Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Posts Tagged ‘2019’

La rencontre de la louve et de l’aigle

Posted by Ysengrimus sur 7 juin 2021

Denis Thibault (Namun), La rencontre de la louve et de l’aigle, 2019.

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La rencontre de la louve
Et de l’aigle
A un goût aigre.
Elle survient en des conditions contrastées
Entre des symboles divisés
Qui recherchent leur cohérence
Dans la marche et dans la danse.
Rencontre obligée.

La rencontre de l’aigle
Et de la louve
Retentit, quand couve
Une tension subtile, dense et larvée
Entre les illusions et les vérités.
Il faut rendre la solidarité profonde
Renouveler la fusion des mondes.
Rapprochement sacré.

Rencontre de la louve et de l’aigle
Réunification de l’espoir et de l’être…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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La terre mère

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2021

Denis Thibault (Namun), La terre mère, 2019.

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Terre,
Calme, cuite et tannée
Tu es labourée de soleil
Unique et à nulle autre pareille
Si belle, si peinte, si peinturée
Tellement ornementée
Finement configurée
Tu existes, dense et diverse
Calmement, tu agresses
L’inerte éternité.

Mère,
Généreuse et engrossée
Tu câlines une toile
Qui volette et s’étale, sous ton étoile
Entre tourmente et sérénité
Nul ne saurait oublier
Ce que fut la riche volupté
De la danse du début des existences
Dont tu fus la cruciale instance
Rituellement livrée, décorée.

Terre mère
Tu nous as tout donné
Il faut tellement te protéger.
Que faire?

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

 

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Michabou, le grand lièvre créateur du monde

Posted by Ysengrimus sur 15 avril 2021

Denis Thibault (Namun), Michabou, le grand lièvre créateur du monde, 2019.

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Michabou
Était venu du froid
Il regarda de ci de là
Et stabilisa sa faconde
En créant le monde
Comme ça.

Il se disait, faiblard
Qu’il allait pas grelotter, transit et furibard
Jusqu’au fond des éternités.
C’eut été
Des fatalités
Faire bien pessimiste bombance.

Michabou se dit plutôt qu’un monde plus dense
Méritait de se faire habiter
Il suffisait de tortillonner
Complexifier
Diversifier
Et qu’ainsi, pour notre bonheur
Il en jaillirait bien quelque dynamique chaleur…

Oui, oui, Michabou venait du froid
Du froid tout à la ronde
Mais, créateur du monde
Il ne se contenta pas
D’un tout petit ceci-cela…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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Ton amour danse dans mon cœur

Posted by Ysengrimus sur 21 mars 2021

Denis Thibault (Namun), Ton amour danse dans mon cœur, 2019.

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Ton amour danse dans mon cœur
Il a eu raison de mes peurs
De mes vêtements, il s’est emparé
Et il les a transformé en nudité

Ton amour danse sur ma vie
Il a métamorphosé mes soucis
En petites coccinelles discrètes
Qui se sont esquivées sans trompettes

Ton amour danse dans mon cœur
Il a ratatiné les années en heures
De l’éternité, il a fait un fugitif instant
Le tant terne est devenu tout éclatant

Ton amour danse au fond de moi
Viens t’emmitoufler dans mes bras
Ce monde, il nous faut le refaire
Commençons par nous aimer, et par ne pas le taire

Ton amour danse dans mon cœur
Et que rien n’éteigne cette vigueur
Que tes yeux se perdent dans les miens
Mon amour n’a d’égal que le tien.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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Le caribou danseur

Posted by Ysengrimus sur 14 février 2021

Denis Thibault (Namun), Le caribou danseur, 2019.

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C’est le caribou danseur
Il est vraiment pas complexé
Il a laissé ses terreurs
Dans sa forêt mordorée
Par les ardeurs de l’automne
Et ce cervidé s’étonne
De pogner le rigodon
Quasiment plus vite que le violon
Car un caribou, ma sœur
C’est un calibre de danseur
Qui ne se dépareille pas
Et ne perd pas souvent le pas
Son secret, autant l’avouer
Autant vous le partager
Et tant pis s’il vous étonne
C’est que le caribou autochtone
Dans les rythmes et les arpèges
Malgré les loups et la neige
Danse sans se démonter
Depuis l’éternité.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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Il y a longtemps, les animaux parlaient aux hommes

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2021

Denis Thibault (Namun), Il y a longtemps, les animaux parlaient aux hommes, 2019.

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Il y a longtemps, les animaux parlaient aux hommes
Et ils leur écrivaient aussi, avec leurs pas
Dans la neige et dans la mousse. En somme
C’était des temps où on ne se taisait pas.

C’était l’époque où on s’amenait des nouvelles
Au sujet des grands vents et des pistes de chasse
Pas de contrats alors, pas de profits, pas de gabelles
Seulement les paroles libres, celles que le vent efface.

Les animaux sauvages parlaient à l’homme de leur chair
Et l’homme leur parlait des premières cuissons
Les animaux en forêt sifflaient à l’homme leurs petits airs
Et ce dernier ne répondait pas encore: domestication.

Puis, il a fallu que la peau du castor et du loup
Devienne une pelleterie, objet de convoitise.
L’homme et les animaux ne se parlent plus, du coup.
Désormais, entre eux, le silence étranglé du collet est de mise.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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PLANET OF THE HUMANS, l’inexorable autocritique du militantisme vert

Posted by Ysengrimus sur 5 mai 2020


The takeover of the environmental movement by capitalism is now complete
Jeff Gibbs

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Ce réquisitoire dévastateur a pour auteur un acolyte de longue date du cinéaste Michael Moore, un certain Jeff Gibbs (notre excellent Michael Moore a le statut de executive producer, sur ce film). Monsieur Gibbs nous la joue sinueusement à la dialectique interne semi-abasourdie. Il se donne (tout au long d’un commentaire off à la fois savoureux, onctueux et impitoyablement grinçant) comme un gars ordinaire qui croyait de tout cœur à l’écologie. Il a organisé sa cabane dans le bois en conséquence et il a écrit des articles de jeunesse sur la question. Il nous explique ensuite qu’en avançant pas à pas dans son militantisme vert, il en est venu à douloureusement se rendre compte que le jeu était insidieusement truqué. Et, graduellement, presque imperceptiblement, le commentaire environnementaliste contemplatif se transforme en une analyse critique imparable de la mythologie verte contemporaine. De plus en plus mordant et acide, l’opus en vient à défendre les trois thèses suivantes:

  • Le militant écologiste de base est un naïf et un rêveur. Il s’imagine illusoirement que les énergies renouvelables revêtent une sorte de dimension magique qui extirpe, comme par enchantement, ce nouveau modèle (promu) hors du cadre industriel contemporain. En réalité, les ci-devant énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes, voitures électriques, biomasse) sont parfaitement polluantes et dépendantes des industries fossiles et de leurs travers écologiquement nuisibles. Tant au littéral qu’au symbolique, on fait croire à des festivaliers écolos que leur évènement militant est alimenté par des panneaux solaires quand, en fait, il est tout simplement raccordé au réseau électrique conventionnel. On ment ouvertement aux militants verts et ceux-ci se laissent berner comme des enfants.
  • Il existe une collusion profonde entre l’industrie fossile traditionnelle et les industries renouvelables. De fait, avec un cynisme qui confine littéralement à l’indifférence criminelle, l’industrie traditionnelle utilise les énergies renouvelables soi-disant propres comme paravent pour couvrir la perpétuation de ses activités les plus nuisibles. Exemple: de vieux moulins à pulpe de papier sont reconvertis en brûleurs de biomasse qui continuent d’abattre des arbres et peuvent même servir de couverture à des incinérateurs à déchets faussement verts. Le leadership écolo procède ouvertement de cette collusion et un certain nombre de figures historiques de l’environnementalisme américain (que nous ne nommerons pas ici) sont ouvertement dénoncées comme pantins de l’industrie sale.
  • Le passage mythique d’une énergie traditionnelle polluante à une énergie écolo faussement durable est une position qui postule et perpétue l’illusion d’une croissance industrielle infinie sur une planète aux ressources finies. L’écologisme ne veut pas d’une simplicité effective (corrélée à une baisse indispensable des profits industriels). On voudrait passer d’une voiture à carburant fossile à une voiture électrique… sans prendre le transport en commun ou marcher. Les industries faussement renouvelables ratent donc et le rendez-vous de la décroissance et celui d’une critique radicale de nos conditions de production et de nos modes de vie. Elles sont un moyen pour les profiteurs de se perpétuer, sans vraiment envisager de remettre en question l’ordre social capitaliste.

La démonstration de ces trois points est parfaitement imparable et proprement atterrante. J’irais même jusqu’à affirmer qu’on assiste, avec cet opus, à la fin de l’Illusion Verte pour la génération de mes enfants comme l’effondrement des socialismes marqua, au siècle dernier, la fin de l’Illusion Rouge, pour ma génération. Je ne comprends pas comment il serait possible de rester un militant écologiste bon teint après le visionnement de cet exposé autocritique décapant. Tout y est. Et tout se joue quasi-exclusivement sur le théâtre américain (impossibilité complète, donc, de cultiver le refuge xénophobe, patriotique ou ethnocentriste). Cela rehausse encore plus les solides aptitudes subversives de ce remarquable exercice.

Reprenons un petit peu certaines des étapes de l’exposé (tout en évitant, encore une fois, de nommer des personnes ou de pointer des institutions du doigt — pour ça, quand vous irez voir le film, vous serez servis). Voici qu’on nous montre un merveilleux dispositif de miroirs solaires pour alimenter une tour portant une sorte de capteur d’énergie aussi futuriste qu’imprécis. Tout le monde est content et joyeux au moment du lancement de ce maxi zinzin, sous le soleil californien. Mais nos investigateurs cinématographiques creusent la question un petit peu. Ils constatent d’abord que cette structure de production d’énergie solaire requiert, pour s’enclencher, plusieurs heures quotidiennes d’alimentation au gaz naturel. C’est comme ça. Elle est installée dans un désert ensoleillé mais, pour l’établir et la déployer, il a fallu détruire des Yuccas (arbres de Josué) vieux de cinq cents ans et uniques au monde, en faisant table rase sur une surface de terrain circulaire énorme. Bon, ce sont des sortes de panneaux solaires ou de miroirs d’énergie. On nous expose donc, au préalable, les ingrédients requis pour les fabriquer. Oubliez ça, le sable, le sable est trop impur. Il faut du quartz, du graphite, du charbon fin (entre autres). Tout cela s’extrait de mines à ciel ouvert polluantes. Pour usiner le miroir ou panneau solaire, il faut le chauffer à mille degrés ou plus, dans un dispositif industriel parfaitement conventionnel. On pollue de tous bords tous côtés pour mettre en place cette source d’énergie-spectacle. Quelques années plus tard, les types reviennent sur le lieu de ce dispositif. Le bide. Tout est cassé, débretté, démolis, abandonné. Les miroirs en miettes polluent l’espace de désert désormais dénudé où ils avaient été déployés. Un désastre intégral. De la frime. Du toc.

La formule communicative de Michael Moore, sa cinématographie, son ton, sa faconde, sont ici pleinement opérationnels. Je les trouve même bonifiés, mieux pondérées, plus subtils, moins prompts à cultiver la tendance que Moore avait parfois à charrier trop loin. On découvre, en ce monsieur Jeff Gibbs, un épigone créatif, un élève efficace, un perpétuateur imaginatif de la formule Moore. Et ça fonctionne. De la description détaillée des collusions et des tireurs de ficelles, aux images forces de dispositifs polluants, en passant par les entretiens gênants avec des personnalités censées représenter la vision écologiste éclairée de notre temps, tout y passe. Cette portion de la démonstration est d’ailleurs saisissante. On fait la connaissance, tant chez les militants de base que chez les grands sachems écolos, d’un sacré lot de pseudo-spécialistes patentés qui, quand on gratte le vernis, s’avèrent être des ignares balbutiants et des cuistres sans expertise particulière. Encore une fois, cela m’a tellement rappelé les belles années rouges, quand tout le monde se prenait pour un grand économiste ou un éminent théoricien de la sociologie révolutionnaire. Aujourd’hui ils se prennent pour des nutritionnistes et des ingénieurs. Le cercle du faux savoir s’est déplacé. Il y a que le grotesque de la chose qui perdure.

Le film PLANET OF THE HUMANS (intitulé ainsi par allusion évidente a Planet of the Apes, selon une procédure titrologique à la Fahrenheit 9/11) provoque déjà sa petite tempête, dans l’écolo-sphère auto-sanctifiée contemporaine. Les commentateurs environnementalistes de la chaire réclament déjà que ce film soit retiré de YouTube et exigent ex cathedra, d’un ton hautain, des excuses publiques (là, faut vraiment se prendre pour les nouveaux nonces du Souverain Bien. Du temps des rouges, au moins, on se contentait de polémiquer). Les journaux de droite appliquent la procédure devenue usuelle devant un opus de l’atelier Michael Moore: picosser sur les questions périphériques en chipotant au sujet d’éventuelles erreurs de détails. Absolument personne ne réfute les trois thèses fondamentales du film que je vous ai exposé plus haut. On notera aussi que les journaux de droite défendent pugnacement les écolos, ce qui est en soi hautement révélateur au sujet de l’urgence militante de ce film.

Je fais un seul reproche à cet exposé important. Il bascule, discrètement mais ouvertement, dans la dérive malthusienne. Ma réplique acide à ces développements: je suis bien fatigué de me faire dire par des petits profs de facs occidentaux sans imagination intellectuelle particulière, avachis dans leurs grands bureaux aérés, qu’il y a trop de monde sur la planète. S’il y a trop de monde tant que ça, montez donc sur l’échafaud les premiers, mesdames et messieurs les grands penseurs de l’ordre établi, nous vous cédons respectueusement le pas (fin de ma réplique acide). Fortuites ou non, les quelques insinuations malthusiennes malencontreuses du commentaire off resteront indubitablement le talon d’Achille doctrinal de cet exercice. Je n’épiloguerai pas. L’opus est d’ailleurs discret (ses critiques disent: faible) sur les solutions qu’il proposerait. Là n’est d’ailleurs pas son propos. Son propos est de montrer ce que les solutions contemporaines ne sont certainement pas. L’écologisme n’est pas écologique et l’énergie renouvelable n’est pas renouvelable du tout. Cessons de mentir aux gens et cessons de nous mentir à nous-même. La question du capitalisme est effleurée en un raisonnement dépouillé, minimal, mais imparable. Décroissance effective signifie baisse des profits privés. On préfère donc inventer un nouveau segment d’industrie, même semi-déliré, et le vendre aux gogos comme on vend du tourisme, des colifichets ou du cola light plutôt que de regarder en face des solutions dont la radicalité effectivement durable ne sied pas plus aux milliardaires dans leur course en avant qu’à vous et moi, dans nos maisons chauffées et nos voitures individuelles.

Ce film est indubitablement un capteur d’époque. Il dit tout ce qui doit être dit sur les militants écologistes. Ce sont soit des rêveurs, soit des arnaqueurs, soit un cocktail imprécis des deux. Les enfants des guérilleros de salon sont devenus des cyber-jardiniers tertiarisés. Gauche sociétale sans radicalité effective, croupion tu fus, croupion tu restes.

Planet of the Humans, documentaire américain de Jeff Gibbs, 2019, Rumble Media, Huron Mountain Films, 100 minutes.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Canada: l’élection des apparences

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2019

Commençons par bien prendre la mesure des principaux problèmes nationaux et internationaux qui enserrent la bourgeoisie du Canada trudeauiste actuel, à quelques courtes encablures des élections fédérales. Sans transition, en les énumérant par pays:

Canada I (Oléoduc). On trouvera le détail de ce serpent de mer spécifique dans mon article sur le foutoir pétrolier canadien. Pour résumer, on lève ici la principale différence doctrinale entre les Libéraux et les Conservateurs canadiens. Les Conservateurs, pro-ricains et pro-pétrole, veulent continuer de vendre les hydrocarbures onéreux à extraire du Canada aux ricains. Ceux-ci disposent, de toutes façons, d’une exclusivité d’achat ancienne (vu l’orientation géographique unilatérale de la majorité des oléoducs et des réseaux ferroviaires) et ils en abusent ouvertement, pour se couper les prix. Les Conservateurs canadiens, soumis et pragmatiques, jugent que le voisin impérial est tout simplement trop puissant, qu’on se doit de négocier au mieux notre dépendance. Plus frondeurs, les Libéraux canadiens cultivent le mythe de la diversification des marchés. Ils rachètent à un intendant pro-ricain un oléoduc vers l’ouest canadien et entreprennent d’en doubler la capacité, pour desservir le grand marché asiatique. C’est le tollé dans la petite populace. De fait, on peut ouvertement soupçonner les ricains d’entretenir les divers groupes d’objecteurs autochtones et écolos locaux, vu que cet oléoduc vise à diversifier —à leur détriment— la mise en marché du pétrole canadien. Le Canada peut-il faire comprendre à son puissant voisin qu’il aspire à s’affranchir, sans risquer de se faire rompre les os dans le processus? Tous les partis d’opposition, même les Verts et les Populistes, sont favorables à l’amplification du volume de cet oléoduc. Vous avez bien lu. La population canadienne, pour sa part, boude ouvertement tout ce dossier malpropre.

Canada II (SNC-Lavalin). Vaste contracteur en construction, employant des milliers de personnes au Canada, SNC-Lavalin aurait joué de corruption par le passé, notamment en graissant la patte à des notables libyens pour obtenir des gros contrats d’infrastructures en Afrique. Aux États-Unis et au Royaume-Uni, des entreprises du même type ayant cultivé des pratiques similaires ont joué le jeu de la Restructuration Administrative. Tu congédies tes hauts administrateurs corrupteurs, les remplace, noie le poisson. Et voilà. Te revoici blanchi plus blanc et, en échange de ce Look at the new me! les décideurs gouvernementaux ne poursuivent que les lampistes congédiés et laissent intacte l’administration de l’entreprise trop-grosse-pour-tomber (on parle dans de tels cas d’Accords de Réparation). Or, au Canada, une ministre de la justice, intègre selon les uns, zélée selon les autres, a décidé, elle, de maintenir des poursuites judiciaires pharaoniques pour corruption généralisée contre SNC-Lavalin. Cela risque éventuellement de mettre l’entreprise sur le cul et de générer du chômage. Dans l’ «intérêt public» [sic], le bureau du Premier Ministre est intervenu, pour tordre le bras de la ministre de la justice pour qu’elle fasse comme les ricains et les rosbifs, sur cette question: écraser le coup et affecter de croire en la Restructuration Administrative de l’entreprise-hydre. Réfractaire, la ministre de la justice a fini par démissionner. Cela la fout cheni pour la sacro-sainte indépendance de la justice. Comme elle est en plus la première femme autochtone garde des sceaux de tous les temps, c’est pas bon non plus pour l’image de marque pluraliste du gouvernement. Les partis d’opposition picossent ledit gouvernement sur ce point mais ils se servent de l’histoire surtout pour discréditer l’image du Premier Ministre. On ne discerne pas trop ce qu’ils auraient fait à sa place ou feraient désormais.

Chine. Marché mirifique, la Chine intéresse le Canada, notamment comme débouché commercial pour fourguer ses produits pétroliers maudits. Au moment où tout semblait baigner au plan bilatéral, voici que survient le couac bizarre de l’affaire Meng Wanzhou. Cette princesse rouge, haute cadre et fille du PDG de Huawei, se rendait, ce jour-là, en Argentine pour affaires. Elle fait escale à Vancouver et se fait épingler par la GRC. Les ricains veulent l’interroger sur d’éventuelles tractations et transferts de fonds entre Huawei et l’Iran. Dans leur pur style extraterritorialité des lois impériales, nos bons ricains, qui n’en ratent jamais une, jugent que les rapports entre Huawei et l’Iran sont «illégaux» et que madame Meng pourrait parfaitement jouer les «personnes d’intérêt» dans cette histoire. Comme le Canada a un traité d’extradition direct avec les États-Unis, si madame Meng avait été une baronne de la drogue ou une tueuse en série, elle se serait retrouvée à Seattle ou à Portland en soixante-douze heures. Mais là, l’affaire traîne depuis des mois. Les chinois sont furax (ils emprisonnent deux canadiens, pour des raisons toutes aussi subtiles et transcendantes). Les ricains ne veulent tout simplement pas que leur petit sous-traitant du nord laisse filer une telle prévenue. Ils auraient d’ailleurs voulu bien bousiller les relations sino-canadiennes qu’ils n’auraient pas manœuvré autrement. En effet, le Canada est maintenant bien pris entre le marteau rouge et or et l’enclume tricolore. Et les partis d’opposition ne disent pas grand-chose sur cette question, si curieusement et opinément conflictuelle.

Europe. Redisons-le, le Canada trudeauiste cultive la mythologie des accords de libre échange avec tout le monde. Il passe donc le fameux CETA, accord de libre échange avec l’Europe. Ce faisant, il se pose, même explicitement, comme tremplin d’accès pour l’Europe aux marchés ricains. Jovialiste, il ne se dissimule même pas. Les agriculteurs français sont furax (ils ont peur du blé et du bœuf canadien) et —surtout— les politiciens ricains ne se sentent pas très bien eux non plus…

États-Unis. Aussi, assez promptement, l’Amérique trumpienne va mal réagir aux initiatives libérales en matière de diversification du commerce. Elle va ouvertement et tapageusement saboter le G7 de Charlevoix et foutre en l’air l’ALENA. Le raisonnement protectionniste ricain est ici imparable. Si le Canada passe des accords de libre échange avec tout le monde, l’ALENA (accord de libre échange nord-américain) transforme le Canada en gros ventre mou de pénétration des marchandises mondiales en Amérique du Nord. Pas de ça, Lisette. Les États-Unis vont donc jouer (comme avec le Japon et l’Europe) le jeu des barrières tarifaires avec le Canada (et avec le Mexique). L’ALENA est rompu et renégocié, à la vapeur. Il est clair que le Canada fait, comme tous les autres et sans traitement de faveur particulier, les frais d’un nouveau protectionnisme tous azimuts de la part de l’Amérique de Trump. Mais, pour ne rien arranger, force est de constater que le petit jeu multi-libre-échangiste de l’administration Trudeau a fait figure de légitimation des propensions trumpiennes. La question reste lancinante: le Canada peut-il vraiment se démarquer de son grand voisin impérial et jouer sur le terrain de balle multilatéral? La réponse que Trudeau donne désormais de plus en plus à cette question est: hélas non. Sa ligne devient, de ce fait, de moins en moins discernable de la ligne de ses adversaires électoraux conservateurs.

Russie. Le Canada joue les petits matamores face à la Russie. On a des troupes stationnées dans les républiques baltes et, surtout, on se mêle de dicter aux russes comment ils doivent manœuvrer leurs petites combines en Ukraine. Il est difficile de séparer cette ingérence canadienne sur l’Ukraine de la dense et complexe personnalité de madame Chrystia Freeland, notre cruciale ministre des affaires étrangères, qui est elle-même de souche ukrainienne par sa mère (madame Freeland possède même un super apparte sur Kiev, en copropriété avec sa sœur). Zinzins personnels à part, on est en droit de se demander si le Canada, qui reste un insecte au plan international, a les moyens de ses ambitions de se payer ce genre de politique étrangère de guerre froide à la manque, quand Macron et surtout Trump font des appels du pieds de plus en plus pressants pour normaliser les choses avec Poutine. Les partis d’oppositions canadiens n’ont pas spécialement laissé entendre qu’ils changeraient cette ligne matamore et stérile avec la Russie.

Voilà le tableau (et j’en passe). Les questions évoquées ci-haut, hautement durillonnes, sont littéralement immuables à court terme. Les partis d’opposition n’y changeront pas grand-chose et, ben… le sachant, ils ne s’engagent même pas à le faire. Tout se joue donc dans une continuité à peine déguisée. On nous promet, dans le plus grand tapage, de réaliser, en forçant du nez… ce qui se prépare de toute façon, selon une continuité de l’état qui peine de plus en plus à cacher que son inflexible jupon dépasse.

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Maintenant —et conséquemment— comme tous les programmes se ressemblent et que les changements de fond sont fort peu probables, quelle que soit l’issue du scrutin, on ne se surprendra pas que les débats aient vite vu à se contenter de percoler dans la niaiserie la plus patente. On se crie des noms et on se la fait aux petits crêpages cacophoniques mesquins. Voici donc maintenant l’ensemble bringuebalant des questions–gadgets, scandales de réserves et autres accrocs d’images nunuches et insignifiants qui pendent, à ce jour, au cou des candidats de l’élection canadienne de 2019 comme autant de clochettes et de sifflets inutiles et distrayants, démontrant surtout que le style ricain du bon vieux salissage électoral tape-à-l’œil et ad hominem a désormais produit, en plus riquiqui, larmoyant, gnagnan et minus, sa petite version merdico-nordique.

Elizabeth May (Les Verts, centre-droite). Une histoire assez biscornue de photos retouchées a turlupiné minimalement madame May. Ses sbires ont remplacé un verre à café jetable dans les mains de notre bonne madame May par un verre réutilisable avec une paille en métal. Madame May a évidemment nié toute connivence avec cette manipulation visuelle, fatalement faite par des lampistes qui trinquent. Mais son image s’en est trouvée imparablement chiffonnée, attendu que les Verts et les écolos de toutes farines sont largement soupçonnés de jouer le déploiement de leur grande cause sanctifiée sur le spectacle, plus que sur les faits effectifs (conférer les faux compteurs écolos de Volkswagen, les fausses fibres végétales dans les produits Loulou Lemon, les étiquettes nutritives trafiquées, etc, etc… ad infinitum).

Andrew Scheer (Parti Conservateur, droite). Les petites fariboles d’image s’accumulent et s’agglutinent autour de monsieur Scheer. Avorton anti-avortement, il s’est fait amplement turlupiner sur cette question et il a fini par cracher qu’il était pro-vie, comme beaucoup de ses suppôts. Catholique avoué, on lui soupçonne des liens avec l’Opus Dei, mais il le nie, en bafouillant. Il s’est aussi fait passer pour un courtier d’assurance, dans une autre vie, alors qu’il n’avait pas la formation ou le permis. Puis, lui qui avait reproché assez ostentatoirement à Thomas Mulcair, Stéphane Dion et Michaëlle Jean d’avoir la nationalité française, on lui a récemment découvert la nationalité américaine. Fausse note. Il n’y a rien de très répréhensible dans tout ça. Ce qui est est. Un réac sera fatalement pro-vie et un canadien peut parfaitement avoir deux nationalités (et ce, quoi que monsieur Scheer en ait dit lui-même autrefois, des autres). Simplement c’est le style faux-jeton et louvoyeur de monsieur Scheer qui passe de plus en plus mal, autour de ces petits pépins d’image. Il esquive, il botte en touche, il marmonne, il susurre que tout ça, c’est pas si important. Évidemment, que ce larbin servile des entreprises pétrolières ricaines soit ricain de sa personne, bon, ça la fout cheni tout de même. Il aurait pu l’avouer au moins, au lieu d’attendre de se faire débusquer sur la question. Aussi, sur la problématique avorteuse, méfiance. Il dit qu’il ne votera jamais personnellement en faveur d’une réouverture du dossier de l’avortement par ses avortons. Cela ne veut pas dire qu’un bill privé est impossible sur la question. Monsieur Scheer voterait individuellement contre, c’est tout ce qu’il nous ânonne. Et si tous ses réacs votent pour, la merde est reprise, non? Monsieur Scheer ne clarifie pas ça. Le type est incontestablement un enfumeur intensif et sa persistante attitude de couillon sur tous ces petits hiatus d’image le confirme de plus en plus.

Jagmeet Singh (Nouveau Parti Démocratique, centre-gauche). Pas de scandale de réserve ni de squelette dans le placard avec le très charismatique monsieur Singh, pour le moment. Sa meule autour du cou, c’est tout simplement le turban qu’il porte sur la tête. Comme ce dernier n’est PAS un signe religieux (lire attentivement ICI), monsieur Singh n’hésite pas à le retirer à l’écran et ça fait insondablement gentil-gentil. Sauf que le kirpan, il n’y touche pas, par contre. Les atouts contemporains de l’autorité victimaire jouent un petit peu en faveur de monsieur Singh mais cela ne l’empêche pas de ne pas monter dans les sondages, surtout au Québec. Il est assez patent que les québécois se souviennent des révélations faites autrefois à son sujet par la très incohérente Martine Ouellet. Quand il était député ontarien, monsieur Singh a jadis milité pour l’abolition des casques de motos, de façon à ne pas nuire au port du turban… Ce genre de doctrine implicite, même si elle ne fait pas partie du programme officiel du NPD, ne vous décolle pas des basques si facilement, surtout de nos jours.

Justin Trudeau (Parti Libéral, centre-droite). Le Premier Ministre Trudeau a immensément de difficulté à se débarrasser de sa croissante réputation de guignol costumé. Les déguisements parfaitement inanes, lors de la fameuses visite en Inde, lui font comme la tunique de Déjanire sur le torse d’Hercule. Ça colle, ça brûle, ça empoisonne, et ça s’en va pas. Pour ne rien arranger, un petit putride de réac a coulé au magazine Time des photos de monsieur Trudeau en Aladin avec le visage noirci. Scandale de réserve patent. D’autres images de ce type ont circulé, qui faisaient assez Minstrel Show quand même. Même si l’académicien québéco-haïtien Dany Laferrière nous a intelligemment expliqué que cela tendait peut-être plutôt à prouver que monsieur Trudeau aurait secrètement envie d’être noir, rien n’y a fait. Les mijaurés donneurs de leçons canadiens anglais, trop contents que le raciste soit pour une fois quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes, ont crié au blackface en roulant des orbites et se sont pâmés de jouir du scandale de réserve mobilisé. Pour en rajouter, la version française du thème chanté de la campagne libérale était dans un sabir atlantique aussi indécodable que ridicule. Voilà pour les fronts ethnique et linguistique. Sur le front écologique, un des adversaires de monsieur Trudeau a mentionné qu’il avait deux avions de campagne et que cela augmentait son empreinte carbone, et faisait tache sur son vernis écolo. En gros, le personnage se fait de plus en plus jeter au nez une image de biaiseux, de baratineur, de fallacieux et d’hypocrite. Et, au bout du compte, toujours pour ne rien arranger, ce petit couillon de Trudeau passe son temps à s’affubler d’une grande bouille contrite en mondovision et à s’excuser sans fin, en cataracte et à répétition. Même les bourgeoises anglo-canadiennes aussi veules que lui en viennent à trouver que c’est tout de même un peu trop poussé dans l’apologétique, son gestus. Imaginez alors ce qu’ose en penser tout bas le reste du genre humain…

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En conclusion, deux points: 1) les problèmes nationaux et internationaux de fond ne font pas l’objet de différences significatives dans les programmes de tous les partis politiques bourgeois canadiens contemporains. Pour le Canada, le sac de nœuds national et —surtout— international ne changera pas significativement et ce, quel que soit la couleur du nouveau gouvernement au pouvoir. 2) Conséquemment, on investit beaucoup de bande passante à se crier des noms et à parler de verres à café, de turbans, de faux permis de courtier d’assurance, de coucous pollueurs, de chansonnettes gingle et de maquillage.

Aussi, bon ben, prolétaires de tous tonneaux, circulez, y a rien à voir. Cette élection est strictement une élection des apparences.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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