Le Carnet d'Ysengrimus

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QUARANTE-QUATRE COQUILLAGES DE MÉDITERRANÉE (par Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2019

CHICOREUS CORNUCERVI. Röding 1798. Synonyme : MONODON. 102-114mm. Photo: Allan Erwan Berger

CHICOREUS CORNUCERVI. Röding 1798. Synonyme: MONODON. 102-114mm. Photo: Allan Erwan Berger

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Ysengrimus (Paul Laurendeau): Alors Allan Erwan Berger, vous publiez chez ÉLP éditeur un ouvrage intitulé Quarante-quatre coquillages de Méditerranée. C’est indubitablement le texte passionnant d’un passionné. Parlez-nous donc d’abord un peu de ce qui, en vous, fait de vous un conchyliologue si ardent?

Allan Erwan Berger: C’est la lecture, c’est la découverte de la mer, et c’est le système des récompenses institué par mes parents. Chaque fois que j’avais de bonnes notes à l’école, en fin de mois je recevais un cadeau. Au début ce furent des livres sur les animaux, puis un jour ce fut, dans cette collection, le numéro sur les animaux marins: je découvris la faune magnifique et si étrange, si extra-terrestre, des mondes aquatiques. Au fond des images, comme de petites étoiles posées dans le paysage, apparurent les premiers coquillages de mon existence. Je me mis à rêver d’eux. On m’en offrit un. Puis on m’offrit un livre sur eux, livre qui reste une de mes références car l’auteur a parfaitement su cerner la fascination qui a été exercée sur les humains par ces êtres si particuliers. Il s’agit de Roderick Cameron: Les coquillages, Hachette, 1964, trad. M. Matignon. On y découvre des gravures d’anciens cabinets conchyliologiques des siècles passés: une profusion baroque qui comble l’esprit, et donne soif. Ainsi devins-je collectionneur. Puis, le temps passant, je devins conchyliologue amateur: m’intéressant non plus à la possession des objets, mais à leur étude comparée. Aujourd’hui, je me sépare d’à peu près tout ce que je reçois, enregistrant les nouveaux venus dans un atlas en ligne visité quotidiennement par des nuées de collectionneurs et d’amateurs, et corrigé constamment par les contributions amicales de ceux qui savent quelque chose que je ne savais pas, ou que je savais mal – en ce sens, Internet permet de faire bondir le niveau des connaissances à une vitesse sans mesure avec ce qui se pratiquait au temps des missives en papier, quand les recherches documentaires étaient obligatoirement menées en consultant des réceptacles non interactifs. Donc, je reçois des choses à tomber de ma chaise, j’en garde quelques unes, je relance le reste dans la mêlée. J’ai réussi par conséquent à échapper à la fascination de l’entassement, qui est une avidité sans fond; ceci me permet de rester plus froid, et peut-être alors plus amoureux. Voilà pourquoi je ne me décris plus comme un «collectionneur», mais comme un «conchyliologue amateur», qui agit de toutes ses petites forces dans le registre du dilettantisme cher à Daniel Ducharme.

Y.: Et, disons la chose comme elle est: transmet jubilativement son enthousiasme… Alors dans votre ouvrage on retrouve de magnifiques photos de coquillages. Vous les avez pris vous-même, elles proviennent d’ouvrages savants ou les deux? Comme corollaire à cette question, vous évoquez toutes les plages et fonds marins du monde (monde méditerranéen mais pas seulement) d’où proviennent ces petites merveilles. Elles ont été cueillies par vous, par d’autres, ou les deux? Comment se répartissent les dimensions directes et indirectes du savoir, ici?

A.E.B.: Toutes les illustrations sont de Berger, et sont mises sous licence [CC BY-SA 3.0]. Les coquilles sont soit pêchées par moi (principalement les espèces de faible profondeur), soit par d’autres personnes (principalement les espèces de grands fonds). Mais dans mes tiroirs il y a des choses du monde entier, que je ne peux donc avoir toutes pêchées – il n’y a d’ailleurs pas que des coquilles. Par exemple les deux cornucervi de l’illustration supra ont été récoltés à la limite extrême d’une marée très basse, sur un récif envasé de la région de Dampier, au nord-ouest de l’Australie. Aller jusque là-bas, arracher un permis de pêche, passer par l’intermédiaire d’un commerçant agréé pour faire franchir les douanes à ces deux captures, les faire transiter d’un antipode à l’autre… Autant les commander. De tous temps, les conchyliologues ont reçu l’immense majorité de leurs coquilles sans sortir de leurs chers cabinets. Nous avons ici affaire à une population de cloportes, blanchis à l’ombre des études, qui passent leurs vies le nez dans les écrans et les bouquins, à tapoter sur leurs claviers au milieu des odeurs inquiétantes des coquilles mal vidées qui sèchent sous un bureau, des produits chimiques de fixation, des chairs pourrissantes parfumées à la putrescine tapies dans des placards suspects. J’ai en ce moment un paquet de spécimens récoltés aux Samoa il y a un an, stoppés dans un mélange d’alcools, qui s’impatientent dans la cave, rendant celle-ci aussi charmante à renifler qu’une morgue. Lorsqu’on collectionne des coquilles marines, il est difficile de ne pas répandre une certaine ambiance autour de soi. C’est un combat. Mais pour en revenir aux «plages et fonds marins du monde» que vous mentionnez, cela se réfère aux indications de capture, aux données environnementales, à tout le data sans lequel un item n’est plus rien qu’une enveloppe vide. En sciences naturelles, un item doit transporter avec lui toute son histoire, ce qui permet de comparer celle-ci avec les histoires d’autres items semblables, afin de lever des mystères sur la répartition, l’habitat, l’évolution des communautés, ce qu’elles mangent, ce dans quoi elles se cachent, comment et pourquoi elles se camouflent, avec quoi elles s’associent, quels sont leurs parasites et leurs commensaux.

Y.: Vous mentionnez les commerçants avec lesquels, donc, il faut implacablement composer. Ça semble d’ailleurs être tout un import-export que celui des coquillages. Vous évoquez d’ailleurs à plusieurs reprises, dans votre ouvrage, le peu recommandable impact de connaissance de la dimension commerciale de la conchyliologie. Il semble que certaines «sous-espèces» de coquillages soient littéralement fabriquées plus sous la pression des priorités d’esbroufe marchande que dans une perspective de vraie description biologique. Qu’est-ce que c’est exactement que cette combine?

A.E.B.: C’est tout simplement l’avidité, sous deux formes qui sont complémentaires. L’une agit dans le registre de la construction de la persona, et l’autre dans le registre de l’intérêt vénal. La seconde naît de la première. Il faut d’abord que des collectionneurs ou des conchyliologues se sentent la fringale de publier la description d’un nouveau groupe, que l’on qualifiera, au mépris de toutes les évidences évolutionnistes, de «sous-espèces», pour que les marchands embraient et, sachant pertinemment qu’un bon quart de leurs clients amateurs et amoureux vont se jeter dessus à n’importe quel prix du moment que c’est le plus tôt possible (pour faire les malins auprès des confrères malheureux ou moins argentés), répercutent le nouveau nom dans leurs listes même si celui-ci n’a aucune validité taxonomique. Nous avons donc Machin qui, prenant argument que telle espèce a colonisé un nouvel endroit isolé de son aire naturelle et que, dans ce nouvel endroit, la plupart des spécimens semblent partager des caractéristiques morphologiques légèrement différentes de celles habituellement rencontrées dans l’aire naturelle, en conclut qu’il est fondé à pouvoir inventer un nouveau taxon de sous-espèce qui, puisqu’il sera le premier à le publier, portera son nom d’auteur à lui: Escargotus normalus broceliandensis Berger 2014… sous le prétexte que Berger aurait rencontré, en forêt de Brocéliande, des exemplaires à la spire plus étirée que la normale (ce qu’on trouve partout, mais qu’on trouverait plus souvent à Brocéliande même, dans certains boisés, pour toutes sortes de raisons environnementales qui nous resteront obscures, et de toute façon on s’en fout). À ce compte, les humains des forêts congolaises à faibles ressources alimentaires seront nommés Homo sapiens pygmæus Théodule 1914, tandis que ceux, tout aussi graciles, des déserts d’Afrique du sud seront nommés Homo sapiens kalaharensis Tartempion 2027. C’est faire fi des strictes définitions de l’espèce et de la sous-espèce, pour le plaisir chez l’inventeur d’alimenter sa gloire, et chez les marchands peu scrupuleux de piquer beaucoup de fric à tous les idiots des listes de diffusion. Bof, bof, bof. Un bon collectionneur doit avoir lu Épictète.

Y.: L’intervention humaine tend à bien vous casser les pieds, donc, en matière de coquillages. Les impacts de la susdite intervention humaine ne se restreignent d’ailleurs pas au domaine gnoséologique, il semble bien. Votre ouvrage mentionne à quelques reprises la portée de l’activité maritime humaine sur la vie même des espèces de mollusques. Vous nous parlez de ballasts transporteurs, de cueilleurs de moules comestibles qui, jadis, cassèrent les rochers où elles habitaient au point de bizouner tout un pan entier d’habitat, y compris pour d’autres espèces. Mais comme l’attention de votre travail se concentre en Méditerranée, vous faites fréquemment référence au perçage du Canal de Suez (ayant eu lieu entre 1859 et 1869) entre ladite Méditerranée et la Mer Rouge. Cette intervention humaine d’envergure semble avoir graduellement ouvert un monde de migrations bilatérales inattendues chez la gent coquilleuse de deux petits mondes jadis séparés. Impact positif? Négatif? Mixte?

A.E.B.: Si, de toute évidence, la destruction des rochers est indubitablement un phénomène qu’on peut estimer négatif dans le temps court, immédiat, de la survie d’une espèce, comment juger bien ou mal de l’impact des transports de larves d’un océan à l’autre, puisque toute la géologie méditerranéenne atteste de telles migrations, venues soit du nord soit du sud, en fonction des impacts climatiques? La seule différence entre le bateau-stop et la migration au gré des courants est que la première façon de voyager, «artificielle», se fait de manière quasi instantanée par rapport à la seconde, qui est réputée «naturelle». Puis-je proposer un criterium adossé à la mise en échelle des conséquences de tel ou tel phénomène? Quand des humains décident, sur deux mille kilomètres de côtes, de bousiller des rochers pour récolter des douceurs qu’on vendra bien cher, c’est moche car ça détruit les habitats de centaines de milliards de gens. Mais quand des cargos déversent des larves étrangères dans une mer isolée, ça n’a pas plus d’impact que lorsque des hordes de Blancs bien bondieusards et armés de whisky se déploient dans un pays rempli de bisons et d’indigènes amérindiens qui ne supportent pas l’alcool: lesdits indigènes s’en prennent plein la poire, les bisons sont décimés, mais le monde n’est pas entièrement ravagé. Les chiens de prairie sont toujours là, quelques «indiens» aussi, et ladite prairie se reconstitue cahin-caha sous les sabots des chevaux, nouveaux arrivants. C’est dur, c’est tragique, c’est sale et c’est salaud, mais on peut encore faire à peu près avec. Par contre, quand, dans bien des endroits de l’océan Indien, il devient interdit de ramasser une simple valve de palourde morte depuis vingt ans sous peine d’amende énorme, tandis que pêcher à la dynamite dans les récifs de corail ne coûte que le prix de la corruption des rangers chargés de le garder, alors là on va vers une destruction qui est adossée à une course effrénée: détruire un maximum tant qu’il y a quelque chose à en tirer, et merde aux suivants, on leur glisse une bonne quenelle bien néo-libérale. Autant dire que je ne mets presque pas de différence entre l’autorisation implicite de contourner la loi si on a du fric, et celle de déverser des millions de litres d’eau contaminée dans un océan, que cette eau soit radioactive comme celle de Fukushima, ou qu’elle soit simplement empoisonnée aux nitrates, phosphates et métaux lourds comme celle qui se jette dans le Golfe du Mexique en provenance des égouts nord-américains. Dans le cas des rochers dynamités, de Fukushima ou du Mississippi, l’impact est massif et laissera des traces dans la roche; dans le cas des ballastages, l’impact est combattu, compensé, négocié, et prend un temps considérable avant de faire évoluer les grands ordres. Tout le monde a le temps de s’adapter, et même celui d’entrer en résilience dans les zones où la conflictualité aurait engendré des phénomènes bien véhéments. Des coquillages de la Mer Rouge trouvés en Crète ne sont rien d’autre que de nouvelles occasions de manger des trucs bons avec un peu d’ail et un chouette vin doré; tandis que des thons, pêchés au large de Bornéo, et farcis de particules radioactives, c’est imbattable, c’est incombattable, c’est invivable et ça devient presque irracontable. En outre, quand on retrouve les mêmes au large de San Diego, et que les bébés humains de l’Oregon sont atteints d’hypothyroïdie pour cause de pluies japonaises, on se dit que le bon Dieu a décidé de casser quelques milliards de kilomètres de cailloux pour nous vendre aux restaurants de Satan, et que le volcan de Fukushima vaut bien un lahar des temps préhistoriques, pour ce qui est des génocides. Après quoi l’on reporte son regard sur le Golfe du Mexique, et l’on constate que toute la zone périt sous la pollution nord-américaine, dont le niveau a plus que doublé depuis les années 1950. Ce que montrent les films de Cousteau n’existe souvent plus du tout. La surface en état d’hypoxie et même d’anoxie totale croît chaque année: tout être vivant qui y pénètre meurt sans échappatoire, à part quelques poissons rapides s’ils ont la chance de changer d’avis et de faire demi-tour. Voilà les effets du néo-libéralisme sans frein. Les porte-conteneurs et leurs ballasts sont donc bien inoffensifs en comparaison. Ah, tant que j’y suis, voyons quel est l’impact des vilains collectionneurs sur une pauvre plage innocente: je vous l’apprends, une simple tempête vaut dix ans de cueillette effrénée. Et une petite séance de beach-refreshing (dragage de sable marin extrait au large et répandu sur les plages pour enterrer les paquets de clopes, les crottes de chien et les mégots) ça vaut vingt tempêtes tropicales, plus trois tsunamis et deux tremblements de terre – je me demande si j’exagère assez pour être enfin réaliste?

Y.: En tout cas, ici comme dans votre ouvrage, vous nous montrez bien votre sens des grands cycles. Cette remarquable Méditerranée, notre vedette ici, est un exemple spectaculaire de ces flux de grands cycles, justement, révélés chacun à leur façon, par les séculaires mouvements de mollusques. Montées des eaux, baisses des eaux, hypersalinisations, glaciations, assèchements, engloutissements. Elle en a vécu des aventures macro-géologiques «notre Mer», depuis les temps connus ou supputés. Votre ouvrage fait fréquemment allusion aux variations de cette immense trajectoire stratifiée. Si je vous demandais, sans filet (oui, c’est un calembour…), à vous et à toutes vos petites amies ès savoir les coquilles, de nous résumer en diapo rapides la vie de la Mer Méditerranée des cent soixante millions de dernières années, ça s’esquisserait comment?

A.E.B.: L’Afrique se rapproche de l’Europe, comme une mâchoire qui, pendant au bout du monde, se referme. Pendant tout ce temps le niveau des océans ne cesse de monter et descendre au gré des variations climatiques. L’avant-dernière fois, le niveau a si bien monté qu’il a fracturé le col de Gibraltar, et produit une immense cataracte qui noya la plaine méditerranéenne, à une époque où celle-ci était presque hors d’eau suite à un intense épisode d’assèchement que l’on nomme la crise de salinisation messinienne. Plus récemment, le niveau ayant de nouveau monté au-delà de toute mesure, le col du Bosphore a été recouvert par l’eau, et une autre immense cataracte a creusé des cañons terribles dans les pentes qui menaient aux plaines de l’est, aujourd’hui recouvertes sous ce que l’on nomme la Mer Noire. À cinquante mètres sous le niveau de cette dernière mer, on découvre aujourd’hui des faciès de plages.

Y.: Super. Cela contribue à faire sentir la puissante modestie de l’anecdote aux chèvres chiquant des coquilles de Crète et vous menant à la découverte d’un quai antique en pleine campagne. C’est là un fugitif et étrange moment de quête et de soleil dont vos lecteurs auront la joie de découvrir la teneur empirique (et gnoséologiques). Ces (rares mais savoureux) apartés anecdotiques où vous vous mettez en scène, acteur fouisseur, investigateur, à la fois frondeur et respectueux, à la fois sérieux et folâtre, un peu comme dans votre beau texte liminaire, nous fait rêver à quelque chose comme Les carnets de voyages du conchyliologue amateur qui en voulait. De tels carnets, moins savants, plus émotivement impressionnistes, seraient-ils dans vos cartons pour l’avenir?

A.E.B.: Non. Je verrai dans quelques années. Pour l’instant, je termine un recueil de nouvelles centrées sur la mise en paix du Soi par l’acceptation des souterrains et de leurs vertus, acceptation qui n’a rien d’une fascination évidemment.

Y.: Car ce conchyliologue est aussi spéléologue… Ce sera à lire, ça aussi. Des gens spéciaux, de fait, ces conchyliologues. Voraces mais vachement humains, quelque part… Je pense sans discontinuer à ces douzaines d’entre eux qui se sont mis, lors d’un événement public, à vous aider spontanément, par paquets, à rechercher une petite coquille grosse comme une bille qui venait de rouler au sol et qui fut effectivement sauvée. Oui, des humains hors du commun. Alors, pour conclure sur eux et sur vous, faites nous donc le portrait–robot du conchyliologue amateur contemporain et, dans le même souffle conclusif, pourquoi pas aussi le portrait-robot du lecteur cible de votre ouvrage du jour, tel que vous le concevez, le fantasmez ou le rêvez.

A.E.B.: Des conchyliologues, je n’en connais que par correspondance. Ils m’alertent sur une erreur, me donnent une coquille, me demandent la traduction d’un article ou me supplient de leur filer un spécimen pour leurs études. On s’envoie des bêtes et des messages, des images et des questions. Je questionne beaucoup, ils répondent beaucoup. J’ai de bonnes relations avec le Museum d’Histoire Naturelle de Genève; un mien camarade, collectionneur et conchyliologue amateur, est en très bon termes avec le Museum d’Histoire Naturelle de Paris. Nous avons nos sources! Quant aux collectionneurs, les profils sont très divers. Je fournis en ce moment du sable coquillier à un ami allemand qui adore en extraire les centaines de petites espèces; avec un pinceau fin, une bonne loupe et quelques sachets, un bon saladier de shell grit fait passer l’hiver de la plus tranquille des manières. Un autre camarade m’envoie des images pour mon atlas en ligne. Un troisième m’inonde de ses trouvailles, et je lui envoie en retour un paquet de ce que j’ai reçu par ailleurs et qui me semble devoir l’intéresser. Un quatrième ne saurait concevoir son existence sans écumer telle famille de A jusqu’à Z, et doit impérativement produire les tous premiers articles à chaque nouvelle découverte vraie. Il possède chez lui plusieurs centaines de milliers de spécimens de cette seule famille, et est co-auteur des ouvrages de référence qui s’y rapportent. Comme je me sépare souvent des coquillages que j’ai en trop en les exposant sur un site de vente aux enchères, j’ai pu faire la connaissance de divers types d’acheteurs. Il y a celui qui a aussi peu de sous que moi, et qui établit ses commandes avec les soins les plus minutieux. Il y a ceux qui, loin de tout souci financier, désespèrent tout le monde en posant une enchère qui écrase tout dès le début, bien certains qu’une bonne outrance clôt toujours le bec à la concurrence. Quand deux de ces fauves s’empoignent, le vendeur peut s’attendre à faire un joli gain. L’un de ces grands acheteurs entasse les paquets qu’il reçoit, et m’avoue n’avoir pas le temps de les ouvrir – il anime une émission sur une chaîne de télévision dans le Benelux, ce qui explique sa vie trépidante. Avec beaucoup de ces gens je noue des relations d’amitié ou de camaraderie, basée sur l’estime: leurs études et leurs amours sont respectables, harmonieuses, éclairées et sereines. Ils sont fertiles et m’aident souvent dans mes identifications. Les compulsifs sont rares, et on essaie en général d’établir des circuits parallèles pour éviter qu’ils se manifestent et interceptent. Quant au lectorat rêvé du présent ouvrage, j’imagine avec plaisir qu’il s’agit d’un jeune humain qui, ouvrant au hasard les titres de ce fichier, tombera en arrêt devant une coquille qui lui parlera et lui chuchotera les mille promesses, qui toutes seront tenues, que la mer offre à celles et ceux qui la regardent avec les yeux d’enfants du vieux pêcheur de mon histoire liminaire.

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Allan Erwan Berger (2014), Quarante-quatre coquillages de Méditerranée, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou Mobi.

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Le foutoir pétrolier canadien

Posted by Ysengrimus sur 7 mars 2019

On va tenter de résumer ici ledit foutoir en évitant les jugements moralistes à rallonges. Bon, la populace en a marre des carburants fossiles et je la comprends. Elle tend donc à remplacer sa petite analyse sommaire par son gros jugement moral sur cette question et cela complique singulièrement la compréhension du sac de nœuds oléagineux dans lequel macèrent les canadiens depuis un bon moment déjà. Expliquons-nous ici, en restant prosaïques, synthétiques, et factuels.

Commençons par la catastrophe écologique mondiale. Quel que soit notre degré d’agacement et d’écœurement envers elle, elle ne va pas se régler en deux ou trois ans. Ayons les faits suivants à l’esprit, dans notre réflexion sur la suite. En Chine (et c’est pas parce que c’est la Chine en tant que Chine mais bien parce que c’est là un cinquième de l’humanité), l’électricité des villes est encore produite à 70% par des usines au charbon. De plus, au sein de cette population qui est formée de la population du Canada, plus celle des États-Unis plus un milliard de personnes (1,336, 000 de personnes), il y a, en ce moment, 100 millions de voitures. Le jour où leur classe moyenne émergente va vouloir emmener les gosses en balade en bagnole, ce nombre va facilement quadrupler ou quintupler. La Chine est, à plein, dans le rythme industriel que l’Occident avait au siècle dernier. Elle y avance à son rythme et à sa vitesse et son pic maximum de consommation d’énergie fossile est encore loin devant elle. Sur l’Inde et le reste de l’Asie, même commentaire. Ces pays sont demandeurs de pétrole et ils le seront encore longtemps, au moins pour une génération. Pas deux ou trois, par contre, car chez eux aussi la résistance sociétale s’organise. En misant sur un maintien (pourtant incertain) de son essor économique actuel, la Chine espère réduire de 10% ou 15% sa dépendance au charbon, d’ici vingt ans. Sur la croissance du parc automobile, il n’y a pas de programme en vue. Et l’auto électrique, avec la rareté du cobalt dont elle semble dépendre, elle ne se multipliera pas de sitôt, à petits tarifs, sous ces hémisphères. L’Asie est un continent consommateur de carburants fossiles, présent et futur. Tout le monde le sait.

Voyons maintenant le Canada. Le Canada est un pays pétrolier classique, comme le Venezuela, comme le Nigeria, comme l’Arabie Saoudite, avec tout ce que cela implique de faussement mirifique. Le pétrole canadien a deux caractéristiques cruciales. D’abord, il est produit principalement au centre du Canada, dans la province de l’Alberta (en bleu avec le point d’interrogation, sur notre carte). Dans cet espace, les distances sont colossales et le pétrole est, de toute façon, hautement ardu à acheminer. L’autre caractéristique, c’est que c’est un pétrole de sables bitumineux, énergivore et coûteux à extraire, intéressant donc seulement quand les cours pétroliers sont élevés. Le pétrole canadien est un pétrole de plan B, un pétrole à moyen et long termes, un pétrole pour quand la fiesta du pétrole facile sera bel et bien révolue, un pétrole qui postule que le virage écologique n’est pas vraiment pour demain. Dans ce contexte précis et envers et contre tous, l’intégralité de la classe bourgeoise canadienne est d’accord avec elle-même sur un point. Il faut maintenir et même faire avancer à bon rythme l’industrie pétrolière canadienne. Cette industrie est six fois plus importante que l’industrie automobile au Canada et elle est une cruciale source de richesse collective… surtout de profits privés bourgeois, naturellement.

Sur la base axiomatique de ce postulat productiviste en matière pétrolière, les nuances du débat bourgeois au Canada épousent ensuite, grosso modo, les nuances du débat politicien. On va parler ici des Conservateurs fédéraux (opposition), des Libéraux fédéraux (au pouvoir au Canada) et des Néo-démocrates albertains (le centre gauche ronron, au pouvoir en ce moment dans la province de l’Alberta). Le débat des partis bourgeois porte non pas sur le postulat du productivisme pétrolier (qu’ils ont tous en commun) mais bien sur la nature des débouchés pétroliers, le choix des marchés. Au Canada, fait peu badin, plus t’es réac, moins t’es nationaliste. Vous avez bien lu. Les Conservateurs fédéraux sont moins nationalistes (nationalistes canadiens…) que les Libéraux fédéraux, parce que les Conservateurs fédéraux sont plus pro-Ricains. Les Conservateurs s’assument et assument le Canada comme un sous-traitant néo-colonial de la métropole US tandis que les Libéraux cultivent la mythologie brumeuse d’une autonomie nationale canadienne susceptible de se déployer de par la chanson lireuse, mondialiste et harmonieuse des accords de libre échange avec tout le monde et les autres. Dans cette quadrature du cercle canado-américain, les Conservateurs fédéraux sont trop dociles et les Libéraux fédéraux sont trop outrecuidants. Il y a donc danger partout, face à la grosse bête du sud.

Les Conservateurs canadiens sont favorables à des oléoducs qui livreraient le pétrole canadien principalement, sinon exclusivement, vers les États-Unis, notre voisin traditionnel, naturel, historique, etc… Sous les Conservateurs, le Canada chercha donc à faire construire un oléoduc qui aurait traversé tout les États-Unis latéralement et aurait fournis du pétrole brut canadien aux raffineries du Texas. Il faut comprendre que les pays importateurs de pétrole tiennent de plus en plus à raffiner sur leur propre territoire, pour affecter de faire bénéficier leurs populations laborieuses des retombées industrielles du raffinage. C’est là une version mondialiste de la vieille formule du mercantilisme colonial. Le pays colonisé (ici, le Canada) livre son produit le plus brut possible et le pays métropolitain (ici, les États-Unis) se charge de la finition et de l’ajout de plus-value commerciale, ici par le raffinage. Comme tout le monde, dans l’économie-monde, joue le même jeu, les raffineries texanes avaient besoin du brut canadien pour se maintenir actives, vu que les puits de pétrole texans doivent eux aussi de plus en plus vendre sous forme brut, attendu que leurs acheteurs internationaux aussi préfèrent désormais raffiner chez eux. La chaise musicale ou les dominos. Il y a là une sorte de cascade des protectionnismes industriels, en quelque sorte. On ne peut pas décider d’où sort le pétrole (c’est un produit minier, donc foncier, géographiquement fixe) mais on peut décider où on le traite. La résistance sociétale aux États-Unis sous Obama a fait que ce projet d’oléoduc canadien vers les États-Unis n’a pas été accepté. Les Américains achètent de toute façon, de longue date, du pétrole canadien via différents canaux. Et surtout, conscients des contraintes canadiennes, ils dictent leurs normes et leurs prix (ce sont de toutes façons principalement leurs entreprises qui prospectent le pétrole en Alberta). Ils disent au Canada: le pétrole est à tant sur le marché mondial, si vous nous vendez le vôtre à quatre ou cinq fois moins cher, on est preneurs. Comme vous êtes coincés, c’est à prendre ou à laisser. Les Conservateurs canadiens prennent.

Les Libéraux canadiens, eux, aspirent plutôt à laisser tomber ce genre d’entente à saveur néo-colonialiste. Ils cherchent à diversifier le marché pétrolier canadien. Leur cible principale, c’est l’Asie, cet immense espace émergent, industriellement retardataire, et qui sera encore énergivore pour au moins une autre génération. Les Libéraux œuvrent donc à tripler le débit d’un oléoduc existant depuis 1953 et qui, à travers les immenses Montagnes Rocheuses, achemine le pétrole albertain jusqu’à Burnaby et au port de Vancouver, où il est chargé sur des superpétroliers et envoyé en Asie. La joute se joue alors entre deux provinces de l’Ouest canadien, l’Alberta, productrice de pétrole et dont un segment de sa surface vaste comme l’Angleterre est déjà durablement pollué par la prospection à ciel ouvert des titanesques espaces de sables bitumineux, et la Colombie-Britannique, cet immense jardin forestier qu’un triplement du débit de l’oléoduc dit Trans-Mountain risque de piteusement polluer, en cas de dégât, toujours possible. La résistance sociétale joue ici à plein. Nations aborigènes, population de l’hinterland et des espaces riverains, mairies des municipalités concernées, notamment Burnaby et Vancouver, personne ne veut que le flux pétrolier déjà présent, déjà constant, déjà tangible au quotidien, ne soit multiplié par trois, amplifiant d’autant le danger permanent d’une catastrophe écologique accidentelle.

Pour compliquer et bien envenimer une situation déjà tendue, il appert que l’oléoduc Trans-Mountain déjà existant appartient à une instance bizarre et douteuse dont nous tairons ici le nom. Cette instance n’est pas propriétaire de l’oléoduc comme disons, Apple est propriétaire de ses usines de téléphones. C’est plutôt une sorte de gestionnaire, de grand intendant, qui se spécialise justement dans le management des réseaux d’oléoducs et le fait à la carte, à contrat, en se vendant au plus offrant. Or ce gestionnaire de raccords de tuyaux a pour principal client, le gouvernement américain. Nos Libéraux canadiens se retrouvent donc à devoir faire affaire, pour leur seule possibilité de débouché vers un marché pétrolier autre que les USA, avec un grand intendant… dépendant largement du gouvernement des USA. S’instaurent alors toutes sortes de bizarreries, de dépassements de coûts, de coulages d’infos en direction de la résistance sociétale, de tiraillements divers et variés entre le gouvernement fédéral et l’intendant torve des tuyaux. Tout se joue comme si ce gestionnaire de l’oléoduc Trans-Mountain se traînait les pieds et n’était pas vraiment intéressé à voir son raccord du Nord-Ouest devenir le principal robinet pétrolier canadien vers l’Asie. Le gouvernement Libéral canadien finit par en avoir plein le dos de ces combines ambivalentes et il décide de procéder à un buyout de cet encombrant partenaire. Il donne cinq milliards de dollars à l’intendant bizarre et lui dit: maintenant, tu dégages, je m’occupe moi-même de cet oléoduc. On ne parle pas de nationalisation parce que la notion n’est plus très pop, mais dans les faits, c’est quand même ça qui se passe. Les Conservateurs (méthodiquement pro-Ricains) crient alors, à la Chambre des Communes, au gaspillage des fonds publics pour acheter un hostie de tuyau qui est à nous de toutes façon depuis 1953, et qui n’est même pas encore opérationnel, dans sa version 2.0.

La populace, prompte à rager sur ces questions, et qui est peu au fait des détails cornéliens du foutoir, et qui en a bien marre de tout ce qui procède de l’oléagineux, ne voit que ce que les apparences lui montrent. Voici un gouvernement canadien qui vient de racheter pour cinq milliards d’argent public un oléoduc canadien (!) dont il entend tripler le débit pour lui faire traverser les majestueuses Montagnes Rocheuses et un des plus beaux jardins lacustres et forestiers du monde jusqu’au port d’une des villes les plus radieuses du Canada, au grand danger de tout durablement éclabousser et saloper. Pardon, les Libéraux, vous prétendiez être des écolos?

Entre alors en scène le gouvernement néo-démocrate de l’Alberta. Il est dirigé par une femme et son ministre de l’énergie est aussi une femme. J’insiste sur cette dimension de sexage parce que je trouve particulièrement frappant que, quand le pétrole vaut cher et rapporte bien, ce sont des mecs en costard, baveux et arrogants, qui dirigent la province pétrolière du Canada. Maintenant que le pétrole canadien se vend moins bien, qu’il fait douteux, foireux et sale, c’est des bonnes femmes qui doivent se taper le nettoyage du foutoir hérité. Pathétique, et passablement parlant, au sujet de certains traits politiciens de notre temps. Enfin bref. Ces dames pensent leur problème dans l’angle social-démocrate (bourgeois, toujours). Il s’agit donc, pour elles, de créer des emplois pour les Albertains frappés par la baisse mercantile des prix du pétrole. On déploie alors un certain nombre de stratégies. Pousser sur la même roue que les Libéraux fédéraux pour amplifier l’oléoduc Trans-Mountain, en insistant sur le fait que tous les Canadiens doivent faire des efforts pour perpétuer la prospérité canadienne nous permettant, notamment, de bénéficier de notre excellent système de santé publiquement financé. De l’autre bord des Montagnes Rocheuses, le gouvernement de la Colombie-Britannique, ironiquement néo-démocrate lui aussi, pousse dans l’autre sens pour que le volume d’un oléoduc déjà menaçant ne s’amplifie pas davantage. L’Alberta envisage alors l’option ferroviaire… mais depuis le bizarre accident du village de Lac-Mégantic, au Québec, ou un train-citerne de brut avait fait explosion en plein milieu du village, tuant des gens et décimant la communauté, le transport pétrolier par train (ayant augmenté exponentiellement dans les dix dernières années) est désormais subitement lui aussi dans le collimateur de la résistance sociétale. Le train n’est donc plus vraiment une alternative invisible au transport par oléoduc. Il y aura là aussi un coût de relations publiques à assumer. D’autre part, l’Alberta parle aussi de bâtir, sur Fort McMurray, son boomtown pétrolier d’autrefois, des raffineries, style Texas, pour faire comme tout le monde et se prévaloir de la forme de protectionnisme discret que représente de plus en plus l’industrie du raffinage. L’idée est que l’essence raffinée serait moins dangereuse à mettre en circulation que le brut. On dit ça, vite, vite, tout en taisant le fait qu’on remplace ainsi le risque de dégâts environnementaux interprovinciaux par une amplification de l’empreinte carbone locale due aux raffineries… raffineries qui, au demeurant, ne sortiraient pas en un an ou deux de la cuisse de Jupiter. L’Alberta nouveau genre ne se complexe d’ailleurs pas trop avec le protectionnisme. Elle fait valoir, dans une argumentation ayant son petit mérite logique, qu’elle ne comprend pas pourquoi le troisième pays pétrolier du monde, le Canada, achète du pétrole d’Arabie Saoudite. Pour le raffiner lui-même? Mais, dit l’Alberta, nous aussi on pourrait fournir du pétrole bien de chez nous et le raffiner nous-même! Maître chez nous, les foufous! Et finalement, l’Alberta, fraîchement social-démocrate, cherche, aussi et d’autre part, gaillardement mais souffreteusement, à s’extirper hors du fameux malaise hollandais en en revenant, sur le tas, à ses traditions pré-pétrolières, agricoles notamment. C’est donc subitement la promotion de l’orge et du houblon, au risque de se retrouver au cœur d’une guerre de la bière avec la puissante province de l’Ontario, fort chatouilleuse, elle aussi, sur la question de ses platebandes protectionnistes interprovinciales.

Le foutoir pétrolier canadien se résume donc comme suit. Un immense espace hérité, pollué et pullulant, d’où on extrait le pétrole de sables bitumineux coûteux à traiter mais toujours en demande. Des distances gigantesques peu peuplées mais avec une population, aborigène et non-aborigène, de plus en plus réfractaire à s’incliner devant les priorités de forbans des industriels… mais aussi… assez peu encline elle-même à cesser de chauffer son char au gaz et sa cabane au mazout. Un lobby pro-Ricains (représenté à la Chambre des Communes fédérale par les Conservateurs) qui veut mono-orienter l’exportation en direction de notre métropole néo-coloniale traditionnelle. Un autre lobby pro-Chinois (représenté à la Chambre des Communes fédérale par les Libéraux) qui veut amplifier un oléoduc vers l’Ouest et le Pacifique et se heurte aux résistances sociétales d’usage (amplement manipulées par le premier lobby, au demeurant). Et finalement les acteurs et actrices de la scène provinciale albertaine, qui ont les deux pieds et les deux mains dans le cambouis, un merdier innommable, durable, et qui se font traiter comme une bande de pestiférés malodorants après avoir été perçus comme des millionnaires nouveaux riches arrogants et anti-sociaux.

C’est la lutte de la peste, contre le choléra, contre le typhus. La situation est complètement bloquée. Et on parle ici de parcs industriels titanesques, bourdonnants, en expansion. Un danger potentiel permanent. Qui va donc finir par se rendre compte que c’est le postulat non-questionné de ces trois instances politiciennes et de sa petite populace embourgeoisée qui est le problème fondamental: j’ai nommé l’axiome capitaliste et sa doctrine à court terme du profit privé comme vision implicite du commerce et de la ci-devant économie-monde. Tout est à refaire de fond en comble, ès foutoir pétrolier canadien comme partout ailleurs. Un jour viendra.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Du Nord

Posted by Ysengrimus sur 21 juin 2018

Il s’agit d’évoquer la puissance du Nord
Et sa fragilité, et son évanescence
Il faut donner raison et il faut donner tort
À ceux qui ont perdu la boussole de nos sens

C’est qu’il faut retrouver les choses que nous disent
Les dures immensités sous un soleil de feu
Les neiges craquelantes et l’immense banquise
L’étendue infinie qui fait plisser les yeux

Il faut chanter la peur et délier la bourse
Jeter l’or à la mer, tel un trésor tari
Il faut retrouver l’œil calme et cruel de l’ours
Quand il plonge et s’en va égorger l’otarie

Et les traîneaux à chiens doivent zébrer les surfaces
Sans les déchiqueter, comme en les survolant,
Faisant bruisser les neiges, faisant crisser les glaces
En plissant leurs étraves sous les gifles du vent

Il faut redécouvrir notre peur, notre gène
Devant la densité de nos glaciers fragiles
Et il faut écouter la voix aborigène
Qui nous dit de refaire le cercle de nos villes

Il s’agit de redire nos erreurs et nos torts
Toute cette souillure du fer terni, poisseux et sale
Dont nous avons enduit nos territoires du Nord
Lors de nos incursions béatement coloniales

La banquise infinie souffre et n’accepte plus
De céder sous le poids de tous nos brise-glace
Le Nord doit retrouver ce qui était son but
Occuper calmement son immense surface

L’ours blanc a mal aux pieds et il a l’œil éteint
Les poissons ont quitté leur océan livide
L’otarie semble rire. C’est qu’elle ne comprend rien
Au désordre historique de ses tourments liquides

La banquise est venue (elle est immémoriale)
Longtemps avant les filles, longtemps avant les gars
Le respect que l’on doit à sa masse virginale
S’étend depuis le pôle jusqu’à la taïga

Il faut cesser de dire que l’on va s’occuper
De nos immensités nordiques, un beau matin
Tout en perpétuant une conscience décalée
Embrumée de bobards, de frime, de baratins.

Il s’agit d’écouter la vive conscience inuite
Quand elle enserre le cœur de nos indifférences
Ne plus tergiverser par des propos sans suite
Tandis que le Grand Nord absorbe nos carences

Le soleil de minuit projette une lumière crue
Sur tous ces animaux dont nous violons les lois
Nous qui avons rêvé et nous qui avons cru
Que le Grand Nord serait éternellement froid

Il faut le protéger comme un petit enfant
L’ours blanc et l’otarie, de concert, le demandent
Entendons ce grand cri, quand la banquise se fend
Le chant du Nord est vrai, la cause du Nord est grande

On disait que toujours la neige serait blanche
Que le Nord éternel ne disparaîtrait pas
Et, au jour d’aujourd’hui, il est triste et étrange
Que cette affirmation fonde comme un frimas

Il s’agit de scander le devoir radical
Qui jaillit de nos yeux, qui chuinte de nos corps
Envers ce qui est terrestre, climatique, animal
Il s’agit de sauver ce qu’il reste du Nord

Car le Nord est en nous. Voyons-le tel qu’il est
Sous son ciel immuable, sa surface infinie
Est si pure, si solide. Il est éternité
Il chante et chantera, sans un heurt, sans un cri

Quand nos traîneaux dessinent leurs stries respectueuses
Sur son corps frémissant qui ne craint pas demain
Nos chiens aboient mais la banquise est silencieuse
Le Nord est infini, puissant, limpide, serein.

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Écho-nounours (sur la sculpture urbaine ÉCHO de Michel Saulnier)

Posted by Ysengrimus sur 9 septembre 2017

Michel Saulnier, ÉCHO, 2001, devant l’immeuble Domtar, Métro Place-des-Arts, Montréal (en été)

Michel Saulnier, ÉCHO, 2001, devant l’immeuble Domtar, Métro Place-des-Arts, Montréal (en été)

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Écho-nounours

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Une empilade de nounours
En vieux bois noir et dépoli.
Ils ont embelli mon jour
Et je leur ai tellement souri.

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Et je les ai touché.
Ils sont ronds et grégaires.
Sans mains, sans dents, sans pieds,
Ils sont modestes et fiers.

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Quand le bois dit l’amour,
Il le fait tout en sphères.
Et ça fait son affaire
De s’afficher nounours,

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Tout en s’appelant Écho
Et de bien rire du ventre
Qui dévore nos travaux,
Qui tire l’ours hors de l’antre.

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Ces nounours sont comme en piles.
Ils ne vont pas s’en aller.
Leur présence est fort utile
Vu qu’ils m’ont fait rêvasser, transgresser et aimer.

 

Michel Saulnier, ÉCHO, 2001, devant l’immeuble Domtar, Métro Place-des-Arts, Montréal (en automne)

Michel Saulnier, ÉCHO, 2001, devant l’immeuble Domtar, Métro Place-des-Arts, Montréal (en automne)

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Ma rencontre avec Diane Larose, artiste peintre

Posted by Ysengrimus sur 21 août 2016

Petite-ecole-jaune

On ne peut pas encore tout à fait dire que l’été se termine mais disons qu’il avance. Cet été 2016 aura été absolument magnifique. Je décide donc, ce matin là, de faire une petite promenade badine en direction de la Petite École Jaune, galerie d’art miniature installée sur le chemin d’Oka, dans une ancienne école de rang deux-montagnaise, aujourd’hui réaménagée et, je vous le donne en mille, peinte en jaune. Depuis un moment, je me dis que je dois aller l’écornifler un petit brin, avant qu’elle ne ferme, avec la fin de la saison. Et ce jour là, sur le balcon avant de la Petite École Jaune, il y a Diane Larose, artiste peintre, installée, assise, concentrée, une brosse à la main, devant un chevalet bas perché. La toile est blanche mais ne le restera pas longtemps. Cette artiste me confiera en effet bientôt que le syndrome de la toile blanche ne la turlupine pour tout dire comme qui dirait absolument pas.

Cherchant à éviter de la déranger dans son travail en gestation, j’entre, la contourne silencieusement, et investis la petite galerie. Diane Larose me suit aussitôt et bientôt voici que nous conversons arts. Elle me parle de son fils, un irlandais tonique qui écrit parfois de la poésie en se basant sur les œuvres picturales et plastiques de sa maman. Parfaitement charmant. Elle me fait voir une de ses œuvres picturales exposée, dont voici la reproduction photographique, tirée du catalogue de Diane Larose.

Diane Larose. PLUIES ACIDES (2013). Acrylique sur toile. Dimension sans cadre: 30’’ X 24’’

Diane Larose. PLUIES ACIDES (2013). Acrylique sur toile. Dimension sans cadre: 30’’ X 24’’

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Prostrée, funeste, la toile est passablement prenante. On y sent presque tactilement la facture saillante, dure, ployable mais fixe, sensuelle mais aigre, de l’acrylique. Et ce ciel incandescent et ces dégoudines (avec d, j’insiste) lavasses, livides et volontairement négligées sont cuisants. Triste. Amer. Forclos. Urbain à l’ancienne. On dirait pourtant que ça irradie fort, que ça a mal. Ce serait Montréal avant la construction de la Place Ville-Marie, me dit-elle. C’est surtout une protestation implicite envers ce qu’un certain temps fait de nos villes. Diane Larose me demande si je suis artiste. Je lui susurre avec aise que je fais plus dans le verbal que dans le pictural et qu’ainsi, si ça l’amuse, je clopine un petit saut chez moi et lui écris ipso facto un court poème, basé sur la toile Pluies acides ici présente. Elle semble intriguée par l’idée et comme les paroles me roulent déjà assez furieusement dans la tête, je m’empresse de rentrer à la maison pour éviter que des giclées de texte ne me dégoudinent [sic] par les oreilles et se perdent dans de la terre sale, comme la pluie en pleurs sur l’œil de tristesse et de rage de la toile de Diane Larose. Chemin d’Oka. Cottage blanc. Écritoire. Poulet plié. Stylo-bille. Je couche alors, sans rature selon mon habitude, le petit jeu de demis-alexandrins suivant:

Les rougeurs de la ville

Les rougeurs de la ville
Ensanglantent une toile
Pour qu’un ciel sans étoile
Chuinte sa vile bile.

L’industrie de la mort
S’urbanise de bon ton
Et le noir du charbon
Rougit au feu des torts.

Puis il ne reste qu’un vide
Sous des gouttes mises à plat.
Vous méprisez nos lois,
Pluies de sang, pluies acides.

Ça tient. Je tire alors de ma bibliothèque un des exemplaires gracieux de mon recueil Poésie d’outre-ville. Je l’ouvre à la première page de garde et y recopie le poème, suivi d’une signature. Je retourne dare-dare à la Petite École Jaune. La peintre Diane Larose y est toujours. Nous nous posons devant son tableau et je lui lis mon court poème. Elle semble particulièrement satisfaite. Elle prétend même en ressentir quelque chose comme des picotements cutanés. Merveilleux vibrato charnel du verbe…

Et Diane Larose attrape alors le ballon et, sportive, le renvoie, aérien, en arabesque. Ainsi, elle décide avec naturel et délié, dans la spontanéité du mouvement, de faire répondre la bergère au berger. Elle me suggère de revenir la voir dans quelques heures. Elle aura alors peint un tableau pour moi, qu’elle me donnera en échange amical de ce poème et de ce recueil. Je disparais et reviens à l’heure qu’elle m’a indiquée.

La toile est là. Une eau fluviale froide et tumultueuse nous y sépare d’une petite chaîne de montagnes précambriennes noire vif et d’un ciel plus doux que l’eau qui, elle, est dure et puissante. Peint de mémoire, l’espace évoqué procèderait partiellement (semi-figurativement, semi-imaginairement) de la région de Kamouraska. Sur bâbord, un feuillu effeuillé, maigre et tourmenté, lacère le côté jardin du premier plan, comme une balafre annonçant fatalement toutes les ouvertures de nos débuts de fins d’automne. Autant Pluies acides est urbain, industriel, chimique, torride. Autant celui-ci est nature, atavique, torrentiel, glacial. Pluies acides est monochrome dans les rouge (pas vraiment, hein, car il y a du noir et d’autres couleurs aussi, qui cherchent, dans la flotte stagnante au ras du sol, à percer outre-ville). Celui-ci est monochrome dans les bleus (et les noirs de montagnes et les blancs de nuages et d’écume). Il s’intitule La bleutée du fleuve. Et c’est peint au couteau. En voici la reproduction photo.

Diane Larose. LA BLEUTÉE DU FLEUVE (2016). huile sur toile monochrome peinte au couteau. Dimension sans cadre: 14’’ X 18’’.

Diane Larose. LA BLEUTÉE DU FLEUVE (2016). huile sur toile monochrome peinte au couteau. Dimension sans cadre: 14’’ X 18’’.

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Diane Larose me parle alors un peu du dosage des luminosités dans le monochrome. Elle le fait en me montrant d’un geste ami et magistral le superbe ciel au beau fixe de ce si bel été 2016. Il semble que, lors de la mise en forme d’un tableau paysager, il faille infailliblement décider d’où le soleil se manifeste, même si on ne le dépeint pas ouvertement dans le cadre. Sur le tableau La bleutée du fleuve, le soleil est franchement à tribord, côté cour et, en l’air, fatalement. La teinte du ciel et celle du fleuve s’en trouvent subtilement altérées. Ah, mais rien n’est simple dans les replis de ces mondes qui reproduisent nos mondes.

On parle quelque temps de peinture, et du travail des musiciens (Diane Larose joue aussi de la guitare six cordes) et des paroliers (votre humble serviteur en patins de la dive parole). Puis on se fixe un autre rendez-vous, deux jours plus tard, même lieu, pour que je récupère mon tableau, quand il sera sec.

[Le surlendemain]… Et… une fois n’est pas coutume hic et nunc, je fais dans le blogging instantanéiste. Trempé comme une soupe, je viens tout juste de me rendre aujourd’hui à la Petite École Jaune pour y prendre livraison de mon tableau. Le temps est de fait fort maussade pour dire que, pour le coup, il pleut des cordes (J’espère de tout cœur que c’est pas de la pluie acide). Le personnel est en train d’attendre les artistes qui vont venir démonter la petite galerie d’exposition. Diane Larose, en grande forme, plante deux petits pitons (un en haut et un en bas) et noue une corde dans le dos de mon tableau, afin que je puisse le convoyer face contre le sol, un plastique dans le dos. La saison estivale est bel et bien finie et je ramène ma toile, qui prendra une autre semaine pour finir de sécher, au pas de charge, sous la pluie battante. Bon, vlan, c’est fait. J’ai maintenant la toile La bleutée du fleuve avec moi. Derrière, il est écrit: M. Laurendeau. En remerciement de votre générosité. Diane Larose, 2016.

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Entrevue alimentaire avec la «nutritionniste» ordinaire Coccinelle

Posted by Ysengrimus sur 1 juin 2015

Coccinelle-repas
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Ysengrimus: Bon Coccinelle, vous me signalez que vous n’êtes pas nutritionniste ou autre -iste du genre. Par contre vos conseils sur l’alimentation me semblent pleins de sagesse. Alors, prenons l’affaire à bras le corps pour commencer, sans hésiter, ni tergiverser. Disons… je veux avant tout ne pas mal manger, que dois-je éviter de faire?

Coccinelle: Voilà une lourde question! La réponse la plus simple à cette question est d’éviter de consommer des produits transformés. Ils sont généralement plein d’ingrédients nocifs pour la santé, comme des sucres raffinés, des gras trans, des huiles hydrogénées ou raffinées, des colorants et arômes artificiels et de nombreux agents de conservation. Rien de bien étonnant donc, mais ce n’est malheureusement pas tout. Il faut aussi faire attention à la cuisson des aliments. Il faut éviter de chauffer les huiles et les gras à une température plus élevée que leur point de fumée puisque même l’huile la meilleure pour la santé deviendra alors nocive. Il faut également éviter la cuisson d’aliments riches en amidon (particulièrement s’ils contiennent des grains entiers) au delà de 120°C puisque cela favorise la création d’acrylamide qui est une toxine. Il faut aussi éviter de faire carboniser les aliments en général. Le goût amer d’un aliment brûlé est sensé nous décourager de le manger, mais je connais de nombreuses personnes qui s’en délectent. Bref, tout n’est pas blanc ou noir, ce serait bien trop simple.

Ysengrimus: D’accord. Ceci dit, certains aliments sont-ils tout bonnement à proscrire? La viande diraient certains végétariens. Vous, vous dites quoi?

Coccinelle: Il est facile de vouloir tout proscrire ce qui est mauvais pour la santé mais tout est dans la modération. Il est avant tout important de prendre plaisir à manger et ne pas tomber dans l’orthorexie. Personnellement, je ne crois pas que la viande soit mauvaise pour la santé, même la viande rouge. Les gras saturés ont bien mauvaise presse depuis plusieurs décennies mais ils ont l’avantage d’être plus stables que les gras insaturés, et donc d’être moins susceptibles de devenir nocifs que ces derniers. Il peut être bien difficile de croire que les gras saturés et le cholestérol soient bons pour la santé quand médias et médecins nous rappellent constamment qu’ils bloquent les artères. Mais est-ce vraiment le cas? Cette croyance a tellement d’effets pervers que, fondée ou pas, il faut se méfier. L’industrie alimentaire a remplacé en masse les gras saturés par des gras trans ou des huiles hydrogénées ou raffinées. Selon certaines études, ce remplacement n’a pas eu l’effet escompté sur l’incidence des maladies cardiovasculaires. Bien sûr, toutes les viandes ne sont pas toutes sur un pied d’égalité, quand on pense aux hormones de croissance, aux antibiotiques et autres additifs ajoutés à la nourriture des animaux, mais il ne faut pas bannir la viande en bloc.

Ysengrimus: Et les allergènes de tendances, qu’en est-il? Vous comprendrez que j’ironise un petit peu ici en parlant d’allergènes de tendances car, disons la chose comme elle est, on dirait vraiment que certains allergènes font l’objet carrément de modes, pour ne pas dire de rages. Il fut un temps c’était le «cholestérol» (qui n’est même pas lui-même une substance qu’on peut absorber, si j’ai bien pigé). Et en ce moment c’est le gluten qui semble à fuir. Alors, la modération suffit ici aussi ou il y a un danger plus virulent?

Coccinelle:  Les aliments à proscrire dont on discutait plus tôt sont dangereux puisque qu’ils causent des problèmes de santé potentiellement mortels qui vont se déclencher seulement plusieurs décennies plus tard comme le cancer ou le diabète. Le gluten, quand à lui, est moins dangereux mais pas moins sournois. Même pour les 99% de la population qui n’ont pas la maladie coeliaque (maladie hautement sous-diagnostiquée), il n’est quand même pas inoffensif. Il serait l’une des causes de plusieurs maladies chroniques et symptômes qui ne mettent nullement la vie des gens en danger. Comme par exemple l’arthrite. Vous mangez du gluten, vous avez mal aux mains; vous arrêtez de manger de gluten, vous n’avez plus mal aux mains. Est-ce que parce que de nombreuses personnes ont soulagé un ou plusieurs de leurs symptômes en arrêtant de manger du gluten, cela signifie nécessairement que le gluten en soit la cause? Il est difficile de conclure quoi que ce soit, mais je crois que cela explique très bien l’engouement pour cette “mode”.

Ysengrimus: Je vois. Il y a donc ces aliments incorporant des ingrédients à attentivement surveiller. Il y a aussi la configuration des rythmes de repas. Cela serait un facteur à considérer aussi. Il existe un tas de légendes populaires sur cette question. D’aucunes disent que le petit déjeuner est le repas les plus important, qu’il doit conséquemment être copieux, d’autre dirons plutôt, pour la même raison: léger. Certains disent en effet qu’il faut un petit repas le matin, un plus gros le midi, un très gros le soir. Mais voici d’autres commentateurs ou commentatrices qui affirment que se coucher le ventre bien plein le soir n’est pas santé, santé. En plus cela ferait ronfler. Il y a les promoteurs des petites collations courtes et multiples. Il y a leurs détracteurs aussi. Tout ce que je sais, moi, maintenant, c’est que si je mange un frometon le soir, je ferai pas de cauchemars. Ah, quand même! Cette croyance là était une légende, comme celle du folklore d’aller à la piscine trois heures après le repas pour éviter les crampes ou de bouffer du sucre avant un examen ou une épreuve physique. Alors, déjeuner, dîner, souper (comme on dit au Canada… et dans plusieurs régions de France), que nous dites-vous de leur ordonnancement?

Coccinelle: Je ne vois aucune raison pour ne pas suivre son appétit et manger quand on a faim et de pas manger quand on a pas faim. C’est certain que tout dépendant de notre emploi, on ne peut pas tous faire ça, mais je vois ça comme étant l’idéal. Si on ne mange que des bonnes choses, même à la collation, il n’y a aucune raison de se restreindre. C’est un bon incitatif, vous ne trouvez pas? Maintenant, c’est sûr que si vos signaux de faim et de satiété sont déréglés, il faut faire plus attention. Une bonne règle serait de quand même manger quand on a faim, mais de limiter au minimum les glucides lors des collations. Tout le monde n’as pas le même métabolisme alors il est impossible de décréter des règles universelles. Si votre voisin s’épanouit avec un seul repas par jour, ce n’est pas une raison pour faire comme lui. De l’autre côté, se sentir coupable lorsque l’on saute un repas n’est pas très productif. Si cela ne vous cause aucun désagrément, cessez d’écouter les dictons et dictats et écoutez votre corps! Petite note en passant, cela s’applique aussi à la quantité d’eau que nous buvons. Il est inutile de se forcer à boire 8 verres d’eau par jour.

Ysengrimus: Donc, c’est moins une affaire de doctrine abstraite que d’écoute de soi concrète. Aussi: il faut s’informer sans paniquer. Je vous remercie Coccinelle pour toutes ces sages indications et ces hyperliens fort utiles. Vous êtes vraiment une femme de votre temps et je vais tout faire pour transformer ma fourchette en un déférent diapason de ce lot de nouvelles valeurs. Pour la suite, sachons rester sur notre faim sapientale, c’est encore la meilleure ouverture à une saine discussion de la question.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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L’IMAGIAIRE DES EAUX ET DES PIERRES par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2015

Imagiaire eaux-pierres

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Après L’Imagiaire vergner et L’Imagiaire des pimprenelles parus chez ÉLP en 2014, nous publions, Allan Erwan Berger et moi, L’Imagiaire des eaux et des pierres (pictopoèmes).  Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie, Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image. Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique.

Ce troisième imagiaire fut pour moi l’opportunité cardinale de m’adonner à un autre exercice particulièrement intéressant en poésie: faire le parolier. Plus qu’ailleurs, je me suis coulé ici dans l’univers intérieur d’Allan Erwan Berger. Je me suis insinué, comme un discret mais dense flux verbal, dans son monde de spéléologie, de géologie, d’archéologie, d’histoire locale, d’éco-tourisme international même. Quand je dis «je», c’est Berger qui parle. Quand je dis «toi» c’est à son amoureuse que je le dis. Je suis leur parolier et c’est ainsi que j’existe ici, sans complexe. J’adore faire ça. Il n’y a que Monsieur Laforêt (souvenir de mon vieux père) qui est de moi ici… et un tout petit peu le chat Alaska aussi. Pour le reste c’est Berger qui vous parle de ses marottes, bien en selle sur son dada… à tout le moins, c’est Berger tel que je l’ai imaginé à partir de ce puissant monde d’images qui a la profondeur et la densité du vrai et de l’étrange. L’exercice poétique fut donc ici aussi un bel exercice d’empathie. Le fait est que la caverne de Platon, comme celle de Berger, n’est plus vraiment la prison du savoir si on accepte sans préjugé de s’y enfoncer jusqu’au col, même indirectement… Telle fut ma tentative ici, sur images de vieilles pierres des vieux pays et souvenir sempiternel et universel des eaux.

Venez donc avec nous rêver et rimailler, dans L’Imagiaire des eaux et des pierres.

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Avant-propos de Ber (Allan Erwan Berger):

La pierre naît et meurt continuellement. Elle naît du monde, elle meurt du temps, puis renaît de sa loi. L’eau est ce qui la tue principalement: l’eau transforme la pierre en sable, en argiles, puis en vases au fond des grandes fosses océaniques.

Là, des soubresauts de la Terre la font émerger, et la revoici plateau calcaire, «immense cimetière» (Casteret) que la pluie ronge en cavernes, en puits, en gorges et ravines, en sable, en argiles, en vases au fond des grandes fosses océaniques.

La pierre renferme la vie: à l’état de traces fossiles ou de dessins sculptés, mais aussi, bien entendu, sous la forme d’êtres vivants qui s’y abritent, s’y aiment et s’y endorment. Quand ceux-ci sont des humains (Anthropos), la pierre leur devient tour, antre, moulin, temple défiant le temps; mais l’eau, qui jamais n’interrompt son ouvrage, pulvérise les témoignages de nos vies et les réduit en sable, en argiles, en vases au fond des grandes fosses océaniques.

Devant ce lent tourbillon qui ne cesse de malaxer jusqu’aux plus grandioses des manifestations du monde, l’esprit des plus faibles d’entre nous se tourne vers son coeur, où il souhaite y rencontrer de quoi espérer survivre par-delà le mur de la mort. Les humains tranquilles n’ont que faire de ces frayeurs; ils roulent avec les éléments, et font leurs vies dans le flux sans emmerder personne plus que de raison.

Berger

Image de couverture: ce gouffre semble régulièrement inondé; les parois de la faille sont en effet recouvertes de boue laissée par la rivière souterraine lorsqu’elle est en crue. Eau, pierre, argile…

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LauBer (2015), L’Imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou Mobi.

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L’IMAGIAIRE DES PIMPRENELLES par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 7 décembre 2014

imagiaire pimprenelles

Nous publions, Allan Erwan Berger et moi, L’Imagiaire des pimprenelles (pictopoèmes) chez ÉLP (2014). Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie, Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image.

Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L’idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s’affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c’est certainement passablement bucolique. C’est un hymne inconditionnel d’amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n’appartiens à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.

Venez avec nous rêver et rimailler dans l’Imagiaire des pimprenelles, comme il y a peu dans L’Imagiaire vergner.

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Commentaire de Ber (Allan Erwan Berger):

C’est un plaisir énorme de voir ce qu’un poète peut tirer des images que l’on a prises. Je me trimbale presque toujours, quand je suis en nature, avec un appareil à la main. Ce n’est pas compliqué, il suffit d’être vagabond, amoureux de tout, gourmand, le nez en l’air et le regard filant dans les coins. Les photos sont parfois bonnes, parfois mauvaises, mais rarement ratées: il suffit alors de promener dedans un recadrage, et l’on y découvre des scènes.

Il suffit ensuite que, avant d’offrir l’image ainsi constituée à son ami Laurendeau, Berger y promène le cadre d’un titre, pour que le poète y découvre alors des mondes, et nous les offre en retour.

Ainsi dialoguent les humains, en papotage sur les formes et les profondeurs de l’Univers. Leurs paroles se font lettres ou peintures, sculptures ou musiques, et c’est tout ça qui est l’Art et c’est pour ça que nous autres d’ÉLP vivons, baignant dans la chaude lumière des muses en farandole.

Les images viennent de France, les poésies sont du Québec.

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LauBer (2014b), L’Imagiaire des pimprenelles, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou Mobi.

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L’IMAGIAIRE VERGNER par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2014

Imagiaire vergner

Nous publions, Allan Erwan Berger et moi, L’Imagiaire vergner (pictopoèmes) chez ÉLP (2014). Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie, Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image.

Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L’idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s’affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c’est certainement passablement bucolique. C’est un hymne inconditionnel d’amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n’appartient à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.

Venez avec nous rêver et rimailler, dans L’Imagiaire vergner.

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Commentaire de Ber (Allan Erwan Berger):

C’est un plaisir énorme de voir ce qu’un poète peut tirer des images que l’on a prises. Je me trimbale presque toujours, quand je suis en nature, avec un appareil à la main. Ce n’est pas compliqué, il suffit d’être vagabond, amoureux de tout, gourmand, le nez en l’air et le regard filant dans les coins. Les photos sont parfois bonnes, parfois mauvaises, mais rarement ratées: il suffit alors de promener dedans un recadrage, et l’on y découvre des scènes.

Il suffit ensuite que, avant d’offrir l’image ainsi constituée à son ami Laurendeau, Berger y promène le cadre d’un titre, pour que le poète y découvre alors des mondes, et nous les offre en retour.

Ainsi dialoguent les humains, en papotage sur les formes et les profondeurs de l’Univers. Leurs paroles se font lettres ou peintures, sculptures ou musiques, et c’est tout ça qui est l’Art et c’est pour ça que nous autres d’ÉLP vivons, baignant dans la chaude lumière des muses en farandole.

Les images viennent de France, les poésies sont du Québec.

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LauBer (2014), L’Imagiaire vergner, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou Mobi.

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LA MORT DE L’OURS (Félix Leclerc)

Posted by Ysengrimus sur 2 août 2014

Jeune-Félix Leclerc

Il y a cent ans pile-poil aujourd’hui naissait Félix Leclerc (1914-1988). Il n’est plus avec nous mais il est encore tant tellement avec nous. Oh, mais surtout… le grand secret des secrets, c’est qu’il nous a lui même raconté sa propre mort dans cette chanson écolo-avant-la-lettre de 1969. Lisons et écoutons plutôt…

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LA MORT DE L’OURS

Où allez-vous, Papa loup
Chapeau mou, médaille au cou
Vous a-t-on nommé shérif
Des montagnes et des récifs?

Non, mon fils, j’ai pris un bain
Chaussé guêtres et canne en main
Vais porter hommage au roi
Si tu veux, viens avec moi

Ni orignal ni carcajou
Je ne connais roi que vous
Peigne plutôt tes poils fous
Et suis-moi à pas de loup

Ils ont marché quatre lieues
Arrivés près d’un torrent
Sauvage et débordant
De cris et de chants d’adieu

Bonjour Sire, c’est moi, le loup
M’voyez-vous, m’entendez-vous?
Suis venu à travers bois
Vous saluer, comme ils se doit

Il se tient droit, salue l’ours
Qui a la patte dans le piège
Plein de sang dessus la mousse
Et tombe la première neige

Le petit loup est ému
Et voudrait rentrer chez lui
Le gros ours, le gros poilu
Lui sourit et dit merci

Ils sont revenus de nuit
À travers bouleaux jolis
Le plus grand marchait devant
Et pleurait abondamment.

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