Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

À propos de la récente vague anti-conservatrice au Québec qui en a surpris plus d’un – un petit souvenir littéraire datant de 1918…

Posted by Ysengrimus sur 1 août 2011

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En respectueux hommage à monsieur JOHN GILBERT «Jack» LAYTON (1950-2011), chef du Nouveau Parti Démocratique (centre-gauche) lors de la campagne électorale fédérale canadienne de 2011, et dont la lutte déterminée et courageuse contre le cancer a tenu ses compatriotes, de toutes allégeances politique, en haleine jusqu’à son dénouement révoltant et tragique.

Il faut continuer de traquer les causes ordinaires (domestiques et industrielles) de cette maladie dénaturée, aux étranges caractéristiques sociologiques, et vraiment trop banale dans la vie sociale contemporaine…

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Aux élections fédérales canadiennes de 2011, les Québécois ont massivement voté, virtuellement seuls contre tous, pour le petit parti de centre-gauche de service. Nos folliculaires, faux savants sociologiques s’il en fut, réacs jusqu’aux trognons, et toujours hautement prompts à servir leurs maitres, ont pris de grands airs surpris, fendants, condescendants et hautement contris de constater tant de rigueur politique chez nos petits compatriotes (qu’on prend si souvent pour des gogos et des vive-la-joie manquant de sens civique et de vision sociale – grossière erreur). On s’étonna donc niaiseusement, dans la presse, de voir se manifester une si nette et ferme sensibilité de centre-gauche au Québec (confirmée ensuite par de nombreux sondages post-électoraux qui finirent par faire taire les sarcasmes et les rires jaunes des feuiles et cyber-feuilles, tout aussi jaunes). Et pourtant notre bel héritage historique si folklo et si gentil-gentil ne manque pas d’avoir laissé, sur la question, son solide et profond lot d’indices criants. J’en veux pour exemple unique, retenu ici pour sa haute qualité symbolique, cette remarquable évocation de la tumultueuse élection fédérale canadienne de 1891, dans le roman (au réalisme fort, ferme, solidement informé et indubitablement fiable) La Scouine d’Albert Laberge (1871-1960), publié, dans sa version définitive, en 1918.

Chahut électoral dans le Canada du 19ième siècle

C’ÉTAIT  jour d’élections. Les Bleus et les Rouges se disputaient le pouvoir et la population était divisée en deux camps absolument tranchés. Tous les anglais sans exception étaient conservateurs, tandis que la grande majorité des canadiens-français était libérale. Déjà, il y avait eu des bagarres aux assemblées politiques et l’on appréhendait des troubles sérieux autour des bureaux de votation. Des animosités de race fermentaient, menaçaient d’éclater. Cependant, comme la Saint-Michel, date des paiements, approchait, les fermiers n’oubliaient pas les affaires. Certes, ils iraient voter, mais ils profiteraient de l’occasion pour vendre un voyage de grain, d’autant plus que Robillard avait entrepris de charger une barge d’orge et qu’il la payait quatre chelins le minot.

Dès le matin, à bonne heure, ce fut sur toutes les routes conduisant au chef-lieu du comté une longue procession de wagons remplis de sacs de toile, bien propres, bien blancs, cordés avec soin. Chacun allait vendre son orge.

Les anglais tenaient évidemment à voter tôt, car dès huit heures ils se rendaient déjà au village. Deschamps qui comptait avoir quinze cents minots de grain cet automne-là, n’avait pu terminer son battage la veille comme il l’espérait. Il tenait absolument à le finir cependant, et cette besogne lui prit une partie de l’avant-midi. Après le dîner, il partit donc avec une quinzaine de poches dans sa charrette.

Sur la route de glaise, dure comme du ciment, bordée de trèfles d’odeur, de verges d’or et d’herbe Saint-Jean, son petit cheval bai marchait d’un pas régulier et, sur son dos, luisaient les têtes dorées des clous du harnais.

Deschamps alla livrer son orge chez Robillard. Là, il apprit que les Anglais s’étaient emparés du poll et en défendaient l’approche à leurs adversaires. Cette nouvelle n’était pas pour intimider Deschamps qui était un rude batailleur. Il attacha son cheval à la porte d’un vaste hangar en pierre, où il se trouvait à l’ombre, et partit vers la salle du marché public. En approchant, il constata que les Anglais avaient bien pris leurs mesures. Ils avaient disposé leurs voitures en rectangle autour de l’édifice et n’avaient laissé qu’un étroit passage libre qu’ils surveillaient. Cette tactique en avait imposé, et peu de Rouges s’étaient aventurés dans le voisinage de cette forteresse. Les audacieux qui avaient tenté de s’approcher avaient reçu un mauvais accueil. Justement, Deschamps se heurta à Bagon venu au village pour voter. Le Coupeur s’était endimanché, avait mis son haut de forme et le surtout de drap qui lui avait servi lors de son mariage. Malheureusement, il avait fait la rencontre de quelques Anglais et l’un d’eux, lui avait, d’un coup de fouet, coupé son tuyau en deux. Les compères avaient continué leur route en riant aux éclats de la bonne farce. Ce récit ne fit qu’aiguillonner Deschamps qui se dirigea d’un pas plus rapide vers l’ennemi. Trois grands gaillards, postés en sentinelle, gardaient le passage conduisant au bureau de votation. Comme Deschamps s’approchait, ces braves se mirent à ricaner et le plus gros de la bande l’apostropha d’un:

– Que veux-tu maudite soupe aux pois?

Un formidable coup de poing à la mâchoire fut la réponse de Deschamps. L’Anglais s’affaissa comme une masse. Les deux autres se ruèrent sur le Canadien, mais le premier reçut dans le bas ventre une botte si rudement poussée qu’il roula sur le sol en faisant entendre un affreux gémissement et en se tordant. Le troisième cependant, un Irlandais d’une malpropreté repoussante, aux mains couvertes de verrues, avait saisi Deschamps à la gorge et tentait de l’étouffer. Le Canadien se défendait avec énergie et parvint à faire lâcher prise à son antagoniste. Une lutte corps à corps s’engagea alors entre les deux hommes. Un croc-en-jambe habilement appliqué fit perdre l’équilibre à l’Irlandais qui s’abattit. Saisissant une poignée de foin qui traînait par terre, Deschamps tenta de le faire manger à son ennemi vaincu, mais celui-ci lui mordit férocement un doigt. Dans sa rage, Deschamps ramassa une boulette de crottin frais, et la fit avaler à l’Irlandais, lui cassant par la même occasion une demi-douzaine de dents.

Deschamps put croire à ce moment qu’un mur de briques s’écroulait sur lui, car une dizaine d’Anglais s’étaient précipités sur le Canadien et le démolissaient avec leurs poings et leurs pieds. C’étaient une grêle de coups. Deschamps était absolument sans défense. On ne sait trop ce qui serait arrivé, si l’un des agresseurs n’eût tout à coup commandé aux autres de s’arrêter. On lui obéit. En quelques mots, il exposa son idée, puis il s’éloigna. Au bout d’une minute, il revint avec une charrette. Alors tandis que quatre ou cinq de la bande, maintenaient Deschamps, un autre lui passa un câble au cou et attacha l’autre extrémité au chariot. Les anglais sautèrent dans la voiture puis le chef fouetta le cheval qui partit au grand trot, traînant Deschamps derrière le char comme un animal que l’on conduit à l’abattoir. Criant à tue-tête, braillant, hurlant, vociférant, les Bleus et leur burlesque équipage parcouraient les rues, semant l’épouvante. Moulu, essoufflé, nu-tête, la figure tuméfiée et sanglante, les côtes, les jambes et les reins meurtris, Deschamps courait derrière la charrette, butant contre les pierres et écumant de rage impuissante. La voiture fit ainsi le tour du village sans que personne osât intervenir, tellement la population était terrorisée. Finalement, elle prit le chemin de la campagne. Elle fit encore un bon mille, puis comme Deschamps râlait, à moitié étouffé, le chef détacha le câble et le jeta sur l’épaule de Deschamps.

– Garde-le comme souvenir, dit-il, et s’éloigna avec ses compagnons.

Les Bleus avaient triomphé ce jour-là.

Albert, Laberge, La Scouine, Éditions Quinze, collection Présence, 1980 (publié initialement en 1918), chapitre XIX, pp 69-72 (cité depuis l’ouvrage papier).

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Alors pas de panique, là, hein. L’analogie que j’établis ici ne vise aucunement à recentrer la réflexion politicienne contemporaine sur les bagarres inter-ethniques d’autrefois (les animosités de race), aussi sidérantes et révélatrices qu’elles puissent être. Après tout, Jack Layton, le chef du ci-devant Nouveau Parti Démocratique (la petite formation de centre-gauche dont je parle ici) et son lieutenant québécois Thomas Mulcair sont eux-mêmes des anglophones. Le parallèle historique que j’établis ici doit s’assortir de la plus explicite des invitations à une saine prudence transposante au sein de la jubilation métaphorico-réminescente. Il n’y a plus grand-chose d’«ethnique» ou de «racial» dans tout ceci, au jour d’aujourd’hui. Les Québécois le prouvent justement magistralement, en donnant leur vote à un parti anglophone et fédéraliste, si ce parti anglophone et fédéraliste véhicule (au mieux) ou semble véhiculer (au pire) les valeurs sociales socialisantes auxquelles les Québécois s’identifient de longue date. Indubitablement, en 2011, les Québécois n’ont pas voté à la bouille d’anglos mais au programme. Depuis l’aggravation fatale, subite, tragique et inattendue, du cancer de Jack Layton, nos chers médias, biaiseux, sciemment vendus, et qui font flûtes de tous bois, cherchent maintenant ouvertement à imputer la victoire du centre-gauche à quelque mystérieuse popularité individuelle (temporaire et superficielle) du bon Jack au Québec. Pur mensonge de faussaires simplistes, droitiers et biaisés, que cette fadaise du succès de sympathie personnelle, flatulente et nonchalante, que l’on voudrait donc vouée à miraculeusement décliner parallèlement à la santé du malheureux «chef charismatique». Il faut le dire et le redire ici, dans notre jargon politicien s’il le faut, pour se faire comprendre: aux élections fédérales de 2011, les Québécois n’ont pas voté l’homme mais le parti. Et qui plus est, ils l’ont fait dans la plus pure perspective du Situationnisme Patapoliticiste

Ceci dit, le problème avec ces bons messieurs Layton et Mulcair, ce n’est donc pas qu’ils sont anglophones (ils parlent d’ailleurs tous les deux un très bon français et se communiquent aux Québécois dans cette langue avec un efficace indéniable). Le problème, terriblement classique, avec ces messieurs Layton et Mulcair, c’est, plus simplement, plus prosaïquement, qu’ils sont, eux aussi, des politiciens de petite politique politicienne. Le Québec leur sert maintenant de plate-forme temporaire d’opposition. Pour s’emparer du pouvoir au niveau pan-canadien, ils doivent maintenant se gagner les verres de lait avec une fraise dans le fond du ROC, plus conformistes, friqués, ricanisés, crispés, caillés, bourgeois, puant le conservatisme mouton de toutes leurs pores. Messieurs Layton et Mulcair vont donc devoir se mettre à ratisser sur leur droite (Obama, qui est pas mal plus pesant qu’eux, le fait sans scrupule aucun. Ils n’y couperont donc pas). S’ils ratent cette entourloupante manœuvre de ratissage à droite, leurs principaux électeurs du moment, les Québécois, resteront isolés dans leur petit coin, avec leur petite social-démocratie de papier, goualante et inopérante, de parti d’opposition sans audience parlementaire effective. Si le ci-devant NDP/NPD réussit son grand ratissage à droite, il réussira aussi alors à prendre le pouvoir, sur une base électorale majoritairement ROC-réac, et, là, bien, c’est encore Urgèle Deschamps qui va se prendre tous les coups de cordes à nœuds sur le dos et qui, essoufflé, désespéré, désillusionné, va courir de par tout le village, le cou solidement lié à la charrette de ses chefs, en caucus et au parlement. Je ne vois vraiment pas comment les choses pourraient évoluer autrement que dans le sens d’une des deux possibilités évoquées ici: marginalisation ou droitisation. Le diable réac ROC ne va pas subitement se faire social-démocrate-ermite. Dilemme, Dilemme… En plus, pour le moment, on est bien loin d’y être encore, audit dilemme, car pour le moment, tout simplement. la tragi-comédie politicienne se rejoue. Les Bleus avaient triomphé ce jour-là. Ce sont effectivement les Bleus de l’Ouest et de l’Ontario qui tiennent solidement le pouvoir fédéral, depuis l’élection de 2011 (notre petit parti de centre-gauche est en orange).

Les sables bitumineux de l’Athabasca. Une surface de pollution durement durable, vaste comme l’Angleterre. Le symbole suprême du nouveau conservatisme canadien…

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Le fond de l’affaire reste donc que les Bleus, en 2011 (110 ans après les Bleus en fait agonisants de 1891), ont effectivement triomphé dans le ROC. Aussi, après avoir flaubé onze (11) milliards de dollars en Afghanistan, à jouer à la gué-guerre de théâtre de toc, ils préparent maintenant des contrats militaires pharaoniques, totalisant trente-trois (33) milliards de dollars, tandis que les services hospitaliers s’enlisent et les infrastructures routières s’effondrent. Ils sont aussi à se mitonner une petite campagne de pube pour revaloriser la surface de pollution vouée à une durée multi-centenaire (sur un territoire vaste comme l’Angleterre) qu’ils perpétuent en Athabasca (Alberta), pour extirper le pétrole difficile d’accès des sables bitumineux, qu’ils livrent ensuite à leurs bons maitres US. Que veux-tu maudite soupe aux pois? Ben, que cette gabegie meurtrière cesse, quoi… J’ai voté en conséquence mais, bon, comme d’habitude, ce n’est pas suffisant… Il faut croire que le fond véreux et minable de nos pratiques politiciennes de type Westminster a gardé quelque chose de la dérisoire et hargneuse futilité campagnarde de 1891, dans un pays et un monde ou les enjeux de ce genre de manipes électoralistes brutales et sordides sont amplement plus écologiquement dangereux et sociologiquement dommageables.

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16 Réponses to “À propos de la récente vague anti-conservatrice au Québec qui en a surpris plus d’un – un petit souvenir littéraire datant de 1918…”

  1. ysengrimus said

    En guise de post-scriptum: Bravo Laurin Liu et ne basculez pas trop vite à droite…

    Les Québécois n’on pas voté l’homme mais son parti, non pas le parti mais ses valeurs sociales. Un seul exemple (mais hautement représentatif de ce que fut le 2011 électoral). Mon fils de vingt ans, Tibert-le-chat, ma femme et moi avons voté NPD dans Rivière des Mille-Iles (Reinardus-le-goupil ne pouvait pas encore voter). Et pas par «protestation» ou fascination pour le «chef charismatique». s’il vous plait. Par simple et pure conviction (vote utile: on a pris ce qui se tenait le plus à gauche du camembert sans dégouliner dans l’anecdotique). On a voté le parti, par-dessus la petite politique de chapelle. On a coché à côté de ce beau nom exotique dont on n’avait même pas vu le visage (aucune affiche dans le comté – on vous prenait pour un homme!).

    Le lendemain nous avons découvert avec une stupéfaction réjouie que nous venions de faire rentrer sur la Terre des Patriotes une femme, de souche asiatique, de l’age de Tibert-le-chat, étudiante à l’université McGill en études culturelles et études islamiques. Elle parle français comme son chef Layton. Elle représente le renouveau par tous les embouts! Bravo Laurin Liu. Vous incarnez la modernité mondiale, le Québec et le Canada contemporains, généreux, progressistes, ouverts, ardents. Vous êtes ma députée fédérale et, laissez-moi vous dire qu’il y a belle lurette que je n’avais pas eu autant le sentiment d’avoir gagné mes épaulettes.

    Bon courage dans l’opposition officielle. C’est qu’il faut abattre l’hydre réactionnaire bleue blême, maintenant. Vous avez tout notre appui. Pour faveur, ne basculez pas trop vite à droite…

  2. Tourelou said

    En parlant de pois, poids …

    «Nous avons deux poids et deux mesures: nous approuvons, pour une idée, un système, un intérêt, un homme, ce que nous blâmons pour une autre idée, un autre système, un autre intérêt, un autre homme.»
    Chateaubriand – Mémoires d’outre-tombe

    J’ai aussi cherché d’où provenait cette expression Canadian pea soup que vous avez traduit dans votre texte mais cette expression est connue surtout en anglais puisque ce sont les Canadiens anglais qui s’amusaient à nommer ainsi les Canadiens-français. La définition semble nous ramener dans tous les cas à la soupe riche et soutenante appelée aussi soupe des paysans par notre non moins célèbre Maria Chapdelaine. D’ailleurs la compagnie Habitant a eu ce souci dans la traduction…. c’est assez amusant.

    http://www.protegez-vous.ca/sante-et-alimentation/french-canadian-pea-soup.html

    et bon courage à Jack qui a fait le poids dans la course électorale orange.

    [Noter que la traduction française de l’expression est ici d’Albert Laberge et remonte donc (au moins) à son ouvrage de 1918… – Ysengrimus]

  3. Le Boulé du Village said

    Ysengrim,
    L’absence d’un NPD provincial québécois pourrait-elle être une facteur ici?

    [Oh, oh, très bien vu, le Boulé. On note effectivement que, pour des raisons historiques que tu connais aussi bien que moi, le NPD n’a pas encore eu l’occasion de se salir et de se droitiser au Québec, au palier national/provincial (d’autres formations, à saveur moins anglo, ayant occupé, avec des pertinences fort diverses, la coche centre-gauche, chez nos compatriotes fleurdelisés). Ce n’est pas du tout le cas en Ontario et dans l’Ouest, où le NPD apparaît, depuis un baille, comme un Parti Travailliste provincial de calibre socio-politique fort moyen, parfaitement apte à grenouiller et à se commettre avec la bourgeoisie, une fois élu aux commandes (ever heard of a certain Bob Rae and his so-called social contract, in Ontario?). Cette dimension virginale, locale, du NPD a certainement miroité aux yeux des Québécois et contribue indubitablement à l’effet électoral 2011. Pas mal plus que le charisme des chef, je dirais, même… – Ysengrimus]

  4. Le Gaïagénaire said

    Quel beau texte. Comme de la musique, plein de dièses, de bémols, de quadruple croches, de points d’orgue. Quel talent.

    « Il faut le dire et le redire ici, dans notre jargon politicien s’il le faut, pour se faire comprendre: aux élections fédérales de 2011, les Québécois n’ont pas voté l’homme mais le parti. »

    Votre analyse me semble juste. J’ai voté par anticipation. Alors que je faisais la queue, j’ai demandé à haute voix si quelqu’un connaissait le candidat NPD: zéro réponse, même pas un contact visuel… Notre parangon de droiture avait donné le signal du virage, dénonçant le Vaillancourt maire de Laval et quittant le navire à l’annonce des élections: Me Serge Ménard.

    Pour revenir à votre symbolique « Urgèle Deschamps », c’est justement pour esquiver ce traitement, qui se prépare depuis Durham, que le bon peuple, voyant venir « Harpeur » comme un tracteur dans le champs de blé d’inde, s’il votait Bloc, a placé les « CANADIANS » face à face: Wigs vs Tories. Absent le bouc émissaire, la conscience empêcheuse de tourner l’Économie en rond. Pour paraphraser l’humoriste Michel Anctil: « C’est qui le fou, hein! »

    Je ne peux terminer mon petit laïus sans référer à votre introduction qui signale implicitement la similitude avec la « punition » de Lucien Bouchard et « Jack ». Vous utilisez le terme « dénaturée » et vous avez bien raison. En effet, n’est-ce pas être dénaturé que de se battre contre soi-même… ou SON cancer. Pollution des esprits, de nos organismes, de l’Athabasca, de l’eau, de l’espace. C’est un tout. Est-ce une « tumeur » ou un simple transfert d’atomes?

  5. Jacqueline Reynolds said

    I am a proud resident of Mount Pearl, Newfoundland (aka, the Rock – not ever to be confused with the ROC) where, on May 2, 2011, for the first time ever, my compatriots and I elected two NDP candidates to be our representatives in the House of Commons. In predictable fashion, the media failed to seize upon the fundamental significance of this result and, instead, went immediately to work on digging up the « separatist past » of one of the newly minted NDP MPs, Ryan Cleary (St-John’s South-Mount Pearl) http://www2.macleans.ca/2011/05/13/the-wild-card/

    On the far more significant matter of pea soup, well, my son, we may have on our hands here a debate not dissimilar to that concerning the rightful ownership of Churchill Falls, as every proud newfoundlander will stand up and roar at the top of his lungs that his nanny’s pea soup and dumplings are not only the best but, moreover, are as fundamental to his identity and the very beating of his heart as the salt sea, the pine-clad hills and the cod fish.

    Indeed, our two people’s similarities run deep

    The Anti-Confederation Song (approx. 1869)

    Ye brave Newfoundlanders who plough the salt sea,
    With hearts like the Eagle so bold and so free,
    The time is at hand when we’ll have to say
    If Confederation will carry the day.

    Men, hurrah for our own native Isle, Newfoundland,
    Not a stranger shall hold one inch of her strand;
    Her face turns to Britain, her Back to the Gulf,
    Come near at your peril, Canadian Wolf!

    Cheap tea and molasses they say they will give,
    All taxes taken off that the poor man may live –
    Cheap nails and cheap lumber, our coffins to make,
    And homespun to mend our old clothes when they break.

    If they take off all taxes, how then will they meet
    The heavy expenses on Army and fleet?
    Just give them the chance to get into the scrap,
    They’ll show you the trick with pen, ink and red tape.

    Would you barter the right that your fathers have won?
    No! let them descend from father to son.
    For a few thousand dollars Canadian gold
    Don’t let it be said that our birthright was sold

    [Jacqueline jette pour nous une lumière fort intéressante sur le salissage «séparatiste» d’un député de notre cher petit parti de centre-gauche, mais… sur Terre-Neuve, ici. C’est d’autant plus piquant qu’on est en train de faire le même coup minable à Madame Nycole Turmel, l’intérim qui a du remplacer Jack Layton en catastrophe à la chefferie du NDP/NPD. On lui met maintenant sous le nez son passé d’ex-membre du Bloc Québécois, formation fédérale de tendance centre, mais souverainiste (et agonisante) et de Québec Solidaire, formation de centre-gauche provinciale, elle aussi souverainiste (et émergente). Ces ordures de fédérastes te sortent toujours la même saloperie. Tu as le droit de dire ce que tu veux, gnangnangnan, c’est le Canada, terre de liberté… sauf que dire que Terre-Neuve ou le Québec auraient droit à leur indépendance, ben… là… faut pas dire. Nos fédérastes commencent à avoir un style pas mal ricain bon teint T’AS DIT CACA, dans l’art de fermer impunément les gueules contestataires. Noter aussi la proximité, toute canadienne encore, entre centre, centre-gauche et autonomisme provincial (ou nationalisme, chez les québécois). Toujours le ahanement d’Urgèle Deschamps, ligoté derrière la charrette de ses maîtres… – Ysengrimus]

    • Le Gaïagénaire said

      Chère Jacqueline,

      « Indeed, our two people’s similarities run deep » En effet. Dans les cimetières de la « Rock », il y a des pierres tombales qui portent mon rare nom de famille.

      Il me semble que l’Union des deux Provinces sous un nouveau nom de pays ferait en sorte que Terre-Neuve retrouverait sa Chuchill Falls et Québec son Labrador: il y aurait beaucoup d’électricité dans l’air, et cela sans parler de « Old Harry » etc, etc.

      C’est de l’espoir ça, Jimidi et Ysengrimus, non ?

  6. jimidi said

    Dis donc, dis donc! Y’a pas beaucoup d’espoir, là-dedans!

    [Oh tout plein d’espoir, mon Jimidi… simplement ailleurs que dans le gabarit vermoulu de la politique politicienne. C’est dans le temps de La Scouine qu’on investissait encore tout son espoir dans les cabanes de scrutin. Ya qu’a contempler la bouille-passion des gros bourgeois bastonneurs de mon illustration… Ysengrimus]

  7. Caravelle said

    Une touchante lettre d’adieu de ce chef politique canadien mal connu en France. Elle circule en ce moment un peu partout sur le Net. Et il y a une citation pour toi, Ysen: Il y a des gens qui vont essayer de vous convaincre d’abandonner notre cause. Mais cette dernière est bien plus grande qu’un chef.

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    Le 20 août 2011, Toronto, Ontario

    Chers amis,

    Des dizaines de milliers de Canadiens m’ont fait parvenir des mots d’encouragement au cours des dernières semaines. Je tiens à remercier chacun d’entre vous pour vos cartes, vos notes et vos cadeaux si magnifiques, si inspirants, si attentionnés. Vos bons sentiments et votre amour ont éclairé mon foyer et ont renforcé mon courage et ma détermination. Malheureusement, mes traitements n’ont pas eu les effets escomptés. Je remets donc cette lettre à Olivia afin qu’elle la partage avec vous dans l’éventualité où je ne pourrais continuer.

    Je recommande que Nycole Turmel, députée de Hull-Aylmer, continue son travail à titre de chef intérimaire jusqu’à ce qu’une ou un successeur(e) soit élu(e). Je recommande au parti de tenir un vote quant au leadership du parti le plus tôt possible dans la nouvelle année, en s’inspirant de l’échéancier de 2003, afin que notre nouveau ou nouvelle chef ait amplement le temps de reconsolider notre équipe, de renouveler notre parti et notre programme, et puisse aller de l’avant et se préparer pour la prochaine élection.

    Aux Canadiens qui se battent contre le cancer pour continuer à profiter pleinement de la vie, je vous dis ceci: ne soyez pas découragés du fait que ma bataille n’ait pas eu le résultat espéré. Ne perdez pas votre propre espoir, car les thérapies et les traitements pour vaincre cette maladie n’ont jamais été aussi évolués. Vous avez raison d’être optimistes, déterminés et convaincus face à la maladie. Mon seul autre conseil est de chérir tous les moments passés auprès de ceux qui vous sont chers, comme j’ai eu la chance de le faire cet été.

    Aux membres de mon parti: nous avons obtenu des résultats remarquables en travaillant ensemble au cours des huit dernières années. Ce fut un privilège d’être le chef du Nouveau Parti Démocratique et je suis très reconnaissant pour votre confiance, votre appui et vos innombrables heures consacrées à notre cause. Il y a des gens qui vont essayer de vous convaincre d’abandonner notre cause. Mais cette dernière est bien plus grande qu’un chef. Répondez-leur en travaillant encore plus fort, avec une énergie et une détermination sans précédant. Rappelez-vous de notre fière tradition de justice sociale, de soins de santé universels, de régime de pensions publiques, et des efforts que nous faisons pour nous assurer que personne ne soit laissé pour compte. Continuons d’aller de l’avant. Démontrons dans tout ce que nous faisons au cours des quatre prochaines années que nous sommes prêts à servir les Canadiens en formant le prochain gouvernement.

    Aux membres de notre caucus: j’ai eu le privilège de travailler avec chacun d’entre vous. Nos rencontres du caucus ont toujours été le moment fort de ma semaine. Cela a été mon rôle d’exiger le plus possible de votre part. Et maintenant je le fais à nouveau. Les Canadiens vous porteront une attention toute spéciale dans les mois à venir. Chers collègues, je sais que vous rendrez les dizaines de milliers de membres du NPD fiers en démontrant la même éthique de travail et la solidarité qui nous ont mérité la confiance de millions de Canadiens lors de la dernière élection.

    À mes concitoyens québécois: le 2 mai dernier, vous avez pris une décision historique. Vous avez décidé qu’afin de remplacer le gouvernement fédéral conservateur du Canada par quelque chose de mieux, il fallait travailler ensemble, en collaboration avec les Canadiens progressistes de l’ensemble du pays. Vous avez pris la bonne décision à ce moment-là. C’est encore la bonne décision aujourd’hui et restera la bonne décision au cours des prochaines élections, lorsque nous réussirons, ensemble. Vous avez élu une superbe équipe de députés du NPD qui vous représenteront au Parlement. Ils vont réaliser des choses remarquables dans les années à venir afin de faire du Canada un meilleur pays pour nous tous.

    Aux jeunes Canadiens: toute ma vie j’ai travaillé pour améliorer l’état des choses. L’espoir et l’optimisme ont caractérisé ma carrière politique, et je continue à être plein d’espoir et d’optimisme quant à l’avenir du Canada. Les jeunes Canadiens ont été une grande source d’inspiration pour moi. J’ai rencontré plusieurs d’entre vous et discuté avec vous de vos rêves, de vos frustrations, et de vos idées de changement. De plus en plus d’entre vous êtes impliqués en politique parce que vous voulez changer les choses pour le mieux. Plusieurs d’entre vous avez choisi de faire confiance à notre parti. Alors que ma carrière politique s’achève, j’aimerais vous transmettre toute ma conviction que vous avez le pouvoir de changer ce pays et le monde. Plusieurs défis vous attendent, de l’accablante nature des changements climatiques à l’injustice d’une économie qui laisse tant d’entre vous exclus de la richesse collective, en passant par les changements qui seront nécessaires pour bâtir un Canada plus solidaire et généreux. Votre énergie, votre vision et votre passion pour la justice sont exactement ce dont ce pays à aujourd’hui besoin. Vous devez être au coeur de notre économie, de notre vie politique, et de nos plans pour le présent et pour l’avenir.

    Et finalement, j’aimerais rappeler à tous les Canadiens que le Canada est un magnifique pays, un pays qui représente les espoirs du monde entier. Mais nous pouvons bâtir un meilleur pays, un pays où l’égalité, la justice et les opportunités sont plus grandes. Nous pouvons bâtir une économie prospère et partager les avantages de notre société plus équitablement. Nous pouvons prendre mieux soin de nos aînés. Nous pouvons offrir à nos enfants de meilleures perspectives d’avenir. Nous pouvons faire notre part pour sauver l’environnement et la planète. Nous pouvons réhabiliter notre nom aux yeux du monde. Nous pouvons faire tout ça parce que nous avons enfin un système de partis politiques fédéraux qui nous offre de vrais choix; où notre vote compte; où en travaillant pour le changement on peu effectivement provoquer le changement. Dans les mois et les années à venir, le NPD vous proposera une nouvelle et captivante alternative. Mes collègues du parti forment une équipe impressionnante et dévouée. Écoutez-les bien, considérez les alternatives qu’ils proposent, et gardez en tête qu’en travaillant ensemble, nous pouvons avoir un meilleur pays, un pays plus juste et équitable. Ne laissez personne vous dire que ce n’est pas possible.

    Mes amis, l’amour est cent fois meilleur que la haine. L’espoir est meilleur que la peur. L’optimisme est meilleur que le désespoir. Alors aimons, gardons espoir et restons optimistes. Et nous changerons le monde.

    Chaleureusement,

    Jack Layton

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    • aripontiac said

      It’s not what you gather, but what you scatter that tells what kind of life you have lived.

      Traduction libre: Ce n’est pas ce que vous avez récolté mais ce que vous avez semé qui démontre la vie que vous avez menée.

      Merci Jack pour les semences de gauche.

  8. Le Gaïagénaire said

    « Aux Canadiens qui se battent contre le cancer pour continuer à profiter pleinement de la vie, je vous dis ceci: ne soyez pas découragés du fait que ma bataille n’ait pas eu le résultat espéré. »

    « A man is not what he thinks he is, but what he thinks, he is! » – citation tirée du texte de présentation de Jack Layton dans son album de finissants, en 1967. »
    Gracieuseté du site de papitibi.

    Bataille perdue contre le « cancer » politique royaliste conservateur. Message implicite.

  9. ysengrimus said

    Un vieil ami syndicaliste, Francis Lagacé, m’envoie privément le commentaire suivant, intitulé, La Scouine et autres:

    ————————————-
    J’aime beaucoup ton analyse et ton style qui, décidément, ne passera jamais à Radio-Canada. Simon Tremblay-Pepin (petit-fils du célèbre Pepin de la CSN) propose une analyse légèrement différente. On peut la lire sur Presse-toi à gauche:

    http://www.pressegauche.org/spip.php?auteur52.

    À bientôt, camarade, et merci de m’avoir fait renouer avec La Scouine.
    ————————————-

  10. Sissi Cigale said

    Ysengrimus, je viens d’entendre une chose à la radio qui va parfaitement dans le sens du rapprochement historique 1891/2011 que tu nous proposes ici. Seulement deux chefs de l’opposition au Canada auront eu droit à des funérailles nationales (sciemment décidées par le premier ministre): Jack Layton et Wilfrid Laurier. Or, Wilfrid Laurier, c’est bien celui qui devint chef de l’opposition lors, justement, de cette élection de 1891, évoquée ici, dans La Scouine, non?

    [Oui, Sissi Cigale. Bien vu. Et, tiens, c’est aussi un Bleu réac, Robert Borden, qui décida qu’il y aurait ces funérailles nationales pour ce progressiste que fut le libéral Laurier. La récupération des cadavres politiques, ça date pas d’hier… La triste différence, par contre, est que, avant de mourir chef de l’opposition en 1919, Wilfrid Laurier, contrairement à Jack Layton, avait été, lui, premier ministre du Canada pendant 15 ans, de 1896 à 1911… – Ysengrimus]

  11. Le Boulé du Village said

    La marginalisation des québécois de gauche démarre déjà, Ysengrimus

    http://www.ledevoir.com/politique/canada/330515/course-a-la-chefferie-le-quebec-compte-moins-de-5-des-membres-du-nouveau-parti-democratique

    et c’est pas fini…

  12. Sophie Sulphure said

    C’est parti Ysen. Les voici qui largue le socialisme…

    http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/politique-canadienne/201304/14/01-4640792-le-npd-se-distancie-du-socialisme.php

    [Oui, le recentrage démago est solidement engagé – Ysengrimus]

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