Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Posts Tagged ‘Philosophie’

Le feu sacré d’une génération à l’autre

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2021

Denis Thibault (Namun), Le feu sacré d’une génération à l’autre, 2019.

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Le feu sacré
N’est jamais assuré
Il frissonne, il est ivre
Il faut le laisser vivre
L’observer, l’encadrer
Mais ne pas l’étouffer,

Les générations
Ont tout simplement cela pour mission
La transmission
Du feu.
Cela n’est pas un jeu
C’est une tension urgente
Issue d’une de ces douleurs cuisantes
Qu’il faut sentir monter
Sans la cicatriser
Qu’il faut laisser descendre
Sans la réduire en cendres.

Il relève de l’essence de l’être
De transmettre
De livrer
Le feu sacré
D’une génération à l’autre
De la mienne à la vôtre.

Nous sommes tous concernés.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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Les successeurs: épigones, pastiches, continuateurs

Posted by Ysengrimus sur 7 octobre 2021

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Duke Ellington et Billy Strayhorn

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Si vous ne pouvez l’imiter, évitez donc de le copier
Yogi Berra

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Dans les champs philosophiques et artistiques, il y a toujours un moment où quelqu’un arrive à la suite de quelqu’un d’autre, dans son cadre, sur ses sentiers, dans sa travée, sur son rail. On a là ce qu’on pourrait appeler, du terme le plus neutre possible, un successeur, c’est à dire une personne qui effectue sa démarche ou son cheminement dans la continuité d’un premier penseur ou d’un premier artiste. Cette succession est nécessairement temporelle, chronologique, historique. En se ralliant, explicitement ou non, à son étendard et en se réclamant, sereinement ou non, de son héritage, le successeur suit un maitre, au sens le plus libre possible de ces trois termes (successeur, suivre, maitre)… On peut bien dire ça en première approximation mais il reste aussi que le susdit successeur n’est pas n’importe qui et il ou elle n’agit pas sur n’importe quoi. Et, de fait, il n’y a pas tant que ça de types de successeurs. Il y en a en fait trois, l’épigone, le pastiche (ou imitateur) et le continuateur. Nous allons un petit peu détailler ces choses, en exploitant principalement l’exemple, suavement jazzique, d’un personnage qui a beaucoup été suivi et beaucoup été imité sans jamais être vraiment remplacé. J’ai nommé Duke Ellington (1899-1974). On exploitera aussi, pour la bonne bouche, un certain nombre d’exemples tirés de la tradition philosophique… et picturale (surtout en finale).

ÉPIGONE: Le premier type de successeur, c’est l’épigone. L’épigone, c’est l’élève qui n’est pas devenu plus grand que le maitre et, donc, l’élève qui, assumant cet état de fait, est resté fidèle au maître et considère que le paramétrage ayant été mis en place par le maître est le seul pertinent. Pour l’épigone, le maitre est celui qui, en fait, domine la démarche, la fonde, la stabilise, la fait adéquatement rayonner. L’épigone est donc un doctrinaire, entendre (sans jugement dépréciatif) un suiveux fidèle, un disciple pieux, un successeur doxographique, qui ne prendra pas d’initiatives excessives. C’est aussi souvent quelqu’un qui s’efforce de perpétuer ou de reprendre le cheminement initial, de revenir aux sources, de retrouver les racines, de remettre tout à plat malgré les critiques ou les objections montantes, de brandir le vieux flambeau contre les vents contraires. L’épigone reprend fidèlement un héritage intellectuel ou artistique sans nécessairement l’enrichir d’apports imaginatifs. Il le compile, le documente, le sert, le reproduit, l’amplifie mais sans tapage excessif. Dans le cadre de l’institution musicale très spécifique mise en place en cinquante ans (1924-1974) par Duke Ellington, son fils Mercer Ellington a repris le Duke Ellington Orchestra après la disparition du maître, en 1974. Mais à ce moment-là, cet orchestre était déjà peuplé d’épigones, ayant tous succédés, par touches, aux musiciens originaux, retirés ou morts. L’orchestre se survit alors à lui-même… le plus docile de tous ces épigones étant le fils de Duke Ellington lui-même, musicien, chef d’orchestre et arrangeur compétent, sans plus. À partir de 1974 donc et jusqu’à nos jours (Mercer Ellington, pour sa part, meurt en 1996), l’orchestre de Duke Ellington se perpétue, comme mécaniquement, et ne produit plus rien de vif ou d’imaginatif. Les élèves, ici, n’ont pas dépassé le maitre. Fait notable, en philosophie, on désigne souvent les épigones intellectuels en mobilisant le préfixe néo- pour les étiqueter, un petit peu sans joie. Ainsi par exemple Plotin et Jamblique sont des néoplatoniciens. Cassirer et Rickert sont des néokantiens. Marcuse et Althusser sont des néomarxistes. Généralement, le néo-quelque-chose sera donc un personnage qui s’inscrira dans la continuité du penseur ou de l’artiste majeur d’origine, mais sans trop innover (il y a un néo-cubisme gentil-gentil, en peinture, par exemple). Il faut agir et perpétuer cet agir, sans trop faire de vagues et de façon à faire perdurer au mieux la pulsion d’origine, d’une certaine façon… si possible… et ce, en circonscrivant la flamme à l’intérieur de la coupe de la vestale et, surtout, sans déclencher d’incendie.

PASTICHE OU IMITATEUR: Le second type de successeur, ce sera le pastiche, qu’on pourrait appeler aussi un imitateur. Alors ça, c’est quelqu’un qui aura l’aptitude de littéralement se substituer à un artiste ou à un penseur initial. La chose se joue dans des conditions parfois douloureuses et traumatisantes (départ subit, décès), parfois humoristiques et satiriques (imitation par des fantaisistes, parodie), parfois discrètement interlopes (activité des faussaires, contrefaçons). Le fait est qu’ici on déniche, comme providentiellement, un personnage qui arrive à fonctionner comme une sorte de substitut ou de succédané de notre penseur ou de notre artiste d’origine. Et cette instance de remplacement se chargera de s’efforcer de continuer l’ordre initialement instauré, presque comme si de rien. Cela se fera alors, sans nécessairement, encore une fois, introduire d’éléments qualitativement distincts, mais en disposant quand même d’une certaine capacité d’innovation (dans le style de…). Cela fait que le pastiche ou imitateur peut finalement faire quelque chose de relativement nouveau, selon les procédures ou les modes de pensée du personnage initial. Ainsi, quand le saxophoniste Ben Webster a quitté l’orchestre de Duke Ellington, Ellington et Strayhorn se mirent à la recherche d’un successeur pour ce grand mélodiste saxo emblématique. Ils dénichent éventuellement, en 1950, un personnage improbable qui s’appelait Paul Gonsalves. Cet inconnu énergique jouait toutes les partitions de Ben Webster les yeux fermés, sur tous les rythmes et dans tous les tons. C’était littéralement un websterologue de choc, qui avait dû passer de longues heures à le singer, instrument en main, devant son phonographe. Et, donc, au moment de l’audition, Ellington dira simplement à Strayhorn: This so-and-so plays just like Ben (ce quidam du tout-venant joue exactement comme Ben). Et jusqu’à la fin de la vie de Duke Ellington, qui sera aussi la fin de la vie de Paul Gonsalves (ils sont morts la même année, en 1974, à dix jours d’intervalle), ledit Gonsalves fonctionnera comme le substitut, le succédané, le remplaçant orchestral adéquat de Ben Webster. Dans ce cas-ci, on a littéralement affaire à un imitateur (les anglophones disent copycat), quelqu’un qui arrive à reproduire le son, l’esprit et la tonalité du modèle, sans nécessairement être le personnage d’origine. Il lui est aussi louable d’évoluer, d’innover, au fil des années, tout en se maintenant solidement au sein du paramétrage d’origine. Dans le cas des philosophes, on peut joyeusement citer ce qu’on faisait autrefois à Dialogus. Ainsi, même avec le recul, je me glorifie sans ambages de mes pastiches très satisfaisants de Spinoza ou de Marx. On a bel et bien l’impression de lire du Spinoza ou de lire du Marx, dans leurs correspondances philosophiques. Imbu de mon travail de pastiche, je suis un imitateur et, aussi, largement, un fantaisiste parodique. Car, évidemment, ce caractère d’imitateur a une inévitable dimension creuse, vide, inerte. Paul Gonsalves chez Ellington et Paul Laurendeau chez Dialogus disposent d’une certaine marge de créativité, certes, mais ils ne peuvent pas, dans le contexte spécifique d’un tel exercice, devenir des successeurs autonomes à part entière. Ils restent intrinsèquement tributaires de leurs modèles. Leurs actions restent circonscrites, donc limitées, tant pour la forme que pour le fond.

CONTINUATEUR: Le continuateur, pour sa part, c’est le personnage le plus original et le plus innovant de toute cette dynamique. C’est celui qui intériorise radicalement les valeurs et le traitement du fonctionnement objectif du penseur ou de l’artiste initial. Mais cela se joue en ouvrant sa dynamique sur quelque chose de nouveau, sur quelque chose d’original, sur quelque chose de qualitativement distinct, qui se déploie d’une façon à la fois authentique et novatrice, tout en gardant un souvenir torve de la coloration du personnage initial. Il est important de soigneusement distinguer le continuateur du complémenteur. Ce dernier représente un apport vif et dynamique, à la fois original et solidaire, mais contemporain à l’action du penseur ou de l’artiste principal. Pour Duke Ellington, on pensera à son compositeur, arrangeur et orchestrateur Billy Strayhorn (mort en 1967 soit sept ans avant le maitre — voir notre photo). Leur rapport en matière de composition musicale était profondément fusionnel. C’était un peu comme s’il y avait deux Duke Ellington… Pour le philosophe Karl Marx, on pensera à Friedrich Engels, compagnon complémenteur incontournable, mais qui ne fut jamais vraiment son continuateur (même s’il est mort douze ans après le maitre). C’est que le continuateur est un artiste ou un penseur qui vient après et qui vaut pour lui-même. Il n’est en rien subordonné à sa ou ses sources d’inspiration, quoiqu’on retrouve toujours un peu de la saveur de l’instance d’origine chez le continuateur. Dans le cas de Duke Ellington, on pourra dire que son vrai de vrai continuateur, c’est le contrebassiste et compositeur Charlie Mingus, surtout quand celui-ci procède à un travail orchestral. Mingus est un ellingtonien d’obédience… mais autonome, indocile, charnu. Il perpétue et amplifie les idées d’Ellington, tout en se produisant et se déployant dans le cadre du bebop et du hard bop (ce qu’Ellington ne fit pas). Mingus a une façon de travailler qui est authentique, spécifique et marquée au coin de sa propre idiosyncrasie. En philosophie, on peut par exemple dire que Marx, c’est un continuateur de Hegel. Sans soumission, Marx problématise Hegel, le développe, l’inverse, le fait se retravailler dans une dimension qualitativement distincte. Le continuateur est, de ces trois types, le seul personnage ayant adéquatement dominé ses influences. Il en fait quelque chose qui permet une avancée significative et révélatrice de la totalité de la démarche intellective ou artistique en progression, confirmant, si nécessaire, le caractère profondément collectif et cumulatif d’une telle progression.

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Ceci étant clairement posé, je peux maintenant formuler l’aphorisme conceptuellement étayé du jour. Attention…

Tout en s’avançant exploratoirement dans l’idiome de l’Art Singulier (ce que le maitre ne fit pas), le peintre et dessinateur Claude Bolduc est un continuateur du peintre Arthur Villeneuve.

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La danse du châle de fantaisie

Posted by Ysengrimus sur 21 septembre 2021

Denis Thibault (Namun), La danse du châle de fantaisie, 2019.

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La danse du châle de fantaisie
Interpelle les esprits.
Des petits oiseaux bleus s’interposent
Ils s’exposent et gardent la pose
À la périphérie
Du lieu investi
Par le châle de fantaisie
Pour frémir.

La danse du châle est fluide et aqueuse
La vive danseuse, généreuse
Fait interagir l’eau et le feu.
Étincelles du pire et gouttes du mieux
Joignent la danse.
Le vaporeux et le dense
Fusionnent ainsi leurs intermittences
Pour se dire.

Danse du châle de fantaisie
Tourbillonne
Et émulsionne
Les acres replis
De tous nos interdits…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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AU-DELÀ DES MOTS (Mariette Théberge)

Posted by Ysengrimus sur 7 septembre 2021

Un stylo c’est l’ami discret à qui on se confie.
(p. 6, extrait de la dédicace)

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Comme certains développements de son premier recueil l’annonçaient déjà, ce second recueil de poésie de Mariette Théberge prend parti, ouvertement et frontalement, sur le statut cognitif du langage. Foin de verbalisme et d’amphigouris signifiantolâtre. Prenons l’affaire dans le vif référentiel. Au-delà des mots, il y a un monde autre, celui de l’existence objective stricte. Il s’agit d’un monde complexe, perceptible et qui n’est pas verbal. Je ne sais pas si Mariette Théberge a pris connaissance de mes vues glottognoséologiques mais je ne peux que joyeusement la rejoindre sur la question du primat de l’existentiel et de l’univers mondain comme factualité à la fois averbale et extra-verbale. Ceci posé, la poétesse assume ensuite tranquillement la modestie sereine de son rôle, plume en main. Il s’agit pour elle de devenir tout simplement peintre, de par les mots.

Le peintre des mots

Dans le calme silencieux du matin
La rivière cristalline, paisiblement se repose
Les arbres s’y reflétant
L’embrassent goulûment
Alors que les colverts
Tête et bec sous l’aile
Flottent calmement

Debout sur le pont qui l’enjambe
D’un air béat j’admire le tableau
Comme j’envie l’artiste et sa grandeur
Lui qui sait reproduire une telle splendeur

Pendant qu’il installe chevalet et pinceau
De ma besace j’extirpe carnet et stylo
Tout comme lui, voilà que je peins aussitôt
À ma façon, bien sûr, de la couleur de mes mots
(p. 39)

Marquons la pause requise. La prise de position assumée ici n’est ni triviale, ni badine, ni évidente. Des pans entiers de la philosophie ontologique et de la philosophie du langage du dernier siècle feraient ostensiblement grise mine à Mariette Théberge pour la sage sérénité matérialiste de ses vues glottophilosophiques. Cessons effectivement de flagosser avec l’essence de l’être brumeux sensé s’alanguir en capilotade dans le fond des mots. Il y a un monde au-delà des mots et c’est, tout simplement, lui qui se donne à la recherche assumée, à vif, par l’exploration poétique.

Au-delà des mots (extrait)

Au-delà des mots
Se dessine un visage tant aimé
Au-delà des mots
S’étire un rivage mouillé
(p. 9)

Comme souvent quand une telle prise de position s’assume, tranquille, en matière de corrélation entre dispositif langagier et univers mondain, une hypertrophie empirique prend alors place. Le choix artistique transposé de la poétesse est donc déjà assumé. C’est dit: elle sera peintre par les mots. Son action sera donc de saisir la réalité visuelle du monde et de donner corps à son évocation, par le texte. Et d’ailleurs, elle s’en explique.

Le tableau

Voilà que je peins un tableau
Une aquarelle de mille mots
De la couleur de mon cœur
À la grandeur de mon âme
Un si beau moment
Fixé au temps présent
Du soleil radieux d’un été
Je le peins aux couleurs de l’amitié
Pour qu’il reste en vous un goût d’éternité
(p. 57)

Évidemment, tout n’est pas dit, une fois ce choix de principe assumé. C’est qu’il y a fatalement les quatre autres sens. La modélisation visualiste s’imposera discrètement à ces derniers. Le sonore, par exemple, deviendra visualisable, par une manière de synesthésie, un petit peu comme chez Duke Ellington pour le coup. Ainsi, dans une envolée suave, digne de Jacques Prévert, la poétesse nous installe la musique visuellement. Et même, elle en arrive à l’articuler, pour l’œil liseur, dans son code de retranscription (les notes, la portée, les clefs)… il s’agit moins ici de réduire que de problématiser intimement et ce, même si un charmant jeu verbal se substitue matoisement, sur le tas, à une solution philosophique fatalement un brin complicouillette.

Musique mon amour

Toi musique. Mon amour de musique
Oxygène de mon existence
Tu me transportes sur les arpèges
M’emmenant visiter de nouveaux cieux
Donnant un sens à ma vie
Sur tes portées j’accroche une note
Qu’elle soit noire, blanche, ronde, peu m’importe
Puisque partout où je demeure
Tu resteras toujours d’ailleurs
La Clé de mon sol en moi majeur
(p. 54)

Se met en place le moi… Et comme disent les Français: pas de soucis. Notre moi-poétesse est, ici, donc, plutôt visualiste. Qu’à cela ne tienne. On ne va pas lui lancer la pierre pour autant. Elle est pas plus folle ou moins artiste qu’un peintre, un photographe ou un cinéaste. Visualiste plutôt que verbaliste, donc, elle garde —de ce fait— son sens sûr et net de la poésie concrète. Observons d’ailleurs, par exemple, que la densité de ladite neige et la force dudit nord ne se restreignent pas ici au blanc de la neige et aux vastitudes du nord. On sent ledit froid sur nos chairs et le poids du géant boréal aux pieds puissants, en nos êtres.

Froid du Nord

Ces pas dans la neige
Mais où vont-ils?
Ici, là, nulle part!
Ils mènent vers la vie ou vers la mort.
Des cratères de lune
Aux poussières d’étoiles
Dessinant des pieds de vent aux aurores boréales
Perçant ainsi les froids du Grand-Nord
Pas à pas avançant vers l’inconnu
Dans l’insoutenable froideur
De cet hiver trop blanc
(p. 29)

Le principe fondamental des choix esthétiques assumés ici se défend en toute quiétude, notamment depuis Francis Ponge. Le monde des choses, notamment des choses ordinaires, représente un apport crucial, immanent, incontournable, principiel. Il faut donc en parler, du haut d’un langage ancillaire, qui plonge dans les faits présents et passés, les traverse, et nous les redonne.

Mon sac d’écolier

Dans mon vieux sac d’écolier
Retrouvé au fond d’un grenier
Mes doux souvenirs entassés
Une photo abîmée
Un biscuit émietté
Et une gomme à effacer
Dans un cahier jauni plutôt froissé
Le premier poème que j’avais composé
Autrefois je le trouvais génial!
Aujourd’hui je le trouve assez banal
Comme les années ont passé
Les routes de chacun se sont éloignées
Certains comme moi parmi les plus braves
Les ailes toutes grandes déployées ont pris le large
Désormais dans mon sac d’écolier
Subsistent les odeurs d’un lointain passé
Les rires de mes camarades
Les garçons observés à la dérobée
Battements de cils et le cœur en chamade
(p. 13)

Les références rustiques, déjà manifestées dans le premier recueil, refont surface ici. Mais aussi, le travail de poésie concrète s’enrichit aussi des éléments symbolistes dont on commence à dégager la stabilité chez Mariette Théberge. Les oiseaux migrateurs ne sont pas que des composantes fluentes du monde. Ils sont aussi ce grand symbole ondoyant, fragile mais affirmé, au sein duquel la poétesse s’engloutit, dans sa lutte permanente et constante contre les affres d’un autre de ses symboles: le froid.

Le peuple migrateur

Voilà que le peuple migrateur fait son entrée
Bernaches outardes et oies blanches
Toutes sont revenues à vitesse grand V
Un spectacle majestueux
Voir ces grands oiseaux courageux
Franchir tant de distance
Avec force courage et ténacité
Que leur spectaculaire arrivée
Sonne enfin le glas de l’hiver
Ce dernier s’acharnant
À vouloir s’enraciner
(p. 28)

Les symboles s’articulent, au-delà des noms qu’ils portent. Il en est autant du fluide mouvement crépusculaire des longues herbes sur un lac. Non, ils ne sont pas que des fractions du monde, ces scintillements problématiques. Ils sont aussi un moiré d’impressions chromatiques, sensorielles et, même, anthropomorphisantes. Le monde de l’au-delà des mots, ce n’est pas exclusivement celui de la matière inerte et roide, mais c’est aussi celui de son ondoiement significatif au plus profond de notre être (symboliquement) vespéral.

Crépuscule

De hautes herbes se balancent
Levant très haut vers le ciel
Leurs têtes moussues
Le soleil alors couchant
Se miroitant dans l’eau du fleuve
Les colore de poussière d’or et de bronze
Magnificiant ainsi la lumière du soir
La brise à la fois forte et légère
Faisant tanguer les tiges longilignes
Tels des corps androgynes
Dansant une valse lente dans le soir
(p. 21)

Aux éléments de concrétude, tant mondains que subjectivisés, puis aux articulations des symbolismes, se joindront ensuite les manifestations de sagesse. La sagesse, chez Mariette Théberge, s’installe toujours discrètement, comme si elle émanait de l’objet matériel évoqué. La discrétion de la sagesse de notre poétesse, c’est tout simplement celle du banc…

Le banc

Un banc de bois
Posé sur la véranda
Témoin muet de tant de secrets
Baisers volés de jeunes amants
Aux rires cristallins amusés d’un enfant
Ce grand ami simple et chaleureux à la fois
Sait depuis toujours demeurer discret
(p. 56)

Discrètement donc et, surtout, sans la moindre lourdeur didactique mais inexorablement, la sagesse des (premières) nations circule subtilement en nous, de la poétesse à nous. S’il faut aimer, il faut conclure. Il faut savoir faire une fin. L’amour est fragile, son objet souche aussi. C’est encore le canal de la concrétude qui voit se fendiller, sous notre main tremblante, le petit mal d’avoir tant aimé.

Fragile

Frêle et fragile comme porcelaine
Un cœur se voulant trop aimant
Hélas se fendille et s’égraine
Sous le joug de l’amant
À la fois rustre et malhabile
D’un rien a su briser
Cette âme si gracile
Qui ne demandait qu’à être aimée
(p. 36)

C’est que, fondamentalement, il faut vivre. La poéticité, verbalisée mais issue du monde, il faut la vivre, s’en imprégner, et grandir avec elle. Sans nostalgie, sans amertume (même en évoquant les menus objets vieillots d’une écolière d’autrefois), il faut assumer le Parti pris des choses, saisir au corps l’assomption de l’objet actuel. Et il faut le faire tout simplement en vertu du primat fatal et cardinal de l’instant présent.

Instant présent

Danser dans le petit matin
Sentir la rosée fraîche sous mes pieds
Voir soudain paraître à l’horizon
Le soleil éclatant de beauté
Profiter de l’instant présent
Le vivre comme si c’était le dernier
Être ici et maintenant
Et sans jamais me presser
M’approprier le silence
Prendre le temps de le savourer
Il apporte la paix à mon âme
D’une plénitude inégalée
(p. 51)

Bon, alors, on se comprend. Le langage dit le monde. Si le monde est, l’impression qu’il nous laisse est aussi. Et appréhender le monde c’est, surtout dans le roulement du temps qui a passé si vite, de s’imprégner des symbolismes et de la sagesse dont fatalement il nous imbibe. Le recueil de poésie Au-delà des mots — Poésie contient 41 poèmes. Il se subdivise en quatre petits sous-recueils ou Parties: Chemin de vie (p 9 à 16), Nature (p 19 à 32), Sentiments (p 35 à 46), Le temps de vivre (p 49 à 57). Ils sont précédés d’une préface de Diane Boudreau (p 5) et d’une dédicace versifiée (p 6). La quatrième de couverture renseigne succinctement sur la biographie de la poétesse et sur la motivation profonde de son geste d’écrire. L’image de couverture est une photographie prise par Jonathan Laflamme et représentant la rive lacustre de Pohénégamook. Une photo en noir et blanc du père de la poétesse apparaît dans le corps de l’ouvrage (p 10).

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Mariette Théberge, Au-delà des mots — Poésie, Mariette Théberge, 2016, 59 p.

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Pour une compréhension non-narcissique du mythe de Narcisse

Posted by Ysengrimus sur 1 septembre 2021

We watch in reverence as Narcissus is turned to a flower. A flower?
(Genesis, Supper’s ready, album Foxtrot, 1972)

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Narcisse est un personnage mythologique injustement discrédité. Tout le monde en est tributaire mais tout le monde le dénigre. Ce perso est bel et bien mal connu d’être trop connu et, en réalité, la compréhension qu’on a du mythe de Narcisse est totalement inadéquate et largement déformée par des préjugés dont je ne décrirai pas l’origine car cela me mènerait trop loin hors de mon propos. Disciple bien tempéré de la République des Lettres, je me contenterai de signaler et de bien faire sentir le fait que, bon, un grand nombre des acquis intellectuels et émotionnels des mythologies anciennes ont été vicieusement altérés par la vision du monde que dictait, disons, le moyen-âge. Pas besoin de vous faire un dessin, je n’en dirai pas plus sur ce point. D’ailleurs, l’époque moderne, pourtant bien sécularisée et hautement ratiocinante, ne se gêne pas pour continuer de véhiculer les préjugés les plus sommaires sur le mythe de Narcisse. J’ai pas besoin de m’étendre la dessus, sans fin, non plus. Par les temps qui courent, les choses sont assez directes. Narcisse est une insulte et le narcissisme est une perversion. L’ère d’Instagram, plus culpabilisée par sa mondo-niaiserie qu’elle veut bien l’admettre, insuffle sa propre égomanie compulsive dans le pauvre mythe de Narcisse, plutôt que de faire l’effort intellectuel minimal d’en capter la signification fondamentale.

Narcisse, qui était chasseur-cueilleur, rencontre d’abord un certain nombre de problèmes avec quelques personnalités mythologiques aussi mineures que lui. Ces divers personnages ressentent de l’attirance, du béguin, de l’amour peut-être même, à l’égard de Narcisse. Ce dernier ignore leurs avances. Il ne le fait pas par arrogance, raideur ou snobisme, mais plutôt à cause d’une sorte de simplicité d’âme à lui, un petit peu enfantine. Le fait est que Narcisse ne se préoccupe pas d’idylles. Il fait sa petite affaire, sans plus. À ce point-ci de la réflexion, il faut aussi comprendre que Narcisse opère, tout naturellement, dans une normalité bisexuelle. Donc, des hommes l’aiment, des femmes l’aiment et tout ceci se joue et se roucoule en une culture antique passablement égalitaire et non discriminante autour de la question des orientations. Déjà, en partant, il faut avoir cette dimension pansexuelle bien présente à l’esprit pour comprendre les implications profondes (et bien exemptes du vieil hétérosexisme freudien) du mythe de Narcisse. Et alors, je n’entrerai pas dans les détails concernant toutes les personnes qui ont aimé ou désiré Narcisse et lui ont fait, de ce fait, des coups fourrés parce qu’il ne manifestait pas de réciprocité en amour. Le mythe varie sur cette question et il reste que l’ensemble de ces détails interactifs n’est pas nécessairement la portion la plus intéressante du problème posé. J’en demeure certes un peu marri, à me demander pourquoi des gens qui prétendent ressentir de l’amour pour vous vous tirent dans les pattes comme ça, si vous cherchez juste à être vous-même (et ne les aimez donc pas en retour). Que dire, sinon que cette portion de la légende a des assises réalistes sinistrement lourdes. Enfin, passons.

Narcisse est donc un chasseur-cueilleur qui se retrouve seul en forêt. Nouvelle pause. Il est très important, capital même, de comprendre que l’intégralité du drame de Narcisse se vit totalement seul. Cela rend parfaitement inadéquate toute corrélation qu’on chercherait à établir entre le vécu mythique de Narcisse et quelque chose comme une auto-admiration de nature sociale, ou un exhibitionnisme morbide, ou même un estime de soi gentil-gentil. Narcisse est fin seul. Il se fiche de lui-même, comme du reste. Il est tout à son action forestière. Il s’occupe de chasse et de cueillette. Il ne se soucie pas spécialement de sentiments amoureux ou de gestus mondains. Et c’est alors, au moment le plus inattendu, le plus incongru, qu’il se penche sur un lagon limpide et aperçoit quelqu’un, sur la surface ou dans le fond dudit lagon. La majorité des développements sur le mythe, à ce point-ci, affirment que la personne en question est une fille. Enfin, disons, Narcisse prend son reflet pour une fille, c’est-à-dire pour un être à la fois semblable et autre que lui. Pourquoi pas, une fille? J’ai rien contre ça. Je trouve ça, de fait, plutôt intéressant comme développement. Ben oui, pensez-y. Si l’être du lagon est une fille, Narcisse s’en trouve fortement légitimé de ne pas comprendre que c’est là son reflet à lui, lui qui n’en est pas une, de fille. On se suit? L’illusion est plus forte, plus profonde, plus radicale aussi, plus problématique, plus riche et dense… si l’être du lagon sur lequel Narcisse se penche est féminin. Car ce qui se passe surtout ensuite, c’est que Narcisse tombe follement amoureux de l’être se trouvant au fond du lagon, sans comprendre, une seconde, qu’il est en train de contempler sa propre image. On a donc ici une dimension de primitivisme qui porte sur les frémissements d’une âme simple, atavique ou enfantine. C’est quand même incontournable, ce qui se joue ici. Le gars discerne même pas la corrélation entre son ombre et son corps, bondance. Il a pas peur de son ombre, mais c’est tout juste. Narcisse, le mythique Narcisse, ne comprend pas encore la notion de reflet, ni la thèse du reflet, simple ou double. C’est bien que l’amour que Narcisse ressent ici, subitement, est absolu, intégral, virginal et que cet amour va prendre une cruciale dimension d’abnégation simplette. Je parle d’abnégation (attitude que le locus communi contemporain attend peu chez Narcisse, on notera) parce que Narcisse va laisser de côté l’intégralité de ses autres activités et entrer dans une dynamique de contemplation ébahie, admirative et passive de la ci-devant fille du lagon. Et cela va l’amener éventuellement à s’altérer, à entrer en mutation putréfiée, à disparaître et à renaître, sous la forme de la petite fleur portant le nom Narcisse…

Il semble bien que les narcisses, les fleurs donc, soient à l’origine de ce mythe, pas le contraire (le nom de la fleur, qui signifie esprit engourdi, existait avant le personnage, dit-on). Il s’avère que la corolle de cette fleur spécifique, lorsque celle-ci se trouve proche d’un point d’eau, a tendance à se pencher vers ledit point d’eau, un petit peu comme si elle se contemplait. Il s’agit en fait, pour elle, de bien capter la lumière supplémentaire que lui reporte le reflet miroitant du lagon. On a donc ici un de ces mythes, finalement assez classique, de ratiocination anthropomorphisante (un peu comme le mythe d’Écho, la principale éconduite de Narcisse). Le jeu est simple, simplet même, naïf. On a observé un petit phénomène de la nature et on l’investit d’une historiette qui légitime son existence, sur la base d’une anecdote de facture humaine. Or cette genèse empirique ou pratique du mythe n’épuise en rien sa force symbolique. Il s’en faut de beaucoup. Insistons. Le mythe de Narcisse a, en soi, une force toute particulière. Le fait qu’on ait amplement dénigré et fort mal analysé ce personnage confirme, ad absurdum, qu’il est plus crucial que bien d’autres, du même genre ou du même registre. Pour tout dire, Narcisse s’est fait faire un peu le même coup tordu qu’Épicure, si vous voyez ce que je veux dire… par la même gang, en plus. On a voulu que Narcisse soit un personnage fasciné par lui-même, égotiste, égomane, auto-hédoniste, masturbatoire. En gros, pour employer l’expression galvaudée et bizounée, Narcisse serait un narcissique… Pourtant, ce n’est pas là ce qui se trame dans le mythe même. Il faut bien comprendre que ce qui se joue ici, c’est une capilotade gnoséologique intégrale. Car Narcisse, c’est pas Fonzie devant son miroir, si vous voyez ce que je veux dire. Fonzie est ouvertement fier de son apparence et il sait parfaitement ce qu’il fait, en renonçant à se peigner, devant le miroir. Il formule un satisfecit intégral et pleinement assumé. Rien à redire, non vraiment. Narcisse, pour sa part, ne sait absolument pas qui est la personne du fond du lagon. Et il s’en tape totalement. Son amour est total, d’un bloc, absolu, inconditionnel, fasciné, sylvestre, secret, intime, sublime. Narcisse s’abandonne lui-même intégralement, dans cet amour. Il ne sait pas que c’est en se perdant ainsi qu’il se trouve, en fait. Radicalement modifié, il devient un petit objet du tout-venant, une fleur, une brindille attrayante parmi tant d’autres, que quelqu’un cueillera un jour et aimera temporairement, comme la plus anodine des petites réalités de ce jour. Narcisse entre en simplicité, du simple fait d’avoir finalement su aimer.

Le mythe de Narcisse est en fait le contraire diamétral de ce qu’on en a fait. C’est le mythe de l’abandon de soi dans l’amour et de cette soif spontanée d’absolu, superficiellement paralysante. L’amour naïf et frais, du type de celui que nous livre le mythe de Narcisse, nous pousse inexorablement à entrer en soi pour accepter une mutation, une diminution, un rapetissement floral, de soi. Tout pour pouvoir rester calmement penché, en direction du lagon. Ce qui compte crucialement, ce n’est pas que Narcisse se contemple. Ce qui compte crucialement c’est que Narcisse devient une fleur. Il est parfaitement prêt à se transformer en une fleur, un être temporaire, éphémère, aveugle et sublimement fragile, pour pouvoir continuer de se pencher sur son lagon, sa source de lumière. Ce passage de Narcisse à la fleur est rien de moins que la mise en place d’une conscience aussi déterminante que bien peu reconnue: la conscience de l’abandon de soi. Narcisse n’est pas amoureux de lui-même. Narcisse est déterminé par lui-même dans un cheminement qui fait de l’amour une priorité intégrale et qui fait de la mutation limitative que cet amour engendre une entrée dans le déterminisme absolu de la plus fugitive des petites existences. Narcisse ne le sait même pas lui-même, au demeurant. Faudrait y dire. Haut et fort. Mon Narcisse, comme nous tous, tu te changes en une petite fleurette, du simple fait d’avoir inconditionnellement aimé.

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L’attrape-rêves

Posted by Ysengrimus sur 15 août 2021

Denis Thibault (Namun), L’attrape-rêves, 2019.

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L’attrape-rêves
Unit la nuit et le jour
Il formule la trêve
Entre le serein et le hagard
Entre le songe et le cauchemar
Toujours.

L’attrape-rêves
Fusionne le soleil et la lune
Il capture le soir qui s’achève
Il saisit l’aube taciturne
Il ne se contrefait
Jamais.

L’attrape-rêves, et toi, et moi
Mentalement, on se retrouvera.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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L’éveil du shaman

Posted by Ysengrimus sur 15 juillet 2021

Denis Thibault (Namun), L’éveil du shaman, 2019.

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Sarabande de couleurs
Résorption de toutes nos vieilles peurs
Prises de consciences, sous tous les oripeaux
Enjeux nouveaux.

L’éveil du shaman, ferme, serein
Est amorcé
En nous, il est en train
De s’installer.

C’est un enjeu d’époque
Le shaman interloque
Toutes nos certitudes faisandées
Nos hébétudes urbanisées.

L’éveil du shaman dit
Ce qu’il faut faire de nos dogmes moisis
Il faut les composter
Les broyer, les convoyer, les recycler.

Le shaman nous revient. Il perdure
Dans le mou, dans le dur
Les temps irréversiblement sont révolus
Dans le cuit, dans le cru.

On va remplacer la grisaille
Par les couleurs shamaniques en bataille
Il va survenir des merveilles
Car, en nous, oui en nous, le shaman s’éveille…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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La rencontre de la louve et de l’aigle

Posted by Ysengrimus sur 7 juin 2021

Denis Thibault (Namun), La rencontre de la louve et de l’aigle, 2019.

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La rencontre de la louve
Et de l’aigle
A un goût aigre.
Elle survient en des conditions contrastées
Entre des symboles divisés
Qui recherchent leur cohérence
Dans la marche et dans la danse.
Rencontre obligée.

La rencontre de l’aigle
Et de la louve
Retentit, quand couve
Une tension subtile, dense et larvée
Entre les illusions et les vérités.
Il faut rendre la solidarité profonde
Renouveler la fusion des mondes.
Rapprochement sacré.

Rencontre de la louve et de l’aigle
Réunification de l’espoir et de l’être…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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La terre mère

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2021

Denis Thibault (Namun), La terre mère, 2019.

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Terre,
Calme, cuite et tannée
Tu es labourée de soleil
Unique et à nulle autre pareille
Si belle, si peinte, si peinturée
Tellement ornementée
Finement configurée
Tu existes, dense et diverse
Calmement, tu agresses
L’inerte éternité.

Mère,
Généreuse et engrossée
Tu câlines une toile
Qui volette et s’étale, sous ton étoile
Entre tourmente et sérénité
Nul ne saurait oublier
Ce que fut la riche volupté
De la danse du début des existences
Dont tu fus la cruciale instance
Rituellement livrée, décorée.

Terre mère
Tu nous as tout donné
Il faut tellement te protéger.
Que faire?

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

 

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Michabou, le grand lièvre créateur du monde

Posted by Ysengrimus sur 15 avril 2021

Denis Thibault (Namun), Michabou, le grand lièvre créateur du monde, 2019.

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Michabou
Était venu du froid
Il regarda de ci de là
Et stabilisa sa faconde
En créant le monde
Comme ça.

Il se disait, faiblard
Qu’il allait pas grelotter, transit et furibard
Jusqu’au fond des éternités.
C’eut été
Des fatalités
Faire bien pessimiste bombance.

Michabou se dit plutôt qu’un monde plus dense
Méritait de se faire habiter
Il suffisait de tortillonner
Complexifier
Diversifier
Et qu’ainsi, pour notre bonheur
Il en jaillirait bien quelque dynamique chaleur…

Oui, oui, Michabou venait du froid
Du froid tout à la ronde
Mais, créateur du monde
Il ne se contenta pas
D’un tout petit ceci-cela…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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