Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Posts Tagged ‘Paul Laurendeau’

Saumons qui dansent dans la rivière

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2022

Denis Thibault (Namun), Saumons qui dansent dans la rivière, 2019.

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Saumons qui dansez dans la rivière
Ne sous-estimez pas votre fragilité
Un harpon vous attend, sur des berges de fer
Gare aussi aux filets dorés.

Dansez saumons, sur le peu qu’il vous reste
Vivre est si timoré, être est si éphémère
Cette eau autour de vous, semble vous rendre agiles et prestes
Le danger est plus loin. Il arrive de la terre.

L’ours est bien innocent quand il croque vos chairs fines
Comment vous signaler la ville et vous narrer l’usine
Comment vous faire conclure que jamais rien ne dure
Comment vous dire cloaque, vous déclarer mercure

Tous ces saumons qui dansent dans la rivière
Ne savent rien de l’humain, ce danger tutélaire…
Dansez, saumons, dansez…
Les lendemains troublés, brouillés… sont si vite arrivés.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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La mère nourricière

Posted by Ysengrimus sur 15 avril 2022

Denis Thibault (Namun), La mère nourricière, 2019.

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La mère nourricière
Enveloppe de ses bras
Tous les petits moments
Qui picorent, comme ça
En tournant vers leur mère
Des yeux dévorateurs
Qui ne sont pas peu fiers
De les dominer, leurs peurs.

La mère a un collier
Qui tinte sous le soleil
Ses yeux rassérénés
Se disent, bon, c’est pareil…
Des humains, des oiseaux
Au fond, c’est la même chose.
Et, les bras écartés,
Elle vous garde la pose.

C’est qu’une mère nourricière
Ça ne chipote pas sur ce que ça nourrit.
Pensons-y,
Ma sœur, mon frère…

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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Le vieux couple d’outardes

Posted by Ysengrimus sur 21 mars 2022

Denis Thibault (Namun), Le vieux couple d’outardes, 2019.

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Le vieux couple d’outardes
Ne s’épivarde plus
Sur les rives, il s’attarde
Toute philosophie bue.

C’est d’avoir survécu
À tant de saisons de chasse
Et de ces hivers durs et crus
Qui vous strient la carcasse

Que ces outardes en couple
Voient mieux ce qui se joue.
C’est la vie qui leur sert de loupe
Pour distinguer les sages des fous.

Quand ce couple d’outardes
S’envolera vers son dernier soleil
Les petits vieux diront aux petites vieilles:
Notre sagesse s’envole. Regarde! Regarde!

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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PHILOSOPHIE POUR LES PENSEURS DE LA VIE ORDINAIRE (Paul Laurendeau)

Posted by Ysengrimus sur 1 mars 2022

Philosophie penseurs ordinaires

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Le développement historique n’est ni linéaire, ni ondulatoire, ni pendulaire, ni cyclique. Il avance par vastes phases, par bonds immenses et d’une manière accidentée et irréversible. Les grands changements qualitatifs s’instaurent et les progrès (reconfigurations sociales, avancées technologiques, affinements intellectuels) mettent en place des états de fait historiques radicalement nouveaux.

Une question se pose alors, inévitablement. Assiste-t-on à une détérioration ou à une amélioration des conditions historiques? Je questionne, entre autres, dans cet ouvrage, l’inadéquation du pessimisme militant. Ce dernier est une tendance velléitaire, qui ne désarme pas facilement. Il croit, en toute bonne foi, dominer l’analyse d’une situation sociologique du simple fait d’en dire du mal, sur un ton revêche ou marri. On n’échappe jamais complétement à une telle propension. Et pour faire tinter au mieux le son d’un militantisme sérieux et vachement impliqué, on s’imagine souvent qu’il faut décrier la situation qu’on combat plutôt que de la décrire. Décrier pour décrire, c’est pas fort. Et c’est là le tout de l’illusion critique que cultive justement le dénigrement, comme méthode d’analyse au rabais. Le pessimisme militant contemporain végète dans un vivier moraliste illusoire. Ses options idéologiques nous forcent à fermement soulever la question de sa pertinence de vérité. Le bougonneux social procède-t-il à une appréhension adéquate du monde? Nous sert-il une sorte d’analyse ardente qu’aurait affiné sa colère, cette version mal dominée de sa révolte ou de son affectation de révolte? Je ressens l’obligation impérative d’en douter fortement.

La prise de parti philosophique que j’avance dans cet ouvrage, au sujet du développement historique, est plutôt celle de faire progresser un optimisme militant, s’appuyant sur une description solide du factuel. Notre combat pour la vérité et l’adéquation des rapports sociaux n’est pas un baroud désespéré. Nous nous battons pour une cause parce que nous misons que cette cause l’emportera. Dans une telle dynamique, le pessimisme militant démoralise et, de ce fait, il ne sert, fondamentalement, que les adversaires de notre vision du monde. Ceux-ci, nombreux et puissants, adorent le désespoir cinglant et la panique feutrée, surtout chez ceux qu’ils cherchent à tenir en sujétion.

Le fait est que le monde s’améliore et qu’il peut s’améliorer encore. Encore mieux. Amplement mieux. En 1870, un bon 70% de la population de Londres (la capitale de l’Empire Victorien d’alors, le premier du monde) vivait sous le seuil de pauvreté. En 1914, il fut parfaitement réalisable d’envoyer des millions d’hommes à la mort pour soutenir des causes nationales dont ils ne tiraient personnellement pas grand-chose, ni pour eux, ni pour leurs enfants. Et ces derniers rempilèrent en 1939. Et on faillit rempiler une troisième fois en 1962, pendant la Guerre Froide, mais une sorte de grand freinage planétaire eut alors lieu. Et je doute fortement qu’on rempilerait aujourd’hui… car l’histoire c’est pas seulement le développement des masses, c’est aussi une mémoire collective. C’est à cela aussi que le philosophe doit penser, quand il pense.

Or justement, on a trop voulu que la philosophie soit une affaire de spécialistes. Cela l’a rendue suspecte de deux façons. Suspecte premièrement, parce que le penseur et la penseuse ordinaires se sont dit que la philosophie ce n’était pas pour eux et ils ont graduellement abandonné l’idée qu’ils étaient, eux aussi, les générateurs de grandes notions cruciales. Suspecte deuxièmement, parce que cette philosophie soi-disant pour spécialistes s’est avérée être ce qu’elle est véritablement, au fond, une force subversive et critique de grande portée qu’on préfère enfermer soigneusement dans les académies plutôt que de la laisser enflammer et éclairer les masses de sa vision et de sa lumière.

En réalité, la philosophie est partout. Nous la pratiquons tous et la mobilisons aussi souvent que nous réfléchissons sur un problème, petit ou grand. Nous recherchons tous le déterminant, le fondamental, le généralisable, la vérité. Mais, les choses de la division du travail intellectuel étant ce qu’elles sont, en notre petit monde social, on se retrouve ni plus ni moins que des sortes de Monsieur Jourdains de la pensée générale: on fait de la philosophie sans le savoir.

Mon objectif, dans cet ouvrage, est de parler de tout cela, ouvertement. J’aspire ainsi à promouvoir une rationalité méthodique, ordinaire, usuelle, pas trop compliquée, pas trop spécialisée, honnête, directe, sans trucage… et qui est déjà bien présente en nous. Observer philosophiquement le monde, c’est mobiliser un type particulier d’abstraction intermédiaire. Il ne faut pas rester trop concret mais il ne faut pas devenir trop général non plus. Il faut se tenir tout juste à bonne distance du réel qu’on entend appréhender. Juste assez haut pour produire des généralisations cohérentes et juste assez bas pour retourner au concret et solidement engager l’action que la pensée appelle et encadre. Abstraction intermédiaire. C’est là quelque chose qui se dose et qui se dégage, au fil des observations, des réflexions et des conversations qui nous définissent.

Cet ouvrage cultive, le plus simplement possible, la forte propension philosophique qui est celles des penseurs et des penseuses de la vie ordinaire. C’est aussi un propos qui assume très explicitement ses prises de parti. La philosophie n’est jamais neutre. Je ne suis pas un penseur désincarné, falot et blême. Je suis avec les philosophes modernes plus qu’avec les philosophes antiques ou médiévaux. Je suis avec les philosophes progressistes plus qu’avec les philosophes réactionnaires. Je suis avec les philosophes matérialistes plus qu’avec les philosophes idéalistes. Je suis avec la Raison plus qu’avec la Mystique, avec la Maïeutique plus qu’avec la Didactique. Je ne suis que le modeste organisateur de courants de pensée qui sont le lot commun de segments importants d‘hommes et de femmes de la société contemporaine.

Aujourd’hui, les gens veulent vivre. Ils veulent que leurs jeunes enfants et leurs vieux parents se portent bien. Les gens veulent que la richesse se répartisse adéquatement, que les pays émergents se stabilisent, que l’eau potable humecte toutes les lèvres, que le sabotage climatique cesse, et que les injustices, les extorsions, les agiotages, les abus de pouvoir de tous tonneaux prennent fin. Aussi, s’il y a indubitablement lieu de questionner l’honnêteté de certains privilégiés, il est peu pertinent de douter de la bonne foi collective. Les masses tendent vers des configurations sociales optimales. Et, comme elles ne se donnent que les problèmes qu’elles peuvent régler, celui desdites configurations sociales optimales aussi, elles le règleront. En temps et heure.

Il faut refaire la vie et un jour viendra.

Paul Laurendeau, PHILOSOPHIE POUR LES PENSEURS DE LA VIE ORDINAIRE, chez ÉLP éditeur, 2021, formats ePub, Mobi, papier.

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La jolie dame aux papillons

Posted by Ysengrimus sur 15 février 2022

Denis Thibault (Namun), La jolie dame aux papillons, 2019.

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La jolie dame aux papillons
Scrute son horizon qui danse
Et qui tournoie, lisse, furibond
Sous le ciel et dans mes stances.

Trois papillons la couronnent
Et lui instillent leur harmonie
La jolie dame s’en étonne
Son regard pétille et luit.

Et elle s’emmitoufle la taille
D’une longue couverte polychrome
Dans sa main, un éventail
Répond aux insectes. Le dôme

De la lune sur l’horizon
Enveloppe la dame et ses papillons
D’un halo luminescent
Sage, et fou, et transcendant.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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Le grand canot légendaire

Posted by Ysengrimus sur 21 janvier 2022

Denis Thibault (Namun), Le grand canot légendaire, 2019.

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Oh, le grand canot légendaire
Transporte mes sœurs et mes frères.
Ils caracolent sur les eaux
Ils sont humains et animaux.

Ils vivent pourtant dans le même monde
Cette carcasse d’étrave oblongue
L’ours et le lapin se côtoient
Le poisson de chair touche le poisson de bois.

Et sous cette lune qui sent si bon
Ils regardent tous dans la même direction
Les castors, les humains, les wapitis
Les petits oiseaux du nord, et l’ours aussi.

Admettons-le, il y a de quoi être assez fier
Qu’en cette rivière des harmonies
Histoire et Nature cogitent et s’associent
Dans une sorte de grand canot légendaire.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Gong

Posted by Ysengrimus sur 21 décembre 2021

Gong
Monstre
Trombe
Fronce
Le sourcil
Gong
Sans merci.
Guerre.

Bonne
Blonde
Tombe
L’homme
Claquement des chairs
Gong
D’or et de fer.
Terre.

Mort
Morne
Tombe
Ronde
Choc des époques
Gong
De qui on se moque.
Verre.

Bonne
Blonde
Tombe
Ronde
Cadavre exquis
Gong
Bonsoir merci.
Nerf.

Fronce le sourcil
Gong
Choc des époques
Gong
De qui on se moque.
Gong
Cadavre exquis
Gong.

Soucis
Vie
De qui on rit
Gong.
Émeri
Envie
C’est fini
Gong.

(reprises ad lib, notamment à plusieurs voix et en canon)

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Le festin

Posted by Ysengrimus sur 15 décembre 2021

Denis Thibault (Namun), Le festin, 2019.

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Le festin qui s’annonce ne s’oubliera pas
Il sera bien plus dense qu’un simple repas.
Il nous verra marcher sur la racine des choses
Il sera la rencontre qui se donne et qui ose.

L’ours jouera du tambour. Le caribou danseur
Grimpera dans un arbre. Et mon frère, et ma sœur
Se joindront au gueuleton. Les oiseaux, en un cri
Annonceront cette vieille union de la matière et de l’esprit.

Le festin qui s’annonce et danse et se déhanche
Nous regroupe près de l’arbre, sous le toit de ses branches.
Humains et animaux, ici, ont bien compris
Que le banquet des temps ne se vit qu’entre amis.

Archaïque est la fête qui n’a pas sa pareille
Pour concilier ainsi les bouches et les oreilles.
Humains et animaux vont rire et ondoyer
Ils ont enfin compris comme il faut festoyer.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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LOTUS — POÉSIE ÉROTIQUE PASSIONNELLE (Claude Bolduc et Paul Laurendeau)

Posted by Ysengrimus sur 1 décembre 2021

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J’avais écrit, il y a de cela quelques années, un recueil de cinquante poèmes érotiques, très explicites, très crus et très assumés, inspirés par des moments intimes sublimement intenses, vécus allègrement en compagnie d’un certain nombre de personnes parfaitement merveilleuses, dont nous garderons discrètement l’identité sous le dense boisseau de l’anonymat le plus opaque. Le temps passait sur les ardeurs mais pas sur les mémoires. Et j’avais toujours ces cinquante poèmes sur la conscience et dans le cœur. Ils percolaient, avec leur impudence de toujours, dans mon ordinateur, depuis ces quelques lustres, et je n’avais pas trouvé moyen de leur faire prendre un envol adéquat. Pour le coup, je ne savais plus trop quoi faire de ce charmant brûlot sensuel. Je ne voulais pas publier ces poèmes, très explicites et très torrides donc, à l’intérieur d’un recueil plus large. C’est que, généralement, mes recueils de poésie sans images font cent-cinquante poèmes (habituellement trois sous-recueils de cinquante poèmes chacun) et cela me permet de cultiver certains mélanges de thèmes. Selon mon approche habituelle, le recueil LOTUS se serait donc retrouvé en compagnie de deux autres sous-recueils traitant de sujets non-érotiques. Je ne voulais absolument pas publier ces textes comme ça, tout simplement parce que je n’aime pas passer la poésie érotique en contrebande, camouflée parmi des sujets moins sensibles ou plus anodins.

Il faut comprendre que l’expression érotique n’est pas une chose qu’on dissimule ou qu’on esquive. La poésie érotique, tout comme le roman érotique et le conte érotique, ce n’est pas, non plus, quelque chose que l’on faufile, en catimini, en douce, comme en passant, en donnant l’impression que c’est pas si sensible. Mes menues aventures dans la république des lettres me prouvent que quand on écrit érotique, il faut s’annoncer érotique, explicitement et sans esquive. Il faut faire comme ça et pas autrement tout simplement parce qu’il est très important que les lecteurs et les lectrices puissent s’approcher de ce genre de corpus très spécifique seulement s’ils en ont envie. Il n’est ni utile ni plaisant de prendre les lecteurs et les lectrices au piège de l’écriture érotique. Il faut montrer le drapeau, annoncer les couleurs, sonner le tocsin, au sujet de ce merveilleux genre qui, de plusieurs points de vue, est tout à fait à part. La chose est sensible et on n’abuse vraiment pas de la formule pour public averti, en la commentant. Le problème de la pornographie nous accompagne aussi, fatalement, quand on touche ce genre de question. Je me suis prononcé, sur mon carnet, au sujet de la distinction entre pornographie et érotisme. Cette prise de position philosophique m’anime pleinement, au moment de publier ces textes. On me retrouve donc, serein mais pantois, avec ces textes adorables sur les bras. Je les aime profondément. Je ne sais pas trop quoi en faire. Je les garde près de moi, les serrant contre mon sein palpitant, en attendant, pour eux et pour la sublime Lotus, la venue d’une saison plus clémente, plus chaude.

C’est alors qu’en 2018-2019, j’ai eu le plaisir et l’honneur de travailler en équipe avec le peintre eustachois Claude Bolduc sur l’ouvrage de pictopoésie Rencontre onirique, paru en 2019. Lors de la mise en forme collective de ce premier opus, j’ai été frappé par la force érotique du travail pictural de Bolduc, qui s’exprime dans l’idiome artistique de l’Art Singulier. Claude Bolduc arrive à intégrer, très intimement et très profondément, la dimension sensuelle et sexuelle dans ses tableaux et ses dessins. L’éros s’y déploie d’une façon particulièrement puissante, vive, articulée et maîtrisée. D’autre part, le peintre Bolduc mobilise un univers extrêmement idiosyncrasique. Aussi, initialement, j’étais sous l’impression, d’ailleurs hautement déformante, que ce peintre était strictement ceinturé dans ses hantises, que la capsule de son imaginaire était un dôme isolant, autonome et imprenable. Je présumais donc qu’il lui serait difficile de s’ouvrir au monde tellurique d’un autre mode d’expression… alors que je l’avais, moi-même, si bien fait, en écrivant de solides poèmes à partir de ses tableaux. Erreur biscornue et maldonne clopinante. Tout au contraire, à ma grande joie, Claude Bolduc a réagi de façon très enthousiaste lorsque je lui ai soumis le recueil de poésie érotique LOTUS et que je lui ai poliment demandé de bien vouloir accepter, si c’était pas un effet de son immense bonté, de jouer les illustrateurs libres et fous, pour cette petite tempête des passions mâles. Notre monstre visuel, débordant et précis, a promptement associé à mes textes cinquante dessins magnifiques (trente-huit originaux et douze tirés de son imposant corpus antérieur). Ces cinquante œuvres en noir et blanc sont d’une force remarquable et d’une majesté somptuaire.

C’est cet opus que nous vous proposons aujourd’hui. Cinquante dessins en noir et blanc sur cinquante poèmes érotiques exprimant explosivement, et sans détours, le tout de l’amour, de l’ardeur et de la passion masculine, lorsque la femme qu’on aime culmine intensément en nous. Une amie intime de Lotus, à la plume acérée, Virginie Lavertue, signe une préface magistrale. Deux textes érotiques en prose, bien explicites et bien lascifs, qui sont aussi de votre humble serviteur, ouvrent ensuite la marche. Suivent les dessins et les poèmes. Vive la parole, vive la pulsion d’amour, vive éros, et vive le dense et capiteux tressaillement empirique que suscite en notre carcasse chenue et sur nos lèvres tremblantes la merveilleuse et capiteuse fleur de lotus, dans sa version tant textuelle que visuelle.

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Claude Bolduc et Paul Laurendeau, LOTUS poésie érotique passionnelle, Claude Bolduc éditeur, in-plano sur papier glacé, 120 pages.

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Fleur des bois, porteuse de légendes

Posted by Ysengrimus sur 15 novembre 2021

Denis Thibault (Namun), Fleur des bois, porteuse de légendes, 2019.

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Fleur des bois
Tu es porteuse de légendes
Que le soleil déploie ses apparats
Ou bien qu’il gèle à pierre fendre.
Tu veilles, Fleur des bois
Tu te racontes, porteuse de légendes.

Fleur des bois
Tu es l’amie des animaux
La cousine synthèse des oiseaux
La dépositaire des poissons
Qui pullulent par nations
Dans tes lacs, tes ciels, tes pourquoi…

Fleur des bois
Tu es aussi porteuse du danger des légendes
Dis-nous… mais dis-nous qu’elle ne disparaîtra pas
Toute cette faune sémillante
Qui frémit tout autour de toi.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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