Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Archive for mai 2011

SEX AND THE CITY, le sexe à la ville, décortiqué dans un angle résolument féminin

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2011

Go get our girl…

Miranda Hobbes

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Miranda Hobbes, Charlotte York, Samantha Jones, Carrie Bradshaw

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Carrie Bradshaw (jouée par Sarah Jessica Parker) tient, entre 1998 et 2004, une chronique journalistique hebdomadaire portant sur la sexualité à la ville (ou, selon le doublage québécois du feuilleton, sur le sexe à New York), pour un tabloïd new-yorkais (fictif), le New York Star. À mi-chemin entre l’ethnologie urbaine et le témoignage personnalisé à vif, la chronique Sex and the City nous est partiellement récitée par son auteure, tandis qu’elle mobilise pour nous, en guise d’exemples visualisés, dosant subtilement la tranche de vie parlante et le potin mondain, les facettes de la vie sentimentale de ses trois meilleures copines new-yorkaises ainsi que, bien sûr, de la sienne. Chaque épisode d’une demi-heure se construit autour de la question principale posée dans la chronique du jour, que Carrie Bradshaw rédige en notre compagnie, sur son mythique ordinateur portable noir, dans son petit apparte de Manhattan au placard rempli de paires de chaussures griffées. Les questions soulevées, avec une savoureuse finesse et une originalité chaque fois maintenue, se formulent comme suit (liste non exhaustive): Les femmes peuvent-elles baiser comme des hommes? La beauté est elle omnipotente? Y a-t’il des gens qui baisent des gens qu’ils ne présenteraient même pas à leurs ami(e)s? La monogamie à la ville est-elle une illusion perdue?  L’Idylle est-elle la nouvelle religion contemporaine? Quelles sont les lois et règles du code de la rupture sentimentale? Faut-il taire certaines choses en amour? Une relation sentimentale peut-elle vous faire revivre? Dans un monde si permissif, qu’est-ce que de tromper quelqu’un? Dans l’ambiance du cynisme urbain contemporain, le coup de foudre est-il encore possible? Peut-on changer un homme? Est-il possible de sortir avec quelqu’un qui ne soit pas de notre caste? Faut-il jouer toutes sorte de petits jeux douteux pour qu’une relation perdure? Sommes-nous en fait toujours en train de sortir avec la même personne? Embrasser un conjoint, est-ce embrasser toute sa famille? Peut-on rester amie avec un ex? Les femmes cherchent-elles un sauveur? Y a-t-il des femmes qui n’existent que pour nous (femmes) faire nous sentir mal? L’opposition entre les sexes est-elle une notion surannée? Qu’en est-il de ce tout petit élément concret insupportable qui anéantit une idylle? Faut-il hyper-dramatiser la relation pour qu’elle perdure? En amour, faut-il écouter son cœur ou son cerveau? Peut-on échapper à son passé amoureux? Devient-on plus sage, ou simplement plus vieux? L’âme sœur, un fait objectif ou un artéfact masochiste? Pourquoi voit-on si clairement en notre amie et si mal en nous-même? Lequel arrive le premier: le sexe ou l’idylle? Lequel est le plus crucial en amour: le geste ou la parole? À quel moment l’art du compromis devient-il tout simplement une compromettante compromission? Les hommes sont-ils simplement des femmes avec des couilles? Veut-on vraiment se marier et avoir des enfants où est-on simplement programmée pour le vouloir? Comment se figurer la figure paternelle? Peut-on tout simplement rater sa vie sentimentale? Est-ce vraiment une idylle si le petit déclic n’y est pas? L’homme contemporain a-t-il moins peur du pouvoir des femmes où joue-t-il, sur cette question, une adroite comédie? Sommes-nous devenues intolérantes au romantisme? Vient-il un moment où il faut cesser de se questionner?

Guidé(e)s par le thème lancé dans la question de la semaine, nous entrons alors dans la vie intime de Carrie Bradshaw et de ses trois grandes copines qui, disons-le sans hésiter, représentent chacune, au plan symbolique, une facette extrême de l’appareil mental de notre chroniqueuse. Samantha Jones (Kim Cattrall), c’est le Ça, le Id. L’aînée du quatuor, l’épicurienne sans concession, la professionnelle en relations publiques extravertie, Samantha est une célibataire endurcie aspirant à vivre ouvertement sa sexualité tyrannique en voyant à ne pas laisser les contraintes de la vie urbaine entraver l’assouvissement de ses pulsions gargantuesques. L’efficace bouffon, mais toujours subtil et charmant, de l’actrice nous donne à découvrir un grand nombre des facettes de la jubilation sexuelle et/ou fantasmatique féminine. On a dit de Samantha Jones qu’elle assouvissait sa sexualité comme un homme… mais bien des femmes ont explicitement démenti cette assertion. Charlotte York (Kristin Davis), c’est le Surmoi, le Super ego, la promotion intemporelle, indéfectible et conservatrice des valeurs traditionnelles et sociologiquement balisées du rôle féminin. Mariage, famille, ménage, conformité, parentalité, maritalité, romantisme codé, sentimentalisme bon teint, monogamie. C’est avec beaucoup de sens satirique et de vigueur ironique que l’on cheminera avec la toute tonique et pétulante Charlotte York, une conservatrice de galerie d’art qui démissionnera pour devenir reine du foyer, dans la lente mais inexorable mise en capilotade de ses aspirations initiales (constamment rajustées), par l’imprévisible cataclysme de la vie moderne. Miranda Hobbes (Cynthia Nixon), c’est le Moi ratiocinant, l’Ego défensif, la cuirasse logique sur fond de derme cuisant. Garçonne revêche mal dans sa peau, figure compulsivement protectrice barricadée de cynisme et de désillusion, femme moderne dans tous les sens du terme, professionnelle surmenée, avocate bardée de diplômes et ayant tout vu, urbaine inconditionnelle, mangeuse compulsive, téléphage assumée, mijaurée aigrie et crispée, observatrice-commentatrice féroce et dentue, laideron de service (À mes yeux cependant, elle est, de tous points de vue, la plus belle, la plus sexy, la plus dense, la plus sublime), Miranda Hobbes reste la figure vers laquelle on se tourne obligatoirement quand, après s’être bercée des langueurs volatiles du Ça (en compagnie de Samantha), et des rigidités prévisibles du Surmoi (en compagnie de Charlotte), on aspire tout simplement à se donner l’heure juste à soi-même, sans concession, sans illusion, sans faux-fuyant, sans bravade. Miranda, tu es et restera toujours ma Conscience Ironique (Carrie Bradshaw).

Au sein de ce gabarit narratif et thématique original et superbement mené, on vit la vie d’un feuilleton, écrit par des femmes, pour des femmes, où les pulsions et les tensions se formulent au rythme des idylles se nouant et se dénouant avec des hommes captivants ou ennuyeux, denses ou creux, flamboyants ou médiocres, normaux ou bizarres, salauds ou proprets, géniaux ou ineptes, nonchalants ou maniaques, louvoyants ou directs, furtifs ou collants, virils ou mollets, beaux ou laids, mais, l’un dans l’autre, toujours dignes qu’on en parle méthodiquement, sincèrement, généreusement, au moment du déjeuner rituel avec les trois autres copines perpétuellement exorbitées. Du sexe urbain consumériste et de la quête inconditionnelle et ininterrompue du grand amour, considérés, de front, de concert, comme deux Beaux-Arts inextricables. Série culte du tournant du siècle, Sex and the City (le feuilleton d’HBO – les films, c’est autre chose) est une expérience intellectuelle et esthétique parfaitement extraordinaire. Jamais une dramatique télévisuelle de grande écoute n’est allée aussi loin dans une formulation si explicite et si libre de la présentation de la culture intime des femmes. Problèmes de femmes, affaires de femmes, hantises de femmes, sexualité des femmes, écriture femme, tout y est. Le succès planétaire de ce feuilleton remarquable ne fait pas mentir sa touche particulière, son humour unique, sa justesse sociologique, son originalité indéfectible. Un certain féminisme a critiqué cette réflexion à l’emporte pièce, déplorant notamment le fait qu’elle ne fournit pas de modèles à la jeunesse (si tant est que la jeunesse se soucie tant que ça de ces histoires de trentenaires millénaristes). Je réponds respectueusement que l’on ne peut pas toujours faire une peinture de mœurs incisive et précise et dicter, tout didactiquement, des modèles comportementaux, dans le même souffle. Sex and the City capture avec brio et subtilité les hantises féminines de la culture occidentale urbaine-bourgeoise fin de siècle, et la nette saveur féministe de cet exercice, indéniable pour qui sait voir, se retrouve moins dans son discours explicite et/ou l’idéologie dépeinte que dans l’autocritique latente, puissante et sentie, dont il est maximalement gorgé. On se le repassera, en y voyant le vif et satirique fleuron d’une époque évaporée, frivole, dérisoire, illusoire et fière.

Dans les deux derniers épisodes du feuilleton, intitulés An American girl in Paris 1 & 2, pour des raisons dont je garde le secret mais dont la quête de l’amour avec un grand A n’est pas absente, Carrie Bradshaw quitte le journal pour lequel elle travaille. Le fil narratif, si original et si précieux, de la chronique journalistique Sex and the City est ainsi rompu et, indubitablement, quelque chose de plus profond se casse alors. Cela nous ouvre sur les films faits par la suite, gorgés, infatués, enflés, de la mythologie quadricéphale qui porta pourtant si bien le feuilleton. Sex and the City: the movie souffre d’une lourdeur, d’un vide de l’écriture, et d’une ostentation d’opulence et de fric que le charme de la réminiscence n’arrive pas à sauver du naufrage (seule Cynthia Nixon –Peut-on pardonner et oublier?– y est majestueuse de gravité et de férocité, mais je ne voudrais pas vous imposer mes préférences personnelles). Quant à Sex and the City 2, c’est un divertissement très moyen, très ouvertement féministe de droite, à la rhétorique très pesamment simili-militante, et qui a d’ailleurs valu aux quatre interprètes le Razzie (ou Golden Raspberry Award – l’«oscar» des plus mauvais acteurs) de la plus mauvaise actrice, ex aequo, pour l’année 2010 (je ne vous en dis pas plus).

Les deux long-métrages sont à éviter soigneusement. Ils ne rendent vraiment pas justice au tout de l’aventure Sex and the City. L’ethnocentrisme malsain américain bon teint, qui pointait déjà sa face hideuse dans les deux derniers épisodes du feuilleton, culmine, dans ces deux longs métrages à budgets pharaoniques, et c’est passablement insupportable. Ma recommandation, totale, inconditionnelle et enthousiaste, se restreint aux 94 épisodes de 30 minutes du feuilleton télévisuel d’origine. De tous points de vue, une petite merveille.

Darren Starr, Sex and the City, feuilleton télévisé américain avec Sarah Jessica Parker, Cynthia Nixon, Kim Cattrall, Kristin Davis, Chris Noth, David Eigenberg, 94 épisodes d’une demi-heure, diffusés initialement en 1998-2004 sur HBO (six coffrets DVD). Michael Patrick King, Sex and the City: the movie (2008, 145 minutes) et Sex and the City 2 (2010, 146 minutes).

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Le communisme: Utopie et Histoire

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2011

Ysengrimus-le-loup (52 ans) et Reinardus-le-goupil (17 ans) unissent ici leurs forces grognasses et revêches pour répondre à une question, lancinante, fraîche et simple, lancée par Reinardus : qu’est-ce exactement que le communisme et qu’est-ce qu’on lui reproche donc tant, encore de nos jours?

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Après la Révolution Française, trois groupes ayant des idéologies différentes se sont assemblés pour assurer le nouveau gouvernement de la Convention Nationale (1792-1795). Ils se nommaient: les Girondins, le Marais ou Plaine et les Montagnards. Ils siégeaient dans un hémicycle. Les Montagnards étaient assis à la gauche de l’hémicycle, le Marais (ou Plaine) au centre et les Girondins à droite. De ce modèle et d’après les idéologies que défendaient ces groupes, la qualification de gauche, droite et centre est née. De nos jours, ces termes sont utilisés dans des contextes politiques par des cultures qui ne se rendent pas compte qu’en utilisant de tels termes ils font référence à l’hémicycle de la première Convention Nationale de la République Française. Au fils de l’histoire, une modification importante à ces termes a été créée. La qualification de gauche et de droite s’est trouvée à être divisée en deux par l’ajout du qualificatif extrême. Les nouveaux termes se sont retrouvés à être: l’extrême gauche, qui comprend le Communisme et l’Anarchisme. La gauche, le Socialisme. Le centre, le Libéralisme et L’Écologisme. La droite, le Conservatisme. L’extrême droite, le Nazisme et le Fascisme. De nos jours, la majorité des partis élus sont soit de droite ou du centre. Les idéologies gauchisantes sont mal vues à travers le monde. Un exemple de ceci est la qualification injurieuse de “socialiste” qui a été donnée à Barack Obama (né en 1961) et à Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) durant leurs mandats. Des exemples constamment donnés par les gens de droite pour discréditer la gauche sont l’histoire de pays tels que l’URSS, la Chine, le Vietnam et Cuba. Mais quelle validité ont donc ces exemples?

Le communisme vise une mise en place de la propriété collective de toutes les instances sociales par les travailleurs. L’abolition de la propriété privée et du capitalisme et son remplacement par un socialisme reposant exclusivement sur la solidarité sociale est le but du communisme. Le communisme a toujours été très vaguement décrit par les instances de droite. Ils l’ont divisé en différentes catégories qui rendent la compréhension de ce dernier très difficile. Par exemple, il y a le Marxisme, le Léninisme, le Stalinisme, le Trotskisme, le Maoïsme, le Guévarisme, le Castrisme, et tant d’autres. Ce qu’il faut noter est que toutes ces désignations, non seulement sont fondées sur le nom du politicien qui a engendré cette idéologie, mais chacune est une version différente du communisme, sauf pour une, le marxisme. Mais ce dernier est juste un mot différent implanté par les instances de droite pour dissocier Marx, techniquement le théoricien fondateur du communisme, de la terreur suscitée par l’idée générale du communisme, terreur implantée elle-même par les instances de droite. En fait Marx lui-même a dit, et je cite «Moi, je ne suis pas marxiste». Donc utiliser le mot communisme, de nos jours, se trouve à faire référence au mensonge qu’on appelle le communisme, et non au marxisme, qui lui est véritablement le fondement intellectuel du communisme. Mais qu’est-ce qu’est le communisme à sa base? Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) on collaboré pour écrire Le Manifeste du Parti Communiste (1848). Trouverons-nous la définition du communisme dans ces pages? Quelle relation existe-il entre les pays dits communistes et les principes sociaux communistes décrits par Marx et Engels? Pouvons-nous légitimement appeler ces pays «communistes» ou sont-ils juste des cas fautifs cités en «exemples» par les pays capitalistes pour dénigrer le communisme?

Nous allons regarder un petit peu cela, en commençant par ce qu’est le communisme d’après Marx et Engels. Nous allons récapituler toute l’histoire des pays suivants: l’URSS, la Chine, le Vietnam, Cuba. Nous allons faire surtout tout notre possible pour déterminer si l’idéologie communiste a déjà véritablement existé en tant que gouvernement d’un pays.

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Définition descriptive du communisme selon le Manifeste du Parti communiste (1848). Le Manifeste de Karl Marx et Friedrich Engels présente dix points fondamentaux du communisme. Nous allons reprendre ces points, les examiner brièvement pour donner une explication simple du Manifeste et de ce qu’est le communisme à sa base. Mais avant ça, regardons un peu comment le communisme se présente. Le communisme cherche premièrement à être total. Tout le monde doit être d’accord avec le système pour qu’il fonctionne. S’il reste des propriétés privées quelconques à l’intérieur du système lui-même, ce n’est pas du communisme. Le communisme est donc internationaliste, il cherche l’union de l’intégralité du genre humain sous un gouvernement unique. Ceci doit être pris en considération quand on lit les points descriptifs du communisme. Beaucoup sont des points répressifs, qui cherchent à contrer l’impact de la réaction des bourgeois. Les bourgeois sont la classe sociale au-dessus des prolétaires. La bourgeoisie est la classe que le communisme cherche à détruire. Le communisme ne cherche pas à arrêter les hauts salariés, mais les bourgeois qui ne font rien que s’asseoir dans leurs manoirs, offrir des «contrats» à d’autres et s’enrichir de leur travail productif en accaparant les profits publics. Un bourgeois est un personnage très haut placé qui ne fait aucun travail directement. Il «offre» une possibilité d’emploi à un autre et lui vole une portion de son salaire. Le prolétaire est toute personne qui génère son propre revenu avec sa force de travail. Une force de travail n’est pas nécessairement le fait de ramasser un marteau et de frapper sur un clou. Mais plutôt n’importe quelle action qui génère une production quelconque. Par exemple, écrire une chanson est une production artistique. Mais le bourgeois ne génère pas son propre revenu, si nous reprenons l’exemple de la chanson. Le propriétaire d’une compagnie de disques décide de manufacturer les albums qu’écrit un artiste de musique, l’artiste reçoit une portion des profits, mais le bourgeois empoche la majorité. Le bourgeois s’accapare le capital que produit le prolétaire. Cette classe sociale bourgeoise, qui se retrouve numériquement minoritaire et fait la grosse vie, est devenue, pour une raison torve, le symbole de notre société. Cette perception de la liberté qu’on possèderait est un mensonge créé par la classe bourgeoise pour nous endoctriner. Elle s’enrichit sur notre dos et on ne le remarque même pas. Le communisme cherche à nous débarrasser de cette classe. Il ne cherche pas à ruiner le prolétaire, mais plutôt à le sauver de l’exploitation de son travail par un accapareur privé. Ce qui nous fait tellement peur est que le communisme nous donne notre liberté, en détruisant le système qu’on a connu toute notre vie, tout simplement parce que nous sommes prolétaires, et nous sommes endoctrinés dans la vision bourgeoise du monde. Les points communistes du Manifeste s’énumèrent ainsi:

Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État. Le communisme cherche à abolir la propriété privée. Mais pas toute propriété privée. Seulement celle qui produit un revenu qui se trouve à aller directement dans les mains d’un propriétaire privé exploiteur. Donc les propriétaires fonciers qui produisent des produits agricoles, qui en tirent un profit personnel, verront leur profit personnel saisi par l’état. Mais qu’est-ce qu’une propriété foncière exactement? Une propriété foncière est une terre privée qui appartient à une personne sur laquelle il fait ce qu’il veut faire. Mais cette définition voudrait dire que toute propriété est foncière. Oui, mais le communisme concentre son attention sur les propriétés foncières qui produisent un revenu engendré par la terre directement, donc les propriétés agraires. Toute propriété où il y a un fermier qui travaille dans un champ pour produire un revenu pour le propriétaire de la ferme qui, à son tour, lui donne un salaire mais qui tire quand même un profit de la production est une propriété foncière ciblée par les communistes. La maison dans laquelle vit une personne, même s’il a une belle piscine, une petite cabane dans sa cour, un beau chien qui y batifole, n’est pas du tout affectée parce qu’il ne se produit là aucun profit directement de la terre.

Impôt sur le revenu fortement progressif. Tout revenu privé que génère une personne, une entreprise ou n’importe quelle instance privée est sous l’obligation de générer de l’impôt. Ceci n’est pas pour porter atteinte au droit individuel d’une personne, mais plutôt pour s’assurer qu’il n’y ait pas de prolétaire exploité, que la richesse ne reste pas dans les mains d’une seule puissance mais qu’elle soit plutôt envoyée à l’état pour qu’il la répartisse également à travers la population. Ce n’est pas pour rien que les instances de droite sont contre l’impôt et veulent constamment le réduire. À travers les baisses d’impôt, c’est la répartition équitable de la richesse qu’on cherche à freiner.

Abolition du droit d’héritage. La création de mini-hiérarchies privées n’est pas acceptée par les communistes. Le travail que fait un parent devrait assurer la subsistance de cet individu pendant qu’il est en vie, mais il ne peut pas le léguer à son enfant quand il meurt parce que son enfant n’aura pas à travailler. Un exemple de ceci est le pouvoir dont va hériter une dénommée Paris Hilton (née en 1981). La chaîne d’hôtels qu’a crée son arrière grand père ne devrait pas se trouver léguée à elle parce qu’elle n’aura pas à faire l’intendance de ses hôtels du tout, elle empochera l’argent de son ancêtre pendant que d’honnêtes gens meurent dans les rues.

Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles. Le communisme confisque tout bien de personnes qui émigrent du pays parce que comme le gouvernement redistribue la richesse à travers sa population, il ne peut pas laisser les gens qui quittent le pays partir avec la richesse. Le système pourrait grandement souffrir si les émigrants bourgeois partaient tous avec leur fortune. Les biens saisis ne sont pas seulement l’argent, mais la terre, les immeubles, les maisons, en gros toute la propriété qui présente une certaine valeur non négligeable que possèdent les émigrants fuyards. Ceci est un exemple parfait d’une procédure qui est exclusivement répressive. Elle répond au problème que peut causer la migration subite de la classe bourgeoise qui fuit le pays à cause d’une révolution communiste. Si le communisme était international, cette procédure se trouverait à être inutile parce que les bourgeois auraient à quitter la planète elle même pour éviter le système instauré.

Centralisation du crédit entre les mains de l’État, au moyen d’une banque nationale à capital d’État et à monopole exclusif. Il n’y aurait qu’une seule banque appartenant au gouvernement qui gérerait toute activité monétaire et financière. Elle n’aurait aucun pouvoir elle même en tant qu’instance privée parce qu’elle serait strictement gérée par l’État. Encore une fois, si le communisme se trouvait à être internationalisé à travers le monde, cette banque internationale serait capable d’assurer une économie stable et non fluctuante. Puisqu’elle serait la seule banque unique du monde, il n’y aurait pas de compétition par rapport au taux d’intérêt. Il faut noter que la crise économique qui nous bouleverse de nos jours a été causée par des «produits financiers» irréalistes qui sont en fait des actions spéculatives à risque. Ces actions sont principalement le produit de la compétition entre banques privées et du cynisme insensible engendré par la recherche du profit privé, à court terme, et tant pis pour les autres.

Centralisation entre les mains de l’État de tous les moyens de transport et de communication. Ceci est un point qui doit être observé par rapport à l’histoire. Karl Marx et Friedrich Engels ont écrit le Manifeste en 1848. Ils ne pouvaient pas conceptualiser l’existence de l’internet, la télévision, le téléphone, ou même le radio. Le télégraphe était dans les stades les plus simples de son existence. Dans leur temps le seul mode de communication était la lettre et le journal. Le principal moyen de transport à longue distance était le train. Marx et Engels avec ce point disent que le transport et la communication devraient être non privés. Imaginons un monde ou la propriété privée contrôle la poste, et le réseau ferroviaire. Prenons le Canada en exemple, disons que Montréal, Toronto et Vancouver sont les puissances économiques du pays. Les instances privées qui cherchent seulement à s’enrichir construiraient un réseau de deux lignes, Vancouver-Toronto, et Toronto-Montréal. La construction d’autres lignes serait inutile parce que le profit est fait dans les grandes villes, et non les campagnes. Appliquons ceci aux lettres, seulement les bourgeois recevraient leurs messages parce qu’ils auraient priorité à cause de leur pouvoir financier. Le service serait négligé partout où il ne serait pas profitable pour les accapareurs privés. Cela ferait qu’il marcherait bien mal.

Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres conformément à un plan décidé en commun. Le communisme cherche à contrôler l’organisation du développement des secteurs de production de façon à ce que toute demande de matière première, de biens et de services soit produite de façon égale et méthodique. La raison pour laquelle ce point existe est parce que le capitalisme, avec sa doctrine concurrentielle, motive les instances privées à développer le secteur le plus lucratif, le plus rapide et non la production de tous biens. Le capitaliste cherche à s’enrichir le plus rapidement possible donc il développe les secteurs qui produisent le plus ce qui est payant et pas nécessairement ce qui est utile, mais les secteurs moins payants sont laissés dans l’obscurité. Le communisme cherche à développer tout secteur également pour assurer la production uniforme de tous biens utiles et avoir un certain contrôle de l’intégralité des facteurs d’offre et de demande.

Travail obligatoire pour tous, constitution d’armées industrielles particulièrement dans l’agriculture. Ce point-ci comprend l’un des aspects les plus faibles du Manifeste. Premièrement le travail obligatoire pour tous est une doctrine juste qui cherche à contrer les bourgeois qui ne travaillent jamais directement mais la constitution d’armées industrielles, particulièrement dans l’agriculture, est une toute autre histoire. Le communisme cherche à abolir le bourgeois, la propriété privée et les classes sociales, mais voici une instance qui présente le même rapport de force qu’une société de classe mais qui a échappé au radar du communisme. Une armée dans son fondement présente une sorte de hiérarchie qui est fondamentalement non démocratique et non communiste. Le terme «armées» est soit mal choisi, ou tout simplement mal conceptualisé par Marx et Engels. Il serait plus juste de parler de commune, ou d’équipe mais pas d’armée. Parce que ce terme sous-entend un rapport de force non-propre au fondement du communisme. En plus une armée porte des armes qui, dans les communes de travail, seraient, en fait, remplacées par des outils et des machines.

Combinaison de l’exploitation agricole et industrielle; mesure tendant à faire disparaître graduellement la différence entre la ville et la campagne. Ce point-ci, encore une fois, doit être lu en tenant compte de l’histoire. Dans le temps de Marx et Engels, l’industrialisation était jeune. Les villes présentaient un boom industriel que les campagnes n’avaient pas. Les villes se développaient à une vitesse extrême et les campagnes ne pouvaient pas garder le rythme. La production agricole souffrait et la production industrielle triomphait. Marx et Engels disent dans ce point qu’il faut développer les deux secteurs également, que la ville et les campagnes doivent «entrer dans le siècle» à une vitesse égale.

Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail de tous les enfants dans les fabriques, tel qu’il existe aujourd’hui; éducation combinée avec la production matérielle, etc. Ce point dit que tout enfant devrait être exempt de travailler et devrait avoir l’éducation gratuitement fournie par le gouvernement. Notons que ceci ne semble un point acquis que dans le monde occidental. En effet, il y a encore des enfants qui travaillent en de nombreuses parties du monde et l’école n’est toujours pas une obligation légale partout. Noter aussi le dernier aspect, celui sur l’éducation combinée avec la production matérielle, qui montre que les communistes étaient soucieux que le prolétaire ne reste pas ignorant, comme cela se constatait en 1848 et se constate souvent encore.

Il y a ici des principes qui guidèrent ceux qui furent animés par l’espoir communiste. Ces principes sont devenus des faits concrets de l’histoire de façon fort incomplète et inégale. Ils ont été associés à d’autres éléments de programmes politiques révolutionnaires, novateurs, progressistes, mais non nécessairement communistes au sens précis que ce programme social propose.

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Le LÉNINE d’Andy Warhol

L’URSS et l’internationalisation d’une révolution. L’URSS est le premier pays qui ressort dans n’importe quelle conversation à propos du communisme. Toute conversation à propos de l’URSS répète, comme un disque rayé, les grands aspects négatifs de l’histoire de ce pays: la révolution bolcheviste qui fut supposément particulièrement sanglante, les procès de Moscou, les famines staliniennes, et tant d’autre aléas. Mais regardons d’un point de vue objectif les biens et les torts de l’une des plus grandes révolutions sociales de l’histoire. Une révolution majeure anti-monarchique a lieu en Russie vers 1917-1921. Rejetant le républicanisme bourgeois déjà amplement discrédité politiquement, les leaders révolutionnaires russes se réclament du communisme. Ils produiront la dernière grande république moderne, croyant longtemps mettre en place le socialisme. La tentative d’internationalisation de ce type de révolution mènera aux restrictions étroitement nationalistes du stalinisme.

Les origines de la révolution (1905-1917). En 1905, l’empire russe, mené par Nicolas II (1868-1918), fait face à des résistances intérieures de plus en plus fortes. La population russe trépigne de mécontentement. Les gens ont faim, ils sont dépourvus de terres agricoles, ils ne sont pas éduqués et des propos révolutionnaires sont tenus partout à travers le pays. En 1905, la guerre russo-japonaise fait rage depuis un an et dans une défaite majeure de la marine russe, la quasi-totalité de la flotte du pacifique est perdue en une bataille unique. Ceci discrédite encore plus le tsar Nicolas II et le régime Romanov aux yeux de son peuple. La défaite de la bataille de Tsushima engendre la mutinerie d’un cuirassé, qui deviendra un symbole culte de la révolution bolcheviste, le Potemkine. La mutinerie du cuirassé Potemkine débute avec une tentative de révolte par un groupe de matelots. Ces matelots avaient été arrêtés par les forces du capitaine et un ordre d’exécution est donné. Les matelots révoltés sont couchés en joue sur le pont. L’ordre de les fusiller est formulé par le capitaine, qui finit, en fait, par se faire fusiller par le peloton d’exécution. Les officiers du bateau sont soit tués soit emprisonnés et la mutinerie réussit. Le Potemkine hisse le drapeau rouge. Il devra bien sûr se rendre, mais son impact sur la population russe sera immense. Il deviendra le principal symbole de la révolution en marche. En 1914, la Russie tsariste entre dans la première guerre mondiale comme alliée de la France et de l’Angleterre dans la Triple Entente. Un peuple mal nourri, mal éduqué, très pauvre, complètement opprimé est envoyé massivement au front. Depuis le début de la guerre, jusqu’à la révolution bolcheviste, les pertes russes contre les allemands et les austro-hongrois sont catastrophiques. C’est là, plus que nulle part ailleurs, qu’ils sont, les millions de morts des années 1910-1920 en Russie, et on les passe pudiquement sous silence. Les troupes russes sont levées par conscription. Ainsi des millions d’opprimés se font mettre entre les mains, les armes qu’ils utiliseront pour se révolter.

La prise du Palais d’Hiver, telle que représentée par le cinéaste soviétique Sergei Eisenstein (1898-1948)

Une révolution majeure anti-monarchique en Russie (1917-1921). L’insurrection bolcheviste se décide démocratiquement le 10 octobre 1917 après de longues périodes de discussions, durant lesquels il y a un vote de masse au grand soviet (comité populaire) de Petrograd, oui ou non, pour la révolution et les révolutionnaires l’emportent. Le pouvoir soviétique se divise donc en deux secteurs, le militaire et le politique. Trotsky (1879-1940) se retrouve chef de toute action militaire que va prendre les révolutionnaires (Staline faisant parti de son équipe de direction, mais avec un petit rôle) et Lénine (1870-1924) dirige le bras politique du mouvement. Le soviet de Petrograd est massivement appuyé par les troupes qui reviennent du front. Les garçons qui reviennent (des ouvriers et des paysans qui avaient été conscrits par le tsar) ne cherchent qu’à changer le pouvoir parce que le mode de vie des villages, la famine et la pauvreté, se confondent avec le drame du front. Avec de telles pensées, le message communiste est un peu perdu devant le message anti-monarchique. Les soldats cherchent beaucoup plus à se créer leur propre république qu’à instaurer le communisme. À Petrograd, la nuit du 24 au 25 octobre, les bolchevistes prennent le Palais d’Hiver avec presque aucune perte de vie. Ils entrent dans le palais en tirant des coups dans les airs, et le pouvoir cède. La mortalité de cet événement se trouve à être six personnes. À Moscou, la bataille est un peu plus intense. 50,000 révolutionnaires chargent le Kremlin et sont mitraillé par 10,000 réguliers de l’armée blanche. Ils prennent le Kremlin après quelque coup de feu, les pertes sont d’environ 300 hommes. Les simples soldats de l’armée blanche sont relâchés et les officiers détenus. Les historiens sont d’accord pour dire que la prise de Petrograd et celle de Moscou furent deux événements révolutionnaires peu meurtriers. La guerre civile qui suit la révolution est la vraie boucherie. Surtout avec l’ingérence des puissances occidentales. Après la prise des deux grandes villes, Lénine publie le décret sur la terre. Le décret sur la terre repose sur un principe communiste venant directement du manifeste de Marx et Engels. Le point 1: Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État. Cette première mesure communiste est un pas en dehors de la féodalité. Toutefois ce pas vers le communisme est négligé par la population paysanne, tendis que le pas en dehors de la féodalité est grandement apprécié. Après le décret sur la terre, la guerre civile éclate. Le général Kornilov (1870-1918), en tête de l’armée blanche, cherche à contrer les révolutionnaires et remettre en place le pouvoir tsariste. L’armée blanche est appuyée par les puissances occidentales, la France, la Grande Bretagne, les États-Unis etc. C’est ainsi parce que le pouvoir tsariste de la Russie était anciennement allié avec les occidentaux. Les révolutionnaires ne le sont pas. La guerre civile entre les Soviétiques et les tsaristes a causé un total de pertes humaines toujours inconnu, même de nos jours. Il y a bien des historiens qui sortent des nombres fantaisistes, disant que des millions de personnes sont mortes. Il y en a d’autre qui disent quelques dizaines de milliers. Le nombre exact de pertes de vie de la guerre civile russe de 1917-1922 fait l’objet de débat depuis le temps où elle a eu lieu. Le résultat de ces conflits est: un nombre de pertes de vie inconnu, un pays détruit par une guerre mondiale et une guerre civile, une famine émergeant de la destruction causant encore plus de morts et un pouvoir révolutionnaire cherchant à mettre de l’ordre dans un pays qui n’en a pas. Ce pouvoir révolutionnaire se trouve à faire face à la propagande anti-soviétique d’autres pays qui cherche seulement à contrer les efforts que font les russes pour se sortir de la féodalité. Toutefois les révolutionnaires parviennent à non seulement contrer l’armée blanche, mais aussi à contrer les puissances occidentales qui s’ingéraient dans leur révolution. Ceci donne beaucoup de crédibilité mondiale aux Soviétiques. Lénine internationalise donc la révolution. Moscou devient le centre de l’expertise révolutionnaire. Des tentatives de révolutions dites communistes dans d’autre pays échouent ou font rage. Le communisme se trouve à être vu comme l’avènement de l’ère nouvelle à travers le monde, mais en réalité le totalitarisme gronde dans les campagnes. Par exemple, Mussolini (1883-1945) en 1922 est venu au pouvoir en contrant une tentative de révolution communiste en Italie. Il instaurera le fascisme. En 1921 la N.E.P. (Nouvelle Politique Économique) est instaurée par Lénine. Cette politique met en place des principes capitalistes et met donc fin à une révolution communiste voulue, sinon obtenue. Mais la N.E.P. n’est pas une régression vers le capitalisme sauvage qui prenait déjà pleinement forme sous le tsarisme, elle instaure et organise ce dernier dans une Russie anciennement féodale dont la monarchie est tombée. Résumons donc la révolution: ce sont les Soviétiques contre un pouvoir féodal. Ils instaurent un nouveau pouvoir, ils le déclarent communiste et finissent par instaurer un type de capitalisme planifié.

Lénine à la tribune

Redevenir graduellement réaliste et autoritaire  (1921-1938). En 1921, la N.E.P. est implantée. En 1922, la guerre civile se termine. En 1924, Lénine meurt. La mort de Lénine ouvrira la discrète marche de Staline (1879-1953) vers le pouvoir. Vers 1928, Staline est secrétaire général du parti communiste de l’Union Soviétique. Cette position, encore mal connue, le place en charge de l’immense bureaucratie du pouvoir soviétique. Elle lui donne un énorme potentiel de contrôle sans que personne ne s’en rende trop compte. Graduellement Staline remplace les autres positions d’état (président du conseil du peuple, membres du bureau politique, président du praesidium suprême, ministres, etc.) par des hommes qu’il contrôle. Il donne le pouvoir sur l’intégralité du système à une position, la sienne. Entre les années 1928 et 1938 Staline s’approprie le pouvoir. Il ne se hisse pas vers la plus haute fonction, non, il tire plutôt le pouvoir vers sa fonction à lui. En 1938, l’appropriation du pouvoir par Staline culmine avec les procès de Moscou. Il fait exécuter tous les anciens dirigeants de la révolution (sauf un, Trotsky, exilé au Mexique), en les faisant paraître comme des traîtres, et purge l’intégralité des hauts gradés de l’Armée Rouge. Il instaure son pouvoir, son dogme, et devient le p’tit père des peuples. Entre 1929 et 1939, l’occident est traumatisé par la grande dépression. Ceci parait comme la chute du capitalisme aux yeux de la population mondiale. Le «communisme» soviétique s’industrialise, produit, s’active, et ne ressent aucun des méfaits de la dépression. Toutefois aux yeux des occidentaux il surgit un espoir anti-communiste. Hitler (1889-1945), pur produit politique de la grande dépression, est élu au Reichstag en 1933 et commence son règne dictatorial sur l’Allemagne. Staline, à ce stade de son appropriation du pouvoir, a assez de ressources internationales pour voir très facilement ce que les occidentaux envoient insidieusement vers lui, un nazi insensé qui déteste le communisme… et l’occident. Staline, le 23 août 1939, fait donc un pacte de non-agression avec Hitler qui bouleverse les puissances majeures du temps. Le chien enragé du nom de Hitler se retourne alors contre ses maîtres et avance vers l’Europe de l’Ouest. Ce qui a été découvert, après la déstalinisation de l’URSS, ce sont les problèmes auxquels a fait face l’URSS durant la grande dépression. Il est important de noter tout de même que ces problèmes n’on pas été causés par la dépression. Dans les années 1930-1932 il y a eu les «famines staliniennes» qui ont fait rage dans le pays. Ces famines allaient faire l’objet de débats pour les générations futures. Il y a des historiens qui croient que Staline a fait exprès de tuer son peuple pour le contrôler, il y en a d’autre qui pensent que les purges des koulaks (les propriétaires fonciers russes) ont causé la confusion dans les campagnes et une baisse de la production agricole qui a engendré les famines. Les koulaks (paysans propriétaires), des sortes de gentlemen farmers russes, au début des famines se fond exproprier et tuer. Quand on pense, on remarque rapidement que les koulaks n’étaient pas justes des bourgeois qui s’enrichissaient sur le dos des moujiks (paysan travailleur), ils étaient aussi les détenteurs du savoir faire agraire. Ils étaient le cerveau et les moujiks les bras. En coupant la tête du corps, les membres ne savent plus quoi faire. En tuant les koulaks, le savoir-faire des fermes est perdu, la productivité tombe. Il semble qu’il ne soit pas possible de déraciner la féodalité des campagnes sans causer une désorganisation catastrophique du secteur agraire. Lénine en 1917 publie le décret sur la terre. Ceci crée une famine causée par le manque de savoir-faire des anciens serfs du système féodal par rapport à l’agriculture. Lénine instaure donc la N.E.P. pour ramener des principes plus ancien mais capitalistes. Quand le pouvoir change, Staline remarque le jeu de classe qui se fait entre les koulaks et les moujiks. Dans son plus pur style autoritaire, il purge les détenteurs du savoir-faire et cause encore une fois les famines. Mais Staline cette fois ne réinstaure pas l’équivalent de la N.E.P. Il crée les kolkhozes, des ferme collectivisées, mais celles-ci ne sont pas aussi efficaces que les anciennes fermes des koulaks. La famine reste et la désorganisation aussi. Graduellement le système agraire se remet en place et les terres collectivisées recommencent à produire, mais ceci est parce que le savoir-faire est réappris par les moujiks. Résumons la période post-révolutionnaire de l’URSS. Staline se crée son pouvoir, en manipulant un système bureaucratique dont il émane. La grande dépression donne du prestige au communisme et engendre un modèle social qui bouleversera l’Europe, tout en ouvrant aussi la voie aux dérives fasciste et nazi. L’URSS s’industrialise à grands pas, mais fait quand même des erreurs, en rentrant dans le siècle. Les prémisses de la plus grande boucherie de toute l’histoire de l’humanité se préparent, le totalitarisme est au stade les plus enfantin de sa vie.

Tentative d’internationalisation de la révolution et lutte contre le nazisme (1938-1953). Hitler est élu au Reichstag en 1933. De 1933 à 1938, il militarise l’Allemagne, il prend le contrôle du pays, il rend tout autre parti politique illégal, il se débarrasse des S.A. et mets en place les S.S., il crée la jeunesse hitlérienne, il met en place les camps de concentration et commence sa politique génocidaire sur les juifs. En bref, il instaure le totalitarisme chez lui. Sa population respire l’air nazi, mais l’air n’est pas abondant. Hitler commence donc à parler d’«espace vital» pour les germaniques. Il commence donc à annexer d’autres pays. L’Autriche en 1938 et la Tchécoslovaquie en 1939. En 1939, le pacte germano-soviétique est signé entre l’Allemagne et l’URSS. Le pacte est signé par Vyacheslav Molotov (1890-1986) du côté des Soviétiques et Joachim von Ribbentrop (1893-1946) du côté allemand. Ce que l’on peut constater du pacte de non-agression, signé à Moscou le 23 août 1939, c’est que les deux chefs ne voulaient pas être vus l’un avec l’autre. Hitler et Staline ne se sont jamais rencontrés face à face. Hitler se tourne alors contre le monde occidental. Il envahit la Pologne. Les puissances occidentales, la France, le Royaume Uni et leurs colonies, déclarent la guerre à l’Allemagne. L’Italie et le Japon s’allient aux nazis. L’Axe est née et les Alliés aussi. En six semaines, la Pologne est conquise, en six mois, la France est conquise. Le front ouest de l’empire allemand est assuré. De juin 1940 à mai 1941 la Luftwaffe attaque la Grande-Bretagne. La bataille d’Angleterre est perdue par l’Allemagne et Hitler se rabat alors sur l’URSS. Le 22 juin 1941 le pacte germano-soviétique est rompu par les Allemands. L’Opération Barbarossa débute. Les Allemands s’attaquent au Soviétiques. Ils prennent une portion importante du territoire russe. L’attaque de Pearl Harbor par les Japonais, le 7 décembre 1941, marque l’entrée en guerre des États-Unis. Les puissances de l’Axe ont plus d’ennemis qu’ils n’ont d’alliés. L’intégralité de la puissance britannique, les Soviétiques, les États-Unis, la résistance française. De 1941 à 1943 la guerre fait rage et les fronts n’avancent pas. En 1943, victoire à Stalingrad. La sixième armée du Troisième Reich est encerclée et détruite par l’Armée Rouge. C’est la première défaite terrestre des nazis. À travers le monde, cette victoire soviétique est vue comme le tournant de la guerre, et la montée du communisme redevient de vogue. La population se questionne maintenant sur la puissance du capitalisme comparé à la puissance soviétique. Graduellement les Soviétiques commencent à reprendre du territoire. Sur l’autre front, le 6 juin 1944, le débarquement de Normandie marque la première victoire terrestre occidentale. Les fronts est et ouest de l’empire allemand rétrécissent. Les États-Unis libèrent la Hollande, la Belgique, la France, l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest, la Norvège, la Suède, le Danemark et l’Autriche. Les Soviétiques libèrent la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Yougoslavie, l’Allemagne de l’Est (dont Berlin). Les Soviétiques instaurent le «communisme» dans les pays qu’ils occupent. Tout simplement, ils libèrent le pays et instaurent un gouvernement nominalement communiste. Avec des méthodes pareilles, le message communiste est perdu et le totalitarisme est instauré, sous le nom de «communisme». Le prestige dont bénéficie le communisme devient toxique. L’Internationale est chanté à travers l’Europe, tandis que l’illusion communiste s’accroît. Presque chaque pays européen et africain a son propre parti politique communiste. Staline est perçu comme l’homme nouveau. Le capitalisme est en tombée et une ère communiste vient à peine d’éclore. Quelques mois après la fin de la guerre, les États-Unis créent le Plan Marshall. Ce dernier est un programme économique ayant l’intention de refinancer les pays détruits par la guerre. Il est offert à tous les pays concernés. La France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, la Grèce, la Turquie, le Danemark, la Norvège, la Suède, l’Islande, le Portugal et l’Irlande acceptent l’aide américaine. Ces pays, plus l’Espagne et la Finlande, deviendront le Bloc de l’Ouest. Le Plan Marshall est un moyen de garder une main mise capitaliste sur l’Europe. Juste comme ils avaient acheté leurs pays, les américains ont acheté l’Europe. Les pays qui ont été libérés par les Soviétiques durant la deuxième guerre mondiale sont l’Albanie, la Bulgarie, la Roumanie, l’Allemagne de l’Est, la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Ces pays feront partie du Bloc de l’Est. Donc, en 1945, il y a alliance économique entre les pays du bloc de l’ouest. En 1949, création de l’OTAN, alliance militaire des pays du bloc de l’ouest. En 1949, encore une fois, création d’une alliance économique entre les pays du bloc de l’est (Comecon). En 1955, deux ans après la mort de Staline, alliance militaire du bloc de l’est, le Pacte de Varsovie. La période de guerre nous présente simplement toutes les puissances mondiales qui entrent dans un mouvement réactionnaire et militaire. Hitler, nazi pugnace, déclenche la boucherie. Churchill, va-t’en-guerre anglais, saute au pouvoir. Staline, vétéran d’une révolution, ressort ses fusils. Franklin Delano Roosevelt, émanation de la grande dépression, meurt et cède la place à Harry Truman, «le Président de la Bombe». Avec de tels chefs d’État, la guerre s’implante dans les esprits. La perte d’une vie humaine est considérée négligeable. Cette période de guerre est la période la plus noire de l’histoire de l’humanité. Techniquement aucun de ces chefs d’État n’est responsable de ces actes, parce que l’environnement était tellement violent. Dans la période d’après guerre, nous voyons les chiens enragés se cacher, sauf un. Hitler meurt. Churchill perd le pouvoir. Truman perd le pouvoir. Mais, Staline reste au pouvoir. Le p’tit père des peuples, dans les huit dernières années de sa vie, façonnera la poigne de fer de l’empire soviétique. Les anciennes idées réactionnaires de la guerre resteront collées dans les esprits des futurs chefs de l’URSS. À ce stade ci, le communisme est non existant. L’internationalisation de la révolution se fusionne avec la lutte contre le nazisme. Les pays libérés par l’URSS se trouvent à changer d’occupant, sans comprendre le message. Ils voient les hommes portant le drapeau rouge qui font fuir les hommes portant la svastika. L’importance des deux camps est minimale, en fait, tant qu’on mange et que la guerre est finie. Les armes maintenant rangées, la Guerre Froide débute. En 1953, Staline meurt et une grande tristesse s’instaure sur le monde. La planète pleure la disparition de son héros. Jusqu’à temps que quelqu’un ouvre un livre d’histoire et remarque quelque chose de bizarre.

Le deuil mondial de Staline

Amorce de la réaction anti-soviétique (1953-1980). La mort de Staline, en 1953, apporte une grande tristesse. Les dirigeants soviétiques après Staline utilisent ce prestige du vieux héros mort pour légitimer la perpétuation du mythe communiste. Par exemple en 1956, l’insurrection de Budapest, en Hongrie, est réprimée par les chars d’assaut soviétiques. L’homme nouveau existe encore, il est simplement dans notre coeur, donc chantez l’internationale! Mais la même année, Nikita Khrouchtchev (1894-1971) dénonce les crimes de Staline. L’homme nouveau a fait des erreurs! Au 20ième congrès du Parti Communiste, le Rapport sur le culte de la personnalité est révélé. Les déportations, les exécutions et les arrestations des procès de Moscou sont dénoncées dans le rapport. Le culte de la personnalité mis en place par Staline est rejeté par Khrouchtchev parce que ce culte contredit les vues du marxisme-léninisme sur lesquelles l’URSS repose. Cette réforme est en gros une tentative de retourner au vrai communisme. Khrouchtchev espère pouvoir corriger la dérive dictatoriale ayant découlé de la guerre. Il essaye en vain de retourner les aiguilles du temps. Suite au Rapport Khrouchtchev, le monde se sent trahi. Staline nous a menti! La déstalinisation se confond avec une désoviétisation. Tout graduellement les pays du bloc de l’est commencent à se révolter. Chaque fois qu’ils manifestent la moindre velléité libertaire, ils se font répondre par les chars d’assaut soviétiques. En sommes, le vieux réflexe guerrier du temps de Stalingrad continue de jouer, non plus pour libérer mais pour opprimer. Les révoltes réprimées s’énumèrent comme suit: Hongrie en 1956, Insurrection de Budapest; Tchécoslovaquie en 1968, Printemps de Prague; républiques musulmanes orientales (Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) en 1979, menant à l’invasion de l’Afghanistan limitrophe; et finalement 1980, Pologne, mise en place du syndicats non-communiste Solidarność. Ce qu’il faut noter quand on analyse ces révoltes est que chacun de ces soulèvements était ni socialiste ni communiste mais purement capitaliste, nationaliste (et islamiste dans le cas des républiques musulmanes voisines de l’Afghanistan). Dans chacun des cas, les États-Unis endossaient les insurgés, leurs fournissaient de l’argent et couvraient tout l’événement à l’aide des médias. La Guerre Froide était une guerre d’image et les Soviétiques paraissaient comme les plus fous, les plus rétrogrades et les plus militaristes. Pour conclure sur les années 1953 à 1980 il faut dire ceci. Les Soviétiques commencent la déstalinisation, mais au milieu de cette redéfinition communiste, Khrouchtchev est limogé et la poigne de fer stalinienne ou plutôt néostalinienne incarnée par Léonid Brejnev (1906-1982) est de retour en beaucoup moins efficace. Cette moufle de fer est utilisée pour tenir les pays du bloc de l’est et à chaque fois que la moufle ferreuse est utilisée, les États-Unis la filment en mondovision. L’image de l’URSS est détruite, l’empire est trop violent pour l’époque de l’après-guerre. La perte de la Pologne en 1980 marque la fin de la vie de ladite moufle de fer.

La chute de l’URSS  (1980-1991). En 1980, l’URSS, vieil empire en décadence, perd pour la première fois un partisan du bloc de l’est. La Pologne, avec un libertaire syndicaliste et anti-communiste, endossé par les Américains, se trouve à faire une «révolution» contre sa hiérarchie militaro-bureaucratique prosoviétique. Lech Walesa est le premier homme à sortir victorieux contre les gros méchant prosoviétiques habitant la Pologne. Le gouvernement que Walesa a combattu est une division du complexe militaro-industriel compradore de l’URSS, qui jouait le rôle de gouvernement. Ce gouvernement «communiste» n’était qu’un garde-chiourme stalinien. Il s’était fait implémenter à la libération du nazisme et était resté collé là comme un doigt métallique et pugnace de la poigne de fer de Staline. Quand Staline est mort, la poigne, maintenant laineuse, a mené à un refus du contrôle toujours métallique mais non plus renforcé par Staline. La mitaine de fer ne jouait plus le rôle de la poigne. Le dogme de Staline s’effritait. Érigé en exemple, la Pologne est devenu un symbole d’espoir contre les Soviétiques. L’URSS avait mis trop d’argent sur les dépenses militaires et ne présentait plus un milieu de vie libre ou communiste. La fin était en vue. Mais en 1985 un espoir final se manifeste. Mikhaël Gorbatchev (né en 1931) présente un nouveau tournant pour l’URSS. Il est vu comme l’homme qui va retrouver le droit chemin communiste que l’URSS a perdu. Mais cet homme politique arrive trop tard. En 1990, les républiques soviétiques et les pays du bloc de l’est sautent comme des bouchons de bouteilles. Les boulons de cette ancienne machine cèdent et l’URSS s’effondre comme entité et est dissoute comme État. La chute du mur de Berlin (1989) marque la fin de la Guerre Froide. La terreur de la bombe est implicitement éliminée. Les Américains ont gagné.

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Le MAO ZEDONG d’Andy Warhol

La Chine: le «communisme» d’une future superpuissance. Évidemment, il y a encore la Chine… De nos jours, la Chine est le pays dit «communiste» qui parvient à faire de plus en plus bonne figure dans l’actualité. Ce pays augmente en puissance non seulement économique, mais militaire et sociopolitique. La Chine est devenue l’une des plus grande puissance mondiale au 21ième siècle même en gardant son titre tabou de «communiste»! Comment alors? Es-ce la fin du capitalisme en plein Extrême-Orient? Investiguons l’affaire. D’où émerge le communisme chinois? Et surtout comment est-il si fort, même de nos jours? Le fait est que la Chine va, en 1949, amplifier le rôle républicain du programme communiste en le complétant d’une démarche anti-impériale et anti-coloniale. C’est le fer de lance de l’objectif communiste qui poussera les chinois à se débarrasser de l’envahisseur japonais et à sortir les occupants occidentaux. La quête communiste amènera la Chine à devenir la plus grande puissance capitaliste de tous les temps.

En 1912, la Chine est à la fin de son ère féodale. Les seigneurs féodaux n’assurent plus le bien-être de la population et des insurrections sont fréquentes. En 1927, le général Tchang Kaï-Chek (1887-1975) décide de s’allier avec des militants communistes de son pays, pour détrôner les derniers seigneurs de guerres. Il mène la lutte nationale et retire les féodaux du pouvoir. Mais une fois les seigneurs partis, Tchang Kaï-Chek trahit les communistes qui l’ont aidé dans son combat républicain. Son armée, maintenant l’armée gouvernementale, attaque subitement les communistes. Menés par Mao Zedong (1893-1976), ces derniers se réfugient dans des grottes entre le Nouman et le Yang-Tsé. Ceci déclenche la guerre civile de Chine. Les communistes contre le Kuomintang, le parti de Tchang Kaï-Chek. De 1929 à 1934, les attaques du Kuomintang sont fréquentes sur les différentes bases communistes de ce pays immense. Les communistes sont bien défendus, mais la guerre civile finit par prendre le dessus sur eux. Finalement, en 1934, Mao décide de quitter le refuge qu’il tient encore et de partir sur une grande aventure qui l’amènera à travers tout le pays. Ainsi débute la Longue Marche de Mao. Il va parcourir la Chine avec 70,000 hommes et seulement 10,000 se rendront au bout de ce repli tragique. La Longue Marche de Mao c’est comme la Prise de la Bastille pour la révolution française ou la mutinerie du cuirassier Potemkine pour la révolution russe. La Longue Marche fut érigée en symbole de la persévérance, du courage et de la patience des militants communistes chinois. Plusieurs œuvres d’art s’en inspirent. En octobre 1935, Mao et ses hommes s’arrêtent au nord-ouest de la Chine et se fortifient dans les grottes du Yénan.

Entre 1935 et 1945, la petite république communiste du Yénan se consolide. C’est la période où Mao écrit ses œuvres littéraires et politiques, dans les grottes du Yénan. En 1937, le Japon Impérial envahit la Chine. Il y pratiquera des exactions horribles, des crimes inimaginables. La puissance écrasante de cet envahisseur impérialiste oblige les communistes et le Kuomintang à conclure une nouvelle alliance. Ce fait est hautement significatif car on retrouve, encore une fois, une situation où la lutte de libération nationale et la guerre classique mèneront à une unité nationale qui primera sur l’idée de lutte des classes.  La Chine profonde, dont Mao est l’animateur marxiste par excellence, tient par-dessus tout à s’affranchir des occupants coloniaux, européens ou asiatiques. Entre 1937 et 1945, la Chine est partiellement occupée par un grand agresseur international. Les japonais y sèment la terreur. Ils font des raids sur les villes et causent de terribles massacres. Le monde occidental et les États-Unis ne semblent voir que Tchang Kaï-Chek comme jouant la part de la Chine dans ce grand et douloureux conflit. Après la capitulation du Japon sous les coups des deux bombes atomiques américaines, Tchang Kaï-Chek semble le héros de la portion chinoise de la guerre contre le Japon. Entre 1945 et 1949, les américains appuient donc Tchang Kaï-Chek et lui fournissent de l’armement. La guerre civile reprend alors et pourtant, malgré cette superficielle et illusoire supériorité technologique, l’armée du Kuomintang est, en quatre ans, réduite à «une lamentable cohorte de fuyards». Les rouges sont plus profondément intimes avec les masses paysannes, ils sont plus acceptés par la population. L’hinterland est le secret de leur succès.

En 1949, le Kuomintang est vaincu. Il quitte la Chine continentale et se réfugie sur l’île de Formose (Taiwan). Les colonialistes européens, qui s’étaient implantés de longue date dans les villes portuaires, notamment à Shanghaï, pour gérer l’import/export du pays à leur strict avantage, sont évincés par les communistes chinois. Ils ne gardent que Macao (les portugais) et Hong Kong (les britanniques). Le premier pays que Mao visite en tant que chef d’état en 1949 est l’URSS. Il rencontre Staline à Moscou. L’URSS aidera la Chine à s’industrialiser. Elle doit aussi entrer dans le rythme de la vie moderne. En  mai 1950,  le nouveau gouvernement interdit la vente des femmes et la polygamie. Entre 1950 et 1953, on se lance dans une vaste réforme agraire. Les droits féodaux des anciens propriétaires fonciers sont abolis. La terre est distribuée aux paysans puis collectivisée. Encore une fois, comme dans le cas des «famines staliniennes», il semble qu’il ne soit toujours pas possible de déraciner la féodalité des campagnes sans causer une désorganisation catastrophique du secteur agraire. La déroute sociale découlant de ces changements de propriété et d’organisation provoque, ici aussi, une vaste famine qui causera la mort de millions de personnes. Comme en Russie antérieurement, les causes exactes de ce ratage révolutionnaire dans les campagnes sont vagues et mal connues. En 1958, la Chine lance le Grand Bond en Avant. On approfondit la collectivisation des campagnes. Paysans, soldats, intellectuels sont envoyés aux champs. L’affaire rate en moins d’un an, parce que l’importance du savoir-faire agricole (y compris celui d’avant la révolution) par rapport à la productivité est sous-estimé. La Chine finira par devoir importer du blé de l’URSS. En 1960, on assiste pourtant à une rupture avec l’URSS. La Chine n’accepte pas du tout l’idée de déstalinisation. Les Soviétiques sont désormais des «révisionnistes».

Les gardes rouges

En 1966, Mao, qui est en train de se faire marginaliser dans les structures du pouvoir par les cadres du Parti Communiste Chinois (PCC), lance la Révolution Culturelle. Il va s’appuyer sur la jeunesse émergente pour regagner de l’influence. Mao sème l’extase. On lance de grandes fêtes. On produit toutes sortes d’œuvres d’art populaires inspirées par la ferveur révolutionnaire. Et on brandit des millions de copies du Petit Livre Rouge, des citations du Grand Timonier. C’est le début comme tel du culte de la personnalité de Mao, dont on dira qu’il aura été à la fois le Lénine et le Staline de la révolution chinoise. Entre 1966 et 1970, le culte de Mao est instrumentalisé pour garder la jeunesse débordante en contrôle. Dans certaines provinces, c’est l’armée qui assure l’ordre. En 1971, le président américain Richard Nixon fait une visite historique en Chine et rencontre Mao. Les historiens s’accordent pour y voir l’indice politique du début d’un lent renouveau du capitalisme en Chine. Mao meurt en 1976. Les grenouillages politiques qui s’ensuivent laissent la place à une succession de dirigeants qui sauront se ressourcer et se renouveler bien plus efficacement et subtilement qu’en Union Soviétique. Le président actuel (en 2011), Hu Jintao n’avait que sept ans lors de la révolution. Il est à la tête d’un immense pays d’un milliard trois cent millions d’êtres humains en train de devenir la plus grande puissance économique des temps modernes. Un pays communiste? Bien, il est toujours dirigé par un Parti Communiste, mais l’histoire de la quête chinoise vers le communisme nous donne bien plus à découvrir un très vieux pays, une des plus anciennes civilisations du monde, resté longtemps féodal et stagnant qui, par la force d’une formidable poussée révolutionnaire de masses, se débarrasse des seigneurs de guerres, des grands féodaux, des empereurs, des colonisateurs européens, des envahisseurs japonais, des dirigeants nationalistes compradores, pour instaurer au moins son indépendance et son autonomie nationale… Mais ils n’ont pas instauré un ordre social vraiment communiste.

Aujourd’hui, la Chine est activement impliquée dans la mise en place d’un genre moderne et subtil de dispositif impérial, notamment dans de nombreux pays d’Afrique. Elle finance le gros de la dette des États-Unis et le solide souvenir de la gestion planifiée «communiste» lui sert à maintenir un capitalisme monopolistique d’État lui permettant, entre autres, de protéger ses exportations en maintenant sa monnaie artificiellement basse. L’industrie chinoise est «concurrentielle» pour des raisons que Karl Marx avait déjà analysées: ses travailleurs sont parmi les plus bas salariés au monde. Ce n’est certainement pas ça, la dictature du prolétariat! La Chine est une superpuissance en montée qui, entre utopie et réalisme politique, hésite de moins en moins à retenir le second comme voie de l’avenir et à reléguer la première dans le passé proche ou lointain des origines de sa république. Le portrait de Mao est encore visible un peu partout, y compris sur les billets de banque chinois… le dernier grand tigre de papier…

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Ernesto «Che» Guevara (1928-1967)

Vietnam et Cuba: un «communisme» de résistance face à l’impérialisme américain. Dans la dynamique de la Guerre Froide (1945-1991), communisme et lutte contre l’impérialisme américain finissent étroitement confondus. De petits pays résistant contre la présence post-coloniale des américains sur leur territoire produiront des «révolutions communistes», actes de rébellions micro-nationales n’ayant de plus en plus de communistes que le nom. Le Vietnam et Cuba sont les exemples les plus représentatifs de ça. Leur sort est d’ailleurs bien plus interconnecté qu’on ne le pense.

Dans l’ancienne Indochine française, le colonialisme français à l’ancienne se fait sortir fermement par les partisans vietnamiens, à la bataille de Dien Bien Phû (1953). La Chine de Mao brille alors comme un soleil ardent et la logique de confrontation des blocs de l’ouest et de l’est est déjà solidement en place. Les américains prendront donc le relais des français pour tenter de garder le Vietnam dans le camp capitaliste. Le pays est coupé en deux, comme les Corées. Ho Chi Minh, (1890-1969) chef du Vietcong fait de Hanoi sa capitale provisoire. Il travaille avec les chinois, tout discrètement. Mais surtout, il est «communiste». Les américains eux, occupent ouvertement Saigon et le Vietnam sud.

Comme si les affaires de l’impérialisme américain n’allaient pas assez mal comme ça, en 1959, un obscur dictateur cubain du nom de Fulgencio Batista (1901-1973), qui a littéralement vendu son île par morceaux à des propriétaires de casinos floridiens, se fait renverser par une poignée de barbus qui se gagnent rapidement un appui populaire durable sous la houlette de deux chefs charismatique jeunes et vigoureux: Ernesto «Che» Guevara (1928-1967) et Fidel Castro (né en 1926). Castro tente un rapprochement avec les américains mais se fait traiter comme un pur et simple bandit pour avoir saisi unilatéralement et nationalisé les immenses portions de l’île de Cuba que Batista avait antérieurement vendu à des intérêts, justement, américains. Les Floridiens ne récupéreront pas un centime de leur mise et en voudront à Castro pour longtemps. Pas énervé pour deux sous par l’attitude intransigeante des américains, Castro, résolu et frondeur, joue le jeu de la Guerre Froide à fond et se tourne ouvertement vers les Soviétiques. Il devient alors très officiellement, lui aussi, «communiste». Il introduit des reformes sociales effectives, notamment en matière d’éducation et de santé publique. C’est un socialiste dans les faits mais aussi un allié stratégique de l’URSS, à 200 kilomètres au sud de la Floride. Vers 1960-1962, éclate la crise de la Baie des Cochons. En réponse à l‘installation par les américains de fusées intercontinentales en Turquie, l’URSS décide d’en installer à Cuba. Les américains instaurent un blocus maritime de l’île de Cuba, vers laquelle des convois maritimes soviétiques se rendent. Les marines de guerre des deux superpuissances se frôlent, se toisent, au large de Cuba, et la tension internationale est si grande qu’on passe bien proche du déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Les choses se calment finalement par la diplomatie, les Soviétiques démantèlent leurs fusées à Cuba, les américains en font autant en Turquie et il y a détente. La diplomatie américaine est par contre forcée de laisser les «communistes» cubains tranquilles. Et ces derniers finissent avec une société originale, socialisante mais aussi excessivement militarisée pour ce que leurs capacités économiques peuvent rencontrer. Contrairement à Salvator Allende (1908-1973) du Chili (tué par des militaires pro-américains lors d’un coup d’état), Castro survivra tous les coups tordus qu’on tentera contre lui (il est aujourd’hui retraité). Son alliance avec les Soviétiques déclinera tout graduellement au profit d’une discrète unité commerciale avec l’Europe occidentale, tandis que le brutal boycott américain de Cuba se poursuivra et se poursuit encore.

Dans l’existence de petits pays «communistes» comme Cuba ou le Vietnam, tout se joue, dans un monde en guerre froide, au rythme des lourds soubresauts de l’impérialisme américain. Entre 1965 et 1968, les États-Unis renforcent leur présence au Vietnam. C’est l’époque de Good Morning Vietnam! Les américains sont pris dans un paradoxe qu’ils ne pourront pas résoudre: comment gagner cette guerre contre des résistants pugnaces, dans la jungle indochinoise, sans la tourner en conflit international généralisé? Comment faire sauter une bombe dans un aquarium sans casser l’aquarium? Un autre problème devient de plus en plus ardu pour les américains. Leur propre opinion publique est désormais bien moins docile et va-t-en-guerre que du temps du Débarquement de Normandie. Bob Dylan (né en 1941) et Joan Baez (née en 1941) chantent contre la guerre et toute la génération du Peace and Love devient Draft Dodgers. En 1975, les américains ne peuvent plus tenir cette équation en équilibre. Ils perdent la guerre du Vietnam. Saigon est rebaptisée Ho Chi Minh Ville et le Vietnam est unifié et pacifié, sous le drapeau rouge. Aujourd’hui c’est un des pays les plus prospères d’Asie, toujours sous la houlette politique d’un parti «communiste».

Cuba et le Vietnam sont-ils des pays ayant instauré le «communisme»? Comme la Chine, mais sur une bien plus petite échelle, ce sont des pays qui one mené une lutte contre le vieil euro-colonialisme. Comme la Chine, mais sur une bien plus grande échelle à leur mesure, ce sont des pays qui one mené -et gagné- la lutte de résistance contre l’impérialisme américain. Voici donc encore des causes nationales circonscrites qui ont teint leur drapeau en rouge pour qu’il claque mieux dans la fibre émotionnelle de leur temps…  Mais l’homme nouveau, dans tout ça, où est-il?

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Retour sur la définition du communisme dans le Manifeste. La Révolution Iranienne de 1979 sera la première révolution républicaine non-communiste après 1917. Comme les vieilles révolutions républicaines, teintes en rouge ou non, du siècle dernier, elle abattra un monarque antique (le Shah d’Iran) et remplacera la monarchie par un régime présidentiel. Elle sortira aussi des voleurs de ressources coloniaux et compradores (le contrôle du pétrole échappera aux britanniques puis aux américains). Elle produira aussi une dérive dictatoriale et militariste, la théocratie des Ayatollah (qui s’engagera, en 1980-1988, dans une terrible guerre contre l’Irak, ce dernier appuyé par les américains). Une différence essentielle distinguera cette révolution républicaine de toutes celles survenues depuis 1917: elle ne se réclamera pas du communisme mais de l’islamisme.

Le fait est que le programme révolutionnaire dit «communiste» est maintenant, lui aussi, discrédité par l’usure violente et sanglante de l’Histoire. Les monarchies et le colonialisme sont tombés mais le rouge intégral du siècle dernier est aussi peu crédible désormais que l’avait été le bleu-blanc-rouge des siècles antérieurs. Il y a un hiatus entre ce que la révolution fait (abolir la féodalité, restreindre le colonialisme, instaurer l’indépendance nationale, industrialiser) et ce qu’elle promet, bien utopiquement (la  «liberté», l’ «égalité», le «communisme»). L’abolition de la propriété privée des ressources et du mode de production capitaliste, son remplacement par un socialisme reposant exclusivement sur la solidarité sociale et le contrôle de tous les leviers de pouvoir par ceux qui travaillent, ne sont cependant tout simplement pas encore là. La définition du communisme telle qu’on la trouve dans le Manifeste de 1848 regroupe une collections d’acquis sociaux s’étant plus ou moins mis en place ici et là, imparfaitement, au gré de l’histoire (fin du travail des enfants, éducation obligatoire, nationalisation des transports etc.) autour d’un principe fondamental qui, lui, n’a tout simplement jamais existé, celui d’une mise en commun intégrale de la production et de la propriété des biens qu’elle engendre. Des forces fantastiques ont utilisé le discrédit inévitable, associé à l’entrée douloureuse dans la modernité de territoires immenses comme la Chine ou l’ancienne URSS, pour attaquer et dénigrer le programme en grande partie utopique qui servait de guide intellectuel à ces gigantesques mouvements historiques. On a jeté le bébé communiste avec l’eau sanglante du cuirassé Potemkine et de la Longue Marche, utilisant tout ce qui pouvait être utilisé pour discréditer et salir un si généreux idéal. Pourquoi? Tout simplement parce que cet idéal raté, cette utopie non réalisée, ce programme futuriste, saboté par les accapareurs économiques, les agresseurs politiques et les calomniateurs médiatiques a, comme principe définitoire, la destruction du capitalisme et des classes de possédants qui vivent parasitairement de cet ordre social injuste et inéquitable, vieux de huit cents ans. Le communisme n’existe même pas vraiment, et son spectre continue pourtant de hanter le monde, sous la forme de la conscience coupable rouge sang, du capitalisme, qui s’en prend encore à lui comme à un fantôme, si épeurant, parce que si culpabilisant.

La force des utopies c’est que, malgré tout, sous une forme ou sous une autre, elles s’en viennent vers nous…

Le Capital et le Travail (affiche de Mai 68)

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