Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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À propos de la récente vague anti-conservatrice au Québec qui en a surpris plus d’un – un petit souvenir littéraire datant de 1918…

Posted by Ysengrimus sur 1 août 2011

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En respectueux hommage à monsieur JOHN GILBERT «Jack» LAYTON (1950-2011), chef du Nouveau Parti Démocratique (centre-gauche) lors de la campagne électorale fédérale canadienne de 2011, et dont la lutte déterminée et courageuse contre le cancer a tenu ses compatriotes, de toutes allégeances politique, en haleine jusqu’à son dénouement révoltant et tragique.

Il faut continuer de traquer les causes ordinaires (domestiques et industrielles) de cette maladie dénaturée, aux étranges caractéristiques sociologiques, et vraiment trop banale dans la vie sociale contemporaine…

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Aux élections fédérales canadiennes de 2011, les Québécois ont massivement voté, virtuellement seuls contre tous, pour le petit parti de centre-gauche de service. Nos folliculaires, faux savants sociologiques s’il en fut, réacs jusqu’aux trognons, et toujours hautement prompts à servir leurs maitres, ont pris de grands airs surpris, fendants, condescendants et hautement contris de constater tant de rigueur politique chez nos petits compatriotes (qu’on prend si souvent pour des gogos et des vive-la-joie manquant de sens civique et de vision sociale – grossière erreur). On s’étonna donc niaiseusement, dans la presse, de voir se manifester une si nette et ferme sensibilité de centre-gauche au Québec (confirmée ensuite par de nombreux sondages post-électoraux qui finirent par faire taire les sarcasmes et les rires jaunes des feuiles et cyber-feuilles, tout aussi jaunes). Et pourtant notre bel héritage historique si folklo et si gentil-gentil ne manque pas d’avoir laissé, sur la question, son solide et profond lot d’indices criants. J’en veux pour exemple unique, retenu ici pour sa haute qualité symbolique, cette remarquable évocation de la tumultueuse élection fédérale canadienne de 1891, dans le roman (au réalisme fort, ferme, solidement informé et indubitablement fiable) La Scouine d’Albert Laberge (1871-1960), publié, dans sa version définitive, en 1918.

Chahut électoral dans le Canada du 19ième siècle

C’ÉTAIT  jour d’élections. Les Bleus et les Rouges se disputaient le pouvoir et la population était divisée en deux camps absolument tranchés. Tous les anglais sans exception étaient conservateurs, tandis que la grande majorité des canadiens-français était libérale. Déjà, il y avait eu des bagarres aux assemblées politiques et l’on appréhendait des troubles sérieux autour des bureaux de votation. Des animosités de race fermentaient, menaçaient d’éclater. Cependant, comme la Saint-Michel, date des paiements, approchait, les fermiers n’oubliaient pas les affaires. Certes, ils iraient voter, mais ils profiteraient de l’occasion pour vendre un voyage de grain, d’autant plus que Robillard avait entrepris de charger une barge d’orge et qu’il la payait quatre chelins le minot.

Dès le matin, à bonne heure, ce fut sur toutes les routes conduisant au chef-lieu du comté une longue procession de wagons remplis de sacs de toile, bien propres, bien blancs, cordés avec soin. Chacun allait vendre son orge.

Les anglais tenaient évidemment à voter tôt, car dès huit heures ils se rendaient déjà au village. Deschamps qui comptait avoir quinze cents minots de grain cet automne-là, n’avait pu terminer son battage la veille comme il l’espérait. Il tenait absolument à le finir cependant, et cette besogne lui prit une partie de l’avant-midi. Après le dîner, il partit donc avec une quinzaine de poches dans sa charrette.

Sur la route de glaise, dure comme du ciment, bordée de trèfles d’odeur, de verges d’or et d’herbe Saint-Jean, son petit cheval bai marchait d’un pas régulier et, sur son dos, luisaient les têtes dorées des clous du harnais.

Deschamps alla livrer son orge chez Robillard. Là, il apprit que les Anglais s’étaient emparés du poll et en défendaient l’approche à leurs adversaires. Cette nouvelle n’était pas pour intimider Deschamps qui était un rude batailleur. Il attacha son cheval à la porte d’un vaste hangar en pierre, où il se trouvait à l’ombre, et partit vers la salle du marché public. En approchant, il constata que les Anglais avaient bien pris leurs mesures. Ils avaient disposé leurs voitures en rectangle autour de l’édifice et n’avaient laissé qu’un étroit passage libre qu’ils surveillaient. Cette tactique en avait imposé, et peu de Rouges s’étaient aventurés dans le voisinage de cette forteresse. Les audacieux qui avaient tenté de s’approcher avaient reçu un mauvais accueil. Justement, Deschamps se heurta à Bagon venu au village pour voter. Le Coupeur s’était endimanché, avait mis son haut de forme et le surtout de drap qui lui avait servi lors de son mariage. Malheureusement, il avait fait la rencontre de quelques Anglais et l’un d’eux, lui avait, d’un coup de fouet, coupé son tuyau en deux. Les compères avaient continué leur route en riant aux éclats de la bonne farce. Ce récit ne fit qu’aiguillonner Deschamps qui se dirigea d’un pas plus rapide vers l’ennemi. Trois grands gaillards, postés en sentinelle, gardaient le passage conduisant au bureau de votation. Comme Deschamps s’approchait, ces braves se mirent à ricaner et le plus gros de la bande l’apostropha d’un:

– Que veux-tu maudite soupe aux pois?

Un formidable coup de poing à la mâchoire fut la réponse de Deschamps. L’Anglais s’affaissa comme une masse. Les deux autres se ruèrent sur le Canadien, mais le premier reçut dans le bas ventre une botte si rudement poussée qu’il roula sur le sol en faisant entendre un affreux gémissement et en se tordant. Le troisième cependant, un Irlandais d’une malpropreté repoussante, aux mains couvertes de verrues, avait saisi Deschamps à la gorge et tentait de l’étouffer. Le Canadien se défendait avec énergie et parvint à faire lâcher prise à son antagoniste. Une lutte corps à corps s’engagea alors entre les deux hommes. Un croc-en-jambe habilement appliqué fit perdre l’équilibre à l’Irlandais qui s’abattit. Saisissant une poignée de foin qui traînait par terre, Deschamps tenta de le faire manger à son ennemi vaincu, mais celui-ci lui mordit férocement un doigt. Dans sa rage, Deschamps ramassa une boulette de crottin frais, et la fit avaler à l’Irlandais, lui cassant par la même occasion une demi-douzaine de dents.

Deschamps put croire à ce moment qu’un mur de briques s’écroulait sur lui, car une dizaine d’Anglais s’étaient précipités sur le Canadien et le démolissaient avec leurs poings et leurs pieds. C’étaient une grêle de coups. Deschamps était absolument sans défense. On ne sait trop ce qui serait arrivé, si l’un des agresseurs n’eût tout à coup commandé aux autres de s’arrêter. On lui obéit. En quelques mots, il exposa son idée, puis il s’éloigna. Au bout d’une minute, il revint avec une charrette. Alors tandis que quatre ou cinq de la bande, maintenaient Deschamps, un autre lui passa un câble au cou et attacha l’autre extrémité au chariot. Les anglais sautèrent dans la voiture puis le chef fouetta le cheval qui partit au grand trot, traînant Deschamps derrière le char comme un animal que l’on conduit à l’abattoir. Criant à tue-tête, braillant, hurlant, vociférant, les Bleus et leur burlesque équipage parcouraient les rues, semant l’épouvante. Moulu, essoufflé, nu-tête, la figure tuméfiée et sanglante, les côtes, les jambes et les reins meurtris, Deschamps courait derrière la charrette, butant contre les pierres et écumant de rage impuissante. La voiture fit ainsi le tour du village sans que personne osât intervenir, tellement la population était terrorisée. Finalement, elle prit le chemin de la campagne. Elle fit encore un bon mille, puis comme Deschamps râlait, à moitié étouffé, le chef détacha le câble et le jeta sur l’épaule de Deschamps.

– Garde-le comme souvenir, dit-il, et s’éloigna avec ses compagnons.

Les Bleus avaient triomphé ce jour-là.

Albert, Laberge, La Scouine, Éditions Quinze, collection Présence, 1980 (publié initialement en 1918), chapitre XIX, pp 69-72 (cité depuis l’ouvrage papier).

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Alors pas de panique, là, hein. L’analogie que j’établis ici ne vise aucunement à recentrer la réflexion politicienne contemporaine sur les bagarres inter-ethniques d’autrefois (les animosités de race), aussi sidérantes et révélatrices qu’elles puissent être. Après tout, Jack Layton, le chef du ci-devant Nouveau Parti Démocratique (la petite formation de centre-gauche dont je parle ici) et son lieutenant québécois Thomas Mulcair sont eux-mêmes des anglophones. Le parallèle historique que j’établis ici doit s’assortir de la plus explicite des invitations à une saine prudence transposante au sein de la jubilation métaphorico-réminescente. Il n’y a plus grand-chose d’«ethnique» ou de «racial» dans tout ceci, au jour d’aujourd’hui. Les Québécois le prouvent justement magistralement, en donnant leur vote à un parti anglophone et fédéraliste, si ce parti anglophone et fédéraliste véhicule (au mieux) ou semble véhiculer (au pire) les valeurs sociales socialisantes auxquelles les Québécois s’identifient de longue date. Indubitablement, en 2011, les Québécois n’ont pas voté à la bouille d’anglos mais au programme. Depuis l’aggravation fatale, subite, tragique et inattendue, du cancer de Jack Layton, nos chers médias, biaiseux, sciemment vendus, et qui font flûtes de tous bois, cherchent maintenant ouvertement à imputer la victoire du centre-gauche à quelque mystérieuse popularité individuelle (temporaire et superficielle) du bon Jack au Québec. Pur mensonge de faussaires simplistes, droitiers et biaisés, que cette fadaise du succès de sympathie personnelle, flatulente et nonchalante, que l’on voudrait donc vouée à miraculeusement décliner parallèlement à la santé du malheureux «chef charismatique». Il faut le dire et le redire ici, dans notre jargon politicien s’il le faut, pour se faire comprendre: aux élections fédérales de 2011, les Québécois n’ont pas voté l’homme mais le parti. Et qui plus est, ils l’ont fait dans la plus pure perspective du Situationnisme Patapoliticiste

Ceci dit, le problème avec ces bons messieurs Layton et Mulcair, ce n’est donc pas qu’ils sont anglophones (ils parlent d’ailleurs tous les deux un très bon français et se communiquent aux Québécois dans cette langue avec un efficace indéniable). Le problème, terriblement classique, avec ces messieurs Layton et Mulcair, c’est, plus simplement, plus prosaïquement, qu’ils sont, eux aussi, des politiciens de petite politique politicienne. Le Québec leur sert maintenant de plate-forme temporaire d’opposition. Pour s’emparer du pouvoir au niveau pan-canadien, ils doivent maintenant se gagner les verres de lait avec une fraise dans le fond du ROC, plus conformistes, friqués, ricanisés, crispés, caillés, bourgeois, puant le conservatisme mouton de toutes leurs pores. Messieurs Layton et Mulcair vont donc devoir se mettre à ratisser sur leur droite (Obama, qui est pas mal plus pesant qu’eux, le fait sans scrupule aucun. Ils n’y couperont donc pas). S’ils ratent cette entourloupante manœuvre de ratissage à droite, leurs principaux électeurs du moment, les Québécois, resteront isolés dans leur petit coin, avec leur petite social-démocratie de papier, goualante et inopérante, de parti d’opposition sans audience parlementaire effective. Si le ci-devant NDP/NPD réussit son grand ratissage à droite, il réussira aussi alors à prendre le pouvoir, sur une base électorale majoritairement ROC-réac, et, là, bien, c’est encore Urgèle Deschamps qui va se prendre tous les coups de cordes à nœuds sur le dos et qui, essoufflé, désespéré, désillusionné, va courir de par tout le village, le cou solidement lié à la charrette de ses chefs, en caucus et au parlement. Je ne vois vraiment pas comment les choses pourraient évoluer autrement que dans le sens d’une des deux possibilités évoquées ici: marginalisation ou droitisation. Le diable réac ROC ne va pas subitement se faire social-démocrate-ermite. Dilemme, Dilemme… En plus, pour le moment, on est bien loin d’y être encore, audit dilemme, car pour le moment, tout simplement. la tragi-comédie politicienne se rejoue. Les Bleus avaient triomphé ce jour-là. Ce sont effectivement les Bleus de l’Ouest et de l’Ontario qui tiennent solidement le pouvoir fédéral, depuis l’élection de 2011 (notre petit parti de centre-gauche est en orange).

Les sables bitumineux de l’Athabasca. Une surface de pollution durement durable, vaste comme l’Angleterre. Le symbole suprême du nouveau conservatisme canadien…

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Le fond de l’affaire reste donc que les Bleus, en 2011 (110 ans après les Bleus en fait agonisants de 1891), ont effectivement triomphé dans le ROC. Aussi, après avoir flaubé onze (11) milliards de dollars en Afghanistan, à jouer à la gué-guerre de théâtre de toc, ils préparent maintenant des contrats militaires pharaoniques, totalisant trente-trois (33) milliards de dollars, tandis que les services hospitaliers s’enlisent et les infrastructures routières s’effondrent. Ils sont aussi à se mitonner une petite campagne de pube pour revaloriser la surface de pollution vouée à une durée multi-centenaire (sur un territoire vaste comme l’Angleterre) qu’ils perpétuent en Athabasca (Alberta), pour extirper le pétrole difficile d’accès des sables bitumineux, qu’ils livrent ensuite à leurs bons maitres US. Que veux-tu maudite soupe aux pois? Ben, que cette gabegie meurtrière cesse, quoi… J’ai voté en conséquence mais, bon, comme d’habitude, ce n’est pas suffisant… Il faut croire que le fond véreux et minable de nos pratiques politiciennes de type Westminster a gardé quelque chose de la dérisoire et hargneuse futilité campagnarde de 1891, dans un pays et un monde ou les enjeux de ce genre de manipes électoralistes brutales et sordides sont amplement plus écologiquement dangereux et sociologiquement dommageables.

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Pour la civilisation américaine, contre l’impérialisme américain

Posted by Ysengrimus sur 4 juillet 2011

usa-civilisation

James Dean rime pas avec John Wayne,
Saint-Denys Garneau est mort désossé…

Lucien Francoeur

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Un mot d’abord, pour faire changement, sur mon exergue ici. Ce sont des vers de Lucien Francoeur que l’on peut citer quand la question du recentrage socio-économique et de la déchéance impériale de l’Amérique est en cause. Hector de Saint-Denys Garneau (1912-1943), poète, peintre, homme grand, beau, riche, indolent, ayant tout pour lui, meurt pourtant à 31 ans des complications d’une maladie rhumatismale qui le laisse tout amaigri. Il est la grandeur fondamentale de l’Amérique, hautaine, fugitive, fragile et fatale… James Dean (1931-1955), bien, cela ne rime pas avec John Wayne (1907-1979)… Cela s’entend au son mais aussi au sens. Dean ado révolté mort jeune. Wayne cow-boy réac (genre Reagan) mort vieux. Trois pôles antinomiques du fait américain. La jeune Amérique meurt jeune. La vieille Amérique réactionnaire dure et dure. Sa dimension impériale s’enfle, sa dimension civilisationnelle se désosse. Il est plus que temps d’inverser ça un petit peu. Ça ne rime pas, et ne rime à rien.

Car maintenant, je vais vous dire un truc. Je ne crois pas vraiment à la connerie américaine et je suis aussi pro-américain pour l’intelligence sagace, la rouerie matoise, la lucidité, le réalisme, la richesse ethno-culturelle, la simplicité intellectuelle sans complexe, la saine et fluide cordialité, la langue bien pendue, la vis comica, la sagesse sourde de ce nouveau monde virulent, critique, souple et libre… que je suis anti-impérialiste (ce qui m’oblige à brasser les américains de temps en temps, si tant est qu’ils s’en soucient…). Les impérialistes américains sont fondamentalement bellicistes, militaristes, ploutocrates et bêtes (je vous passe les sempiternelles ritournelles des guerres de théâtres des temps passés et présents, Vietnam, Afghanistan etc…), ce sont leurs moyens titanesques qui, malgré la susdite bêtise et inénarrable incurie, les tiennent en place encore pour un temps. Et, par delà les fausses rédemptions politiciennes, l’intelligence des américains, qui est ailleurs, ne se mesure nullement à l’aune de la sottise épaisse de leur impérialisme… Je suis pour la civilisation américaine, contre l’impérialisme américain et archi-contre l’idée fixiste implicite que ces deux aspects sont inséparables. L’histoire est en train de mettre une cassure de plus en plus nette entre l’Amérique de demain et son impérialisme auto-sanctifié d’hier. Ça fait mal mais ça s’en vient. Nous, et notre bon voisinage tant mondial que panaméricain, nous en porterons tous beaucoup mieux quand ce divorce sera consommé. Un jour viendra…

Le détroit de Taiwan (photo satellite du UCLA Asia Institute)

L’impérialisme américain craque dans tous ses maillons. On nous bassine bien avec le Moyen-Orient mais des maillons faibles de l’impérialisme américain, il y en a d’autres, et pas des petits. Un cas d’espèce peu publicisé, par exemple, c’est celui de Taiwan. La Chine continentale monte en puissance et alors, comme par hasard, la tension taiwanaise rejaillit épisodiquement. Sauf que… attention ici. C’est chinois donc c’est subtil. Simplisme grossier s’abstenir. Lors de la première (1955) seconde (1958 – sous Eisenhower) et troisième (1995 – sous Clinton) crise du détroit de Taiwan, les porte-avions US se sont portés directement et concrètement au secours de la ci-devant République de Chine (Taiwan). De nos jours, on semble plutôt tendre à opter pour une formule plus ambivalente: on vous vend par avance du matos pour soldoques et bruits de bottes (terrestres – ceci N.B.), mes bons taiwanais, et négociez ensuite vos affaire par vous-même… entre vous, ni plus ni moins. Cette fois-ci, c’est cash & carry, donc, en fait. Signal implicite et feutré: ne comptez pas sur nous pour aller faire nager des brasses belliqueuses ou symboliques à nos flottes dans le détroit de Taiwan pour vous tirer de la nasse de ce siècle nouveau. Mon pronostic: sous couvert de les armer (un peu), les USA larguent en fait la République de CHINE ou CHINE nationaliste (Taiwan). Sous l’ergotage et le plastronnage à la Fonzie couve son contraire veule, la concession. Ce n’est pas du Eisenhower, ça. Je vous en passe mon carton. Pourquoi le nom très officiel de cette île est-il CHINE au fait… Demandez aux autorités de Pékin, ils vont bien éclairer votre lanterne sur la question. Chine ça veut dire Chine, non? C’est pas du chinois ça… On ne va pas faire péter la planète pour ça… C’est à suivre attentivement, cette montée toute ordinaire de la vraie de vraie Chine. La subreptice mise en place de l’Amérique post-impériale nage sinueusement, entre autres, dans le détroit de Taiwan… Oh, oh, je le redis. L’impérialisme américain a sauté par-dessus son requin en mer de Chine, et partout ailleurs. TO JUMP THE SHARK (sauter par-dessus le requin), cela fait référence au feuilleton HAPPY DAYS. Comme tous les feuilletons populaires de l’Amérique impériale, HAPPY DAYS s’amplifie, se magnifie, s’hypertrophie, en rajoute. Puis un beau jour de 1977, dans une scène restée iconique, on nous présente justement Fonzie (un des persos les plus populaires du feuilleton) sautant par-dessus un requin en skis nautiques. Fracture, perte subite de magie, yeux qui se dessillent. Là HAPPY DAYS a charrié trop loin et le saut de Fonzie au dessus du requin marque le moment où ce feuilleton, jadis plaisant, crédible et valide, bascule dans la pantalonnade, le ridicule, le grotesque, l’inepte, l‘incohérent. Et c’est le déclin irréversible dont la borne initiale est à jamais marquée par Fonzie sautant par dessus le requin en skis nautiques. Sauter par dessus le requin est aujourd’hui une expression idiomatique américaine encapsulant: «Charrier trop loin, dépasser les bornes du tolérable et entrer en déclin». L’impérialisme américain a sauté par-dessus son requin et c’est la civilisation américaine qui se prend tout le discrédit dans la gueule.

Traduction: «J’ai vu Fonzie sauter par-dessus le requin». Interprétation symbolique: j’ai vu le spectacle impérial US en faire autant…

Aussi, justement, conséquemment, de plus en plus, on va devoir observer l’Amérique avec d’autres lentilles. On va devoir l’appréhender non plus dans sa généralité impériale si flatulente mais bel et bien dans sa spécificité civilisationnelle si truculente. Cela nous obligera, par exemple, à observer mille particularités et curiosités, dont la suivante. L’impérialisme US, bouteur ne faisant habituellement pas dans la dentelle, s’est planté lamentablement dans l’exportation internationale d’un de ses objets culturels pourtant majeurs: ses sports. Le baseball, le football américain, le hockey sur glace, même le basketball, immenses pour les ricains, le reste de la planète s’en tape totalement ou quasi-totalement. Et le foot/soccer, qui est désormais LE sport universel, les ricains y perdent leur latin et s’y mettent tardivement et sans joie réelle. C’est quand même curieux, ça, quand on y songe une minute. Non-impérial en diable aussi, pour faire un peu changement. De fait, une part significative de la spécificité intellectuelle (notez ce mot) américaine se canalise dans ses sports. C’est que ceux-ci sont un trait tellement typiquement US… bien plus que la musique, la littérature et le reste. Le sportif américain est voué à sa non-universalité, ce qui place sa spécificité (folklorique et philosophique inclusivement) en un singulier et saisissant relief. Et j’en veux pour preuve ultime, le remarquable opus suivant: Yogi BERRA, The Yogi Book – I really didn’t say everything I said, Workman Publishing, New York, 1998, 127 p. La civilisation américaine non-impériale est là (entre autres) et nous attend, biscornue, sapientale et clownesque.

Peter Lawrence Berra dit Yogi Berra (1925-2015) fut receveur pour les mythiques Yankees de New York de 1946 à 1963. Il fut un de ces innombrables joueurs en pyjama rayé qui hantent le panthéon des figures incroyables du baseball majeur (il portait le numéro 8, retiré depuis, et, fait crucial, le personnage de dessin animé Yogi Bear fut nommé d’après lui, pas le contraire). Un mot brièvement sur sa fiche. Frappeur, Yogi Berra tint une moyenne au bâton très honorable de .285. Pour obtenir ce chiffre, au fait, vous divisez simplement le nombre de coups de bâtons fructueux par le nombre de présences au marbre. Si un joueur se présente au marbre 20 fois et frappe la balle correctement huit fois (8/20 soit 40%), il se retrouve avec une moyenne au bâton de .400 et… finit catapulté au Temple de la Renommée s’il tient cela en carrière (le monstrueux Babe Ruth, le titan des titans du baseball majeur tint une moyenne globale de .342). De plus, Yogi Berra cogna 359 coups de circuits en carrière (Babe Ruth en cogna 714). Encore une fois: honorable. En défensive, Yogi Berra fut un receveur talentueux qui, entre autres exploits, fut justement le receveur de la fameuse partie parfaite lancée par Don Larsen lors de la Série Mondiale de 1956 contre les Dodgers de Brooklyn. On aura compris qu’une partie parfaite se réalise quand, oh merveille, aucun des 27 frappeurs (3 par manche de jeu avec 9 manches dans une partie) de l’équipe adverse n’arrive à frapper la balle que vous lancez/recevez. Berra fut intronisé au Temple de la Renommée du Baseball Majeur en 1972. Après une carrière de gérant moins fructueuse s’étalant cahin-caha jusqu’en 1989, Yogi Berra prit une retraite paisible et l’affaire aurait pu en rester là, avec un mérite sportif aussi parfaitement incontestable que solidement circonscrit au petit monde des grands stades.

Yogi Berra, receveur de baseball et… réceptacle philosophique

Mais non, cet homme peu instruit, jovial, simple et spontané, allait devenir, presque sans s’en rendre compte et quasiment malgré lui, l’un des héros populaires les plus bizarres et les plus originaux de l’Amérique du 20ième siècle. Et qui plus est un héros intellectuel… En effet, Yogi Berra est à l’origine d’une série d’environ 70 aphorismes populaires (les fameux Yogismes, tous colligés dans le petit ouvrage que je vous mentionne ici) qui font de lui l’un des penseurs (absolument sans ironie) les plus cités par ses compatriotes. Son ami et ancien confrère avec les Yankees Joe Garagiola nous dit ceci, sur cette figure tellement, mais tellement éminement et fondamentalement américaine, dans la préface de l’ouvrage (je traduis – P.L.):

On peut bien rire et se prendre la tête quand Yogi dit quelque chose de curieux comme «Tant que c’est pas fini, c’est pas fini», mais vite on se rend compte que ce qu’il dit est tout à fait cohérent. Et on en vient à utiliser ses paroles nous-mêmes car, finalement, elles s’avèrent un mode d’expression parfaitement adéquat pour les idées spécifiques auxquelles nous pensons.

De fait, la clef du mystère des Yogismes, c’est la logique toute simple de Yogi. Il emprunte peut-être une route distincte de celle que nous emprunterions pour raisonner, mais sa route est la plus rapide et la plus vraie des routes. Ce que vous diriez en un paragraphe. Il le dit, lui, en une seule phrase.
(p. 5)

La transmission populaire des aphorismes de Yogi Berra, via un colportage oral et médiatique s’étalant sur plus d’un demi-siècle, avait, avant la publication de ce petit ouvrage définitif, connu un certain nombre de brouillages et de distorsions regrettables. On imputait à Yogi Berra toutes sortes de citations farfelues, peu cohérentes, souvent excessivement ridicules et clownesques, d’où le sous-titre de l’ouvrage: J’ai pas vraiment dit tout ce que j’ai dit (pour dire: je n’ai pas vraiment dit tout ce qu’on m’impute – mais le fait est que je reste quand même présent aux aphorismes qu’on m’impute et que je n’ai pas textuellement dit – Ouf, Joe Garagiola a raison, la formule de Yogi surprend, mais elle est bien plus rapide). Un petit nombre des aphorismes de Yogi Berra sont intraduisibles parce qu’ils jouent sur des effets de sens spécifiques à la langue anglaise. Mais la majorité d’entre eux se transpose parfaitement en français (ou dans toute autre langue), ce qui garantit sans conteste leur impact de sagesse. Citons-en six, sublimes :

Quand vous arrivez à une croisée des chemins, eh bien, prenez la
(p. 48)

Si le monde était parfait, il ne serait pas
(p. 52)

Si vous ne pouvez l’imiter, évitez donc de le copier
(p. 63)

On arrive à observer énormément simplement en regardant
(p. 95)

L’avenir n’est plus ce qu’il était
(pp. 118-119)

Tant que c’est pas fini, c’est pas fini
(p. 121)

Chacun des quelques 70 aphorismes est cité dans sa formulation propre et replacé dans le contexte verbal qui fut celui de son émergence spontanée initiale. L’ouvrage remarquable que je vous recommande ici se complète de la préface de Joe Garagiola (pp 4-5), d’une introduction très sympathique écrite par les trois fils Berra (pp 6-7), de photos et de commentaires d’amis et d’anciens collègues de ce surprenant philosophe vernaculaire. Et, pour le pur plaisir, une grande photo de famille nous présente (pp 124-125) les enfants et les petits enfant du Sage, avec un aphorisme numéroté par personne. C’est ainsi que l’on apprend qu’une de ses petites filles du nom de Whitney aurait dit un jour:

Comment puis-je la retrouver si elle est perdue?
(p. 125)

Eh bien… la sagesse inouïe de Yogi Berra, elle, n’est plus perdue. Ce petit ouvrage délicieux la retrouve. Et, justement, oh que justement, c’est toute l’Amérique cogitante qui y percole. Ne cherchons plus ses philosophes, ils sont à se courailler, en ricanant comme des sagouins et en pensant à leur manière, autour de tous les losanges de baseball, connus et méconnus, de ce continent incroyable… Alors? Alors, quand leurs grandes bourgeoisies criminelles et véreuses auront fini de tuer des gens inutilement pour engraisser leurs consortiums de pétrole et d’armes, les modestes représentants de la civilisation américaine ne vont pas se pulvériser. On saura bien les retrouver, pimpants, sagaces, toniques, naturels, contemplativement braqués sur le Field of dreams, apaisé et post-impérial, vers lequel, comme les Britanniques, comme les Français avant eux, NOS Américains se dirigent inexorablement. L’apophtegme Les USA peuvent ENCORE faire de grandes choses (Barack Obama dixit), affirmé ici sur les questions intérieures, rejoint le plus souffreteux Les USA peuvent ENCORE indiquer la voie (Barack Obama toujours dixit), affirmé par le premier président américain du 21ième siècle, dans plusieurs rencontres internationales. C’est comme ma vieille maman, hein, elle peut ENCORE s’alimenter seule… Sentez-vous la conscience post-hégémonique exprimée par ce tout petit ENCORE? J’approuve ET le déclin impérial ET la continuité civilisationnelle que formule ce Sweet Encore… Le président Obama manifeste d’ailleurs un autre exemple vraiment patent de cette dualité du déclin bourgeois et de la continuité de masse de sa civilisation, quand il affirme qu’il veut se remettre à taxer les millionnaires, milliardaires et autres proriétaires d’avions à réaction privés. En effet, ce faisant, Obama prive ouvertement ses commettants de la doctrine économique sous-tendant ce nouveau type de choix politiques. Il subjectivise l’analyse en mettant un focus excessif sur les milliardaires, les Lex Luthor, les propiétaires d’avions à réaction privés, les individus riches (qu’on rabroue). Or, dans le mouvement, Obama nous annonce aussi qu’il va priver TOUTE l’industrie pétrolière de la pause fiscale de l’ère Bush/Chevron. Cela signifie que cette administration ne croit plus que ce segment industriel majeur utilise ses profits colossaux pour réinvestir productivement (la fonction habituelle d’une pause fiscale). Flagornage populiste à part, c’est toute une analyse critique du capitalisme industriel privé qui se profile ici. Ah, Obama fait explicitement l’annonce de la fin des niches fiscales du secteur pétrolier mais, adroit orateur, il la noie dans le rabrouage des Lex Luthor, en gardant ses conséquences profondes encore bien cachées. Je vous le dis, grands et petits, les indices de ce genre se multiplient. C’est que la civilisation américaine ne s’avoue tout simplement pas encore à elle-même qu’elle oeuvre ouvertement à la dissolution de son impérialisme. Et c’est aussi que, ben, que voulez-vous… l’avenir n’est plus ce qu’il était (Yogi Berra).

Yogi BERRA, The Yogi Book – I really didn’t say everything I said, Workman Publishing, New York, 1998, 127 p.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire

Posted by Ysengrimus sur 15 novembre 2009

La petite fleur du fascisme ordinaire

Elle est revenue. Elle est parmi nous. La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

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Les deux premières semaines de novembre sont les deux semaines d’éclosion de la fameuse Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. D’un seul coup d’un seul, tous nos suppôts tranquilles et confortables du militarisme onctueux, moelleux, et mielleux s’affichent ouvertement et sans pudeur, en arborant à la boutonnière un pseudo coquelicot de plastique en référence à un poème, non pas pacifiste mais cessez-le-feu-iste (c’est crucialement différent), écrit par quelque troupier anglo-canadien des années de la Grande Guerre (son nom est John McCrae et le titre du poème en question est In Flanders Fields, pour ceux que ce genre de zinzin fascine). Nés et élevés à Toronto (Canada), mes deux fils Tibert-le-chat et Reinardus-le-goupil se sont particulièrement fait bassiner dans tous les sens, annuellement, notamment à l’école, par les promoteurs gentillets et suaves de cette exécrable Petite Fleur du Fascisme Ordinaire et de tout l’endoctrinement militariste insidieux qui vient avec. Je me souviens avoir dû moi-même, un certain nombre de fois, payer de ma modeste personne en demandant, à la porte de quelque supermarché, à de jeunes cadets ahuris fringués en troupiers de guignol bleus poudre, qui cherchaient à me la fourguer, de bien daigner s’épingler dans le cul ce faux symbole floral de paix. Disons la chose avec toute la candeur requise. Le champ de coquelicots flamands du soldoque brunâtre qui nous barba avec le barda de sa poésie larmoyante de bidasse d’autrefois, je chie dedans copieusement et, qui plus est, maintenant que nous voici installés à Montréal, je suis bien curieux de voir si la prégnance ethnoculturelle de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est aussi gluante et toxique ici que dans la portion anglo-rouge-blanc-blême de notre beau Canada bicéphale. Je décide donc de tenir ce bref petit journal, consignant, une fois pour toutes, mes observations et mes réflexions concernant l’haïssable coquelicot conformiste. Le petit bêtisier éphéméride ici présent s’intitule: Elle est revenue. Elle est parmi nous. La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

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1 novembre: Je ne pense pas du tout à la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Je ramasse des feuilles mortes avec mes voisins. Il fait doux, c’est l’automne, on est bien. On jacasse politique politicienne locale. Pas de Petite Fleur du Fascisme Ordinaire en vue, au milieu de l’harmonie polychrome des feuilles mortes de ce tout petit début de novembre.

2 novembre: Toujours sans avoir la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire à l’esprit, je me rend chez un fleuriste du quartier et y fait l’acquisition joyeuse d’une belle rose blanche à la tige longiligne. Il n’y a rien de plus joli dans une maison à l’automne qu’une rose blanche fichée dans une vieille bouteille à vin. La chose est un pur et simple petit plaisir concret, exempt du moindre symbolisme. Et surtout, la coïncidence florale est ici parfaitement fortuite.

3 novembre: Mon amie Lindsay Abigaïl Griffith me téléphone depuis un parc du centre-ville de Toronto. Observant les toutous (qu’elle aime) et les humains les tenant en laisse (qu’elle aime bien moins déjà) déambuler, elle constate tristement qu’elle est revenue et qu’elle est parmi «eux», la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Lindsay me le signale alors et j’ai un sursaut. Je n’y avais même pas pensé, à cette vilaine insupportable petite fleur, mais c’est bien que trop vrai. Je décide ipso facto d’ouvrir l’œil et le bon, et de procéder à la rédaction de ce court journal.

4 novembre: Je me rends chez un boulanger un peu éloigné, pour me procurer du bon pain boulangé du jour. Une solide demi-heure de bus dans un quartier populaire, vu qu’il faut ce qu’il faut. Nombre de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans le transport en commun et dans les rues de cette section de l’urb montréalaise: zéro. Lindsay Abigaïl a eu la gentillesse de faire un pointage analogue dans le métro et les rues de Toronto, pour cette même journée. Son décompte des Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire: trente-quatre (incluant sur le col du tailleur d’une de ses collègues – c’est pourtant beaucoup moins, me dit-elle, que ce qu’elle voyait sur Toronto dans son enfance). Lindsay Abigaïl note aussi que, dans un dispositif urbain pourtant hautement multiculturel comme celui de Toronto, tous les arborateurs de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire sont de race blanche.

5 novembre: Promenade dans le Quartier Latin montréalais. Pas de Petite Fleur du Fascisme Ordinaire à l’horizon entre le Carré Saint Louis et la rue De Montigny. Déjeuner dans une petite gargote rue Saint-Denis avec un copain de la maison d’édition. Néant floral. Mais, mais, mais… dans un supermarché un peu plus loin, j’ai vu, sur un comptoir d’accueil du public, un petit présentoir de carton isolé rempli à ras bord de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire et personne qui ne s’en occupait. Il y avait aussi une boite de conserve fendue, pour faire tinter sa petite obole militariste. J’ai discrètement soupesé la boite de conserve, elle était pleine de piécettes aux trois quarts. Oh, oh, oh… le fascisme ordinaire est donc à nos portes… J’ai justement mandaté, depuis le trois novembre, mon amour de fils adoré Reinardus-le-goupil (qui n’y pensait absolument pas, lui non plus) de surveiller les manifestations de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, dans l’espace scolaire et parascolaire de son école secondaire montréalaise. Absolument rien à signaler. Pas de fleur. Pas de ronron sur «nos» troupes. Pas de rhétorique du ruban jaune-caca-trouille. Pas de mention de quoi que ce soit de factieux ou de militaire. Rien. C’est la cas de la dire: la saudite paix… J’ai pu confirmer de visu l’observation de mon fils lors de la rencontre parents-enseignants, tenue le soir même. L’école était bondée et absolument personne, ni parents, ni enseignants, ni administrateurs de l’école n’arborait la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

6 novembre: Intrigué par mon acrimonieuse animosité sur la question, mon fils Reinardus-le-goupil se croise les bras, s’adosse au mur de la cuisine et me demande ce qu’il y a de si mal, finalement, avec la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire? Elle commémore une victoire légitime de la Première Guerre Mondiale, non? Ma réponse: j’imagine (sans en être complètement certain, côté légitimité des victoires militaires du vieil Empire Britannique). Sauf que, depuis deux générations, on nous raconte et nous re-raconte qu’on s’en va sauver l’Europe… en Corée, au Vietnam, en Irak et dans toutes les guerres impérialistes de théâtres auxquelles on s’associe, on sauve et re-sauve la redondante vieille Europe de la ritournelle des guerres mondiales…  puis on sauve le Vietnam du «communisme»… puis on sauve les femmes Afghanes, puis etc… On sauve toujours, les armes à la main, le coutelas entre les dents, quelqu’un ou un autre ou une autre et son père, et le carnage se poursuit, imperturbable. Le Canada étant un pays fondamentalement mollasson, confortable, fallacieux et hypocrite, il se donne une propagande militariste fondamentalement mollassonne, confortable, fallacieuse et hypocrite. C’est pour cela qu’au lieu de promouvoir nos guerres de théâtres avec des baïonnettes en sucre d’orge et des maquettes de chars d’assaut scintillantes, on nous endoctrine doucereusement via des commémorations de toc, mobilisant notamment la sempiternelle Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

7 novembre: Je me rends à Pointe-Calumet par le train de banlieue. Ma toute première petite fleur effectivement arborée l’est par une jeune guichetière des chemins de fer. J’ai un sursaut déçu et lui annonce, faussement mièvre: Vous êtes mon premier coquelicot… Elle me regarde comme si j’étais Jack L’Éventreur, dit, sans aménité, en touchant légèrement sa boutonnière: Ah oui, le coquelicot… et me file mon billet en me faisant la tronche. Je vais apercevoir une douzaine d’autres Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans l’immense Gare Centrale de Montréal, qui est bondée. Elle est revenue… elle est parmi nous… Un autre employé des chemins de fer d’age mûr, quelques vieux caucasiens bien blanc cassis (dont un dans le train, portant béret), deux élégantes hautaines, des cadors en trench-coat, un baba-cool de notre temps en barbe et cheveux et un jeune homme bien mis, de race noire. Pointe-Calumet a une portion de sa population qui est anglophone. Il y fait un froid vif. La seule anglophone que j’arrive à y rencontrer est une conseillère municipale aux longs cheveux noirs, aux yeux brumeux et sans petite fleur. Sinon, pas d’anglophone et bien peu de coquelicots dociles dans ce patelin (deux dames d’âge mûr, aux cheveux gris, courts et au manteau épais forment le tout de mon bilan floral Pointe-Calumetesque). De retour, je constate que ça y est, par contre. Nos folliculaires électroniques se mettent graduellement à se gargariser avec les effets visuels et intellectuels (si tant est) de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Journaleux minables, suppôts convulsionnaires de l’ordre établi et du conformisme pense-petit, copieusement, je vous conchie.

8 novembre: L’enseignante d’histoire de Reinardus-le-goupil leur a fait un laïus fort négatif sur la guerre au vingt-et-unième siècle et sur ceux qui la commanditent. Les soldoques ne défendent pas leur pays, mais les intérêts financiers de la bourgeoisie de leur pays. Les soldoques d’un empire meurent pour que leur bourgeoisie s’approprie les richesses de la bourgeoisie d’un autre empire. Il n’y a absolument aucun honneur, aucune valeur et aucune décence à cela. Merci ma bomme dame. Les femmes et le militarisme n’ont jamais fait très bon ménage. La civilisation, la vraie, nous viendra bien des femmes, allez… Toujours pas trop trop de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans les rues de Montréal, à ce jour. Elles sont en minorité, c’est indubitable. J’en ai vu, aujourd’hui, une seule, à la boutonnière d’un jeune dandy avec barbichette navy cut et chapeau canaille, dans un disquaire chic de la rue Sainte-Catherine. Lindsay Abigaïl, qui continue de scruter la chose avec attention sur Toronto, me signale aujourd’hui que, believe it or not, dans le bureau de son patron, un haut fonctionnaire provincial de l’Ontario, elle a aperçu, pieusement encadré, un article écrit par ledit haut fonctionnaire, dans un canard national anglophone, le mettant lui-même en vedette, oeuvrant scrupuleusement à «conscientiser» son fils sur les vertus mémorialistes de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

9 novembre: Vive le Québec Pacifiste. Il est de plus en plus observable que la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire n’a pas d’existence significative dans la culture québécoise. Lindsay Abigaïl est en déplacement sur Ottawa (capitale du Canada) et me téléphone de là-bas. Son décompte quotidien de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans ce recoin canadien hautement cocardier: quarante-trois. Bande de crypto-militaristes, vous fourmillez en notre capitale en transportant vos pétales rouges sang de fleurs dénaturées et mortes. Je suis vraiment suprêmement écoeuré qu’on confonde la paix avec la fin de la guerre. La paix n’est pas la fin de la guerre mais l’absence de guerre, c’est radicalement différent. La fin de la guerre c’est un armistice et un armistice c’est rien de plus qu’une trêve. On occulte cyniquement cette vérité toute simple. On en vient insidieusement à agir comme si la troupe contrôle la paix, vu qu’elle contrôle l’armistice, vu qu’en fait, elle contrôle la guerre. Et pourtant l’armistice est indissolublement lié au conflit qu’il coiffe, momifie et anoblit. Fondamentalement, rendre hommage à un armistice ce n’est pas rendre hommage à la paix mais à la guerre. Ce n’est pas pour rien que la majorité des arborateurs de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire sont des soldoques parcheminés, avec bérets factieux malodorants et xylo de médailles.

10 novembre: Vive Henri Barbusse, Abel Gance et Charles Yale Harrison. Ne les injurions surtout pas en leur collant un prix Nobel sur le dos, brimborion tout aussi fallacieux et inepte que la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. D’ailleurs, puisqu’on en parle, moi les caciques toxiques du Nobel, ils se sont irrémédiablement coulés à mes yeux quand il l’ont donné au gros antisémite Lech Walesa en 1983, vile moustache droitière totalement décotée, que certains commentateurs français appellent fort judicieusement: l’ancien gonflé devenu gonflant. Cela, après le Nobel de littérature à l’autre gros antisémite Soljenitsyne en 1970, a parachevé pour jamais le naufrage Nobel… En fait, pour tout dire, il faudrait créer un Prix Nobel à Enquiquiner-les-Régimes-qui-indisposent-l’Occident. Beaucoup des prix «de la Paix» passés et présents devraient ensuite y être reclassés en absolue priorité… Tout comme la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, le Prix Nobel de la Paix est un symbole complètement faux, fallacieux, faussé, saboté et distordu.

11 novembre: Je n’ai absolument aucun respect pour la soldatesque, passée ou future. Conscrits de Panurge autrefois, mercenaires insensibles aujourd’hui, les soldoques sont des tueurs en tous temps. Le fond militariste de ce Jour Apologue de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire me répugne profondément. Mon père, ancien combattant, ne le commémore jamais et il a bien raison. Né en 1923 (encore vivant, toujours aussi charmant), mon père avait donc dix-neuf ans en 1942. C’est l’année où il se portait volontaire sur les navires de marine marchande canadiens chargés de livrer des armes en Angleterre et en Russie. Il y a goûté. Navire torpillé, séjours dans Londres rationnée et bombardée, bref, le folklore WWII en cinémascope et quadraphonie, le vieux, il connaît. Et, pour coiffer l’affaire, le gouvernement canadien, seul gouvernement allié à ne pas avoir indemnisé ses anciens combattants volontaires (sous prétexte qu’ils étaient «volontaires»… partez moi pas là-dessus, comme on dit ici), niaisa ensuite cinquante ans avant de pensionner cette catégorie d’anciens combattants… Un jour, Je demande à mon père pourquoi donc il s’était porté volontaire, comme ça. Il me répond alors, avec cette simplicité désarmante des gens naturellement modestes: «Bien, pour aller combattre le nazisme. Il fallait y aller. Ça ne pouvait pas continuer comme ça…».  Voilà. Distordre l’action modeste, directe et circonscrite de ces gens ordinaires pour la transmuter en ce type de militarisme hypocrite indissolublement associé, par notre petite société de planqués, à la symbolique fétide de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, c’est une cynique promotion belliciste qui ne dit tout simplement pas son nom.

12 novembre: Je suis pour un moratoire militaire universel, immédiat et inconditionnel. Abolissons toutes les armées. L’armée est NOTRE ennemie. Non à cette sarabande faisandée de célébrations absurdes pour boutefeux nombrilistes de l’arrière, ayant eu lieu hier. Les troupes m’horripilent profondément, surtout les «nôtres». Leur «protection» me fait vomir. La Petite Fleur du Fascisme ordinaire et la Fleur au Fusil sont EXACTEMENT la même fleur. Le coquelicot haïssable et haineux, des Flandres ou d’ailleurs, ne promeut pas la paix, il entérine vénalement les guerres passées et actuelles.

13 novembre: J’écoute Jacques Brel. Dans la sublime chanson Jaurès, il transforme l’expression pompeuse et inepte mourir au champ d’honneur. Sous sa plume, elle devient: s’ouvrir au champ d’horreur. Bien dit. Noter qu’on nous bassine constamment avec nos cent cinquante-sept petits gars qui s’ouvrirent au champ d’horreur de la résistance afghane mais on ne nous informe nullement sur les hommes, les femmes et les enfants que nos petits gars massacrent en silence et en toute impunité, dans ce coin du monde. C’est tout simplement inique.

14 novembre: Je conclus ce hargneux petit exercice d’observations et de réflexions sur les guerres absurdes de notre temps en me fredonnant intérieurement ce couplet crucial de L’Internationale. Tous en chœur:

Les rois nous soulaient de fumée.
Paix entre nous, guerre au tyran.
Appliquons la grève aux armées.
Crosse en l’air et rompons les rangs.
S’ils persistent, ces cannibales
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux…

15 novembre: Je publie le présent billet au petit matin, dès potron-minet. Ma belle grande rose blanche n’est pas du tout flétrie. Elle dure bien. Déjà, par contre, plus personne ne porte en boutonnière la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, même (surtout) au Canada anglais. Émanation bien rodée d’un gestus traditionnel, suiveux, conformiste, la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est tombée, abruptement, comme tombèrent les masques d’Halloween deux semaines plus tôt et tomberont les décorations de Noël après (ou avant) les Rois… On se reverra dans un an, pour une nouvelle montée circonscrite de rougeole belliciste. Il y a deux jour, Lindsay Abigaïl a vu, sur le quai de la gare du train de banlieue la menant au boulot depuis Mississauga (Ontario), une Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, face contre terre, salie, aplatie et abandonnée, le canon miniature de son aiguillette pointant dérisoirement vers le plafond de la gare, lui tenant lieu de ciel blafard des Flandres contemporaines. La portion de saison de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est bel et bien de nouveau révolue. Conclueurs, concluez sur la prégnance en nos systèmes de valeur si mécaniquement chronométriques de cet objet ethnoculturel crypto-militariste, intégralement répréhensible et sidéralement non avenu.

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États-Unis: rédemption, piège à con

Posted by Ysengrimus sur 1 février 2009

Saint Obama

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle.

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Je trouve finalement l’un dans l’autre que notre bon vieil impérialisme américain l’a pas mal facile au bout du compte en remplaçant ainsi, sous les viva! planétaires, un président mannequin (terme limpide) par un président acteur (terme volontairement ambivalent) et en se tapant la formidable rédemption que cela entraîne…

C’est un spectacle cyclique, en fait. Un manège circulaire des symboles. Une scintillante poudre aux yeux tricolore. Regardons de plus près cette «nouvelle donne» du fameux retour du président qui agit par lui-même (par opposition, croit-on, au président qui se laisse ballotter par les groupes d’intérêts). Dans les derniers soixante ans, le Parti Démocrate a produit les grands présidents acteurs. Tu ne peux pas aligner FDR, JFK, WJC et BHO sans que les astres ne bougent un peu… Chez le Parti Républicain, marionnettiste invétéré ayant piloté beaucoup plus de présidents, deux autonomies ressortent: celle de Richard Nixon et celle de George Bush Senior. Ces deux figures fétides ont d’ailleurs en commun d’être deux vice-présidents devenus ensuite présidents en un tout nouveau mandat (donc pas comme Harry Truman, Lyndon Johnson ou Gerald Ford qui finirent le mandat du président précédent, mort ou démissionnaire, ce qui, sauf dans le cas de Ford, les fit rebondir aux commandes). Signe criant de comment ces gars de droite marchent, le marionnettiste des débuts finit, avec eux, par attraper le manche et devenir (un peu) acteur… Ces Républicains sont des manipulateurs de grands pantins sans complexe et leur peuple le sait parfaitement. Le dernier grand président mannequin avant George W. Bush fut incidemment Ronald Reagan (un ancien acteur… de cinéma, je veux dire). Cet ample président vide, qui fut surnommé le président de 9 à 5 (avec sieste l’après-midi) reposait lourdement sur l’équipe et surtout sur son VP et futur successeur, Bush Senior… Il est certes piquant de constater que de placer le fils de l’éminence grise de jadis sur le trône du vieux mannequin d’autrefois s’avéra la suprême combinaison ratée de la dernière décennie. Ils ne la referont pas de sitôt, la passe de la marionnette aux commandes, on peut dire cela sans risque… Et subitement, aujourd’hui, patatras, les USA ridiculisent haut et fort ce George W. Bush Junior, poupée à la tête creuse… mais, ce faisant, ils n’effacent en rien son action catastrophique. Cette dernière ne s’inversera pas pour autant. Salvador Allende ne revint pas en vie après la démission de Richard Nixon

Nos bons ricains se tapent tout simplement une petite table rase émotionnelle en mondovision, une petite rédemption à grand déploiement centrée sur ce retour «nouveau» du président acteur. Ils diffusent quelques rubans YouTube bouffons du bouc émissaire politique du jour et continuent de rouler, droits dans leurs bottes. Oh, oh… Méfiez-vous de ce genre de défoulement rédempteur inane. George W. Bush, agneau pascal, moi, je ne mords pas. Son départ laisse le vivier washingtonien (sans parler de celui de Wall Street) parfaitement inaltéré… C’est d’ailleurs pour cela qu’Obama compose tant… C’est un vieux truc de politicien de centre-droite que de faire ridiculiser le prince droitier déchu par les nouveaux thuriféraires. Une figure publique très modérément progressiste attise les réactionnaires extrêmes sur cette cause spécifique en leur jetant des morceaux de viande ironiques bien poivrée pour les faire aboyer dans leur clos, chiens hurleurs qu’ils sont. Les idiots mordent, gueulent et réitèrent leur cause foutue que le prince droitier déchu ne peut plus porter et notre personnalité publique de centre droite parait soudain fort avancée en se projetant devant ce choeur d’arrière-garde, manufacturé et entretenu par elle. L’art discret de ne pas avoir à trop innover, en inculpant en sous-main le prédécesseur.

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle. Toujours aussi générique sur les affaires non-domestiques, il incarne sereinement l’ignorance abyssale que l’Amérique a du monde. Son atout majeur, pour le moment, est que, comme Socrate, il sait qu’il ne sait rien et il l’admet… et il dit à ses émissaires diplomatiques de commencer par écouter. Il veut laisser les idées préconçues bien entassées dans le placard du passé tragique. Nouveauté fondamentale d’un impérialisme en amorce de rétrécissement? Oui? Non? Cela fait nouveau, nouveau, nouveau, certes, mais il reste qu’Obama est fondamentalement un centriste, donc, en fait, un chef cuisinier matois qui apprête les restes en les amalgamant en un subtil mélange réchauffé, qui fait nouveau… Il ménage la viande et les patates, la chèvre et le chou, la gauche et la droite, le Likoud et le Hamas, les tartuffes et les athées, le capitalisme et le socialisme. C’est une balançoire, un pendule qui oscille au dessus des questions. Ce n’est pas qu’il brette ou hésite, c’est qu’il englobe, qu’il embrasse. Or, qui trop embrasse, mal étreint… Obama admire tout le monde (du moins en parole), n’a pas d’ennemi (du moins en apparence). Tout le monde est beau, gentil et un génie. De par cette dynamique, très Nouveau Monde primesautier dans le style, très Amérique joyeuse dans le ton, Obama est bien plus américain et bien moins impérialiste que plusieurs de ses prédécesseurs, du moins, encore une fois, en apparence. Et que fait Obama de fondamental dans la dynamique qu’il tente de mettre en place ainsi? Il manifeste, publiquement et politiquement, de l’HUMILITÉ. La même humilité qu’il avait justement annoncée dans son discours inaugural. De là, deux choix s’offrent à l’analyse. Soit il s’agit d’une humilité de Tartuffe et qu’on a affaire, comme du temps de Jimmy Carter, à l’insertion de la vieille main de fer de l’impérialisme américain dans un nouveau gant de velours. Soit il s’agit d’une humilité effective, symptôme sociopolitique réel et profond du fait que l’impérialisme américain du siècle dernier s’approche le plus en douceur possible de la piste d’atterrissage de ce siècle-ci. Deux choix possibles. Le charme d’Obama nous masque subtilement l’option effective… alors gardons l’œil ouvert.

Car, dans les faits, si le vaste dispositif militaire US cessait simplement de tuer des gens un peu partout au monde, de ci de là, de gauche et de droite pour des raisons qui, on l’a souvent dit,  ne correspondent même pas à la volonté effective du peuple américain, ce serait déjà un développement bien plus effectif que tout le flafla rédempteur auquel on assiste en ce moment. Ils peuvent même garder leur collets cravates si ça les amuse, mais simplement qu’ils cessent de reporter la paix au calendes, en changeant les soldoques de place, en rebrassant le paquet de cartes et en maintenant le bellicisme de service bien actif sans vraiment s’informer d’avantage… De fait, à ceux qui voudraient nier l’ignorance que les américains ont de la complexité du monde qu’ils oppriment, je dirai simplement ceci. Les élites «savantes» de ce pays l’ont mis dans le fossé et l’ont enfoncé dans le discrédit international le plus profond de son histoire moderne. Obama, lui, c’est clair, s’inscrit en faux devant ces «savants» que le tout venant admire tant. Il se rapproche de son peuple, lui ressemble, le sert, l’incarne même, en disant: «Je n’y voit goutte, je ne crois pas savoir, je ne sais pas. Il y a là une complexité qui m’échappe, il me manque des éléments. Informons nous d’abord car notre savoir antérieur est probablement un faux savoir». Obama tombe la veste (y compris au Bureau Ovale) et joue de mimétisme populaire. Je ne sais pas s’il agit, mais il montre qu’il agit. Cela, d’ailleurs, avec la stricte rigueur de sa doctrine centriste, n’est pas sans rappeler Juan Domingo Perón (1895-1974). Perón (un peu d’ailleurs comme René Lévesque) fut d’abord un homme d’état oeuvrant au beau risque de mélanger gauche et droite, un peu comme on mélange soufre et salpêtre dans la poudre à canon. Dans le cas de Perón, cela a fini par péter de travers, d’ailleurs, populisme, militarisme, dictature, etc. Ici, l’affaire est inévitablement à la fois plus compliquée et plus grandiose, mais il reste que le jeu d’Obama (aussi au sens de son jeu d’acteur…) engage un risque politique qui n’a pas grand-chose à voir avec de la nouveauté neuve, neuve, neuve… Il veut camper une Unité Nationale, comme le voulait le Perón des débuts (c’est habituellement un indice du poids de l’adversité extérieure…). Souffre – Salpêtre. Il faudra voir où ça ira, mais c’est ça.

Sauf que, Rédemption Globalisante d’Extrême Centre ou pas, le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant. Les Talibans résistent de mieux en mieux et il va falloir dix mille fois leurs ressources pour espérer les planter. Pourquoi? Est-ce comme au Vietnam? Et pourquoi avoir oublié le Vietnam? Et pourquoi tous les esprits savants, expérimentés et subtils des états-majors n’ont-il pas vu celle-là venir non plus? Mais que sait-on du monde, finalement, bon sang? Approfondir ce conflit, comme Obama prétend le faire, est-il une nouvelle erreur, à la fois impérialiste et moraliste, résultant directement de l’ignorance qu’il a eu la candeur de nous avouer? Quelle est la profondeur de sa mécompréhension du genre de racaille locale sur laquelle, en tant qu’occupant, il s’appuie pour gouverner indirectement un pays qu’il tient sous sa botte. La rédemption obamesque ne peut tout simplement pas demander à son segment compradore afghan de se dé-corrompre quand son propre dispositif d’occupation repose crucialement sur le segment corrompu de la société. Prier les collabos de se dé-corrompre c’est les prier de s’autodétruire, vu que le fond de leur corruption repose sur le service à l’occupant… et que c’est parce qu’ils sont corrompus à la base qu’ils collaborent! Les USA tournent leur marionnette en bouc émissaire de leur propre impérialisme, en faisant cela… S’en rendent-ils compte seulement? L‘action d’Obama masque t’elle l’inaction implicite de la force d’inertie de l’immense machinerie qu’il chevauche? Silence planant de ses critiques et de ses suppôts. Et ce silence planant est un solide indicateur de tendance. Soudain, sous la rédemption d’Obama, l’Amérique lave plus blanc. Il ne faut plus la critiquer, elle est purifiée. Holà, holà… Non merci. La rédemption US est le plus formidable des pièges à con imaginable de ce début de siècle… et veut veut pas, Obama construit gentil sur les acquis salauds de ses prédécesseurs…

Le 20ième siècle s’est terminé en septembre 2001 sur une brutale légitimation. Le 21ième siècle s’est amorcé en novembre 2008 sur une doucereuse rédemption. À chacun son piège à con et les réveils seront douloureux mais, au moins, lucides.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Qu’est-ce que le Bellicisme?

Posted by Ysengrimus sur 30 juin 2008

Le Bellicisme est fondamentalement une doctrine commerciale. On vous vend une guerre. Plus précisément on vous vent du guerroyage, une guéguerre. Le principal consommateur du Bellicisme est une administration publique préférablement riche, qui ressent le besoin d’engourdir sa population et de la droitiser en lui insufflant une potion de cheval patriotarde qui la gonflera de l’extase irrationnel des croisades, en assurant de substantiels gains électoraux et un dédouanement implicite des gouvernants face aux besoins matériels effectifs de la société civile… En échange des centaines de milliards engloutis dans le complexe militaro-industriel, dans le pur style du film Wag de Dog mais en immensément plus coûteux, les entrepreneurs bellicistes vous fournissent les apparences d’un conflit, victorieux mais difficile quand même, avec pertes de vies sanglantes et tout le folklore, et où, bien sûr, plus que jamais, tout ce qui clochera sera la faute de l’autre. Il ne faut surtout pas confondre Bellicisme et Militarisme. Le Militarisme promeut le «programme politique» d’une structuration de l’administration civile sur le modèle du commandement autoritaire et intolérant de l’armée. Le Militarisme achevé étant naturellement le gouvernement étatique tenu par une junte avec à sa tête un général. Le Bellicisme ne se soucie pas de ce type de totalitarisme socio-politique menant habituellement au fiasco administratif. Le Militarisme est ostentatoire et public. Le Bellicisme est feutré et discret. Comme un vendeur d’assurance, il se contente de caser son produit et d’empocher, sans tambour ni trompette. De nos jours, le Bellicisme met surtout en marché des fragments artificiels de la bonne vieille tension sociale globale perdue avec la fin de la Guerre Froide au sein d’une civilisation qui, justement, ne marcherait pas si facilement au pas.

Comme toute pratique commerciale contemporaine, le Bellicisme est de plus en plus une arnaque, y compris pour ses propres clients, les administrations publiques elles-mêmes. C’est-à-dire ici que, comme les électro-ménagers, les maisons et les bagnoles, les guéguerres mises en marché par le Bellicisme coûtent de plus en plus cher et sont de moins en moins bonne qualité… La Grande Ratonnade Irakienne de 1991, soi-disant contre la troisième armée du monde, lança le bal des conflits à coûts astronomiques et à résultats de théâtre infimes. On peut aussi mentionner, comme typique mauvaise foi commerciale du Bellicisme, les étirements de conflits, qui, comme les imprévus semi-escrocs reliés, disons, à la construction d’une maison, ou comme les frais d’entretien semi-sabotagiers jalonnant les aléas de la «vie» d’une bagnole, vous allongent les coûts de votre conflit de théâtre de toc pour leur faire atteindre des sommets pharaoniques, d’ailleurs jamais clairement divulgués sur la place publique. Inutile de dire qu’enlisée, coincée, piégée, vietnamisée, pour rapatrier les troupes, l’administration publique devra, encore et encore, casquer. Ces frais seront, eux par contre, claironnés sur la place publique en conformité avec la ferme vision c’est la faute de l’autre du Bellicisme. Ce sera alors: l’administration publique a tant voulu se retirer du conflit que nous tenions si bien (!), voyez maintenant ce qu’il vous en coûte… Seule une administration peu consommatrice de bellicisme mentionnera explicitement des montants chiffrés. “On a dépensé un Trillion dans nos guerres” (Obama dixit en 2010, lors du « retrait » d’Irak – mais il ne précise pas trop dans quelles guerres exactement, ce budget somptuaire). En numération US, un Trillion, c’est un million de millions (dix à la puissance douze). C’est du blé ça les tits copains, foutu en l’air dans de l’improductif pur et absorbé sans ristourne sociale aucune par la portion la moins scrupuleuse et la plus rapace du secteur privé… La  ci-devant glorieuse WWII chiffrée en dollars constants, je me demande bien ce que cela donnerait, tiens, pour un résultat autrement historique… Oui, je vous le redit, il se détériore ouvertement, le rapport qualité/prix des guéguerres pour lobbys bellicistes… C’est cher payé en titi pour péter des gueules aléatoirement avec au final un résultat fort indécis.

Finalement, comme le Bellicisme nuit aux autres types de commerces (tourisme sur le théâtre lui-même et négoce international de denrées non-belliqueuses partout ailleurs), il rencontre de temps en temps les résistances du reste de la bourgeoisie internationale, résistances que l’administration publique consommatrice de Bellicisme s’empresse de discréditer en les qualifiant de Pacifisme.

Il y a un Bellicisme américain, c’est clair. Bellicisme politique et Bellicisme d’affaire. L’armée est loin d’être innocente dans cela d’ailleurs, naturellement. Sauf que: visez bien l’entourloupe actuelle. Soudainement, Vlan! L’Iran, c’est trop pour eux et ils le savent. Qu’est-ce à dire? Eh bien, ils font déjà leur piastre amplement avec les ratonnades actuelles dans les déserts et les montagnes, pourquoi s’encombrer d’une vraie guerre? Le Bellicisme-Spectacle, guerre de toc de notre temps, est beaucoup plus payant et moins coûteux, en compétences qu’ils n’ont pas et en pur et simple argent. Ils veulent d’une guerre qui fait dépenser l’administration publique, pas d’une guerre qu’il faudrait avoir le génie de gagner… C’est pour cela que l’état major américain en ce moment est soudainement contre la guerre contre l’Iran. Ils sont parfaitement réfractaires à voir leur lucratif Bellicisme dégénérer en un vrai conflit qu’il faudrait assumer d’une manière douloureusement classique, avec vraies lourdes pertes (dans tous les sens cyniques du terme). Les Bellicistes deviennent alors eux-même pacifistes pour les même raisons que les autres bourgeois pacifistes: protéger leur propre petit négoce international du (vrai) danger guerrier! Non seulement ils vous vendent à gros tarif leurs boucheries sanglantes, mais en plus, c’est de la camelote, même dans le cadre restreint et inique de leur logique guerrière. Le Bellicisme vous fourgue la Guerre-Citron. Tout le monde arnaque tout le monde dans l’import-export du désespoir et de la mort et cela ne va socio-politiquement nulle part.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Avez-vous osé dire «conspiration». Bien… oui, et alors…

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

haro sur la conspiration

Moi, je dis simplement, noir sur blanc, qu’il faut raviver notre énergie critique, engourdie par la raillerie CONFIRMATIONNISTE ambiante.

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Conspiration… c’est désormais une notion suprêmement taboue, suspecte d’irrationalité délirante, prohibée, interdite, laide, pas bien. Il reste pourtant qu’il fut un temps où un conspirationiste ce n’était jamais que celui qui affirmait que Kennedy avait été assassiné en 1963 par les extraterrestres écrasés au Nouveau-Mexique en 1948. Aujourd’hui c’en est rendu que quelqu’un qui critique les autorités politiques un tant soit peu est automatiquement étiquetté conspirationniste. C’est bien qu’on pousse un peu dans l’autre sens, peut-être… C’est fort inquiétant parce qu’il faudrait un peu expliquer aussi —par exemple, hein— comment l’ultime puissance militaire de tous les temps, dont le ciel est réseauté par tous les radars imaginables, dont l’aviation de chasse est la première du monde, etc, a pu laisser trois cibles nationales se faire frapper sans riposte, deux sur New-York, métropole du monde, et l’autre, euh, pardon, juste sur le plus imposant QJ militaire de tous les temps. Je ne sais pas. Hum… Bon… Envisager la possibilité de quelques complicités intérieures factieuses ici et là n’est-il pas quelque part quand-même un peu plus vraisemblable que la croyance en l’action isolée du gogo dont on est censé avoir retrouvé le passeport dans les décombres fumants de la déflagration? Il y en a peut-être qui sont rendus trop occupés à servir docilement et compulsivement l’ordre établi pour réfléchir minimalement sur la notion pourtant bien attestée historiquement de contre-terrorisme

Alors allons, allons, causons conspiration. Il va falloir sonner le grand réveil un jour ou l’autre de toute façon. Redite ostentatoire: il est purement et simplement impossible que la première puissance du monde, arrosée comme elle l’est par ses radars et sa paranoïa, ait laissé ces trois cibles majeures, dont le Pentagone, se faire cartonner comme ça, sans réplique. C’est du trucage pur. Rappel. 2001. Insouciant millénarisme. Le militarisme était au plus bas. Il n’y avait plus de Guerre Froide, il fallait remettre de l’ordre dans le galvaudage sémillant des festivaliers clintoniens, re-pomper du financement militaire et recentrer la terreur collective sur un nouvel ennemi. J’adhère à la thèse de vagues terroristes islamistes aux causes localisées ayant bénéficié de la logistique concertée et discrète d’éléments de l’état major factieux US. Comme dans le film THE PACKAGE (celui de 1989, avec Gene Hackman), les intérêts bellicistes des deux bords s’arrangent entre eux car la guerre est l’option secrètement solidaire qu’ils ont en commun. Les Ben Laden de toutes moutures marchent avec les Ricains depuis l’époque de l’invasion soviétique en Afghanistan de 1979. Le président Bush n’avait pas besoin d’être au courant de rien, c’était une potiche de toutes façons. Il s’agit en fait de collusions qui se décident dans des officines discrètes entre gens à la fois puissants et parfaitement inconnus du grand public.

Le dénigrement actuel des «théories de la conspiration» me fait en fait bien rire. Visiblement quelqu’un conspire quelque part pour que l’on croie que plus personne ne conspire jamais nulle part! Par conséquent, pour résumer, je trouve la fameuse métaphore du 11 septembre 2001 comme incendie du Reichstag bien mauvaise, en ce sens qu’elle en donne trop aux pantins du théâtre politique par rapports aux combattants ordinaires de l’ombre, mais je la trouve bien bonne, en ce sens que l’arabesque contre-terroriste que cette métaphore déploie est fondamentalement correcte. Je regrette qu’on utilise le discrédit profond de maints «complotistes» pour dénigrer le fait qu’il y a encore des petits croches qui complotent un peu partout et qu’il faille les débusquer. La conspiration, le complot, ce n’est pas une niaiserie. C’est un comportement politique comme un autre. Pas besoin de croire, mythiquement, dans je ne sais quelle envolée parano stérile et si aisément discréditable, en quelque Commission Trilatérale OMNIPOTENTE (ceci NB – le vrai conspirationnisme du cru pose toujours l’instance qu’il mythologise comme omnipotente et intégralement démiurgique sur le tout du développement historique), pour flairer le musc banal de la magouille généralisée. Exemple: des malfrats montréalais ont conspiré ou comploté pour fixer les prix de certains appels d’offre. Sauf que, quand les gens conspirent ou complotent de nos jours, on ne dit plus qu’ils conspirent ou qu’ils complotent, on dit qu’ils se concertent... Il y a un complot contre la recherche des (vrais) complots. C’est grotesque mais ce n’est pas une plaisanterie…

Comprenons-nous, mon propos critique est ordinaire, citoyen, inédit, sceptique et, surtout, optimiste sur le progrès des connaissances ordinaires, par les canaux de découverte et de réflexion ordinaires. Alors, surtout, pas de panique, hein! Lisez un peu le reste de mon carnet, ce sera pour vous aviser du fait qu’Elvis est bel et bien raide mort et que les soucoupes sont sous les tasses de thé et nulle part ailleurs. Moi, je dis simplement, noir sur blanc, et alors là sans sourciller, qu’il faut raviver notre énergie critique engourdie par la bien onctueuse raillerie conformiste ambiante. Cela signifie qu’il faut aussi remettre en question ceux qui cultivent confortablement la Théorie de la Confirmation

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Merci Mesdames d’empêcher en permanence la troisième guerre mondiale d’éclater

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Femmes contre la guerre

Mesdames, je vais peut-être vous surprendre, mais c’est grâce à ce rejet constant et stable de la mort de nos petits gars au combat dans des conflits de théâtre absurdes (que vous exprimez si sincèrement, et qui est vécu et articulé par des millions d’autres femmes comme vous, en toute simplicité) que nous n’avons pas eu de troisième guerre mondiale. Je m’explique. Quand Eisenhower se fit rapporter, au tout premier jour du débarquement de Normandie de 1944, que 10,000 hommes avaient été tués sur le coup, il répondit, sans cynisme, et avec un soulagement réel: «So far so good, I was expecting 20,000» [Pas mal du tout, Je m’attendais à 20,000]. Ce type d’insensibilité implacable (et, disons–le, si masculine…) des états-majors n’est plus possible aujourd’hui, simplement parce que les mères, les soeurs, les copines des soldats et leurs amies et nos amies veillent et influent de leur massive sensibilité pacifiste tout le rapport de la société civile à la guerre. Comparons le contraste entre la couverture par un journaliste homme et la couverture par une journaliste femme du même drame d’un de nos ti-clins soldoques mort à Kandahar. Sous la plume du journaliste homme, d’accord ou pas, on garde la tête bien froide et les yeux sur la rondelle. Il va falloir s’habituer à revoler dans le bande pis y en aura pas de faciles. D’ailleurs (comme l’expriment aussi assez oiseusement encore trop de nos compatriotes) les petits gars sont là-bas pour sauver les FEMMES afghanes. «Alors écrasez vous les filles, Rambo s’en vient. Comme on disait dans mon enfance: Les filles, les guénilles, les gars les soldats. Calmez vos nerfs. Ce n’est que la politique par d’autres moyens…» Sauf que la journaliste femme et ses semblables, elles, ont pleuré de tristesse et de rage devant leur ordi et l’on exprimé sans honte au monde dans les canards, les carnets et ailleurs sur Internet. Leurs arrières-grand-mères de la guerre ’14, avaient d’ailleurs pleuré et protesté comme ça, elles aussi, mais au fond d’une cuisine silencieuse. Leurs grand-mères de la guerre ’39 ont pleuré et protesté comme ça, elles, dans le tapage d’une tannerie ou d’une usine de bombes. On ne les a pas trop entendu non plus, dans le temps. Maintenant la vision vague et femme de Madame la Journaliste apparaît dans un medium qui vaut pour 50/50 face à la vision précise et eisenhowerienne de Monsieur le Journaliste. Compareurs, comparez. Choisisseurs, choisissez. Moi, je ne m’habituerai JAMAIS au meurtre de mes fils et des fils du soi-disant ennemi au nom de l’impérialisme pétrolier et opiacé de l’Occident.

La montée du pouvoir de masse et de l’impact social des femmes vont donc de pair avec l’impossibilité de disposer aujourd’hui sans obstacle de l’attitude d’Eisenhower envers les petits gars qui sont aux bouttes des fusils. Un mort québécois en Afghanistan et le Premier Ministre du Canada est obligé de patiner comme un perdu dans la propagande humanitaire. C’est à la portion FEMME (que les hommes ressentent aussi de plus en plus profondément de nos jours) de la société civile qu’il s’adresse dans ses salades pour québécois(e)s velléitaires. Subitement, l’inepte unifolié jambette et bafouille dans ses sourates et ses redites intoxidentales: il est en croisade exclusivement… pour sauver les FEMMES afghanes! Personne n’est dupe, allons, et la résistance polie mais ferme joue, sentie, dense, pesante… Et évidemment, cet exploit majeur des femmes de ce temps (nous éviter de nous jeter en compagnie de notre pire ennemi, notre armée, dans un troisième conflit mondial, ce n’est pas rien) étant un exploit silencieux, en creux, en vide, in absentia (vu que cette guerre n’est PAS arrivée), on ne le remarque pas, ne l’analyse pas, ne le comptabilise pas dans l’Histoire, mais il est avec nous en permanence. Ces femmes qui ont dit : je ne fais pas de politique, je ne me prononce pas sur la légitimité de la guerre ou quoi, mais bondance les gars là, il me semble que voir les ti-pits revenir dans des boîte, ça marche pas eh bien elles ont fait toute la fichue différence avec leur larmes froides, leur colère sourde, leur résistance ouverte. Alors, du fond du coeur, merci Mesdames. Mes fils et moi même vous devons la vie.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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La théocratie implicite américaine

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Les américains tendent à fusionner théocratisme et patriotisme. Ils ont Dieu de leur bord, comme le disais autrefois Bob Dylan.

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Un beau jour, les américains cesseront de se comporter comme s’ils vivaient sous une théocratie implicite leur allouant tacitement et comme magiquement ce monopole moral parfaitement usurpé dont ils se croient tant les dépositaires exclusifs face au reste du monde. Seulement alors comprendront-ils vraiment la politique et corrolairement l’impact terrible et tangible de leur pays sur les multiples vallées de larmes bien réelles de ce susdit vaste monde mystifié. Sauf que, pour le moment, la politique étrangère américaine est un angélisme meurtrier et un manichéisme infantile. Dans leur ignorance complète du terrain, ils font l’erreur impardonnable de croire à leur propre propagande de pasteurs pour alcooliques en sursis. Donner les commandes du monde à des ignares ethnocentristes de ce baril, c’est lui, le grand danger géopolitique de l’heure. Mais cela commence à flancher sérieusement. Toute la crise de la droite religieuse américaine est synthétisée sur le théâtre des pays que les USA occupent. C’est que même le petit peuple de droite bon teint est fortement indisposé par le flafla des folliculaires propagandistes des oligarches US. La morale cucul de droite n’est somme toute pas très impressionnée par le mensonge, le tripotage et les combines. Or là en plus c’est meurtrier, sordide et les théolâtres mentent en pleine face de leurs petits commettants. Tous les mensonges, toutes les magouilles de l’administration américaine palpitent dans la blessure belliciste comme une migraine longue et lancinante. Tout le paradoxe moral de ces gogos qui veulent contrôler les chambres à coucher s’étale sous le nez des petits saints besogneux qui leur faisaient jadis tant confiance. Ça ne marche plus, ne vend plus, ne colle plus. Il y a une saturation. Le monopole de la sainteté est fissuré comme une vieille outre gangrenée.

Qui plus est, on n’en peut plus que les américains tendent à fusionner théocratisme et patriotisme. Ils ont Dieu de leur bord, comme le disais autrefois Bob Dylan. La question devrait donct être: les américains sont-ils prêts pour un nouveau regard critique face au patriotisme? Les américains sont-ils prêt pour (et conséquemment méritent-ils enfin) un président qui remplace la docilité cocardière vidée de son idéal par une vision lucide de la place de l’Amérique dans le monde? Les américains sont-ils capables d’accéder à la distinction entre patriotisme et impérialisme que cherche à insuffler la reflexion politique actuelle dans leur conscience? La caricature patriotarde et la hideur de ses marionnettistes accède-t-elle enfin à la conscience des américains de par le nouvel ordre du monde? Sont-ils mûrs pour ce rendez-vous autocritique auquel les aurait par exemple convié un Barack Obama (similaire mutadis mutandis à celui auquel Gorbachev avait convoqué les soviétiques circa 1985-1990)? Le New Deal patriotique d’Obama est-il en selle? Obama est-il assez convainquant pour réformer le patriotisme américain et leur faire piger qu’aimer son pays c’est voir au bien être de ses citoyens, pas à la promotion de ses détrousseurs meurtriers enveloppés dans le fanion et enrobés dans la tartuffade patriote de droit divin? Tous les indicateurs le montrent. L’Amérique est un empire en déclin. Et, personnellement, Je suis 100% pour ce « déclin ». Londres est une ville bien plus agréable depuis qu’elle n’est plus la capitale d’un empire. Le déclin de l’empire ce n’est pas le déclin de l’Amérique, seulement d’une meute d’oligarches qui se sert de la société civile comme d’un paravent en dilapidant les ressources dans des guerres pharaoniques et ineptes. Quand l’empire est devenu nuisible pour tous, incluant les impériaux, c’est qu’il est plus que temps que tout cela vire de bord.

La théocratie implicite américaine, ça suffit. Ça va faire. Ça ira. Basta. Y en a marre. Écoeurement. Saturation. Surdose. Dans une république laïque, les décisions politiques des dirigeants sont indépendantes et séparées de leurs représentations religieuses privées. Quand Léonid Brejnev consultait des astrologues, tout le monde se payait sa poire et à raison. J’en pense autant de nos dirigeants qui niaisent à la messe, à la mosquée, à la synagogue, au temple, quel qu’il soit. Je n’ai absolument aucun respect pour quoi que ce soit qui sorte de ce tonneau là et le fait que qui que ce soit, personnage public ou personne privée, doive déclarer sa religion comme on présente patte blanche me parait aussi fallacieux et hors sujet que s’il devait déclarer la marque de sauce tomate qu’il met sur ses nouilles les soirs pluvieux.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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L’armée, ennemie de la société civile

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Dimanche rouge

Nos journaleux continuent sans cesse de se demander s’ils doivent couvrir les conflits armés. Ils se disent que c’est quand même dangereux… Le danger, c’est une chose. Mais la question fondamentale est: si les forces armées laissent un journaliste monter dans un de leurs chars d’assaut et les accompagner dans une mission offensive, le font-elles dans un soucis d’information impartiale du public? Réponse: non. Si l’armée procède ainsi c’est uniquement parce qu’elle juge que le journaliste en question servira, volontairement ou non, les intérêts exclusifs de sa propagande. L’armée n’est pas une institution transparente. C’est une institution opaque, qui considère que tuer et mentir font partie de ce sur quoi elle a impunité. L’armée ne dit JAMAIS la vérité sur ses opérations, sur son existence, sur sa reproduction. L’armée soucieuse d’info, ouverte, sincère, cela n’existe pas.

Il serait pourtant crucial de couvrir les conflits armés adéquatement pour montrer que la guerre tue. Mais le fait est que, lors de la première campagne Koweit/Irak, celle de 1991, une énergie massive, nouvelle alors, inusitée, fut investie aux USA dans l’art subtil et pervers de masquer les pertes des conflits locaux pour les banaliser dans l’avenir. Ce fut la grande dévietnamisation de la propagande de guerre US. Et ce fut une réussite de relation publique majeure du temps et tous nos journaleux entrèrent alors dans le bal sans protester ou riposter. Cette doctrine joue depuis, comme sur des roulettes. Omerta… Omerta aussi sur cinq millions de capotés lors de l’occulte et brutal conflit zaïrois/congolais. C’est la moitié des pertes de la Première Guerre Mondiale… On n’en a pas vu passer 10% aux nouvelles! D’ailleurs le conflit en question fut justement surnommé Première guerre Mondiale de l’Afrique. Silence mat. Évidemment de là à glisser vers des insinuations pro-US qui minimiseraient en douce leur propre impact sous prétexte d’ouverture/couverture envers les guerres oubliées, je freine… Le vrai ethnocentrisme de nos communicateurs et de leurs lecteurs se manifeste crûment lors de la couverture tapageuse et ostentatoire des conflits occidentaux. Écoeuranterie similaire à celle du silence sur les gigantesques conflits africains. Quel que soit le théâtre où on se prend les pieds, on hurle et braille sur “nos” pertes, mais sur “leurs” pertes, dix fois, vingt fois, cent fois supérieures: Omerta toujours. Tout est présenté, par l’insidieuse intoxidentale, comme si l’ennemi n’était qu’une vermine grouillante et inane. Le silence occulte, mieux que tout, ce qu’il faudrait pourtant dire et redire.

Voici donc ce qu’il faut dire froidement de l’armée. L’armée est une instance fondamentalement factieuse, trublionne, cancéreuse, parasitaire. Son pire ennemi ce n’est pas l’ennemi. Elle respecte et admire l’ennemi. L’ennemi la fascine, lui ressemble, lui permet de se légitimer, de se perpétuer, d’exister. Le vrai ennemi de l’armée, celui qu’elle combat de toutes ses forces hypocrites, c’est la société civile, la transparence et la paix. L’armée ne veut pas d’un monde où il n’est pas besoin d’armée et fera tout pour entraver l’émergence de ce monde. Son financement et son existence autonome en dépendent crucialement. Tout journaliste qui se tait ou la décrit autrement qu’en ces termes, la sert servilement. Et c’est alors que commence le vrai danger de la couverture médiatique des conflits armés. Disons la chose comme elle est, quiconque expose nos enfants à cette manipulation propagandiste est un irresponsable qui démérite entièrement de la parentalité. Le corpus littéraire et cinématographique des oeuvres anti-guerre issues de la société civile est pourtant volumineux et parle bien plus profondément de tout ceci que la couverture sélective et non-critique des conflits armés. Notre culture collective anti-armée et anti-guerre a connu sa première explosion solide après la guerre de 1914. On peut citer, entres autres, le roman LE FEU d’Henri Barbusse. L’oeuvre la plus curieuse en la matière, pour nous en tout cas, reste le roman du canadien Charles Yale Harrison intitulé GENERALS DIE IN BED. On y suit au jour le jour les exactions, atrocités et souffrances perpétrées par un régiment canadien pendant la guerre de 1914. La description du sauvage et brutal sac d’Arras (France) par ses « libérateurs » canadiens vous laisse sur le cul d’édification. Ces oeuvres n’ont vieilli que pour la technologie et l’histoire locale. Au niveau du principe criminel fondamental de la guerre et de l’armée, tout y est, intact.

La fonction commerciale fondamentale de la guerre est désormais exclusivement le bellicisme. Celui-ci consiste à détourner les fonds publics vers des entreprise parasitaires et improductives tenues par la jet-set des petits copain qui enfilent la fleur au fusil des autres. Il est vrai que la guerre est le dernier des grands monopoles avec privilèges n’ayant pas à rendre le moindre compte sur sa productivité. Pour le coups, je pense à tous nos militaires. Contrairement à certain(e)s Tartuffes locaux, je n’ai absolument AUCUN respect pour les soldoques. Leur ruban jaune caca trouille ils peuvent sincèrement se torcher avec. Les chialeux factieux qui les appuient moralement devraient méditer aujourd’hui ce fait fondamental du parasitisme social de l’armée. La voilà, soldoques & suppôts, la raison pour laquelle votre secteur militaire est l’ennemi ouvert et direct de la société civile: il détourne massivement des fonds publics qui reviennent à la santé, à l’éducation à la prévention des catastrophes naturelles, au renouvellement des infrastructures urbaines et les enlise à jamais dans une inextricable bouillie improductive, polluante et meurtrière de merde et de sang, dont les coups tordus sont de facto protégée de la vérité par leur propagande belliqueuse. C’est un cancer curable mais négligé, que le cancer militaire. Soldoque, garde à toi… rends toi compte une bonne fois que les maîtres que tu sers sont les ennemis direct de tes enfants et des enfants de tes victimes.

La société civile commence imperceptiblement à se rendre compte de combien la soldatesque lui est nuisible. Improductive, ruineuse, factieuse, nuisible. Je ne supporte PAS nos troupes nulle part. Moratoire militaire inconditionnel et immédiat. Fini le gaspillage et les crimes immondes.

Femmes contre la guerre

Ceci dit et bien dit, mesdames, je vais peut-être maintenant vous surprendre, mais c’est grâce à ce rejet constant et stable de la mort de nos petits gars au combat dans des conflits de théâtre absurdes (que vous exprimez si sincèrement, et qui est vécu et articulé par des millions d’autres femmes comme vous, en toute simplicité) que nous n’avons pas eu de troisième guerre mondiale. Je m’explique. Quand Eisenhower se fit rapporter, au tout premier jour du débarquement de Normandie de 1944, que 10,000 hommes avaient été tués sur le coup, il répondit, sans cynisme, et avec un soulagement réel: «So far so good, I was expecting 20,000» [Pas mal du tout, Je m’attendais à 20,000]. Ce type d’insensibilité implacable (et, disons–le, si masculine…) des états-majors n’est plus possible aujourd’hui, simplement parce que les mères, les soeurs, les copines des soldats et leurs amies et nos amies veillent et influent de leur massive sensibilité pacifiste tout le rapport de la société civile à la guerre. Comparons le contraste entre la couverture par un journaliste homme et la couverture par une journaliste femme du même drame d’un de nos ti-clins soldoques mort à Kandahar. Sous la plume du journaliste homme, d’accord ou pas, on garde la tête bien froide et les yeux sur la rondelle. Il va falloir s’habituer à revoler dans le bande pis y en aura pas de faciles. D’ailleurs (comme l’expriment aussi assez oiseusement encore trop de nos compatriotes) les petits gars sont là-bas pour sauver les FEMMES afghanes. «Alors écrasez vous les filles, Rambo s’en vient. Comme on disait dans mon enfance: Les filles, les guénilles, les gars les soldats. Calmez vos nerfs. Ce n’est que la politique par d’autres moyens…» Sauf que la journaliste femme et ses semblables, elles, ont pleuré de tristesse et de rage devant leur ordi et l’on exprimé sans honte au monde dans les canards, les carnets et ailleurs sur Internet. Leurs arrières-grand-mères de la guerre ’14, avaient d’ailleurs pleuré et protesté comme ça, elles aussi, mais au fond d’une cuisine silencieuse. Leurs grand-mères de la guerre ’39 ont pleuré et protesté comme ça, elles, dans le tapage d’une tannerie ou d’une usine de bombes. On ne les a pas trop entendu non plus, dans le temps. Maintenant la vision vague et femme de Madame la Journaliste apparaît dans un medium qui vaut pour 50/50 face à la vision précise et eisenhowerienne de Monsieur le Journaliste. Compareurs, comparez. Choisisseurs, choisissez. Moi, je ne m’habituerai JAMAIS au meurtre de mes fils et des fils du soi-disant ennemi au nom de l’impérialisme pétrolier et opiacé de l’Occident.

La montée du pouvoir de masse et de l’impact social des femmes vont donc de pair avec l’impossibilité de disposer aujourd’hui sans obstacle de l’attitude d’Eisenhower envers les petits gars qui sont aux bouttes des fusils. Un mort québécois en Afghanistan et le Premier Ministre du Canada est obligé de patiner comme un perdu dans la propagande humanitaire. C’est à la portion FEMME (que les hommes ressentent aussi de plus en plus profondément de nos jours) de la société civile qu’il s’adresse dans ses salades pour québécois(e)s velléitaires. Subitement, l’inepte unifolié jambette et bafouille dans ses sourates et ses redites intoxidentales: il est en croisade exclusivement… pour sauver les FEMMES afghanes! Personne n’est dupe, allons, et la résistance polie mais ferme joue, sentie, dense, pesante… Et évidemment, cet exploit majeur des femmes de ce temps (nous éviter de nous jeter en compagnie de notre pire ennemi, notre armée, dans un troisième conflit mondial, ce n’est pas rien) étant un exploit silencieux, en creux, en vide, in absentia (vu que cette guerre n’est PAS arrivée), on ne le remarque pas, ne l’analyse pas, ne le comptabilise pas dans l’Histoire, mais il est avec nous en permanence. Ces femmes qui ont dit : je ne fais pas de politique, je ne me prononce pas sur la légitimité de la guerre ou quoi, mais bondance les gars là, il me semble que voir les ti-pits revenir dans des boîte, ça marche pas eh bien elles ont fait toute la fichue différence avec leur larmes froides, leur colère sourde, leur résistance ouverte. Alors, du fond du cœur, merci Mesdames. Mes fils et moi même vous devons la vie.

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