sur les plus hauts taux d’abstentions de l’histoire de son temps. L’abstention sert la réaction. Toujours.

 2-     Il faut voter pour ce qui est le plus à gauche sur son bulletin, sans fidélité particulière. Votez Marxiste-Léniniste, Communiste, Trotskyste, Maoiste, Ho-Chi-Ministe, Situationniste, Gauchiste, Guévariste, Gramsciste, même Solidariste ou N-Pédalo-Socialo. Prenez ce qui est le plus à gauche sur la feuille, sans tergiverser, et cochez. Le fait est que voter pour le genre de gauche molle qu’on nous propose dans le coin est mieux, mille fois mieux, statistiquement notamment, que de s’abstenir. S’abstenir c’est donner son vote à l’ennemi de classe, sans rien prendre en retour. Voter pour la gauche-bouffon, c’est au moins s’amuser un petit peu aux dépends de l’ennemi de classe… Il faut agir en se gaussant mais froidement et sans complexe. Vote durablement protestataire et politique du pire-moins-pire à fond le caisson, histoire de bien foutre les choquottes de la gauche au reste du camembert… Les partis politiciens (ceux d’extrême-droite inclusivement, naturellement) servent la bourgeoisie de façons fort analogues sinon identiques. De fait, savoir qu’ils travaillent tous ensemble, telle est la Loi Un de la saine conscience patapoliticiste contemporaine. Tous les partis politiciens perpétuent de concert la mythologie parlementaire… Le seul vote valide désormais n’a plus rien à voir avec le théâtre de marionnettes de la chambre: c’est celui qui fait pencher la barque à gauche. Il faut bouger dans l’isoloir pour leur rougir la vessie statistique un petit brin et tirer les pourcentages à gauche. C’est la seule chose à faire et ça les fait bien blêmir et cesser de nous prendre pour une petite populace de buveurs de bière et d’écouteurs de tribuns.

 3-     Il ne faut jamais militer pour un parti politicien. Militer pour un parti politicien (même un se voulant de gauche), quelle fadaise archaïque. Des pas et des pas, des portes claquées au nez, pour envoyer un autre trèfle dormir au parlement. Plus informés, plus rétifs aussi, nos concitoyens ne changent plus d’avis aussi facilement qu’avant, en matière politicienne. C’en est ainsi surtout parce que, patapoliticisme oblige, la politique politicienne n’est plus prise au sérieux autant qu’avant. Les positions sont donc relativement cantonnées… tant et tant que militer dans le giron électoralo-politicien, c’est un peu jouer du pipeau sous la pluie en faisant la manche dans une ruelle déserte. Ainsi, par exemple, le vote de gauche au Québec n’est pas un vote de protestation ad hoc mais bien de conviction stabilisée. La sensibilité de gauche est bien présente dans notre société. Souvenons-nous de la marée NPD, au fédéral en 2011, qui fut largement d’inspiration patapoliticiste et qui ne surprit vraiment que les Tartuffes médiatiques qui voudraient tant pouvoir prendre nos compatriotes pour des amateurs un peu épais de sport professionnel, sans plus. Le pépin contemporain c’est pas vraiment avec notre adhésion aux valeurs de gauche… c’est bien plutôt qu’on croit encore bien trop aux institutions parlementaires. Là, on dort au gaz pis pas à peu près… Si l’Assemblée Nationale est un espace de mythologisation, elle n’est certainement pas un espace de pouvoir. «Gauche parlementaire», c’est la formule soporifique par excellence, le nouvel opium du peuple progressiste. Militer pour ça, c’est du mauvais situationnisme et du vrai de vrai somnambulisme. S’il vous plait, éviter de le faire. Mobiliser l’énergie militante autrement et, surtout, ailleurs. Il faut militer social fondamental, pas politicien restreint.

 4-     Il ne faut jamais voter «contre» ou «pour punir» des politiciens. Le vote «stratégique» (dit aussi vote «utile») est une fadaise affligeante dans laquelle les partis bourgeois vous encouragent copieusement parce qu’elle les aide dans leur petit dispositif complice d’alternance, dont la veulerie faussement compétitive ne fait que s’accentuer de par la logique croissante des chambres minoritaires que nous vivons de nos jours. Savez-vous comment on guérissait un patient atteint de la syphilis avant les antibiotiques? On lui injectait la malaria. Les intenses poussées de fièvre des accès de malaria tuaient le syphilicoque… Une des maladies disparaissait mais une autre la remplaçait, non fatalement mortelle mais fort dangereuse et emmerdante quand même. Tel est le pis-aller politicien du voter «contre» ou «pour punir». En 1984, les canadiens ont voté pour sortir Pierre Trudeau (ou son souvenir falotement incarné en John Turner) et ils ont rentré le conservateur Brian Mulroney. Syphilis/Malaria, je ne vous dis que ça. Il ne faut pas entrer dans leur logique d’alternance, de baratin de balancier, de fausses crises politiques en ritournelles. Le patapoliticisme contemporain sait parfaitement que la crise politique fondamentale, la vraie, la cruciale, la seule, c’est l’existence intégrale de la politique politicienne. Voter «utile contre» c’est la perpétuer dans sa jubilation pendulaire, sans lui faire sentir la virulence du moindre message utile. Il ne faut pas faire ça. Pour savoir ce qu’il faut faire voir le # 2.

 5-     La politique politicienne est un spectacle. Le vivre comme tel en n’oubliant surtout pas de s’en amuser. C’est un show. C’est un zoo esti. Voyons et rions. N’oublions jamais que la grande bourgeoisie alimente la caisse électorale de tous les partis politiciens de façon tendanciellement uniforme. Premier Ministre Lambda ou Première Ministre Epsilon, les vrais décideurs d’officines s’en tapent totalement. Les nuances introduites par l’un politicien et par l’autre politicienne sont les tressautements aux couleurs clinquantes des calicots rapiécés d’un petit tréteau de guignol en déglingue. La continuité de l’état est la seule notion patapoliticiste qui vaille à ce jour, et le cynisme qui la constate est bel et bien celui de la bourgeoisie (pas de la société civile) et ce, depuis des décennies. Observons aussi que la procédure de la grande-cause-sociétale-distraction est désormais au cœur du spectacle en place. Circa 2010-2012, Jean Charest a absorbé l’attention sociétale avec sa raideur parlementaire et policière devant la crise des grèves étudiantes et la lutte des carrés rouges. Lui succédant sans vraiment le refaire, Pauline Marois a artificiellement déchaîné les passions avec sa Charte des Valeurs Ethnocentristes et Démagogues. Pendant que la société civile se distrayait avec ces grandes causes brasiers, allumées et éteintes juste à temps, pile-poil pour les échéances électorales, les deux grands partis parlementaires québécois travaillaient discrètement ensemble sur la question des scandales de corruption dans les grands travaux d’infrastructures et sur la braderie des ressources minières, pétrolières et gazières d’Anticosti et du grand nord, sans que le public ne se prenne trop à discuter ces questions là. Au fédéral, on a fait du guignol parlementaire avec les centaines de milliers de dollars gaspillés par des sénateurs inutiles à Ottawa pour bien éviter de parler des dizaines de milliards de dollars flaubés par des soldoques canadiens tout aussi inutiles (mais beaucoup plus coûteux et nuisibles) à Kaboul (Afghanistan) circa 2002-2014. Les marchands de sable politiciens font mumuse dans leur bac à sable politicien et ils endorment qui, vous pensez?

 6-     Il faut surveiller la politique politicienne non pour ce qu’elle dit mais bien pour ce dont elle est le symptôme. Il faut agir et bien voir ondoyer le mirage baratineur. Il ne faut surtout pas se retirer du monde patapoliticiste et/ou rentrer bouder dans ses terres pour autant. Il faut assurer, les yeux bien ouverts, l’intendance méthodique de notre vaste démobilisation politicienne. Certains partis politiciens se veulent plus mythologiques-lyriques. Ils font rêver et fantasmer. D’autres sont plus réalistes-cyniques. Ils (in)sécurisent et flagornent au ras des mottes. Il faut suivre les fluctuations clinquantes du show car elles sont autant de rides et de vaguelettes évocatrices sur la surface du cloaque bourgeois. Le vrai Situationnisme Patapoliticiste n’est pas abstraitement indifférent à la politique politicienne: il s’en moque, ce qui est, de fait, la suivre très attentivement et voir à lui faire révéler tout ce qu’elle n’admet que de fort mauvaise grâce. Il faut suivre (observer) et ne pas suivre (ne pas marcher à la suite de)…

À suivre donc…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Élections québécoises de septembre 2012. Et les transfuges bifurqueront encore…

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2012

Dans les dernières années, l’immense glacier poreux du Parti Québécois s’est lézardé. Il a perdu quelques lamelles sur sa gauche, notamment avec la fondation du petit parti monocéphale Option Nationale, mort le quatre septembre 2012. Les pertes à gauche au Parti Québécois sont moins parlementaires qu’électorales, en fait. Les électeurs gauchisants du Parti Québécois sont doucement, au compte-goutte mais inexorablement, ponctionnés, par la formation de centre-gauche Québec Solidaire qui, graduellement, se parlementarise. À gauche du grand glacier quadragénaire du Parti Québécois, on a donc un écoulement, une fuite chuinteuse, une liquéfaction pleureuse qui, de plus en plus perceptiblement, le mine.

Sur la droite du Parti Québécois, la fracture interne a été beaucoup plus abrupte. Le député ex-péquiste François Legault lève et mène la fronde d’une poigné de transfuges droitiers, quitte le Parti Québécois avec eux, d’un coup sec, et part fusionner avec ce petit parti de mouches du coche bombinantes de droite qu’était l’Action Démocratique du Québec. La bande des transfuges péquistes droitiers à Legault dissous et absorbe l’ADQ, en peu de mois, s’arrogeant, dans le mouvement, le nouveau nom, largement surfait, pompeux et insignifiant (du moins, pour le moment) de Coalition Avenir Québec.

Les pratiques politiciennes québécoises et canadiennes cultivent un certain nombre d’aberrations dont je vous épargnerai l’énumération. L’une d’entre elles est celle du transfuge politique ou vire-capot. Il s’agit d’un personnage, habituellement de peu d’envergure historique, élu sous une bannière et qui, en cours de mandat, d’un seul coup d’un seul, change tout simplement de parti politique, sans consulter ses électeurs, ni rien. Zone grise électorale s’il en fut, l’action foireuse du transfuge politique reste, on l’a bien vu aux élections du quatre septembre 2012, un coup largement hasardeux. Le député de ma circonscription, justement, dont je tairai pudiquement le nom, faisait partie de cette première vague de vire-capots ayant quitté le PQ pour fonder la CAQ. J’avais, à l’époque de ce petit geste de Jarnac, écrit une brève notule vesse-sec à mon député transfuge, pour lui signifier une façon de penser qui, elle, s’est avérée avoir une portée suffisamment générale dans le cœur des québécois et des québécoises pour que l’envie me prenne, en ce jour, de partager cette petite pièce de prose avec vous. Dont acte.

Monsieur, votre petite manoeuvre pose deux problèmes.

1- Vous vous tournez vers le mouvement Legault. Association de droite qui n’ose pas dire son vrai nom fétide, le mouvement de Legault, cet ADQ bis, est une organisation rétrograde, réactionnaire, nocive, véreuse, et dont le tapage médiatique qu’elle engendre ne prouve qu’une chose: la collusion compulsive des médias contemporains avec tout ce qui est de droite et vendu à la bourgeoisie. Je ne vote pas pour la droite. Vous venez donc de bien perdre mon vote.

2- La manoeuvre du transfuge, en soi, est une tactique politicienne qui s’assimile à une pure et simple trahison électorale. Tous transfuges devraient faire l’objet d’une élection partielle automatique, qu’on démarque bien ceux qui ont voté l’homme (peu) de ceux qui ont voté le parti (beaucoup). Dans un pays européen, ce type de tripotage aurait automatiquement électrocuté votre carrière politique. Le transfuge prouve ouvertement qu’il est un incohérent social.

Me voici donc dans l’obligation contrite de vous subir comme député incarnant le summum de ce pour quoi je n’ai pas voté. Je vous prévois une spectaculaire capilotade électorale aux prochaines.

À bon entendeur,

Paul Laurendeau

Prévision réalisée. Mon petit transfuge, un jeune homme très liant de trente-six ans, charmant communicateur naturel en costard, a fait une campagne énergique et tapageuse, puis a paisiblement mordu la poussière. Le péquiste régulier l’a battu par environ 1,300 voix de majorité. Les québécois et les québécoises, que voulez-vous, les vire-capots, ils n’aiment pas ça, et un certain nombre des frondeurs péquistes devenus caquiste ont crûment senti le plomb entrer dans l’aile de leur sotte décision, à l’élection. Ma petite notule et ses centaines d’équivalents, écrits ou cogités, se sont envolés dans de multiples directions, je le suppute.

Mais il y a bien plus que l’agacement face à la politique politicienne manœuvrière dans cette scientillante problématique du louvoiement. Il y a la réalité tangible du programme politique de la CAQ elle-même, en soi. Veut-on encore se faire dire de continuer de payer plus en recevant moins pour, ainsi, mieux engraisser les secteurs privé et financier? Franchement, soyons candide pour une fois… En la CAQ se synthétise l’art que cultive la démagogie de droite faussement «populaire» pour tenter de renouveler son allure nouvelle sans venir aux nouvelles et prendre la nouvelle qu’on ne veut pas des nouvelles-vieilles-idées de la si publicisée et claironnée et médiatisée nouvelle-droite. Je ne suis pas surpris au demeurant que ce genre de programme social soit relayé par un certain nombre de «fameuses» maisons de production «tendance», «nouvelles», néo-réac de fait… Ils sont partout, à la télé, les claironnants promoteurs d’autrefois de l’oublié André Boisclair, ancien jeune chef droitier éphémère du Parti Québécois, et ex-champion rhétoriqueur creux de ces pulsions nouvelle-droite dans le gros ventre gangrené et putride du PQ. Ils ont pignon sur rue, les porte-voix de la lézarde sur droite du susdit glacier PQ, notamment dans les médias privés. Et, de fait, si les médias parlent tant de ce courant, c’est parce qu’ils servent les mêmes maîtres que ce «nouveau» parti, pardi. Je ne suis pas étonné non plus du fait que la CAQ ait tassé le petit Mario Dumont (ancien chef co-fondateur de l’ADQ) et ses pâles successeurs, populistes foufous, flambés comme des carcajous, trop sectaires et braqués, quand la ligne actuelle de ce «nouveau» mouvement c’est le louvoiement. Pourquoi ne pas admettre ouvertement, candidement, qu’il s’agit d’un parti de droite-droite bien rigide et bien cynique visant à ploutocratiser encore plus le Québec et à servir ouvertement la bourgeoisie. Y a qu’a mater les maîtres penseurs. Bouchard, l’éternel crypto-conservateur. Legault, le chef envoyant ses vire-capots au casse-pipe. Facal, le réac fiscal. Pourquoi louvoyer ainsi et ballonner tous ces ballons, en prétendant préconiser le «changement». Messieurs, s’il-vous-plait… Ne venez pas me raconter que c’est d’être l’émanation assumée de ce nouveau trait de la culture parlementaire québécoise: la chambre minoritaire. C’est bien plutôt que vous cherchez à vous vendre insidieusement à une populace qui ne veut pas de votre camelote de bourgeois.

Louvoiement, c’est le nouveau maître mot. Legault vient d’ailleurs de s’y mettre. Avant l’élection, il menaçait de casser la chambre promptement, si elle était minoritaire (la déjà fameuse petite phrase: Je ne serai pas patient). Maintenant que les gros blocs de glace flacotent et toquent les uns contre les autre sur le grand cloaque (le moindre n’étant pas le Parti Libéral du Québec qui, avec cinquante députés –seulement quatre de moins que le nouveau parti ministériel- forme l’opposition officielle et ne prend pas la capilotade qu’on lui prévoyait), Legault, avec sa courte vingtaine de gogos, se virant de bord de nouveau, vient de lâcher une autre petite phrase: Nous détenons la balance du pouvoir.

Et les transfuges bifurqueront encore, au fil des clapotis. On ne se refait jamais fondamentalement et la girouette ne se fera pas aigle. Les caquistes se rapprochent -temporairement toujours- de la fissure qu’ils avaient initialement initiée, dans le gros glacier fatiké, comme pour se ré-enchâsser -par la droite toujours- dans l’espace le plus momentanément crédibilisé de la chambre, celui du bercail politique péquiste. Reste plus qu’a laisser les libéraux se réjuvéner encore, changer de chef, secouer leur mollesse doctrinale, rabattre pudiquement les rideaux sur leurs solides provignements pégreux et compradore. Il sera temps, dans deux ou trois ans, d’aller, comme dans le ballet fermé du Huis clos de Sartre, se coller à eux et ne plus se coller à l’autre. Après tout, c’est bel et bien une «coalition» qu’on nous annonce, pour l’«avenir». Entendre: un cartel des droites revampées. Il s’en vient tranquillement, au rythme du mouvement des quatre icebergs qui cliquètent en chambre, sur une eau si saumâtre et si morte. Dans ce dispositif d’équilibristes, passablement malsain et hostile au demeurant, le Parti Québécois représente de plus en plus le Centre étriqué et cerné de la politique parlementaire québécoise. En cela, il reflète de moins en moins la société civile (toujours passablement survoltée par les luttes récentes ayant mobilisé toute une génération au sens critique de plus en plus en alerte), qu’il croit pourtant encore représenter.

Rappel du résultat des élections du 4 septembre 2012 au Québec

Nombre de sièges à l’Assemblée Nationale: 125
Nombre de sièges requis pour détenir une majorité parlementaire: 63
Nombre de sièges au Parti Québécois: 54
Nombre de sièges au Parti Libéral: 50
Nombre de sièges à la Coalition Avenir Québec: 19
Nombre de sièges à Québec Solidaire: 2
Nombre de sièges à Option Nationale: 0
Nombre de sièges au Parti Vert: 0

Gouvernement minoritaire du Parti Québécois avec le Parti Libéral formant l’Opposition Officielle et la Coalition Avenir Québec formant la Seconde Opposition.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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En critiquant SUR SA GAUCHE la plateforme électorale du parti politique QUÉBEC SOLIDAIRE

Posted by Ysengrimus sur 1 octobre 2012

La plateforme (pour employer la monstruosité verbale consacrée chez nous pour désigner un programme électoral) du parti politique QUÉBEC SOLIDAIRE (QS), le parti le plus à gauche du camembert politicien québécois, est un document bien aéré de seize pages (il vaut vraiment la peine de prendre le temps de le lire) disposant quatorze têtes thématiques en ordre alphabétique (pour bien faire sentir qu’elles sont de priorités égales). Comme nous sommes, grosso modo, entre camarades idéologiques, nous sommes bien d’accord sur le fait que le Parti Québécois, le Parti Libéral et la Coalition Avenir Québec sont des partis bourgeois parfaitement fétides dont la vision sert les mêmes maîtres. Pas la peine d’en dire plus long sur eux. Leur cause est clairement entendue au tribunal de l’actualité et de l’histoire. Ce qui pose des problèmes plus importants, par contre, plus cruciaux, plus douloureux aussi, c’est la vision du parti de gauche dont dispose au jour d’aujourd’hui notre beau Kébek de 2012. On a, de fait, affaire ici à une gauche molle, conciliante, parlementaire, non-radicale, écolo-démocratique, non-révolutionnaire. C’est donc une gauche qu’il faut nettement critiquer sur sa gauche… Dont acte, sur les quatorze points:

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AGRICULTURE. La doctrine agricole de QS est fondamentalement localiste. Lisez-la attentivement, ce sera pour découvrir, derrière le paravent amical et respectueux de la valorisation des produits frais transportés sur de courtes distances, l’ombre centriste du protectionnisme agricole national (québécois). Un peu comme les démocrates américains (et pas plus radicalement qu’eux d’ailleurs), QS entend surtout maintenir la concurrentialité de l’agriculture québécoise, sans trop s’étendre sur le manque de solidarité internationaliste que cela risque inévitablement de provoquer envers le prolétariat de maints sous-secteurs, en Amérique du Sud notamment.

ALTERMONDIALISME. La vision altermondialiste de QS se veut universalisante et englobante. Les hommes, les femmes, l’écologie, la paix, les droits (bourgeois) de la personne (désincarnée) se voient promettre abstraitement un traitement plus juste, plus équitable. L’absence de visée sciemment internationaliste sur la lutte des classes et sur la dimension fermement anti-capitaliste de l’altermondialisme place QS, de facto, dans la portion larmoyante, généraliste, vœux-pieuzarde et petite-bourgeoise de cette mouvance complexe, corrosive, fluide et contrastée.

AUTOCHTONES. On se propose ici de maintenir la culture de ghetto et la folklorisation (linguistique notamment) des aborigènes, tout en cherchant discrètement à en contenir les abus les plus criants (atteinte aux droits des femmes, notamment). On continue de maintenir le mythe de l’entité autochtone comme peuple autonome en promettant, comme le font les partis bourgeois, des négociations de peuple à peuple. Aucune analyse du néo-colonialisme brutal et hypocrite servant de fondement à ce genre d’approche faussement égalitaire n’est avancée. On fantasme la dynamique autochtone comme une version en miroir de notre propre dynamique nationale et, surtout, on en parle (même en termes ouvertement généralistes) parce que ça fait bien. Crucialement, le fait que les aborigènes du Québec préfèrent de longue date faire affaire avec leur intendant colonial direct, le gouvernement fédéral canadien, n’est pas pris en compte ici.

CULTURE. Elle se déploie exclusivement en deux facettes. Sur la langue française, on continue de bien s’avancer dans la mythologie nationaliste du monolinguisme français. Il n’y a aucune prise en compte du fait diglossique et l’ensemble des langues du monde parlées au Québec est implicitement traité comme une menace culturelle placée au même niveau assimilateur que l’anglais. Presque identique à celle du Parti Québécois, cette lune linguistique unilatérale souffrira des mêmes carences que celle dudit Parti Québécois: crypto-xénophobie larvée et absence intégrale de solidarité envers les locuteurs des langues de la vaste constellation du not english only. Seconde facette culturelle selon QS: le mécénat culturel d’état, perpétue la négation implicite de toute dimension subversive de la culture, dont le financement continue de devoir se soumettre ronron à l’ensemble, peu reluisant et opaque, des critères fonctionnarisés.

ÉCONOMIE. Sur la fiscalité, on s’engage à graduellement/timidement remettre les entreprises au centre de leurs obligations fiscales et on entend combattre l’évasion fiscale par de la législation. Aucune saisie, aucune coercition des accapareurs n’est prévue. Ce sera de la supplique et du larmoiement. Sur les ressources naturelles, on y va du poncif de la nationalisation, totale ou partielle. On fait dans la perpétuation des pratiques, allégée par de l’atténuatif et du graduélliste. Un peu comme Salvador Allende autrefois, on pense la gabegie minière et forestière en termes de modération et d’enrichissement des communautés locales et/ou nationales (québécoises), sans qu’une remise en question radicale du postulat de l’extraction massive ne soit effectuée. Sur la croissance économique, on veut chercher à se débarrasser de la surproduction, de la surconsommation et du surendettement (vaste programme) mais on n’entend le faire qu’en organisant la production sur un axe strictement moral, en diminuant la production sale (gaz de schiste, uranium) et en amplifiant les activités propres et égalitaires (transports collectifs, agriculture de proximité). On voit bien la montagne du mythe coercitif de la croissance. On y répond par la souris du capitalisme équitable. Sur les institutions financières d’état, notamment la Caisse de Dépôt et de Placement, on entend tenir tête à l’Internationale du Pognon en recentrant ces acteurs financiers dans une perspective régionaliste, localiste, nationaliste, PME-iste. On défend le petit contre le gros, sans questionner la dimension qualitative commune à ces deux formats. On promet de mettre les entreprises au pas, dans l‘intendance de leurs subventions et dans la saine gestion du démantèlement de leurs installations désuètes. Les promesses ici sont plus détaillées (allez lire ça)… mais cela reste des promesses.

ÉDUCATION. Promoteur de la gratuité scolaire intégrale, QS ne dit cependant rien sur le noyautage intime et parasitaire des institutions universitaires par le secteur privé ni sur le conflit d’affiliation d’une portion croissante du corps universitaire spécialisé. Le gonflement chronique des frais administratifs du secteur de l’éducation (universitaire notamment) n’est pas mentionné non plus. Priorité est donnée à la partie angélique et consensuelle de la critique que les carrés rouges ont produit, au sujet du secteur de l’éducation. Sur la persévérance scolaire, QS avance le lot usuel des engagements centristes au sujet de la promotion de la famille, du soutien aux enseignants, de l’appui aux communautés, de la lutte à l’intimidation. Ici encore, il n’y a pas de classes sociales, donc pas d’école de classe. On affronte une sorte de fatalité abstraite que l’on croit pouvoir résorber sans analyse sociologique réelle du bras scolaire et de ses filières, en faisant simplement couler plus de fric dans le tuyau. Même angélisme abstrait, subventionnaire et gradualiste, dans le souhait pieux de la promotion de l’école publique. La fermeture immédiate et sans compensation de l’intégralité des institutions scolaires privées et/ou confessionnelles est une clause qui NE FAIT PAS partie du programme de QS en éducation.

ENVIRONNEMENT. Sur l’énergie et le climat, on avance la batterie d’accommodements qui sont ceux, rebattus désormais, d’un parti écologique économico-apolitique (si vous me permettez cette formulation un peu ironique. Je veux dire Europe Écologie plutôt que les Verts – pour ceux qui capteront cette nuance un peu franchouillarde). En gros, on reste capitalistes mais on remplace le carburant fossile par des éoliennes et on coupe, graduellement toujours, dans le salopage environnemental le plus criant, sans toucher à la dimension socio-économique (capitaliste) du problème. On notera que l’extraction du gaz de schiste serait, ici, intégralement interdite (QS a déjà été plus mou sur cette question – mais là, d’évidence il a flairé le vent de la résistance citoyenne). Le transport collectif serait valorisé, avec un objectif de gratuité d’ici dix ans (des promesses, des promesses…). Sur la biodiversité et le droit à l’eau, on exprime la vision standard d’un parti écologiste occidental, urbanisé, jardinier et bien-pensant.

FAMILLE. La politique sur la famille de QS semble se restreindre à la promesse ritournelle de l’augmentation des places en garderies. Même les partis bourgeois brandissent cet appât scintillant, à chaque élection provinciale et fédérale, depuis deux bonnes décennies. Des promesses, des promesses… Le caractère carcéral, conformiste et rétrograde de l’institution familiale n’est pas analysé.

INTÉGRATION CITOYENNE. Dans ce programme, l’intégration des immigrants garde une perspective insidieusement assimilatrice (la francisation abstraitement axiomatique est importante) tout en maintenant un prudent mutisme sur la fameuse question des accommodements. L’idée que les communautés culturelles doivent s’intégrer en bonne discipline au sein d’une société athée, non-sexiste, non-patriarcale, non-homophobe et rationaliste n’est pas abordée. On tient surtout ici à ce que les communautés culturelles puissent travailler, vite et bien, au sein de tous nos petits dispositifs socioprofessionnels aux postulats inchangés. Dans cette perspective, on fera notamment tout pour faciliter l’efficacité sociale, toujours solidement circonscrite, des travailleurs étrangers sous permis de travail temporaire (au Québec, ce sont principalement des travailleurs agricoles sud-américains exploités, précarisés et extorqués).

JUSTICE SOCIALE. La politique du logement promet du logement pour tous en maintenant un flou artistique sur le jeu insidieux entre le locatif et la propriété domiciliaire. La lutte aux petits propriétaires usuriers-véreux-privés de logements locatifs n’est pas mentionnée. On parle abstraitement de lutte à la grande spéculation immobilière, sans la corréler au problème crucial de l’urbanisme et de l’étalement urbain. Le revenu minimum garanti et le régime universel de retraite pour les pauvres ne se complètent pas d’une saisie unilatérale et sans compensation de l’excès de fortune des riches, tant et tant que la société civile sera appelée à financer le soutien des pauvres sans saisie des richesses des riches. Donc, aucune redistribution radicale des richesses n’est effectivement envisagée. On se contente d’accommoder et d’amplifier l’assistance. L’aide juridique sera un peu étendue, elle aussi, sans que le droit bourgeois ne soit remis en question et on promet une vague politique sur l’itinérance.

SANTÉ. Des pilules et des médecins de famille pour tout le monde, un système de santé qui roule et est efficace (des promesses, des promesses…) mais surtout une étanchéité complète entre le public et le privé en santé. L’engeance qu’ils ne voient pas dans les universités, ils la voient ici. Mais comment ils vont maintenir cette étanchéité paradoxale tout en maintenant la susdite engeance privée en place (quand on sait qu’elle colle en santé comme un vrai parasite hargneux), cela n’est pas précisé. Le rejet radical de toute radicalité finit vraiment par vous immerger dans des mixtures sociologiques fort bizarres et hautement insolubles.

SOUVERAINETÉ. L’erreur définitoire de QS est ici: c’est un parti souverainiste (comme le Parti Québécois). Son erreur définitoire serait tout aussi funeste s’il était un parti fédéraliste (comme le Parti Libéral du Québec). Au lieu de lire et de méditer ceci, QS promet la mise en place d’une assemblée constituante souveraine. La réaction politico-militaire de l’occupant anglo-canadien n’est pas prévue dans le calcul. Cette plateforme a d’ailleurs une remarquable propension à ouvertement ignorer les effets les plus sordides du poids du réel crasse. Elle a de l’idéal (cela n’est pas un tort, entendons-nous) mais à faire sciemment abstraction de toutes les luttes, on fini tout simplement défait.

TRAVAIL. Hausse du salaire minimum, égalité et équité salariale, amplification des droits syndicaux. Les travailleurs ne sont pas une classe révolutionnaire. On s’engage ici à renforcer leur position fixe au sein d’un capitalisme inchangé. La procédure réformiste par laquelle les formidables résistances du capital aux hausses de salaires et à la syndicalisation (les deux grands serpents de mer capitalistes des deux derniers siècles) seront brisées par QS en un mandat parlementaire et ce, sans révolution sociale, n’est pas précisée. Les très déterminantes particularités anti-syndicales et hautement aristocratie-ouvrière-jet-set-col-blanc de l’immense corps du secteur tertiaire ne sont pas analysées.

VIE DÉMOCRATIQUE. Entendre: vie électorale et vie parlementaire des gras durs éligibles. Réforme de la carte électorale (ils le font tous), élections à dates fixes (Le Parti Québécois veut faire ça aussi), plus de femmes au parlement (les partis bourgeois s’y engagent aussi). Le fait que le mode de fonctionnement électoral occidental est une arnaque généralisée de longue date, dévidée de toute dimension citoyenne ou démocratique, n’est pas pris en compte. Le mode d’intendance politicien bourgeois, parlementaire, Westminster, provincial à vote majoritaire tripotable (auquel on veut ici ajouter un zeste, une raclure de représentation proportionnelle) est quasi-intégralement postulé. Encore une fois: pas de révolution dans mon salon…

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Ma génération se souvient de ses frémissements socialistes (hautement illusoires) quand René Lévesque avait, tout pudiquement, déclaré circa 1974 que son parti politique avait un préjugé favorable envers les travailleurs. La formulation fait bien sourire aujourd’hui, avec le recul historique que l’on sait. Qu’est-ce qu’on rêvait en couleur, alors… Mollasson, gentillet, bien-pensant, moraliste, un rien baveux et historiquement myope, le parti politique QUÉBEC SOLIDAIRE nous engage, avec la lenteur usuelle, sur le même genre de petit chemin en forme d’arc-en-ciel social scintillant. On peut bien voter pour ça, une clopinette parlementaire de plus ne changera pas grand-chose. Restons simplement froidement conscient(e)s que la révolution ne se fera par comme ça et que le socialisme ne s’instaurera pas via ce genre de canal là. Il est trop lent, trop petit-bourgeois, trop abstrait, trop généraliste, trop angélique, trop moralisateur, trop démarxisé, trop déprolétarisé, trop lobotomisé, trop creux, trop mielleux, trop niaiseux, trop graduélliste, trop mou, trop restreint, trop étroit, trop nationaleux, trop pleurnicheux, trop centriste, trop réaliste et aussi, déjà, trop compromis, conciliant, coopté, récupérable, trop gauche parlementaire s’ouvrant déjà aux formes de social-populisme ayant fait la gloire «gauchiste» des Clear Grits et de la Co-operative Commonwealth Federation d’autrefois… Tu peux bien voter pour ça mais bon, ce sera encore et toujours du vote (dit) utile.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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À propos de la récente vague anti-conservatrice au Québec qui en a surpris plus d’un – un petit souvenir littéraire datant de 1918…

Posted by Ysengrimus sur 1 août 2011

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En respectueux hommage à monsieur JOHN GILBERT «Jack» LAYTON (1950-2011), chef du Nouveau Parti Démocratique (centre-gauche) lors de la campagne électorale fédérale canadienne de 2011, et dont la lutte déterminée et courageuse contre le cancer a tenu ses compatriotes, de toutes allégeances politique, en haleine jusqu’à son dénouement révoltant et tragique.

Il faut continuer de traquer les causes ordinaires (domestiques et industrielles) de cette maladie dénaturée, aux étranges caractéristiques sociologiques, et vraiment trop banale dans la vie sociale contemporaine…

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Aux élections fédérales canadiennes de 2011, les Québécois ont massivement voté, virtuellement seuls contre tous, pour le petit parti de centre-gauche de service. Nos folliculaires, faux savants sociologiques s’il en fut, réacs jusqu’aux trognons, et toujours hautement prompts à servir leurs maitres, ont pris de grands airs surpris, fendants, condescendants et hautement contris de constater tant de rigueur politique chez nos petits compatriotes (qu’on prend si souvent pour des gogos et des vive-la-joie manquant de sens civique et de vision sociale – grossière erreur). On s’étonna donc niaiseusement, dans la presse, de voir se manifester une si nette et ferme sensibilité de centre-gauche au Québec (confirmée ensuite par de nombreux sondages post-électoraux qui finirent par faire taire les sarcasmes et les rires jaunes des feuiles et cyber-feuilles, tout aussi jaunes). Et pourtant notre bel héritage historique si folklo et si gentil-gentil ne manque pas d’avoir laissé, sur la question, son solide et profond lot d’indices criants. J’en veux pour exemple unique, retenu ici pour sa haute qualité symbolique, cette remarquable évocation de la tumultueuse élection fédérale canadienne de 1891, dans le roman (au réalisme fort, ferme, solidement informé et indubitablement fiable) La Scouine d’Albert Laberge (1871-1960), publié, dans sa version définitive, en 1918.

Chahut électoral dans le Canada du 19ième siècle

C’ÉTAIT  jour d’élections. Les Bleus et les Rouges se disputaient le pouvoir et la population était divisée en deux camps absolument tranchés. Tous les anglais sans exception étaient conservateurs, tandis que la grande majorité des canadiens-français était libérale. Déjà, il y avait eu des bagarres aux assemblées politiques et l’on appréhendait des troubles sérieux autour des bureaux de votation. Des animosités de race fermentaient, menaçaient d’éclater. Cependant, comme la Saint-Michel, date des paiements, approchait, les fermiers n’oubliaient pas les affaires. Certes, ils iraient voter, mais ils profiteraient de l’occasion pour vendre un voyage de grain, d’autant plus que Robillard avait entrepris de charger une barge d’orge et qu’il la payait quatre chelins le minot.

Dès le matin, à bonne heure, ce fut sur toutes les routes conduisant au chef-lieu du comté une longue procession de wagons remplis de sacs de toile, bien propres, bien blancs, cordés avec soin. Chacun allait vendre son orge.

Les anglais tenaient évidemment à voter tôt, car dès huit heures ils se rendaient déjà au village. Deschamps qui comptait avoir quinze cents minots de grain cet automne-là, n’avait pu terminer son battage la veille comme il l’espérait. Il tenait absolument à le finir cependant, et cette besogne lui prit une partie de l’avant-midi. Après le dîner, il partit donc avec une quinzaine de poches dans sa charrette.

Sur la route de glaise, dure comme du ciment, bordée de trèfles d’odeur, de verges d’or et d’herbe Saint-Jean, son petit cheval bai marchait d’un pas régulier et, sur son dos, luisaient les têtes dorées des clous du harnais.

Deschamps alla livrer son orge chez Robillard. Là, il apprit que les Anglais s’étaient emparés du poll et en défendaient l’approche à leurs adversaires. Cette nouvelle n’était pas pour intimider Deschamps qui était un rude batailleur. Il attacha son cheval à la porte d’un vaste hangar en pierre, où il se trouvait à l’ombre, et partit vers la salle du marché public. En approchant, il constata que les Anglais avaient bien pris leurs mesures. Ils avaient disposé leurs voitures en rectangle autour de l’édifice et n’avaient laissé qu’un étroit passage libre qu’ils surveillaient. Cette tactique en avait imposé, et peu de Rouges s’étaient aventurés dans le voisinage de cette forteresse. Les audacieux qui avaient tenté de s’approcher avaient reçu un mauvais accueil. Justement, Deschamps se heurta à Bagon venu au village pour voter. Le Coupeur s’était endimanché, avait mis son haut de forme et le surtout de drap qui lui avait servi lors de son mariage. Malheureusement, il avait fait la rencontre de quelques Anglais et l’un d’eux, lui avait, d’un coup de fouet, coupé son tuyau en deux. Les compères avaient continué leur route en riant aux éclats de la bonne farce. Ce récit ne fit qu’aiguillonner Deschamps qui se dirigea d’un pas plus rapide vers l’ennemi. Trois grands gaillards, postés en sentinelle, gardaient le passage conduisant au bureau de votation. Comme Deschamps s’approchait, ces braves se mirent à ricaner et le plus gros de la bande l’apostropha d’un:

– Que veux-tu maudite soupe aux pois?

Un formidable coup de poing à la mâchoire fut la réponse de Deschamps. L’Anglais s’affaissa comme une masse. Les deux autres se ruèrent sur le Canadien, mais le premier reçut dans le bas ventre une botte si rudement poussée qu’il roula sur le sol en faisant entendre un affreux gémissement et en se tordant. Le troisième cependant, un Irlandais d’une malpropreté repoussante, aux mains couvertes de verrues, avait saisi Deschamps à la gorge et tentait de l’étouffer. Le Canadien se défendait avec énergie et parvint à faire lâcher prise à son antagoniste. Une lutte corps à corps s’engagea alors entre les deux hommes. Un croc-en-jambe habilement appliqué fit perdre l’équilibre à l’Irlandais qui s’abattit. Saisissant une poignée de foin qui traînait par terre, Deschamps tenta de le faire manger à son ennemi vaincu, mais celui-ci lui mordit férocement un doigt. Dans sa rage, Deschamps ramassa une boulette de crottin frais, et la fit avaler à l’Irlandais, lui cassant par la même occasion une demi-douzaine de dents.

Deschamps put croire à ce moment qu’un mur de briques s’écroulait sur lui, car une dizaine d’Anglais s’étaient précipités sur le Canadien et le démolissaient avec leurs poings et leurs pieds. C’étaient une grêle de coups. Deschamps était absolument sans défense. On ne sait trop ce qui serait arrivé, si l’un des agresseurs n’eût tout à coup commandé aux autres de s’arrêter. On lui obéit. En quelques mots, il exposa son idée, puis il s’éloigna. Au bout d’une minute, il revint avec une charrette. Alors tandis que quatre ou cinq de la bande, maintenaient Deschamps, un autre lui passa un câble au cou et attacha l’autre extrémité au chariot. Les anglais sautèrent dans la voiture puis le chef fouetta le cheval qui partit au grand trot, traînant Deschamps derrière le char comme un animal que l’on conduit à l’abattoir. Criant à tue-tête, braillant, hurlant, vociférant, les Bleus et leur burlesque équipage parcouraient les rues, semant l’épouvante. Moulu, essoufflé, nu-tête, la figure tuméfiée et sanglante, les côtes, les jambes et les reins meurtris, Deschamps courait derrière la charrette, butant contre les pierres et écumant de rage impuissante. La voiture fit ainsi le tour du village sans que personne osât intervenir, tellement la population était terrorisée. Finalement, elle prit le chemin de la campagne. Elle fit encore un bon mille, puis comme Deschamps râlait, à moitié étouffé, le chef détacha le câble et le jeta sur l’épaule de Deschamps.

– Garde-le comme souvenir, dit-il, et s’éloigna avec ses compagnons.

Les Bleus avaient triomphé ce jour-là.

Albert, Laberge, La Scouine, Éditions Quinze, collection Présence, 1980 (publié initialement en 1918), chapitre XIX, pp 69-72 (cité depuis l’ouvrage papier).

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Alors pas de panique, là, hein. L’analogie que j’établis ici ne vise aucunement à recentrer la réflexion politicienne contemporaine sur les bagarres inter-ethniques d’autrefois (les animosités de race), aussi sidérantes et révélatrices qu’elles puissent être. Après tout, Jack Layton, le chef du ci-devant Nouveau Parti Démocratique (la petite formation de centre-gauche dont je parle ici) et son lieutenant québécois Thomas Mulcair sont eux-mêmes des anglophones. Le parallèle historique que j’établis ici doit s’assortir de la plus explicite des invitations à une saine prudence transposante au sein de la jubilation métaphorico-réminescente. Il n’y a plus grand-chose d’«ethnique» ou de «racial» dans tout ceci, au jour d’aujourd’hui. Les Québécois le prouvent justement magistralement, en donnant leur vote à un parti anglophone et fédéraliste, si ce parti anglophone et fédéraliste véhicule (au mieux) ou semble véhiculer (au pire) les valeurs sociales socialisantes auxquelles les Québécois s’identifient de longue date. Indubitablement, en 2011, les Québécois n’ont pas voté à la bouille d’anglos mais au programme. Depuis l’aggravation fatale, subite, tragique et inattendue, du cancer de Jack Layton, nos chers médias, biaiseux, sciemment vendus, et qui font flûtes de tous bois, cherchent maintenant ouvertement à imputer la victoire du centre-gauche à quelque mystérieuse popularité individuelle (temporaire et superficielle) du bon Jack au Québec. Pur mensonge de faussaires simplistes, droitiers et biaisés, que cette fadaise du succès de sympathie personnelle, flatulente et nonchalante, que l’on voudrait donc vouée à miraculeusement décliner parallèlement à la santé du malheureux «chef charismatique». Il faut le dire et le redire ici, dans notre jargon politicien s’il le faut, pour se faire comprendre: aux élections fédérales de 2011, les Québécois n’ont pas voté l’homme mais le parti. Et qui plus est, ils l’ont fait dans la plus pure perspective du Situationnisme Patapoliticiste

Ceci dit, le problème avec ces bons messieurs Layton et Mulcair, ce n’est donc pas qu’ils sont anglophones (ils parlent d’ailleurs tous les deux un très bon français et se communiquent aux Québécois dans cette langue avec un efficace indéniable). Le problème, terriblement classique, avec ces messieurs Layton et Mulcair, c’est, plus simplement, plus prosaïquement, qu’ils sont, eux aussi, des politiciens de petite politique politicienne. Le Québec leur sert maintenant de plate-forme temporaire d’opposition. Pour s’emparer du pouvoir au niveau pan-canadien, ils doivent maintenant se gagner les verres de lait avec une fraise dans le fond du ROC, plus conformistes, friqués, ricanisés, crispés, caillés, bourgeois, puant le conservatisme mouton de toutes leurs pores. Messieurs Layton et Mulcair vont donc devoir se mettre à ratisser sur leur droite (Obama, qui est pas mal plus pesant qu’eux, le fait sans scrupule aucun. Ils n’y couperont donc pas). S’ils ratent cette entourloupante manœuvre de ratissage à droite, leurs principaux électeurs du moment, les Québécois, resteront isolés dans leur petit coin, avec leur petite social-démocratie de papier, goualante et inopérante, de parti d’opposition sans audience parlementaire effective. Si le ci-devant NDP/NPD réussit son grand ratissage à droite, il réussira aussi alors à prendre le pouvoir, sur une base électorale majoritairement ROC-réac, et, là, bien, c’est encore Urgèle Deschamps qui va se prendre tous les coups de cordes à nœuds sur le dos et qui, essoufflé, désespéré, désillusionné, va courir de par tout le village, le cou solidement lié à la charrette de ses chefs, en caucus et au parlement. Je ne vois vraiment pas comment les choses pourraient évoluer autrement que dans le sens d’une des deux possibilités évoquées ici: marginalisation ou droitisation. Le diable réac ROC ne va pas subitement se faire social-démocrate-ermite. Dilemme, Dilemme… En plus, pour le moment, on est bien loin d’y être encore, audit dilemme, car pour le moment, tout simplement. la tragi-comédie politicienne se rejoue. Les Bleus avaient triomphé ce jour-là. Ce sont effectivement les Bleus de l’Ouest et de l’Ontario qui tiennent solidement le pouvoir fédéral, depuis l’élection de 2011 (notre petit parti de centre-gauche est en orange).

Les sables bitumineux de l’Athabasca. Une surface de pollution durement durable, vaste comme l’Angleterre. Le symbole suprême du nouveau conservatisme canadien…

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Le fond de l’affaire reste donc que les Bleus, en 2011 (110 ans après les Bleus en fait agonisants de 1891), ont effectivement triomphé dans le ROC. Aussi, après avoir flaubé onze (11) milliards de dollars en Afghanistan, à jouer à la gué-guerre de théâtre de toc, ils préparent maintenant des contrats militaires pharaoniques, totalisant trente-trois (33) milliards de dollars, tandis que les services hospitaliers s’enlisent et les infrastructures routières s’effondrent. Ils sont aussi à se mitonner une petite campagne de pube pour revaloriser la surface de pollution vouée à une durée multi-centenaire (sur un territoire vaste comme l’Angleterre) qu’ils perpétuent en Athabasca (Alberta), pour extirper le pétrole difficile d’accès des sables bitumineux, qu’ils livrent ensuite à leurs bons maitres US. Que veux-tu maudite soupe aux pois? Ben, que cette gabegie meurtrière cesse, quoi… J’ai voté en conséquence mais, bon, comme d’habitude, ce n’est pas suffisant… Il faut croire que le fond véreux et minable de nos pratiques politiciennes de type Westminster a gardé quelque chose de la dérisoire et hargneuse futilité campagnarde de 1891, dans un pays et un monde ou les enjeux de ce genre de manipes électoralistes brutales et sordides sont amplement plus écologiquement dangereux et sociologiquement dommageables.

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