Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Archive for the ‘Musique’ Category

ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Harmonica

Posted by Ysengrimus sur 21 avril 2022

Harmonica
Décortiqua
Le son d’un être
Le cri d’un temps.

Et Harmonica
Reviendra
En grinçant, après les pivèles,
Les atermoiements, les appels.

Car Harmonica
Ne sait pas
Qu’il y a cette hiérarchie des arts
Il chante et crie, lui, comme un compas
Dessine ses cercles, et rit, se marre.

Harmonica est langoureux
Sans même avoir voulu pleurer
Il est candide, il est teigneux
Sans même chercher à s’affirmer.

C’est qu’Harmonica
Décortiqua
Le son des crêtes
Le cri d’un ventre.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Guitare

Posted by Ysengrimus sur 21 février 2022

Guitare et tour de piste
Le joyeux et le triste
Le sonore, le feutré
La popularité
Les longues filles en cheveux
Des lendemains plein les yeux.

Quarante années d’histoire
Découlent des guitares
Dégoulinent et se scandent
Le long des cordes qu’on bande
Autour des baladins
Au fleuri baratin
Aux désaccords des arts
Aux accords de guitares.

Donnez-moi un sentier
Et de quoi faire du feu
Salut, la queue leu leu
Nous sommes tous des artistes
Au beau risque
Du guitariste.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Gong

Posted by Ysengrimus sur 21 décembre 2021

Gong
Monstre
Trombe
Fronce
Le sourcil
Gong
Sans merci.
Guerre.

Bonne
Blonde
Tombe
L’homme
Claquement des chairs
Gong
D’or et de fer.
Terre.

Mort
Morne
Tombe
Ronde
Choc des époques
Gong
De qui on se moque.
Verre.

Bonne
Blonde
Tombe
Ronde
Cadavre exquis
Gong
Bonsoir merci.
Nerf.

Fronce le sourcil
Gong
Choc des époques
Gong
De qui on se moque.
Gong
Cadavre exquis
Gong.

Soucis
Vie
De qui on rit
Gong.
Émeri
Envie
C’est fini
Gong.

(reprises ad lib, notamment à plusieurs voix et en canon)

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Gazou

Posted by Ysengrimus sur 21 octobre 2021

Beau gazou
Au pays des fous
Tu brandis ta note unique
Comme une chanson mirlifique
Tu es bien matinal
Rien moins que musical
Et tu fais partie de nous
Beau gazou.

Fol gazou
Au fond de ton petit trou
Tu fais danser la cabane
Les fayots et les gourganes
Tu es tonitruant
Rien moins que pétulant
Et tu fais partie de nous
Fol gazou.

Tendre gazou
Des plus (roudou)doux
Tu es un bateau dans l’anse
Au soleil de nos enfances
Tu es bien cabotin
Rien de moins que gamin
Et tu fais partie de nous
Tendre gazou.

Vieux gazou
Plus archaïque que tout
Tu as raison, tu as tort
Car tu procèdes du folklore
Tu es un farfadet
Celtique, breton, maltais
Et tu fais partie de nous
Vieux gazou.

Toc gazou
Au pays du fond de nous
Tu redis ta note mécanique
Comme une rengaine automatique
Tu es bien marginal
Rien moins que guttural
Mais tu fais partie des fous
Toc gazou.

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Les successeurs: épigones, pastiches, continuateurs

Posted by Ysengrimus sur 7 octobre 2021

ellington&strayhorn_full

Duke Ellington et Billy Strayhorn

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Si vous ne pouvez l’imiter, évitez donc de le copier
Yogi Berra

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Dans les champs philosophiques et artistiques, il y a toujours un moment où quelqu’un arrive à la suite de quelqu’un d’autre, dans son cadre, sur ses sentiers, dans sa travée, sur son rail. On a là ce qu’on pourrait appeler, du terme le plus neutre possible, un successeur, c’est à dire une personne qui effectue sa démarche ou son cheminement dans la continuité d’un premier penseur ou d’un premier artiste. Cette succession est nécessairement temporelle, chronologique, historique. En se ralliant, explicitement ou non, à son étendard et en se réclamant, sereinement ou non, de son héritage, le successeur suit un maitre, au sens le plus libre possible de ces trois termes (successeur, suivre, maitre)… On peut bien dire ça en première approximation mais il reste aussi que le susdit successeur n’est pas n’importe qui et il ou elle n’agit pas sur n’importe quoi. Et, de fait, il n’y a pas tant que ça de types de successeurs. Il y en a en fait trois, l’épigone, le pastiche (ou imitateur) et le continuateur. Nous allons un petit peu détailler ces choses, en exploitant principalement l’exemple, suavement jazzique, d’un personnage qui a beaucoup été suivi et beaucoup été imité sans jamais être vraiment remplacé. J’ai nommé Duke Ellington (1899-1974). On exploitera aussi, pour la bonne bouche, un certain nombre d’exemples tirés de la tradition philosophique… et picturale (surtout en finale).

ÉPIGONE: Le premier type de successeur, c’est l’épigone. L’épigone, c’est l’élève qui n’est pas devenu plus grand que le maitre et, donc, l’élève qui, assumant cet état de fait, est resté fidèle au maître et considère que le paramétrage ayant été mis en place par le maître est le seul pertinent. Pour l’épigone, le maitre est celui qui, en fait, domine la démarche, la fonde, la stabilise, la fait adéquatement rayonner. L’épigone est donc un doctrinaire, entendre (sans jugement dépréciatif) un suiveux fidèle, un disciple pieux, un successeur doxographique, qui ne prendra pas d’initiatives excessives. C’est aussi souvent quelqu’un qui s’efforce de perpétuer ou de reprendre le cheminement initial, de revenir aux sources, de retrouver les racines, de remettre tout à plat malgré les critiques ou les objections montantes, de brandir le vieux flambeau contre les vents contraires. L’épigone reprend fidèlement un héritage intellectuel ou artistique sans nécessairement l’enrichir d’apports imaginatifs. Il le compile, le documente, le sert, le reproduit, l’amplifie mais sans tapage excessif. Dans le cadre de l’institution musicale très spécifique mise en place en cinquante ans (1924-1974) par Duke Ellington, son fils Mercer Ellington a repris le Duke Ellington Orchestra après la disparition du maître, en 1974. Mais à ce moment-là, cet orchestre était déjà peuplé d’épigones, ayant tous succédés, par touches, aux musiciens originaux, retirés ou morts. L’orchestre se survit alors à lui-même… le plus docile de tous ces épigones étant le fils de Duke Ellington lui-même, musicien, chef d’orchestre et arrangeur compétent, sans plus. À partir de 1974 donc et jusqu’à nos jours (Mercer Ellington, pour sa part, meurt en 1996), l’orchestre de Duke Ellington se perpétue, comme mécaniquement, et ne produit plus rien de vif ou d’imaginatif. Les élèves, ici, n’ont pas dépassé le maitre. Fait notable, en philosophie, on désigne souvent les épigones intellectuels en mobilisant le préfixe néo- pour les étiqueter, un petit peu sans joie. Ainsi par exemple Plotin et Jamblique sont des néoplatoniciens. Cassirer et Rickert sont des néokantiens. Marcuse et Althusser sont des néomarxistes. Généralement, le néo-quelque-chose sera donc un personnage qui s’inscrira dans la continuité du penseur ou de l’artiste majeur d’origine, mais sans trop innover (il y a un néo-cubisme gentil-gentil, en peinture, par exemple). Il faut agir et perpétuer cet agir, sans trop faire de vagues et de façon à faire perdurer au mieux la pulsion d’origine, d’une certaine façon… si possible… et ce, en circonscrivant la flamme à l’intérieur de la coupe de la vestale et, surtout, sans déclencher d’incendie.

PASTICHE OU IMITATEUR: Le second type de successeur, ce sera le pastiche, qu’on pourrait appeler aussi un imitateur. Alors ça, c’est quelqu’un qui aura l’aptitude de littéralement se substituer à un artiste ou à un penseur initial. La chose se joue dans des conditions parfois douloureuses et traumatisantes (départ subit, décès), parfois humoristiques et satiriques (imitation par des fantaisistes, parodie), parfois discrètement interlopes (activité des faussaires, contrefaçons). Le fait est qu’ici on déniche, comme providentiellement, un personnage qui arrive à fonctionner comme une sorte de substitut ou de succédané de notre penseur ou de notre artiste d’origine. Et cette instance de remplacement se chargera de s’efforcer de continuer l’ordre initialement instauré, presque comme si de rien. Cela se fera alors, sans nécessairement, encore une fois, introduire d’éléments qualitativement distincts, mais en disposant quand même d’une certaine capacité d’innovation (dans le style de…). Cela fait que le pastiche ou imitateur peut finalement faire quelque chose de relativement nouveau, selon les procédures ou les modes de pensée du personnage initial. Ainsi, quand le saxophoniste Ben Webster a quitté l’orchestre de Duke Ellington, Ellington et Strayhorn se mirent à la recherche d’un successeur pour ce grand mélodiste saxo emblématique. Ils dénichent éventuellement, en 1950, un personnage improbable qui s’appelait Paul Gonsalves. Cet inconnu énergique jouait toutes les partitions de Ben Webster les yeux fermés, sur tous les rythmes et dans tous les tons. C’était littéralement un websterologue de choc, qui avait dû passer de longues heures à le singer, instrument en main, devant son phonographe. Et, donc, au moment de l’audition, Ellington dira simplement à Strayhorn: This so-and-so plays just like Ben (ce quidam du tout-venant joue exactement comme Ben). Et jusqu’à la fin de la vie de Duke Ellington, qui sera aussi la fin de la vie de Paul Gonsalves (ils sont morts la même année, en 1974, à dix jours d’intervalle), ledit Gonsalves fonctionnera comme le substitut, le succédané, le remplaçant orchestral adéquat de Ben Webster. Dans ce cas-ci, on a littéralement affaire à un imitateur (les anglophones disent copycat), quelqu’un qui arrive à reproduire le son, l’esprit et la tonalité du modèle, sans nécessairement être le personnage d’origine. Il lui est aussi louable d’évoluer, d’innover, au fil des années, tout en se maintenant solidement au sein du paramétrage d’origine. Dans le cas des philosophes, on peut joyeusement citer ce qu’on faisait autrefois à Dialogus. Ainsi, même avec le recul, je me glorifie sans ambages de mes pastiches très satisfaisants de Spinoza ou de Marx. On a bel et bien l’impression de lire du Spinoza ou de lire du Marx, dans leurs correspondances philosophiques. Imbu de mon travail de pastiche, je suis un imitateur et, aussi, largement, un fantaisiste parodique. Car, évidemment, ce caractère d’imitateur a une inévitable dimension creuse, vide, inerte. Paul Gonsalves chez Ellington et Paul Laurendeau chez Dialogus disposent d’une certaine marge de créativité, certes, mais ils ne peuvent pas, dans le contexte spécifique d’un tel exercice, devenir des successeurs autonomes à part entière. Ils restent intrinsèquement tributaires de leurs modèles. Leurs actions restent circonscrites, donc limitées, tant pour la forme que pour le fond.

CONTINUATEUR: Le continuateur, pour sa part, c’est le personnage le plus original et le plus innovant de toute cette dynamique. C’est celui qui intériorise radicalement les valeurs et le traitement du fonctionnement objectif du penseur ou de l’artiste initial. Mais cela se joue en ouvrant sa dynamique sur quelque chose de nouveau, sur quelque chose d’original, sur quelque chose de qualitativement distinct, qui se déploie d’une façon à la fois authentique et novatrice, tout en gardant un souvenir torve de la coloration du personnage initial. Il est important de soigneusement distinguer le continuateur du complémenteur. Ce dernier représente un apport vif et dynamique, à la fois original et solidaire, mais contemporain à l’action du penseur ou de l’artiste principal. Pour Duke Ellington, on pensera à son compositeur, arrangeur et orchestrateur Billy Strayhorn (mort en 1967 soit sept ans avant le maitre — voir notre photo). Leur rapport en matière de composition musicale était profondément fusionnel. C’était un peu comme s’il y avait deux Duke Ellington… Pour le philosophe Karl Marx, on pensera à Friedrich Engels, compagnon complémenteur incontournable, mais qui ne fut jamais vraiment son continuateur (même s’il est mort douze ans après le maitre). C’est que le continuateur est un artiste ou un penseur qui vient après et qui vaut pour lui-même. Il n’est en rien subordonné à sa ou ses sources d’inspiration, quoiqu’on retrouve toujours un peu de la saveur de l’instance d’origine chez le continuateur. Dans le cas de Duke Ellington, on pourra dire que son vrai de vrai continuateur, c’est le contrebassiste et compositeur Charlie Mingus, surtout quand celui-ci procède à un travail orchestral. Mingus est un ellingtonien d’obédience… mais autonome, indocile, charnu. Il perpétue et amplifie les idées d’Ellington, tout en se produisant et se déployant dans le cadre du bebop et du hard bop (ce qu’Ellington ne fit pas). Mingus a une façon de travailler qui est authentique, spécifique et marquée au coin de sa propre idiosyncrasie. En philosophie, on peut par exemple dire que Marx, c’est un continuateur de Hegel. Sans soumission, Marx problématise Hegel, le développe, l’inverse, le fait se retravailler dans une dimension qualitativement distincte. Le continuateur est, de ces trois types, le seul personnage ayant adéquatement dominé ses influences. Il en fait quelque chose qui permet une avancée significative et révélatrice de la totalité de la démarche intellective ou artistique en progression, confirmant, si nécessaire, le caractère profondément collectif et cumulatif d’une telle progression.

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Ceci étant clairement posé, je peux maintenant formuler l’aphorisme conceptuellement étayé du jour. Attention…

Tout en s’avançant exploratoirement dans l’idiome de l’Art Singulier (ce que le maitre ne fit pas), le peintre et dessinateur Claude Bolduc est un continuateur du peintre Arthur Villeneuve.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Flûte traversière

Posted by Ysengrimus sur 21 août 2021


Une flûte traversière
Est entrée dans ma vie
Par le portail arrière
Du castel de mes soucis
Elle s’est insinuée
Jusqu’au fond de mon être
Et ses trilles ont scandé
Mes matines et mes vêpres.

Une flûte traversière
A tordu le réel
A cassé la verrière
Et fracassé la vaisselle
J’ai rêvé la bourrée
J’ai mordu l’orifice
Et ses trilles ont scandé
Mes abandons, mes sacrifices.

Une flûte traversière
Souffle et me hante encor
Dans ces parties de mon corps
Qui ne voient jamais la lumière
Elle me tient et me serre
Et me chante ma vie
Mes demains, mes hiers
Sont cernés en sa mélodie.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Cymbales

Posted by Ysengrimus sur 1 juin 2021


Cymbales
Rencontre
Métal
Prend, montre
Chaleur
Ardeur
Candeur
Faconde.

Rythmique
Tendue
Logique
Éperdue
Procession
Percussion
Attention
Soutenue.

Bravo
Chamade
Chapeau
Bravade
Cuivre pur
Aventure
Tessiture
Embrassades.

Majorettes
Polochon
Pique-assiette
Napperon
Soleil
Bouteilles
Vermeilles
Reblochon.

Cymbales
Mirliton
Combinaison
Martingale
Un, deux, trois
Embarras
Patatras
Musical.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Cuillères

Posted by Ysengrimus sur 21 avril 2021

Les cuillères nous en disent long
Sur les percussionnistes du village.
Si elles sont sans yeux et sans visage
Elles savent quand même tirer les leçons.

Les cuillères disent de Ti-Mé
Qu’il a encore son alambic
Dans le vieux hangar de brique
Du côté du trécarré.

Les cuillères disent de Solange
Qu’elle organise ses affaires
Pas mal mieux qu’au temps d’hier
Quand les filles souriaient aux anges.

Les cuillères ont vu l’amour
S’épivarder dans tous les sens
Et ce que les cuillères en pensent
Elles m’ont l’air d’être plutôt pour.

Pour les cuillères, la politique
C’est pas mal le discrédit.
Quand on leur parle de pays
Elles deviennent mélancoliques,
Antipathiques,
Neurasthéniques,
Et peu patriotiques.

Les cuillères font cliqueter
Les virages et les changements.
Elles se rythment au son des vents
Qui vous charrient des brassées
De modernité,
De fraternité,
Et de sororité.

Oui, les cuillères sont d’autrefois
De bonne soupe, de tradition
Mais quand même, leurs percussions
Savent rythmer le temps qui va.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Crincrin

Posted by Ysengrimus sur 21 février 2021

C’est au rythme du crincrin
Que l’on va notre chemin
En faisant la ronde
Dans le monde
Sous la lumière et dans l’ombre
On tente ce coquin de sort
Dans la vie et dans la mort
Le crincrin lire ses grands cris
Et tous les Jack Mistigris
Dansent et sautent et râlent et miaulent
Et les acteurs jouent leurs rôles
Les bonhommes brassent des bouteilles
Les monts accouchent de merveilles
Les bonnes femmes se rongent les sangs
Les cotillons comme des volcans
Les époques se tortillonnent
Toutes les nations s’émulsionnent
Les feux follettes sont achalés
Ils dansent la polka piquée
Rose Latulipe est vraiment chanceuse
La route est bien que trop neigeuse
Donc le Yâbe va resté chez lui
La musique va rouler toute la nuit
Jeux de pieds, jeux de mains, jeux de vilains
Tout ça au rythme du crincrin.

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Raymond Lévesque est parti / Bozo-les-culottes est r’venu

Posted by Ysengrimus sur 15 février 2021

Raymond Lévesque (1928-2021), le magistral auteur-compositeur-interprète de l’hymne Quand les hommes vivront d’amour (composé en 1956) vient de nous quitter. Maudit qu’ça souince. C’est comme un arrachement, une partie de moi qui tombe en berne à jamais. Je pourrais pleurer, je pense… J’entends sa voix chaude, ronde, inimitable, dans ma tête, comme un chant d’oiseau de mon enfance. En 1967, il a écrit une petite protest song remarquable intitulée Bozo-les-culottes. Dans cette balade toute simple, un gars du peuple tout simple aussi, qui flottait dans le pantalon de son surnom, Bozo, faisait sauter une statue, à Montréal (un monument à la mémoire des conquérants), avec de la dynamite volée, pour dénoncer les injustices sociales et nationale du temps. En 1970, toujours selon la chanson de Raymond Lévesque (ou dans la compréhension de celle-ci, telle qu’elle perdure dans mon coeur), on fout Bozo en taule pour dix ans. Après la défaite crève-coeur du (premier) référendum de libération nationale (cette dernière, illusoire au demeurant), celui de 1980, Bozo revient (dans ma chanson à moi désormais, ma suite, mon sequel, comme on dit pour faire smart). Il sort de taule. il est revenu. Et, pour ne pas pleurer, ou crier, ou mourir, on chante, sur l’air inchangé, immuable, inaltérable, de la balade originale de Raymond Lévesque: Bozo-les-culottes est r’venu…

Raymond Lévesque (1928-2021), chansonnier, humoriste, patriote et poète

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BOZO-LES-CULOTTES EST  R’VENU

Après avoir purgé son temps
Pour un monument, c’est long, dix ans
… Bozo-les-culottes

Not’vieux patriote est r’venu
Pis laissez-moé vous dire c’qu’y a vu
… Bozo-les-culottes

Y a vu un ben drôle de pays
Qui dit ben plus non qu’y dit oui
… Bozo-les-culottes

Y a vu qu’y avait beaucoup d’polices
Pis pus beaucoup d’nationalistes
… Bozo-les-culottes

Y a vu ben des supermarchés
Mais les coops, y es a charché
… Bozo-les-culottes

Y a vu qu’les grosses révolutions
Ça s’fait encore sous forme d’élections
… Bozo-les-culottes

Fak là y a compris qu’ quatre-vingt
C’est ben soixante plus un gros vingt
… Bozo-les-culottes

Faut dire qu’Bozo s’est racorni
Faut crère que ses idées aussi
… Bozo-les-culottes

Y s’est fait dire que québécois
C’tait pu un mot ben adéquat
… Bozo-les-culottes

Qu’aujourd’hui ont dit canadien
Qu’ça fait sérieux pis qu’ça sonne ben
… Bozo-les-culottes

Le Canada, c’comme le mariage
C’t’une tradition, c’t’un héritage
… Bozo-les-culottes

Met ça dans ta pipe, mon Bozo
Et pis bourre la ben comme y faut
… Bozo-les-culottes

Bozo, ça y a donné un coup
Fak y est allé prendre un ptit coup
… Bozo-les-culottes

Pis y a crié : Vive le Québec
Dans l’tintamarre d’une discothèque
… Bozo-les-culottes

Y s’est fait dire : Change de chanson
Si tu veux pas r’tourner en prison
… Bozo-les-culottes

Fak Bozo s’est dit : Pourquoi pas
R’tourner en prison, tant qu’à ça
… Bozo-les-culottes

Y est dev’nu travailleur social
Travaille en milieu carcéral
… Bozo-les-culottes

Là y continue son combat
Cont’les factionnaires de l’état
… Bozo-les-culottes

En aidant l’citoyen, Bozo
T’as r’çu des coups d’couteaux dans l’dos
… Bozo-les-culottes

Astheur que t’aide les prisonniers
T’as rien à craindre, tu peux es truster
… Bozo-les-culottes

Des fois, Bozo r’pense au pays
Pis là y s’dit qu’c’est pas fini
… Bozo-les-culottes

Y s’dit qu’la prison est partout
En se r’dressant sous son licou
… Bozo-les-culottes

Pis y s’dit toujours qu’en lâchant pas
On va ben es scier, ces barreaux là
… Bozo-les-culottes

Mais en attendant, y vieillit
Comme tout l’monde de par el’pays
… Bozo-les-culottes

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Paul Laurendeau – 14 décembre 1980

(Tiré de mon recueil L’Hélicoïdal inversé (poésie concrète), 2013)

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