Le Carnet d'Ysengrimus

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Archive for juin 2013

Il y a quarante ans: THE STING (L’ARNAQUE)

Posted by Ysengrimus sur 15 juin 2013

Henry Gondorff (Paul Newman) et Johnny Hooker (Robert Redford) dans THE STING

Henry Gondorff (Paul Newman) et Johnny Hooker (Robert Redford) dans THE STING

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J’ai vu cette splendeur à quinze ans, l’année de sa sortie nord-américaine. Je suis encore sous le charme quarante ans plus tard. Ce que les Américains appellent communément un con artist c’est quelqu’un qui vous jouera un confidence trick, c’est-à-dire un type particulier d’«arnaque amicale», du genre de celles évoquées dans l’archi-fameux film américain The Sting (traduit en francais: L’Arnaque). Le principe de fonctionnement de ces arnaques est variable à l’infini dans ses applications mais il repose sur un fondement qui, lui, est stable. Il s’agit de faire croire à une victime dont vous devenez faussement l’allié que le gain que vous vous préparez à faire à ses dépends sera «en fait» réalisé par elle à vos dépends ou aux dépends d’une fausse victime qui est secrètement votre véritable allié. C’est l’arnaque aux alouettes. The Sting est le film de la confiance acquise en un éclair puis trahie aussi vite. C’est aussi un spectacle-surprise, un déroulement à revirements, une machinerie d’illusions, un incroyable contre-jour du récit. La force motrice du scénario repose en effet sur ces arnaques en miroir et leurs sidérantes découvertes en cascades. Il est conséquemment difficile de synthétiser la trame de ce charmant chef-d’œuvre du siècle dernier sans risquer de l’éventer. Oh, oh, pas de ça entre nous. On me pardonnera donc un ton volontairement allusif et un propos sciemment périphérique visant exclusivement à préserver une partie importante du plaisir de l’auditoire: celle qui repose sur les incroyables rebondissements et imprévus de cette petite merveille.

Chicago, 1936, Luther Coleman (Robert Earl Jones) et Johnny Hooker (Robert Redford) sont des petits arnaqueurs des rues, des tire-laines à la petite semaine. Luther est un noir, génie de l’arnaque, mais, dans l’Amérique ségréguée des années 1930, il n’a jamais pu monter et accéder aux échelons supérieurs de la grande escroquerie luxueuse. Johnny Hooker est une sorte de paria social, flambeur impénitent et, lui aussi, un surdoué de l’arnaque de charme. Un jour, leur vie va basculer. Ils font les poches d’un des convoyeurs d’argent d’une maison de jeu voisine, sans se douter qu’ils viennent subitement de mettre les deux pieds sur les plates-bandes du grand crime organisé. La somme crochetée est mirobolante et Luther comprend soudain qu’il y a danger. Il annonce alors à son jeune comparse et ami qu’il se retire de l’escroquerie à la pige et lui recommande de poursuivre son apprentissage auprès d’un certain Henri Gondorff (Paul Newman). Très loin de là, dans une luxueuse salle de jeu du beau monde new-yorkais, on annonce sur un ton feutré à Doyle Lonnegan (Robert Shaw) que deux petits tire-laines des rues chicagoanes ont escamoté dix mille dollars à un des convoyeurs d’une de ses nombreuses salles de jeu. Les grands chefs pégreux ne peuvent pas tolérer ce genre de frelons bourdonnant autour de leurs opérations. Cela risquerait de les faire paraître faibles et démunis face à des concurrents de leur calibre qui n’attendent qu’un moment de faiblesse, justement, pour les surclasser. On décide que les petits arnaqueurs seront éliminés. Johnny Hooker échappe à ses assaillants en prenant ses jambes à son cou (littéralement: Robert Redford court beaucoup dans ce film). Luther Coleman a moins de chance. On le retrouve défenestré.

Le souhait de venger son ami Luther motive Johnny Hooker à finalement prendre contact avec Henri Gondorff. Ce dernier, suite à une grande arnaque financière ayant un peu foiré et l’ayant laissé avec le F.B.I. à ses trousses, vit reclus, en semi-retraité, sous l’aile de sa conjointe Billie (Eileen Brennan), une discrète tenancière de maison close. La rencontre entre Hooker et Gondorff est aussi mémorable que peu glorieuse. Gondorff apparaît comme un cheval de retour amoindri et ramolli par la soulographie, qui se fait mener par le bout du nez par sa patronnesse et qui ne sait plus trop sur quel pied danser. La scène de la rencontre, très ironique et dévastatrice aux vues de la culture intime masculine, apparaît nettement comme un exercice de dévirilisation du personnage joué par Newman. C’est une illusion de plus, naturellement. On découvrira graduellement en fait que c’est lui qui mène son ménage et que le prince n’a rien perdu de sa splendeur. Cela m’amène à dire un mot des personnages féminins de ce petit exercice. Billie, c’est la mégère vite assagie de monsieur Gondorff. Crystal, c’est, selon le titre du thème musical associé à sa personne, la Hooker’s hooker (la pute à Hooker). Elle n’a pas grand-chose à dire et ne le dit pas très gentiment. Reste Loretta, trop esquissée aussi, mais d’une autre manière. Mais oh, pas un mot de plus sur Loretta. Ce serait vendre une autre mèche. The Sting, c’est triste mais c’est comme ça, se fonde sur la misogynie principielle et tranquille des histoires de mauvais garçons pour garçons. Les seuls personnages féminins ayant un minimum de densité, ce sont les remarquables figures maternelles et sororales afro-américaines de l’entourage de Luther Coleman. Ces actrices de soutien, particulièrement convaincantes, n’ont pas beaucoup de glace pour patiner mais ce sont encore elles qui nous soutirent les émotions les plus tangibles.

Tableau suivant (je me dois d’opérer par tableaux – on ne donne pas, non pas, oh non pas, le scénario de The Sting). Voici Henry Gondorff et Doyle Lonnegan jouant au poker dans le rapide New-York Chicago et trichant comme des éperdus. Inutile de dire que la force des acteurs principaux et des acteurs de soutien qui forment cette compagnie crispée de joueurs pleins aux as ne peut qu’en ressortir amplifiée. Il est clair que ce metteur en scène sait filmer les hommes et aime le faire. Laissons-les jouer en se toisant hargneusement et attardons nous à un autre rôle de soutien irrésistible: Kid Twist (campé, à crever l’écran, par Harold Gould). Twist, renard argenté élégant et matois, est un des artistes arnaqueurs charmeurs de la bande à Gondorff. Le port altier, pur et distingué de l’escroc grande classe. C’est Twist qui hérite de deux de mes répliques favorites du film. Recrutant dans un tripot de vieux amis, au moment de la mise en place de la grande arnaque, il se fait rappeler, par le patron de l’établissement, que la police fédérale est aux trousses de Gondorff et que si le coup foire (If this fails…), il ne pourrait pas être protégé des autorités par ses anciens comparses. Twist a alors ce mot, suave: If this fails, the Feds will be the least of our problems («Si le coup foire, la police fédérale sera le cadet de nos soucis»). Plus tard, Hooker est forcé de prier Twist d’improviser et de dévier du plan d’arnaque initiale. Twist répond, stoïque: We’ll have to play it on the fly («Il va falloir la jouer sous la jambe»). Cela ne rend pas, comme cela, mais il faut voir les acteurs à l’action au moment de l’émission de ces lignes de dentelle fine. C’est du sublime. Aux chapitres des lignes savoureuses, ma troisième favorite est dite à Twist par le charmant petit proprio afro-américain qui leur loue le matériel qu’ils utiliseront pour leur grande arnaque. Twist demande au proprio s’il tient à être payé au pourcentage des gains sur arnaque ou à taux fixe. La mâchoire un peu crispée, le proprio demande à Twist Who’s the mark? («Qui sera la victime» ou «la cible»). Twist répond: Doyle Lonnegan et l’autre d’enchaîner, imperturbable: Flat rate («taux fixe»). Inutile de dire que la copie DVD avec les sous-titre pour les malentendants est une recommandation expresse pour goûter les irrésistibles subtilités de ce délice.

Fin, élégant, charmant, surprenant, dosant parfaitement densité et légèreté, The Sting n’a pas pris une ride et poursuit, en la bonifiant, toute cette traditions américaine de films de mauvais garçons. Insistons pour dire qu’en plus si vous aimez les beaux hommes classes bien filmés, la recommandation s’en trouve alors maximalement amplifiée. La trame sonore, basée sur l’extraordinaire musique de ragtime du compositeur afro-américain Scott Joplin (1867-1917) est irrésistible aussi. Mais il y a un conseil impératif: il ne faut pas regarder ce film distraitement ou d’un œil somnolent. Ce serait le foutre en l’air et ce serait vraiment dommage. C’est presque un test d’intelligence, ce truc. Chaque détail compte, comme dans le plus complexe des polars et en rater des segments c’est tout simplement saborder le plaisir. C’est que l’irascible caïd irlando-américain Doyle Lonnegan n’est pas le seul à être confronté à la machine à illusions de l’arnaque. L’auditoire du film l’est aussi, graduellement, inexorablement, de plus en plus emberlificoté et invité à se laisser embringuer en cette étonnante opportunité de perdre le sens des réalités et de se faire truquer comme aux tout premiers jours des salles obscures. De tous les points de vue imaginables: du grand cinéma…

The Sting, 1973, George Roy Hill, film américain avec Paul Newman, Robert Redford, Robert Shaw, Eileen Brennan, Harold Gould, Robert Earl Jones, 129 minutes.

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Les enjeux mondiaux surexposés

Posted by Ysengrimus sur 1 juin 2013

Touchante analogie. Cet enfançon qui amplifie pour son regard des frémissements perdus sur l’horizon sans voir l’oiseau qu’il a sur la tête, c’est le cirque médiatique contemporain, qui passe à côté des crises sociales cruciales qui lui picorent le ciboulot en braquant constamment ses unilatérales jumelles sur les mêmes appeaux accrocheurs du tout venant typant. Il y a des enjeux mondiaux surexposés et mon agacement à leur égard ne fait que croître, à mesure, justement, que leur importance diminue historiquement (sans que les jumelles médiatiques ne se détachent pourtant d’eux). En voici un petit aperçu représentatif, vous allez bien vite voir où je veux en venir. C’est moins d’un problème factuel que d’un problème de principe qu’il s’agit ici, un problème de ton intellectuel, d’attitude idéologique. La redite médiatique nous a fait prendre de grands faux plis mentaux et ces grands faux plis mentaux, comme ceux des articulations du prisonnier accroupi dans une fillette, sont fondamentalement paralysants et nous forcent, comme fatalement, à marcher accroupis. Ils sont le tout des attitudes générales que nous nous devons absolument de réformer, si on veut cesser que les arbres pourris et creux du journalisme spectacle nous cachent sans cesse la forêt sociopolitique.

UN CERTAIN CONFLIT DU MOYEN-ORIENT. Un conflit moyen-oriental dont je tairai pudiquement le nom fait l’objet d’une tragique superfétation médiatique depuis aux moins deux bonnes générations. Les gogos investissent ce conflit mineur de ci de là d’une sorte de dimension atavique, prétendument millénaire et s’en gargarisent comme si se canalisait en lui le combat fondamental entre je ne sais quel Grands Types Humains. De solides penseurs se sont détruits en niaisant après ce conflit. C’est passablement catastrophique. Je suis particulièrement outré et atterré par une telle mythologisation de ce petit conglomérat de meurtres minus. Je la trouve particulièrement nocive, toxique, stérile, absurde, inutile. Il est consternant de constater que ce conflit, et le camp qu’on prend tapageusement dans icelui, sert souvent de baromètre (pseudo) intellectuel pour jauger de la validité de pensée des uns et des autres. Je trouve inacceptable qu’un conflit local (plutôt qu’un autre) ait acquis ainsi une telle amplitude foutaisière de marqueur idéologique. De plus, il est trois fois hélas indispensable de fermement faire observer que les envolées passionnelles corrélées à ce conflit rendent habituellement à la narine un relent fort brun et fort suspect. Il est plus que temps de traiter ce conflit spécifique comme une escarmouche de théâtre comme une autre, sans moins sans plus, et de cesser d’y lire, comme dans je ne sais quel marc de thé irrationnel, le baromètre de la tension sous-jacente du monde. Arrêtons les frais et arrêtons le tout petit massacre stérile. Le meilleur moyen de régler un problème ordinaire, c’est de le capter dans son angle ordinaire. Le pépin avec ce conflit là est qu’il est englué dans une gadoue de superfétations symboliques dont il est plus que temps de se sortir. Il est inutile de me questionner sur ce conflit surexposé, je n’en parle jamais et ne me laisse jamais aspirer dans le maelstrom gluant et sempiternel de la foire d’empoigne de ritournelles et de redites obscurantistes le concernant.

LA FONCTION (POLITIQUE) DE PRÉSIDENT. Ah, les présidents de républiques. Qu’est-ce qu’on leur en met sur le dos. Did the president know/le président était-il au courant? Mais qu’est-ce qu’on s’en tape. Aucune analyse sociopolitique adéquate ne pourra jamais se formuler tant qu’il ne sera pas limpide dans l’esprit de l’analyste que les dignitaires politiques sont des pots de fleurs. Voyez l’équation américaine, s’il faut encore se vautrer dedans. Georges Bush (fils) prouva hier que n’importe quel toc peut devenir président. Barack Obama prouve aujourd’hui que l’intelligence présidentielle est sans pouvoir réel. On a indubitablement une anti-intellocratie politique structurelle dans les deux cas et le président n’y change pas grand-chose. Personnage symbole, figure phare sous projos dissimulés, timonier d’un esquif en pilotage automatique, le chief of staff, se pose délicatement sur le cloaque remuant du boulot orchestré par les autres et fait un discours. C’est comme ça que notre culture politicienne assure la permanence du spectacle de son autoperpétuation mais, alors là, ce n’est pas une raison, pour l’analyste, de se laisser porter par le confort du flottement de cette sphère creuse. Un corolaire important de cette observation (sur lequel la conjoncture nous fera certainement revenir à un moment ou à un autre) concerne l’incongruité et l’inanité de l’homme politique bouc émissaire dont on veut la tête en l’investissant, par la négative, de toute la charge (réprouvée, dans son cas) de la crise du moment. Le dignitaire politique est un mannequin de vitrine pour les POUR comme pour les CONTRE. Un régicide ne tua jamais la monarchie. Celle-ci tomba dans la structure de classe des fondements de la société et le roi ne fit que suivre. Cessons une bonne fois de re-monarchiser nos pantins éligibles et nos chefs meneurs de claques contemporains. C’est une cause et une analyse stérile que celle de perdre notre temps sur eux.

L’INSTITUTION RELIGIEUSE ET SES AVATARS. Qu’on parle de la pègre religieuse et de ses avatars, comme le fait fort utilement notre ami Lartiste, en en décrivant la fondamentale pourriture institutionnelle, mais qu’on cesse de lui perpétuer, en ahanant, un halo de valeurs morales qu’elle n’a plus. Il y a encore bien trop de religion et de religiosité dans nos analyses politiques du religieux, autant que du reste. Qu’on traite de la crise des magouilles comptables du Vatican, des compromissions véreuses des partis politiques islamistes ou des derniers coups de Jarnac en vogue du fascisme social de la droite religieuse américaine, il reste toujours cette bien malodorante goutte de déférence envers le sacré qui gâte intégralement la description la plus prosaïque des faits. Il est plus que temps que l’analyse sociopolitique s’installe dans une description athée des superfétations religieuses des sociétés contemporaines. Il faut les décrire froidement, les combattre lucidement, sans constamment partager les illusions oniroïdes qu’elles entretiennent sur elles-même. Il est capital de noter que ce retard intellectuel religiosisé est une convulsion très profondément médiatique, au demeurant. La population ordinaire, elle, beaucoup plus irréligieuse et indifférente à ces questions que le flafla médiatique ne l’admet habituellement, surprend habituellement par la fermeté tranquille de son rejet de la validité sociétale des instances religieuses. Il est plus que temps de remettre ces dites instances à leur (toute petite) place. Leur donner moins de bande passante est un début que nos médias n’ont pas encore intériorisé adéquatement. Le nombre de crypto-curés et de crypto-nonnes qui y traînent surprendrait, si on se donnait la peine citoyenne d’adéquatement les débusquer.

L’ARRIVISME, LE CARRIÉRISME POLITICIEN. Tout événement politicien (une élection, une course à la chefferie) est désormais traité dans les médias comme une joute sportive. Le politicard décrit est implicitement présenté comme un arriviste n’aspirant qu’à grimper sur le haut du tas. Je l’ai dis, je le redis, les aspirations individuelles des chefs, on s’en tape souverainement. Le comédon politique est déjà par lui-même une distorsion suffisamment mystifiée et mythifiante des luttes sociales pour ne pas aller en rajouter une couche en trivialisant tout ça comme si c’était un sport ou un divertissement. Les mouvements politiciens (alliances, coalitions, montées, déclins) sont trop souvent analysés sur le mode de l’anecdote amusette (quand il n’y a rien de drôle dans tout ça) et l’effort de décoder le profil des luttes sociales que ces mouvements reflètent n’est pas fait ou pire, est sciemment escamoté. Miss météo analyse plus précisément son objet que le chroniqueur ou la chroniqueuse politique de service. L’attitude responsable et authentiquement démocratique de nos meneurs étudiants –par exemple- est barouettée et déformée et il est particulièrement criant et grinçant de voir ces jeunes gens se faire distordre ainsi pour prendre la forme boursouflée et inane du reste de ce que la caméra nous serine. La communication médiatique utilise les mêmes armes politiques que les pouvoirs oppressifs: frapper à la tête, isoler les meneurs, les salir, les trivialiser, les emmailloter dans le moule bourgeois et cynique dont les médias procèdent et dont ils font une promotion veule. Jamais une analyse adéquate des grands mouvements sociaux ne sortira de l’attitude consistant à se restreindre aux visées individuelles des figures empiriquement perceptibles. Faire des rapports politiques un show, sous prétexte de rendre cela intéressant ou compréhensible pour un public dont on méprise implicitement les aptitudes mentales, c’est la forme contemporaine et scintillante du populisme le plus grossier et le plus inepte.

LES PLIS ET REPLIS DU BOTTIN MONDAIN. Le star system est mondialisé et, veut veut pas, aime aime pas, le divertissement culturel est un enjeu mondial immense, en continuelle croissance et en crise de mutation. Et, bon, pourquoi pas? Mais qui en parle adéquatement? C’est quand la dernière fois que vous avez lu une vraie critique de film? Quand avez-vous pris connaissance du commentaire sur un concert qui était autre chose que la redite du dépliant publicitaire dudit concert, déguisée en reportage? Les tendances de l’art contemporain, y compris de l’art de masse, on les connaît vraiment? Non, parce qu’il n’y en a que pour le bottin mondain. La robe d’une telle, le divorce des autres, qui se tenait avec qui lors du lancement de toc Tok ou la remise de hochets Zinzin. La compétition fantasmée et délirante, en feuilleton, en ritournelle, entre ces deux actrices pour le même homme. La couverture médiatique des arts et du divertissement contemporains est une pollution intellectuelle quasi intégrale. On se laisse porter par la tendance du succès de guichet sans l’analyser. Particulièrement ratée et mal avisée est la (non) description des fours (les fameux flops). Hollywood engage des moyens de plus en plus colossaux pour un résultat artistique de plus en plus dérisoire et malingre. Même chose pour l’industrie du spectacle musical. Aucune analyse de cette crise culturelle majeure n’est produite. On se contente de paniquer au premier degré parce que la petite populace pirate des films et des bandes audio. On cherche à la convaincre de ne pas le faire. La couverture médiatique de l’art et du divertissement est une pratique implicitement publicitaire. On tait les fours, on accroche son wagon sur les succès et on requine autour pour mordiller les morceaux qui tombent. Une époque qui ne comprend pas ses crises artistiques ne se comprend pas elle-même. C’est rendu qu’un acteur refuse un rôle de personnage impopulaire parce que c’est mauvais pour son image (commerciale) de marque. C’est rendu que la production de grands feuilletons populaires fonctionne comme de tyranniques dictatures. On continue d’affecter d’ignorer l’impact de masse des jeux vidéo, pourtant comparable à l’impact de masse de la musique populaire dans les années 1958-1978. On ne rend pas compte de ce qui se passe. Et tout est pris pour acquis. Tout est gobé, y compris les souliers, comme disait une chanson d’autrefois. The show must go on et on n’y comprend goutte.

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Intox, intox, intox. C’est un état d’esprit de fond qui est en cause. Une constante stable détermine ces enjeux mondiaux surexposés. Fixation sur l’anecdotique rebattu et absence d’analyse critique effective. Ne me dites pas que cela n’est pas fait sciemment. Le petit enfant de ma photo a la décence intellectuelle d’être un enfant, justement. Nous, l’aréopage des éminents observateurs cogitatifs, il est peut-être temps qu’on sorte un petit peu de l’enfance de la pensée dans laquelle nous roule avec constance le journal du matin.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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