Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Posts Tagged ‘poésie’

Le feu sacré d’une génération à l’autre

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2021

Denis Thibault (Namun), Le feu sacré d’une génération à l’autre, 2019.

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Le feu sacré
N’est jamais assuré
Il frissonne, il est ivre
Il faut le laisser vivre
L’observer, l’encadrer
Mais ne pas l’étouffer,

Les générations
Ont tout simplement cela pour mission
La transmission
Du feu.
Cela n’est pas un jeu
C’est une tension urgente
Issue d’une de ces douleurs cuisantes
Qu’il faut sentir monter
Sans la cicatriser
Qu’il faut laisser descendre
Sans la réduire en cendres.

Il relève de l’essence de l’être
De transmettre
De livrer
Le feu sacré
D’une génération à l’autre
De la mienne à la vôtre.

Nous sommes tous concernés.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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La danse du châle de fantaisie

Posted by Ysengrimus sur 21 septembre 2021

Denis Thibault (Namun), La danse du châle de fantaisie, 2019.

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La danse du châle de fantaisie
Interpelle les esprits.
Des petits oiseaux bleus s’interposent
Ils s’exposent et gardent la pose
À la périphérie
Du lieu investi
Par le châle de fantaisie
Pour frémir.

La danse du châle est fluide et aqueuse
La vive danseuse, généreuse
Fait interagir l’eau et le feu.
Étincelles du pire et gouttes du mieux
Joignent la danse.
Le vaporeux et le dense
Fusionnent ainsi leurs intermittences
Pour se dire.

Danse du châle de fantaisie
Tourbillonne
Et émulsionne
Les acres replis
De tous nos interdits…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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AU-DELÀ DES MOTS (Mariette Théberge)

Posted by Ysengrimus sur 7 septembre 2021

Un stylo c’est l’ami discret à qui on se confie.
(p. 6, extrait de la dédicace)

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Comme certains développements de son premier recueil l’annonçaient déjà, ce second recueil de poésie de Mariette Théberge prend parti, ouvertement et frontalement, sur le statut cognitif du langage. Foin de verbalisme et d’amphigouris signifiantolâtre. Prenons l’affaire dans le vif référentiel. Au-delà des mots, il y a un monde autre, celui de l’existence objective stricte. Il s’agit d’un monde complexe, perceptible et qui n’est pas verbal. Je ne sais pas si Mariette Théberge a pris connaissance de mes vues glottognoséologiques mais je ne peux que joyeusement la rejoindre sur la question du primat de l’existentiel et de l’univers mondain comme factualité à la fois averbale et extra-verbale. Ceci posé, la poétesse assume ensuite tranquillement la modestie sereine de son rôle, plume en main. Il s’agit pour elle de devenir tout simplement peintre, de par les mots.

Le peintre des mots

Dans le calme silencieux du matin
La rivière cristalline, paisiblement se repose
Les arbres s’y reflétant
L’embrassent goulûment
Alors que les colverts
Tête et bec sous l’aile
Flottent calmement

Debout sur le pont qui l’enjambe
D’un air béat j’admire le tableau
Comme j’envie l’artiste et sa grandeur
Lui qui sait reproduire une telle splendeur

Pendant qu’il installe chevalet et pinceau
De ma besace j’extirpe carnet et stylo
Tout comme lui, voilà que je peins aussitôt
À ma façon, bien sûr, de la couleur de mes mots
(p. 39)

Marquons la pause requise. La prise de position assumée ici n’est ni triviale, ni badine, ni évidente. Des pans entiers de la philosophie ontologique et de la philosophie du langage du dernier siècle feraient ostensiblement grise mine à Mariette Théberge pour la sage sérénité matérialiste de ses vues glottophilosophiques. Cessons effectivement de flagosser avec l’essence de l’être brumeux sensé s’alanguir en capilotade dans le fond des mots. Il y a un monde au-delà des mots et c’est, tout simplement, lui qui se donne à la recherche assumée, à vif, par l’exploration poétique.

Au-delà des mots (extrait)

Au-delà des mots
Se dessine un visage tant aimé
Au-delà des mots
S’étire un rivage mouillé
(p. 9)

Comme souvent quand une telle prise de position s’assume, tranquille, en matière de corrélation entre dispositif langagier et univers mondain, une hypertrophie empirique prend alors place. Le choix artistique transposé de la poétesse est donc déjà assumé. C’est dit: elle sera peintre par les mots. Son action sera donc de saisir la réalité visuelle du monde et de donner corps à son évocation, par le texte. Et d’ailleurs, elle s’en explique.

Le tableau

Voilà que je peins un tableau
Une aquarelle de mille mots
De la couleur de mon cœur
À la grandeur de mon âme
Un si beau moment
Fixé au temps présent
Du soleil radieux d’un été
Je le peins aux couleurs de l’amitié
Pour qu’il reste en vous un goût d’éternité
(p. 57)

Évidemment, tout n’est pas dit, une fois ce choix de principe assumé. C’est qu’il y a fatalement les quatre autres sens. La modélisation visualiste s’imposera discrètement à ces derniers. Le sonore, par exemple, deviendra visualisable, par une manière de synesthésie, un petit peu comme chez Duke Ellington pour le coup. Ainsi, dans une envolée suave, digne de Jacques Prévert, la poétesse nous installe la musique visuellement. Et même, elle en arrive à l’articuler, pour l’œil liseur, dans son code de retranscription (les notes, la portée, les clefs)… il s’agit moins ici de réduire que de problématiser intimement et ce, même si un charmant jeu verbal se substitue matoisement, sur le tas, à une solution philosophique fatalement un brin complicouillette.

Musique mon amour

Toi musique. Mon amour de musique
Oxygène de mon existence
Tu me transportes sur les arpèges
M’emmenant visiter de nouveaux cieux
Donnant un sens à ma vie
Sur tes portées j’accroche une note
Qu’elle soit noire, blanche, ronde, peu m’importe
Puisque partout où je demeure
Tu resteras toujours d’ailleurs
La Clé de mon sol en moi majeur
(p. 54)

Se met en place le moi… Et comme disent les Français: pas de soucis. Notre moi-poétesse est, ici, donc, plutôt visualiste. Qu’à cela ne tienne. On ne va pas lui lancer la pierre pour autant. Elle est pas plus folle ou moins artiste qu’un peintre, un photographe ou un cinéaste. Visualiste plutôt que verbaliste, donc, elle garde —de ce fait— son sens sûr et net de la poésie concrète. Observons d’ailleurs, par exemple, que la densité de ladite neige et la force dudit nord ne se restreignent pas ici au blanc de la neige et aux vastitudes du nord. On sent ledit froid sur nos chairs et le poids du géant boréal aux pieds puissants, en nos êtres.

Froid du Nord

Ces pas dans la neige
Mais où vont-ils?
Ici, là, nulle part!
Ils mènent vers la vie ou vers la mort.
Des cratères de lune
Aux poussières d’étoiles
Dessinant des pieds de vent aux aurores boréales
Perçant ainsi les froids du Grand-Nord
Pas à pas avançant vers l’inconnu
Dans l’insoutenable froideur
De cet hiver trop blanc
(p. 29)

Le principe fondamental des choix esthétiques assumés ici se défend en toute quiétude, notamment depuis Francis Ponge. Le monde des choses, notamment des choses ordinaires, représente un apport crucial, immanent, incontournable, principiel. Il faut donc en parler, du haut d’un langage ancillaire, qui plonge dans les faits présents et passés, les traverse, et nous les redonne.

Mon sac d’écolier

Dans mon vieux sac d’écolier
Retrouvé au fond d’un grenier
Mes doux souvenirs entassés
Une photo abîmée
Un biscuit émietté
Et une gomme à effacer
Dans un cahier jauni plutôt froissé
Le premier poème que j’avais composé
Autrefois je le trouvais génial!
Aujourd’hui je le trouve assez banal
Comme les années ont passé
Les routes de chacun se sont éloignées
Certains comme moi parmi les plus braves
Les ailes toutes grandes déployées ont pris le large
Désormais dans mon sac d’écolier
Subsistent les odeurs d’un lointain passé
Les rires de mes camarades
Les garçons observés à la dérobée
Battements de cils et le cœur en chamade
(p. 13)

Les références rustiques, déjà manifestées dans le premier recueil, refont surface ici. Mais aussi, le travail de poésie concrète s’enrichit aussi des éléments symbolistes dont on commence à dégager la stabilité chez Mariette Théberge. Les oiseaux migrateurs ne sont pas que des composantes fluentes du monde. Ils sont aussi ce grand symbole ondoyant, fragile mais affirmé, au sein duquel la poétesse s’engloutit, dans sa lutte permanente et constante contre les affres d’un autre de ses symboles: le froid.

Le peuple migrateur

Voilà que le peuple migrateur fait son entrée
Bernaches outardes et oies blanches
Toutes sont revenues à vitesse grand V
Un spectacle majestueux
Voir ces grands oiseaux courageux
Franchir tant de distance
Avec force courage et ténacité
Que leur spectaculaire arrivée
Sonne enfin le glas de l’hiver
Ce dernier s’acharnant
À vouloir s’enraciner
(p. 28)

Les symboles s’articulent, au-delà des noms qu’ils portent. Il en est autant du fluide mouvement crépusculaire des longues herbes sur un lac. Non, ils ne sont pas que des fractions du monde, ces scintillements problématiques. Ils sont aussi un moiré d’impressions chromatiques, sensorielles et, même, anthropomorphisantes. Le monde de l’au-delà des mots, ce n’est pas exclusivement celui de la matière inerte et roide, mais c’est aussi celui de son ondoiement significatif au plus profond de notre être (symboliquement) vespéral.

Crépuscule

De hautes herbes se balancent
Levant très haut vers le ciel
Leurs têtes moussues
Le soleil alors couchant
Se miroitant dans l’eau du fleuve
Les colore de poussière d’or et de bronze
Magnificiant ainsi la lumière du soir
La brise à la fois forte et légère
Faisant tanguer les tiges longilignes
Tels des corps androgynes
Dansant une valse lente dans le soir
(p. 21)

Aux éléments de concrétude, tant mondains que subjectivisés, puis aux articulations des symbolismes, se joindront ensuite les manifestations de sagesse. La sagesse, chez Mariette Théberge, s’installe toujours discrètement, comme si elle émanait de l’objet matériel évoqué. La discrétion de la sagesse de notre poétesse, c’est tout simplement celle du banc…

Le banc

Un banc de bois
Posé sur la véranda
Témoin muet de tant de secrets
Baisers volés de jeunes amants
Aux rires cristallins amusés d’un enfant
Ce grand ami simple et chaleureux à la fois
Sait depuis toujours demeurer discret
(p. 56)

Discrètement donc et, surtout, sans la moindre lourdeur didactique mais inexorablement, la sagesse des (premières) nations circule subtilement en nous, de la poétesse à nous. S’il faut aimer, il faut conclure. Il faut savoir faire une fin. L’amour est fragile, son objet souche aussi. C’est encore le canal de la concrétude qui voit se fendiller, sous notre main tremblante, le petit mal d’avoir tant aimé.

Fragile

Frêle et fragile comme porcelaine
Un cœur se voulant trop aimant
Hélas se fendille et s’égraine
Sous le joug de l’amant
À la fois rustre et malhabile
D’un rien a su briser
Cette âme si gracile
Qui ne demandait qu’à être aimée
(p. 36)

C’est que, fondamentalement, il faut vivre. La poéticité, verbalisée mais issue du monde, il faut la vivre, s’en imprégner, et grandir avec elle. Sans nostalgie, sans amertume (même en évoquant les menus objets vieillots d’une écolière d’autrefois), il faut assumer le Parti pris des choses, saisir au corps l’assomption de l’objet actuel. Et il faut le faire tout simplement en vertu du primat fatal et cardinal de l’instant présent.

Instant présent

Danser dans le petit matin
Sentir la rosée fraîche sous mes pieds
Voir soudain paraître à l’horizon
Le soleil éclatant de beauté
Profiter de l’instant présent
Le vivre comme si c’était le dernier
Être ici et maintenant
Et sans jamais me presser
M’approprier le silence
Prendre le temps de le savourer
Il apporte la paix à mon âme
D’une plénitude inégalée
(p. 51)

Bon, alors, on se comprend. Le langage dit le monde. Si le monde est, l’impression qu’il nous laisse est aussi. Et appréhender le monde c’est, surtout dans le roulement du temps qui a passé si vite, de s’imprégner des symbolismes et de la sagesse dont fatalement il nous imbibe. Le recueil de poésie Au-delà des mots — Poésie contient 41 poèmes. Il se subdivise en quatre petits sous-recueils ou Parties: Chemin de vie (p 9 à 16), Nature (p 19 à 32), Sentiments (p 35 à 46), Le temps de vivre (p 49 à 57). Ils sont précédés d’une préface de Diane Boudreau (p 5) et d’une dédicace versifiée (p 6). La quatrième de couverture renseigne succinctement sur la biographie de la poétesse et sur la motivation profonde de son geste d’écrire. L’image de couverture est une photographie prise par Jonathan Laflamme et représentant la rive lacustre de Pohénégamook. Une photo en noir et blanc du père de la poétesse apparaît dans le corps de l’ouvrage (p 10).

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Mariette Théberge, Au-delà des mots — Poésie, Mariette Théberge, 2016, 59 p.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Flûte traversière

Posted by Ysengrimus sur 21 août 2021


Une flûte traversière
Est entrée dans ma vie
Par le portail arrière
Du castel de mes soucis
Elle s’est insinuée
Jusqu’au fond de mon être
Et ses trilles ont scandé
Mes matines et mes vêpres.

Une flûte traversière
A tordu le réel
A cassé la verrière
Et fracassé la vaisselle
J’ai rêvé la bourrée
J’ai mordu l’orifice
Et ses trilles ont scandé
Mes abandons, mes sacrifices.

Une flûte traversière
Souffle et me hante encor
Dans ces parties de mon corps
Qui ne voient jamais la lumière
Elle me tient et me serre
Et me chante ma vie
Mes demains, mes hiers
Sont cernés en sa mélodie.

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L’attrape-rêves

Posted by Ysengrimus sur 15 août 2021

Denis Thibault (Namun), L’attrape-rêves, 2019.

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L’attrape-rêves
Unit la nuit et le jour
Il formule la trêve
Entre le serein et le hagard
Entre le songe et le cauchemar
Toujours.

L’attrape-rêves
Fusionne le soleil et la lune
Il capture le soir qui s’achève
Il saisit l’aube taciturne
Il ne se contrefait
Jamais.

L’attrape-rêves, et toi, et moi
Mentalement, on se retrouvera.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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L’éveil du shaman

Posted by Ysengrimus sur 15 juillet 2021

Denis Thibault (Namun), L’éveil du shaman, 2019.

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Sarabande de couleurs
Résorption de toutes nos vieilles peurs
Prises de consciences, sous tous les oripeaux
Enjeux nouveaux.

L’éveil du shaman, ferme, serein
Est amorcé
En nous, il est en train
De s’installer.

C’est un enjeu d’époque
Le shaman interloque
Toutes nos certitudes faisandées
Nos hébétudes urbanisées.

L’éveil du shaman dit
Ce qu’il faut faire de nos dogmes moisis
Il faut les composter
Les broyer, les convoyer, les recycler.

Le shaman nous revient. Il perdure
Dans le mou, dans le dur
Les temps irréversiblement sont révolus
Dans le cuit, dans le cru.

On va remplacer la grisaille
Par les couleurs shamaniques en bataille
Il va survenir des merveilles
Car, en nous, oui en nous, le shaman s’éveille…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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La rencontre de la louve et de l’aigle

Posted by Ysengrimus sur 7 juin 2021

Denis Thibault (Namun), La rencontre de la louve et de l’aigle, 2019.

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La rencontre de la louve
Et de l’aigle
A un goût aigre.
Elle survient en des conditions contrastées
Entre des symboles divisés
Qui recherchent leur cohérence
Dans la marche et dans la danse.
Rencontre obligée.

La rencontre de l’aigle
Et de la louve
Retentit, quand couve
Une tension subtile, dense et larvée
Entre les illusions et les vérités.
Il faut rendre la solidarité profonde
Renouveler la fusion des mondes.
Rapprochement sacré.

Rencontre de la louve et de l’aigle
Réunification de l’espoir et de l’être…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Cymbales

Posted by Ysengrimus sur 1 juin 2021


Cymbales
Rencontre
Métal
Prend, montre
Chaleur
Ardeur
Candeur
Faconde.

Rythmique
Tendue
Logique
Éperdue
Procession
Percussion
Attention
Soutenue.

Bravo
Chamade
Chapeau
Bravade
Cuivre pur
Aventure
Tessiture
Embrassades.

Majorettes
Polochon
Pique-assiette
Napperon
Soleil
Bouteilles
Vermeilles
Reblochon.

Cymbales
Mirliton
Combinaison
Martingale
Un, deux, trois
Embarras
Patatras
Musical.

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La terre mère

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2021

Denis Thibault (Namun), La terre mère, 2019.

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Terre,
Calme, cuite et tannée
Tu es labourée de soleil
Unique et à nulle autre pareille
Si belle, si peinte, si peinturée
Tellement ornementée
Finement configurée
Tu existes, dense et diverse
Calmement, tu agresses
L’inerte éternité.

Mère,
Généreuse et engrossée
Tu câlines une toile
Qui volette et s’étale, sous ton étoile
Entre tourmente et sérénité
Nul ne saurait oublier
Ce que fut la riche volupté
De la danse du début des existences
Dont tu fus la cruciale instance
Rituellement livrée, décorée.

Terre mère
Tu nous as tout donné
Il faut tellement te protéger.
Que faire?

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

 

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BRUISSEMENTS DE L’INFINI (Diane Boudreau)

Posted by Ysengrimus sur 10 mai 2021

Les êtres continuent de vivre
Quand même ils changent de maison
(p 55)

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La poésie de Diane Boudreau se présente comme une suite de courts textes jouant de sobriété et de dépouillement. Les thèmes abordés touchent le quotidien et la concrétude. Ce sont des poèmes calmes mais qui laissent habituellement sentir une tension, une intensité tellurique, qui couve. Il s’en dégage une solide harmonie entre poéticité et écriture ordinaire. Les luttes sociales y manifestent parfois la prégnance de leur douloureuse existence.

Tu me diras

Tu me diras
Que la terre est bien dure
Le pain trop sec
Le vin trop cher

Toi qui possèdes maison
Et jardin
Manges à ta faim
Bois chaque jour

Le mal à ton dos
Fais-en cadeau
À ceux qui n’ont plus rien

Frères et sœurs de Bosnie,
Haïti, Somalie…
Tes maux de tête
…à ceux et celles couchés dehors
Ici,
Près du vieux port.

(p. 29 — typographie et disposition modifiées)

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Le souci monde est discret mais présent et ferme. La souffrance du monde est une réalité inique, insupportable et qui ne se laisse pas oublier ou taire. Les origines modestes de la poétesse expliquent en partie ces manifestations critique. Elle ne renie en rien ses origines de classe et, notamment, elle se souvient vivement qu’il fut un temps, pas si lointain, où elle ne disposait même pas de son propre écritoire.

Sans demeure

Écrire un jour
À un pupitre
Un vrai

Et cesser de mendier
Dans ma propre maison
Une pièce.

Essayer d’échapper
Au tourbillon
Où idées de papier
Disparaissent

…si ce n’était ces bouts d’écrits
À la fin d’un cahier

Pareils à des enfants sans demeure.

(p. 70 — typographie et disposition modifiées)

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Sans concession mais aussi sans ostentation, la poétesse est, tout simplement, la voix d’un temps, son temps. Les manifestations de conscience sociale émanent donc aussi directement de la réalité socio-historique que nous subissons tous. Le cas des guerres de théâtre est particulièrement exemplaire, sur ce point. Il est toujours frustrant et angoissant de se retrouver, par simple effet des forces objectives, du côté de l’oppresseur.

Irak

Dépotoir planétaire
Volcan fumant de haine
La guerre

J’ai honte des humains
Qui frappent dans le noir

J’ai honte de ma race
Et de ses jeux barbares

Ignorer?
Oublier?

Quand donc viendra le jour
Où chaque humain aura sa place?

Et, s’il en vient,
Restera-t-il assez d’air pur
Assez d’eau claire

Pour y croire?

(p. 26 — typographie et disposition modifiées)

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La lancinante perplexité, face aux crimes contre l’humanité toujours en cours, manifeste son aigreur mais ne bascule jamais vraiment dans un désespoir insondable. S’installe en filigrane et sans concession, la résilience, la résistance. Le fait est que le fait de ne pas pouvoir tout régler ne rend pas nécessairement apathique. À l’impuissance factuelle répond le tourment des idées. La confrontation avec les crises sociales raccorde la poétesse avec son héritage, notamment avec celui se transmettant de femme â femme.

Courte échelle

Elle a des gestes d’une précision
Un regard d’un aplomb
Que je n’ai jamais eu à son âge,

Cette femme
Qui vient de moi
Sans avoir mon visage

Et qui ira plus loin encore
Que tous mes chemins à la fois.

(p. 37 — typographie et disposition modifiées)

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La sensibilité femme est de toute façon omniprésente. L’être-femme prend sa place sans se tirailler pour ou la revendiquer. Il s’agit simplement de faire tourner sa facette d’existence dans l’angle que l’histoire lui a voué, angle qui, lui, se place de plus en plus sur l’axe de la plénitude. La femme fera ce que la femme a toujours voulu faire. Et ainsi, par exemple, témoin moderne de la féminité moderne, la femme contemporaine assume pleinement son aspiration au voyage.

Sur la route

Un matin de juillet,
Ressentir cette allégresse du départ
Cette ivresse de tout laisser derrière
Au hasard…

Abandonner sa vieille peau et se confondre
À l’infini sur la route…

Si ce n’était des gens que j’aime
De cette longue attente
Avant de les revoir

Je pourrais tout quitter heureuse
Dès ce soir…

(p. 63 — typographie et disposition modifiées)

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La force vient du monde où l’on assume l’extase du voyage, bien sûr. Mais un regard femme sur ce monde reste un enjeu de première importance. Le travail de l’écriture féminine s’articule depuis les profondeurs tranquilles, les soubassements ordinaires, chez Diane Boudreau. Elle tire sa force de son appréhension personnelle de la nature, du monde, des faits. Mai il vient des moment où cela ne suffit pas. La poétesse se ressource alors au sein du collectif humain. Elle tire sa force de l’humain. Elle tire aussi sa force des particularités cruciales de la sororité. C’est le stable et solide chemin de Nadie, qui, elle, entend bien ne pas exister comme femme convenue.

Nadie

«Quand bien même je suis femme
Ne dites pas madame
Ni vous, ni bonsoir

Ni talons hauts
Ni rouge aux lèvres
Ou robe du soir…

Je suis timide
J’aime la mer
Et les blés d’or
Dans les roseaux

Jambes qui dansent jusqu’aux étoiles
Bras comme branches de bouleau

…et les doigts effilés de celle
Qui cherche à tout connaître
Avec un jour d’avance
Sur la vie.

Bien essoufflée,
Inquiète,
Bien frêle aussi.»

(p. 68 — typographie et disposition modifiées)

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La mer et les blés d’or se centrent sur cette précieuse construction qui est femme. C’est ainsi que la constellation femme s’installe sans tambour ni trompette au sein de la poéticité fondamentale de Diane Boudreau. C’est pourquoi que la poétesse alloue une attention soutenue à ses amitiés féminines.

Gîte

Dans le cœur de ta maison
Ma Lise
Les gens vont et viennent
S’arrêtent, se reposent
Rêvassent, rient et causent

Et font le plein d’amour
Avant de repartir

Pour le grand tour du monde…

(p. 50 — typographie et disposition modifiées)

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Le modernisme des amitiés féminines regardant demain bien en face ne doit pas pour autant faire oublier les traditions du monde des femmes. La poétesse sent toujours solidement la ferme prise, dans le sol nourricier, de ses racines. Son héritage, notamment celui se transmettant de femme â femme, c’est aussi le rapport crucial à la mère de la mère.

Mamie bonheur

Toujours affairée
À penser, à chercher
À écrire ou à lire
À coudre, à tricoter

Sans cesse attirée
Par la vie, les défis
Nouvel air au piano
Voyages, vieux pays

Avec à côté d’elle
Les fleurs sur le patio
Les oiseaux dans la cour
Et les biscuits au four

Elle a depuis longtemps
Chassé de sa demeure
L’ennui et le malheur.

(p. 59 — typographie et disposition modifiées)

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La sagesse s’installe. Et le nouvel air de piano en vient à imposer sa loi. Il viendra éventuellement, le voyage final. On s’en avise. On y pense. On en vit. Et c’est de prendre la mesure de l’onctueux éphémère du moment que l’on s’enrichit subtilement de la voix du guide perdu, mirifiquement dissimulée dans les petits replis du temps passé, assis sur sa valise. La fusion principielle entre amitié et ardeur du voyage fonde les éléments clefs du cheminement.

Issue

Où es-tu
Guide des jours gris
Ami de toujours
Alors que le chemin ici s’arrête?

Sur ma valise, assise,

L’horizon collé au front,

Je cherche l’issue
De l’intérieur,

Le passage secret
Imprévisible…

(p. 47 — typographie et disposition modifiées)

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Le voyage poétique ne s’interrompt jamais vraiment. Le recueil de poésie Bruissement de l’infini contient 45 poèmes. Il se subdivise en quatre petits sous-recueils: Venus d’ailleurs (p 11 à 19), Par une brèche (p 21 à 31), Au-delà de l’horizon (p 33 à 43), et Avant la traversée (p 45 à 75). Ils sont précédés d’une dédicace (p 7) et d’un poème liminaire d’une page intitulé Bruissements de l’infini (p 9), et suivis d’une table des matières (p 77 et 78) et de remerciements (p 79). Le recueil est illustré d’une peinture à l’huile de Paul Marie en page couverture ainsi que de onze photographies en noir et blanc (dont la teinte intégrale vire volontairement au verdâtre). Ces photographies sont de Claire Blanchard, Julie Charest, Denis Pelchat, Denis Tessier et Sophie Tessier.

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Texte de la quatrième de couverture:
«Ces poèmes éveillent une nostalgie de l’intouchable de l’au-delà… réveillent force, courage et goût de poursuivre… Je les sens comme ces bouquets de fleurs fraîches que l’on veut éternelles.»
Pierrette Martel Giroux

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Diane Boudreau, Bruissements de l’infini, Élisa Blanche Éditions, 1997, 79  p.

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