Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

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Soixante questions sur nos belles chansons québécoises du fin fond du fond

Posted by Ysengrimus sur 24 juin 2020

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Sans transition, pour la Fête Nationale, testez vos connaissances de notre beau terroir sonore, dans un guilleret jeu-questionnaire de soixante (60) questions. Si —sans cyber-recherche aucune— vous obtenez 20/60 dans ce petit examen, c’est que vous êtes vraiment des mélomanes québécisants de haute tenue. Les RÉPONSES, sommairement commentées, sont ici infra, après le questionnaire, juste en dessous du second violon.

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  • 1- En début de carrières, Clémence Desrochers et Jean-Pierre Ferland ont fait équipe avec d’autres artistes dans un petit groupe de chansonniers-fantaisistes. Quel était le nom de ce groupe?

Les Flagosses

Les Gonzagues

Les Bozos

Les Gnochons

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  • 2- Qui est le créateur du personnage de Léopold Gibouleau?

Gilles Vigneault

Yvon Deschamps

Plume Latraverse

Richard Desjardins

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  • 3- Une romancière ou un romancier québécois/e à la plume moderniste et incisive ayant écrit des paroles de chansons pour Robert Charlebois.

Nicole Brossard

Hubert Aquin

Marie-Claire Blais

Réjean Ducharme

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  • 4- J’AI VU LE LOUP, LE RENARD, LE LION: Charlebois, Vigneault, Leclerc ensemble devant public, pour un spectacle-culte donné en plein air, à l’occasion de la Superfrancofête, en l’an de grâce…

1973

1974

1975

1976

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  • 5- Chanteur humoriste, auteur d’une chanson tendre et émue sur un pianiste virtuose et visionnaire dont les camarades découvrent éventuellement qu’il est aveugle. La chanson s’intitule LES IMBÉCILES DU COIN et son auteur-interprète est…

Tex Lecor

Jérôme Lemay

Jean Lapointe

Raymond Lévesque

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  • 6- Peu après avoir quitté CORBEAU, Pierre Harel s’associe à un groupe de rock au nom percutant, mais à la vie éphémère. Ça s’appelait…

Guérillero

Phénix

Patriote

Condor

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  • 7- Repérez la personnalité politico-historique qui N’EST PAS nommée (avec ou sans calembour sur son nom) dans la chanson MON AMI FIDEL, sur le disque LONGUE DISTANCE, de Robert Charlebois.

Golda Meir

Moshe Dayan

Arafat

Sadate

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  • 8- Le groupe BEAU DOMMAGE a, dans son livret, une chanson évoquant le Saint-Laurent comme lieu d’appartenance. Elle s’intitule:

Le bord du fleuve

Le vent du fleuve

Le Saint-Laurent

Fleuve Saint-Laurent

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  • 9- Dans son premier album, PREND UNE CHANCE AVEC MOÉ, l’orchestre du tonitruant Lucien Francœur nous sert la version «salle de danse» d’un instrumental cinématographique célèbre. C’est:

Le thème du Godfather

Le thème de Love Story

Le thème de Midnight Cowboy

Le thème du Graduate

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  • 10- Qui était Gilles Rousseau?

Le batteur des Hou-Lops

Le leader des Classels

Le batteur des Classels

Le leader des Hou-Lops

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  • 11- Une chanson du groupe CORBEAU porte comme titre le nom d’un secteur d’activité économique. Il s’agit de:

Agriculture

Industrie

Commerce

Banque

.

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  • 12- Dans la chanson SUITE 16, Marjo campe le personnage affirmé d’une jeune femme se définissant solidement dans le Rock’n’roll, et se voyant dans l’obligation impérative de congédier son «chum» qui, d’évidence, ne fait pas le poids dans cette nouvelle dynamique. Quel est le nom du malheureux éconduit?

Tristan

Chuck

Roméo

Jerry

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  • 13- À la toute fin d’une chanson de Lucien Francœur apparaît une allusion directe à un important philosophe de l’ère moderne. Il s’agit de:

Fichte

Novalis

Hegel

Nietzsche

.

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  • 14-Dans l’album-culte À QUI APPARTIENT L’BEAU TEMPS, Paul Piché coule le propos incisif de sa protest song dans le moule textuel et rythmique de la chanson folklorique BONHOMME, BONHOMME SAIS-TU JOUER. La chanson ainsi construite est alors réintitulée:

La gigue à Mitchounano

Réjean Pesant

Jean-Guy Léger

Mon Joe

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  • 15- C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS, NARQUOIS COMME TOUS LES QUÉBÉCOIS… La chanson débutant sur ces vers est de:

Révolution française

Felix Leclerc

Luc de la Rochellière

Louise Forestier

.

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  • 16- Campée avec brio et tendresse par Sylvain Lelièvre, cette jeune femme incarne le vague à l’âme de la génération qui avait la vingtaine au milieu des années 1970. Elle s’appelait:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

 

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  • 17- J’ME DIS ANDRÉ, LAISSE-TOÉ PAS NIAISER… cette ferme résolution en forme de refrain est l’œuvre d’un chanteur portant le nom coloré de:

Plastique Bertrand

Capitaine Nô

Pierre Gauthier de la Vérendrye

Wézo

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  • 18- Qu’a fait LE GRAND SIX PIEDS à son «foreman» du chantier de coupe de bois, dans la célèbre ballade de Claude Gauthier?

Il lui a chauffé les semelles à coups de pelle

Il lui a labouré l’échine à coups d’égoïne

Il lui a gossé la moustache à coups de hache

Il lui a brassé les culottes à coups de bottes

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  • 19- Qui était Jean-Baptiste Beaufouette?

Un vieux chanteur folklorique trifluvien appelé ainsi à cause de sa haute taille

Un personnage d’une chanson de la Bolduc, doté d’une pilosité luxuriante

Nom d’emprunt de Gilles Vigneault à ses débuts

Un tenancier de boite à chanson dont Pauline Julien fut amoureuse à ses débuts

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  • 20- Yvon Deschamps en début de carrière était musicien. Il était:

Pianiste

Guitariste

Contrebassiste

Batteur

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  • 21- Le nom Les B.B. est un acronyme de l’ancien nom du groupe. Ce nom d’origine était:

Les Bleuets Bioniques

Les Braves Bêtes

Les Beaux Blonds

Les Boqueux Bacul

.

.

  • 22- Madame Mary Rose-Anne Travers, épouse Bolduc (1894-1941), surnommée, selon la tournure un peu abusive du temps, «La» Bolduc, était avant tout musicienne. Joueuse de guimbarde et d’harmonica, elle accompagne, à la fin des années 1920, dans une série de spectacles au Monument National, un de nos plus grands musiciens folkloriques. Le bien nommé:

Aimé Césaire

Alfred Montmarquette

Narcisse-Eutrope Dionne

Jean Carignan

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  • 23- Ils n’ont possiblement qu’un seul point en commun: celui d’avoir mis en musique, chacun sur son ton et dans son style, l’inévitable SOIR D’HIVER de Nelligan. Ce sont:

Mario Pelchat et Léandre

Pierre Harel et Claude Dubois

Claude Léveillé et Lucien Francœur

Jim Corcoran et René Simard

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  • 24- Il jouait de l’harricana sur la rivière Harmonica…

Richard Desjardins

Jean Leloup

Mario Pelchat

Raôul Duguay

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  • 25- Sur la pochette de l’album-culte AMÈRE AMERICA, Luc de la Rochellière est photographié

Sur le boulevard d’une grande ville

Dans un restaurant

Sur scène

Dans une chambre à coucher

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  • 26- L’inamovible baladin anglo-saxon Roger Whitaker a déjà enregistré avec une chanteuse québécoise. Il s’agit de:

Céline Dion

Isabelle Pierre

Emmanuelle

Ginette Reno

.

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  • 27- Il a évoqué l’étroitesse et la rigidité des années 1950 en les qualifiant de «temps du Pape Pie XII».

George Dor

Jean Pierre Ferland

Claude Léveillé

Raymond Lévesque

.

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  • 28- Elle a écrit une chanson mordante sur les compulsions boulimiques comme compensation des troubles affectifs.

Edith Butler

Angèle Arsenault

Jo-Anne Blouin

Marjo

.

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  • 29- Qui était Jo Laframboise?

Le personnage d’une chanson de Raymond Lévesque

Le personnage d’un monologue d’Yvon Deschamps

Le personnage d’un monologue de Raymond Lévesque

Le personnage d’une chanson d’Yvon Deschamps

.

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  • 30- Elle a aligné la plus mélodique et inoubliable colonne de «Christ!» de toute l’histoire musicale du Québec, sur une version tardive du LINDBERG de Charlebois.

Louise Forestier

Christiane Monfette

Diane Dufresne

Angèle Arsenault

.

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  • 31- QUAND ON A DU FOIN, ÇA VA BEN. QUAND ON EN A PAS, ÇA VA PAS. À qui doit-on la formulation de cette vérité implacable.

Yvon Deschamps

Raymond Lévesque

Cassonade Faulkner

Marjo

.

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  • 32- Qui est le principal parolier de Laurence Jalbert?

Luc Plamondon

Pierre Carter

Guy Rajotte

Laurence Jalbert

.

.

  • 33- Il a pâmé tout le Québec avec son langoureux et irrésistible MISERERE.

Mario Pelchat

Léandre

Bruno Pelletier

Jean Leloup

.

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  • 34- Son label d’éditions c’est les Éditions Édition, et son label de Production, c’est les Productions Production.

Plume Latraverse

Léandre

Sylvain Lelièvre

Marie-Denise Pelletier

.

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  • 35- Sur l’album de musique de Noël de Jo-Anne Blouin, un des cantiques est amorcé, en semi-récitatif, par une très jeune chanteuse sur laquelle Blouin enchaîne en fondu. Il s’agit de:

Adeste Fideles

Sainte nuit

Dans cette étable

Il est né le divin enfant

.

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  • 36- Une seule des chansons de l’album-culte RENDEZ-VOUS DOUX du regretté Gerry Boulet porte un titre anglais. Il s’agit de:

Deadline

Timetable

Dead end

Time travelling

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  • 37- Dans cette chanson de BEAU DOMMAGE, la jeune femme à laquelle l’interprète s’adresse incarne la classe bourgeoise, ses angoisses, ses condescendances, sa méconnaissance de la réalité sociale. Inévitablement, elle se nomme:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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  • 38- Cette pétaradante chanteuse est nulle autre que la petite-fille de l’acteur qui incarna jadis TI-COQ.

Nathalie Simard

Nanette Wortman

Diane Dufresne

Mitsou

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  • 39- Groupe musical connu à peu près uniquement pour le phrasé lyrique suivant: COMME IL FAIT SOLEIL AUJOURD’HUI! COMME IL FAIT BEAU! COMME IL FAIT CHAUD! AUJOURD’HUI! AUJOURD’HUI!

La Température

Le Temps

Aujourd’hui

Météo

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  • 40- Un groupe de pures laines qui faisaient du blues.

Le Repentigny Blues Band

Le Saint-Donat Blues Band

Le Ville-Émard Blues Band

Le Shawinigan Blues Band

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  • 41- Il a popularisé le PETIT PAPA NOËL de Tino Rossi au Québec.

Fernand Gignac

Patrick Zabé

Michel Louvain

Paolo Noël

.

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  • 42- Maintenant qu’ELVIS est mort, on voudrait qu’il soit vivant. Or, du temps où ELVIS était vivant, cette chanteuse québécoise lui disait qu’il aurait dû mourir…

Pauline Julien

Diane Dufresne

Ginette Reno

Renée Claude

.

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  • 43- Spécialisé dans le vidéo-clip théâtral avant la lettre, ce trio féminin popularisa une chansonnette badine et coquine intitulée MONSIEUR DUPONT.

Les Scarabées

Les Miladies

Les Midinettes

Les Ladybugs

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  • 44- Quel est le nom du personnage à qui est posée, en chanson bien sûr, la question suivante sur son beau pays, la Gaspésie: C’EST-TU VRAI QUE PAR CHEZ VOUS, ON VOIT DES POÈTES PARTOUT, ET QUE ERNEST HEMMINGWAY SERAIT UN GARS DE CHEZ VOUS?

Monsieur Ti-Franc La Patate

Monsieur Léopold Gibouleau

Monsieur Marcoux Labonté

Monsieur Zidor le prospecteur

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  • 45- Qui est le hockeyeur pour lequel l’interprète avait cherché à se faire passer cette année-là, dans la chanson 23 DÉCEMBRE?

Henri Richard

Toe Blake

Jean Béliveau

Doug Harvey

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  • 46- Ce brillant auteur-compositeur-interprète réalise un suicide ostensible et sanglant dans la série télévisée SCOOP.

Plume Latraverse

Michel Rivard

Jean Leloup

Claude Dubois

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  • 47- Il a chanté le WE SHALL OVERCOME du Québec, intitulé, fort judicieusement, ON VA S’EN SORTIR.

Raymond Lévesque

Jean Lapointe

Claude Léveillé

Yvon Deschamps

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  • 48- Un groupe québécois portant fièrement le nom d’une ville française.

Nancy

Toulouse

Bordeaux

Narbonne

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  • 49- QUÉBÉCOIS, NOUS SOMMES QUÉBÉCOIS. LE QUÉBEC SAURA FAIRE S’IL NE SE LAISSE PAS FAIRE. Qui a dit ça?

Le groupe Charles De Gaulle

Le groupe Patriote

Le groupe Révolution française

Le groupe Sauvons Montréal

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  • 50- Et, dans le même ordre d’idée, qui tient à «faire de la Nouvelle-France, la terre promise de l’espérance»?

Madame Bolduc

Le Soldat Lebrun

Felix Leclerc

Robert Charlebois

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  • 51- Une superbe protest song, beaucoup plus sociale que nationale, malgré son titre: DRÔLE DE PAYS. On la doit à:

Gilles Vigneault

Robert Charlebois

Sylvain Lelièvre

Richard Desjardins

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  • 52- Ils co-animaient énergiquement l’immortelle émission yéyé culte du Québec, commanditée par 7up et Humpty Dumpty: JEUNESSE D’AUJOURD’HUI.

Pierre Marcotte et Joël Denis

Pierre Lalonde et Claude Boulard

Pierre Marcotte et Claude Boulard

Pierre Lalonde et Joël Denis

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  • 53- À la Saint-Jean Baptiste de 1975, Gilles Vigneault va réaliser un exploit extrêmement difficile: implanter une coutume ethnoculturelle. Il va suggérer aux québécois (qui vont emboîter le pas avec enthousiasme) une nouvelle chanson d’anniversaire: GENS DU PAYS. Quel était le titre de ce spectacle de la Saint-Jean où cette coutume fut lancée?

Bonne fête

Bon anniversaire

Gens du pays

Happy birthday

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  • 54- Un groupe à la musique extrêmement songée, portant le nom distordu d’une texture de sol humecté.

Bouette

Sloche

Agadou

Frasil

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  • 55- On lui doit une chanson amicale et tendre rendant hommage au chanteur français Charles Trenet.

Jean-Pierre Ferland

Claude Léveillé

Plume Latraverse

Richard Desjardins

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  • 56- On lui doit une chanson violemment xénophobe intitulée sans complexe L’OUVRAGE AUX CANADIENS.

Ovila Légaré

Le Soldat Lebrun

La Bolduc

Juliette Pétrie

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  • 57- Égal à lui-même, Lucien Francœur hurle à l’amour pour cette jeune femme en lui demandant: VEUX-TU ÊTRE MA BARBIE EN VIE? C’est nulle autre que:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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  • 58- Dans la chanson LE CROQUE-MORT À COULISSE, Sylvain Lelièvre nous raconte l’histoire d’un tromboniste amateur qui, le soir, après son travail, allumait son système de son, y posait son disque favori, s’installait avec son instrument et PRENAIT DES CHORUS AVEC

J.J. Johnson

Charlie Parker

Tommy Dorsey

Duke Ellington

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  • 59- Le chanteur-imitateur Jean-Guy Moreau nous a laissé un album-culte intitulé:

Tabarnouche!

Tabarouette!

Tabaslak!

Tabarnique!

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  • 60- Dans son enfance, le jour de son anniversaire, Plume Latraverse dessinait au châssis d’en haut des petits cœurs de brume qu’il adressait à sa cousine, au souffle de bonbon, la bien nommée:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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RÉPONSES

Rappelons, pour mémoire individuelle et collective, que si vous avez obtenu 20/60 dans ce petit examen, c’est que vous êtes vraiment des mélomanes québécisants de haute tenue. Vous pouvez aussi vous reporter au Commentaire 1, infra, intitulé CORPUS AUDIBLE pour écouter la majorité des chansons et orchestres dont il est ici question. Comptabilisez bien vos résultats. Accrochez vos tuquons bleus, on part.

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  • 1- En début de carrières, Clémence Desrochers et Jean-Pierre Ferland ont fait équipe avec d’autres artistes dans un petit groupe de chansonniers-fantaisistes. Quel était le nom de ce groupe?

Les Bozos

Les autres choix ne sont que des insultes inanes.

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  • 2-Qui est le créateur du personnage de Léopold Gibouleau?

Plume Latraverse

C’est un personnage de Plume qu’on retrouve dans une chanson plutôt sanglante.

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  • 3- Une romancière ou un romancier québécois/e à la plume moderniste et incisive ayant écrit des paroles de chansons pour Robert Charlebois.

Réjean Ducharme

Notamment les chansons LE RÉVOLTÉ et INSOMNIE, sur l’album SOLIDARITUDE.

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  • 4- J’AI VU LE LOUP, LE RENARD, LE LION: Charlebois, Vigneault, Leclerc ensemble devant public, pour un spectacle-culte donné en plein air, à l’occasion de la Superfrancofête, en l’an de grâce…

1974

«…et à la guitare ordinaire: Félix Leclerc!» diront, ce soir-là, les deux autres.

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  • 5- Chanteur humoriste, auteur d’une chanson tendre et émue sur un pianiste virtuose et visionnaire dont les camarades découvrent éventuellement qu’il est aveugle. La chanson s’intitule LES IMBÉCILES DU COIN et son auteur-interprète est…

Jean Lapointe

«Il jouait du piano tellement bien que nous, les imbéciles du coin, disions: il sait lire la musique.»

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  • 6- Peu après avoir quitté CORBEAU, Pierre Harel s’associe à un groupe de rock au nom percutant, mais à la vie éphémère. Ça s’appelait…

Patriote

Et les fusils de chasse étaient des guitares. Les tuquons de laine du pays, des tignasses hirsutes!

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  • 7- Repérez la personnalité politico-historique qui N’EST PAS nommée (avec ou sans calembour sur son nom) dans la chanson MON AMI FIDEL, sur le disque LONGUE DISTANCE, de Robert Charlebois.

Moshe Dayan

«Golda Meir embrasse Arafat. Dansons, dansons, dans nos forêts d’asphate parce que les présidents ça date [Sadate] et les révolutionnaires, c’est Fidel.»

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  • 8- Le groupe BEAU DOMMAGE a, dans son livret, une chanson évoquant le Saint-Laurent comme lieu d’appartenance. Elle s’intitule:

Le vent du fleuve

L’interprète l’entend partout lui siffler dans les oreilles.

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  • 9- Dans son premier album, PREND UNE CHANCE AVEC MOÉ, l’orchestre du tonitruant Lucien Francœur nous sert la version «salle de danse» d’un instrumental cinématographique célèbre. C’est:

Le thème du Godfather

Parle plus bas… qu’on joue plus fort!

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  • 10- Qui était Gilles Rousseau?

Le leader des Hou-Lops

Avec sa cravate en triangle isocèle.

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  • 11- Une chanson du groupe CORBEAU porte comme titre le nom d’un secteur d’activité économique. Il s’agit de:

Agriculture

Une sorte de difficultueuse perpétuation du terroir.

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  • 12- Dans la chanson SUITE 16, Marjo campe le personnage affirmé d’une jeune femme se définissant solidement dans le Rock’n’roll, et se voyant dans l’obligation impérative de congédier son «chum» qui, d’évidence, ne fait pas le poids dans cette nouvelle dynamique. Quel est le nom du malheureux éconduit?

Roméo

«Roméo, le blanc-bec du quartier. Juliette d’amour, qu’i m’avait surnommée.» Ça arrangera pas son cas!

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  • 13- À la toute fin d’une chanson de Lucien Francœur apparaît une allusion directe à un important philosophe de l’ère moderne. Il s’agit de:

Nietzsche

Dans BLUE JEANS SUR LA PLAGE, Francœur s’exclame, au beau milieu de tout et d’autres choses: LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! Il s’agit là (une seule fois, pas trois!) du titre d’un célèbre essai de Nietzsche, écrit en 1872.

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  • 14- Dans l’album-culte À QUI APPARTIENT L’BEAU TEMPS, Paul Piché coule le propos incisif de sa protest song dans le moule textuel et rythmique de la chanson folklorique BONHOMME, BONHOMME SAIS-TU JOUER. La chanson ainsi construite est alors réintitulée:

Réjean Pesant

«Je ne suis pas maître dans ma maison car vous y êtes…»

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  • 15- C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS, NARQUOIS COMME TOUS LES QUÉBÉCOIS… La chanson débutant sur ces vers est de:

Félix Leclerc

Il s’agissait fort probablement, à l’époque, d’un québécien, un citadin de la ville de Québec.

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  • 16- Campée avec brio et tendresse par Sylvain Lelièvre, cette jeune femme incarne le vague à l’âme de la génération qui avait la vingtaine au milieu des années 1970. Elle s’appelait:

Marie-Hélène

«C’est pas facile d’avoir vingt ans, c’est plus mêlant qu’avant.»

 

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  • 17- J’ME DIS ANDRÉ, LAISSE-TOÉ PAS NIAISER… cette ferme résolution en forme de refrain est l’œuvre d’un chanteur portant le nom coloré de:

Capitaine Nô

Suite du refrain: «KÉ-KIKÉ-KIKÉ-KIKÉ». Profond.

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  • 18- Qu’a fait LE GRAND SIX PIEDS à son «foreman» du chantier de coupe de bois, dans la célèbre ballade de Claude Gauthier?

Il lui a gossé la moustache à coups de hache

Il ne l’a pas raté de toutes façons!

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  • 19- Qui était Jean-Baptiste Beaufouette?

Un personnage d’une chanson de la Bolduc, doté d’une pilosité luxuriante

Qui s’étouffe avec son repas dans des circonstances dignes des Marx Brothers.

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  • 20- Yvon Deschamps en début de carrière était musicien. Il était:

Batteur

Et il s’est mis à faire des plaisanteries entre ses numéros musicaux…

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  • 21- Le nom Les B.B. est un acronyme de l’ancien nom du groupe. Ce nom d’origine était:

Les Beaux Blonds

Beaux, blonds mais devenus modestes avec le temps. D’où la pudeur acronymique possiblement.

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  • 22- Madame Mary Rose-Anne Travers, épouse Bolduc (1894-1941), surnommée, selon la tournure un peu abusive du temps, «La» Bolduc, était avant tout musicienne. Joueuse de guimbarde et d’harmonica, elle accompagne, à la fin des années 1920, dans une série de spectacles au Monument National, un de nos plus grands musiciens folkloriques. Le bien nommé:

Alfred Montmarquette

Un véritable surdoué musical.

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  • 23- Ils n’ont possiblement qu’un seul point en commun: celui d’avoir mis en musique, chacun sur son ton et dans son style, l’inévitable SOIR D’HIVER de Nelligan. Ce sont:

Claude Léveillé et Lucien Francœur

Ah comme la neige a inspiré!

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  • 24- Il jouait de l’harricana sur la rivière Harmonica…

Raôul Duguay

Le champion de l’inversion!

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  • 25- Sur la pochette de l’album-culte AMÈRE AMERICA, Luc de la Rochellière est photographié

Dans un restaurant

Un resto assez chic d’ailleurs.

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  • 26- L’inamovible baladin anglo-saxon Roger Whitaker a déjà enregistré avec une chanteuse québécoise. Il s’agit de:

Ginette Reno

Et c’était en français d’ailleurs.

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  • 27- Il a évoqué l’étroitesse et la rigidité des années 1950 en les qualifiant de «temps du Pape Pie XII».

Jean Pierre Ferland

«Moi je viens du boogie-woogie, du Pape Pie Douze, je suis un enfant de la guerre.»

 

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  • 28- Elle a écrit une chanson mordante sur les compulsions boulimiques comme compensation des troubles affectifs.

Angèle Arsenault

Avec son désormais célèbre MOI, J’MANGE

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  • 29- Qui était Jo Laframboise?

Le personnage d’un monologue de Raymond Lévesque

«Fak un jour, j’ai réalisé que j’m’appelais Joe Laframboise.» Le pauvre, ça lui a pas porté chance!

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  • 30- Elle a aligné la plus mélodique et inoubliable colonne de «Christ!» de toute l’histoire musicale du Québec, sur une version tardive du LINDBERG de Charlebois.

Louise Forestier

Déclenchée, chez cette choriste inspirée, par la CHRIST DE CHUTE EN PARACHUTE du couplet.

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  • 31- QUAND ON A DU FOIN, ÇA VA BEN. QUAND ON EN A PAS, ÇA VA PAS. À qui doit-on la formulation de cette vérité implacable.

Raymond Lévesque

L’histoire d’un petit proxénète miteux, qui s’en tire toujours par des combines, même lors de son service militaire.

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  • 32- Qui est le principal parolier de Laurence Jalbert?

Laurence Jalbert

Aidée parfois de Guy Rajotte.

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  • 33- Il a pâmé tout le Québec avec son langoureux et irrésistible MISERERE.

Bruno Pelletier

J’en pleure encore et c’était en 1997.

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  • 34- Son label d’éditions c’est les Éditions Édition, et son label de Production, c’est les Productions Production.

Plume Latraverse

Mais son prénom ce n’est pas Prénom, ni même Plume, mais Michel.

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  • 35- Sur l’album de musique de Noël de Jo-Anne Blouin, un des cantiques est amorcé, en semi-récitatif, par une très jeune chanteuse sur laquelle Blouin enchaîne en fondu. Il s’agit de:

Il est né le divin enfant

Avec mes meilleurs vœux!

.

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  • 36- Une seule des chansons de l’album-culte RENDEZ-VOUS DOUX du regretté Gerry Boulet porte un titre anglais. Il s’agit de:

Deadline

«Mon deadline à bout de bras qui déchire le ciel pour sa survie.»

.

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  • 37= Dans cette chanson de BEAU DOMMAGE, la jeune femme à laquelle l’interprète s’adresse incarne la classe bourgeoise, ses angoisses, ses condescendances, sa méconnaissance de la réalité sociale. Inévitablement, elle se nomme:

Marie-Chantal

L’interprète lui recommande de bien barrer sa porte, le soir.

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  • 38- Cette pétaradante chanteuse est nulle autre que la petite-fille de l’acteur qui incarna jadis TI-COQ.

Mitsou

Celle que Normand Brathwaite avait surnommé: la Madonna du Québec! Mitsou Gélinas, petite fille de Gratien Gélinas.

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  • 39- Groupe musical connu à peu près uniquement pour le phrasé lyrique suivant: COMME IL FAIT SOLEIL AUJOURD’HUI! COMME IL FAIT BEAU! COMME IL FAIT CHAUD! AUJOURD’HUI! AUJOURD’HUI!

Le Temps

Deux ou trois de leurs textes évoquent les conditions météo!

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  • 40- Un groupe de pures laines qui faisaient du blues.

Le Ville-Émard Blues Band

Une sonorité urbaine et racée, qui ne s’oublie pas.

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  • 41- Il a popularisé le PETIT PAPA NOËL de Tino Rossi au Québec.

Paolo Noël

Quand tu portes un nom pesamment prédestiné!

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  • 42- Maintenant qu’ELVIS est mort, on voudrait qu’il soit vivant. Or, du temps où ELVIS était vivant, cette chanteuse québécoise lui disait qu’il aurait dû mourir…

Diane Dufresne

«Tu vieillis mal, Elvis. T’aurais ptêt du mourir, comme Marilyn ou Janis. T’avais pas l’droit d’vieillir.» Hum… tu vieillis mal, chanson!

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  • 43- Spécialisé dans le vidéo-clip théâtral avant la lettre, ce trio féminin popularisa une chansonnette badine et coquine intitulée MONSIEUR DUPONT.

Les Miladies

Leurs numéros musicaux servaient d’intermèdes, les jours de semaine. Surtout l’été.

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  • 44- Quel est le nom du personnage à qui est posée, en chanson bien sûr, la question suivante sur son beau pays, la Gaspésie: C’EST-TU VRAI QUE PAR CHEZ VOUS, ON VOIT DES POÈTES PARTOUT, ET QUE ERNEST HEMMINGWAY SERAIT UN GARS DE CHEZ VOUS?

Monsieur Marcoux Labonté 

Dans une ballade inoubliable de Lawrence Lepage, MONSIEUR MARCOUX LABONTÉ.

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  • 45- Qui est le hockeyeur pour lequel l’interprète avait cherché à se faire passer cette année-là, dans la chanson 23 DÉCEMBRE?

Doug Harvey

En portant une tuque d’hockey, pendant toutes les vacances…

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  • 46- Ce brillant auteur-compositeur-interprète réalise un suicide ostensible et sanglant dans la série télévisée SCOOP.

Michel Rivard

Il s’ouvre les veines devant son amoureuse. Du vrai SCOOP, quoi!

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  • 47- Il a chanté le WE SHALL OVERCOME du Québec, intitulé, fort judicieusement, ON VA S’EN SORTIR.

Yvon Deschamps

Sur l’album incluant le célèbre monologue L’INTOLÉRANCE.

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  • 48- Un groupe québécois portant fièrement le nom d’une ville française.

Toulouse

Un trio vocal féminin, très tonique.

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  • 49- QUÉBÉCOIS, NOUS SOMMES QUÉBÉCOIS. LE QUÉBEC SAURA FAIRE S’IL NE SE LAISSE PAS FAIRE. Qui a dit ça?

Le groupe Révolution française

C’est leur seul hit connu, mais quel hit!

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  • 50- Et, dans le même ordre d’idée, qui tient à «faire de la Nouvelle-France, la terre promise de l’espérance»?

Robert Charlebois

Dans QUÉ-CAN BLUES.

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  • 51- Une superbe protest song, beaucoup plus sociale que nationale, malgré son titre: DRÔLE DE PAYS. On la doit à:

Sylvain Lelièvre

«Drôle de pays comme un grand jeu de Monopoly, sauf qu’on joue pas, on regarde les boss faire la partie.»

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  • 52- Ils co-animaient énergiquement l’immortelle émission yéyé culte du Québec, commanditée par 7up et Humpty Dumpty: JEUNESSE D’AUJOURD’HUI.

Pierre Lalonde et Joël Denis

L’émission fut éventuellement rebaptisée JEUNESSE, avant d’être engloutie dans le tube de Cleracil du temps…

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  • 53- À la Saint-Jean Baptiste de 1975, Gilles Vigneault va réaliser un exploit extrêmement difficile: implanter une coutume ethnoculturelle. Il va suggérer aux québécois (qui vont emboîter le pas avec enthousiasme) une nouvelle chanson d’anniversaire: GENS DU PAYS. Quel était le titre de ce spectacle de la Saint-Jean où cette coutume fut lancée?

Happy birthday

Il s’agissait de faire comprendre, par ce titre ironique, le caractère anglo-américain du souhait «Happy Birthday» et de sa traduction «Bonne fête».

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  • 54- Un groupe à la musique extrêmement songée, portant le nom distordu d’une texture de sol humecté.

Sloche

Une musique délicate, progressive, mystérieuse… trop vite oubliée.

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  • 55- On lui doit une chanson amicale et tendre rendant hommage au chanteur français Charles Trenet.

Plume Latraverse

«Salut Trenet! Vieille branche!»

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  • 56- On lui doit une chanson violemment xénophobe intitulée sans complexe L’OUVRAGE AUX CANADIENS.

La Bolduc

Elle exige des employeurs qu’ils n’embauchent que des canadiens, et déplore que Montréal soit remplie d’immigrés. Une vraie catastrophe, digne du Goglu et des Bérets Blancs.

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  • 57- Égal à lui-même, Lucien Francœur hurle à l’amour pour cette jeune femme en lui demandant: VEUX-TU ÊTRE MA BARBIE EN VIE? C’est nulle autre que:

Nancy Beaudoin

«Ma blonde steadé?» La réponse de Nancy ne nous est pas parvenue.

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  • 58- Dans la chanson LE CROQUE-MORT À COULISSE, Sylvain Lelièvre nous raconte l’histoire d’un tromboniste amateur qui, le soir, après son travail, allumait son système de son, y posait son disque favori, s’installait avec son instrument et PRENAIT DES CHORUS AVEC

Tommy Dorsey

Pas mon instrumentiste favori du lot mais bon, s’il s’agit de faire cuivres…

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  • 59- Le chanteur-imitateur Jean-Guy Moreau nous a laissé un album-culte intitulé:

Tabaslak!

Ta-paronymique en TA…

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  • 60- Dans son enfance, le jour de son anniversaire, Plume Latraverse dessinait au châssis d’en haut des petits cœurs de brume qu’il adressait à sa cousine, au souffle de bonbon, la bien nommée:

Marie-Lou

«Marie-Lou, c’est la cousine que je préférais. C’était mon cadeau intime, rubané de soie.»

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N’HÉSITEZ SURTOUT PAS
À ME SIGNALER VOS RÉSULTATS CHIFFRÉS,
DANS LES COMMENTAIRES

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Contrebasse

Posted by Ysengrimus sur 19 juin 2020


Puissants, feutrés,
Les phrasés
De contrebasse
S’entassent
Dans la cornu de ma psyché.

Ils s’y accumulent,
Travaux d’Hercule
À l’immense charpente boisée
Comme du mercure
Dans un organisme irisé.

Bombé, uni,
Le dégluti
De la contrebasse
Touille, brasse
Mon émotivité
Exacerbée.

Toi, le plus beau de tous les instruments du monde,
Tes sonorités rondes
Tes Mingus pas minus
Tes Blanton qui déconnent
Ta dense et lente voix
Vibrent, comme ça,
En la Scala
Du fond de moi…

La basse,
La contrebasse,
La basse basse
La contrebasse basse…
(ad lib)

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Cloches

Posted by Ysengrimus sur 21 avril 2020

J’ai retrouvé mes cloches
Et mon petit terroir
Mon ruisseau d’eau de roche
Ce scintillant miroir.

Au fond du paysage
De mon Québec profond
Les cloches lancent leur message
Lambeau de traditions.

Et même s’il ne persiste rien
Du quotidien mystique
De leur philosophie rustique
Il reste la musique…

Et il reste la joie
Que ces volées de cloches
Si lointaines et si proches
Font retentir en moi.

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Il y a cinquante ans: JESUS CHRIST SUPERSTAR

Posted by Ysengrimus sur 15 avril 2020

J’avais douze ans quand j’ai découvert cet opus absolument extraordinaire. On se retrouvait, quelques copains et moi, dans le grand bureau collectif de trois profs, au collège, et on démarrait un de ces magnifiques magnétophones à bobines d’autrefois, sur lequel Jesus Christ Superstar jouait alors, puissamment. Mais on ne disposait que du temps d’une récré pour en écouter un segment, si bien qu’on n’entendait que la magistrale ouverture instrumentale et une portion de la première pièce, chantée superbement par Murray Head jouant Judas (titre: Heaven on Their Minds). À la récré suivante, eh ben, personne n’avait eu la présence d’esprit de laisser le ruban en place sur les bobines du magnéto (ce qui aurait pourtant été très facile). Il avait été rembobiné, on ne sait trop par qui. Si bien qu’on se refaisait l’ouverture et la première pièce. Sempiternellement. Cela a finit que tous le mondes qui se tenait là, y compris les trois profs, achetèrent le disque pour finir par… finir par… en découvrir enfin la suite. Et quelle suite. J’ai écouté cet opus non pas des dizaines, mais des centaines de fois, dans ma belle jeunesse. J’en ai discuté amplement avec mon père Réal Laurendeau (1923-2015), homme crypto-pieux certes mais, ma foi (ou plutôt: sa foi!) philosophiquement ouvert, de l’ouverture saine et fraîche du charbonnier. C’est là un souvenir inoubliable et quelle magnifique réflexion transversale sur le christianisme. Car, non, nom de nom, non, Jesus Christ Superstar, mes bons amis, c’est pas de la petite pop-song post-yéyé pour se secouer les pieds à sandales. C’est un opus à thèse, rien de moins. Couillon et mal embouché de mal informé de pense-petit qui s’en dédit. Les sous-produits et différentes parodies apparus à l’époque, notamment dans le monde francophone, comme Jésus-Fric Supercrack (1972, pièce de théâtre de Alain Scoff intéressante elle aussi en soi, sous d’autres rapports) ou encore Jésus Christ est un hippie (1970, chansonnette du piteux suiveux de modes musicales Johnny Hallyday, sans intérêt, elle, par contre) ne doivent surtout pas faire illusion sur l’importance intellectuelle et la portée culturelle de l’opus de départ.

Le principe narratif retenu (qui sera d’ailleurs amplement repris lors du film Jesus Christ Superstar de 1973, un délicieux morceau de bravoure brechtienne truffé de mitrailleuses, de chars d’assaut, d’acteurs en autobus dans le désert palestinien, de casques de troupiers rutilants et de billets de banque sur des présentoirs de temple) consiste à installer un solide choc anachronique, tant langagier que conceptuel, entre la sensibilité moderne (ou intemporelle) et l’héritage narratif étroit du corpus chrétien. Paradoxale, la situation est la suivante. Un des membres de la bande à Jésus, Judas Iscariote, va fatalement devoir se couler et se discréditer de toute éternité, pour le trahir et lui permettre ainsi de vivre son drame préprogrammé d’agneau pascal de toc. Corollairement, un constable, obtus mais pas spécialement perfide, Ponce Pilate, préfet romain de Judée, va devoir passablement distordre les lois locales pour permettre au petit prophète hystéro d’assouvir sa grande autodestruction aussi déterminante qu’insondablement incompréhensible. Qu’est-ce que c’est que ce carnaval? À quoi ça rime? Dans un monde où l’on veut vibrer et vivre et où on souhaite que les récits se tiennent minimalement, la sensibilité moderne ne décode pas (ou plus) la signification transcendante que peut revêtir ce genre de suicide orchestré en quadraphonie, censé fonder la redéfinition contractuelle entre les humains et le dieu du monothéisme. Je vous demande un peu. Et l’opus, ici, le dit ouvertement, qu’on ne pige plus du tout ce qui se passe dans cette histoire christique. De fait, même Jésus lui-même en perd partiellement le sens et il s’en insurge ouvertement (notamment dans la sublime chanson Gethsemane — I only want to say).

Loi du genre oblige, on est ici dans du frais, du vif, du sharp, et du cool. Il s’agit donc de ne plus rien postuler mécaniquement ou prendre pour acquis cultuellement et de bel et bien questionner cette affaire Jésus dans l’angle de vue mordant et décapant de la jeunesse ardente de 1970. On va donc, pour ce faire, solidement cheviller la caméra sur l’épaule de ce Judas (qui en gagnera significativement en densité et en ampleur tragique) et aussi sur l’épaule de Marie de Magdala, cette femme de vie qui comprend Jésus mieux que quiconque et dont il fut dit qu’on la mentionnerait toujours quand on raconterait les affaires chambranlantes du petit martyr galiléen (cela apportera ici une force féminine sans pareil au tout de la quête en cours). L’opus combine donc une adaptation modernisée de séquences reçues évangéliquement (Pilate’s dream, The Temple, Gethsemane, The Arrest, Peter’s denial. Judas’ Death etc) avec des séquences —absolument cruciales dans la réflexion avancée— campant et formulant la réflexion de la modernité, contemplative ou cynique, à travers des personnages marginaux dans la tradition évangélique de souche, mais devenus pivots ici (Heaven on Their Minds, What’s The Buzz, I don’t Know How to Love Him, King Herod’s Song etc). Allons, allons, regardons l’affaire par le menu (je suis ici, pas à pas, la scénarisation de la version originale de l’opéra rock de 1970).

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Overture – orchestre.    Présentation, en instrumental orchestral, des principaux phrasés thématiques de l’œuvre, selon la procédure habituelle des opéras classiques. Nous sommes ici dans le rythme et l’instrumentation d’un opéra rock. La musique est d’Andrew Lloyd Webber. Le texte et le scénario sont de Tim Rice.

Heaven on Their Minds – Judas.   Judas Iscariote est un personnage absolument crucial dans le tout de la présente réflexion. Il incarne la vision matérialiste, sociale et militante du monde. Dans cette pièce introductive très importante, Judas (Murray Head) reproche à Jésus (Ian Gillan) la dimension mystique et fétichiste que commence insidieusement à prendre leur mouvement (I remember when this whole thing began. No talk of God, then. We called you a man). Judas n’aime pas ce qu’il constate. Il trouve la foule trop agitée et de plus en plus incontrôlable. Il considère que Jésus les a trop fait rêver, leur a mis trop de paradis dans la tête (Heaven on Their Minds) et Judas juge que les masses vont l’écharper, lui, le petit prophète, quand elles vont finir par se rendre compte que c’est du pipeau, tout ça. En plus, on est occupés par les Romains. Ils peuvent nous tomber sur le dos n’importe quand, si on agite trop la populace. En un mot, Jésus est en train de perdre le contrôle des foules qu’il a entraîné dans son sillage et Judas s’en afflige très explicitement. Le feu est pris. Ils croient maintenant à tes niaiseries et s’imaginent que tu es le messie!

What’s the Buzz? / Strange Thing Mystifying – les apôtres, Jésus, Marie de Magdala, Judas, les femmes des apôtres.   Un peu déroutés par la tournure des événements qui se précipitent au moment de l’approche vers Jérusalem, les apôtres, se demandent qu’est-ce qui se passe exactement (What’s the Buzz?). Ils se demandent aussi quand est-ce qu’ils vont attaquer Jérusalem. Jésus leur dit de cesser de ne penser qu’à la bagarre et de prendre les choses comme elles viennent. Du reste, il n’a pas de prédictions à leur faire, ni de préparatifs à leur proposer, ni de comptes à leur rendre. Point final. Marie de Magdala (Yvonne Elliman), qui observe que Jésus pompe comme un bon et semble presque en panique, propose de lui rafraîchir le visage. Jésus est soulagé par cette intervention sensorielle de la Magdaléenne dont il dit qu’elle est la seule personne à lui avoir apporté le bien-être qui lui manquait au moment présent. Judas ne voit là que la continuation de ce comportement bizarre et mystificateur (Strange Thing Mystifying) en cours de mise en place et qui pousse de plus en plus les disciples à fétichiser la personne physique de Jésus, au détriment de sa pensée, de ses actions et de sa parole. Judas déplore, en plus, que Jésus se tienne avec des femmes comme Marie de Magdala qu’il juge nuisible pour l’image de marque du mouvement. Jésus lui répond de ne lancer la pierre que si sa propre ardoise est propre. Furax, il traite ensuite tous ses disciples de connards, de bouchés et d’ignares et il leur dit que personne ne comprend ce qui se passe vraiment, ici, en ce moment même. Les disciples le prennent très mal.

Everything’s Alright – Marie de Magdala, les femmes des apôtres, Judas, Jésus.   Marie de Magdala et les femmes des apôtres disent à Jésus, en chantant tout doucement en chœur, de se calmer le pompon, de se détendre, de se relaxer, que tout va aller très bien et que ses disciples vont parfaitement pouvoir se démerder sans lui, s’ils se forcent le beigne un petit peu pour s’extirper de toute cette incompréhension qui, incontestablement, est un thème passablement lancinant, dans le coin. Dans une dynamique qui annonce déjà discrètement l’embaumement, elles l’enduisent de myrrhe et de parfums. Judas déplore que tant de pognon ait été dépensé pour tous ces produits de luxe. Sans duplicité aucune mais sans aménité non plus, il juge que tout cela aurait du être distribué aux pauvres. Jésus lui réplique que des pauvres, il y en aura toujours, que leur petit mouvement n’a tout simplement pas les ressources pour éradiquer la pauvreté et que lui, lui Jésus, ne sera pas toujours là, qu’ils vont le perdre un jour et qu’ils s’en mordront bien les pouces, le jour fatal venu. La tension entre un Judas matérialiste, prosaïque et militant et un Jésus mystique, messianique, auto-fétichisé, et campé dans l’intemporel se perpétue ici, tandis que Marie de Magdala et les femmes des apôtres continuent leur lyrique et harmonieux appel au calme (Close your eyes, close your eyes and relax).

This Jesus Must Die – Anân, Caïphe, les prêtres, la foule.   Réunion du Sanhédrin. Les grands prêtres Caïphe et Anân discutent le cas Jésus avec les autres prêtres, tandis que la foule au dehors scande Hosanna Superstar! Le problème est limpide. Ce Jésus de Nazareth est au sommet de sa popularité, il est à Jérusalem pour lever des appuis, et on envisage que la foule, pour laquelle le mépris du Sanhédrin est tangible, le couronne tout simplement roi. À ce moment là, son mouvement prendrait une coloration dangereusement politique (He’s dangerous). La suite se prévoit alors ainsi: les Romains rentrent dans le tas et le Sanhédrin risque fortement de se trouver balayé comme fétu, dans le torrent répressif qui s’ensuivrait (Our elimination because of one man). Il ne faut tout simplement pas que ça se joue comme ça. Il faut trouver une solution permanente et définitive à ce fichu problème de Jesusmania. Pour éviter ce scénario catastrophe, donc, Caïphe (Victor Brox) conclut que, comme Jean le Baptiste avant lui, ce Jésus, ce Carpenter King, doit mourir. Sauf que le Sanhédrin ne dispose pas du droit de mise à mort (seul l’occupant romain détient ce droit).

Hosanna – les apôtres, Caïphe, Jésus, la foule.   C’est donc le dimanche des rameaux. L’euphorie christique se poursuit. Jésus entre glorieusement dans Jérusalem sur le dos d’un petit âne et la foule scande Hosanna! («Sauve donc!»). Elle demande aussi à Jésus s’il est prêt à lui sourire et même… à mourir pour elle. Caïphe interpelle frontalement Jésus, l’intimant de faire taire cette meute sacrilège dont les débordements risquent de virer à l’émeute. Jésus lui répond que si toutes les langues se figeaient dans toutes les bouches, ce seraient les roches et les caillasses du sol et des chemins qui se mettraient à scander Hosanna! Et Jésus de chanter avec la foule.

Simon Zealot / Poor Jerusalem – Simon le Zélote, Jésus, la foule.   Sous les acclamations de la foule en liesse, c’est la rencontre entre Jésus et Simon le Zélote. Simon (John Gustafson) affirme que Jésus dispose de l’appui de cinquante mille personnes. On l’aime, on lui sourit, on lui envoie la main. On croit en lui et en Dieu. Il suffirait simplement de maintenir l’intensité de cette dévotion, tout en y ajoutant une petite touche de haine envers Rome et tout le monde serait en marche vers la libération de ce pays. Ce serait rien de moins que le pouvoir et la gloire. Or Jésus en a strictement rien à foutre de convertir l’effet de masse qu’il suscite en mouvement politique. Il fait valoir que personne ici ne comprend exactement ce que sont le vrai pouvoir et la vraie gloire. C’est ensuite la lamentation de Jésus sur Jérusalem (Poor Jerusalem) dont il dit qu’elle est proprement foutue, qu’elle va conquérir sa propre mort, sans moins sans plus. Il est clair que Jésus se place ici à un haut niveau de mysticisme intemporel qui l’amène à considérer comme non avenu, vétillard, neuneu et insignifiant tout ce qui procède de la conjoncture politique ou socio-historique locale. Simon le Zélote apparaît, pour sa part, comme une version politique et belliciste du promoteur des thèses matérialistes déjà avancée par Judas dans Heaven on Their Mind. Le Zélote représente une autre voix de cette jeunesse interrogeant le mystère Jésus. C’est quoi? C’est un mouvement de libération politique? Ben non… Même pas…

Pilate’s Dream – Pilate.   Ponce Pilate, le préfet romain de Judée, entre alors ici en scène, par la petite porte. Il ne comprend strictement rien à tout ce tintouin religieux des populations locales qu’il doit garder en contrôle et qui, subitement, s’agitent. Et, cette nuit là, en plus, il a fait un rêve étrange. Et Pilate (Barry Dennen) nous le raconte, sur un magnifique petit air de guitare sèche, ce rêve un peu inquiétant qu’il a fait, la veille. Il a rêvé à une sorte de galiléen halluciné qu’il rencontrait dans des circonstances brumeuses. Il lui demandait de lui expliquer ce qui se tramait, sans obtenir de réponse. Des gens en colère semblaient ensuite en vouloir à mort à ce gars et lui tombaient dessus à bras raccourci. Puis ensuite, Pilate voyait, toujours en rêve, des millions de gens qui pleuraient pour ce gars et qui jetaient le blâme de son sort universel cuisant et malheureux sur lui, Ponce Pilate. On introduit ici, en Pilate, l’impartialité un peu carrée du policier en service, qui cherchera à clarifier les choses mais qui restera contraint par des obligations politiques abstraites et répressives qui nuiront grandement à son traitement impartial du dilemme christique. Pilate est un autoritaire imprécis, que devra faire la part du feu et ne sera pas vraiment à la hauteur de la complexité du topo en cours de déploiement. Sa compréhension des événements à venir sera aussi lacunaire que l’est son fugitif souvenir onirique du moment.

The Temple – les vendeurs du temple, Jésus, les infirmes et les indigents.   Nous voici dans le temple de Jérusalem. Des commerçants y fourguent leurs merdes, sur un thème musical spécifique. Jésus les chasse du temple (My temple should be a house of prayer. But you have made it a den of thieves). Là, il hurle. Il est ensuite submergé par des infirmes et des indigents qui, sur le même thème musical, lui demandent des miracles, de l’amour, des guérisons, des solutions, du pognon. Jésus, un peu niqué, marmonne que son temps achève et qu’il a trimé pour trois ans mais que cela lui en a paru trente. Submergé, il finit par dire aux infirmes et aux indigents de se soigner eux-mêmes. Il ne va pas bien du tout, le petit prophète. Surmené, il est. Noter qu’on ne le voit pas faire le moindre miracle. Les miracles dans cet opus, c’est l’arlésienne. On en parle en masse mais on ne les voit jamais.

Everything’s Alright (reprise) – Marie de Magdala, Jésus.   Marie de Magdala intime donc, voluptueusement derechef, Jésus de se calmer. Celui-ci assume mieux qu’il doit décompresser, que tout ce beau monde finira bien, un jour ou l’autre, par se démerder sans lui, d’une façon ou d’une autre. Il s’endort. Il n’entendra pas la pièce suivante. C’est aussi bien, probablement…

I Don’t Know How to Love Him – Marie de Magdala, Jésus (silencieux).   Ceci est le temps fort de la quête spirituelle et émotionnelle de Marie de Magdala. Elle ne sait pas comment aimer Jésus (I Don’t Know How to Love Him). Doit-elle l’aimer comme un amant qu’on prend, ou comme un dieu qu’on révère? Elle nous formule explicitement l’ampleur de son trouble. Elle, si maîtresse d’elle-même habituellement, dans toutes les situations, elle, qui a eu tant d’amants auparavant, elle perd ses moyens devant cet homme insondablement étrange. Elle le désire charnellement, certes (He is just a man), mais elle l’aime aussi dans l’abstrait, le spirituel. La rencontre entre ces deux tensions est cuisante, douloureusement problématique, pour elle. Jésus la déroute, la trouble, la terrifie. Cette pièce installe la figure de Marie de Magdala comme point central d’intersection entre un Judas matérialiste et terrestre et un Jésus spiritualiste et autoporteur. Cette femme, exaltée mais lucide, fonde et articule une synthèse de compréhension de la crise christique. Mais cette synthèse est difficile, lancinante, impossible peut-être. Le drame de Marie de Magdala, est incontestablement donné ici comme formulant rien de moins que le paradoxe amoureux du chrétien moderne. Mais, enfin, qu’est-ce qui se passe? (What’s it all about?) Cette pièce musicale magnifique eut un solide succès sur les palmarès anglo-saxon, en 1970-1971.

Damned for All Time / Blood Money – Judas, Anân, Caïphe, le chœur intemporel.    Judas rencontre maintenant les grands prêtres Caïphe et Anân, aux fins de la trahison. Judas est incroyablement réfractaire, enragé, hystérique. Il fait tout ça du reculons, par peur des débordements de foules, sans joie, sans perversité. Mais le fait est que les prêtres et lui se rejoignent en cela justement: la peur des masses, le souhait de tenir en sujétion la pulsion populaire. Judas se justifie sans fin. Il sait que Jésus est parfaitement conscient de ce que lui, Judas, est en train de faire et, surtout, Judas comprend qu’il se damne pour l’éternité, en ce moment même (Damned for All Time). Il exprime son intense horripilation face au prix du sang (Blood Money). Les deux prêtres le rassurent au mieux mais ils ne se gênent pas pour le bousculer un peu aussi, lui faisant valoir qu’il pourra faire la charité avec tout ce pognon qu’il va toucher pour la trahison. Judas finit par cracher le morceau. Il signale le lieu et le jour où Jésus sera capturable, isolé, sans la foule pour le protéger. Le chœur intemporel, qui chantera au moment de sa mort (la mort de Judas), le remercie alors ostensiblement, langoureusement, pour son beau geste.

The Last Supper – les apôtres, Jésus, Judas.    Les apôtres, au domaine de Gethsémani, veulent maintenant se reposer. L’ambiance est au bilan. Ils envisagent de prendre leur retraite et d’écrire les évangiles. C’est la Cène. Jésus, un peu las lui aussi, instaure la métaphore eucharistique du pain et du vin (This is my blood you drink, this is my body you eat). Puis subitement, Jésus s’énerve. Il enguirlande ses sbires. Je suis bien fou de croire que vous vous souviendrez de moi. Un de vous va ma renier, un de vous va me trahir… C’est alors la prise de bec avec Judas. L’échange, violent, intense, est finement construit, pour établir une ambivalence sur les motivations des deux figures. Est-ce que Jésus dénonce ou ordonne la trahison de Judas? Le texte est volontairement incertain. Les deux interprétations sont possibles. Mais, en tout cas, l’engueulade est vive. Judas exprime tout son dépit amer et son ressentiment déçu (To think I admired you. For now, I despise you). Jésus n’est pas en reste (You liar, you Judas). Judas envisage de ne pas aller le trahir, juste pour bien le faire chier et lui foutre en l’air ses belles ambitions fatalistes. Mais Jésus insiste fortement pour qu’il y aille. Oh, oh, il ne faut surtout pas se mettre à mollir dans les déterminismes de la quête. Judas finit par partir, après le grand déballage (You sad pathetic man. Our ideal died around us, just because of you) et l’expression consternée de son incompréhension (Everytime I look at you I don’t understand). Les apôtres s’endorment après le repas et Jésus déplore que personne ne veille avec lui. Le voici fin seul, devant la terreur mortuaire qui implacablement s’approche.

Gethsemane (I Only Want to Say) – Jésus.   Ici se formule le désarroi suprême de Jésus, qui est aussi le grand questionnement interloqué du chrétien moderne. Jésus demande à Dieu, si possible, de lui éviter le supplice fatal (I only want to say: if there is a way, take this cup away from me). Cet épisode est évangélique au départ. La légende chrétienne raconte même que Jésus aurait sué du sang en suppliant Dieu de l’épargner, lors d’une prière solitaire au domaine de Gethsémani. Mais ici on surinvestit la supplique d’un questionnement tout moderne. La notion d’agneau pascal est esquivée, édulcorée, sa signification est oubliée, il y a perte de ces repères judaïques surannés. Conséquemment, la quête de l’autodestruction christique apparaît comme une absurdité franchement incompréhensible (If I die, what will be my reward?). Si bien que même Jésus ne pige pas exactement pourquoi il faut qu’il meure supplicié, au bout de sa quête (Why should I die?). Et, porte-voix objectif du jeune chrétien en cours de déréliction, il ne se prive pas pour bien questionner Dieu (qui reste insondablement muet) sur cette affaire du supplice ultime. Il semble que Dieu soit plus branché sur préciser comment Jésus doit mourir plutôt que sur pourquoi (You’r far too keen on where and how but not so hot on why). Jésus finit par dire qu’il va bel et bien se laisser massacrer, si Dieu y tient tant que ça. Mais il est très ferme sur le fait qu ça le contrarie au plus haut point et qu’il vaut mieux que ça se fasse assez vite vu que, l’un dans l’autre, il est à deux doigts de changer d’idée sur le tout du zinzin et que, bon, pour tout dire, y en a marre.

The Arrest – Judas, Jésus, Pierre, les apôtres, les soudards du Sanhédrin, Anân, Caïphe.   C’est l’arrestation de Jésus, le baiser de Judas et ce qui s’ensuit (Judas must you betray me with a kiss?). Les apôtres veulent se battre pour défendre Jésus mais celui-ci leur dit de cesser de toujours songer à la bagarre, de dégager, et, bon, de se remettre à la pêche, une bonne fois (Stick to fishing from now on). Les soudards du Sanhédrin et la foule narguent Jésus. On ridiculise son apathie, son manque d’initiative, ses erreurs d’anticipation, son inaptitude à se défendre et à gagner à la fin. Il semble avoir tout perdu, soudain, de sa superbe et de sa faconde. De le voir ainsi impuissant, pantelant et démuni, la foule, déçue, change de bord. Ce que Judas appréhendait prend corps… mais on dirait que ça aussi, ça fait partie du plan christique. On emporte Jésus chez Caïphe. Caïphe lui demande s’il est le fils de Dieu. L’autre répond: c’est toi qui le dis. L’ambiguïté de la réponse suffit amplement aux accusateurs (There you have it, gentlemen. What more evidence do we need?). On le traîne donc chez Ponce Pilate.

Peter’s Denial – Une femme, Pierre, un soldat, un vieillard, Marie de Magdala.   Pierre nie connaître Jésus devant une femme, puis devant un soldat, puis devant un vieillard. Marie de Magdala observe la scène et se demande dubitativement comment Jésus a bien pu faire pour prédire ce petit fait furtif, infime, presque incongru (It’s what he told us you would do. I wonder how he knew…). De fait, il est très important de noter que ceci est une des seules manifestations tangibles du surnaturel christique dans tout l’opus. Rappelons, en effet, que toutes les scènes évangéliques de miracles, de guérisons, de divinations, et de résurrections ont été soigneusement excisées de l’opéra rock. Matérialisme du traitement dramatique oblige. Et ceci fait donc acquérir à la prédiction par Jésus du reniement de Pierre un saisissant relief de mystère.

Pilate and Christ – Pilate, un garde romain, Jésus, la foule.   Jésus comparait maintenant devant Pilate (Barry Dennen). Ce dernier, lui aussi, tout juste comme le chrétien moderne, comme nous tous, est parfaitement interloqué par cette histoire du plus haut bizarre. Qu’est ce qu’a pu glandouiller cet infortuné pour qu’on veuille tant lui faire la peau ainsi. C’est vraiment pas limpide. Pour bien forcer la main de Pilate au sujet de Jésus, on le lui présente comme étant Un certain Christ, roi des Juifs. Pilate le trouve petit, petit, petit, pour un roi de Juifs. Il lui demande s’il est effectivement roi des Juifs. L’autre lui sert son désormais classique c’est toi qui le dis. Mais Pilate ne mord pas et il considère que le suspect n’a rien avoué (What do you mean by that? That is not an answer!). Et de toute façon, la barbe. Ponce Pilate est préfet de Judée. Or, ce gars est un galiléen. C’est donc au roitelet de Galilée de régler cette histoire (You’r Herod’s race, you’r Herod’s case). Sous les Hosanna et les You had everything, where is it now? Pilate ne fait ni une ni deux et il envoie Jésus comparaître devant Hérode, tétrarque (peti roi sous protectorat romain) de Galilée.

King Herod’s Song (Try It and See) – Hérode, sa cours et ses danseurs, Jésus (silencieux).   Hérode Antipas va prendre l’affaire très à la légère, pour tout dire: sur le ton du charleston, en dansant et en chantant, justement, le charleston. Il considère Jésus comme une bête curieuse, un animal de cirque, un bateleur adroit, un prestidigitateur distrayant. Il lui demande donc des miracles en pagaille (Prove to me that you’r no fool. Walk across my swiming pool). Comme Jésus ne fait strictement rien, vite, Hérode (Mike d’Abo) se vexe (Hey, are’nt you scared of me, Christ, Mister Wonderful Christ?) et il renvoie Jésus, sans autre forme de procès, dans les pattes de Pilate. Hérode amplifie ici deux apories déjà avancées dans l’opus, en mettant en relief leur dimension pathétique. On a d’abord l’aporie de l’incompréhension interloquée devant l’absurdité de la quête christique. L’incompréhension déjà exprimée par Judas, par Pilate, par Simon le Zélote (et même par Jésus lui-même, dans la pièce Gethsemane) touche ici à la bouffonnerie grotesque. C’est l’indifférence par l’absurde. On ne comprend pas ce qu’il fout exactement, ce Superstar, mais, pour le coup, il fait des miracles et ça, au moins, c’est marrant… à tout le moins s’il s’exécute. La seconde aporie avancée par Hérode, c’est celle de l’impuissance et de l’incompétence des pouvoirs politiques (déterminés et contrôlés par un empereur abstrait, distant, qu’on ne voit jamais, transposition terrienne du dieu monothéiste même). Hérode, roitelet impuissant sous protectorat impérial, fait écho à Pilate, préfet vétillard et temporisateur, qui tremble en fait devant son César, comme il le prouvera très bientôt. Tous ces personnages politiciens sont des marionnettes tragi-comiques sur le tréteau de la fatalité inexorable de l’autodestruction christique qui, elle, est tout sauf politicienne, ou même politique.

Judas’ Death – Judas, Anân, Caïphe, le chœur intemporel.   Judas Iscariote retourne une dernière fois se lamenter chez Caïphe et Anân. Judas souffre atrocement de voir son alter ego Jésus souffrir aussi, depuis l’arrestation. Les deux prêtres le rabrouent plus sèchement et lui disent de cesser de se faire du mouron, que tout s’est passé rondement avec la populace (The mob turned against him. You backed the right horse) et qu’il a fait un bon petit profit dans toute cette affaire. Mais Judas est miné. Il est frappé de mort. Il ne se relèvera pas de cette immense culpabilité historique, implacablement destructrice (I should be dragged through the slime and the mud). Éploré, fou de Jésus, il reprend même brièvement  le thème du I don’t know how to love him de Marie de Magdala (Réal Laurendeau avait un peu sursauté, à l’époque, d’entendre le susdit thème amoureux et passionnel de Marie de Magdala repris par un homme). Judas parle, en fait, à Dieu, dans la douleur de son implacable agonie, lui reprochant amèrement d’avoir fait de lui un… Judas (Why did you choose me for your crime, for your fool bloody crime?). Le chœur intemporel chante graduellement et langoureusement au revoir à Judas, perte collatérale inexpliquée et révoltante de l’insondable autodestruction christique. On ne sait pas exactement de quoi Judas meurt. Il semble fondre, se dissoudre, s’aplatir, comme écrabouillé par le chant, dense et puissant, du chœur intemporel lui récitant ses adieux. De discrets effets de musique atonale annoncent ceux qui s’intensifieront au moment de la mort de Jésus.

Trial Before Pilate (including the Thirty-Nine Lashes) – Pilate, Caïphe, Anân, Jésus, la foule.   Ponce Pilate se retrouve avec Jésus comparaissant devant lui derechef. Caïphe réclame sa crucifixion (un supplice romain) qu’il ne peut faire exécuter lui-même (We have no law to put a man to death). Tentative perturbée de débat philosophique entre Pilate et Jésus car l’attitude évasive du premier et la pression bruyante de la foule réduit la marge de discussion dont disposerait Pilate. Quand la foule exige, elle aussi, la crucifixion et que Pilate leur demande pourquoi ils veulent crucifier leur roi, la foule répond qu’elle n’a que César comme roi. Devant la pression de ces vautours (selon le mot de Pilate même), et malgré le fait criant, reconnu explicitement par Pilate, que ce prévenu —indubitablement dérangé mentalement— est inoffensif et n’a absolument rien fait de mal, Pilate fait fouetter Jésus. Ce sont les Thirty-Nine Lashes, pièce musicale enlevante et astucieuse où les coups de fouets sont assurés par une cymbale légèrement étranglée. L’interrogatoire fébrile se poursuit ensuite, dans l’incompréhension intégrale. D’où est-ce que tu sors, Jésus? Qu’est-ce que tu veux, Jésus? Pilate demande en ces termes à Jésus de s’expliquer mieux, attendu que lui, Pilate, a maintenant sa vie entre ses mains. Jésus lui dit qu’il n’a absolument rien entre ses mains (You have nothing in your hands. Any power you have comes to you from far beyond. Everything is fixed and you can’t change it). La foule brandit devant Pilate la peur de César. (Remember Cesar. You’ll be demoted, you’ll be deported. Crucify him!). De guerre lasse, Pilate concède cette condamnation à mort, que tout le monde semble si ardemment réclamer, Jésus le premier (Don’t let me stop your great self-destruction. Die, if you want to, you misguided martyr. I wash my hands of your demolition. Die if you want to, you innocent puppet). Éclate alors le magistral thème orchestral de Superstar.

Superstar – Judas, le chœur intemporel, Jésus (silencieux).   Ceci est l’hymne par excellence du chrétien moderne dérouté, déconnecté, interloqué. Un Judas intemporel revient dire à un Jésus intemporel que, mon gars, ton zinzin on y comprend strictement fichtre rien. Pourquoi avoir tout laissé déraper ainsi? Pourquoi avoir choisi une époque si reculée pour diffuser ton message? Quel est le statut de Bouddha et de Mahomet dans ton zinzin? Sont-ils aussi fortiches que toi, au sommet du monde? En un mot, Jésus, qui es-tu et qu’est-ce que tu as foutu, de te faire supplicier ainsi? (Jesus Christ, Jesus Christ, who are you? What have you sacrificed?). Tout ceci est incompréhensible, insoluble, ubuesque. Ça a ni queue ni tête. Comme Dieu envers Jésus, dans la pièce Gethsemane, Jésus ici, reste muet devant les questions de Judas, en rafale. Il ne répond pas aux interrogations modernes du gars ordinaire qui voudrait juste comprendre (I only want to know!). On en reste là, avec ces questions universelles que nous pose avec constance le problème chrétien (Réal Laurendeau dixit — sa problématique, pas la mienne). On a surtout, dans cette chanson titre (qui fit, elle aussi, les palmarès en son temps), l’expression fondamentale et radicale de ce que cet opéra rock exprime. Une immense contrariété interloquée face au sort cruel, biscornu, turlupiné et inutile de figures d’autre part attachantes pour leur sincérité, leur générosité, et leur ardeur. Judas détruit, Jésus détruit, Marie de Magdala abandonnée, Pilate destitué, Hérode et Simon le Zélote ignorés, Caïphe et Anân discrédités, oubliés. Qu’est-ce que c’est que ce scénario de tragédie-mystère à la manque? À quoi ça rime? On n’y comprend rien. En plus, ce n’est pas du tout ce qu’on nous a raconté dans nos traditions respectives… Et surtout, pour reprendre le mot de Marie de Magdala: What’s it all about?

The Crucifixion – Jésus, le chœur intemporel, orchestre.   Sur une musique arythmique, lancinante et atonale impliquant des chœurs et des bruitages, Jésus est cloué sur la croix. Il y vit son agonie. Il crie sa soif et il affirme ne plus se souvenir de qui est sa mère. Il pardonne à ses tourmenteurs et, finalement, il remet son esprit à Dieu. À ce moment exact, la musique coupe abruptement, nous faisant sentir qu’elle sonorisait en fait le tourment intérieur de son agonie.

John, Nineteen: Forty-One – orchestre.   L’orchestre reprend doucement, sans parole, le thème de la pièce Gethsemane. Le titre de cette pièce-ci est une invitation à prendre connaissance du chapitre dix-neuf, verset quarante et un de l’Évangile selon Saint Jean qui se lit comme suit: Or, au lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne n’avait encore été mis. C’est là, à cause de la Préparation des Juifs, qu’ils déposèrent Jésus, parce que le sépulcre était proche (il s’agit en fait des versets 41 et 42). Il n’est fait aucunement référence, dans l’opus, à tout événement ultérieur à celui de cette mise au tombeau. Conséquemment, le seul élément illusoire expliquant et justifiant ex post Jésus dans sa quête autodestructrice (la résurrection comme ultime acte miraculeux et thaumaturgique) est ainsi soigneusement excisé du propos. C’est là évidemment une des composantes majeures de l’argumentaire critique de tout l’opus.

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Voilà. L’opéra rock Jésus Christ Superstar fut pour moi une occasion magnifique et profondément satisfaisante et touchante de dire un au revoir définitif et magistral, ferme mais respectueux (un adieu, si vous me passez le mot) aux croyances religieuses nunuches et dogmatisées qu’on avait tant cherché à me faire bouffer dans ma petite enfance. Cette œuvre de 1970 marque d’ailleurs, pour les nord-américains et les nord-américaines de ma génération, une sorte de bilan culturel et philosophique conclusif, à propos du christianisme. Elle synthétise et problématise les questionnements non résolus (parce qu’insolubles, tronqués, foutus, effrités, lézardés, désormais inopérants) que posait la bringuebalante tradition chrétienne à nos jeunes sensibilités frondeuses de la fin des Trente Glorieuses. Devenu jeune adulte, circa 1977-1978, quand j’étais étudiant de théâtre, il y avait Martine Verget (non fictif) qui, chaque fois qu’elle me rencontrait en coulisse ou en régie, m’interpellait d’un cristallin et tonique I think I’v seen you somewhere. I remember. You were with that man, they took away… Nous nous lancions alors dans un petit Peter’s Denial (le reniement de Pierre) impromptu et acapella, bien à nous. Je faisais les voix masculines (le soldat, le vieillard, Pierre) et Martine campait, magnifiquement, les voix féminines (la femme qui ouvre la courte séquence de dialogues et Marie de Magdala, qui la conclut). Ce beau souvenir spontané, datant du temps de mon fugitif mais intense accompagnement de jeunesse des artistes de la scène, confirme, si nécessaire, que, oui, nous étions bel et bien la génération Jésus Christ Superstar. Cet opus permet encore aujourd’hui de conceptualiser (et de tendrement mettre sous globe, pour fins muséologiques) la phase de déréliction chrétienne telle qu’elle se formulait, intellectuellement et artistiquement, dans la culture de masse, il y a un demi-siècle, en terre américaine.

Quoi? Un demi-siècle déjà? Mais moi, je m’en tape. Dans ma tête, j’ai toujours douze ans et j’écoute Jésus Christ Superstar dans mon sous-sol perdu d’autrefois. Et Jésus, Judas et Marie de Magdala virevoltent interminablement, en moi, pour faire triompher et exulter l’inexorable effilochement de leur imperturbable mystère.

Nazareth, your famous son
Should have stayed a great unknown
Like his father carving wood
He’d have made good.
Tables, chairs, and oaken chests
Would have suited Jesus best.
He’d have caused nobody harm,
No one alarm.

(Judas, dans Heaven on Their Mind)

Marie de Magdala (Yvonne Elliman) et Jésus (joué, dans le film, par Ted Neeley), dans JESUS CHRIST SUPERSTAR, le film (1973)

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Clavecin

Posted by Ysengrimus sur 21 février 2020

Clavecin, tu égraines
Les notes: les chagrines,
Les jolies, les vilaines,
Les jardins, les ravines.

Clavecin, tu maries
La finesse de Mozart
Et l’embrouillamini
De la Vienne des Beaux Arts.

Je t’aime, Clavecin
Tu n’es pas un piano.
Tu es bien moins malin
Mais tu es aussi beau.

Il est gai, il est triste
Le phrasé cristallin
Gentil claveciniste
Que tu tires du clavecin.

On parle Volapük
On marche en escarpins
On porte une perruque
On touche le clavecin…

Et les révolutions
S’approchent doucement, au portillon…

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Il y a quatre-vingts ans PIANO SOLO de Art Tatum

Posted by Ysengrimus sur 1 janvier 2020

art_tatum

Art Tatum (1909-1956) est un pianiste irréel de vélocité et de virtuosité. Un incroyable titan. Enfant de classe ouvrière de la ville industrielle de Toledo (Ohio), il a des cataractes qui le rendent aveugle d’un œil et limite sa vision de l’autre. On le place dans une école pour aveugles où, entre autres activités, il y a des leçons de piano… des leçons lui imposant notamment de jouer des airs classiques au sein desquels il instaurera tôt la rébellion déconstructrice qui deviendra le secret de son art. De fait, Tatum est un enfant prodige. Ne pouvant lire la musique à cause de sa cécité partielle, il écoute au radio des mélodies de Broadway et de Tin Pan Alley, les capture et les retravaille, les déconstruit, les subvertit, les déchiquète. C’est un autodidacte intégral qui a inventé son doigté, ses techniques, son traitement de la mélodie et du rythme. De son arrivée à New York en 1932 à sa mort en 1956, son corpus musical est très solidement documenté, tant en solo qu’en trio (avec guitare et batterie, habituellement – on retrouve la guitare sur Saint Louis Blues, la plage #13 de Piano Solos). Tout Tatum est extraordinaire, mais c’est son œuvre solo qui est la plus cruciale. Nous commentons ici une série décisive de 78 tours enregistrés chez Decca il y a quatre-vingts ans pile-poil, en 1940. Tatum s’exprime dans un idiome pianistique qui fut dénommé stride piano à cause des gestes amples des bras que l’instrumentiste doit accomplir pour plaquer les accords sur le clavier. Il suffit de penser au ton ruisselant, sautillant et percussif que l’on entend dans un saloon pendant la projection d’un vieux film de cow-boys. Il est quasi assuré que ce pianiste de saloon anonyme joue dans le style stride, qui émergea au 19ième siècle et culmina dans les premières décennies du siècle dernier.

Tatum est considéré comme l’instrumentiste qui mena le style et le ton stride à son culminement. Il composa peu et c’est son jeu interprétatif et sa vision de l’interprétation qui posent les problèmes les plus passionnants. Ces problèmes concernent la définition même du Jazz. Quand la musique de Tatum s’abat sur nous, il faut d’abord rejeter, si possible, l’impression tenace qu’il y a deux pianistes (Oscar Peterson eut la même impression quand il entendit Tatum sur disque la première fois – Il n’y a pas deux pianistes. Il y a deux mains parfaitement autonomisées. C’est sidérant, inégalé). Il faut ensuite repérer une rengaine (Tatum ne joue de toute façon que des rengaines, démolissant pour jamais la notion même de rengaine ou de ritournelle) que l’on connaît bien. Dans Piano Solos, la pièce de la seconde plage, intitulée un peu nonchalamment Humoresque (il s’agit en fait de la fameuse Humoresque #7 en Sol bémol majeur d’Anton Dvorak, Opus 101, 1894) fera parfaitement l’affaire. Tout le monde connaît ce petit air, devenu un des stéréotypes musicaux du siècle dernier. Son souvenir, stable et gentillet, nous revient aussitôt dans l’oreille, dès que Tatum l‘entonne… et l’exercice de subversion et de démolition commence aussitôt. La rengaine, altérée, déformée, magnifiée par l’explosion des harmonies, devient comme un matériau concret, à la fois fluide et massif, une pâte mystérieuse, une glaise polymorphe dans les mains puissantes et agiles du pianiste omnipotent. L’expérience est une déroute complète. Mais que fait-il? Improvise-t-il? Recompose-t-il? On a longtemps cru que Tatum travaillait presque complètement ad lib. Aujourd’hui, la multiplicité des enregistrements retracés nous donne à entendre des variations imposées par Tatum à Humoresque (et à des douzaines d’autres petits airs dans son genre) passablement stabilisées, en fait, d’un enregistrement à l’autre, même à plusieurs décennies d’intervalle. Tatum a tout recomposé, dans ce que l’on présume être une suite de séances perdues où l’improvisation dut certainement jouer un rôle générateur initial. La tension permanente entre Mémoire (rengaine) (Re)Composition et Improvisation, ce problème si essentiellement définitoire en Jazz accède, de par Art Tatum, au statut de la plus articulée et de la plus lancinante des crises définitoires. Douloureux et fascinant conflit que cet instrumentiste là affronte dans une mitraille orgiaque d’arpèges et de notes martelées en une folle et torrentielle cascade.

Piano Solos, enregistré en 1940, Art Tatum (piano), Decca, 16 plages (dont 2 initialement inédites), 46 minutes.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — clarinette

Posted by Ysengrimus sur 21 décembre 2019

Clarinette
Tu es si compliquée
Parce que sophistiquée
Et vraiment vraiment pas simplette.
Tu me tourmentes la comprenette.

Tu me hantes
Tu me vibres dans le ventre
Je cherche ton système
Je te veux et je t’aime
Et toi, tu te déjantes.

Archaïsme
Tu chantes dans le temps
Le temps d’avant le temps des premiers schismes.
Tu es un instrument à vent
Un atavisme.

Allumette
Du grand brasier du port
Qui mit tant d’eau dans mes mirettes.
Il est altier, ton port,
Ma clarinette.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Célesta

Posted by Ysengrimus sur 21 octobre 2019

Infime petit célesta,
Qu’est-ce que tu fais là?
Espèce de petit clavier
À la voix métallisée,
Tu ne seras, toi, tsointsoin,
Ni piano ni orgue d’église.
Les Fanchon et les Denise
Te joueront matin
En riant comme des taquines.
Tes ballades et tes béguines
Ne seront ni laides ni belles.
Elles monteront vers le ciel
Puis s’y perdront en lambeaux.
Tu distilleras le beau
Dans l’oubli fugace.
Non, les textures irisées
De tes douces sonorités
Ne laisseront nulle trace…

Célesta, tu pleures?
Il faut pas le prendre comme ça.
Tu égrènes les heures.
Tu fais tourner ton compas.
Tu es miniature.
Ton pire ennemi, c’est le temps.
Je le sais, c’est contrariant
Et c’est un peu dur.
Mais console toi, célesta
On est tous un peu comme toi.
Tu nous symbolises en fait,
Éphémères marionnettes…

Souffles en entrelacs,
Tu vas pas mourir de ça,
Ni de peur, ni de tristesse,
Ni de froid, ni de vieillesse,
Ni de rire, ni de panique
Car tu es la musique.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Castagnettes

Posted by Ysengrimus sur 21 août 2019

Castagnettes capiteuses
Vous accompagnez la danseuse
Dans son vigoureux froufou
Coloré, vif, andalou
Les taches crues d’une vive vignette
Et le clac! des castagnettes
Nous redonnent le ton d’un temps
Et nous revoici contents.

Derechef il faut le dire
Sans le pleurer ni le rire:
Quand le rythme se cliquette
Au tempo des castagnettes
Ça annonce quelque chose
Un atavisme qui impose
La dure pulsion de sa loi
Un et deux et un, deux, trois.

Et dans le torrent des âges
Sur le sable et dans la vase
Comme dans le plissé des jupes
C’est bien la musique qui lutte
Contre l’eau de la nuit noire
Buvant nos brasiers à tiroirs
Et le feu dans les larges mirettes
De la joueuse de castagnettes.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Batterie

Posted by Ysengrimus sur 21 juin 2019

Ma toute première batterie
C’était une pile de jouets
Je la tapais
Sans suite
Syncopé, hétéroclite
Et je me marrais bien.
Ces sons ne disaient rien
Mais ils faisaient des choses
Comme en vers, comme en prose…
Je tapochais au mieux
Et qu’est-ce que j’étais heureux.

Puis mes autres batteries
Roulèrent au tout venant
En scandant tous les temps
Des rythmes de ma vie.
Bill Bruford un beau jour a remplacé Ringo
J’ai longuement médité
Aux tréfonds altérés
Des sons denses et feutrés
De Barriemore Barlow.
Et le temps a filé entre mes deux baguettes
Droit devant, cap au large, cheval fou, à l’aveuglette.

Aujourd’hui, ma batterie s’est beaucoup dépouillée
Elle est plus arythmique, elle est moins syncopée.
Elle se joue doucement avec de longs balais
Elle ne porte plus ni robe ni cothurnes
Elle est devenue sirupeusement nocturne.
Mais elle reste avec moi
Comme ça.

Car de fait
Nos batteries ne scandent jamais
Que le tic-tac replet
Des pulsions secrètes
De tous nos vieux relais.

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