Le Carnet d'Ysengrimus

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Archive for the ‘Québec’ Category

Comment le professeur Henri Gazon m’a (bien involontairement) enseigné la circonspection intellectuelle

Posted by Ysengrimus sur 1 juillet 2020

Une des pochettes de disques du Professeur Henri Gazon (1973)

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Le professeur Henri Gazon (1909-1982) est un fameux charlatan de ma jeunesse, un petit peu oublié aujourd’hui. C’était un astrologue ou plutôt, libération sexuelle de l’époque oblige, un sexologue-astrologue. Il œuvrait, avec une ostentation toute flegmatique, à corréler la libido de ces dames avec quelque chose comme leur carte astrale. Et ça fonctionnait. Ça roulait sur les chapeaux de roues. Le public féminin, des dames de la génération de ma mère (1924-2015), marchait à fond dans la combine. Les bonnes dames se présentaient aux conférences du professeur Henri Gazon, suivaient ses émissions de télé, achetaient ses livres et même ses disques. Rationaliste au ras de mottes et cartésienne des plus terre à terre, ma mère, elle-même, ne poissonnait pas une seule seconde dans le baratin du professeur Gazon. Je l’entends encore expliquer à notre voisine, par-dessus la haie, avec une conviction non feinte: Ben voyons donc! Vous vous laissez avoir parce qu’il a de la prestance et qu’il s’habille bien. Ça vous fait le même effet que les curés d’autrefois… Et tout était dit.

Le professeur Gazon s’habillait effectivement en noir et cultivait jusqu’à l’affectation une prestance bonhomme à l’ancienne. On aurait dit une sorte d’Edgar Cayce francophone. Il avait un sens discrètement efficace de son image médiatique. C’était un sphinx. Il était littéralement impossible de le démonter ou de le faire sortir de ses gongs, sur un plateau de télévision. Toujours impavide, onctueux, la voix grave, le geste à la fois ample et économique, il captivait. On le voyait très souvent dans les émissions estivales de semaine, les émissions s’adressant de fait à la clientèle féminine, encore largement domestique à l’époque. Faussement éminent, il exposait, dans ces programmes du midi, ses analyses sexologiques bidons et son astrologie fumeuse. Parfois, il répondait à des questions de lignes ouvertes, parfois on le confrontait à d’autres invités, moins charismatiques que lui et qui cherchaient habituellement, sans trop y parvenir, à démonter ses diverses charlataneries à la mode.

En 1973, j’avais quinze ans. On me pardonnera le caractère lacunaire du contexte du souvenir, pourtant vif et tangible lui, que je vais évoquer. Il y avait à l’époque une sorte de boutefeu télévisuel de service que nous appellerons, faute de mieux, monsieur Piquet. Hargneux, vif, roué, habituellement efficace dans ses réparties, Piquet servait souvent d’avocat du diable de service, à la télé du midi. Il avait lui-même une émission de lignes ouvertes dont j’oublie le titre mais que je ne ratais pas (j’en entend encore la musique de générique dans ma tête). La hargne de Piquet et sa couverture hoqueteuse de l’actualité nationale et internationale, en compagnie de ses téléspectateurs redondants au téléphone, s’accompagnaient parfaitement d’un bon sandwich jambon fromage, les jours pluvieux ou même ensoleillés d’été.

Alors, un jour, quelqu’un d’autre a l’heureuse idée d’inviter monsieur Piquet à débattre sur son émission avec le Professeur Henri Gazon. Je n’allais pas rater cette joute. Sans trop me soucier de son contenu, je me demandais surtout lequel des deux, l’irascible Piquet ou le flegmatique Gazon, aurait le dessus. Cela s’annonçait comme une savoureuse empoigne entre Woody Woodpecker et Yogi Bear, si vous voyez ce que je veux dire. Ça promettait d’être à la fois parfaitement divertissant et sans grandes conséquences. J’étais à mille lieux de m’apprêter à vivre une des révolutions intellectuelles majeures de ma vie, qui me détermine encore pleinement aujourd’hui.

Dès le début, la joute remplit superbement ses promesses. Piquet attaque Gazon avec virulence et ne le lâche pas d’une semelle. L’aptitude habituelle de Gazon à occuper et dominer l’espace est promptement déstabilisée par la virulence de Piquet. Le Professeur Gazon ne perd fichtre rien de sa bonhomie usuelle mais il est clair que son monologue tranquille est échancré voire déchiqueté par l’action argumentative, corrosive et interruptive, de Piquet. On en est encore autour de la fameuse corrélation entre pulsions libidineuses et impact des astres. Piquet mène la charge (je reproduis approximativement le dialogue).

Piquet: Mais enfin, à peu près n’importe quoi, dans notre quotidien, peut impacter sur la libido et en incurver les tendances.

Gazon: Que voulez vous dire?

Piquet: Eh bien… je me réfère ici à la fameuse Méthode de Psychologie Populaire du grand psychologue français Lecarnaie. Vous connaissez le docteur Pierre Lecarnaie.

Gazon: Oui, oui.

Piquet: Ses travaux sur la psychologie des masses font autorité.

Gazon: Absolument, c’est incontestable.

Piquet: Eh bien le docteur Lecarnaie corrèle la libido de certains de ses patients avec leur activité de jardinage. Dans d’autres cas, il y a rapprochement entre le rythme sexuel et le rythme des parties de tennis de la patiente. Ou de ses périodes de lecture.

Gazon: Bon, je veux bien.

Piquet: De là à pieusement conditionner sa charge libidineuse à la lecture des Horoscopes du Professeur Gazon, il n’y a qu’un pas, vous ne me direz pas.

Gazon: Ah non. Je vous demande pardon, mon brave. C’est totalement différent. Les prédictions que je propose dans mes cartes du ciel sont faites longtemps à l’avance. Pas à la petite semaine, comme dans vos exemples.

Etc…

Et le débat se poursuit encore ainsi pendant une bonne quinzaine de minutes. Seize minutes plus tard, au beau milieu de tout et de rien, Piquet s’exclame, triomphal: Quoi qu’il en soit, Professeur Gazon, je détiens la preuve irréfutable de votre malhonnêteté. J’ai fait référence tout à l’heure aux travaux inexistants d’un docteur Lecarnaie de mon invention, en vous demandant si vous connaissiez cet être totalement imaginaire. Et vous m’avez répondu oui, sans frémir. Comment peut-on alors faire confiance à un menteur aussi frontal et aussi impudent que vous. Futé, Gazon reste de marbre, ne se laisse nullement démonter et opte, sans frémir, pour la feinte par extinction. Entendre qu’il continue de débattre sur le sujet principal du moment comme s’il ne venait tout simplement pas d’entendre cet aparté assassin de son adversaire. Comme l’émission touche déjà à sa fin, Piquet ne dispose pas de l’occasion de replanter le couteau en cette plaie perfide. Gazon s’en tire donc parfaitement indemne. Les choses continuèrent, comme si de rien n’était, de bien se passer pour lui, ce jours-là et les jours suivants. Ses ventes de livres et de disques ne se trouvèrent nullement altérées par un tel flagrant délit. Ses conférences ultérieures ne furent nullement désertées.

Par contre le petit Po-pol, lui, il était intégralement sidéré, devant son poste. Je découvrais littéralement cette stratégie argumentative perfide. On vous fait croire à l’existence d’une réalité imaginaire et lorsque vous acquiescez, patatras, on vous prend au piège dans le gluau fatal de votre propre cuistrerie. Avant ce chemin de Damas télévisuel fatidique, j’avais souvent fait semblant de connaître des choses dont j’ignorais tout, notamment face aux tikus de la rue. Oh, je m’étais bien fait pincer une ou deux fois, à faire croire aux epsilons du coin que j’avais vu un épisode de Batman dont je ne connaissais pas le premier mot. Profits et pertes de ma petite vie sociale neuneu de ce temps. Cela n’avait pas vraiment porté à conséquence. Je n’y avais jamais vraiment repensé. Mais subitement, ici, en quadraphonie, un digne monsieur vêtu de noir qui vendait des livres et des disques venait de se faire capturer en flagrant délit d’ignorance mal gérée par un adversaire argumentatif, en direct, dans le collimateur du téléviseur, devant les masses. Cela me fit une très grosse impression.

Bien abruptement et bien involontairement, le professeur Henri Gazon venait de m’enseigner la circonspection intellectuelle. C’est dit et cela résonne encore au jour d’aujourd’hui. Il n’est pas payant de prétendre connaître quelque chose qu’on ne connaît pas. Cela pourrait toujours être un piège. Je me le tins pour dit. Je m’efforçai, suite à cette leçon édifiante, de ne plus jamais faire semblant de savoir ou de connaître des choses que je ne savais pas ou que je ne connaissais pas. Ce fut difficile, en ouverture de partie. Le cuistre ado se piquant d’ardeur intellective souffre toujours un peu, au début, d’admettre frontalement qu’il ne sait pas. Mais je tentai, par douloureuses étapes, de tourner le désavantage de mes béances en avantage. Le fait de ne pas connaître un truc qu’un Diafoirus quelconque m’enseignait me permettait de pieusement m’en imprégner, pour la fois suivante. Et graduellement, comme imperceptiblement, l’envie de montrer qu’on sait céda pas à pas le pas devant le simple plaisir d’apprendre, pur, nu et vrai. Au jeune Alcibiade se substituait tout doucement le vieux Socrate.

En commettant cette erreur de gros cuistre opaque, Henri Gazon ne m’avait pas vraiment prouvé sa malhonnêteté, disons la chose comme elle est. Cette dernière se nichait ailleurs, dans ses livres, dans ses disques, dans ses conférences. Sur le coup, c’est Piquet qui me parut bien plus malhonnête, vicieux et retors d’entraîner ainsi, dans le feu de l’action, sa lourde victime, sa dupe repue, dans un piège aussi grossier et facile. C’est nul autre que le cartésianisme de ma mère qui m’avait prévenu, d’assez longue date, contre l’astrologie à la Henri Gazon… oui, oui, longtemps avant cette algarade télévisuelle un peu vide avec ce monsieur Piquet bien oublié. Le jour où je syntonisai ce programme, je jugeais déjà en conscience que le bon et affable Professeur Gazon n’avait plus rien à m’apprendre. Ce fut une grande surprise de découvrir ainsi le contraire. Ce fut aussi une leçon de modestie supplémentaire. On a toujours besoin d’un plus cuistre que soi…

 

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Soixante questions sur nos belles chansons québécoises du fin fond du fond

Posted by Ysengrimus sur 24 juin 2020

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Sans transition, pour la Fête Nationale, testez vos connaissances de notre beau terroir sonore, dans un guilleret jeu-questionnaire de soixante (60) questions. Si —sans cyber-recherche aucune— vous obtenez 20/60 dans ce petit examen, c’est que vous êtes vraiment des mélomanes québécisants de haute tenue. Les RÉPONSES, sommairement commentées, sont ici infra, après le questionnaire, juste en dessous du second violon.

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  • 1- En début de carrières, Clémence Desrochers et Jean-Pierre Ferland ont fait équipe avec d’autres artistes dans un petit groupe de chansonniers-fantaisistes. Quel était le nom de ce groupe?

Les Flagosses

Les Gonzagues

Les Bozos

Les Gnochons

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  • 2- Qui est le créateur du personnage de Léopold Gibouleau?

Gilles Vigneault

Yvon Deschamps

Plume Latraverse

Richard Desjardins

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  • 3- Une romancière ou un romancier québécois/e à la plume moderniste et incisive ayant écrit des paroles de chansons pour Robert Charlebois.

Nicole Brossard

Hubert Aquin

Marie-Claire Blais

Réjean Ducharme

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  • 4- J’AI VU LE LOUP, LE RENARD, LE LION: Charlebois, Vigneault, Leclerc ensemble devant public, pour un spectacle-culte donné en plein air, à l’occasion de la Superfrancofête, en l’an de grâce…

1973

1974

1975

1976

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  • 5- Chanteur humoriste, auteur d’une chanson tendre et émue sur un pianiste virtuose et visionnaire dont les camarades découvrent éventuellement qu’il est aveugle. La chanson s’intitule LES IMBÉCILES DU COIN et son auteur-interprète est…

Tex Lecor

Jérôme Lemay

Jean Lapointe

Raymond Lévesque

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  • 6- Peu après avoir quitté CORBEAU, Pierre Harel s’associe à un groupe de rock au nom percutant, mais à la vie éphémère. Ça s’appelait…

Guérillero

Phénix

Patriote

Condor

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  • 7- Repérez la personnalité politico-historique qui N’EST PAS nommée (avec ou sans calembour sur son nom) dans la chanson MON AMI FIDEL, sur le disque LONGUE DISTANCE, de Robert Charlebois.

Golda Meir

Moshe Dayan

Arafat

Sadate

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  • 8- Le groupe BEAU DOMMAGE a, dans son livret, une chanson évoquant le Saint-Laurent comme lieu d’appartenance. Elle s’intitule:

Le bord du fleuve

Le vent du fleuve

Le Saint-Laurent

Fleuve Saint-Laurent

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  • 9- Dans son premier album, PREND UNE CHANCE AVEC MOÉ, l’orchestre du tonitruant Lucien Francœur nous sert la version «salle de danse» d’un instrumental cinématographique célèbre. C’est:

Le thème du Godfather

Le thème de Love Story

Le thème de Midnight Cowboy

Le thème du Graduate

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  • 10- Qui était Gilles Rousseau?

Le batteur des Hou-Lops

Le leader des Classels

Le batteur des Classels

Le leader des Hou-Lops

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  • 11- Une chanson du groupe CORBEAU porte comme titre le nom d’un secteur d’activité économique. Il s’agit de:

Agriculture

Industrie

Commerce

Banque

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  • 12- Dans la chanson SUITE 16, Marjo campe le personnage affirmé d’une jeune femme se définissant solidement dans le Rock’n’roll, et se voyant dans l’obligation impérative de congédier son «chum» qui, d’évidence, ne fait pas le poids dans cette nouvelle dynamique. Quel est le nom du malheureux éconduit?

Tristan

Chuck

Roméo

Jerry

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  • 13- À la toute fin d’une chanson de Lucien Francœur apparaît une allusion directe à un important philosophe de l’ère moderne. Il s’agit de:

Fichte

Novalis

Hegel

Nietzsche

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  • 14-Dans l’album-culte À QUI APPARTIENT L’BEAU TEMPS, Paul Piché coule le propos incisif de sa protest song dans le moule textuel et rythmique de la chanson folklorique BONHOMME, BONHOMME SAIS-TU JOUER. La chanson ainsi construite est alors réintitulée:

La gigue à Mitchounano

Réjean Pesant

Jean-Guy Léger

Mon Joe

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  • 15- C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS, NARQUOIS COMME TOUS LES QUÉBÉCOIS… La chanson débutant sur ces vers est de:

Révolution française

Felix Leclerc

Luc de la Rochellière

Louise Forestier

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  • 16- Campée avec brio et tendresse par Sylvain Lelièvre, cette jeune femme incarne le vague à l’âme de la génération qui avait la vingtaine au milieu des années 1970. Elle s’appelait:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

 

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  • 17- J’ME DIS ANDRÉ, LAISSE-TOÉ PAS NIAISER… cette ferme résolution en forme de refrain est l’œuvre d’un chanteur portant le nom coloré de:

Plastique Bertrand

Capitaine Nô

Pierre Gauthier de la Vérendrye

Wézo

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  • 18- Qu’a fait LE GRAND SIX PIEDS à son «foreman» du chantier de coupe de bois, dans la célèbre ballade de Claude Gauthier?

Il lui a chauffé les semelles à coups de pelle

Il lui a labouré l’échine à coups d’égoïne

Il lui a gossé la moustache à coups de hache

Il lui a brassé les culottes à coups de bottes

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  • 19- Qui était Jean-Baptiste Beaufouette?

Un vieux chanteur folklorique trifluvien appelé ainsi à cause de sa haute taille

Un personnage d’une chanson de la Bolduc, doté d’une pilosité luxuriante

Nom d’emprunt de Gilles Vigneault à ses débuts

Un tenancier de boite à chanson dont Pauline Julien fut amoureuse à ses débuts

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  • 20- Yvon Deschamps en début de carrière était musicien. Il était:

Pianiste

Guitariste

Contrebassiste

Batteur

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  • 21- Le nom Les B.B. est un acronyme de l’ancien nom du groupe. Ce nom d’origine était:

Les Bleuets Bioniques

Les Braves Bêtes

Les Beaux Blonds

Les Boqueux Bacul

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  • 22- Madame Mary Rose-Anne Travers, épouse Bolduc (1894-1941), surnommée, selon la tournure un peu abusive du temps, «La» Bolduc, était avant tout musicienne. Joueuse de guimbarde et d’harmonica, elle accompagne, à la fin des années 1920, dans une série de spectacles au Monument National, un de nos plus grands musiciens folkloriques. Le bien nommé:

Aimé Césaire

Alfred Montmarquette

Narcisse-Eutrope Dionne

Jean Carignan

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  • 23- Ils n’ont possiblement qu’un seul point en commun: celui d’avoir mis en musique, chacun sur son ton et dans son style, l’inévitable SOIR D’HIVER de Nelligan. Ce sont:

Mario Pelchat et Léandre

Pierre Harel et Claude Dubois

Claude Léveillé et Lucien Francœur

Jim Corcoran et René Simard

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  • 24- Il jouait de l’harricana sur la rivière Harmonica…

Richard Desjardins

Jean Leloup

Mario Pelchat

Raôul Duguay

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  • 25- Sur la pochette de l’album-culte AMÈRE AMERICA, Luc de la Rochellière est photographié

Sur le boulevard d’une grande ville

Dans un restaurant

Sur scène

Dans une chambre à coucher

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  • 26- L’inamovible baladin anglo-saxon Roger Whitaker a déjà enregistré avec une chanteuse québécoise. Il s’agit de:

Céline Dion

Isabelle Pierre

Emmanuelle

Ginette Reno

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  • 27- Il a évoqué l’étroitesse et la rigidité des années 1950 en les qualifiant de «temps du Pape Pie XII».

George Dor

Jean Pierre Ferland

Claude Léveillé

Raymond Lévesque

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  • 28- Elle a écrit une chanson mordante sur les compulsions boulimiques comme compensation des troubles affectifs.

Edith Butler

Angèle Arsenault

Jo-Anne Blouin

Marjo

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  • 29- Qui était Jo Laframboise?

Le personnage d’une chanson de Raymond Lévesque

Le personnage d’un monologue d’Yvon Deschamps

Le personnage d’un monologue de Raymond Lévesque

Le personnage d’une chanson d’Yvon Deschamps

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  • 30- Elle a aligné la plus mélodique et inoubliable colonne de «Christ!» de toute l’histoire musicale du Québec, sur une version tardive du LINDBERG de Charlebois.

Louise Forestier

Christiane Monfette

Diane Dufresne

Angèle Arsenault

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  • 31- QUAND ON A DU FOIN, ÇA VA BEN. QUAND ON EN A PAS, ÇA VA PAS. À qui doit-on la formulation de cette vérité implacable.

Yvon Deschamps

Raymond Lévesque

Cassonade Faulkner

Marjo

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  • 32- Qui est le principal parolier de Laurence Jalbert?

Luc Plamondon

Pierre Carter

Guy Rajotte

Laurence Jalbert

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  • 33- Il a pâmé tout le Québec avec son langoureux et irrésistible MISERERE.

Mario Pelchat

Léandre

Bruno Pelletier

Jean Leloup

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  • 34- Son label d’éditions c’est les Éditions Édition, et son label de Production, c’est les Productions Production.

Plume Latraverse

Léandre

Sylvain Lelièvre

Marie-Denise Pelletier

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  • 35- Sur l’album de musique de Noël de Jo-Anne Blouin, un des cantiques est amorcé, en semi-récitatif, par une très jeune chanteuse sur laquelle Blouin enchaîne en fondu. Il s’agit de:

Adeste Fideles

Sainte nuit

Dans cette étable

Il est né le divin enfant

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  • 36- Une seule des chansons de l’album-culte RENDEZ-VOUS DOUX du regretté Gerry Boulet porte un titre anglais. Il s’agit de:

Deadline

Timetable

Dead end

Time travelling

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  • 37- Dans cette chanson de BEAU DOMMAGE, la jeune femme à laquelle l’interprète s’adresse incarne la classe bourgeoise, ses angoisses, ses condescendances, sa méconnaissance de la réalité sociale. Inévitablement, elle se nomme:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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  • 38- Cette pétaradante chanteuse est nulle autre que la petite-fille de l’acteur qui incarna jadis TI-COQ.

Nathalie Simard

Nanette Wortman

Diane Dufresne

Mitsou

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  • 39- Groupe musical connu à peu près uniquement pour le phrasé lyrique suivant: COMME IL FAIT SOLEIL AUJOURD’HUI! COMME IL FAIT BEAU! COMME IL FAIT CHAUD! AUJOURD’HUI! AUJOURD’HUI!

La Température

Le Temps

Aujourd’hui

Météo

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  • 40- Un groupe de pures laines qui faisaient du blues.

Le Repentigny Blues Band

Le Saint-Donat Blues Band

Le Ville-Émard Blues Band

Le Shawinigan Blues Band

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  • 41- Il a popularisé le PETIT PAPA NOËL de Tino Rossi au Québec.

Fernand Gignac

Patrick Zabé

Michel Louvain

Paolo Noël

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  • 42- Maintenant qu’ELVIS est mort, on voudrait qu’il soit vivant. Or, du temps où ELVIS était vivant, cette chanteuse québécoise lui disait qu’il aurait dû mourir…

Pauline Julien

Diane Dufresne

Ginette Reno

Renée Claude

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  • 43- Spécialisé dans le vidéo-clip théâtral avant la lettre, ce trio féminin popularisa une chansonnette badine et coquine intitulée MONSIEUR DUPONT.

Les Scarabées

Les Miladies

Les Midinettes

Les Ladybugs

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  • 44- Quel est le nom du personnage à qui est posée, en chanson bien sûr, la question suivante sur son beau pays, la Gaspésie: C’EST-TU VRAI QUE PAR CHEZ VOUS, ON VOIT DES POÈTES PARTOUT, ET QUE ERNEST HEMMINGWAY SERAIT UN GARS DE CHEZ VOUS?

Monsieur Ti-Franc La Patate

Monsieur Léopold Gibouleau

Monsieur Marcoux Labonté

Monsieur Zidor le prospecteur

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  • 45- Qui est le hockeyeur pour lequel l’interprète avait cherché à se faire passer cette année-là, dans la chanson 23 DÉCEMBRE?

Henri Richard

Toe Blake

Jean Béliveau

Doug Harvey

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  • 46- Ce brillant auteur-compositeur-interprète réalise un suicide ostensible et sanglant dans la série télévisée SCOOP.

Plume Latraverse

Michel Rivard

Jean Leloup

Claude Dubois

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  • 47- Il a chanté le WE SHALL OVERCOME du Québec, intitulé, fort judicieusement, ON VA S’EN SORTIR.

Raymond Lévesque

Jean Lapointe

Claude Léveillé

Yvon Deschamps

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  • 48- Un groupe québécois portant fièrement le nom d’une ville française.

Nancy

Toulouse

Bordeaux

Narbonne

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  • 49- QUÉBÉCOIS, NOUS SOMMES QUÉBÉCOIS. LE QUÉBEC SAURA FAIRE S’IL NE SE LAISSE PAS FAIRE. Qui a dit ça?

Le groupe Charles De Gaulle

Le groupe Patriote

Le groupe Révolution française

Le groupe Sauvons Montréal

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  • 50- Et, dans le même ordre d’idée, qui tient à «faire de la Nouvelle-France, la terre promise de l’espérance»?

Madame Bolduc

Le Soldat Lebrun

Felix Leclerc

Robert Charlebois

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  • 51- Une superbe protest song, beaucoup plus sociale que nationale, malgré son titre: DRÔLE DE PAYS. On la doit à:

Gilles Vigneault

Robert Charlebois

Sylvain Lelièvre

Richard Desjardins

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  • 52- Ils co-animaient énergiquement l’immortelle émission yéyé culte du Québec, commanditée par 7up et Humpty Dumpty: JEUNESSE D’AUJOURD’HUI.

Pierre Marcotte et Joël Denis

Pierre Lalonde et Claude Boulard

Pierre Marcotte et Claude Boulard

Pierre Lalonde et Joël Denis

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  • 53- À la Saint-Jean Baptiste de 1975, Gilles Vigneault va réaliser un exploit extrêmement difficile: implanter une coutume ethnoculturelle. Il va suggérer aux québécois (qui vont emboîter le pas avec enthousiasme) une nouvelle chanson d’anniversaire: GENS DU PAYS. Quel était le titre de ce spectacle de la Saint-Jean où cette coutume fut lancée?

Bonne fête

Bon anniversaire

Gens du pays

Happy birthday

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  • 54- Un groupe à la musique extrêmement songée, portant le nom distordu d’une texture de sol humecté.

Bouette

Sloche

Agadou

Frasil

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  • 55- On lui doit une chanson amicale et tendre rendant hommage au chanteur français Charles Trenet.

Jean-Pierre Ferland

Claude Léveillé

Plume Latraverse

Richard Desjardins

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  • 56- On lui doit une chanson violemment xénophobe intitulée sans complexe L’OUVRAGE AUX CANADIENS.

Ovila Légaré

Le Soldat Lebrun

La Bolduc

Juliette Pétrie

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  • 57- Égal à lui-même, Lucien Francœur hurle à l’amour pour cette jeune femme en lui demandant: VEUX-TU ÊTRE MA BARBIE EN VIE? C’est nulle autre que:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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  • 58- Dans la chanson LE CROQUE-MORT À COULISSE, Sylvain Lelièvre nous raconte l’histoire d’un tromboniste amateur qui, le soir, après son travail, allumait son système de son, y posait son disque favori, s’installait avec son instrument et PRENAIT DES CHORUS AVEC

J.J. Johnson

Charlie Parker

Tommy Dorsey

Duke Ellington

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  • 59- Le chanteur-imitateur Jean-Guy Moreau nous a laissé un album-culte intitulé:

Tabarnouche!

Tabarouette!

Tabaslak!

Tabarnique!

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  • 60- Dans son enfance, le jour de son anniversaire, Plume Latraverse dessinait au châssis d’en haut des petits cœurs de brume qu’il adressait à sa cousine, au souffle de bonbon, la bien nommée:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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RÉPONSES

Rappelons, pour mémoire individuelle et collective, que si vous avez obtenu 20/60 dans ce petit examen, c’est que vous êtes vraiment des mélomanes québécisants de haute tenue. Vous pouvez aussi vous reporter au Commentaire 1, infra, intitulé CORPUS AUDIBLE pour écouter la majorité des chansons et orchestres dont il est ici question. Comptabilisez bien vos résultats. Accrochez vos tuquons bleus, on part.

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  • 1- En début de carrières, Clémence Desrochers et Jean-Pierre Ferland ont fait équipe avec d’autres artistes dans un petit groupe de chansonniers-fantaisistes. Quel était le nom de ce groupe?

Les Bozos

Les autres choix ne sont que des insultes inanes.

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  • 2-Qui est le créateur du personnage de Léopold Gibouleau?

Plume Latraverse

C’est un personnage de Plume qu’on retrouve dans une chanson plutôt sanglante.

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  • 3- Une romancière ou un romancier québécois/e à la plume moderniste et incisive ayant écrit des paroles de chansons pour Robert Charlebois.

Réjean Ducharme

Notamment les chansons LE RÉVOLTÉ et INSOMNIE, sur l’album SOLIDARITUDE.

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  • 4- J’AI VU LE LOUP, LE RENARD, LE LION: Charlebois, Vigneault, Leclerc ensemble devant public, pour un spectacle-culte donné en plein air, à l’occasion de la Superfrancofête, en l’an de grâce…

1974

«…et à la guitare ordinaire: Félix Leclerc!» diront, ce soir-là, les deux autres.

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  • 5- Chanteur humoriste, auteur d’une chanson tendre et émue sur un pianiste virtuose et visionnaire dont les camarades découvrent éventuellement qu’il est aveugle. La chanson s’intitule LES IMBÉCILES DU COIN et son auteur-interprète est…

Jean Lapointe

«Il jouait du piano tellement bien que nous, les imbéciles du coin, disions: il sait lire la musique.»

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  • 6- Peu après avoir quitté CORBEAU, Pierre Harel s’associe à un groupe de rock au nom percutant, mais à la vie éphémère. Ça s’appelait…

Patriote

Et les fusils de chasse étaient des guitares. Les tuquons de laine du pays, des tignasses hirsutes!

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  • 7- Repérez la personnalité politico-historique qui N’EST PAS nommée (avec ou sans calembour sur son nom) dans la chanson MON AMI FIDEL, sur le disque LONGUE DISTANCE, de Robert Charlebois.

Moshe Dayan

«Golda Meir embrasse Arafat. Dansons, dansons, dans nos forêts d’asphate parce que les présidents ça date [Sadate] et les révolutionnaires, c’est Fidel.»

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  • 8- Le groupe BEAU DOMMAGE a, dans son livret, une chanson évoquant le Saint-Laurent comme lieu d’appartenance. Elle s’intitule:

Le vent du fleuve

L’interprète l’entend partout lui siffler dans les oreilles.

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  • 9- Dans son premier album, PREND UNE CHANCE AVEC MOÉ, l’orchestre du tonitruant Lucien Francœur nous sert la version «salle de danse» d’un instrumental cinématographique célèbre. C’est:

Le thème du Godfather

Parle plus bas… qu’on joue plus fort!

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  • 10- Qui était Gilles Rousseau?

Le leader des Hou-Lops

Avec sa cravate en triangle isocèle.

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  • 11- Une chanson du groupe CORBEAU porte comme titre le nom d’un secteur d’activité économique. Il s’agit de:

Agriculture

Une sorte de difficultueuse perpétuation du terroir.

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  • 12- Dans la chanson SUITE 16, Marjo campe le personnage affirmé d’une jeune femme se définissant solidement dans le Rock’n’roll, et se voyant dans l’obligation impérative de congédier son «chum» qui, d’évidence, ne fait pas le poids dans cette nouvelle dynamique. Quel est le nom du malheureux éconduit?

Roméo

«Roméo, le blanc-bec du quartier. Juliette d’amour, qu’i m’avait surnommée.» Ça arrangera pas son cas!

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  • 13- À la toute fin d’une chanson de Lucien Francœur apparaît une allusion directe à un important philosophe de l’ère moderne. Il s’agit de:

Nietzsche

Dans BLUE JEANS SUR LA PLAGE, Francœur s’exclame, au beau milieu de tout et d’autres choses: LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! Il s’agit là (une seule fois, pas trois!) du titre d’un célèbre essai de Nietzsche, écrit en 1872.

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  • 14- Dans l’album-culte À QUI APPARTIENT L’BEAU TEMPS, Paul Piché coule le propos incisif de sa protest song dans le moule textuel et rythmique de la chanson folklorique BONHOMME, BONHOMME SAIS-TU JOUER. La chanson ainsi construite est alors réintitulée:

Réjean Pesant

«Je ne suis pas maître dans ma maison car vous y êtes…»

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  • 15- C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS, NARQUOIS COMME TOUS LES QUÉBÉCOIS… La chanson débutant sur ces vers est de:

Félix Leclerc

Il s’agissait fort probablement, à l’époque, d’un québécien, un citadin de la ville de Québec.

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  • 16- Campée avec brio et tendresse par Sylvain Lelièvre, cette jeune femme incarne le vague à l’âme de la génération qui avait la vingtaine au milieu des années 1970. Elle s’appelait:

Marie-Hélène

«C’est pas facile d’avoir vingt ans, c’est plus mêlant qu’avant.»

 

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  • 17- J’ME DIS ANDRÉ, LAISSE-TOÉ PAS NIAISER… cette ferme résolution en forme de refrain est l’œuvre d’un chanteur portant le nom coloré de:

Capitaine Nô

Suite du refrain: «KÉ-KIKÉ-KIKÉ-KIKÉ». Profond.

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  • 18- Qu’a fait LE GRAND SIX PIEDS à son «foreman» du chantier de coupe de bois, dans la célèbre ballade de Claude Gauthier?

Il lui a gossé la moustache à coups de hache

Il ne l’a pas raté de toutes façons!

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  • 19- Qui était Jean-Baptiste Beaufouette?

Un personnage d’une chanson de la Bolduc, doté d’une pilosité luxuriante

Qui s’étouffe avec son repas dans des circonstances dignes des Marx Brothers.

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  • 20- Yvon Deschamps en début de carrière était musicien. Il était:

Batteur

Et il s’est mis à faire des plaisanteries entre ses numéros musicaux…

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  • 21- Le nom Les B.B. est un acronyme de l’ancien nom du groupe. Ce nom d’origine était:

Les Beaux Blonds

Beaux, blonds mais devenus modestes avec le temps. D’où la pudeur acronymique possiblement.

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  • 22- Madame Mary Rose-Anne Travers, épouse Bolduc (1894-1941), surnommée, selon la tournure un peu abusive du temps, «La» Bolduc, était avant tout musicienne. Joueuse de guimbarde et d’harmonica, elle accompagne, à la fin des années 1920, dans une série de spectacles au Monument National, un de nos plus grands musiciens folkloriques. Le bien nommé:

Alfred Montmarquette

Un véritable surdoué musical.

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  • 23- Ils n’ont possiblement qu’un seul point en commun: celui d’avoir mis en musique, chacun sur son ton et dans son style, l’inévitable SOIR D’HIVER de Nelligan. Ce sont:

Claude Léveillé et Lucien Francœur

Ah comme la neige a inspiré!

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  • 24- Il jouait de l’harricana sur la rivière Harmonica…

Raôul Duguay

Le champion de l’inversion!

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  • 25- Sur la pochette de l’album-culte AMÈRE AMERICA, Luc de la Rochellière est photographié

Dans un restaurant

Un resto assez chic d’ailleurs.

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  • 26- L’inamovible baladin anglo-saxon Roger Whitaker a déjà enregistré avec une chanteuse québécoise. Il s’agit de:

Ginette Reno

Et c’était en français d’ailleurs.

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  • 27- Il a évoqué l’étroitesse et la rigidité des années 1950 en les qualifiant de «temps du Pape Pie XII».

Jean Pierre Ferland

«Moi je viens du boogie-woogie, du Pape Pie Douze, je suis un enfant de la guerre.»

 

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  • 28- Elle a écrit une chanson mordante sur les compulsions boulimiques comme compensation des troubles affectifs.

Angèle Arsenault

Avec son désormais célèbre MOI, J’MANGE

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  • 29- Qui était Jo Laframboise?

Le personnage d’un monologue de Raymond Lévesque

«Fak un jour, j’ai réalisé que j’m’appelais Joe Laframboise.» Le pauvre, ça lui a pas porté chance!

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  • 30- Elle a aligné la plus mélodique et inoubliable colonne de «Christ!» de toute l’histoire musicale du Québec, sur une version tardive du LINDBERG de Charlebois.

Louise Forestier

Déclenchée, chez cette choriste inspirée, par la CHRIST DE CHUTE EN PARACHUTE du couplet.

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  • 31- QUAND ON A DU FOIN, ÇA VA BEN. QUAND ON EN A PAS, ÇA VA PAS. À qui doit-on la formulation de cette vérité implacable.

Raymond Lévesque

L’histoire d’un petit proxénète miteux, qui s’en tire toujours par des combines, même lors de son service militaire.

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  • 32- Qui est le principal parolier de Laurence Jalbert?

Laurence Jalbert

Aidée parfois de Guy Rajotte.

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  • 33- Il a pâmé tout le Québec avec son langoureux et irrésistible MISERERE.

Bruno Pelletier

J’en pleure encore et c’était en 1997.

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  • 34- Son label d’éditions c’est les Éditions Édition, et son label de Production, c’est les Productions Production.

Plume Latraverse

Mais son prénom ce n’est pas Prénom, ni même Plume, mais Michel.

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  • 35- Sur l’album de musique de Noël de Jo-Anne Blouin, un des cantiques est amorcé, en semi-récitatif, par une très jeune chanteuse sur laquelle Blouin enchaîne en fondu. Il s’agit de:

Il est né le divin enfant

Avec mes meilleurs vœux!

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  • 36- Une seule des chansons de l’album-culte RENDEZ-VOUS DOUX du regretté Gerry Boulet porte un titre anglais. Il s’agit de:

Deadline

«Mon deadline à bout de bras qui déchire le ciel pour sa survie.»

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  • 37= Dans cette chanson de BEAU DOMMAGE, la jeune femme à laquelle l’interprète s’adresse incarne la classe bourgeoise, ses angoisses, ses condescendances, sa méconnaissance de la réalité sociale. Inévitablement, elle se nomme:

Marie-Chantal

L’interprète lui recommande de bien barrer sa porte, le soir.

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  • 38- Cette pétaradante chanteuse est nulle autre que la petite-fille de l’acteur qui incarna jadis TI-COQ.

Mitsou

Celle que Normand Brathwaite avait surnommé: la Madonna du Québec! Mitsou Gélinas, petite fille de Gratien Gélinas.

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  • 39- Groupe musical connu à peu près uniquement pour le phrasé lyrique suivant: COMME IL FAIT SOLEIL AUJOURD’HUI! COMME IL FAIT BEAU! COMME IL FAIT CHAUD! AUJOURD’HUI! AUJOURD’HUI!

Le Temps

Deux ou trois de leurs textes évoquent les conditions météo!

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  • 40- Un groupe de pures laines qui faisaient du blues.

Le Ville-Émard Blues Band

Une sonorité urbaine et racée, qui ne s’oublie pas.

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  • 41- Il a popularisé le PETIT PAPA NOËL de Tino Rossi au Québec.

Paolo Noël

Quand tu portes un nom pesamment prédestiné!

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  • 42- Maintenant qu’ELVIS est mort, on voudrait qu’il soit vivant. Or, du temps où ELVIS était vivant, cette chanteuse québécoise lui disait qu’il aurait dû mourir…

Diane Dufresne

«Tu vieillis mal, Elvis. T’aurais ptêt du mourir, comme Marilyn ou Janis. T’avais pas l’droit d’vieillir.» Hum… tu vieillis mal, chanson!

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  • 43- Spécialisé dans le vidéo-clip théâtral avant la lettre, ce trio féminin popularisa une chansonnette badine et coquine intitulée MONSIEUR DUPONT.

Les Miladies

Leurs numéros musicaux servaient d’intermèdes, les jours de semaine. Surtout l’été.

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  • 44- Quel est le nom du personnage à qui est posée, en chanson bien sûr, la question suivante sur son beau pays, la Gaspésie: C’EST-TU VRAI QUE PAR CHEZ VOUS, ON VOIT DES POÈTES PARTOUT, ET QUE ERNEST HEMMINGWAY SERAIT UN GARS DE CHEZ VOUS?

Monsieur Marcoux Labonté 

Dans une ballade inoubliable de Lawrence Lepage, MONSIEUR MARCOUX LABONTÉ.

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  • 45- Qui est le hockeyeur pour lequel l’interprète avait cherché à se faire passer cette année-là, dans la chanson 23 DÉCEMBRE?

Doug Harvey

En portant une tuque d’hockey, pendant toutes les vacances…

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  • 46- Ce brillant auteur-compositeur-interprète réalise un suicide ostensible et sanglant dans la série télévisée SCOOP.

Michel Rivard

Il s’ouvre les veines devant son amoureuse. Du vrai SCOOP, quoi!

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  • 47- Il a chanté le WE SHALL OVERCOME du Québec, intitulé, fort judicieusement, ON VA S’EN SORTIR.

Yvon Deschamps

Sur l’album incluant le célèbre monologue L’INTOLÉRANCE.

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  • 48- Un groupe québécois portant fièrement le nom d’une ville française.

Toulouse

Un trio vocal féminin, très tonique.

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  • 49- QUÉBÉCOIS, NOUS SOMMES QUÉBÉCOIS. LE QUÉBEC SAURA FAIRE S’IL NE SE LAISSE PAS FAIRE. Qui a dit ça?

Le groupe Révolution française

C’est leur seul hit connu, mais quel hit!

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  • 50- Et, dans le même ordre d’idée, qui tient à «faire de la Nouvelle-France, la terre promise de l’espérance»?

Robert Charlebois

Dans QUÉ-CAN BLUES.

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  • 51- Une superbe protest song, beaucoup plus sociale que nationale, malgré son titre: DRÔLE DE PAYS. On la doit à:

Sylvain Lelièvre

«Drôle de pays comme un grand jeu de Monopoly, sauf qu’on joue pas, on regarde les boss faire la partie.»

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  • 52- Ils co-animaient énergiquement l’immortelle émission yéyé culte du Québec, commanditée par 7up et Humpty Dumpty: JEUNESSE D’AUJOURD’HUI.

Pierre Lalonde et Joël Denis

L’émission fut éventuellement rebaptisée JEUNESSE, avant d’être engloutie dans le tube de Cleracil du temps…

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  • 53- À la Saint-Jean Baptiste de 1975, Gilles Vigneault va réaliser un exploit extrêmement difficile: implanter une coutume ethnoculturelle. Il va suggérer aux québécois (qui vont emboîter le pas avec enthousiasme) une nouvelle chanson d’anniversaire: GENS DU PAYS. Quel était le titre de ce spectacle de la Saint-Jean où cette coutume fut lancée?

Happy birthday

Il s’agissait de faire comprendre, par ce titre ironique, le caractère anglo-américain du souhait «Happy Birthday» et de sa traduction «Bonne fête».

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  • 54- Un groupe à la musique extrêmement songée, portant le nom distordu d’une texture de sol humecté.

Sloche

Une musique délicate, progressive, mystérieuse… trop vite oubliée.

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  • 55- On lui doit une chanson amicale et tendre rendant hommage au chanteur français Charles Trenet.

Plume Latraverse

«Salut Trenet! Vieille branche!»

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  • 56- On lui doit une chanson violemment xénophobe intitulée sans complexe L’OUVRAGE AUX CANADIENS.

La Bolduc

Elle exige des employeurs qu’ils n’embauchent que des canadiens, et déplore que Montréal soit remplie d’immigrés. Une vraie catastrophe, digne du Goglu et des Bérets Blancs.

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  • 57- Égal à lui-même, Lucien Francœur hurle à l’amour pour cette jeune femme en lui demandant: VEUX-TU ÊTRE MA BARBIE EN VIE? C’est nulle autre que:

Nancy Beaudoin

«Ma blonde steadé?» La réponse de Nancy ne nous est pas parvenue.

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  • 58- Dans la chanson LE CROQUE-MORT À COULISSE, Sylvain Lelièvre nous raconte l’histoire d’un tromboniste amateur qui, le soir, après son travail, allumait son système de son, y posait son disque favori, s’installait avec son instrument et PRENAIT DES CHORUS AVEC

Tommy Dorsey

Pas mon instrumentiste favori du lot mais bon, s’il s’agit de faire cuivres…

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  • 59- Le chanteur-imitateur Jean-Guy Moreau nous a laissé un album-culte intitulé:

Tabaslak!

Ta-paronymique en TA…

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  • 60- Dans son enfance, le jour de son anniversaire, Plume Latraverse dessinait au châssis d’en haut des petits cœurs de brume qu’il adressait à sa cousine, au souffle de bonbon, la bien nommée:

Marie-Lou

«Marie-Lou, c’est la cousine que je préférais. C’était mon cadeau intime, rubané de soie.»

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N’HÉSITEZ SURTOUT PAS
À ME SIGNALER VOS RÉSULTATS CHIFFRÉS,
DANS LES COMMENTAIRES

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LES JARDINS DE LUMIÈRE (Diane Boudreau)

Posted by Ysengrimus sur 7 juin 2020


Tout va, tout vient, tout n’est qu’évanescence. Du moins, en apparence…
La vie, à tout instant, nous joue de ses métamorphoses.
(p 9)

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Quand la poétesse Diane Boudreau découvre et appréhende l’art poétique, ce dernier est fugace, évanescent, luminescent. Les choses se font en toute simplicité, sans intellectualisme excessif. C’est une sorte de valse ordinaire des Belles Lettres. La poétesse se donne à une autre dimension de la perception du texte. Elle entre dans des jardins de lumière où elle voit des choses qui ne sont pas visibles à tous. Et justement, ce n’est pas tout le monde qui la suit vers cette réorganisation des espaces mentaux. Devant le texte poétique, la dame, un petit peu morose au départ, s’extasie soudain et, aussi, il lui arrive des choses qui n’arrivent pas, par exemple, à ceux qui cultivent sa compagnie. Et, sans joie mais sans concession, elle en témoigne.

Chez le libraire

Froidement, systématiquement, il avait pris un recueil de poèmes, l’avait parcouru d’un seul jet, comme on cherche de l’or dans un lac oublié…

Il avait parcouru tout le recueil ainsi, l’air soucieux, et conclut:

«Ce ne sont que des mots couchés sur du papier, vides de sens. Quelle imposture! J’en étais sûr…»

À ses côtés, une dame morose ouvrait ce même recueil, au hasard, songeant à autres choses. Et ce qu’elle y trouva éclaira son visage d’une joie si profonde, si profonde…

N’en dit mot à personne.
S’en retourna chez elle,
Le cœur ouvert comme une rose…

(p. 61 — typographie et disposition modifiées)

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Voici donc notre problématique installée, configurée. Oh, on ne cultive pas le tapage des thématiques. Tout se fait légèrement, sans malice. Mais ce qui arrive à se dire ne cherche pas son point exutoire. C’est tout simplement qu’il y a une luminosité du verbal, une aptitude pour l’œil, l’oreille, tous les sens peut-être à aller chercher ce qui s’encapsule dans la parole. Le jardin de lumière, c’est le cœur des mots. C’est en leur sein, comme en une noix qu’on casse, que l’on dégage des vérités libératrices.

Dans le cœur des mots

Libérer la chaleur, la lumière
Prisonnière dans le cœur des mots
Et leur redonner vie,

Comme on secoue les braises
D’une flamme endormie…

Occupation?
Poète.

(p. 27 — typographie et disposition modifiées)

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L’occupation de poète ou de poétesse occupé(e) vous occupe. Elle vous rend occupée tout en s’occupant de vous en retour. C’est pas une occupation au sens martial ou militaire du terme mais presque… La poétesse en fait beaucoup dans sa vie d’artiste autant que dans sa quotidienneté ordinaire. Cela va sans dire mais aussi en le disant. Pourtant la chose est exempte de lourdeur, d’ostentation ou de solennité. On est dans une situation où, sans malice, la poéticité suinte du monde. Il y a gravité, il y a amplitude, il y a ardeur contenue. Et pourtant l’univers évoqué est avant tout celui de la vie ordinaire, la vie de tout le monde.

Je mène même vie que vous…

Je mène même vie que vous…
Ne m’en veuillez pas
Si, ce soir
Le rêve a déserté ma voix…

Je mène même vie que vous.
Difficile au matin, essoufflante, gênante…
L’accalmie au midi,
Au soleil, sous la pluie
Pétrie de toutes intempéries

Qu’aurai-je à vous offrir ce soir
Sinon votre miroir,
Femmes aux yeux d’ivoire et de jade…

Sœurs secrètes… esseulées… isolées

Par tant de murs,
Par tant de rêves,
De romances inachevées…

(p. 45 — typographie et disposition modifiées)

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Les femmes prennent doucement place dans le texte. Il s’agit moins de produire une écriture féministe qu’une conscience féminisée. Un savoir-être femme imbibe tranquillement la totalité de ce qui se met en place. Les lectrices sont avec nous, il n’y a pas le moindre doute là-dessus. On ne leur sert jamais une dissertation ou un réquisitoire. De fait, la poésie de Diane Boudreau se présente comme une suite de courts textes jouant de sobriété et de dépouillement. Les thèmes abordés touchent le quotidien et la concrétude. Ce sont des poèmes calmes. Un optimisme inhérent les caractérise. C’est bel et bien indubitablement une textualité femme. Il s’en dégage une solide harmonie entre poéticité et écriture ordinaire. Les caresses entre ces deux dimensions sont mutuelles.

Caresses

De nos mains
Exorciser nos corps
En extirper la peur
L’angoisse, la mort.

Forces d’aimer
Ces mains
Pour nous ressusciter.

Frémissement très doux
De cette vie qui court
En nos chairs irradiées
Jusqu’au bout de l’amour…

(p. 31 — typographie et disposition modifiées)

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Les caresses ne sont pas ostensibles, explicites ou pharisaïques. On ne se donne pas en spectacle ici. On est dans une poésie de l’intime, du frémissement, de l’ardeur contenue mais qui perdure. Le verbe et le corps s’accompagnent de façon à la fois fluide et serrée. Il n’y a pas lieu de séparer ce qui est disserté et ce qui est incorporé. Ce qui est dit s’harmonise crucialement avec le corps qui le dit. L’art poétique est un petit engin à fabriquer nos joies. À ce jeu, on se fait toujours un peu surprendre.

Surprise

Jamais on ne m’avait offert
Plus beau bouquet…

D’une blancheur de paradis,
Si frais, si pur
Éclos du jour
Offert aux doux regards de mai,

Un bouquet délicat
De fleurs de pommetier.

J’aurais voulu le peindre…

(p. 57 — typographie et disposition modifiées)

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On embrasse et étreint ce qui est donné, du plus étroit au plus large, d’une marguerite à la vie. La rencontre s’effectue avec une réflexion sur l’être mais il s’agit d’une réflexion qui fait dans le liant plutôt que dans le lié, dans l’ondoyant plutôt que dans le corseté. On en vient ainsi, ici, petit à petit, à rejoindre les grandes choses. Aussi une légère touche de religiosité pourrait perler de ce genre de conceptualisation de l’élan poétique. Le fait est peu fréquent chez notre poétesse. Il est rare mais il n’est pas totalement inexistant. Ainsi, parfois, la poésie se développe dans une abstraction quasi-mystique, quoique toujours gorgée de concret.

C’est Lui

S’Il avait voulu me regarder
Avec une infinie tendresse,

Il aurait pris tes yeux.

S’Il avait voulu me réchauffer le cœur
Avec grande douceur,

Il aurait pris tes mains

Et quand tu me retiens
Contre ton cœur,
Sans bruit…

C’est Lui qui m’aime
J’en suis certaine

D’un amour infini…

(p. 32 — typographie et disposition modifiées)

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Notons qu’ici, Le Lui évoqué peut parfaitement rester ouvert à la saine variabilité des interprétations. Lui, ce pourrait être l’homme, l’enfant, ou même, qui sait, le cosmos, ou le ressort sociohistorique. Il y a dans cette poésie une admirable aptitude à l’élévation multidirectionnelle. Mais, en même temps, le lien se maintient toujours avec la poésie concrète, toujours un petit peu plus univoque. C’est qu’ici on retourne toujours un peu au village, même si celui-ci est une ville et se revendique comme telle.

Ma ville

Ma ville
Grandes et petites misères

Ma rue
Ses ferveurs et ses colères

Ma porte
Gîte de l’amie fidèle

Ma cour
Nid d’oisillons
Au secret de l’érable

Lilas fleuris
Qui embaument
À la table…

Fabreville,
Ma terre d’exil.

(p. 55 — typographie et disposition modifiées)

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On entre dans le monde, urbain ou global, de cette série de courts textes, comme en un cône fleuri, une corne d’abondance, une tonnelle ombragée. Le recueil de poésie Les jardins de lumière contient 32 poèmes. Il se subdivise en quatre petits sous-recueils: Au cœur de la nuit (p 11 à 24), À force d’y croire, à force d’amour (p 25 à 34), Au bout de nos chemins (p 35 à 50), et Il est un jardin (p 51 à 73). Ils sont précédés d’une dédicace (p 7) et d’un texte liminaire d’une page intitulé Saisir la vie (p 9), et suivis d’une table des matières (p 76 et 77) et de remerciements en page finale. Le recueil est illustré d’une peinture à l’acrylique en page couverture ainsi que de quatorze dessins de type encres et fumée (dont la teinte intégrale vire volontairement au rougeâtre). Ces illustrations sont de Céline G. Lapointe.

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Diane Boudreau-Tessier, Les jardins de lumière, Diane Boudreau-Tessier, 1988, 77  p.

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RENCONTRE ONIRIQUE (par Claude Bolduc et Paul Laurendeau)

Posted by Ysengrimus sur 1 juin 2020

SIMÉLIDONTE, LE POÈTE ET LE PEINTRE VENUS D’EN BAS (RENCONTRE ONIRIQUE) de Claude Bolduc, 2019

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The poet and the painter
Casting shadows on the water
As the sun plays on the infantry
Returning from the sea…

Ian Anderson, Thick as a Brick, 1971

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Presentation. L’ouvrage Rencontre onirique articule la fécondation mutuelle de deux modes d’expression: peinture et poésie. Soixante-dix tableaux par le peintre Claude Bolduc ont mené à l’engendrement de soixante-dix poèmes par le poète Paul Laurendeau. Le lieu de rencontre est l’espace onirique. Les deux artistes ont fusionné leurs hantises et obsessions et les ont amenées à opérer de concert, dans deux dispositifs créatifs distincts. Le principe volontaire guidant ce travail est que l’hermétisme n’est pas une fin en soi mais un moyen de lacérer le propos artistique de toute la densité voulue de sa douleur. Aussi, l’hermétisme d’un des modes d’expression se résout souvent dans la clarté de l’autre. Les deux arts s’arc-boutent et s’entraident pour livrer l’image aux preneurs de mots et susurrer le mot aux capteurs d’images. Rencontre de deux arts vénérables, rencontre de deux artistes impétueux, rencontre onirique tant dans l’espace de l’irréel que dans le monde des faits.

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De la pictopoésie dans l’univers visuel de Claude Bolduc. Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire (1880-1918). La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy (1877-1953) suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Plus d’un siècle plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant et modernisant le bout rimé et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu, en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. Ici, le titre du poème vient tout simplement du peintre, de son monde, de son processus d’engendrement. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un solide concepteur de récits, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances picturales, ethnoculturelles et thématiques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Outre ses qualités plastiques spécifiques, le travail de Claude Bolduc déploie, de fait, une grande richesse narrative. Le trait précis, voire ciselé, construit des univers interactifs complexes, peuplés de figurines étranges aux modus operandi multiples et fréquemment indéfinissables. L’œuvre picturale de Bolduc se prête ainsi, par plusieurs de ses aspects, à un compagnonnage avec l’écriture. D’abord les tableaux de Bolduc, qui sont souvent conceptualisés comme des récits visuels, font fréquemment l’objet de scripts ou de synopsis, rédigés par le peintre, antérieurement à la mise sur toile de l’œuvre. De plus, les œuvres de Bolduc, sont souvent des fresques polymorphes, faisant appel à un large héritage ethnoculturel. Mythologie, paganisme, imagerie judéo-chrétienne, tarots etc… toutes ces facettes visuelles et symboliques sont mobilisées et forment régulièrement le fond allusif ou la trame centrale des tableaux de Bolduc. Plusieurs des toiles se répondent entre elles, comme le ferait, par exemple, un chemin de croix ou une tapisserie médiévale. Claude Bolduc lui-même a, d’autre part, dans certains cas, produit des textes descriptifs et explicatifs visant à fournir le décodage herméneutique des fables ou des trames de ses propres œuvres. Parfois hermétiques, parfois explicites, il est indéniable que les tableaux de Bolduc sont logogènes (en ce sens qu’ils sont des déclencheurs de parole, verbale ou textuelle).

La pictopoésie acquiert donc, dans notre travail, une configuration méthodologique très précise que l’on peut résumer en trois points: 1) le tableau ou le dessin préexiste au pictopoème et est l’exclusive source d’engendrement (ou source d’inspiration) du texte. 2) Le tableau ou le dessin est intitulé par le peintre et le titre du tableau ou du dessin devient automatiquement le titre du pictopoème. Le seul élément de discours passant du peintre au poète, avant la rédaction du pictopoème, est le titre du tableau ou du dessin. 3) Le pictopoème est court, subordonné. Il ne revendique aucune dimension justificative ou explicative du tableau ou du dessin (l’explication interprétative de l’œuvre du peintre reste la prérogative du peintre). Si le pictopoème retient des éléments descriptifs et narratifs du tableau ou du dessin, il les mobilise au sein d’un travail textuel alternatif, distinct, et qui préserve intégralement l’autonomie de l’œuvre peinte ou dessinée par rapport à l’œuvre écrite.

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Claude Bolduc. Claude est peintre et dessinateur. Sa vision résulte exclusivement de son imagination. Son œuvre présente des figures zoomorphes et anthropomorphes qui sont souvent enchevêtrées dans des collectifs complexes autant que dans des formes et des structures géométriques. Un symbolisme très riche émane de son travail. La dimension religieuse de certains de ses tableaux et dessins procède habituellement moins du sacré que du profane. Sexualité, mythologie et onirisme sont aussi des éléments clefs de son œuvre.

Paul Laurendeau. Paul est co-auteur de l’ouvrage collectif Entretien avec quatre philosophes, (Éditions Hurtubise HMH). Il a aussi publié un certain nombre de romans, d’essais et de recueils de poésie aux Éditions ELP. En pictopoésie, il a notamment travaillé avec le photographe français Allan Erwan Berger pour produire des imagiaires (sous le pseudonyme-valise LauBer). Il a produit avec le peintre Namun le recueil de pictopoésie picturale en fascicule Imagiaire Tshinanu. Il anime et rédige le blogue d’opinion Le Carnet d’Ysengrimus.

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Claude Bolduc, Paul Laurendeau, (2019), RENCONTRE ONIRIQUE, Les Éditions du Grand Élan, coll. Vues d’Artistes, 166 p.

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Erreur de jeunesse

Posted by Ysengrimus sur 20 mai 2020

Jacques Parizeau (1930-2015) et René Lévesque (1922-1987), quelque part entre 1976 et 1980

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Elle est très intéressante cette question des erreurs de jeunesse. Sans trop réfléchir, on y engouffre souvent un peu n’importe quoi. On connait la formule rebattue sur ce genre de question. On passe sommairement sa vie en revue, d’un ton boudeur, et tout ce qui nous contrarie au jour d’aujourd’hui, on cherche à se le déraciner du passé en criant à l’erreur de jeunesse. Vous voyez un peu l’affaire, j’ai pas besoin de m’étaler sans fin. Les champs sentimentaux et professionnels de nos modestes vies sont jonchés de petits et de grands moments qu’on juge plus sévèrement aujourd’hui qu’autrefois. Certains poussent le bouchon jusqu’à regretter bien des choses. Les regrets, je vous le dis tout de suite, c’est pas trop mon truc. Je ne regrette pas une contrariété passée. Je me contente de la dédaigner. La vie est trop courte (et aussi, admettons-le: trop marrante) pour cultiver cette niaiserie inénarrable que sont les regrets.

On a donc tous, au plan sentimental, intellectuel, professionnel, artistique, politique… des portions de notre héritage personnel dont on se dit: bon… pas vargeux. Ou, pour revisiter le beau mot de Laurent Fabius après son désastreux débat avec Jacques Chirac en 1985: Il y a des fois avec et il y a des fois sans. Mais, pour autant et pour le coup, ces fois sans sont-elles nécessairement des erreurs? Là, je crois qu’il faut faire attention. La notion d’erreur est une notion grave, une idée qu’il faut traiter avec sagesse et neutralité. Avec respect même. Ce serait une… erreur que de ramener tout ce qui nous contrarie, à ce jour, dans nos actions raplapla d’autrefois, à des erreurs.

Pour la bonne et sereine compréhension de la notion d’erreur telle que je la conçois ici, je vais invoquer le plus beau de tous les sports, le baseball. Imaginons que je suis un joueur défensif, disons un arrêt-court. L’adversaire au marbre frappe la balle et elle me tombe directement dans le gant. Or, la balle est trop vive (ou je suis trop distrait) et elle sautille et me tombe des mains. Je l’ai échappée. Le frappeur, devenu coureur, est donc toujours au jeu (je ne suis pas parvenu à le retirer en captant la balle en vol) et le temps que je me ressaisisse, reprenne la balle sur le sol et puisse la relayer, le coureur est déjà au deuxième but. Il est donc resté au jeu non pas grâce à son adresse mais bien à cause de ma maladresse. Ma fiche statistique de joueur défensif est alors (dis)créditée d’une erreur, au sens tout technique de ce terme. Même ceux et celles qui ne sont pas intimes avec le baseball comprendront que l’erreur ici n’est pas soumise à des sentimentalités subjectives. Vous ne vous retrouvez pas avec, sur les bras, des vapes individuelles larmoyantes à rallonges, qui y voient une erreur et d’autre pas, et débattent, et discutaillent le coup sans fin. Non. Il n’y a pas, sur tout ceci, le moindre relativisme émotionnel de l’erreur. L’erreur est intégralement identifiable par des critères objectifs et factuels (comme dire: 2+2=5, c’est une erreur arithmétique, pour quiconque décode adéquatement les chiffres arabes et les signes d’opérations). Dans mon analogie au baseball, l’erreur est aussi —et ceci est crucial— un résultat interactif. Il s’agit donc de la finalisation d’un échange entre groupes (dans mon exemple, les deux équipes de baseball en joute, et leurs représentants, ainsi que tous ceux et celles qui comprennent le code du jeu). Ce qui est suggéré ici est qu’on ne fait pas une erreur tout seul. L’erreur est un rapport social.

Comme je suis celui que je suis, si mon erreur est sentimentale, elle concerne une femme, si mon erreur est artistique, elle concerne un texte (qui a fatalement été lu et critiqué, disons, mal reçu), si mon erreur est médicale, c’est que j’ai négligé les consignes ou les protocoles de mon médecin ou de mon dentiste. Cherchez l’erreur, ce sera toujours pour dénicher, en l’analysant adéquatement, la dialectique du rapport social qui couve, en son sein. L’erreur est un produit collectif et historique, une réalisation commune, presque consentie. On la contemple tous ensemble, on la voit, on la conçoit, on la pense, on en vit. Un autre élément clef va d’ailleurs jouer ici, c’est celui du caractère mental de l’erreur. Ce dernier est directement corrélé au statut d’intellectuel que je revendique, tant pour moi que pour l’époque. Les ci-devant hommes d’actions contemporains sont bien souvent des guérilleros de salon ou leurs équivalents affairistes ou sportifs. Par contre, de nos jours, tout le monde pense, tout le monde apprend, tout le monde s’informe, tout le monde observe la vie naturelle et sociale. Nous ne nous en rendons pas toujours compte mais nous vivons une période historique hautement intellectuelle, en soi. On ne passe pas une journée sans lire un texte ou le cogiter. Ici non plus, je n’ai pas besoin d’épiloguer. Regardez simplement ce que vous faites en ce moment. Conséquemment, l’erreur aura nécessairement une cruciale facette intellectuelle. Ce sera une erreur du savoir, de la compréhension du monde avant même, fort probablement, d’être une erreur d’action. Et ce, à plus forte raison si c’est une erreur de jeunesse. La jeunesse n’est-elle jamais autre chose que la préparation tâtonnante à l’action?

Arrivons-en justement à la susdite jeunesse. La voilà derrière nous, si vite. Et elle, elle est bien moins difficile à définir que la notion d’erreur. Il s’agit moins d’ailleurs de définir la jeunesse que de la délimiter. Dans la présente réflexion, les enfants ne font pas, au sens strict, des erreurs de jeunesse. Les enfants apprennent et n’apprennent pas certaines choses, dans leur petit monde. Mais, en tout et partie, on en reste là, de leurs errances. Les pots cassés des petiots ne sont pas des erreurs de jeunesse. Si un enfant se blesse ou s’enconne, c’est plus là l’erreur de ses parents que la sienne. Cette option descriptive fermement arrêtée, on délimitera, un peu arbitrairement, la jeunesse comme couvrant la décennie suivant le passage immédiat au statut d’adulte légal. On dira donc que la jeunesse, c’est entre 18 ans et 28 ans. Et vlan.

Attendu tous ces attendus, vous voici fins prêts à prendre connaissance de ma grande erreur de jeunesse. Elle s’est déployée entre mes 18 ans (1976, l’année où j’ai voté pour la toute première fois) et mes 26 ans (1984). Elle se formule comme suit:

ERREUR DE JEUNESSE

J’ai pris le Parti Québécois pour un parti socialiste
et j’ai orienté mon militantisme politique en conséquence.

Baseball oblige, cette erreur de jeunesse résulte de ma maladresse (de jeunesse aussi) plus que de l’adresse d’un des types dont vous voyez ci-haut la photo (le monsieur aux cheveux blancs et sans moustache). Ce personnage, René Lévesque (1922-1987), et son équipe de beaux parleurs se faisaient implicitement passer pour des socialistes. Leur parti politique chercha même, un temps, à devenir membre de l’Internationale Socialiste. Pourtant, de nombreux indices d’époque font que j’aurais dû (on sait que le principal verbe conjuguant l’erreur se formule toujours en j’aurais dû) voir que le Parti Québécois était un parti bourgeois comme les autres. J’avais même lu des textes militants groupusculaires très explicites en ce sens à l’époque et je n’ai pas voulu en tenir compte. Intellectuel de classe moyenne mal formé et outrecuidant, j’ai bel et bien échappé la balle à l’arrêt-court, sur cette question politique et historique, qui fut un petit peu l’enjeu d’un temps. En 1977, tous mes copains et copines d’université, jeunes guérilleros et guérillerettes de salon dans mon genre, flottaient collectivement sur la même erreur de jeunesse. On appelait alors le Parti Québécois, le Parti, tout simplement, parce que ça faisait plus léninien comme ça. On considérait donc, tous et toutes, en conscience, que le Parti Québécois était un parti social-démocrate (au sens fort que ce terme revêtait à l’époque) et que son programme souverainiste ne valait que comme projet de société (c’était le terme consacré du temps). Il s’agissait de libérer le Québec de ses entraves continentales capitalistes pour en faire une société socialiste, rien de moins. Je me souviens vivement du propos militant, généreux et senti, d’une de mes consœurs de classe, sur la quête du souverainisme: On fait pas ça pour remplacer les boss anglais par des boss québécois, on fait ça pour se donner collectivement une société sans boss. Et on appuyait notre sidérale candeur doctrinale sur une ligne hautement euphémisante restée célèbre de René Lévesque: Le Parti Québécois a un préjugé favorable à l’égard des travailleurs. Ce préjugé favorable résonnait, sur le terre-plein de notre naïveté juvénile, comme le plus tonitruant des claquements du drapeau rouge. Quand j’y pense avec le recul, c’était assez pathétique dans l’illusoire béat.

Je vous coupe le détail du déploiement vermiculaire de mon erreur de jeunesse. J’ai voté pour Jacques Parizeau (1930-2015), en 1976 (dans L’Assomption — sur la photo ci-haut, c’est le monsieur avec la moustache). J’ai milité dans le MéOui, le Mouvement Étudiant pour le Oui au Référendum (celui de 1980, dont on commémore justement les quarante ans aujourd’hui) et j’ai vu la défaite référendaire de la même année comme une vaste faillite des instances du progrès devant les forces obscures de la réaction. Ce n’est que lorsque le Parti Québécois ne fut pas retenu par l’Internationale Socialiste que j’ai commencé à me rendre compte que c’était un parti de suppôts bourgeois comme les autres. On nous avait menés en bateau, nous faisant passer la nef bleue et blanche pour une nef rouge. On nous avait tout juste fait rêver le pays libéré, selon la mode idéologique post-guevariste d’un temps, sans plus. C’était là le résultat court et mesquin d’une stratégie de communication électorale comme une autre, finalement. Désillusionné, j’ai par la suite découvert que même l’Internationale Socialiste c’était pas fort fort non plus, comme instance de progrès social. Tout devenait verdâtre et putride. Je devenais adulte. Je devenais marxiste. Et, en tout cas, adulte et marxiste, je ne ferais plus jamais ce genre de compromission politicienne illusoire.

Quand je repense à 1976 et à 1980, quand je repense tendrement à mon erreur de jeunesse de ce temps, je suis, en plus, bien obligé de me dire que mon père m’avait (pourtant) un petit peu prévenu. Eh oui… Je le vois encore me dire, d’un ton un peu malicieux et, bof, sans vraiment s’énerver, de faire bien attention à ce nationalisme québécois. Que nationalisme et socialisme ne marchaient pas très bien ensemble et qu’il y avait des gens qui étaient morts à la guerre autrefois, à cause de ce cocktail-là. Ceci dit, le vieux, lui-même ancien combattant de la susdite seconde guerre, ne s’inquiétait pas trop trop de mon erreur de jeunesse. Il se doutait bien que, dans l’ambiance feutrée, bourgeoise, prospère et encore bien tranquille du lent crépuscule des Trente Glorieuses, mes errements de jeunesse n’auraient pas trop de conséquences néfastes. Tout cela était de couleur bien pastel, à son œil. Il ne s’en faisait pas trop. L’amplitude de mes erreurs de jeunesse ne devait pas papillonner bien haut quand il les comparait secrètement aux siennes.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Cloches

Posted by Ysengrimus sur 21 avril 2020

J’ai retrouvé mes cloches
Et mon petit terroir
Mon ruisseau d’eau de roche
Ce scintillant miroir.

Au fond du paysage
De mon Québec profond
Les cloches lancent leur message
Lambeau de traditions.

Et même s’il ne persiste rien
Du quotidien mystique
De leur philosophie rustique
Il reste la musique…

Et il reste la joie
Que ces volées de cloches
Si lointaines et si proches
Font retentir en moi.

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FOLLE À DÉLIER (Anna Louise Fontaine)

Posted by Ysengrimus sur 7 avril 2020

Anna Louise Fontaine descend ici dans la fosse de la déraison et de l’intensité autre, en entrant dans une conversation échancrée (non glosée) avec une personne psychiatrisée. Pourquoi provoquerais-je tes démons en duel si ce n’est qu’ils sont miens avec autre [sic] masque? (p. 63) Il s’agit imparablement d’une quête continue du monologue devant un gisant maternel muet vrillant lentement son chemin vers le dialogue avec une femme égale. Il s’agit, sans plus sans moins, de trouver la démence en soi de par la démence de l’autre. Effet de contraste du fallacieux et du véritable. L’ombre nous révèle la lumière. Et ce qui est caché nous mène vers la vérité. Vers notre vérité. (p. 16). La quête du vrai ne pourra rien faire d’autre que de girer sur elle-même et de revenir en soi.

Sauf qu’il est proprement terrifiant d’oser cette avancée en direction du déséquilibre de l’autre. On s’en avise et cela se dit. On ne parle pas ici d’un acte clinique (une distance critique corrosive et acide est de fait cultivée ici envers l’acte clinique) mais d’un cheminement ouvert et non protégé, en direction du gouffre mental de l’autre. Laisser le courant nous emporter et faire confiance. C’est là le plus difficile. Oser le premier pas sur le précipice rencontré sur notre chemin. Ne plus écouter la peur qui ne peut que nous retenir dans un passé qu’elle connaît bien. Elle veut nous garder dans un pays qu’elle a déjà exploré. Et tout semble suspect à l’extérieur de ses frontières (p. 53). La peur fait régresser. La rencontre de l’autre fait progresser. Il ne s’agira donc pas de retourner en enfance. Il n’y aura pas cercle mais spirale. Car, pourtant, ce sont les hantises de l’enfance (de la narratrice) qui vont se retrouver revisitée, déchiquetées, lacérées, lambrissées, refaites.

La narratrice en vient donc, par chocs, par heurts, à procéder à une descente crucialement vrillée dans la fosse de sa propre enfance. La première ruine craquelée que l’on retrouve alors, fatalement, c’est le cadavre roide et familier du vieux bouclier d’autoprotection. Je me rappelle pourquoi, enfant, j’ai caché avec tant d’acharnement ces pulsions, ces envies, ces curiosités suspectes qui m’auraient valu sans doutes des étiquettes comme celles qu’on a estampées sur ton front. Marquée à vie pour n’avoir pu se conformer. Condamnée à perpétuité pour le crime de dissemblance (p. 14). Il faut rester intime avec toute la problématique de la ci-devant folie et des pulsions discriminatoires la rencontrant, par vagues, frontalement. La psychologie individuelle est lacérée, balafrée, par l’obscurantisme nivelant tant la différence que la subversion.

Mais vite la réminiscence de l’enfance et de la jeunesse de l’enfant glaise ne se confine pas aux dérives du Je tourmenté. Inévitablement une lecture sociologique, anthropologique, de la situation de crise lancinante s’installe. Petite fille, la narratrice a des yeux pour voir. Et les effets d’époque de lourdement s’imposer. On est dans ce deux poids deux mesures que l’on connaît encore trop bien. Valait mieux un corps d’enfant ou de garçon. On exige moins d’eux qu’ils se conforment à des modèles.  Alors qu’à nous, il n’est pas permis de quitter les rangs. Il nous faut nous contenter de romans à l’eau de rose jusqu’à l’âge de trouver un mari. Lequel voudra que nous ayons dormi jusqu’à ce que son baiser nous réveille (p. 40). On retrouve alors la parole de femme, qui macule tout l’exercice, de son sang et de sa pulsion puissante, toujours pour dire que demain est un autre jour et que le petit jour approche, perce, pointe. Il ne sera pas dit que la cruelle et douloureuse distorsion des pensées et des attitudes ne laissera pas sur le chemin des bribes de combats.

Selon la formule chère à Anna Louise Fontaine, un récit fulgurant de quarante-cinq pages (en onze courts chapitres: Dérangeante, Indécente, Impuissante, Sacrifiée, Mal heureuse, Folle, Privée d’amour, Incomprise, Affamée, Seule, et Délivrée) est suivi d’un recueil (sans titre) de vingt-deux poèmes (Une longue histoire, Sœurs de larmes, La peur et moi, Le miroir brisé, Mon cri, Un jour ou l’autre, Nul autre, Derrière la mémoire, L’enfant glaise, Le pacte, Venir au monde, Hors-la-loi, Ma vie, Tempête, Mon seul alibi, Sens dessus dessous, Un petit tour, Confiance, Chacun son tour, Pourvu que le temps, Post-trauma, Comme un pont). La thématique traitée se formule donc dans les deux grand genres d’écritures qui hantent nos rêves et nos pensées depuis le Moyen-âge, ce cher vieux temps du pilori des corps et des cerveaux. La tempête se déploie en prose et en poésie.

Tempête

Lourds caprices de mon esprit
Qui donnent chair à mon corps
Et entrave à mon envol

Permission accordée à la peur
De saboter plaisir et connivence

Triste exigence des demains programmés
Pour refréner tout élan
Toute danse insouciante

Refus d’être
Et d’occuper l’espace
En toute légitimité

Confiance sabordée
Au fil des phrases assassines
Et des coups portés

Honte sournoise et laide
Qui s’insinue dans mes nuits
Dans mes entrailles
Pour chavirer l’esquif
Des rêves et des matins

Mots qui se terrent dans mon ventre
Majuscules et enflés de silence
Secrets tus au miroir même
Et à l’évidence autre
Tous vivants et grouillants
Dans la boîte
Que ni moi ni Pandore
Ne pouvons tenir fermée
Plus avant

Je vous libère
Comme un magicien la tempête
Qui va tout détruire
Rageusement
Pour cet instant soupçonné
De calme
En l’œil de son futur

(pp 97-98 — typographie et disposition modifiées)

Il s’agit imparablement, encore et toujours, de ce qui enserre la force libératrice des pulsions. Cette peur, cette terreur qui tue à petit feu, c’est toutes les touches perfides, à la fois cuisamment échancrées et froidement systématisée, de l’éducation patriarcale d’un temps, qui la guide, cette peur (Confiance sabordée au fil des phrases assassines et des coups portés), brutalement aussi… comme je ne sais quel berger torve de mythe de toc guide ses brebis tremblantes, à la baguette. Mais un geste, même un geste transgressif face au factuel, au réel (Je vous libère comme un magicien la tempête) va rupturer le sac plein de pus et tout va enfin jaillir. Enfin. Enfin?

Dédié À Marie, ce traité latéral de la folie nécessaire (selon le petit incipit personnalisé de la copie de l’ouvrage remise à Ysengrimus) porte en sautoir sa propre autocritique. Elle est à la fois très originale et impitoyable. Le cliché me guette. La parole qui veut tout expliquer. L’espoir entêté. C’est pourquoi mes mots ne te rejoignent pas toujours. Il suffit qu’une seule phrase ne soit pas sentie et tu ne m’écoutes plus. Il te faut la vérité plus que la réponse. Parce qu’alors, dans l’authentique parole, nous nous retrouvons en plein cœur. Et tu n’es plus seule (p. 31). Le traitement de tels sujets se doit de parler vrai. Mais le bouclier autoprotecteur déjà mentionné n’est pas aussi fissuré que ça. Il arrive à produire, à émettre encore, des résistances fantastiques. Ces dernières se sentent fatalement, surtout dans l’interaction et le dialogue… ce dialogue vrai, véridique, dont notre narratrice continue tout doucement de s’approcher. L’atteindra-t-elle? Y accédera-t-elle? Voire… On sait pourtant, depuis les Grecs, que c’est dans le dialogue à bâtons rompus que la Folie et la Raison se touchent enfin.

Extrait de la quatrième de couverture: Anna Louise Fontaine a vécu son enfance dans les ruelles de Montréal et les bois des Laurentides. Son désir d’aider les gens l’amène vers le travail communautaire et le militantisme, alors que son besoin de s’exprimer la pousse vers les arts visuels. Parallèlement, avec l’acupuncture et l’homéopathie, puis avec la biologie totale et l’approche transgénérationnelle, elle s’est consacrée à percer les mystères de l’âme et à comprendre l’influence de l’inconscient sur le corps. Fascinée par la différence, elle a toujours interrogé la norme et cherché à révéler la beauté et l’unicité. L’écriture lui permet de partager avec les autres son cheminement singulier et toutes les questions qui hantent l’humain.

Anna Louise Fontaine (2017), Folle à délier — Récit et poèmes, Les très mal entendus, 120 p.

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LE CHEMIN DE MA VIE (Hélène Lamarre)

Posted by Ysengrimus sur 1 avril 2020


La mémoire en action jour et nuit
invite les événements à rejaillir dans ma tête
et à se laisser transcrire dans le récit de ma vie.
(p. 247)

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Le phénomène de l’autobiographie naturelle prend de plus en plus d’ampleur au Québec. Des plumes hardies, volontaires, se lancent, en toute authenticité, dans l’histoire de leur vie. La chose se fait au premier degré, sans artifice. Conscient(e) que les proches, les pairs, les amis, les parents, les enfants vont lire (on sent même parfois qu’il sont assez ouvertement le premier public cible), on écrit prudemment. On contourne les écueils les plus pointus. On ne se lance pas nécessairement dans la mise à nue absolue. Mais on ne fait pas nécessairement du jovialisme gentil-gentil non plus. Au mieux de l’impartialité dont on dispose quand il s’agit de procéder à la présentation du cours de sa propre vie, on s’efforce de rester factuel, honnête, décent… et intéressant. Habituellement basée sur des notes, des carnets, des cahiers de souvenir, l’autobiographie naturelle fonctionne souvent par à coups. On sent les variations de tics stylistiques, la patine du temps, les effets de mode, le feuilleté des collaborateurs et collaboratrices. On voit les coutures. C’est de la catalogne, du collage, du patchwork, du scrapbook. On a ici une expression très spécifique, originale, et pourtant encore fort mal connue. Cette méconnaissance est d’autant plus malheureuse qu’on a ici affaire à un phénomène massif dont l’ampleur est notamment confirmée par la facilité grandissante de l’accès aux structures de publication ordinaire. Tout le monde de nos jours peut écrire et publier assez aisément l’histoire de sa vie et, ainsi, contribuer significativement à la solide tapisserie ethnographique et sociologique de la description par le petit bout de la lorgnette de notre temps.

L’ouvrage d’Hélène Lamarre, Le chemin de ma vie  est parfaitement représentatif de la tendance manifestée par ce courant d’écriture. Entre 2007 et 2015, madame Lamarre (née le 24 mai 1944) a procédé à la rédaction de son autobiographie (voir pp 246-248 sur la genèse de l’ouvrage). La prise de parti d’écriture qui s’y formule est très sereinement assumée.

Tout ce chemin parcouru écrit sans prétention dans les pages de ce volume. La description des différentes étapes de ma vie couchées dans ce récit me permet de prendre plus intensément le contrôle de mon vécu, Une satisfaction, une douceur, une joie remplissent mon être en regard du travail accompli. Je raconte simplement l’aventure de mes ancêtres, de ma vie avec mes parents et de ma vie de femme mariée.
(p. 251)

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Ce livre présente ma perception des faits. Votre opinion peut paraître différente de la mienne. Je vous respecte et je vous demande de me respecter. Chacun porte sa paire de lunettes selon sa personnalité, voilà notre richesse.
(p. 125)

La rédaction s’amorce sur un captivant exercice d’ethnologie vernaculaire. Madame Lamarre donne, en première partie (pp 3-72), la parole à ses ancêtres. Parfois sur la base de documents, parfois sur la base de textes libres rédigés et signés par des collatéraux, parfois sur la base de retranscriptions d’enregistrements de témoignages oraux, on prend connaissance d’une série de vignettes écrites dépeignant la galerie des ancêtres de l’autobiographe (voir le commentaire du géographe et historien Jean-Paul Ladouceur sur cette portion de l’ouvrage, p. 69). Tout un passé revit, par touches. C’était l’époque héroïque où les babis n’étaient pas apportés par les cigognes (inexistantes au Canada) mais par les Indiens, qui étaient les seuls à pouvoir passer quelles que soient les conditions météo (p. 56, 76). Les mythiques porteurs de babis firent de l’intensif pour la génération de l’autobiographe, issue, elle-même, d’une famille de dix enfants. Cette savoureuse galerie d’ancêtres fourmille de petits faits saisissants et passionnants. Ainsi, on apprend qu’un des ancêtres de l’autobiographe avait, à sa maison de ferme, une porte arrière faite de sacs de jute. Le cheval un jour traverse ce frêle barrage, franchit la porte, se retrouve dans la cuisine et son poids en défonce le plancher de bois. Il atterrit dans le vide sanitaire, se trouvant un mètre plus bas. Les hommes ont alors du creuser une vaste fosse derrière la résidence pour en extirper la pauvre bête, plus morte que vive (p. 31).

Graduellement, on passe des ancêtres aux parents de l’autobiographe. On découvre alors la grande dimension aléatoire du monde et de soi dans ce monde. Ainsi, le père de l’autobiographe a amorcé sa liaison avec la mère de cette dernière après avoir joué à pile ou face avec un de ses amis. La petite joute avait pour enjeu le fait de choisir entre la mère de l’autobiographe, née en 1908, et une de ses amies, que les deux hommes convoitaient et revendiquaient parce qu’elle était plus forte et rencontrait donc mieux les priorités esthétiques du temps. Le père de l’autobiographe se retrouva avec le mauvais côté de la piécette et il dut sortir avec la plus svelte des deux dames, la future maman de l’autobiographe (p. 58).

À partir de la page 73, la tonalité du texte change. On entre dans le discours direct de l’autobiographe. Elle va nous parler d’elle et ce, jusqu’à la fin de l’opus. L’ouvrage est riche en détails sans jamais pourtant devenir vétillard. C’est que l’autobiographie se brosse, se résume, glisse sous nos yeux par bonds, sur papier glacé (agrémenté d’un bon nombre de photographies d’époque). Glissendi, on passe de la naissance à l’adolescence de l’autobiographe en une trentaine de pages. L’entrée explicite en adolescence est tout simplement magnifique.

À quel âge commence mon adolescence? Mon adolescence commence un jour bien précis. Jeune j’adore fabriquer des châteaux de sable dans la cour. Plus je vieillis, plus mes châteaux deviennent parfaits, des chemins ornés de branches représentant des arbres viennent compléter mon chef-d’œuvre. Papa place un gros tas de sable près de la remise et je m’en donne à cœur joie, mon imagination aidant à réaliser un gros projet dans le sable. Un garçon, Michel Fugère vient rencontrer mon frère Claude. Me voyant accroupie dans le sable il s’exclame: «Tu joues encore dans le sable!» Ma créativité, mes constructions dans le sable prirent fin avec cette remarque de Michel Fugère, un garçon que j’estime. Je laisse mon enfance se bercer dans le sable mou, se griser de mes constructions de boue et gambader dans ce monde imaginaire en le quittant. Je me lève et désormais j’agis en adolescente ou du moins j’essaie.

 À treize ans [en 1957] une nouvelle vie commence.

(p. 108)

Puis c’est la jeunesse et ses divers jeunessages, le mariage, la maternité. Au premier enfant, jubilation d’un temps… Je me sens comme un joueur de hockey qui vient de gagner la coupe Stanley, mon trophée, mon bébé Marie-Josée (p. 139). L’autobiographe aura trois filles, sa fierté, sa puissance. Loisirs et sports, vacances, temps des fêtes. Vie professionnelle, vie d’épouse, de mère, de grand-mère. Toute une phase historique cruciale de notre histoire ordinaire collective nous défile sous les yeux, tel un scintillant torrent.

Un des traits les plus spécifiques de l’autobiographie naturelle, c’est donc qu’elle est ouvertement laudative, presque lénifiante. Je me fais un devoir de faire connaître les bonnes nouvelles, oubliant les mauvaises (p. 245). Articulée comme une leçon d’optimisme et un bilan heureux, ciblant habituellement comme premier public les sujets et les pairs intimes dont elle traite, ce genre textuel voit prudemment, discrètement à atténuer les temps faibles, à combler les carences, à glisser sur les anfractuosités, à minimiser les mous de la vie. À la lecture, on le regrette parfois un petit peu. C’est qu’on a devant soi une femme d’un temps. Elle a du voir en permanence à rendre compatible des tendanciels fortement divergents: statut de femme au foyer, professionnalisme réapproprié, études tardives, bénévolat prométhéen. Il est très important de documenter ces femmes transitionnelles. Elles ont profondément marqué un temps. Elles ne vivaient déjà plus dans la prison rurale involontaire de nos grandes ancêtres mais elles ne s’articulaient pas encore non plus comme des professionnelles de plain-pied, à la façon de leurs filles et petites-filles (voir les fiches descriptives sur ces dernières pp 228-233). La génération de madame Lamarre a chanté, avec Diane Dufresne, Secrétaire… infirmière… hôtesse de l’air… Qu’est-ce que j’vas faire? Cela a quand même du grincer de temps en temps. Il faudrait aussi nous le dire… pas juste nous le laisser discrètement deviner entre les lignes. C’est que, oui, oui… l’histoire nous regarde. Cet ouvrage, cette étape, nous fait bien sentir que le jour de l’analyse féminine et féministe du bilan du siècle dernier approche. De fait, des auteures comme Hélène Lamarre y contribuent déjà.

C’est qu’un ouvrage comme Le chemin de ma vie reste méritoirement un solide morceau d’histoire du Québec et de l’Amérique du Nord. Cette parcelle d’historiographie, c’est aussi un de ces multiples moments contemporains où les femmes prennent la parole, à leur façon, selon leur logique, leurs choix et leur dynamique. Ce faisant, comme le disait autrefois Lise Payette, elles parlent de ce qui les intéressent. On a donc ici un témoignage précieux, qu’il faut finalement respecter et prendre tel qu’il est.  À lire.

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Extrait de la quatrième de couverture:

Hélène s’intéresse à l’histoire, celle du Québec surtout, ainsi qu’à la généalogie.

Elle se raconte à travers sa biographie, tantôt avec ses propres yeux, tantôt à travers le récit d’un proche… C’est une de ces femmes qui a vécu la Révolution tranquille et les changements sociétaux des années 50 à aujourd’hui.

Je vous invite à la découvrir à travers ces pages, elle, sa famille, la ville de Grand-Mère, ses amis… Une belle histoire de vie!

Marie-Josée Bellemare

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Hélène Lamarre (2017), Le chemin de ma vie, À compte d’auteure, Saint-Eustache, 259 p.

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Il y a cinquante ans, la Nuit de la poésie de Montréal

Posted by Ysengrimus sur 27 mars 2020

NUIT DE POÉSIE

Qui aurait su ici que tout n’était pas dit
Qu’il trainassait encor des mots dans les cartables
Des quolibets fragiles, du verbe épormyable
Nuit de poésie

Les poétesses ne se laissent pas dicter leurs soucis
Elles brandissent le vers libre, celui dont on se barde
Et pètent dans les flammes leurs ardeurs d’avant-garde
Nuit de poésie

Gaston Miron, giron, a l’air tout interdit
Il le sent fortement que tout ça le submerge
Son propos incisif sonne comme de la gamberge
Nuit de poésie

Michèle Lalonde, oblongue, déclame notre folie
Il est indubitable qu’elle ne saurait se taire
Pourquoi chercher de l’or, si on a trouvé du fer
Totalité des poésies

Un soir, déchiqueté, notre enfant-nation lit
Il se souvient trop bien qu’il a vécu des crimes
Et que ceux-ci se soignent à la crème des rimes
Nuit de poésie

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Je n’avais pas encore douze ans. Je ne m’occupais pas encore de poésie. Je n’écrirais mes quelques premiers vers que quelques petites années plus tard. Je suis donc passé en dessous de la table ici aussi, comme pour Mai 68. Je n’ai découvert cet évènement tripatif que des années plus tard, à travers la captation synthèse qu’en fit alors le beau film de Jean-Claude Labrecque. Ce pseudo-documentaire est soigneusement truqué mais, bon, c’est tout ce qu’il nous reste. Il est truqué notamment parce que des soixante poètes et poétesses qui coassèrent en cette sublime nuit-là, le film n’en retient que vingt-trois, la majorité d’entre eux satellisés à la maison d’édition de Gaston Miron. Le montage du film présenterait, en plus, leurs prestations dans le désordre. Ah, que fait-on de nos petites histoires dans l’Histoire.

Qui plus est, cette grande nuit de poésie de 1970 n’a pas eu que des amis. Submergée par son succès, elle aurait laissé bien des convives sur le trottoir (on voit Gaston Miron se chamaillant dans le hall d’entrée du théâtre avec un des organisateurs, lui reprochant d’avoir fait trop de pube. Un comble). On sent encore nettement ce clivage crispé entre le peuple et ses soi-disant élites intellectuelles, dans le vieux style d’avant la grande tertiarisation des choses. Aussi, faussement spontané, l’évènement aurait, de fait, été très étroitement encadré. Certains grands poètes et poétesses ne furent pas retenus dans l’alignement, pour des raisons explicites et assumées de choix idéologiques… tant et tant que cela valut à ce symposium irrésistible, ainsi qu’au film solide, limpide et très beau qui en découla, un certain nombre de coups de varlope de la part de folliculaires actuels. Mais c’est pas si grave.

Ce qui compte fondamentalement, c’est le principe. Avec cette grande nuit de la poésie de mars 1970, un paradigme d’expression est fermement instauré. Elle fera des petits, cette fameuse nuit. Elle deviendra une manière de grammaire d’engendrement. Aujourd’hui, des tas de gens se regroupent pour se lire de la poésie dans des rencontres, dans des évènements, dans des festivals, dans des marathons nocturnes… et le souvenir de mars 1970 nous accompagne et nous épaule toujours un peu, quand nous le faisons. On comprend les gens associés à cet évènement-phare de l’avoir vécu comme un marqueur d’époque et d’avoir cultivé par la suite le sentiment, à la fois modeste et exalté, d’avoir coulé en son métal moderne un des modes d’expression cruciaux de tout un peuple.

Ce qui frappe quand on revoit ce long métrage, c’est comment tout ça a finalement plutôt bien vieilli. Le son est bon, les images sont belles, le décor est adéquatement campé, les gens sont joliment habillés et leur poésie sonne sec et clair. Bon, évidemment, il faut jouer le jeu, c’était dans le temps des trippeux et du comble de l’ardeur prolétarienne et nationaliste mais ça passe bien, sans lourdeur. Certains contrastes sont assez saillants. Gaston Miron, qui est au four et au moulin, a l’air propret d’un vendeur de brosses un rien dédaigneux et certains des rimailleurs de son écurie sonnent comme des chapons ecclésiastiques. Mais trois puissances chantées se font clairement entendre: Pauline Julien, Georges Dor (qui garroche des livres dans la foule) et Raoul Duguay. Trois puissances poétiques se lèvent durablement: Pierre Morency, Michèle Lalonde et Claude Gauvreau. Et la musique magistrale de L’Infonie de Walter Boudreau n’a pas pris une ride.

La séquence Claude Gauvreau est lumineuse. Le monstre mégalo, à qui il ne reste malheureusement qu’un an à vivre, est en grande forme et il a une façon d’affecter d’ignorer son public en le picossant quand-même qui est savoureuse. Il est particulièrement satisfaisant de voir Gauvreau lire ses textes, sous les jappements épisodiques. Bien mythocrate (il se présente un peu comme son propre biographe, pompeusement… c’est grand, dans le pathétique), il déclame ses magnifiques abracadabrance sur un ton parfaitement irrésistible.

Le fameux Speak White de Michèle Lalonde est toujours aussi puissant et dévastateur. Il a vieilli comme du vieux bois de meuble. En l’écoutant et en le méditant, je me demande si l’occupant anglo-canadien oserait encore traiter la langue française, même dans sa variété joualisante, comme le dialecte semi-forestier dont la Michèle Lalonde de 1970 a fait saillir les épineux complexes. J’en doute. Mais allez savoir… Quoi qu’il en soit, il reste des choses qu’il faut ne pas hésiter à continuer de dire. La pérennité polymorphe de ce texte crucial est là pour en témoigner.

Au milieu de tout et du reste, apparait soudain une jeune femme de vingt-sept printemps aux longs cheveux bruns ceints d’un joli bandeau d’époque, tenant un exemplaire de la revue La Barre du jour à la main. C’est Nicole Brossard. Elle lit quelques-uns de ses textes denses, confidentiels et songés, s’épinglant irréversiblement au sein de ce petit monument. La chose est d’autant plus tripative que Nicole Brossard est et reste une figure particulièrement autonome et originale, dans le tableau bigarré et tonitruant de la poéticité québécoise, toujours en constant chambardement. La radicalité poétique de cette artiste majeure est à l’antipode tant du langage ordinaire que de la pensée triviale. Sport extrême, gastronomie exotique, explorations philosophiques hors-normes, concert de musique atonale… ont en commun avec la poésie de Nicole Brossard de revendiquer, sans rougir, l’effort qui paie. Appréhender l’œuvre d’une poétesse de son calibre assure la plénitude de cette entrée en radicalité. Le texte est dense, insolite, déstabilisant. On se laisse submerger, subvertir, puis hanter. Le message implicite finit par forer son chemin, dans nos cerveaux nécrosés par la colère et par la frustration. Vivons, sans compromission, cette cruciale rencontre avec l’art comme bel ouvrage, autant que comme perturbation permanente des sens, des thèmes et des émotions. Citation de Nicole Brossard, quarante ans plus tard: Ce serait toujours le temps de la poésie, mais tous les cinq ans, il y a un roman qui pousse, des questions qui cherchent à être formulées. Parfois aussi il y a un besoin de l’essai, plus rationnel, plus cohérent. (entretien avec le journal La Presse en novembre 2010). Il y a bel et bien, encore de nos jours, plusieurs Nicole Brossard. C’est qu’il existe ici aussi, en périphérie, la romancière et la théoricienne. Mais c’est sur la poétesse que nous avons fugitivement concentré notre attention lors de cette rencontre phare de 1970. Née en 1943, Nicole Brossard produit du texte et ce, depuis 1965. Le corpus Brossard, dense et volumineux, qui se déploie donc aujourd’hui sur plus de cinquante ans, transgresse ouvertement la typologie ordinaire des discours et donne à découvrir la force d’évocation fleurissant sur le terreau inévitablement libertaire de la faiblesse institutionnelle et culturelle des genres littéraires.

Oh. Oeil de Lorsque. De 1970 à 2020, que de chemin parcouru sur la piste pierreuse de nos poéticités exacerbées. La nuit de poésie de 1970 fut longtemps décodée come un acte exclusivement sociopolitique. Le recul du temps nous permet aussi d’observer qu’elle est un regard globalisant sur ce que revendique la québécité. Quelle que soit l’analyse rétrospective qu’on en fasse aujourd’hui, il reste que rien ne sera plus pareil dans la République Patriote des Lettres, après mars 1970.

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DEUX NOUVELLES D’ISABELLE LAROUCHE

Posted by Ysengrimus sur 21 mars 2020

Illustration: Marc Delafontaine

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L’auteure québécoise Isabelle Larouche a produit un certain nombre de textes de fiction courts pour la jeunesse. Deux de ces textes touchent des genres distincts mais presque complémentaires, la science-fiction (ou l’anticipation, ceci pourrait être débattu) et la nouvelle d’évocation. À moi, nouvelles, deux mots…

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LA SPHÈRE —  La Sphère Virtualia est une manière de cyber-simulateur intégral. Elle reproduit fidèlement les espaces réels mais elle piège aussi ses invités dans son univers circonscrit. La jeune Gabrielle a contribué à la création par son père de certains des hologrammes qui habitent ce monde. Le Paris de 1900 a pris une singulière densité à son instigation. Et voici que ce dispositif virtuel, amical et contrôlable, devient de plus en plus intéressant, plus intéressant que la réalité même. Gabrielle y rencontre un garçon charmant qui semble tout spontanément comprendre ce qu’elle aime. Le temps semble se déployer autrement. Et pendant que Gabrielle s’engloutit dans son univers virtuel, toute une camarilla scientifique s’efforce de l’extirper de cette toile d’araignée circulaire. Cela se fera-t-il sans séquelles psychologiques, physiques et intellectuelles?

On a ici une nouvelle qui ressemble singulièrement au synopsis d’un roman que l’auteure pourrait encore écrire. Si l’objet technique ressemble initialement au fameux simulateur (Holodeck) de Star Trek, il s’en autonomise rapidement par le fait que la protagoniste, justement, s’autonomise elle-même de l’emprise technique du susdit simulateur, mais en assurant fermement une perpétuation du dispositif hallucinatoire. Tout se joue comme si l’objet technique avait fonctionné comme un simple déclencheur imaginatif menant la protagoniste à s’ouvrir et à assumer la propension à se mettre à vivre dans sa tête. Le monde scientifico-médical et parental cherchant à récupérer la jeune rêveuse perdue apparaît alors comme le monde adulte auquel l’imaginaire adolescent résiste encore et refuse de céder. Il y a là un vaste potentiel, narratif et symbolique, exploitable.

Isabelle Larouche (2004), «La Sphère», Marie-Andrée Clairmont dir, (Collectif de l’association des écrivains québécois pour la jeunesse), Virtuellement vôtre, Éditions Vents d’Ouest, Coll, Ado – Aventure numéro 62, Gatineau, pp 25-36.

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PINGUALUIT — Le jeune Norman part en compagnie de son père pour Pingualuit, dans le Nunavik (grand nord québécois). C’est un voyage de camping dans le vaste espace boréal. La majorité des déplacements se font en avion. Le guide inuit qui accompagne Norman et son père a amené Piari, son fils, avec eux. Piari ne parle que l’inuktitut. Norman va donc devoir déployer son petit lexique portatif et entrer en studieuse interaction avec son nouvel ami. On expérimente une courte mais intense aventure impliquant une découverte naturelle autant qu’une rencontre ethnoculturelle. Le cratère des Pingualuit, vieux de quatorze millions d’années et contenant une eau très pure est le principal objet d’attraction de cet immense espace. Un mystère s’esquisse. Cette eau est-elle vraiment terrestre et aussi, surtout: Piari est-il vraiment Piari?

Cette nouvelle d’évocation prend toute sa densité de par une solide mise en place visuelle et sensorielle de la toundra boréale. Notons, pour la touche ethnoculturelle, que Galarneau, c’est le nom qu’on donne au Québec au soleil. Si ce dernier adopte des comportements diurnes et nocturnes si singuliers ici, c’est que la proximité du cercle polaire impose les contraintes astronomiques que l’on connaît. Le cratère séculaire, les aurores boréales sémillantes, la faune imprévue sont évoqués avec une tendresse et une vigueur descriptive qui nous fait entrer pleinement dans cet univers étrange. Les personnages, notamment les Inuits, nous suscitent le dépaysement de la solide réalité du voyage. On a ici aussi un texte à chute, qui nous laisse rêver sur les potentialités du mystère, au moment de l’interruption de ce trop court séjour nordique.

Isabelle Larouche (2012), «Pingualuit», Marie-Andrée Clairmont dir, (Collectif de l’association des écrivains québécois pour la jeunesse), Le camping ça me tente!, Association des écrivains québécois pour la jeunesse, Saint Lambert, pp 11-31.

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