Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Archive for février 2015

LA FOURMI ÉGARÉE – NOUVELLES (Frédérick Maurès)

Posted by Ysengrimus sur 21 février 2015

On a, au départ, une analogie ouvertement établie entre le type d’exploration très particulière à laquelle s’adonne le texte court de fiction et les errements erratiques de ce qu’on appelle en vieux québécois une tite frémille pardue (une petite fourmi égaré). Le texte est, lui-même, tout petit et il semble se promener sur une savane de poils de bras humains, en voyant le tout du tout comme si c’était du gigantesque mais en ne craignant pas de prendre de la hauteur et de vivre des aventures ordinaires rendues extraordinaires de par les divers aléas et avatars du statut miniature. Comprenons-nous bien, la fourmi en question, ici, est strictement métaphorique. Il ne s’agit effectivement en rien, dans cette œuvre charmante, d’une expérience entomologique ou zoomorphique. Les dix textes de ce court recueil concernent de plain pieds des êtres humains de tous les jours, vivant des aventures n’ayant strictement rien de fantastique, d’onirique ou de féerique. C’est bien plus le regard et son rendu textuel qui est frémillant que l’action ou ses péripéties.

Frédérick Maurès nous donne à lire une écriture proche du journal, de l’échange de courriels, de la micro-chronique de voyage, du récit de souvenirs potaches. Ne nous laissons pas tromper par cette proximité avec les courts textes non fictifs, émaillant les phases de nos vies. Ladite proximité est sciemment voulue et singulièrement maîtrisée. Elle fonde l’armature figurative de ce limpide exercice d’observation. C’est que ce recueil nous emporte dans les méandres de l’engrangement du banal pas si banal, des mécanismes de la réminiscence et de l’intendance des souvenirs. On fait acte de lecture non cursive, en compagnonnage étroit avec le fonctionnement de tels dérapages mentaux, omniprésents dans la vie courante. C’est que ledit banal n’est plus si lisse, justement, sous l’œil d’une écriture fourmi.

Par principe général, superbement exemplifié ici, la nouvelle est habituellement de deux types. C’est soit un texte d’ambiance (La parenthèse, Blanchard), soit un texte à chute (Pen friends, Puisque la messe est dite). Mais, ici spécifiquement, dans les quelques textes à chute, l’ambiance compte toujours, tandis que les textes d’ambiance nous font prendre nos distance envers cette satané soif de la chute en fiction courte… Ici, l’aspiration du récit est moins de créer des effets dramatiques percutants ou surprenants, et plus d’avancer une mimésis, à la fois calibrée et granuleuse, du réel.

C’est le vent du réel qui vient apporter un peu de piquant à notre vie comme à notre peau, parce que le sel réside aussi dans la volonté de maîtriser notre destinée et toutes les étapes intermédiaires. Parce que l’illusion du contrôle nous permet finalement de continuer à vivre.

Me relevant nonchalamment, je prends soin de replacer ma fourmi complice sur la voie qu’elle avait quittée, sans doute par distraction !

(extrait du prologue)

Illusion de contrôle sur nos petites vies qui dérivent et se déploient pas mal plus dans l’étrange qu’on ne le croit. Pas d’illusion de contrôle sur la plume, par contre. L’écriture est ciselée, jouissive, magnifiquement visualisable, sans sobriété excessive. On sait très bien s’exalter du verbe et de l’exposition, dans le micro univers de Frédérick Maurès. La fourmi est petite. Cela ne la rend pas moins complexe et articulée. On n’a même pas besoin de loupe pour s’en aviser. Cet ouvrage ouvragé se lit en un éclair mais reste avec nous un bon moment. N’est ce pas là le lot de toutes les miniatures, quand elles existent, un petit peu obsessivement, pour avoir été gravées à l’eau forte?

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Frédérick Maurès, La fourmi égarée – nouvelles, Montréal, ÉLP éditeur, 2012, formats ePub ou PDF.

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Il y a (approximativement) cent trente ans, l’invention vernaculaire de la batterie

Posted by Ysengrimus sur 15 février 2015

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Qu’elle soit culinaire (le pain, le vin, les nouilles), technique (machine à coudre, bicyclette) ou musicale, une invention n’apparaît jamais d’un seul coup. Elle s’avère plutôt un lent cumul combiné d’inventions antérieures avançant graduellement vers des inventions subséquentes. Au sein de ces accumulations quantitatives, un bond qualitatif prend subitement place, stimulant une reconfiguration plus cruciale que les autres, et ce qui apparaît empiriquement comme une nouvelle invention jaillit devant nous, comme de nulle part. L’exemple de l’invention de la batterie (drum set) ici est particulièrement représentatif du phénomène.

Nous sommes aux environs de 1885 à la Nouvelle-Orléans. La musique de fanfare est omniprésente. La percussion de ces vastes ensembles musicaux mobiles que sont les flamboyantes harmonies néo-orléanaises est principalement assurée alors par trois instrumentistes. Le cymbaliste, qui tient ses deux cymbales à pleines mains, par des sangles de cuir. Le joueur de grosse caisse (bass drum), qui porte son tambour, lié par une sorte de jeu de bretelles, sur le ventre et le frappe des deux côtés avec des maillets coussinés (en une astuce qui annonce déjà la batterie moderne, une cymbale est souvent posée sur le sommet de la grosse caisse, faisant de son instrumentiste un tout premier cumulard ès percussions, accompagnant le cymbaliste, ou s’y substituant). Et le joueur de caisse claire (snare drum), qu’on appelle plus communément le tambour, qui porte la caisse claire autour du cou et l’alimente de roulements de baguettes, au rythme du pas. Ce dernier instrument est l’héritier direct des tambours de charge qui, avec la flûte, scandaient la marche sur les champs de bataille des révolutionnaires américains.

La fanfare ici s’est graduellement séparée de sa fonction strictement militaire d’origine et contribue à assurer le fond musical scandant toutes sortes de parades récréatives ou funéraires. Souvent la fanfare termine sa portion de la parade (où les musiciens, inévitablement, doivent s’organiser pour jouer en marchant) en se regroupant sous un pavillon dans un parc et assurant alors l’accompagnement musical des danses et des pique-niques en plein air succédant à ladite parade. Se séparant de sa fonction (et de son style musical) de marche, la fanfare deviendra donc graduellement une bastringue fixe assurant la musique d’accompagnement d’un événement localisé ou même, plus simplement, jouant un concert, en plein air ou en salle.

Toutes sortes de légendes apparaissent alors autour du sort de la section des tambours. Une de ces légendes veut qu’un beau matin, le joueur de caisse claire d’une de ces bastringues ne se présente pas pour le concert. Le joueur de grosse caisse s’organise donc avec un bout de ficelle, raccorde son maillet de grosse caisse à cette dernière en une sorte de grossière pédale, pose la grosse caisse couchée sur le sol devant lui (inutile de dire qu’il ne marche plus, qu’il est assis), installe la caisse claire à côté de lui sur une chaise ou entre ses jambes et décide de jouer les deux tambours seul. Une nouveauté, promise à un grand retentissement, vient alors de jaillir en toutes simplicité et presque inconsciemment des contraintes pratiques les plus ordinaires: impliquer les pieds de l’instrumentiste dans la percussion et, conséquemment, l’engager dans un exercice nouveau et spectaculaire de cumul des tâches. Tous les musicologues s’accordent pour dire que l’invention anonyme de la pédale de grosse caisse (kick pedal) marque la mise en place de la batterie moderne. Vers 1895, les affiches et programmes des fanfares et bastringues de la Nouvelle-Orléans n’enregistrent plus qu’un seul joueur de tambours, un batteur en fait, mais cela passe relativement inaperçu, comme un phénomène isolé, à cause de l’attention suscitée par l’apparition d’un nouveau ton dans le traitement de la musique de danse, le playing hot (où les cuivres sont joués dans une sorte de style syncopé, comme s’ils brûlaient les doigts des instrumentistes), ou jazz… La batterie moderne sera vite associée au nouveau type de showmanship fringuant que les musiciens de jazz mettent en place au tournant des deux siècles.

Papa Jack Laine (1873-1966)

Papa Jack Laine (1873-1966)

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Quand on cherche à citer des noms pour tenter de personnaliser le phénomène d’invention de la pédale de grosse caisse, on mentionne des gens comme Papa Jack Laine (1873-1966), batteur et chef d’orchestre du Reliance Brass Band, une fanfare ayant pignon sur rue à la Nouvelle-Orléans dans les années 1890 et un certain Edward Dee Dee Chandler (1866-1925), batteur et proto-percussionniste dans l’orchestre de John Robichaux (1886-1939). John Robichaux lui-même est un candidat inventeur parfaitement valable aussi. Il joua la grosse caisse à la Nouvelle-Orléans pour le Excelsior Brass Band entre 1892 et 1903. En fait, on comprendra que, comme toutes les inventions vernaculaires, la pédale de grosse caisse (et conséquemment toute la configuration de la batterie moderne) est indubitablement apparue en divers points chaque fois que le besoin s’en fit sentir socialement et artistiquement, à son lieu et en son heure. L’invention du trépied ajustable pour la caisse claire (qui se retrouve désormais plus souvent qu’à son tour entre les jambes du percussionniste assis) est imputée pour sa part à un certain Ulysse Leedy et daterait de 1898.

Vers 1920, apparaîtra le hi-hat, ce duo de cymbales embrassées monté sur un trépied et actionné, lui aussi, par une pédale, et qu’on appelle en français le charleston (le mot rime avec menton ou Gaston) parce qu’il utilisait initialement des cymbales de type charleston. La forme moderne de la batterie se finalisera grosso modo par cette projection sur les cymbales de la formule déjà institutionnalisée de la percussion par le pied. De fait l’apparition du charleston est un ajout strictement de sophistication, un apport exclusivement quantitatif, en quelque sorte, le bond crucial ayant été assuré il y a (approximativement) cent trente ans par la mise en place de la pédale de grosse caisse dans ce type de contexte de mutation artistique et sociale complexe qui préside à l’émergence de toute (les étapes d’une) invention.

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BEWITCHED, toujours ensorcelant envers et contre tous

Posted by Ysengrimus sur 7 février 2015

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Il y a des films qui méritent mieux que leur sort au guichet ou face à cette mitraille de stéréotypes biaisés que peut parfois éructer la critique cinématographique de nos folliculaires papiers et électroniques. Vieux déjà de dix ans, Bewitched est un de ceux-là. Équarri par la critique, boudé du public, cette réminiscence de la fameuse série télévisé Bewitched (Ma sorcière bien aimée) fait l’objet de mon approbation entière, joyeuse, amie et inconditionnelle. Mais un mot d’abord sur ce qui fit sa perte. J’y vois trois causes. D’abord ces films réminiscences de vieilles séries télévisuelles marchent toujours sur des œufs. La phalange dense et rigide des admirateurs de la série télévisée originale va se rameuter, en marchant au pas de l’oie, et campera sans concession un paradoxe insoluble: si le film s’éloigne trop de la série initiale il aura trahi, s’il colle trop à la série initiale il aura fait preuve d’un suivisme sans imagination. Aussi, on ne gagne pas bien souvent à ce petit jeu là. Ici c’est la première condamnation qui se manifestera, Bewitched, le film, sera accusé d’avoir trahi l’esprit de la série télévisuelle d’origine. Second problème: la comédie sentimentale est un genre qui n’a pas que des amis. Les hommes s’y ennuient, les intellectuels la méprisent, les critiques en vivent, tout en la raillant. Elle est l’équivalent cinéma du vieux vaudeville boulevardier, et les comédies sentimentales qui font des succès au guichet sont presque toujours des films cendrillon qu’on n’attendait pas et dont, d’une certaine façon, l’industrie cinématographique, qui cible encore passablement un bon gros public masculin bien couillu, ne veut pas vraiment. Bewitched ne bénéficia pas de cette chance largement imprévisible qu’ont eu certaines comédies sentimentales, cette fois. On y verra un chick flick (film de filles), au pire sens du terme, sans plus. Troisième et ultime problème: madame Nora Ephron (1941-2012), la réalisatrice. Pour toutes sortes de raisons tataouinantes procédant des arcanes fumeuse et byzantines du bottin mondain, la critique journalistique était braquée contre cette réalisatrice. Tant et tant que, dans certain cas, la critique du temps semble avoir vomi son fiel sur madame Nora Ephron en personne plutôt que d’avoir effectivement regardé le film. Bewitched est, disons la chose comme elle est, un des films où mon jugement personnel s’est inscrit le plus ouvertement en faux face à celui des critiques à la mode qui le commentèrent.

Jouons le jeu s’il vous plait et laissons nous ensorceler, sans autre forme de procès. La toute ingénue, mais fermement déterminée, Isabel Bigelow (une Nicole Kidman éblouissante et pétillante comme un champagne fin) monte sur son balai et quitte le monde des sorciers et des sorcières. L’omnipotence des pouvoirs magiques, dont elle est bien plus dépendante qu’elle n’accepte de se l’admettre à elle-même, la lasse. Elle veut vivre sur terre et connaître et découvrir les vertus de l’effort réel et du travail effectif. Elle veut, d’une certaine façon, sortir de l’enfance de la féminité mythologique traditionnelle. Son père, Nigel Bigelow (Michael Caine, toujours aussi juste), homme à la fois doux et insistant, se lance à ses trousses, dans un effort visant à lui démontrer le caractère futile et irréalisable d’un renoncement à quelque chose d’aussi indécrottable que l’omnipotence magique. Tandis que le débat entre ces deux là nous emplis déjà de toute la tendresse chafouine et chamailleuse des relations père-fille, nous découvrons les déboires et arguties, celles-là toutes terrestres, auxquels est confronté un autre protagoniste. L’acteur cinématographique Jack Wyatt (Will Farrell, parfaitement supportable pour une fois, parce que très bien dirigé) vit la crise majeure de sa carrière. Les navets ineptes, cabotins et creux, dans lesquels il joue depuis quelques années, font bides par dessus bides et son agent le convainc de se tenir loin du grand écran et de prendre un prudent tournant télévisuel. La combine qu’on lui recommande est donc la suivante: mettre sur pied une reprise télé du grand succès du siècle dernier Bewitched (Ma sorcière bien aimée) mais en recentrant l’histoire sur le protagoniste masculin, par le simple fait de donner le rôle titre d’autrefois, celui de la sorcière Samantha, à une parfaite inconnue. En travaillant au niveau du script, on amènera la linotte sélectionnée à œuvrer inconsciemment à faire mousser le vedettariat de ce partenaire masculin dont elle est vouée, dès le départ de toute cette entreprise, à devenir la faire valoir involontaire. Désormais prévisible, la suite n’en reste pas moins parfaitement savoureuse. Isabel Bigelow, sorcière incognito, est sélectionnée pour le rôle de Samantha, évente le pot au rose, se fâche, fait tonner la magie qu’elle devait ne plus mobiliser et craque, malgré tout, pour la vulnérabilité (toute mentale et intellectuelle) du cabotin Jack Wyatt. Loi du genre oblige: l’idylle des deux personnages principaux percole puis éclot. Le sorcier Nigel Bigelow, toujours sur les basques de sa fille, s’empêtre les pinceaux dans les jupons de la mystérieuse Iris Smythson (Shirley MacLaine), l’actrice jouant Endora, mère de Samantha, dans la série télé qu’on œuvre à reproduire. L’idylle des deux personnages de soutien percole puis éclot, elle aussi. Le tout se termine sous le globe de la série télé qu’on a finalement mis en branle et qui semble refermer son monde magique sur les acteurs et les actrices de plus en plus ferrés par l’ensorcellement inhérent à leurs personnages.

Un délice, mais un pur et simple délice. Une portion significative de cet extraordinaire délice tient à la superbe, à l’irrésistible prestation fine, nuancée, toute en dentelle, de Nicole Kidman. Cette fragilité, cette ingénuité, solidifiées magistralement par le fait que c’est une femme qui tient la caméra, nous transporte, nous coupe le souffle, nous plante sur la gueule un sourire indéfectible. Et que les sceptiques méditent simplement ceci. Un film où les acteurs de soutien sont Michael Caine et Shirley MacLaine ne peut quand même pas se porter si mal que cela… On entre si joyeusement dans ce monde de filles: son papa, ses copines, sa maison, ses problèmes de boulot, son idylle chancelante. Filles, filles, filles, magie pétillante du film de filles. Ne visionnez pas Bewitched si vous n’aimez pas les filles, les femmes, les vieilles tantes, les belles-mères, les toutous affectueux, les tangos langoureux, les bonshommes qui tombent à la renverse et se font remettre à leur place, les femmes d’âge mûr qui trouvent la combine imparable pour que leur vieil amoureux cesse de mater les petites jeunes, les copines de filles qui sautillent et poussent des hurlements de joie quand votre idylle prend. Tout est là. Rien ne manque. Même le balai télescopique de la sorcière et la sorcellerie lui permettant de raccorder magiquement, aériennement, tous les fils de son complexe DVD/téléviseur sans se lamenter pour qu’un homme le fasse pour elle. Magique. Jouissif. Transcendant. Autant le Bewitched de jadis enfermait son principal personnage masculin dans une sorte de panique misogyne sourde et durable, manifestée abruptement par le fait que sa femme, sa belle-doche et sa gamine étaient des sorcières en sabbat permanent et, de ce fait, déplorait sournoisement ce mélange subtil d’omnipotence et de fragilité féminine qui fait que la sorcière bien aimée est tant aimée… autant le Bewitched contemporain est un hymne ami à l’affranchissement de la femme fluette, distraite, éperdue mais déterminée, dans son abandon d’une omnipotence mythologique factice au profit d’une affirmation de soi bien réelle, dans le monde concret de la vie effective des humains, des hommes et des pères…

Ah, que la critique est dont vite sur la gâchette quand les femmes s’amusent un peu sans façon, dans le cercle rose et parfumé de leur culture intime, sans concéder ni rendre de comptes. Si une vie grisâtre et tristounette ne voit qu’un seul de ces chick flicks (films de filles) qui sont en train de devenir véritablement un genre en soi, il faut que ce soit Bewitched, et cette vie renouera sans arrière pensée avec la douceur frivole et folâtre de la magie la plus légère, la plus féroce, la plus coquine et la plus gratuite qui soit.

Bewitched, 2005, Nora Ephron, film américain avec Nicole Kidman, Will Ferrell, Michael Caine, Shirley MacLaine, Carole Shelley, 102 minutes.

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Ce que la laïcité dit (respectueusement mais fermement) aux ci-devant grandes religions

Posted by Ysengrimus sur 1 février 2015

Trois monotheismes

Les braves gens se réclamant des fameuses trois «grande religions» (il y en a bien plus que trois, au fait, ne l’oublions pas, s’il-vous-plait) devraient faire l’effort minimal louable que nous, les athées, faisons en permanence, qui est celui de lire ou relire leurs textes sacrés et de réfléchir un tant soit peu sur ce qu’on y trouve. Il n’est pas long qu’on observe, dans les principes fondamentaux des fameuses trois grandes religions, des orientations programmatiques ouvertement odieuses et intolérables, qui n’ont pas grand-chose à voir avec la sagesse ou avec le respect de ce qui est humain. La laïcité ne dit rien d’autre que cela. Revoyez un petit peu la copie de vos propres doctrines avant de vous mettre à jouer les martyrs innocents qu’on tourmenterait pour des raisons fallacieuses. Parlons-en librement, pour faire changement… Que je vous soumette trois petits exemples, tout simples mais parfaitement imparables.

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JUDAÏME. Lisons Le Pentateuque.

3. Moïse faisait paître le petit bétail de Jéthro, son beau-père, prêtre de Madiân; il l’emmena par delà le désert et parvint à la montagne de Dieu, l’Horeb. L’ange de Yahvé lui apparut, dans une flamme de feu, du milieu d’un buisson. Moïse regarda: le buisson était embrasé mais le buisson ne se consumait pas. Moïse dit: «Je vais faire un détour pour voir cet étrange spectacle, et pourquoi le buisson ne se consume pas». Yahvé vit qu’il faisait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson. «Moïse! Moïse!», dit-il et il répondit: «Me voici». Il dit: «N’approche pas d’ici, retire tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte». Et il dit: «Je suis le Dieu de tes pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.» Alors Moïse se voila la face, car il craignait de fixer son regard sur Dieu.

Yahvé dit: «J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cris devant ses oppresseurs; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de cette terre vers une terre plantureuse, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel, vers la demeure des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Périzzites, des Hivvites et des Jébuséens. Maintenant, le cri des Israélites est venu jusqu’à moi, et j’ai vu l’oppression que font peser sur eux les Égyptiens. Maintenant va, je t’envoies auprès de Pharaon, fais sortir d’Égypte mon peuple, les Israélites.

Moïse dit à Dieu: «Qui suis-je pour aller trouver Pharaon et faire sortir d’Égypte les Israélites?» Dieu dit: «Je serai avec toi, et voici le signe qui te montrera que c’est moi qui t’ai envoyé. Quand tu feras sortir le peuple d’Égypte, vous servirez Dieu sur cette montagne.»

Moïse dit à Dieu: «Voici, je vais trouver les Israélites et je leur dis: ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous’. Mais, s’ils me disent: ‘Quel est son nom?’, que leur dirai-je?» Dieu dit à Moïse: «Je suis celui qui est». Et il dit: «Voici ce que tu diras aux Israélites: ‘Je suis’ m’a envoyé vers vous.» Dieu dit encore à Moïse: «Tu parleras ainsi aux Israélites: ‘Yahvé, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob m’a envoyé vers vous. C’est mon nom pour toujours, c’est ainsi que l’on m’invoquera de génération en génération.

«Va, réunis les anciens d’Israël et dis-leur: ‘Yahvé, le Dieu de vos pères, m’est apparu —le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob— et il a dit: Je vous ai visités, et j’ai vu ce qu’on vous fait en Égypte, alors j’ai dit: Je vous ferai monter de l’affliction d’Égypte, vers la terre des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Périzzites, des Hivvites et des Jébuséens, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel. Ils écouteront ta voix et vous irez, toi et les anciens d’Israël, trouver le roi d’Égypte et vous lui direz: ‘Yahvé, le Dieu des Hébreux, est venu à notre rencontre. Toi, permets-nous d’aller à trois jours de marche dans le désert pour sacrifier à Yahvé notre Dieu. Je sais bien que le roi d’Égypte ne vous laissera aller que s’il y est contraint par une main forte. Aussi j’étendrai la main, et je frapperai l’Égypte par les merveilles de toute sorte que j’accomplirai au milieu d’elle; après quoi, il vous laissera partir.

«Je ferai gagner à ce peuple la faveur des Égyptiens, et quand vous partirez, vous ne partirez pas les mains vides. La femme demandera à sa voisine et à celle qui séjourne dans sa maison des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Vous les ferez porter à vos fils et à vos filles et vous en dépouillerez les Égyptiens.

(L’Exode, 3, second livre du Pentateuque, dans La Bible de Jérusalem)

Il est limpide qu’on est ici, de plain pied, dans la dynamique du peuple élu. Dieu s’occupe d’un peuple spécifique et n’a rien à faire avec les autres peuples. Contrairement au christianisme et à l’islam qui aspirent à l’universalité (façon pétante de dire qu’ils veulent endoctriner tout le monde, sans distinction), le judaïsme fonde son dispositif légendaire sur le mythe élitiste d’un peuple aimé de dieu et littéralement instruit par lui pour frayer son chemin à travers la racaille incroyante et s’en préserver hermétiquement, en lui prenant, au passage, ses terres et ses objets d’argent et d’or, sans faire de complexes. De la légende de Noé et de Sodome et Gomorrhe (dieu retenant un petit groupe de bons disciples et éradiquant le reste) au mythe de la tour de Babel (dieu introduisant la multiplicité culturelle pour punir les hommes d’avoir érigé des tours) en passant par les pérégrinations guerroyeuses de l’arche d’alliance et par l’intégralité du drame de Moïse menant les israélites vers la terre promise sans y entrer lui-même, il est limpide et amplement attesté que, pour le judaïsme, il y a ceux qui en sont et ceux qui n’en sont pas. J’ai pas besoin de m’étendre sur la question. Les exemples et les applications de ce principe fondamental sont légion et affectent toutes les facettes de la vie quotidienne et ce, jusque de nos jours. Le peuple élu doit se soumettre à l’autorité frontale du dieu unique, lui dictant une vérité absolue certes, mais à dépositaires circonscrits… Les autres peuples n’ont qu’à se démerder et, même si on peut pas dire cela trop fort de nos jours, à aller se faire foutre, en fait. Il y a ici une incompatibilité principielle avec toute forme d’intégration culturelle. Et cette fracture de principe est d’autant plus cuisante et illogique qu’elle détermine les dictats de croyance d’un peuple qui, d’autre part, est le champion effectif toutes catégories de l’intégration historique au sein de cultures réceptrices. La notion de peuple élu est une catastrophe mythologique de plus en plus indéfendable, intellectuellement et pratiquement, dans le monde multilatéral contemporain. La laïcité combat ce principe autoritaire et inégalitaire et est obligée de respectueusement signaler au judaïsme qu’il incorpore des éléments fondamentaux dans son fonctionnement qui le mènent directement sur la pente de l’illégalité civile.

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CHRISTIANISME. Lisons Le Nouveau Testament.

5. Un certain Ananie, d’accord avec Saphire sa femme, vendit une propriété; il détourna une partie du prix, de connivence avec sa femme, et apportant le reste, il le déposa aux pieds des apôtres. «Ananie, lui dit alors Pierre, pourquoi Satan a-t-il rempli ton coeur, que tu mentes à l’Esprit Saint et détourne une partie du prix du champ? Quand tu avais ton bien, n’étais tu pas libre de la garder, et quand tu l’as vendu, ne pouvais-tu disposer du prix à ton grée? Comment donc cette décision a-t-elle pu naître dans ton cœur? Ce n’est pas à des hommes que tu as mentis mais à Dieu. En entendant ces paroles, Ananie tomba et expira. Une grande crainte s’empara alors de tous ceux qui l’apprirent. Les jeunes gens vinrent envelopper le corps et l’emportèrent, pour l’enterrer.

Au bout d’un intervalle d’environ trois heures, sa femme, qui ne savait pas ce qui était arrivé, entra. Pierre l’interpela: «Dis-moi, le champ que vous avez vendu, c’était tant?» Elle dit: «Oui, tant.» Alors Pierre: «Comment donc avez-vous pu vous concerter pour mettre l’Esprit du Seigneur à l’épreuve? Eh bien! Voici à la porte les pas de ceux qui ont enterré ton mari: ils vont aussi t’emporter. À l’instant même elle tomba à ses pieds et expira. Les jeunes gens qui entraient la trouvèrent morte; ils l’emportèrent et l’enterrèrent auprès de son mari. Une grande crainte s’empara alors de l’Église entière et de tous ceux qui apprirent ces choses.

(Les Acte des Apôtres, 5, cinquième livre du Nouveau Testament, dans La Bible de Jérusalem)

Brutal et sereinement explicite. On dirait une séquence cinématographique sur la pègre. Un bien drôle de modèle moral pour nos «jeunes gens», en tout cas. Saint Pierre (dont on raconte qu’il fut le premier pape) et les apôtres sont à constituer les assises financières de leur mouvement et ils exigent un abandon matériel total de leurs adhérents. S’ils ne l’obtiennent pas, voilà ce qu’ils font de leur puissance thaumaturgique. On décrit les débuts ouvertement assumés du régime de peur. C’est écrit en toutes lettres. Les chrétiens nous bassinent constamment avec l’évangile, ce roman-savon portant sur un prêcheur semi-subversif et héroïque soignant les malades, défiant les autorités religieuses et militaires, et mourant sur la croix romaine, au nom de quelque rédemption pascale fumeuse. Ils croient avoir fondé une religion d’amour universel sur la base circonscrite et hypertrophiée de la légende bringuebalante de leur personnage principal. Ces mêmes chrétiens sont bien prompts à oublier que Les Actes des Apôtres et les Épîtres de Saint Paul (qui, lui, est le véritable fondateur organisé et méthodique du christianisme et qui, de fait, formula une mystique aussi intensive envers l’église dite apostolique qu’envers le christ même) font pleinement partie du canons du ci-devant Nouveau Testament et sont littéralement truffés de manifestations brutalement autoritaires du type de celle exemplifiée ici (et dont l’énumération deviendrait vite lassante). Ces pratiques de sectes extrémistes sont parfaitement installées dans le canon chrétien et ce, depuis ses origines. C’est d’ailleurs tout à fait explicable historiquement. Comme ce programme spécifique s’est développé en résistance sourde et méthodique à l’empire d’une Rome d’abord hostile qui a fini par s’imbiber du nouveau culte au point de devenir la capitale de son dispositif autoritaire, les chrétiens n’ont pas fait de cadeaux. Les pratiques décrites ici sont dans le principe du fonctionnement fondamental de leur culte et les exemples d’applications, coloniaux notamment, sont légion. Il n’y a absolument rien ici de marginal ou d’anecdotique. Ce n’est pas à des hommes que tu as menti mais à Dieu… on croirait entendre les jérémiades totalitaristes du dernier de nos curés de village occupé. La laïcité combat ce principe autoritaire et inégalitaire et est obligée de respectueusement signaler au christianisme qu’il incorpore des éléments fondamentaux dans son fonctionnement qui le mènent directement sur la pente de l’illégalité civile.

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ISLAM. Lisons Le Coran.

32. Ne convoitez pas les faveurs dont Dieu a gratifié certains d’entre vous de préférence aux autres: une part de ce que les hommes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra; une part de ce que les femmes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra. Demandez à Dieu qu’il vous accorde sa grâce. Dieu connaît toute chose.

33. Nous avons désigné pour tous des héritiers légaux: les père et mère, les proches, et ceux auxquels vous êtes liés par un pacte. Donnez-leur la part qui doit leur revenir. —Dieu est témoin de toute chose—

34. Les hommes ont autorité sur les femmes, en vertu de la préférence que Dieu leur a accordée sur elles, et à cause des dépenses qu’ils font pour assurer leur entretien. Les femmes vertueuses sont pieuses: elles préservent dans le secret ce que Dieu préserve.

Admonestez celles dont vous craignez l’infidélité; reléguez-les dans des chambres à part et frappez-les. Mais ne leur cherchez plus querelle, si elles vous obéissent. —Dieu est élevé et grand—

(Le Coran, Sourate 4, Les femmes, verset 32 à 34, traduction D. Masson)

C’est explicite et c’est frontal. Il faut ajouter que, selon la vision de la foi coranique, le texte cité ici serait intégralement et littéralement la parole de dieu, dont le prophète Mahomet ne serait que le modeste scribe. C’est révoltant, c’est insupportable, inacceptable. Quand les musulmans se décideront à regarder leur héritage culturel avec le recul du matérialisme historique, le seul requis, le seul valable, il reliront Le Coran, notamment cette très intéressante sourate 4, Les Femmes, et y verront ce qui s’y trouve vraiment. Des dirigeants du septième siècle, en Arabie, se décarcassant pour policer et mettre de l’ordre dans les coutumes dévoyées et tumultueuses de tribus semi-nomades encore passablement hors contrôle. Quand on s’informe minimalement sur les mâles enragés que l’islam mit sur le chemin d’une civilisation durable, on regarde la sourate sur les femmes avec, en fait —et je pèse mes mots— un recul respectueux. Lisez la complètement (elle ne fait jamais qu’une petite trentaine de pages, en format livre de poche), c’est très instructif. Dire: une part de ce que les hommes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra; une part de ce que les femmes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra dans le contexte sociohistorique ouvertement phallocrate qui fut celui du saint prophète est une intervention d’une remarquable modernité. Il faut approcher la sourate 4 (comme le reste du Coran) en historien, pas en sectateur. Je vous assure qu’on sent, dans son déploiement, un effort constant pour, de fait, limiter la polygamie des peuplades pré-islamiques, pour la circonscrire en direction du marital, la policer, l’encadrer, instiller un sens de la responsabilité du couillu tribal triomphant envers son épouse et ses filles. En approchant ce texte comme un document écrit par des hommes de loi d’autrefois, dans une conjoncture radicalement contraire, on comprend que l’effort formulé ici ait eu un impact certain pour faire sortir des millions d’hommes et de femmes du Moyen-âge. Ce n’est pas pour rien que l’islam influence aujourd’hui environ un milliard et demi d’humains. Il faut voir la courbe abrupte qu’ils ont remontée et les concessions tactiques qu’ils ont du inévitablement assumer. SAUF QUE… SAUF QUE… SAUF QUE… prendre au pied de la lettre les énormités que je cite ici en leur donnant le statut de dogme religieux obligatoire devant déterminer les pratiques de la vie contemporaine, c’est purement et simplement impossible. Dieu préfère les hommes aux femmes. Si elles sont infidèles, enfermez-les et battez-les. S’il-vous-plait… La laïcité combat ce principe autoritaire et inégalitaire et est obligée de respectueusement signaler à l’islam qu’il incorpore des éléments fondamentaux dans son fonctionnement qui le mènent directement sur la pente de l’illégalité civile.

Trois exemples parmi des centaines. On pourrait en tirer d’absolument tous les textes sacrés du monde, d’orient comme d’occident. C’est que ce sont des textes vieux, datés, dépassés, déphasés, foutus. Tous, sans exception. Il n’est plus possible d’imposer l’héritage religieux au premier degré, de l’incorporer à l’existence contemporaine sans fatalement s’en distancier et le relativiser. La décence la plus élémentaire interdit de faire primer des principes archaïques aussi iniques et aussi vermoulus sur nos chartes des droits humains, si imparfaites soient-elles d’autre part. C’est immoral et révoltant. Dans le respect mais aussi dans la fermeté, il faut le dire. C’est, en fait, la chose fondamentale qu’il faut dire aux petits esprits larmoyants de toutes affiliations religieuses qui se mêlent de réclamer un primat des principes du culte sur les droits civils fondamentaux. Je me suis déjà prononcé en faveur d’une articulation entre laïcité ouverte et laïcité définie. Voici un rappel de cette articulation, la seule valable pour incorporer la richesse des contenus culturels hérités avec l’incontournable priorité du vrai respect des droits fondamentaux.

Laïcité ouverte pour toutes particularités ethnoculturelles sans conséquences juridiques effectives: vêtements, façades de temples, arbres de Noël, Menora, citrouilles d’Halloween, Ramadan, croix dans le cou, grigris, papillotes, fétiches, totems et statues, moulins à prières, turbans, voiles, hidjab, tchador, niqab, burqa, sari, brimborions et colifichets, minarets et clochers (avec cloches et crieurs inclus, sauf la nuit), yoga, occultisme, horoscope, pèlerinages, baptême collectif en piscine olympique, les chrysanthèmes du culte, en un mot.

Laïcité définie et fermement imposée as the law of the land dans le strict espace de portée juridique citoyenne: droits des femmes, droits des enfants, instruction publique, soins hospitaliers, banques, héritage, justice, vie politique et/ou politicienne, sécularisation intégrale de tous les corps administratifs, interdiction de la théocratie, prohibition du port d’armes (y compris les armes blanches…), crime organisé, code civil, code criminel, taxation, chartre des droits, les choses sérieuses du tout de la vie civile, en un mot.

Le fait que le cadre de représentation religieux dura ne garantit en rien qu’il soit éternel. Il faut désormais qu’il reste au temple et que le temple devienne un musée. Et… pour faveur, par pitié, tournons cette page déjà écrite une bonne fois et passons à autre chose.

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Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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