Le Carnet d'Ysengrimus

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Archive for mars 2011

Les vacances en Irlande d’un des fondateurs du matérialisme historique (1856)

Posted by Ysengrimus sur 17 mars 2011

Cette illustration journalistique anglaise montre le village bien oublié de Movern (Irlande), vers 1849. C’est là le genre de paysage dévasté qu’Engels et Burns ont découvert lors de leurs vacances en Irlande, en 1856

Cette illustration journalistique anglaise montre le village bien oublié de Movern (Irlande), vers 1849. C’est là le genre de paysage dévasté qu’Engels et Burns ont découvert lors de leurs vacances en Irlande, en 1856

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À l’été 1856, en mai, Friedrich Engels (1820-1895) et sa conjointe Mary Burns (1822-1863) sont en vacance en Irlande. Ils voient, comme tous vacanciers, des paysages, des collines, des forêts, des pâturages, des ruines anciennes, des gens couleur locale, des villages, du folklore politique, un mode de vie. Évidemment, étant qui ils sont, ils voient aussi l’essence des choses à travers la surface des faits: l’inexorable passage de la propriété agraire des mains de la vieille aristocratie celtique déclassée à celles des grands fermiers bourgeois anglo-écossais, sous l’impulsion, ouvertement coloniale, du gouvernement anglais. De retour en ses pénates de Manchester (Angleterre), Engels écrit à Karl Marx (1818-1883) et lui envoie la carte postale épistolaire suivante de ses vacances en Irlande, d’un des fondateurs du matérialisme historique à l’autre…

Manchester le 23 mai 1856,

Cher Marx,

Dans notre tour en Irlande, nous nous sommes rendus de Dublin à Galway sur la côte occidentale, puis nous avons poussé 20 milles plus au nord à l’intérieur du pays, pour gagner ensuite Limerick, en descendant le Shannon, vers Tarbert, Tralee, Killarney, et de nouveau Dublin. Au total, de 450 à 500 milles anglais, en plein pays dont nous avons vu ainsi à peu près les deux tiers. Hormis Dublin, qui est à Londres ce que Düsseldorf est à Berlin et garde complètement son caractère ancien de petite résidence entièrement bâtie à l’anglaise, tout le pays, les villes surtout, donnent la même impression que si on se trouvait en France ou en Italie du Nord : gendarmes, prêtres, avocats, bureaucrates, gentilshommes propriétaires, en plaisante abondance, et une absence totale de quelque industrie que ce soit. De sorte qu’on aurait peine à concevoir de quoi vivent toutes ces plantes parasites, si la misère des paysans ne remplissait pas l’autre partie du tableau. Les «mesures fortes» sont visibles à tout bout de champ, le gouvernement fourre son nez partout et de ce qu’on nomme self government, pas la moindre trace. On peut considérer l’Irlande comme la première colonie anglaise, laquelle, en raison de sa proximité, est encore gouvernée exactement à l’ancienne mode, et l’on remarque ici déjà que la prétendue liberté des citoyens anglais repose sur l’oppression des colonies. Dans aucun pays, je n’ai vu autant de gendarmes, et l’expression du gendarme prussien bourré de schnaps a, chez ces constabulary [constables] armés de carabines, de baïonnettes, et de menottes, atteint son plus haut degré de perfection.

Les ruines sont une caractéristique du pays; les plus vieilles datent des cinquième et sixième siècles, les plus récentes du XIXe, avec toutes les périodes intermédiaires. Les plus anciennes sont uniquement des églises, à partir de 1100 – églises et châteaux, à partir de 1800 – maisons de paysans. Dans tout l’Ouest, mais surtout dans la région de Galway, le pays est couvert de ces maisons paysannes en ruines, dont la plupart n’ont été abandonnées que depuis 1846. Je n’aurais jamais cru qu’une famine puisse être d’une réalité aussi tangible. Des villages entiers sont vides et, parmi eux, les parcs somptueux de petits landlords qui seuls y résident encore; des avocats pour la plupart. La famine, l’émigration et les clearances [l’éviction des paysans] ont tout à la fois accompli cette œuvre. On ne voit même pas de bétail dans les champs. Le pays est un désert absolu, dont personne ne veut. Dans le comté de Clare, au sud de Galway, cela va un peu mieux, il y a du bétail, et les collines, vers Limerick, sont admirablement bien cultivées, surtout par des farmers [fermiers] écossais; les ruines ont été gecleart [déblayées] et la campagne a un aspect de prospérité bourgeoise. Dans le sud-ouest, le pays est montueux et marécageux, mais on trouve aussi de merveilleux et luxuriants massifs forestiers, puis encore de beaux pâturages, surtout à Tipperary; et aux approches de Dublin s’étendent des terres dont l’aspect indique qu’elles sont en train de passer aux mains des gros farmers [fermiers].

Ce pays a été totalement dévasté par les guerres de conquête des Anglais, depuis 1100 jusqu’à 1850 (car les guerres et les sièges se sont au fond prolongés tout ce temps). Et la plupart des ruines sont l’effet de ces guerres. Telles sont les causes qui ont imprimé au peuple son caractère particulier et entre autres le fanatisme national irlandais de ces gars, qui ne se sentent plus chez eux dans leur propre pays. Irland for the Saxon! [L’Irlande aux Saxons!]. C’est ce qui est en train de se réaliser. L’Irlandais sait qu’il ne peut pas soutenir la concurrence contre l’Anglais qui arrive avec des moyens supérieurs à tous égards; l’émigration va se poursuivre, jusqu’à ce que la caractère celtique dominant, et même presque exclusif, de la population, se soit perdu. Combien de fois les Irlandais ont-ils tenté d’arriver à quelque chose, et chaque fois ils ont été écrasés sur le terrain politique et industriel. Ils ont été réduits, artificiellement, par une oppression conséquente, à l’état d’une nation composée tout entière de gueusaille, dont actuellement la vocation notoire est de fournir l’Angleterre, l’Amérique, L’Australie etc., de prostituées, de journaliers, de maquereaux, de filous, d’escrocs, de mendiants et autre racaille. Cette déchéance est visible jusque dans l’aristocratie. Les propriétaires fonciers, partout ailleurs embourgeoisées, sont ici dans la panade la plus complète.

Des parcs énormes et superbes entourent leurs manoirs, mais tout à la ronde c’est le désert et nul ne sait où se procurer de l’argent. Ces drôles sont à mourir de rire. De sang mêlé, ces grands vigoureux et beaux gaillards pour la plupart, qui portent tous d’énormes moustaches sous un formidable nez romain et se donnent des airs de colonels en retraite passent leur temps à courir le pays en quête de tous les plaisirs possibles et imaginables, et quand on s’informe, ils n’ont pas un sous vaillant, ont engagé jusqu’à leur dernière chemise et vivent dans la crainte des Encumbered Estates Court.

En ce qui concerne les méthodes du gouvernement anglais de ce pays – méthodes de répression et de corruption mises en pratique par l’Angleterre bien avant les expériences de Bonaparte en la matière – ce sera pour la prochaine fois, si tu ne viens pas toi-même ici. Qu’en est-il?

Ton F. E.

(MARX – ENGELS, CORRESPONDANCE, Éditions du Progrès, Moscou, 1981, pp 86-88 – cité directement depuis l’ouvrage]

Cette photo irlandaise, datant de 1860, n’accompagnait pas la lettre d’Engels mais croque fort bien ce qu’il y évoque. Ce pont se trouvait en fait plus à l’est de la zone visitée par Engels et Burns

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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PÉDOPHOBIE

Posted by Ysengrimus sur 1 mars 2011

Ah la maudite propagande de pédo-panique.  Il faut encore en parler et en parler, alors parlons-en encore et encore, kaltor. Daniel Cohn-Bendit a écrit des conneries pédophiles en 1975. Roman Polanski a commis un crime pédophile en 1977. Frédéric Mitterrand, ouf, bon passons… Je ne suis impressionné par aucun des trois… Haro sur les trois… Mais je suis encore bien moins impressionné par les gogos qui s’acharnèrent stérilement sur ces boucs émissaires parcheminés, sans intérêt, au lieu de démanteler les réseaux pédophiles effectifs, pégreux et hyper-actifs de notre temps. L’argent de la lutte contre la pédophilie est, ici, sciemment foutue en l’air sur des causes-spectacles parfaitement creuses, des attrape-nigauds émotionnels, des défoulements de vindicte, et le spectacle continue de tourner à vide. Il faut qu’on fasse le vrai boulot, au lieu d’égorger des agneaux pascals inutiles et inopérants, à gros tarifs. Combien d’enfants violentés en ce moment même, pendant qu’on se défoule émotionnellement et se dédouane intellectuellement sur ces crimes irréversibles et insolubles dus à des «personnalités» faisandées. Maudite justice-gadget malhonnête. Démagogie de Tartuffe. On dirait qu’il n’y a que la victime, devenue adulte, de Roman Polanski qui comprend le bon sens, dans tout ce foutoir… Si une bonne recherche sur la pédophilie contemporaine, son hypocrite et cynique exploitation commerciale, et ses conséquences paradoxales imprévues, disposait du battage de cirque médiatique qu’on cultiva autour de Cohn-Bendit, Polanski, Mitterrand et consort, il y aurait bien des variations et des nuances inattendues, dans notre compréhension de toutes ces choses. Mais les enfants violentés de ce jour ne sont pas des vedettes d’Hollywood ou des politicards en vue, hein, alors, ils peuvent bien attendre… Ils ne sont pas le vrai sujet en question, en fait. Qu’ils prennent un numéro et s’assoient dans leur petit coin… Pour le moment on se défoule, on s’amuse entre adultes, on lynche gratis. Et rien ne se fait de vraiment sérieux, sur le plan de la lutte au crime ordinaire et de la compréhension critique de la crise collective que nous vivons tous, sur cette question douloureuse et lancinante. Or, par contre, un tout autre effet pervers se met graduellement en place, pas marginal celui-là, pas médiatique-gadget, mais bel et bien sociétal, fondamental, global.

C’est aussi tôt qu’en 1976, directement entre Cohn-Bendit et Polanski donc, que j’ai eu mon premier froncement de sourcils sur le problème que je vous soumets ici. Un olibrius à moustache, à peine sorti de l’enfance lui-même, avec lequel j’étais étudiant de collège et qui venait, tout fier, tout matamore, d’obtenir son permis de conduire, bramait à qui voulait l’entendre le conseil «légal» suivant: Si tu roules dans un voisinage infesté d’enfants et que tu en frappes un avec ta voiture, recule dessus et achève-le. Une poursuite pour un accident mortel te coûtera moins et te nuira moins dans ta vie que s’il faut que tu entretiennes un handicapé pour le reste de ses jours. J’ai entendu cette énormité inhumaine, ou des développements similaires, plusieurs fois par la suite et je suis certain qu’il en est autant de bon nombre de mes lecteurs et lectrices. Atterrant… Ensuite, en 1992, j’eus mon second froncement de sourcils, celui là plus tangible dans ma vie personnelle, plus senti, plus cuisant, plus souffrant. Tibert-le-chat, mon fils aîné, mon futur ado à l’appel rageur, mon amour, mon babi de deux ans d’alors, est à la garderie et on m’appelle parce qu’il a une grosse fièvre. On refuse bec et ongles de lui donner du Tylenol-liquide-pour-babi-en-fièvre, mixture pourtant toute simple et efficace pour faire tomber la fièvre sans trompettes. Je me rends donc sur place, le plus vite que je peux, et je retrouve la directrice de la garderie seule en compagnie de mon chouchou, isolé des autres, fiévreux, malingre, niqué, glousseux, rouge comme une pivoine et qui, visiblement, pleure toute la flotte de son petit corps tremblant et ahanant, depuis un bon moment déjà. Je dois donc administrer le Tylenol-liquide-babi-fièvre moi-même because, j’entend encore la voix traînante, bêlante et frappée de cette tarte de directrice theeere’s beeeen laaawww suuuuits, you knooowww. Glose: ils laissent mon babi chialer une ou deux bonnes heures en frissonnant dans sa fièvre parce qu’ils ont peur des répercussions sur leur fichue business de quelque idiot au Minnesota ou à Waterloo (morne plaine!) ayant intenté des poursuite légales à une garderie qui avait administré du Tylenol-babi ou je ne sais quel jus de pieds dans le genre. Souffre, babi, toffe, endure, boue, bouillonne, crève même éventuellement… tant qu’on intervient pas, on est couverts…  J’appelle PÉDOPHOBIE l’attitude de semi-panique froide des adultes qui décident que leurs priorités d’autoprotection personnelles ou sociales priment sur le devoir universel que nous avons envers la protection, le bien-être physique, et l’encadrement émotif des enfants, tous les enfants, les autres ou les nôtres. La pédophobie existe, alors là, depuis un fichu de bon moment, endémique, rampante, poisseuse, collante, comme mes exemples de 1976 et de 1992, et d’autres, peuvent le prouver. La pédophobie n’a absolument rien de sexuel, au demeurant. En fait, elle est probablement aussi vieille que les compagnies d’assurances, les poursuites civiles, l’individualisme pingre, et l’égoïsme bourgeois, tout simplement.

Sauf que cette tendance latente va prendre une dimension subitement torrentielle et cataclysmique avec la montée en flèche de la fameuse ci-devant pédo-panique de notre temps, rien moins que sexuelle, elle. Cela percole d’ailleurs depuis au moins une bonne génération, cette flambée pédophobe en cours de généralisation, comme réplique réflexe à la pédo-panique contemporaine. Voici comment je fis jouer ce réflexe autoprotecteur, moi-même, pour la toute première fois, sans même trop m’en rendre compte. Un parc public de Toronto, en 1992 encore. Mon babi Tibert-le-chat a donc deux ans, la couche aux fesses, le crâne dénudé, et les papattes comme des parenthèses. Il poignasse et marchouille et grimpouille partout et je le suis de près, surtout quand il va faire mumuse dans une sorte d’estrade en escalier pour terrain de foot en plein air, fourmillante de babis de son âge, en majorité des petites filles. J’ai ma gueule de loup Ysengrim des mauvais jours, cheveux et barbe très noirs à l’époque, œil de braise. Je suis un jeune papa encore inexpérimenté, et cela me stresse beaucoup que mon babi Tibert-le-chat grimpouille dans une crisse d’estrade en escalier compliquée, et je me penche sur lui, vigilant, chambranlant, guettant ses moindres mouvements. Une femme qui cacasse avec sa copine se retourne, m’aperçoit subitement, dans un angle mal couvert, au milieu de l’essaim de petites filles. Elle ne voit pas mon babi, que le dos de l’estrade lui dissimule temporairement. Elle fonce vers moi en silence, vive, furibarde. Il est clair qu’elle me prend pour je ne sais quel prédateur de babis et qu’elle me hait, épidermiquement. Quand elle voit mon bichon, comme foudroyée, elle se calme et me gratifie d’un vague sourire. Je ramasse alors mon babi sous le bras, et me casse en silence. Pourquoi me compromettre au milieu de toutes ces gogoles, sur cette estrade inutile, devant cette suspicieuse emmerderesse. Autant aller jouer au centre du terrain de foot. C’est désert, c’est en rase cambrousse, on voit les enquiquineurs aux préjugés sommaires venir de loin et, eh bien, que les autres enfants se démerdent donc par eux-mêmes, c’est pas mon affaire. Tu socialisera une autre fois, Tibert-le-chat… Insidieux, cette petite peur, me direz-vous, hm… hm… En 1995, ce sera pour moi l’éveil, la conscientisation, et le rejet ouvert du pli de l’implicite conformiste pédophobe. Une tarte de sociologue de l’Université Lancastre, une dear colleague, vient chez moi pour s’adonner à une de ces enquêtes sociologiques folklorisant les canadien-français, dont la gentry torontoise est si friande. Cette collègue sociologue, que nous nommerons Betty Chopper (elle mérite bien ce nom du reste, qui est fictif mais assez semblable à son vrai blaze) est, je vous le donne en mille, une célibataire sans enfant, rectitude politique jusqu’au bout de l’émail de la dent dure de son sourire faux et fielleux. Je suis donc dans mon étude de résidence en compagnie de cette Betty Chopper, cette universitaire torontoise guindé au possible, je ne vous dit que ça. Et c’est Reinardus-le-goupil en personne, mon baladin au château dans les nuages, mon puîné gentil, boule d’amour pur et sans mélange s’il en fut jamais, âgé de deux ans aussi ce jour là, affectueux, colleux, minoucheux, chouchouneux, calineux, qui se pointe. Voilà subitement qu’il veut son papa. Il impose dans l’étude, en babillant et en bavant, son odeur babi, mixture subtile de celle de sa mémerde et de sa poudre de talc. Il me grimpe dessus, me fout ses papattes dans la face, m’arrache mes lunettes, se met à se tortiller dans mes bras et sur mes genoux, comme un vrai ver à chou, la couche crissante et l’œil luisant. Cela dure un bon petit moment. Et voilà que la Betty Chopper fronce le visage et me demande, d’un air songé et assombri: Do you always touch your children like this, Paul? [(At)touchez-vous toujours vos enfants de cette façon, Paul?]. Je vous le dis sans ambages, je l’aurais étampée. Je l’aurais fourguée par la fenêtre. Quoi, BettyBitch, il faudrait que je sangle mon babi comme ceci, sans surveillance ni aménité naturellement, pour le reste du voyage de la vie:

Et ce, pour bien desservir les compulsions pédophobes de Madame Chopper et de ses semblables sociologiques, pendant qu’on cause? Non merci. Pas de ça dans ma parentalité, Betty la bébête… Ce fut donc l’éveil. Ah, ah, la maudite pédo-panique, projection malsaine de la toxicité des lubies des autres (souvent eux-mêmes exempts de la culture parentale la plus minimale)… Je pourrais vous en raconter des comme celle-là, jusqu’à demain. Être parent, de nos jours, c’est de se faire constamment traiter en suspect potentiel par les gogos ignares. C’en est grotesque.

Or mon éveil anti-pédophobe n’est pas celui de tout le monde. C’est plutôt la mécanique contraire qui s’est, de fait, solidement engagée. Le mal pédophobe se met en place, se généralise, se banalise, implacablement. Dans les écoles, les crèches, les avions de lignes, les halte-garderies, les cliniques, on ne veut plus vraiment avoir affaire à des enfants, point final. Qu’ils se tiennent à bonne distance. Qu’ils collent ailleurs. Qu’ils se fassent rassurer et câliner par quelqu’un d’autre. Trouble, danger, menace diffuse, chape juridique, peur de son ombre néo-inquisitrice, épouvante sourde, pédo-maccarthysme feutré et doucereux de notre temps. Les enseignant(e)s, les entraîneurs de sports, les maîtres de danse et d’équitation, les sauveteurs en piscines, les personnes en charge des soins et de l’encadrement, les moniteurs de camps de vacances et, bien sûr, finalement, les parents eux-mêmes, ne veulent plus rien savoir de tendresse et de douceur et de câlins dans la relation adulte-enfant. Trouble, danger. La voix traînante de l’égoïsme pédophobe leur roule dans la tête en continu… theeere’s beeeen laaawww suuuuits, you knooowww. Sauf que le problème universel et fondamental reste, perdure et, même, s’intensifie, se creuse. Depuis la nuit des temps, les enfants du village se tournent vers les adultes du village pour du réconfort, de la sécurité, de la compassion, de la sagesse. La seule sagesse frileuse et terrée qu’on leur manifeste, par les temps qui courent, c’est de les traiter comme des mygales angoissantes, désormais plus vénéneuses que venimeuses, à prendre avec les pincettes autoprotectrices les plus longues possible, en manifestant l’insensibilité la plus «neutre» possible, par peur d’être pris -à tort, oh, à grand tort- pour un de ces criminels absolus, qu’on continue, qui plus est, d’autre part, de ne pas attraper, de ne pas voir, de ne pas trouver, de ne pas saisir, de ne pas détecter, parce que les ressources sont mis ailleurs que là où il faudrait. Dans quel enfer sartrien vivons nous désormais, nous et nos enfants, bon sang, je vous le demande? Vais-je devenir grand-père dans cette cauchemardesque galère?

Depuis la nuit des temps, les enfants se tournent vers les adultes pour du réconfort, de la sécurité, de la compassion, de la sagesse

Bilan: on ne détruit pas les pédophiles, et on construit les pédophobes. Et, il faut le dire, les seconds alimentent les premiers… Les enfants sont à la fois, et de front, en parallèle, de plus en plus agressés (pédophilie – minoritaire, spectaculaire) et rejetés (pédophobie – majoritaire, ordinaire). Qu’on ne se surprenne plus, après ça, que nos enfants nous traitent comme des rats, des chiens ou des mules, sur nos vieux jours. Ils ne feront que nous rendre, en quelque imparable continuation, la fracture émotionnelle insensible et couarde que notre éducation peureuse et mal orientée leur aura imposé, sans qu’ils comprennent, une fois de plus, ce qu’ils ont bien pu faire de mal pour qu’on les traite ainsi… Mais, bon, encore une fois, les enfants rejetés de ce jour ne sont pas des vedettes d’Hollywood ou des politicards en vue, hein, alors, eux aussi, ils peuvent bien attendre pendant qu’on s’arrange entre adultes… Qu’ils prennent un numéro et s’assoient dans leur petit coin… Les adultes, que voulez-vous, c’est sérieux, ils ont des réputations à planquer ou à salir, des guerres à financer, une liberté d’expression à bâillonner, et des vedettes hollywoodiennes inutiles à flétrir.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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