Le Carnet d'Ysengrimus

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Des billets de carnet concernant… le fait de faire vivre un carnet, selon la vision du présent carnet

UN QUÉBEC POLÉMIQUE (Dominique Garand, Laurence Daigneault Desrosiers, Philippe Archambault)

Posted by Ysengrimus sur 1 mars 2014

Quebec-polemique

Ysengrimus (Paul Laurendeau): Dominique Garand, vous publiez avec deux collaborateurs (Laurence Daigneault Desrosiers et Philippe Archambault) un ouvrage intitulé Un Québec polémique – Éthique de la discussion dans les débats public (Hurtubise, 2014, 450 p.). L’ouvrage, dont le titre est très explicitement le programme, comprend huit chapitres et trois annexes et on va prendre le temps de le retraverser ici, un petit peu, tranquillement, entre nous, car il y a là beaucoup de choses susceptibles d’intéresser les lecteurs et les lectrices du Carnet d’Ysengrimus. Dans votre Introduction (pp 15-31) vous signalez la présence (pour ne pas dire l’omniprésence) d’un désir de pouvoir supplantant l’aspiration à une vérité effective et vous exemplifiez, souvent savoureusement, sa manifestation dans l’agora du débat public québécois. Assumant une prise de parti implicitement prescriptive, vous invoquez l’Éthos comme motivation (tendancielle autant que déficiente) et angle d’analyse de l’appréhension du polémique proposé par votre équipe. Qu’est-ce que c’est donc que cet Éthos crucial qui semble manquer autant à votre objet qu’à nos consciences? Parlez-m’en donc un petit peu, que je m’en inspire au mieux, en ouverture d’échange avec vous.

Dominique Garand: L’Ethos est une notion très ancienne, proposée par Aristote dans sa Rhétorique. Il en fait l’un des piliers de tout discours persuasif, avec le Logos et le Pathos. Aristote a compris que le Logos, c’est-à-dire les arguments démonstratifs en bonne et due forme, ne peut assurer à lui seul l’efficacité du discours. Ce dernier doit en outre émouvoir (on a là le Pathos) et il doit être tenu par une personne digne de confiance, une personne en d’autres termes qui nous apparaît à la fois vertueuse et compétente. Il importe de préciser que pour Aristote, cette mise en confiance de l’auditoire doit s’opérer dans le discours même, en dehors de toute considération sur l’individu en tant que tel. Les rhéteurs latins, comme Cicéron et Quintilien, ont quant à eux intégré à la notion des éléments extra-discursifs comme la réputation préalable de l’orateur, la reconnaissance dont il jouit avant même de prendre la parole (est-il, par exemple, titulaire d’un diplôme? a-t-il de l’expérience dans le domaine dont traite son discours? etc.). Cela peut même déborder sur des données comme la race, le sexe, l’âge, la  profession, et ainsi de suite. Dans notre livre, nous avons recensé toutes ces «qualités» et nous avons tenté de montrer de quelle manière elles pouvaient conditionner la réception d’un discours. Dans votre question, vous évoquez un «manque» que notre livre chercherait à pointer du doigt. J’aimerais qu’on ne se méprenne pas sur ce manque. En réalité, tout discours est pétri d’Ethos, donnée incontournable puisqu’une prise de parole ou une prise de parole met inévitablement en scène une figure d’énonciateur. Ce qui manque, c’est la reconnaissance de cette composante, la reconnaissance entre autre du rôle que l’Ethos peut jouer dans les débats. Je viens de soutenir qu’une image de l’énonciateur peut être dégagée de tout discours. Or, il arrive que cette dimension plus ou moins implicite se mette à occuper le devant de la scène et que la personne de l’énonciateur devienne l’objet même du débat. C’est particulièrement le cas dans l’échange polémique où l’adversaire se voit bien souvent visé dans ce qu’il est, tout autant sinon plus que dans les thèses qu’il défend. Dans ce cas, la construction de l’Ethos se dédouble en un Ethos valorisé (celui de l’énonciateur) et un Ethos dévalorisé, qu’on appellera donc un Anti-Ethos, qui est une figuration de la personne de l’opposant.

Y.: Très bien. Et cela nous mène directement au chapitre premier de votre ouvrage dont le titre est Pierre Foglia et Jean Larose: Scénographies discordantes. Ce chapitre, d’ailleurs passionnant, nous ramène circa 1994 et analyse une empoigne épique du temps entre un journaliste et chroniqueur, Pierre Foglia et un ponte mi-médiatique mi-universitaire, Jean Larose. Bon, la passe d’arme est analysée amplement, les lecteurs et les lectrices pourront aller voir ça. C’est le cas typique du journaliste (faussement) philistin et (vraiment) populaire crêpant l’universitaire (faussement) savant et (vraiment) élitaire. Un cas d’espèce, en quelque sorte. Bien québécois, en plus (les Français ne feraient pas du tout ça comme ça). Mais il y a ici un fait intrigant qui est solidement relié à l’Ethos tel que vous venez de nous le décrire (surtout le traitement qu’en font les romains du reste, que je soupçonne, mythologie des credentials oblige, d’être passablement plus proche du nôtre que celui d’Aristote). Ce fait, c’est ce que vous nous signalez à propos de l’univers mondain d’un de ces protagonistes. Vous nous expliquez (p. 37) que, dans un contexte culturel et institutionnel élargi n’ayant à peu près rien à voir avec le débat analysé, Jean Larose va, en une petite décennie (1994-2004), se trouver dépouillé de ses différents objets de prestige, perdant notamment son émission littéraire radiophonique et ses différents points de contact avec le grand public, via les médias. Cela m’amène quand même à me demander, Ethos à la romaine oblige, si la victoire ou la défaite polémique ne se joue pas en dernière instance dans le monde social et de façon finalement passablement autonome du débat verbal même, de son contenu, de sa dynamique propre. Dans la joute entre Foglia et Larose, finalement, l’un dans l’autre, c’est le perdant sociologique qui a perdu, sans moins sans plus.

D.G.: Remarque pertinente. L’issue de nos débats est-elle jouée d’avance au gré de forces qui dépassent notre pouvoir de penser et la puissance de notre parole? Vous voyez qu’en suivant cette pente, on peut facilement tomber dans le nihilisme. C’est une voie que je refuse, par principe. Le regard sociologique nous place devant des constats que nous devons regarder en face, mais qui ne devraient pas nous paralyser. Après tout, ce «pouvoir des maîtres de la société», de ceux qui tiennent les ficelles, il prend aussi racine quelque part, il est analysable (vous êtes marxiste, Ysengrimus, vous savez donc que ça ne suffit pas mais que c’est déjà beaucoup). Ce qu’il faut voir aussi, dans le cas qui nous occupe, c’est que les forces qui ont fini par sortir Larose du jeu (partiellement) étaient déjà présentes avant sa sortie de 1994. Et c’est précisément contre elles qu’il a pondu ce brûlot, en tirant dans toutes les directions et peut-être pas de la manière la plus avisée (mon chapitre pointe du doigt quelques pièges auxquels il a succombé). Par la suite, il a polémiqué plus directement avec la direction de Radio-Canada. La Société d’État a eu le dessus, c’est certain, ce qui ne veut pas dire que Larose soit un perdant dans l’absolu. Il a continué d’occuper la fonction qui lui était dévolue, celle d’enseigner. Je pense aussi qu’il a misé sur le temps, c’est en tout cas une ambition qui se laisse lire dans son pamphlet: je perds maintenant, mais les générations futures me donneront raison. Le principe est beau, mais je ne crois pas qu’il ait réussi sur ce plan. Il lui a manqué une œuvre littéraire qui aurait été la manifestation évidente de cette souveraineté de la parole qu’il revendiquait. La souveraineté, c’est un peu comme Dieu, on ne peut l’évoquer en vain ; et on ne peut se l’attribuer comme un attribut, un signe de pouvoir. C’est un état qui exige un saut dans le vide, un faire conséquent. Lorsqu’on se contente de l’appeler de ses vœux, c’est parfaitement stérile et même nuisible. Voilà pour Larose (qui, soit dit en passant, n’est pas un faux savant, il est au contraire plutôt érudit, mais il s’est gouré en tant que stratège, il n’a pas choisi les bonnes cibles). Qu’en est-il maintenant de Foglia? A-t-il remporté le combat? On peut dire qu’il a sauvé la face, oui, devant son lectorat. Mais plus fondamentalement, son combat, quel est-il? S’il voulait faire passer son lecteur à un niveau supérieur de compréhension des choses, il est hasardeux d’affirmer qu’il ait réussi. La société québécoise n’a rien gagné non plus à cet échange. Je vous rappelle que nous sommes en 1994, un an avant le Référendum sur la souveraineté, vous savez? Celui qui a été perdu par quelques votes… Nos deux belligérants s’affichaient alors souverainistes… Ça leur (et ça nous) fait une belle jambe, n’est-ce pas!

Y.: Cette jambe, c’est justement la cuisse de Jupiter dont ils jaillissent, en fait, ces personnages polémiqueurs de notre agora commune. Foglia, Larose ayant fait leur tour de piste, votre second chapitre, L’Ethos dans tous ses états — Exposé théorique mettant en scène Pierre Falardeau et quelques autres polémistes en fait danser d’autres sur le tréteau. Face à cette succession de personnages, incroyablement contrastés et colorés, on pense de plus en plus infailliblement à la persona, ce vieux masque du théâtre antique qui montait sur scène, exécutait son gestus et hurlait ses lignes, sans jamais montrer son vrai visage (ou celui de son modeste marionnettiste). On peut aussi évoquer les fameux types de la Commedia dell’Arte, suavement prévisibles et, de ce fait, toujours appréciés pour ce qu’ils sont et attendus tels qu’en eux-mêmes (votre analyse est d’ailleurs très théâtralisée). Les types (aussi au sens des personnes) en viennent, comme fatalement, à prendre une remarquable densité. Conséquemment, il n’est pas surprenant que ce second chapitre théorique incorpore une typologie des cibles au sein de laquelle la cible individuelle occupe une place honorable (pp 110-116) et surtout un développement crucial concernant l’argument ad hominem (pp 121-126) que tout le monde réprouve mais que tout et chacun pratique avec ardeur et constance. Vous semblez d’ailleurs lui reconnaître une certaine légitimité sourde quelque part à celui-là. Qu’en est-il?

D.G.: Je suis content que vous fassiez allusion au théâtre, voire à la Commedia dell’Arte. Comme vous l’avez constaté, je parle souvent de la mise en scène de soi dans tous ces débats. J’utilise aussi abondamment la notion de scénographie que j’emprunte à Dominique Maingueneau et qu’il a lui-même empruntée, cela va sans dire, au langage du théâtre. Lorsqu’on regarde de près les procédés des polémistes, et en particulier les procédés à l’aide desquels ils se mettent en valeur, ou à partir desquels ils dévalorisent leurs adversaires, on voit de fait apparaître des constantes, des types. On constate aussi leur remarquable redondance, comme si le langage du combat peinait à inventer de nouvelles formes (Pierre Falardeau représente à ce sujet un cas à part, en raison de l’outrance verbale, parfois poétiquement intéressante, qu’il a développée. Dans son cas, d’autres problèmes se posent que je n’exposerai pas ici.). La description des types et de ces procédés canoniques a été relativement facile. Je veux dire par là que même s’il fallait y mettre du temps et de la minutie, cela ne me confrontait pas à d’immenses problèmes intellectuels. Tout autre est le problème de l’argument ad hominem, un vrai casse-tête, vous vous en doutez bien, dans le cadre d’une réflexion qui se donne pour horizon l’éthique de la discussion. Dans un premier temps, il faut écarter toutes les idées reçues que nous entretenons à ce sujet. «Voyons comment ça intervient dans la réalité des débats», telle fut d’abord la méthode préconisée. Or, il nous a sauté aux yeux que malgré tous les dénis et propos moralisateurs sur l’argument ad hominem, il affleure constamment de manière souvent bien insidieuse. Dans un deuxième temps, force a été de constater qu’il paraissait parfois légitime, dans les nombreux cas où un individu est imputable non seulement de ce qu’il dit, mais aussi de ce qu’il fait et de ce qu’il est par rapport à ce qu’il prétend être. Il est légitime par exemple de traiter un autre de «menteur» si l’on démontre qu’il ment. La frontière éthique se joue là: il faut savoir démontrer. Mais ce n’est pas tout! La perspective éthique se double d’une perspective que nous dirons «pragmatique»: on ne mène pas un combat pour avoir l’air moral, mais pour gagner, et l’argument ad hominem, voire l’injure s’ils sont bien dosés, peuvent s’avérer efficaces. Si l’on ne veut pas succomber à l’angélisme, il faut aussi prendre cette dimension en considération. Cela n’est que suggéré dans le livre, mais j’envisage la mise en place d’une éthique qui irait au-delà du simple «respect de l’autre et des conventions de la logique argumentative», éthique dont je vois l’actualisation chez un Gombrowicz, ou encore dans le tout récent pamphlet, pourtant d’une extrême virulence, lancé par Stéphane Zagdanski contre Philippe Sollers («Pamphlilm»).

Y.: On ne mène pas un combat pour avoir l’air moral, mais pour gagner. C’est certainement un des leitmotiv qui sous-tend la situation, cette fois–ci assez douloureuse, évoquée dans le chapitre trois, signé Philippe Archambault et intitulé Qui se souvient d’Esther Delisle — Une controverse exemplaire, un exemple à ne pas suivre. Ici nos types de commedia y vont carrément. Ils optent pour un instrument qui leur est cher: la batte du zanni. En un mot: l’argument massue. C’est vrai qu’on en rêve de cet argument assommoir fatal qui enfoncerait l’adversaire dans le sol, irréversiblement clin et muet. Ici l’argument massue exploré incorpore frontalement de l’ad hominem compact dans sa machine infernale autoprotectrice. Il se formule comme suit: «Lionel Groulx était un antisémite et si vous vous objectez à ça, bien vous êtes aussi antisémites que lui…» (p. 168). Mais… par un effet de rebond digne des plus criards de tous nos dessins animés, c’est la personne qui a lancé l’argument qui finit enfoncée par sa propre massue au point de tout simplement disparaître de l’espace symbolique. Est-ce là un fait strictement conjoncturel (procédant de cette série d’échanges spécifiques de 1991, sur un sujet fatalement sensible et hautement susceptible de devenir virulent) ou ne se retrouve t’on pas devant une mécanique plus dialectiquement sentie, celle selon laquelle l’argument fatal l’est autant sinon plus pour l’argumentation même ou pour celui ou celle qui la porte? Pour vraiment couler l’adversaire faut-il aller jusqu’à saborder l’intégralité du navire du débat même? Est-ce que vaincre finalement, c’est faire taire tous les partis sur une question?

D.G.: L’affaire Esther Delisle nous donne l’exemple d’un débat où le point Godwin fut touché en une réplique et quart. Échafaudé sur du faux (ou plutôt sur du faussement vrai ou du vrai falsifié), il a vite plongé l’échange dans l’irréalité. L’objet du débat était plus imaginaire qu’autre chose. Philippe Archambault expose avec clarté comment le «débat» a été orchestré par certains médias à des fins sensationnalistes. La revue L’Actualité ouvre le bal en faisant état d’une thèse de doctorat que son jury menace de rejeter. Depuis quand les médias s’intéressent-il d’aussi près aux affaires universitaires? Mais le journaliste flaire une histoire comme on les aime, mettant en vedette une jeune doctorante persécutée du fait qu’elle aurait mis le doigt sur le refoulé du nationalisme: l’antisémitisme et le caractère fascisant du père de cette idéologie québécoise, Lionel Groulx. Des spécialistes ont beau démontrer par a + b que la thèse contient des erreurs factuelles et méthodologiques, les jeux sont faits dès le départ et les rôles sont assignés. À partir de là, l’irréalité ne fait que s’accroître de son ombre: percevant que la cible visée par la thèse est moins Lionel Groulx que le nationalisme québécois, les défenseurs de ce mouvement montent aux barricades et cherchent à défendre la mémoire de celui dont ils n’avaient jamais même pensé se réclamer. L’auteure de la thèse, Esther Delisle, ricane dans son coin au moindre soubresaut d’un adversaire indigné, persuadée de se trouver du côté de la «vérité qui choque» (axiome sophistiquement renversé en: ça choque, donc c’est vrai). Vous dites que l’épisode s’est avéré douloureux et c’est un fait. Ce débat s’est développé dans un climat d’hystérie pour la simple raison qu’il a été mené comme un procès: le but recherché consistait moins à mettre en lumière des faits du passé (l’idéologie des années 30) qu’à culpabiliser par association l’ensemble du mouvement nationaliste. Au moment où le Parti Québécois reprenait le pouvoir en promettant la tenue d’un référendum, un débat implanté sur de telles prémisses ne pouvait se dérouler dans un climat serein. Et l’analyse de Philippe Archambault tend à montrer comment Delisle a été habile à piéger ses opposants dans une double contrainte que vous avez bien résumée.

Y.: Et cela va nous amener implacablement vers le polémiste comme porte-parole, réel ou fantasmé, légitime ou fallacieux, d’un groupe, d’une communauté, d’un peuple. Le chapitre quatre intitulé L’affaire Mordecai Richler: discours collectifs et parole dissidente est signé Laurence Daigneault Desrosiers. On y suit les aventures ferailleuses et assez amères d’un écrivain ashkénaze montréalais de renommée internationale dont il a été, entre autres, dit qu’il donnait sciemment une mauvaise image du Québec aux yeux des anglophones du reste du continent. Tournant autour du débat linguistique au Québec, la complexe série d’échanges et d’interactions analysées ici ne met plus face à face des grandes individualités spectaculaires (quoique un peu creuses, un peu showbizz) mais les représentants, volontaires ou non, de communautés spécifiques, portant avec elles leur passé historique collectif, et obligées de disposer explicitement l’exercice identitaire au cœur du déploiement argumentatif (p. 222) un peu comme on étend bien son linge sur la corde si on veut qu’il sèche correctement. Soudain, ce ne sont plus des cabots qui pugilisent. Ce sont des hérauts qui se confrontent sur des principes directeurs engageant des communautés entières. Et la polémique, à défaut de gagner en profondeur, gagne certainement en gravité et en généralité (au bon et au mauvais sens du terme). À mesure qu’on avance, qu’on se fait doucher par les nuances et les distinguos en déferlante, dans cet exposé spécifique, une question devient absolument lancinante. Les porte-paroles sont-ils intégralement légitimes? Les discours collectifs sont-ils obligatoirement indubitables ou ne reste t-on pas finalement prisonniers, plus la crise de l’adéquation de la représentation s’intensifie, du halo brumeux et peu clair d’imputations sommaires menant directement vers les préjugés mutuels les plus rebattus se redisant tout simplement en ritournelle?

D.G.: Le cas de Mordecai Richler, brillamment analysé par Laurence Daigneault Desrosiers, montre qu’on n’est jamais tout à fait maître de son Ethos. Même un écrivain aussi indépendant que Richler, qui a toujours pris la parole en son propre nom, se voit rattrapé par des représentations collectives. Il devient représentant à son corps défendant: de la communauté juive, des  anglophones du Québec. Il faut dire qu’il l’a un peu cherché, lui qui a succombé à la tentation de généraliser en produisant un portrait global du Québécois francophone. Mais sa posture polémique, autour de 1992, a mis mal à l’aise à peu près tout le monde. Malgré le prestige qui l’entourait en tant qu’écrivain de réputation internationale, on a vu ses communautés naturelles peu enclines à le coopter. Ses adversaires aussi se mirent à parler «collectivement», comme si les Ethos individuels s’éclipsaient tout à coup derrière des Ethos collectifs. Richler est-il devenu un bouc émissaire, c’est-à-dire celui contre qui se déchaîne la collectivité et autour duquel elle reconstruit sa cohésion? On aimerait le croire, mais n’idéalisons pas à outrance: je ne crois pas personnellement qu’il ait su totalement protéger sa souveraineté individuelle contre le pouvoir de récupération des collectivités. Ses interventions iconoclastes n’ont finalement pas tranché le nœud gordien: les Ethos collectifs sont restés immuables.

Y.: Et c’est justement vers les souverainetés individuelles que nous ramène en partie, après ce dense et controversé parcours, le chapitre cinq intitulé Jacques Pelletier et Jean Larose: débattre ou combattre. Revoici donc Jean Larose qui remonte sur scène. Il fait face ici à un nouveau zanni, Jacques Pelletier. Le trait original dans ce cas ci, c’est qu’ils sont du même champ institutionnel et qu’il ne serait conséquemment plus possible d’imputer leur difficulté à dialoguer à des variations de corps de représentations intellectuelles ou à des lectorats distincts. Et pourtant, ça continue de ne pas aller très bien… Le développement particulièrement piquant ici est celui s’intéressant à la création de complices (pp 296-299). Il y a bien alors une sorte de rétablissement du partenaire collectif mais ici on cherche à se l’assimiler sans nécessairement prétendre le représenter, implicitement ou explicitement. On semble plutôt croire l’avoir convaincu ou à tout le moins interpellé, titillé. En prenant connaissance de ces développements, on en vient à se demander s’il n’y a pas en fait une sorte de dialectique des constitutions de complicités se problématisant en deux pôles, un premier pôle qui serait de l’ordre de ce que les sociolinguistes appellent le we-code («Vous, mes complices, joignez-vous à moi. Je vous représente, nous sommes ensemble»), puis un second pôle qui, lui, serait de l’ordre du they-code («Ceux-ci et ceux-là sont VOS complices. Vous roulez pour eux. Ils vous appuient et cela vous démasque»). Le créateur de complices semble discrètement intégrer ses complices à lui et ouvertement accuser l’autre d’avoir les complices qui ne sont pas les siens. Ceci semble en plus se jouer, dans l’échange, en un mouvement unique. Qu’en est-il?

D.G.: Vous identifiez précisément la particularité de la controverse analysée dans ce chapitre. Dans le cas de Mordecai Richler, on était en présence d’un individu sommé de rendre des comptes à des communautés que son intervention, pourtant, ne conviait pas. Dans le cas de la querelle entre Jean Larose et Jacques Pelletier, les communautés qui se heurtent sont construites par les discours eux-mêmes. Pelletier élabore un univers référentiel où se trouve définie une «droite culturelle» formée de nostalgiques de la culture classique, élitiste et parisienne, dont son adversaire, Jean Larose, serait le plus pur représentant. Pelletier convie ses complices de la gauche à rejeter cette posture «réactionnaire». Larose, pour sa part, construit un univers référentiel transhistorique où s’affrontent une conception souveraine de la littérature et une conception qui, au contraire, l’asservit à un programme idéologique. Pelletier fait partie de ceux qui réduisent la littérature à des enjeux mesquins, d’où un appel lyrique lancé aux jeunes générations de fuir un tel enrégimentement. Mais la caractérisation du monde de l’autre connaît des amplifications surprenantes. Larose, par exemple, multiplie les amalgames entre Pelletier et la pensée fasciste, entre la gauche de son adversaire et la gauche totalitaire. Pelletier, de son côté, recourt à la tactique de la réduction: Larose n’est pas à la hauteur des modèles dont il se fait le héraut. Comme vous l’avez remarqué, l’adversaire est ici rejeté sur la base de ses relations, du «réseau» auquel il participe. On n’est pas très loin de ce sophisme communément appelé «l’argument par le partisan». Il s’agit non seulement de démoniser directement la personne de l’autre, mais de mettre en scène un univers moral globalement négatif dont l’autre serait l’incarnation exemplaire.

Y.: Le tout en grande partie de bonne foi, d’ailleurs. Pire que la mauvaise foi: la bonne foi. C’est justement cette dernière qui fait qu’un objet particulièrement crucial, dans l’univers que vous analysez, fait son apparition dans le chapitre six intitulé L’affaire LaRue: un malentendu productif?… et c’est le malentendu justement. Ici, comme ailleurs dans l’ouvrage mais avec cette fois une particulière vigueur critique, le théoricien —le métapolémiste, si j’ose dire— que vous êtes prend parti sur des effets intellectuels de fond. Il y a eu malentendu, cafouillage, maldonne. Time out! Stop c’est magique! Ce débat spécifique n’aurait pas du s’incurver de cette manière, prendre cette tangente. La rédaction de ce chapitre ne vous a-t-elle pas donné l’impression d’avoir découvert un monstre… ou alors sommes-nous de toute façon dans un corpus dont autant la virulence que la spécificité renouvelée fait que tout est monstre?

D.G.: Cette polémique, j’en ai d’abord été le témoin estomaqué au moment où elle avait cours, en 1997. Je vous confie qu’elle fut le point de départ du livre que vous tenez entre vos mains. Comment en étions-nous arrivés à vivre un tel psychodrame? Comment pouvions-nous atteindre un tel degré d’irréalité? Vous parlez de monstruosité, le terme est bien choisi: les dénonciations d’antisémitisme et de fascisme fusaient, un observateur étranger à l’affaire aurait pu croire, à la lecture de certains articles, qu’Hitler était revenu, alors que le point de départ de la chicane était une courte conférence dans laquelle une auteure d’ici, Monique LaRue, s’interrogeait sur les mutations du concept de «littérature québécoise» à l’ère des «écriture migrantes»… Présumée coupable, la malheureuse auteure de la conférence, aidée d’amis venus à sa défense, devait prouver qu’elle n’était pas fasciste, mais les plaidoyers en sa faveur furent si nombreux et unanimes que l’attaquant y vit une preuve du caractère foncièrement totalitaire de la société québécoise! Vous vous demandez dans quel état j’ai pu écrire ce chapitre? Je vous dirai que j’ai dû fournir un effort considérable pour m’en tenir à un acte d’observation. J’ai pu vérifier combien il est difficile de garder le cap sur un minimum de rationalité dans un contexte où ça s’emballe jusqu’au délire. Même quinze ans plus tard, il est ardu de ne pas céder à la logique folle d’un discours paranoïde. C’est ainsi que je le nomme devant vous, mais vous remarquerez que je me suis interdit de le faire dans mon analyse puisque j’aurais ainsi donné l’impression de prendre position (c’est la stratégies du fou, il nous pousse à bout pour ensuite mieux nous reprocher d’être contre lui). Je m’en suis donc tenu aux faits, ce dont je me félicite.

Y.: Ça se laisse lire en tout ça, quelles que soient les conclusions qu’on en tire. Je me garde le chapitre sept pour la toute fin. Passons donc tout de suite au chapitre huit intitulé Affaire Cantat: une controverse publique aux dimensions multiples. Moi, c’est indubitablement cette affaire-là qui me rend le plus émotionnel… Et la question qu’elle me suscite est la suivante et nulle autre. Est-il possible d’avancer l’argument le plus innommable qui soit en ne disant strictement rien et en mettant tout simplement un compositeur-arrangeur sous contrat pour un spectacle? Peut-on dire toute sa haine des femmes les lèvres bien closes et en se couvrant complètement? N’est-ce pas l’abjection absolue et la parade argumentative absolue dans le même mouvement que cette si troublante affaire Cantat? Dites-moi…

D.G.: J’aimerais mieux comprendre ce qui vous trouble dans cette histoire… La décision de Wajdi Mouawad de faire monter sur scène un homme qui a tué son amante?

Y.: Surtout le puissant et inattaquable infratexte misogyne que cela véhicula dans le cas d’une production dramatique intitulé Des femmes. Absolument. Mais je ne suis pas ici pour vous asséner mes vues personnelles sur les thématiques suspectes et les angles textuels biaiseux de Lionel Groulx ou de Wajdi Mouawad… et encore moins pour polémiquer avec vous. Sur l’Affaire Cantat, donc, vous nous dites que…

D.G.: Contrairement aux autres polémiques du livre, analysées à distance de plusieurs années,  celle-ci a été abordée  à chaud, alors  que  ses  échos  se  faisaient encore entendre. Vous aurez  remarqué que le parti pris analytique du livre (aborder les querelles du point de vue des  rapports interpersonnels) est ici renversé: j’ai écarté tout ce qui touchait à la mise en scène de soi et de l’autre pour ne retenir que  le contenu  des  propositions. Ce chapitre permet donc de  s’y retrouver dans le dédale des thèmes et sous-thèmes que l’affaire a générés. Au fond, la préoccupation est la même: il s’agit de suivre le parcours d’un objet de débat, les bifurcations  qu’il emprunte, les nœuds qu’il rencontre, ce qui est oublié en cours de route… Vous avez raison de le signaler, cette polémique a pour point de départ un projet artistique provocateur (faire monter sur scène, dans le cadre d’une œuvre théâtrale portant sur la violence faite aux femmes, un artiste déjà condamné pour le meurtre de son amante), et non un discours. Le public était donc convié à interpréter un geste dont l’intention a mis du temps à lui être expliquée. Geste, qui plus est, qui amalgamait la fiction et la «vie», ce qui nous resitue dans l’orbite de cet Ethos indistinct des propositions plus spécifiquement rationnelles. L’autre particularité de cette polémique est qu’elle a connu une fin: ceux qui s’opposaient à la présence  sur scène de Bertrand Cantat ont gagné, non parce que leurs arguments étaient plus puissants, mais parce que la direction du TNM,  sentant le danger, a décidé de faire marche arrière.  Cela réglé, les discussions ont cessé subitement. Il m’importait donc de rappeler la série de questions morales,  civiques,  juridiques  et esthétiques laissées en plan.

Y.: Voilà. Vous résumez très bien l’esprit de ce chapitre traitant avec doigté d’une question difficile et qui, personnellement, est un de mes préférés. Pour le reste, bon, ce sera à l’histoire de trancher. La suite de l’ouvrage est formée d’une conclusion générale, intitulée Redéfinir l’éthique de la discussion et de trois annexes (Fonction de l’ethos dans la formation du discours conflictuel ; Nomenclature des aspects rattachée à l’ethos et la bibliographie). Cela nous permet finalement de nous jeter sur le dessert du loup, le chapitre sept, intitulé. Le blogue, espace public de discussion? Dans ce chapitre jouissif, qui porte sur le gargantuesque continent polémique contemporain des blogues (journalistiques notamment), j’ai la joie d’annoncer à mes lecteurs et lectrices que vous parlez, entre autres, du Carnet d’Ysengrimus en termes ma fois, fort sympas. Il faut aller lire ça (pp 376-380). C’est donc à l’observateur théoricien qui comprend bien la dynamique interactive, même celle du cybermonde, pour l’avoir analysée à fond que je demande joyeusement, en conclusion, comment vous sentez-vous sur Le Carnet d’Ysengrimus?

D.G.: Votre Carnet, cher Ysengrimus, fait la démonstration que le cyberespace offre la possibilité de débats intelligents, approfondis et structurés. La condition première, que vous remplissez admirablement, est l’engagement actif du blogueur, qui prend le soin de répondre à ses interlocuteurs, de les ramener dans le sujet quand ça tend à déraper. Le contrat que vous avez établi avec ceux qui vous suivent est très clair, vous avez pris soin de fixer les règles du jeu. C’est donc un espace de discussion bien géré. De plus, les billets demeurent accessibles, je peux réagir à un post publié deux ans auparavant. On est donc très loin du consommer-jeter-oublier qui prévaut sur les blogues des grands journaux. On ne se présente pas sur votre blogue pour se faire voir, mais bien pour se mesurer à une pensée. Il faut dire que la vôtre est passablement organisée; vos interventions sur tel ou tel sujet s’appuient sur des présupposés philosophiques que vous avez pris soin de définir, de sorte que circuler sur votre Carnet, c’est visiter plusieurs étages d’un même édifice, des fondations jusqu’aux combles, sans oublier le jardin où il vous arrive de folâtrer. Il s’agit maintenant de voir comment vous pourriez élargir votre bassin d’interlocuteurs. Si j’ai pu contribuer à vous en amener quelques-uns, je m’en réjouis, mais sans doute faudrait-il que vous vous commettiez davantage dans les médias à large diffusion.

Y.: Un jour peut-être… en attendant, puisqu’on est entre nous (or so it seems…), je vous dis grand merci Dominique Garand d’être venu partager le fruit de vos recherches avec nous par ici. Place maintenant à la discussion…

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Dominique Garand, Laurence Daigneault Desrosiers, Philippe Archambault (2014), Un Québec polémique – Éthique de la discussion dans les débats public, Hurtubise, Communication et Littérature — Cahiers du Québec, Montréal, 450 p.

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La procédure de modération du Carnet d’Ysengrimus

Posted by Ysengrimus sur 15 septembre 2011

Ysengrimus ne cherche pas à remporter un débat mais à l’exposer et à rendre sa position personnelle bien claire au sein de cet exposé…

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Au fuyant (et museleur) Ysengrimus: toutes mes excuses. Je n’avais pas compris le but premier de ce blogue: faire des entrées, à tous prix. D’où le fait que vous assumiez d’être la risée du Web par vos prises de position, du moment que les visites augmentent. Une fois encore très sincèrement, j’admire cette démarche: oser allier ainsi stupidité, suffisance et agressivité pour augmenter le compteur de son blogue, ça demande une échine fort souple. Je ne vous dérangerai donc plus, ce qui vous permettra de ne plus perdre de temps à effacer mes commentaires.

Commentaire (caviardé) de l’intervenant VAKORAN sur le rouleau du billet sur le canular lunaire

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Dans la formulation de ma typologie des blogues, on peut continuer de dire sans vaciller que le Carnet d’Ysengrimus est un carnet d’opinion. On le salue souvent pour la qualité du débat qu’il suscite et, je vous l’avoue ici en toute impudence, de fait, cela ne s’improvise pas. Or justement, puisqu’on en cause, la flamboyante, tonitruante, sulfureuse, sempiternelle mais jubilatoire, foire d’empoigne de mon fameux rouleau du billet du canular lunaire engendre parfois l’amertume d’un certain nombre de pisse-vinaigres hagards, sans contenu précis. Ils se lamentent alors, sous le faix fort lourdingue de leur vide conceptuel, au sujet de la procédure de modération pratiquée en cette enceinte. Pierre-rejetée-devenue-pierre-d’angle, ma petite exergue exemplifie ici, pour la bonne bouche, les blatérations tapageuses de ces dromadaires à la soif éternelle. Pour les visser, et aussi pour le bénéfice d’un vieux copain qui parle justement de toutes ces choses, dans un colloque de rhétorique en ville, il semble que le moment soit venu, sans artifice ni concession, de vous asséner la procédure de modération du Carnet d’Ysengrimus. La voici donc et, comme son code d’éthique pour l’intervention sur carnets publics se tartinait en cinq points, elle, elle se tartine en six:

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1- Le filtre des envois indésirables est activé. Tout envoi publicitaire ou propagandiste émis par un robot est donc automatiquement mis à l’écart ici, par la machine. Le carnetiste vérifie cependant ce lot spécifique d’envois rejetés pour s’assurer qu’une intervention intéressant l’échange ne s’y trouve pas, par inadvertance. L’inadvertance étant ici due au fait que des intervenants intéressants ayant beaucoup posté sur des carnets supportés par cette plate-forme sont parfois relégués dans le filet à mortadelle (spam net) sans raison vraiment valide. Ysengrimus récupère alors ces interventions.

2- Ysengrimus lit personnellement les interventions de ses commentateurs une par une. La requête ferme de modération est activée pour chaque intervention. Le mécanisme autorisant le passage d’un auteur une fois que sa première intervention a été acceptée n’est pas activé. Nous sommes donc sous filtrage fin. Chaque texte est jugé graine à graine, au cas par cas. L’approbation se fait au texte, pas à l’auteur. Le cyber-anonymat des intervenants est intégralement respecté. Il arrive par contre parfois à Ysengrimus de remercier un intervenant d’avoir signé sa diatribe. En conformité avec la doctrine du Carnet Lenteur (Slow Blogging), la bande passante de discussion de tous les billets est ouverte et restera ouverte sine die.

3- Les fautes d’orthographe des interventions sont corrigées par Ysengrimus. Ceci ne doit pas être considéré comme une correction complète (Ysengrimus est un fort mauvais relecteur d’épreuve). Ces corrections sont apportées pour que l’intervention ne soit pas jugée sur sa conformité orthographique, critère qu’Ysengrimus juge non avenu. D’autres conventions s’appliquent. Les mots abrégés sont restitués, les chiffres en chiffres sont remis en lettres. Les points d’exclamation sont retirés. Les triples points d’interrogation sont réduits à un seul. Un protocole de mise en italique ou en gras des citations et des titres est implémenté. Les paragraphes sont souvent reconfigurés (Ysengrimus n’aime pas les paragraphes d’une ligne). Les interventions en anglais sont parfois suivies d’une traduction ou d’une glose-résumé. Globalement, il s’agit de finir avec en main un échange-débat qui sera utilement et agréablement lisible par un tiers. Le jeu des interventions acceptées et refusées est cardinalement déterminé par cette priorité.

4- Les interventions retenues en priorité sont celles introduisant une contradiction de fond. Si un point de vue est défendu dans le billet, le point de vue le contredisant méthodiquement est promu prioritairement dans la discussion. L’exercice se veut fondamentalement dialectique. Le postulat est que le lecteur pourra établir son propre jugement en prenant connaissance de l’intégralité du débat. Ysengrimus ne cherche pas à remporter un débat mais à l’exposer et à rendre sa position personnelle bien claire au sein de cet exposé. Les hyperliens apportés par les contradicteurs (y compris les hyperliens renvoyant à leurs propres sites) sont encouragés (tous les hyperliens sont vérifiés périodiquement et réparés, quand c’est possible). La notion de cyber-provoque (trollisme) n’existe pas sur le Carnet d’Ysengrimus. Toute contradiction y est fermement valorisée. Le plus radicale elle sera, le plus nettement elle sera approuvée. Ceci dit, inévitablement (il semble que ce soit une loi du genre blogue), le carnet développe, avec le temps, une camarilla. C’est un petit groupe d’intervenants habituels qui aiment le Carnet d’Ysengrimus, le lisent régulièrement, et œuvrent à le complémenter. Ce sont les ami(e)s, les compagnons et compagnes de route. Toutes les interventions et hyperliens introduits par la camarilla sont acceptés, sauf les insultes sans contenu (dites insultes inanes) à l’égard des contradicteurs d’Ysengrimus. Le fait d’aimer le carnet et de le défendre bec et ongles ne libère pas de l’obligation d’argumenter au contenu.

5- Sont refusés, sans sommation ni explication, les textes suivants. Les interventions écrites dans une langue qu’Ysengrimus ne peut pas décoder. Les interventions en code MSN. Les erreurs factuelles indubitables (Napoléon meurt à Waterloo ou Toutes les langues viennent de latin ou Neil Armstrong et Buzz Aldrin n’ont pas de passé militaire ou, naturellement, La Shoah n’existe pas ou La femme est intrinsèquement inférieure à l’homme). Il est inutile et oiseux de noyer un objecteur dans le ridicule facile de son ignorance primale (En principe, cette dernière peut d’ailleurs parfaitement coexister avec des objections valides). Les insultes inanes (insultes sans contenu complémentaire, genre: Pauvre imbécile! sans plus) à l’égard d’Ysengrimus ou des autres intervenants. Noter cependant que les textes écrits sèchement, avec arrogance, ou colère, ou virulence, ou dépit, ou amertume, mais véhiculant des idées, un contenu, sont retenus (Ysengrimus, qui grogne sur le monde, ne se prive pas lui non plus de péter sec et de vesser fétide). Les propos enfreignant les contraintes usuelles de la liberté d’expression (propos racistes, antisémites, misogynes, homophobes, diffamatoires, juridiquement préjudiciables, etc.) sont éliminés. Quand le rouleau dépasse trente interventions, on commence aussi à éliminer les redites. Grosso modo, une redite par intervenant est autorisée. Elle fait alors l’objet d’un avertissement explicite (Epsilon, évitez les redites. Le rouleau s’allonge. Vous allez m’obliger à vous caviarder). La redite suivante du même intervenant est éliminée sans autre sommation. Les interventions portant sur le processus même de la procédure de modération (Genre: Ysengrimus pourquoi avoir censuré ma redite. Tu ne respectes pas la liberté d’expression!) sont caviardées sans sommation car c’est là un bruit inutile qui encombrerait la lecture par un tiers. Ysengrimus se réserve aussi le droit d’interrompre un débat subsidiaire entre intervenants s’il le juge excessivement digressant. Ladite interruption est alors signalée explicitement, avec aménité, ou sans. Finalement quand Ysengrimus se fait dire de s’expliquer ou encore d’exposer ses arguments, il répond simplement: relisez le billet. C’est qu’Ysengrimus (redisons-le…) s’efforce d’éviter les redites, y compris les siennes.

6- Autrefois Ysengrimus, nono qu’il est, intervenait comme l’autre intervenant quand il répondait. Un jour il s’est aperçu que cela faussait complètement ses statistiques d’interventions en les gonflant artificiellement des siennes. Maintenant, Ysengrimus ne fait une intervention en bonne et due forme que pour apporter un complément d’information non argumentatif ou citer un commentaire pertinent (anonyme ou non) lui ayant été envoyé privément. Sauf si sa réponse est vraiment très longue, Ysengrimus réplique désormais à la suite d’un intervention par une note de pied entre crochets, en italiques et signée Ysengrimus. Ysengrimus répond aux interventions en français en français et aux interventions en anglais en anglais.

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Portrait de blogueurs 027 – Paul Laurendeau (Ysengrimus), au Carré Saint Louis…

Posted by Ysengrimus sur 1 janvier 2011

Le carnetiste, vidéaste et évangéliste (au sens tech et non religieux du terme) montréalais Frédéric Harper m’a fait l’insigne honneur de me permettre de tourner, au Carré Saint Louis (Montréal) une de ses déjà fameuses vidéocapsules Portrait de blogueurs. Je suis le vingt-septième de ses invités et la capsule a été relayée par la carnettiste techno Josianne Massé anciennement du site journalistique montréalais BRANCHEZ-VOUS, ainsi que par le site de slam et de poésie TRAIN DE NUIT. Voici donc (notamment pour ceux et celles qui en sont encore en mode introductoire avec l’accent kèvèkois) le texte intégral de mon intervention, en ce monde de sagace cybervidéastie.

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De quoi votre bloque parle-t-il?

Le blogue s’intitule Le Carnet d’Ysengrimus. Ysengrimus, c’est un loup dans le poème médiéval La Chanson de Renart. C’est le vieux loup qui se fait un peu surprendre par toutes les choses modernes qui se passent, toute la… la nouveauté du changement social, vers la fin du Moyen Age, et il est souvent confronté à Renart. Et ce loup donc, dans mon carnet, grogne sur le monde. Il observe les différentes réalités sociales. C’est un… si vous voulez, un blogue de commentaire social et ethnologique sur la réalité de la vie contemporaine. Différents sujets sont abordés: rapports entre hommes et femmes, drogues récréatives, capitalisme, etc… L’approche est généralement marxiste, gauchisante, etc… et je traite toutes sortes de sujets aussi qui sont des sujets de société mais des sujets de société profonds, pas de l’actualité immédiate, trop rapide, trop papillonnante, mais par exemple: la relation entre religion et athéisme, les grands mouvements de la crise économique, des choses comme ça. Et, souvent, les sujets sont construits de telle façon à inviter le débat, de façon à ce que les lecteurs interviennent et que, au fil du fonctionnement de la totalité du blogue, avec les interventions, on voie se déployer les deux, ou trois, ou dix facettes du débat.

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Pourquoi bloguez-vous?

Oh, à cause de la nature du médium. C’est un médium qui est extrêmement intéressant de quatre points de vue que je résume ici très brièvement. D’abord, pas d’éditeur, pas de directeur, pas de rédacteur en chef. T’écris directement ton propos. Tu peux formuler ce que tu veux dire, tel que t’as envie de la dire. Tu pèses sur le bouton. Ça y est. C’est rendu dans l’espace public. Deuxièmement, c’est un dispositif interactif. Et ça, c’est extrêmement intéressant parce que les gens viennent, ils attrapent le ballon, relancent le ballon. Et là y a une discussion et y a certains de mes billets, ma foi, en les relisant, je trouve la discussion plus intéressante que le billet. Troisièmement, le blogue développe un style bien à lui qui permet d’allier la force d’un texte académique avec le caractère à la fois intime et puis passionnel d’un texte personnel, qui serait, par exemple, un texte de fiction. Les deux s’unissent très bien. Y a un genre blogue, un genre carnet qui est en train de se développer et qui est extrêmement intéressant à explorer. Finalement, je préfère le carnet ou le blogue par exemple à TWITTER, tout simplement parce que j’ai tendance à être un petit peu verbeux et cent quarante deux [sic] caractères, pour moi, c’est pas assez. Ça me prend au moins une page, deux, trois… minimum une demi-page.

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Que faites-vous dans la vie?

Je suis un ancien professeur d’université. J’ai été professeur d’université à Toronto entre 1988 et 2008. Maintenant je suis petit éditeur à Montréal. Je suis aussi romancier, nouvelier et poète.

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Le mot de la fin

Les chances sont assez bonnes, parce qu’il est très référencié, que vous tombiez sue le Carnet d’Ysengrimus en appelant en fait par un mot clef qui est un sujet qui vous intéresse. Mais si vous venez rendre visite au Carnet d’Ysengrimus par vous-même, choisissez des sujets qui vous passionnent et, ce qui me ferait vraiment plaisir, intervenez. Hésitez pas à intervenir. Même si vous faites des fautes d’orthographe, on les corrige. Et c’est toujours un plaisir de vous lire et d’interagir avec vous, dans la fermeté du débat mais aussi dans le respect amical que peut apporter l’accès à ces nouvelles technologies remarquables.

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Paul Laurendeau (Ysengrimus), sans godasse, ni chapeau, ni malice (photo: Reinardus-le-goupil, 2005)

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Typologie des carnets (blogues) électroniques

Posted by Ysengrimus sur 15 juillet 2009

Capilotade apparente. Consolidation effective…

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C’est avec joie et reconnaissance que je constate que le Carnet d’Ysengrimus vient de passer le cap sensible des cent milles visites uniques ou multiples. Ça y est, donc. Il se consolide. Pourtant, en ce moment, on assiste en fait à un certain tassement du carnet électronique comme formule d’expression. La mode évanescente est désormais ailleurs. Le susdit tassement, c’est de fait la tombée en jachère d’un nombre immense de carnets. La lassitude devant la solitude semble le principal facteur d’abandon de la formule du carnet électronique. Les commentateurs médiatiques traditionnels (dans leur sourde panique face à l’inexorable démocratisation de la circulation des idées au sein des médias sociaux) se sont mis à gazouiller sur la question. Ils citent aussi, comme facteurs, l’effet de mode (les branchés sautillants migreraient vers Twitter) et un certain nombre de mauvaises expériences de cyber-harcèlement ayant découragé plusieurs vocations de carnetistes… Ou encore, on a renoncé à la notoriété ou on a compris qu’on ne pouvait pas l’acquérir. On s’est lassés. On s’est brûlés (au sens du choc ponctuel désagréable ou au sens de l’épuisement). On s’est retrouvé à sec de contenu. On s’est senti bien seul dans sa tourelle. Comme pour la musculation, le yoga et la tonte du gazon, on a senti le poids croissant de l’effet de corvée. Peu importe. Il y a bel et bien tassement du carnet électronique. Mais qui dit tassement dit justement aussi son contraire: consolidation. Et la consolidation du carnet électronique s’accompagne d’une intéressante organisation de tendance des carnets. Je dégage quatre principaux types relativement stables de carnets électroniques au jour d’aujourd’hui.

Le Carnet-télex. Ici on singe les blogues journalistiques à la page. On suit l’actualité cursivement, on la commente et on fait se dérouler le rouleau télex de l’info, comme le ferait un vrai de vrai journaleux. Il est frappant de constater combien les médias conventionnels sont désormais relayés, dans leur chapelet circonscrit de redites locales ou mondiales, par toute une camarilla de suiveux qui reprend leurs topos (et jusqu’à leurs photos) sur l’actualité, les glosent en mieux ou en pire, la colorant d’amateurisme en jouant les agences de presse de salon et en n’apportant pas grand-chose de plus à la description du factuel. Certains de ces cyber-journaleux se chamaillent en plus entre eux comme de vraies de vraies prima donna médiatiques et entrent dans toutes sortes de polémiques byzantines, souvent passablement vides de contenu. Ils s’accusent mutuellement de parasitisme ou encore de se tirer dans les pattes sous couvert de cyber-anonymat. Ils vont jusqu’à en oublier leur vocation initiale de télex pour faire dans l’empoigne interpersonnelle ardente. Journaux de demain, médias alternatifs ou simples copies carbones falotes s’assurant des visites à court terme en parlant des sujets attrapes qui font tourner les têtes du moment? Ce sera à l’Histoire de juger. Et dans la cyberculture, l’Histoire, ça débarque vite. Je crois qu’il y a, dans cette catégorie, bien des carnets aujourd’hui en jachère. Prétendre jouer au journaleux à la mode depuis le coin de son cubicule en copiant-collant les télex des autres, ça fait un temps. Il reste que dédoubler n’est pas innover et que le temps aura passé bien vite pour ce type de formule. La caractère étroitement suiviste, factuellement microscopique et ponctuellement circonscrit et limitée de l’information couverte fait aussi de ces documents des archives extrêmement limitatives. Je pense que les historiens ne consulteront que fort rarement ce type de carnet dédoublant les journaux d’une époque… Enfin on verra…

Le Carnet thématique. On traite ici un sujet engageant une pratique ou un corps d’activités spécifiques et on y diffuse des développements descriptifs et des recommandations concrètes de toutes natures. Cuisine, dressage des chiens de race, culture et consommation du cannabis, bande dessinée, sexualité sado-masochiste, navigation à voile, mécanique, jardinage. Le Carnet thématique est nettement en train de se substituer aux fameux précis des collections Vie pratique de jadis, comme Wikipédia est à se substituer aux encyclopédies de colportage de jadis. Habituellement, on découvre un carnet thématique suite à une recherche par mots clefs. On pourrait presque parler de wiki-carnets et la facette interactive du carnet prend souvent ici une tranquille et délicieuse dimension de discussion entre spécialistes vernaculaires. Autre fait important: le carnet thématique est souvent le plus effectivement multimédia du lot. L’image, fixe ou mobile, y revêt habituellement une qualité démonstrative qui change de la dimension souvent anecdotique, décorative ou cabotine qu’elle revêt ailleurs. Un type spécifique de carnet thématique prépare ou répertorie un événement et vit au rythme du moment qui s’annonce ou des étapes qui se franchissent en rapport avec cet événement: des floralies ou des régates, l’élection d’un candidat municipal, la fête nationale dans un patelin, le démarrage d’un orchestre alternatif ou d’une exposition d’art visuel, un chanteur, une sculpture collective. Dans tous les cas, c’est un thème spécifique vécu ou à vivre qui est le moyeu central et qui fonde l’effet fédérateur de la formule. Conséquemment, plusieurs carnets thématiques sont inévitablement centrés sur une personnalité publique ou artistique. On notera à cet effet que, dans certains autres cas spécifiques, c’est l’auteur(e), réel ou présumé, du carnet thématique qui en constituera de fait le thème. La reine de Jordanie, auteure (supposée – c’est un exemple fictif, du moins à ma connaissance) du carnet de commentaire social de la reine de Jordanie est en fait le thème central du carnet de la reine de Jordanie, puisque que ce sont les écrits de la reine de Jordanie sur quoi que ce soit et absolument rien d’autre qui assurent l’effet fédérateur du carnet… Écrits par un anonyme, les mêmes textes ne procèderaient plus du tout du même type de carnet.

Le Journal intime cyber-anonyme. Si le phénomène des carnets électroniques invitant à des commentaires a produit un moment de formidable originalité, c’est bien dans le cas de ces extraordinaires journaux intimes cyber-anonymes que leurs lecteurs et lectrices suivent comme de passionnant feuilletons. Ces discours remarquables sont sans correspondants ou ancêtres immédiats. Certain(e)s des auteur(e)s de ces rouleaux sont des plumes particulièrement incisives et ils/elles oeuvrent à la superbe et inédite tapisserie de la cyber-chronique de ce temps. Souvent tenus par des femmes, ces carnets abordent des sujets journaliers, ordinaires, intimes et assurent un suivi des développements riches en rebondissements et en manifestations de sagesse quotidienne. Semi-fictifs, semi-anonymes, ces documents en devenir nous invitent à les suivre et à en vivifier les fascinants protagonistes de nos encouragements et de nos conseils. Le revers terrible de ces œuvres savoureuses est qu’elles semblent engendrer le plus haut taux de cyber-harcèlement. Admirateurs ahuris ou détracteurs hargneux se nichent dans la bande passante de ces carnets spécifiques, en retracent les auteur(e)s, les harcèlent, les pourchassent, les enquiquine, les épuise. Celles-ci s’écoeurent et ferment éventuellement boutiques, nous privant aussitôt de leur extraordinaire production. Il semble aussi, inversement, que la solitude soit un facteur vif et douloureux de démobilisation en ce genre spécifique. Il faut noter que certains de ces journaux intimes sont «faux» en ce sens qu’ils relatent des drames largement ou entièrement fictifs et suscitent des flux émotionnels qui se transforment en tempêtes péronelles quand la faussaire s’avère «démasquée». C’est un tort regrettable de traquer, comme un travers ou un mal, la fiction de ces discours. Qui irait demander aux Mémoires d’une jeune fille rangée ou aux Mémoires d’un tricheur d’être platement factuels?

Le Carnet d’opinion. C’est, comme le carnet thématique, un rouleau qui n’est pas nerveusement soumis au flux microscopique de l’actualité vive. C’est, comme le carnet-télex, une couverture qui touche les grandes questions de notre temps sur le mode de la description et de l’explication factuelles. C’est, comme le journal intime cyber-anonyme, une intervention crucialement marquée au coin des opinions et de la sensibilité originales de son auteur. Souvent sociopolitique, parfois révolté, frondeur ou vitriolique, toujours personnel, le carnet d’opinion cartonne et commente, s’attire amis et adversaires, stimule le débat, campe une doctrine, tranche dans le vif, prend radicalement position, fout la merde. Le Carnet d’Ysengrimus a la modeste prétention de se définir comme un carnet d’opinion.

Comme dans le cas de toutes les typologies de ce genre, il est parfaitement envisageable d’observer des métissages. Une dame commentera un fait d’actualité ou un spectacle à la mode dans son carnet intime. Un jardinier ou un dresseur de chiens nous parlera de ses problèmes familiaux dans son carnet thématique. Certaines des aventures que je rapporte dans mon carnet d’opinion on été vécues en interaction avec mes enfants adorés. Je le mentionne sans rougir. Certains carnets-télex basculent dans la plus imprévue des originalités en articulant subitement une opinion novatrice. On dégage ici plutôt des tendanciels que des types rigides. J’ai été initialement tenté de fournir un exemple par type, en utilisant notamment mes superbes carnets amis, Loula la nomade, le Carnet du Dilettante, Humeur variable, mon merveilleux belge qui se soigne ou encore une femme libre, Ya Basta!, Mémoires d’outre-vie, VIVRE… sous le regard du Boudha! ou Ni putes ni soumises. Mais j’aurais horreur de vexer ces personnes extraordinaires en les étiquetant unilatéralement ou en les forçant dans un type ou un autre. Lisez-les, vous y retrouverez aisément les tendances que je viens de dégager. Chacun d’entre eux exemplifiera une des tendances en manifestation principale, zébrée d’un peu des autres. Même dans les cas de métissages plus profond, les tendances se dégagent nettement et il semble bien qu’elles se stabilisent, se consolident, avancent lentement vers la fondation des facettes d’un genre.

Finalement le carnet électronique qui marche, c’est quoi? Réponse, c’est comme n’importe quel autre texte qui marche. C’est le carnet qui parle du cœur, qui écrit d’avoir quelque chose à dire (et non pour attirer l’attention ou faire tourner la bécane d’un nouveau cyber-gadget) et qui se donne un rythme viable. Le mien, de rythme, c’est un billet aux deux semaines (je suis d’ailleurs un des rares qui entre des billets de longueurs stables à rythme fixe – laissant désormais l’intermittent, le fulgurant, l’évanescent et le courtichet à Twitter). Notons qu’habituellement la prolixité des carnets varie, que le rythme est dissymétrique et que les dates de tombée des billets sont habituellement aléatoires. Pas de problème avec ça si vous ne vous desséchez pas… Gardez en mémoire que l’exercice est fondamentalement interactif (contrairement à un simple site web). Donnez-vous un code d’éthique interactionnel ferme et répondez à vos correspondants, à leur contenu plutôt qu’à leur personne. Ne pensez pas trop à qui vous lira, au nombre de clics, au répertoriage, etc… Concentrez vous sur ce que vous avez à dire et, comme le clame la formule choc de certaines clefs d’entrées de commentaires, dites-le! Sur Twitter, on suit la trajectoire d’une personne adulée ou respectée. Ce qui compte dans cet espace, c’est qui vous êtes et ce que vous faites… qui vous twittez, qui vous twittera…  Sur les carnets on suit la trajectoire des idées de fond. Ce qui compte, c’est ce que vous dites, ce que vous traitez. La généralisation des agrégateurs, ces instruments présentoirs qui suivent cursivement les publications sur un ensemble circonscrit de carnets, intensifie le phénomène du carnet électronique dans sa dimension archivistique, si on me pardonne le terme, et lui donne une stabilité et une densité qui répond harmonieusement à sa pure et simple légitimité intellectuelle. On vous retrouve par les sujets ou par les mots-clefs. Les deux formules, l’un de l’ordre de l’être (Twitter), l’autre de l’ordre du dire (Blogue), sont promises à un superbe avenir. Et, comme dans toutes situations évolutives, il y aura les troncs, il y aura les branches et il y aura l’humus. Bonne continuation d’écriture et de lecture.

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Débats sur blogues publics: le code d’éthique d’Ysengrimus

Posted by Ysengrimus sur 28 juin 2008

blogue

Ysengrimus, gars, ceci n’est pas ton espace de communication personnel…

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Laissez moi vous asséner les cinq mesures autocritiques permanentes d’Ysengrimus quand il ferraille sur des blogues publics:

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1- Ysengrimus, mon bon, lis d’abord tous les commentaires. Si ton idée a déjà été exprimée, ne fais pas se répéter le blogue. Si le thème ne t’inspire pas, eh bien, reste silencieux, un autre jour viendra. Évite soigneusement redites, ritournelles et platitudes.

2- Traite le sujet, Ysengrimus, pas seulement le thème lancé mais l’argumentation formulée sur ce thème par l’animateur ou l’animatrice de la discussion ou par les intervenants. Ne digresse que pour exemplifier. Sois original, articulé, songé si possible, utile, fécond, agréable à lire. Apporte quelque chose. Sois bref. Si ton développement est trop long, résume–le ici et pose tout simplement un hyperlien. Ceux que cela captive iront. Les autres se passeront de ta diatribe en un saut plus court.

3- Si tu n’es pas d’accord avec des éléments de contenu venant de l’animateur ou l’animatrice du blogue ou des intervenants, critique-les explicitement sans complexe mais en focus strict sur le contenu et en évitant toute référence ad hominem. Car, mon Ysengrimus, tu es ici dans un débat d’idées pas dans une querelle de personnes. Corollairement, signe donc le tout de ton vrai nom, cela t’aidera à ne dire que ce que tu dirais sans que le cyber-anonymat ne se mette à te servir de planque involontaire.

4- Ysengrimus, gars, interviens le moins fréquemment possible. C’est souvent tentant et ça pique les doigts d’y retourner en cataracte, en mitraille, mais tu dois penser à ceux qui lisent en silence, pas seulement à ceux qui ferraillent avec toi sur l’agora. Aussi quand, comme souvent, cela vire à la conversation de papoteur électronique entre petits copains en mal de connivence, retire toi. Ceci n’est pas ton espace de communication personnel.

5- Et surtout, Ysengrimus, aime ces gens, aime cet animateur ou cette animatrice et ces intervenants. Ils sont à redéfinir la communication entre médias et lecteurs. C’est difficile mais ils le font et ils le font globalement de bonne foi. Si bien que, s’ils te cassent un verre, ils ne le font pas exprès et t’invitent, même sans le savoir, à te mettre un peu… au recyclage du verre…

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