Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Le foutoir pétrolier canadien

Posted by Ysengrimus sur 7 mars 2019

On va tenter de résumer ici ledit foutoir en évitant les jugements moralistes à rallonges. Bon, la populace en a marre des carburants fossiles et je la comprends. Elle tend donc à remplacer sa petite analyse sommaire par son gros jugement moral sur cette question et cela complique singulièrement la compréhension du sac de nœuds oléagineux dans lequel macèrent les canadiens depuis un bon moment déjà. Expliquons-nous ici, en restant prosaïques, synthétiques, et factuels.

Commençons par la catastrophe écologique mondiale. Quel que soit notre degré d’agacement et d’écœurement envers elle, elle ne va pas se régler en deux ou trois ans. Ayons les faits suivants à l’esprit, dans notre réflexion sur la suite. En Chine (et c’est pas parce que c’est la Chine en tant que Chine mais bien parce que c’est là un cinquième de l’humanité), l’électricité des villes est encore produite à 70% par des usines au charbon. De plus, au sein de cette population qui est formée de la population du Canada, plus celle des États-Unis plus un milliard de personnes (1,336, 000 de personnes), il y a, en ce moment, 100 millions de voitures. Le jour où leur classe moyenne émergente va vouloir emmener les gosses en balade en bagnole, ce nombre va facilement quadrupler ou quintupler. La Chine est, à plein, dans le rythme industriel que l’Occident avait au siècle dernier. Elle y avance à son rythme et à sa vitesse et son pic maximum de consommation d’énergie fossile est encore loin devant elle. Sur l’Inde et le reste de l’Asie, même commentaire. Ces pays sont demandeurs de pétrole et ils le seront encore longtemps, au moins pour une génération. Pas deux ou trois, par contre, car chez eux aussi la résistance sociétale s’organise. En misant sur un maintien (pourtant incertain) de son essor économique actuel, la Chine espère réduire de 10% ou 15% sa dépendance au charbon, d’ici vingt ans. Sur la croissance du parc automobile, il n’y a pas de programme en vue. Et l’auto électrique, avec la rareté du cobalt dont elle semble dépendre, elle ne se multipliera pas de sitôt, à petits tarifs, sous ces hémisphères. L’Asie est un continent consommateur de carburants fossiles, présent et futur. Tout le monde le sait.

Voyons maintenant le Canada. Le Canada est un pays pétrolier classique, comme le Venezuela, comme le Nigeria, comme l’Arabie Saoudite, avec tout ce que cela implique de faussement mirifique. Le pétrole canadien a deux caractéristiques cruciales. D’abord, il est produit principalement au centre du Canada, dans la province de l’Alberta (en bleu avec le point d’interrogation, sur notre carte). Dans cet espace, les distances sont colossales et le pétrole est, de toute façon, hautement ardu à acheminer. L’autre caractéristique, c’est que c’est un pétrole de sables bitumineux, énergivore et coûteux à extraire, intéressant donc seulement quand les cours pétroliers sont élevés. Le pétrole canadien est un pétrole de plan B, un pétrole à moyen et long termes, un pétrole pour quand la fiesta du pétrole facile sera bel et bien révolue, un pétrole qui postule que le virage écologique n’est pas vraiment pour demain. Dans ce contexte précis et envers et contre tous, l’intégralité de la classe bourgeoise canadienne est d’accord avec elle-même sur un point. Il faut maintenir et même faire avancer à bon rythme l’industrie pétrolière canadienne. Cette industrie est six fois plus importante que l’industrie automobile au Canada et elle est une cruciale source de richesse collective… surtout de profits privés bourgeois, naturellement.

Sur la base axiomatique de ce postulat productiviste en matière pétrolière, les nuances du débat bourgeois au Canada épousent ensuite, grosso modo, les nuances du débat politicien. On va parler ici des Conservateurs fédéraux (opposition), des Libéraux fédéraux (au pouvoir au Canada) et des Néo-démocrates albertains (le centre gauche ronron, au pouvoir en ce moment dans la province de l’Alberta). Le débat des partis bourgeois porte non pas sur le postulat du productivisme pétrolier (qu’ils ont tous en commun) mais bien sur la nature des débouchés pétroliers, le choix des marchés. Au Canada, fait peu badin, plus t’es réac, moins t’es nationaliste. Vous avez bien lu. Les Conservateurs fédéraux sont moins nationalistes (nationalistes canadiens…) que les Libéraux fédéraux, parce que les Conservateurs fédéraux sont plus pro-Ricains. Les Conservateurs s’assument et assument le Canada comme un sous-traitant néo-colonial de la métropole US tandis que les Libéraux cultivent la mythologie brumeuse d’une autonomie nationale canadienne susceptible de se déployer de par la chanson lireuse, mondialiste et harmonieuse des accords de libre échange avec tout le monde et les autres. Dans cette quadrature du cercle canado-américain, les Conservateurs fédéraux sont trop dociles et les Libéraux fédéraux sont trop outrecuidants. Il y a donc danger partout, face à la grosse bête du sud.

Les Conservateurs canadiens sont favorables à des oléoducs qui livreraient le pétrole canadien principalement, sinon exclusivement, vers les États-Unis, notre voisin traditionnel, naturel, historique, etc… Sous les Conservateurs, le Canada chercha donc à faire construire un oléoduc qui aurait traversé tout les États-Unis latéralement et aurait fournis du pétrole brut canadien aux raffineries du Texas. Il faut comprendre que les pays importateurs de pétrole tiennent de plus en plus à raffiner sur leur propre territoire, pour affecter de faire bénéficier leurs populations laborieuses des retombées industrielles du raffinage. C’est là une version mondialiste de la vieille formule du mercantilisme colonial. Le pays colonisé (ici, le Canada) livre son produit le plus brut possible et le pays métropolitain (ici, les États-Unis) se charge de la finition et de l’ajout de plus-value commerciale, ici par le raffinage. Comme tout le monde, dans l’économie-monde, joue le même jeu, les raffineries texanes avaient besoin du brut canadien pour se maintenir actives, vu que les puits de pétrole texans doivent eux aussi de plus en plus vendre sous forme brut, attendu que leurs acheteurs internationaux aussi préfèrent désormais raffiner chez eux. La chaise musicale ou les dominos. Il y a là une sorte de cascade des protectionnismes industriels, en quelque sorte. On ne peut pas décider d’où sort le pétrole (c’est un produit minier, donc foncier, géographiquement fixe) mais on peut décider où on le traite. La résistance sociétale aux États-Unis sous Obama a fait que ce projet d’oléoduc canadien vers les États-Unis n’a pas été accepté. Les Américains achètent de toute façon, de longue date, du pétrole canadien via différents canaux. Et surtout, conscients des contraintes canadiennes, ils dictent leurs normes et leurs prix (ce sont de toutes façons principalement leurs entreprises qui prospectent le pétrole en Alberta). Ils disent au Canada: le pétrole est à tant sur le marché mondial, si vous nous vendez le vôtre à quatre ou cinq fois moins cher, on est preneurs. Comme vous êtes coincés, c’est à prendre ou à laisser. Les Conservateurs canadiens prennent.

Les Libéraux canadiens, eux, aspirent plutôt à laisser tomber ce genre d’entente à saveur néo-colonialiste. Ils cherchent à diversifier le marché pétrolier canadien. Leur cible principale, c’est l’Asie, cet immense espace émergent, industriellement retardataire, et qui sera encore énergivore pour au moins une autre génération. Les Libéraux œuvrent donc à tripler le débit d’un oléoduc existant depuis 1953 et qui, à travers les immenses Montagnes Rocheuses, achemine le pétrole albertain jusqu’à Burnaby et au port de Vancouver, où il est chargé sur des superpétroliers et envoyé en Asie. La joute se joue alors entre deux provinces de l’Ouest canadien, l’Alberta, productrice de pétrole et dont un segment de sa surface vaste comme l’Angleterre est déjà durablement pollué par la prospection à ciel ouvert des titanesques espaces de sables bitumineux, et la Colombie-Britannique, cet immense jardin forestier qu’un triplement du débit de l’oléoduc dit Trans-Mountain risque de piteusement polluer, en cas de dégât, toujours possible. La résistance sociétale joue ici à plein. Nations aborigènes, population de l’hinterland et des espaces riverains, mairies des municipalités concernées, notamment Burnaby et Vancouver, personne ne veut que le flux pétrolier déjà présent, déjà constant, déjà tangible au quotidien, ne soit multiplié par trois, amplifiant d’autant le danger permanent d’une catastrophe écologique accidentelle.

Pour compliquer et bien envenimer une situation déjà tendue, il appert que l’oléoduc Trans-Mountain déjà existant appartient à une instance bizarre et douteuse dont nous tairons ici le nom. Cette instance n’est pas propriétaire de l’oléoduc comme disons, Apple est propriétaire de ses usines de téléphones. C’est plutôt une sorte de gestionnaire, de grand intendant, qui se spécialise justement dans le management des réseaux d’oléoducs et le fait à la carte, à contrat, en se vendant au plus offrant. Or ce gestionnaire de raccords de tuyaux a pour principal client, le gouvernement américain. Nos Libéraux canadiens se retrouvent donc à devoir faire affaire, pour leur seule possibilité de débouché vers un marché pétrolier autre que les USA, avec un grand intendant… dépendant largement du gouvernement des USA. S’instaurent alors toutes sortes de bizarreries, de dépassements de coûts, de coulages d’infos en direction de la résistance sociétale, de tiraillements divers et variés entre le gouvernement fédéral et l’intendant torve des tuyaux. Tout se joue comme si ce gestionnaire de l’oléoduc Trans-Mountain se traînait les pieds et n’était pas vraiment intéressé à voir son raccord du Nord-Ouest devenir le principal robinet pétrolier canadien vers l’Asie. Le gouvernement Libéral canadien finit par en avoir plein le dos de ces combines ambivalentes et il décide de procéder à un buyout de cet encombrant partenaire. Il donne cinq milliards de dollars à l’intendant bizarre et lui dit: maintenant, tu dégages, je m’occupe moi-même de cet oléoduc. On ne parle pas de nationalisation parce que la notion n’est plus très pop, mais dans les faits, c’est quand même ça qui se passe. Les Conservateurs (méthodiquement pro-Ricains) crient alors, à la Chambre des Communes, au gaspillage des fonds publics pour acheter un hostie de tuyau qui est à nous de toutes façon depuis 1953, et qui n’est même pas encore opérationnel, dans sa version 2.0.

La populace, prompte à rager sur ces questions, et qui est peu au fait des détails cornéliens du foutoir, et qui en a bien marre de tout ce qui procède de l’oléagineux, ne voit que ce que les apparences lui montrent. Voici un gouvernement canadien qui vient de racheter pour cinq milliards d’argent public un oléoduc canadien (!) dont il entend tripler le débit pour lui faire traverser les majestueuses Montagnes Rocheuses et un des plus beaux jardins lacustres et forestiers du monde jusqu’au port d’une des villes les plus radieuses du Canada, au grand danger de tout durablement éclabousser et saloper. Pardon, les Libéraux, vous prétendiez être des écolos?

Entre alors en scène le gouvernement néo-démocrate de l’Alberta. Il est dirigé par une femme et son ministre de l’énergie est aussi une femme. J’insiste sur cette dimension de sexage parce que je trouve particulièrement frappant que, quand le pétrole vaut cher et rapporte bien, ce sont des mecs en costard, baveux et arrogants, qui dirigent la province pétrolière du Canada. Maintenant que le pétrole canadien se vend moins bien, qu’il fait douteux, foireux et sale, c’est des bonnes femmes qui doivent se taper le nettoyage du foutoir hérité. Pathétique, et passablement parlant, au sujet de certains traits politiciens de notre temps. Enfin bref. Ces dames pensent leur problème dans l’angle social-démocrate (bourgeois, toujours). Il s’agit donc, pour elles, de créer des emplois pour les Albertains frappés par la baisse mercantile des prix du pétrole. On déploie alors un certain nombre de stratégies. Pousser sur la même roue que les Libéraux fédéraux pour amplifier l’oléoduc Trans-Mountain, en insistant sur le fait que tous les Canadiens doivent faire des efforts pour perpétuer la prospérité canadienne nous permettant, notamment, de bénéficier de notre excellent système de santé publiquement financé. De l’autre bord des Montagnes Rocheuses, le gouvernement de la Colombie-Britannique, ironiquement néo-démocrate lui aussi, pousse dans l’autre sens pour que le volume d’un oléoduc déjà menaçant ne s’amplifie pas davantage. L’Alberta envisage alors l’option ferroviaire… mais depuis le bizarre accident du village de Lac-Mégantic, au Québec, ou un train-citerne de brut avait fait explosion en plein milieu du village, tuant des gens et décimant la communauté, le transport pétrolier par train (ayant augmenté exponentiellement dans les dix dernières années) est désormais subitement lui aussi dans le collimateur de la résistance sociétale. Le train n’est donc plus vraiment une alternative invisible au transport par oléoduc. Il y aura là aussi un coût de relations publiques à assumer. D’autre part, l’Alberta parle aussi de bâtir, sur Fort McMurray, son boomtown pétrolier d’autrefois, des raffineries, style Texas, pour faire comme tout le monde et se prévaloir de la forme de protectionnisme discret que représente de plus en plus l’industrie du raffinage. L’idée est que l’essence raffinée serait moins dangereuse à mettre en circulation que le brut. On dit ça, vite, vite, tout en taisant le fait qu’on remplace ainsi le risque de dégâts environnementaux interprovinciaux par une amplification de l’empreinte carbone locale due aux raffineries… raffineries qui, au demeurant, ne sortiraient pas en un an ou deux de la cuisse de Jupiter. L’Alberta nouveau genre ne se complexe d’ailleurs pas trop avec le protectionnisme. Elle fait valoir, dans une argumentation ayant son petit mérite logique, qu’elle ne comprend pas pourquoi le troisième pays pétrolier du monde, le Canada, achète du pétrole d’Arabie Saoudite. Pour le raffiner lui-même? Mais, dit l’Alberta, nous aussi on pourrait fournir du pétrole bien de chez nous et le raffiner nous-même! Maître chez nous, les foufous! Et finalement, l’Alberta, fraîchement social-démocrate, cherche, aussi et d’autre part, gaillardement mais souffreteusement, à s’extirper hors du fameux malaise hollandais en en revenant, sur le tas, à ses traditions pré-pétrolières, agricoles notamment. C’est donc subitement la promotion de l’orge et du houblon, au risque de se retrouver au cœur d’une guerre de la bière avec la puissante province de l’Ontario, fort chatouilleuse, elle aussi, sur la question de ses platebandes protectionnistes interprovinciales.

Le foutoir pétrolier canadien se résume donc comme suit. Un immense espace hérité, pollué et pullulant, d’où on extrait le pétrole de sables bitumineux coûteux à traiter mais toujours en demande. Des distances gigantesques peu peuplées mais avec une population, aborigène et non-aborigène, de plus en plus réfractaire à s’incliner devant les priorités de forbans des industriels… mais aussi… assez peu encline elle-même à cesser de chauffer son char au gaz et sa cabane au mazout. Un lobby pro-Ricains (représenté à la Chambre des Communes fédérale par les Conservateurs) qui veut mono-orienter l’exportation en direction de notre métropole néo-coloniale traditionnelle. Un autre lobby pro-Chinois (représenté à la Chambre des Communes fédérale par les Libéraux) qui veut amplifier un oléoduc vers l’Ouest et le Pacifique et se heurte aux résistances sociétales d’usage (amplement manipulées par le premier lobby, au demeurant). Et finalement les acteurs et actrices de la scène provinciale albertaine, qui ont les deux pieds et les deux mains dans le cambouis, un merdier innommable, durable, et qui se font traiter comme une bande de pestiférés malodorants après avoir été perçus comme des millionnaires nouveaux riches arrogants et anti-sociaux.

C’est la lutte de la peste, contre le choléra, contre le typhus. La situation est complètement bloquée. Et on parle ici de parcs industriels titanesques, bourdonnants, en expansion. Un danger potentiel permanent. Qui va donc finir par se rendre compte que c’est le postulat non-questionné de ces trois instances politiciennes et de sa petite populace embourgeoisée qui est le problème fondamental: j’ai nommé l’axiome capitaliste et sa doctrine à court terme du profit privé comme vision implicite du commerce et de la ci-devant économie-monde. Tout est à refaire de fond en comble, ès foutoir pétrolier canadien comme partout ailleurs. Un jour viendra.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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27 Réponses to “Le foutoir pétrolier canadien”

  1. Caravelle said

    Vous voilà bien coincée. Quelle poisse, quelle catastrophe…

  2. Robert Bibeau said

    @ Ysengrimus

    Excellent texte qui présente bien la problématique inter-factions capitalistes canadiennes. Merci de l’info à propos de cette compagnie américaine gestionnaire de pipelines – maintenant je sais pourquoi ils se traînaient les pieds en service commandé USA, dans cette guerre GLOBALE opposant les vieux USA impérialiste déclinant à la Nouvelle Chine impérialiste montante.

    Je me risque à une hypothèse –au milieu de ce foutoir bien explicité par tes soins– les Libéraux de services vont peut-être opté pour un nouvel oléoduc descendant en Alberta plein Sud jusqu’aux USA puis bifurquant aux USA plein Ouest vers le Pacifique plaçant ainsi la ressource du vassal canadien à la merci des politiques de son suzerain américain. (Nous vomissons les deux à la fois).

    Pour le reste et en ce qui concerne la classe prolétarienne canadienne TU as bien résumé: «c’est le postulat non-questionné de ces trois instances politiciennes et de sa petite populace embourgeoisée qui est le problème fondamental: j’ai nommé l’axiome capitaliste et sa doctrine à court terme du profit comme vision implicite du commerce et de la ci-devant économie-monde. Tout est à refaire de fond en comble, ès foutoir pétrolier canadien comme partout ailleurs.» Fin de Citation

    Robert Bibeau

  3. Tourelou said

    Le pétrole tire à sa fin… on récupérera les tuyaux pour exporter le sirop d’érable… réponse d’écolo.

    • Perclus said

      Ou ils vont juste rester là, vides et mystérieux, comme une ruine gréco-romaine… Réponse archéolo…

  4. Martin Turquoise said

    C’est bien comme ça que la tension se formule. Et une chose reste certaine, cela ne va pas s’arrêter. Il n’y a pas de robinet de fermeture immédiat du pétrole, ni au Canada, ni ailleurs au monde.

    • Lys Lalou said

      Je suis pas d’accord. Il faut un revirement environnemental majeur. Il y a trop de fatalisme dans tout ceci… même chez Ysengrimus.

      Pour un moratoire pétrolier global et immédiat.

      • Val said

        Absolument. Je suis d’accord. C’est très tentant d’être en accord avec Madame Notley, car son idée de garder le pétrole (et puis des emplois) chez nous au bénéfice des Albertains est très logique, et les conséquences seront beaucoup moins sévères que les autres options. Mais justement, il y aura des conséquences, des conséquences qui vont toucher les communautés marginalisées, notamment, les communautés autochtones. Et c’est toujours ces communautés qui doivent subir les conséquences des décisions faites par les personnes au pouvoir, quand les autres vont en bénéficier.

      • Lys Lalou said

        Voilà. Ça suffit, toujours les mêmes qui se font empoisonner et voler. Merci Val.

      • PanoPanoramique said

        Donc, les filles (Lys Lalou, Val), on interrompt complètement la production pétrolière au Canada et on nettoie le foutoir, entre autres en remblayant les rives de la Rivière Athabasca au bulldozer, et en les reboisant.

        C’est ça, votre solution?

      • Val said

        Garçonnet (PanoPanoramique), je ne suis ni économiste, ni experte en matières pétrolières, donc je ne prétends pas donner une solution à ce problème complexe. Je voudrais seulement souligner que des «solutions» qui niquent toujours les communautés marginalisées en enplissant les poches des privilégiés ne sont pas de vraies solutions.

        Et pourquoi pas reboiser les forêts et nettoyer les eaux? Pourquoi est-ce que ce n’est pas une solution logique aux yeux des leaders de mon pays? Parce que ça ne lève pas un profit?

      • PanoPanoramique said

        @Val

        Ma peur du taulier Ysengrimus m’empêche de vous interpeller fillette. Mais ne me mécomprenez pas, s’il-vous-plait. Moi, j’aimerais bien que la gigantesque surface de sables bitumineux soit soigneusement remblayée de trois bons mètres de terre noire et qu’on y reboise méthodiquement (sans trop coller les arbres les uns contre les autres… beaucoup de reboisés étouffent aujourd’hui d’avoir été semés trop serrés)… En vingt ans, le résultat serait magnifique.

        Mais Val, on est otage du fric. Qui va payer pour cette solution somptuaire, que nous souhaitons tous les deux?

      • Lys Lalou said

        Qui paie pour notre présence militaire inutile et léthale en Afghanistan depuis 2002? Nous, collectivement. Des dizaines de milliards de dollars. Alors lâchez-moi avec ces histoires de fric et de qui va payer. Si nous nous levons toutes et tous, ils vont payer. Et, comme le dit si souvent votre taulier favori: un jour viendra…

      • Val said

        Exactement. Merci Lys Lalaou. Vous avez tout dit.

  5. La Reine said

    Attention, quand Ysengrimus dit: l’Alberta, productrice de pétrole et dont un segment de sa surface vaste comme l’Angleterre est déjà durablement pollué par la prospection à ciel ouvert, il faut comprendre que c’est STRICTEMENT l’espace durablement pollué qui est grand comme l’Angleterre, pas la province de l’Alberta même qui, elle, est en fait grande comme deux fois tout le Royaume-Uni. En carte comparative:

  6. Sissi Cigale said

    Je suis juste écœurée (le reste du détail économique ou autre m’importe peu)…

    Tar Sands, March 2010. Suncor upgrader.

  7. Hibou Lugubre said

    Comme vous le savez, le Canada n’a jamais été membre de L’OPEP, ni les États Unis d’ailleurs, bien que les réserves qu’ils possèdent équivalent ou dépassent celles des plus gros pays producteurs, car on a jamais extrait et exporté du pétrole en quantité suffisante en Amérique du Nord, et c’est déjà un coup du destin, grâce aux guerres américaines… hélas et flambée du prix du baril que les Canadiens ont songé pour la première fois à devenir un gros joueur sur le marché mondial ou que les américains décident pour la première fois d’exploiter sérieusement leurs réserves… par cette catastrophe appelée la fracturation hydraulique! Or que ce qui est très frappant dans cette industrie depuis toujours, c’est que tout le monde veut l’extraire, le transporter et le brûler au plus bas coût possible, et n’importe comment, on a jamais ô jamais exploité cette richesse de manière responsable! Alors que notre dépendance de ce pétrole pour au moins un siècle auparavant et un autre siècle devant nous aurait dû nous y inciter pour le produire, le transporter et le brûler de la meilleure manière qui préserve au moins l’environnement et la santé publique! Les marges de profits énormes dues à la spéculation enracinée dans ce marché depuis toujours aurait dû servir à maîtriser son exploitation et la rendre plus verte, et toutes ces politiques environnementales autour du CO2 produit par le pétrole ne sont qu’une farce, de même que les crédits de carbone, qui ne sont rien d’autre que des incitatifs bien faibles devant l’énormité des émissions, et un moyen de détourner des sommes colossales d’argent entre industriels et gouvernements qui auraient pu servir justement à développer les filtres, les oléoducs non corrosifs, et les restrictions industrielles concrètes qui nous permettraient de consommer ce foutu pétrole, et en diminuer sérieusement l’impact environnemental.

    Sur la page de ‘’l’intendant’’ américain auquel vous faites allusion, et qui gère les milliers de kilomètres d’oléoduc de pétrole et de gaz en Amérique du nord justement, le nombre d’accident qui avoisine les cinq cents aussi graves que mortels et irréversibles, démontre clairement cette grave inconscience et négligences institutionnalisées! Au lieu d’investir massivement pour rendre un oléoduc totalement et durablement étanche, fiable, dont l’usure ou les bris seraient contrôlables et mesurables efficacement, les libéraux ont mis des milliards de profits dans les poches de cet exploitant et des quelques privilégiés qui font tourner cette machine à fric infernale qui n’avait pas besoin de les engraisser encore plus! et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres!

    Maintenant que le mal est fait en Alberta, qui pourrait s’opposer en réalité aux Albertains qui ont pris goût et conscience de l’argent facile du pétrole? Ou s’opposer au gouvernement fédéral qui y voit un puits sans fond de fric et sans contraintes majeures depuis la passage des conservateurs qui ont largement utilisé ce cash facile pour renflouer les caisses et prétendre avoir soigné l’économie! La question devient donc non pas si oui ou non, l’Alberta et même la Saskatchewan et qui sait un jour le Québec aussi, vont pouvoir pomper du pétrole, ou pas exactement pomper, mais l’extraire de sables bitumineux en laissant derrière une désolation sans équivalent planétaire, Mais la question devient quand? La réponse, nous la connaissons tous, lorsque le prix du baril va encore flamber inévitablement pour dépasser les $80 ou $100! D’ailleurs, le Canada et les États Unis ne font qu’ouvrir la voie à une multitude de pays dans le monde, qui ont du pétrole sous forme de sables ou de roches, qu’ils n’ont jamais pu exploiter, et qui n’attendent qu’une flambée du prix du baril pour pouvoir l’exploiter enfin et le rendre profitable!

    En fait, rien n’est plus facile que de succomber à l’adage populaire et mythe moderne qui dit que l’ère du pétrole est révolue! Vous savez, toute cette culture environnementaliste que nous avons acquis et que les écologistes de tous poils et autres prises de conscience tardives cherchent à enraciner chez nous et qui nous fait croire ou espérer, que nous soyons capables de renverser la vapeur et sauver et nettoyer la planète! Alors que paradoxalement, les gens ne réalisent pas du tout combien nous sommes dépendants du pétrole, et que nous le sommes devenu d’avantage aujourd’hui, bien plus qu’avant, et que notre pinte de lait, notre salade verte, notre pain, nos habits, nos produits de toilette et nos médicaments, mais aussi et surtout nos emplois et notre porte- monnaie sont directement reliés au pétrole, le transport, le commerce, l’industrie, l’économie en sont tributaires plus que jamais et le seront d’avantage demain! C’est comme si l’ère du pétrole a commencé hier et pas il y a plus d’un siècle… et c’est d’ailleurs très simple, à notre ère, chiffres à l’appui, il se produit et se vend plus de poids lourds, de camions, de camionnettes, de machines de toutes sortes dont des avions et des cargo, qu’on en a jamais vu ou compté par le passé, et tous ont soif, très soif de cet or noir! Que ce soit en Amérique du nord, en Europe, ou en Asie ou ailleurs, c’est la même frénésie, la même course pour la maîtrise des coûts et la compétition qui carbure au pétrole!

    Mais, plus grave encore, y a t-il besoin de rappeler lorsque le pétrole valait moins de $15 ou $20 le baril avant la première guerre du Golfe, et qu’il faisait déjà la fortune colossale de pays, de conglomérats et d’individus depuis au moins cinquante ans déjà, les classes moyennes se portaient bien mieux! Les gens se souciaient d’éducation et de loisirs, possédaient des maisons secondaires ou se permettaient de visiter du pays, alors que depuis la flambée du prix du baril jusqu’à atteindre et dépasser la barre des $100, la précarité des classes sociales va en s’aggravant, et ne s’explique en grande partie qu’en raison du baril! Submergés par les fausses et mauvaises nouvelles, nous avons tous tendance à l’oublier! Le pétrole a non seulement changé la géopolitique mondiale, il a détruit des pays, des économies, nourri de nouveaux conflits et même le terrorisme, et il a surtout frappé tout le monde, sans distinction, là ou ça fait très mal, dans la poche et dans la tête! Cette flambée du prix du baril a comme conséquence que tout est devenu inaccessible même dans les pays riches, logement, construction, matériaux, produits alimentaires et de consommation, en plus de fortement affecter l’emploi et le rendre plus précaire, l’on peut dire ainsi, et aisément, que le prix du baril a indirectement mais largement diminué le nombre de sourires, affecté l’humeur, ou, plus grave, est devenu un enjeux de santé mentale en plus de celle des poumons!

    Mon humble avis est que nous devrions être au moins réalistes, car si on doit inévitablement vivre et dépendre de ce pétrole pour un autre siècle au moins, faisons le de manière responsable jusqu’au bout en assumant les coûts et en combattant la spéculation et l’enrichissement illicite sur cette matière de première nécessité! Et vous remarquerez qu’il y a aujourd’hui très peu de discours réalistes qui le réclament clairement ainsi! Les gouvernements continuent de mentir et promouvoir des politiques environnementalistes trompeuses, et les pires écolos continuent de croire au Père Noël, en s’imaginant que les avions vont voler demain par gravitation ou qu’on va inventer la téléportation pour se déplacer ou convoyer des minerais de la lune ou Mars vers la planète terre!

    Merci Ysengrimus pour ce billet fort instructif! Et qui met à jour cette large mascarade dans ce marché de dupes qu’est ce foutu pétrole!

    • Sismondi said

      J’ai une forte tendance à seconder ceci. Ajoutons que, sur des territoires immenses comme le Camada, le pétrole s’extrait dans des régions reculées et peu peuplées. Cela contribue amplement à embrouiller les consciences, tant des pros que des antis. Tout le monde bascule dans le grand n’importe quoi des actions et des consciences. Notre conscience pétrolière est fortement embrouillée. La jonction entre Hibou Lugubre et Ysengrimus ici le montre super bien…

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