Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

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Soixante questions sur nos belles chansons québécoises du fin fond du fond

Posted by Ysengrimus sur 24 juin 2020

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Sans transition, pour la Fête Nationale, testez vos connaissances de notre beau terroir sonore, dans un guilleret jeu-questionnaire de soixante (60) questions. Si —sans cyber-recherche aucune— vous obtenez 20/60 dans ce petit examen, c’est que vous êtes vraiment des mélomanes québécisants de haute tenue. Les RÉPONSES, sommairement commentées, sont ici infra, après le questionnaire, juste en dessous du second violon.

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  • 1- En début de carrières, Clémence Desrochers et Jean-Pierre Ferland ont fait équipe avec d’autres artistes dans un petit groupe de chansonniers-fantaisistes. Quel était le nom de ce groupe?

Les Flagosses

Les Gonzagues

Les Bozos

Les Gnochons

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  • 2- Qui est le créateur du personnage de Léopold Gibouleau?

Gilles Vigneault

Yvon Deschamps

Plume Latraverse

Richard Desjardins

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  • 3- Une romancière ou un romancier québécois/e à la plume moderniste et incisive ayant écrit des paroles de chansons pour Robert Charlebois.

Nicole Brossard

Hubert Aquin

Marie-Claire Blais

Réjean Ducharme

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  • 4- J’AI VU LE LOUP, LE RENARD, LE LION: Charlebois, Vigneault, Leclerc ensemble devant public, pour un spectacle-culte donné en plein air, à l’occasion de la Superfrancofête, en l’an de grâce…

1973

1974

1975

1976

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  • 5- Chanteur humoriste, auteur d’une chanson tendre et émue sur un pianiste virtuose et visionnaire dont les camarades découvrent éventuellement qu’il est aveugle. La chanson s’intitule LES IMBÉCILES DU COIN et son auteur-interprète est…

Tex Lecor

Jérôme Lemay

Jean Lapointe

Raymond Lévesque

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  • 6- Peu après avoir quitté CORBEAU, Pierre Harel s’associe à un groupe de rock au nom percutant, mais à la vie éphémère. Ça s’appelait…

Guérillero

Phénix

Patriote

Condor

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  • 7- Repérez la personnalité politico-historique qui N’EST PAS nommée (avec ou sans calembour sur son nom) dans la chanson MON AMI FIDEL, sur le disque LONGUE DISTANCE, de Robert Charlebois.

Golda Meir

Moshe Dayan

Arafat

Sadate

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  • 8- Le groupe BEAU DOMMAGE a, dans son livret, une chanson évoquant le Saint-Laurent comme lieu d’appartenance. Elle s’intitule:

Le bord du fleuve

Le vent du fleuve

Le Saint-Laurent

Fleuve Saint-Laurent

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  • 9- Dans son premier album, PREND UNE CHANCE AVEC MOÉ, l’orchestre du tonitruant Lucien Francœur nous sert la version «salle de danse» d’un instrumental cinématographique célèbre. C’est:

Le thème du Godfather

Le thème de Love Story

Le thème de Midnight Cowboy

Le thème du Graduate

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  • 10- Qui était Gilles Rousseau?

Le batteur des Hou-Lops

Le leader des Classels

Le batteur des Classels

Le leader des Hou-Lops

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  • 11- Une chanson du groupe CORBEAU porte comme titre le nom d’un secteur d’activité économique. Il s’agit de:

Agriculture

Industrie

Commerce

Banque

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  • 12- Dans la chanson SUITE 16, Marjo campe le personnage affirmé d’une jeune femme se définissant solidement dans le Rock’n’roll, et se voyant dans l’obligation impérative de congédier son «chum» qui, d’évidence, ne fait pas le poids dans cette nouvelle dynamique. Quel est le nom du malheureux éconduit?

Tristan

Chuck

Roméo

Jerry

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  • 13- À la toute fin d’une chanson de Lucien Francœur apparaît une allusion directe à un important philosophe de l’ère moderne. Il s’agit de:

Fichte

Novalis

Hegel

Nietzsche

.

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  • 14-Dans l’album-culte À QUI APPARTIENT L’BEAU TEMPS, Paul Piché coule le propos incisif de sa protest song dans le moule textuel et rythmique de la chanson folklorique BONHOMME, BONHOMME SAIS-TU JOUER. La chanson ainsi construite est alors réintitulée:

La gigue à Mitchounano

Réjean Pesant

Jean-Guy Léger

Mon Joe

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  • 15- C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS, NARQUOIS COMME TOUS LES QUÉBÉCOIS… La chanson débutant sur ces vers est de:

Révolution française

Felix Leclerc

Luc de la Rochellière

Louise Forestier

.

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  • 16- Campée avec brio et tendresse par Sylvain Lelièvre, cette jeune femme incarne le vague à l’âme de la génération qui avait la vingtaine au milieu des années 1970. Elle s’appelait:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

 

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  • 17- J’ME DIS ANDRÉ, LAISSE-TOÉ PAS NIAISER… cette ferme résolution en forme de refrain est l’œuvre d’un chanteur portant le nom coloré de:

Plastique Bertrand

Capitaine Nô

Pierre Gauthier de la Vérendrye

Wézo

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  • 18- Qu’a fait LE GRAND SIX PIEDS à son «foreman» du chantier de coupe de bois, dans la célèbre ballade de Claude Gauthier?

Il lui a chauffé les semelles à coups de pelle

Il lui a labouré l’échine à coups d’égoïne

Il lui a gossé la moustache à coups de hache

Il lui a brassé les culottes à coups de bottes

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  • 19- Qui était Jean-Baptiste Beaufouette?

Un vieux chanteur folklorique trifluvien appelé ainsi à cause de sa haute taille

Un personnage d’une chanson de la Bolduc, doté d’une pilosité luxuriante

Nom d’emprunt de Gilles Vigneault à ses débuts

Un tenancier de boite à chanson dont Pauline Julien fut amoureuse à ses débuts

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  • 20- Yvon Deschamps en début de carrière était musicien. Il était:

Pianiste

Guitariste

Contrebassiste

Batteur

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  • 21- Le nom Les B.B. est un acronyme de l’ancien nom du groupe. Ce nom d’origine était:

Les Bleuets Bioniques

Les Braves Bêtes

Les Beaux Blonds

Les Boqueux Bacul

.

.

  • 22- Madame Mary Rose-Anne Travers, épouse Bolduc (1894-1941), surnommée, selon la tournure un peu abusive du temps, «La» Bolduc, était avant tout musicienne. Joueuse de guimbarde et d’harmonica, elle accompagne, à la fin des années 1920, dans une série de spectacles au Monument National, un de nos plus grands musiciens folkloriques. Le bien nommé:

Aimé Césaire

Alfred Montmarquette

Narcisse-Eutrope Dionne

Jean Carignan

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  • 23- Ils n’ont possiblement qu’un seul point en commun: celui d’avoir mis en musique, chacun sur son ton et dans son style, l’inévitable SOIR D’HIVER de Nelligan. Ce sont:

Mario Pelchat et Léandre

Pierre Harel et Claude Dubois

Claude Léveillé et Lucien Francœur

Jim Corcoran et René Simard

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  • 24- Il jouait de l’harricana sur la rivière Harmonica…

Richard Desjardins

Jean Leloup

Mario Pelchat

Raôul Duguay

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  • 25- Sur la pochette de l’album-culte AMÈRE AMERICA, Luc de la Rochellière est photographié

Sur le boulevard d’une grande ville

Dans un restaurant

Sur scène

Dans une chambre à coucher

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  • 26- L’inamovible baladin anglo-saxon Roger Whitaker a déjà enregistré avec une chanteuse québécoise. Il s’agit de:

Céline Dion

Isabelle Pierre

Emmanuelle

Ginette Reno

.

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  • 27- Il a évoqué l’étroitesse et la rigidité des années 1950 en les qualifiant de «temps du Pape Pie XII».

George Dor

Jean Pierre Ferland

Claude Léveillé

Raymond Lévesque

.

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  • 28- Elle a écrit une chanson mordante sur les compulsions boulimiques comme compensation des troubles affectifs.

Edith Butler

Angèle Arsenault

Jo-Anne Blouin

Marjo

.

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  • 29- Qui était Jo Laframboise?

Le personnage d’une chanson de Raymond Lévesque

Le personnage d’un monologue d’Yvon Deschamps

Le personnage d’un monologue de Raymond Lévesque

Le personnage d’une chanson d’Yvon Deschamps

.

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  • 30- Elle a aligné la plus mélodique et inoubliable colonne de «Christ!» de toute l’histoire musicale du Québec, sur une version tardive du LINDBERG de Charlebois.

Louise Forestier

Christiane Monfette

Diane Dufresne

Angèle Arsenault

.

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  • 31- QUAND ON A DU FOIN, ÇA VA BEN. QUAND ON EN A PAS, ÇA VA PAS. À qui doit-on la formulation de cette vérité implacable.

Yvon Deschamps

Raymond Lévesque

Cassonade Faulkner

Marjo

.

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  • 32- Qui est le principal parolier de Laurence Jalbert?

Luc Plamondon

Pierre Carter

Guy Rajotte

Laurence Jalbert

.

.

  • 33- Il a pâmé tout le Québec avec son langoureux et irrésistible MISERERE.

Mario Pelchat

Léandre

Bruno Pelletier

Jean Leloup

.

.

  • 34- Son label d’éditions c’est les Éditions Édition, et son label de Production, c’est les Productions Production.

Plume Latraverse

Léandre

Sylvain Lelièvre

Marie-Denise Pelletier

.

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  • 35- Sur l’album de musique de Noël de Jo-Anne Blouin, un des cantiques est amorcé, en semi-récitatif, par une très jeune chanteuse sur laquelle Blouin enchaîne en fondu. Il s’agit de:

Adeste Fideles

Sainte nuit

Dans cette étable

Il est né le divin enfant

.

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  • 36- Une seule des chansons de l’album-culte RENDEZ-VOUS DOUX du regretté Gerry Boulet porte un titre anglais. Il s’agit de:

Deadline

Timetable

Dead end

Time travelling

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  • 37- Dans cette chanson de BEAU DOMMAGE, la jeune femme à laquelle l’interprète s’adresse incarne la classe bourgeoise, ses angoisses, ses condescendances, sa méconnaissance de la réalité sociale. Inévitablement, elle se nomme:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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  • 38- Cette pétaradante chanteuse est nulle autre que la petite-fille de l’acteur qui incarna jadis TI-COQ.

Nathalie Simard

Nanette Wortman

Diane Dufresne

Mitsou

.

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  • 39- Groupe musical connu à peu près uniquement pour le phrasé lyrique suivant: COMME IL FAIT SOLEIL AUJOURD’HUI! COMME IL FAIT BEAU! COMME IL FAIT CHAUD! AUJOURD’HUI! AUJOURD’HUI!

La Température

Le Temps

Aujourd’hui

Météo

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  • 40- Un groupe de pures laines qui faisaient du blues.

Le Repentigny Blues Band

Le Saint-Donat Blues Band

Le Ville-Émard Blues Band

Le Shawinigan Blues Band

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  • 41- Il a popularisé le PETIT PAPA NOËL de Tino Rossi au Québec.

Fernand Gignac

Patrick Zabé

Michel Louvain

Paolo Noël

.

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  • 42- Maintenant qu’ELVIS est mort, on voudrait qu’il soit vivant. Or, du temps où ELVIS était vivant, cette chanteuse québécoise lui disait qu’il aurait dû mourir…

Pauline Julien

Diane Dufresne

Ginette Reno

Renée Claude

.

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  • 43- Spécialisé dans le vidéo-clip théâtral avant la lettre, ce trio féminin popularisa une chansonnette badine et coquine intitulée MONSIEUR DUPONT.

Les Scarabées

Les Miladies

Les Midinettes

Les Ladybugs

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  • 44- Quel est le nom du personnage à qui est posée, en chanson bien sûr, la question suivante sur son beau pays, la Gaspésie: C’EST-TU VRAI QUE PAR CHEZ VOUS, ON VOIT DES POÈTES PARTOUT, ET QUE ERNEST HEMMINGWAY SERAIT UN GARS DE CHEZ VOUS?

Monsieur Ti-Franc La Patate

Monsieur Léopold Gibouleau

Monsieur Marcoux Labonté

Monsieur Zidor le prospecteur

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  • 45- Qui est le hockeyeur pour lequel l’interprète avait cherché à se faire passer cette année-là, dans la chanson 23 DÉCEMBRE?

Henri Richard

Toe Blake

Jean Béliveau

Doug Harvey

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  • 46- Ce brillant auteur-compositeur-interprète réalise un suicide ostensible et sanglant dans la série télévisée SCOOP.

Plume Latraverse

Michel Rivard

Jean Leloup

Claude Dubois

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  • 47- Il a chanté le WE SHALL OVERCOME du Québec, intitulé, fort judicieusement, ON VA S’EN SORTIR.

Raymond Lévesque

Jean Lapointe

Claude Léveillé

Yvon Deschamps

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  • 48- Un groupe québécois portant fièrement le nom d’une ville française.

Nancy

Toulouse

Bordeaux

Narbonne

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  • 49- QUÉBÉCOIS, NOUS SOMMES QUÉBÉCOIS. LE QUÉBEC SAURA FAIRE S’IL NE SE LAISSE PAS FAIRE. Qui a dit ça?

Le groupe Charles De Gaulle

Le groupe Patriote

Le groupe Révolution française

Le groupe Sauvons Montréal

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  • 50- Et, dans le même ordre d’idée, qui tient à «faire de la Nouvelle-France, la terre promise de l’espérance»?

Madame Bolduc

Le Soldat Lebrun

Felix Leclerc

Robert Charlebois

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  • 51- Une superbe protest song, beaucoup plus sociale que nationale, malgré son titre: DRÔLE DE PAYS. On la doit à:

Gilles Vigneault

Robert Charlebois

Sylvain Lelièvre

Richard Desjardins

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  • 52- Ils co-animaient énergiquement l’immortelle émission yéyé culte du Québec, commanditée par 7up et Humpty Dumpty: JEUNESSE D’AUJOURD’HUI.

Pierre Marcotte et Joël Denis

Pierre Lalonde et Claude Boulard

Pierre Marcotte et Claude Boulard

Pierre Lalonde et Joël Denis

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  • 53- À la Saint-Jean Baptiste de 1975, Gilles Vigneault va réaliser un exploit extrêmement difficile: implanter une coutume ethnoculturelle. Il va suggérer aux québécois (qui vont emboîter le pas avec enthousiasme) une nouvelle chanson d’anniversaire: GENS DU PAYS. Quel était le titre de ce spectacle de la Saint-Jean où cette coutume fut lancée?

Bonne fête

Bon anniversaire

Gens du pays

Happy birthday

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  • 54- Un groupe à la musique extrêmement songée, portant le nom distordu d’une texture de sol humecté.

Bouette

Sloche

Agadou

Frasil

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  • 55- On lui doit une chanson amicale et tendre rendant hommage au chanteur français Charles Trenet.

Jean-Pierre Ferland

Claude Léveillé

Plume Latraverse

Richard Desjardins

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  • 56- On lui doit une chanson violemment xénophobe intitulée sans complexe L’OUVRAGE AUX CANADIENS.

Ovila Légaré

Le Soldat Lebrun

La Bolduc

Juliette Pétrie

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  • 57- Égal à lui-même, Lucien Francœur hurle à l’amour pour cette jeune femme en lui demandant: VEUX-TU ÊTRE MA BARBIE EN VIE? C’est nulle autre que:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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  • 58- Dans la chanson LE CROQUE-MORT À COULISSE, Sylvain Lelièvre nous raconte l’histoire d’un tromboniste amateur qui, le soir, après son travail, allumait son système de son, y posait son disque favori, s’installait avec son instrument et PRENAIT DES CHORUS AVEC

J.J. Johnson

Charlie Parker

Tommy Dorsey

Duke Ellington

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  • 59- Le chanteur-imitateur Jean-Guy Moreau nous a laissé un album-culte intitulé:

Tabarnouche!

Tabarouette!

Tabaslak!

Tabarnique!

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  • 60- Dans son enfance, le jour de son anniversaire, Plume Latraverse dessinait au châssis d’en haut des petits cœurs de brume qu’il adressait à sa cousine, au souffle de bonbon, la bien nommée:

Marie-Hélène

Marie-Chantal

Nancy Beaudoin

Marie-Lou

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RÉPONSES

Rappelons, pour mémoire individuelle et collective, que si vous avez obtenu 20/60 dans ce petit examen, c’est que vous êtes vraiment des mélomanes québécisants de haute tenue. Vous pouvez aussi vous reporter au Commentaire 1, infra, intitulé CORPUS AUDIBLE pour écouter la majorité des chansons et orchestres dont il est ici question. Comptabilisez bien vos résultats. Accrochez vos tuquons bleus, on part.

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  • 1- En début de carrières, Clémence Desrochers et Jean-Pierre Ferland ont fait équipe avec d’autres artistes dans un petit groupe de chansonniers-fantaisistes. Quel était le nom de ce groupe?

Les Bozos

Les autres choix ne sont que des insultes inanes.

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  • 2-Qui est le créateur du personnage de Léopold Gibouleau?

Plume Latraverse

C’est un personnage de Plume qu’on retrouve dans une chanson plutôt sanglante.

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  • 3- Une romancière ou un romancier québécois/e à la plume moderniste et incisive ayant écrit des paroles de chansons pour Robert Charlebois.

Réjean Ducharme

Notamment les chansons LE RÉVOLTÉ et INSOMNIE, sur l’album SOLIDARITUDE.

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  • 4- J’AI VU LE LOUP, LE RENARD, LE LION: Charlebois, Vigneault, Leclerc ensemble devant public, pour un spectacle-culte donné en plein air, à l’occasion de la Superfrancofête, en l’an de grâce…

1974

«…et à la guitare ordinaire: Félix Leclerc!» diront, ce soir-là, les deux autres.

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  • 5- Chanteur humoriste, auteur d’une chanson tendre et émue sur un pianiste virtuose et visionnaire dont les camarades découvrent éventuellement qu’il est aveugle. La chanson s’intitule LES IMBÉCILES DU COIN et son auteur-interprète est…

Jean Lapointe

«Il jouait du piano tellement bien que nous, les imbéciles du coin, disions: il sait lire la musique.»

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  • 6- Peu après avoir quitté CORBEAU, Pierre Harel s’associe à un groupe de rock au nom percutant, mais à la vie éphémère. Ça s’appelait…

Patriote

Et les fusils de chasse étaient des guitares. Les tuquons de laine du pays, des tignasses hirsutes!

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  • 7- Repérez la personnalité politico-historique qui N’EST PAS nommée (avec ou sans calembour sur son nom) dans la chanson MON AMI FIDEL, sur le disque LONGUE DISTANCE, de Robert Charlebois.

Moshe Dayan

«Golda Meir embrasse Arafat. Dansons, dansons, dans nos forêts d’asphate parce que les présidents ça date [Sadate] et les révolutionnaires, c’est Fidel.»

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  • 8- Le groupe BEAU DOMMAGE a, dans son livret, une chanson évoquant le Saint-Laurent comme lieu d’appartenance. Elle s’intitule:

Le vent du fleuve

L’interprète l’entend partout lui siffler dans les oreilles.

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  • 9- Dans son premier album, PREND UNE CHANCE AVEC MOÉ, l’orchestre du tonitruant Lucien Francœur nous sert la version «salle de danse» d’un instrumental cinématographique célèbre. C’est:

Le thème du Godfather

Parle plus bas… qu’on joue plus fort!

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  • 10- Qui était Gilles Rousseau?

Le leader des Hou-Lops

Avec sa cravate en triangle isocèle.

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  • 11- Une chanson du groupe CORBEAU porte comme titre le nom d’un secteur d’activité économique. Il s’agit de:

Agriculture

Une sorte de difficultueuse perpétuation du terroir.

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  • 12- Dans la chanson SUITE 16, Marjo campe le personnage affirmé d’une jeune femme se définissant solidement dans le Rock’n’roll, et se voyant dans l’obligation impérative de congédier son «chum» qui, d’évidence, ne fait pas le poids dans cette nouvelle dynamique. Quel est le nom du malheureux éconduit?

Roméo

«Roméo, le blanc-bec du quartier. Juliette d’amour, qu’i m’avait surnommée.» Ça arrangera pas son cas!

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  • 13- À la toute fin d’une chanson de Lucien Francœur apparaît une allusion directe à un important philosophe de l’ère moderne. Il s’agit de:

Nietzsche

Dans BLUE JEANS SUR LA PLAGE, Francœur s’exclame, au beau milieu de tout et d’autres choses: LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE! Il s’agit là (une seule fois, pas trois!) du titre d’un célèbre essai de Nietzsche, écrit en 1872.

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  • 14- Dans l’album-culte À QUI APPARTIENT L’BEAU TEMPS, Paul Piché coule le propos incisif de sa protest song dans le moule textuel et rythmique de la chanson folklorique BONHOMME, BONHOMME SAIS-TU JOUER. La chanson ainsi construite est alors réintitulée:

Réjean Pesant

«Je ne suis pas maître dans ma maison car vous y êtes…»

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  • 15- C’ÉTAIT UN QUÉBÉCOIS, NARQUOIS COMME TOUS LES QUÉBÉCOIS… La chanson débutant sur ces vers est de:

Félix Leclerc

Il s’agissait fort probablement, à l’époque, d’un québécien, un citadin de la ville de Québec.

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  • 16- Campée avec brio et tendresse par Sylvain Lelièvre, cette jeune femme incarne le vague à l’âme de la génération qui avait la vingtaine au milieu des années 1970. Elle s’appelait:

Marie-Hélène

«C’est pas facile d’avoir vingt ans, c’est plus mêlant qu’avant.»

 

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  • 17- J’ME DIS ANDRÉ, LAISSE-TOÉ PAS NIAISER… cette ferme résolution en forme de refrain est l’œuvre d’un chanteur portant le nom coloré de:

Capitaine Nô

Suite du refrain: «KÉ-KIKÉ-KIKÉ-KIKÉ». Profond.

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  • 18- Qu’a fait LE GRAND SIX PIEDS à son «foreman» du chantier de coupe de bois, dans la célèbre ballade de Claude Gauthier?

Il lui a gossé la moustache à coups de hache

Il ne l’a pas raté de toutes façons!

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  • 19- Qui était Jean-Baptiste Beaufouette?

Un personnage d’une chanson de la Bolduc, doté d’une pilosité luxuriante

Qui s’étouffe avec son repas dans des circonstances dignes des Marx Brothers.

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  • 20- Yvon Deschamps en début de carrière était musicien. Il était:

Batteur

Et il s’est mis à faire des plaisanteries entre ses numéros musicaux…

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  • 21- Le nom Les B.B. est un acronyme de l’ancien nom du groupe. Ce nom d’origine était:

Les Beaux Blonds

Beaux, blonds mais devenus modestes avec le temps. D’où la pudeur acronymique possiblement.

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  • 22- Madame Mary Rose-Anne Travers, épouse Bolduc (1894-1941), surnommée, selon la tournure un peu abusive du temps, «La» Bolduc, était avant tout musicienne. Joueuse de guimbarde et d’harmonica, elle accompagne, à la fin des années 1920, dans une série de spectacles au Monument National, un de nos plus grands musiciens folkloriques. Le bien nommé:

Alfred Montmarquette

Un véritable surdoué musical.

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  • 23- Ils n’ont possiblement qu’un seul point en commun: celui d’avoir mis en musique, chacun sur son ton et dans son style, l’inévitable SOIR D’HIVER de Nelligan. Ce sont:

Claude Léveillé et Lucien Francœur

Ah comme la neige a inspiré!

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  • 24- Il jouait de l’harricana sur la rivière Harmonica…

Raôul Duguay

Le champion de l’inversion!

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  • 25- Sur la pochette de l’album-culte AMÈRE AMERICA, Luc de la Rochellière est photographié

Dans un restaurant

Un resto assez chic d’ailleurs.

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  • 26- L’inamovible baladin anglo-saxon Roger Whitaker a déjà enregistré avec une chanteuse québécoise. Il s’agit de:

Ginette Reno

Et c’était en français d’ailleurs.

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  • 27- Il a évoqué l’étroitesse et la rigidité des années 1950 en les qualifiant de «temps du Pape Pie XII».

Jean Pierre Ferland

«Moi je viens du boogie-woogie, du Pape Pie Douze, je suis un enfant de la guerre.»

 

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  • 28- Elle a écrit une chanson mordante sur les compulsions boulimiques comme compensation des troubles affectifs.

Angèle Arsenault

Avec son désormais célèbre MOI, J’MANGE

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  • 29- Qui était Jo Laframboise?

Le personnage d’un monologue de Raymond Lévesque

«Fak un jour, j’ai réalisé que j’m’appelais Joe Laframboise.» Le pauvre, ça lui a pas porté chance!

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  • 30- Elle a aligné la plus mélodique et inoubliable colonne de «Christ!» de toute l’histoire musicale du Québec, sur une version tardive du LINDBERG de Charlebois.

Louise Forestier

Déclenchée, chez cette choriste inspirée, par la CHRIST DE CHUTE EN PARACHUTE du couplet.

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  • 31- QUAND ON A DU FOIN, ÇA VA BEN. QUAND ON EN A PAS, ÇA VA PAS. À qui doit-on la formulation de cette vérité implacable.

Raymond Lévesque

L’histoire d’un petit proxénète miteux, qui s’en tire toujours par des combines, même lors de son service militaire.

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  • 32- Qui est le principal parolier de Laurence Jalbert?

Laurence Jalbert

Aidée parfois de Guy Rajotte.

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  • 33- Il a pâmé tout le Québec avec son langoureux et irrésistible MISERERE.

Bruno Pelletier

J’en pleure encore et c’était en 1997.

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  • 34- Son label d’éditions c’est les Éditions Édition, et son label de Production, c’est les Productions Production.

Plume Latraverse

Mais son prénom ce n’est pas Prénom, ni même Plume, mais Michel.

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  • 35- Sur l’album de musique de Noël de Jo-Anne Blouin, un des cantiques est amorcé, en semi-récitatif, par une très jeune chanteuse sur laquelle Blouin enchaîne en fondu. Il s’agit de:

Il est né le divin enfant

Avec mes meilleurs vœux!

.

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  • 36- Une seule des chansons de l’album-culte RENDEZ-VOUS DOUX du regretté Gerry Boulet porte un titre anglais. Il s’agit de:

Deadline

«Mon deadline à bout de bras qui déchire le ciel pour sa survie.»

.

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  • 37= Dans cette chanson de BEAU DOMMAGE, la jeune femme à laquelle l’interprète s’adresse incarne la classe bourgeoise, ses angoisses, ses condescendances, sa méconnaissance de la réalité sociale. Inévitablement, elle se nomme:

Marie-Chantal

L’interprète lui recommande de bien barrer sa porte, le soir.

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  • 38- Cette pétaradante chanteuse est nulle autre que la petite-fille de l’acteur qui incarna jadis TI-COQ.

Mitsou

Celle que Normand Brathwaite avait surnommé: la Madonna du Québec! Mitsou Gélinas, petite fille de Gratien Gélinas.

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  • 39- Groupe musical connu à peu près uniquement pour le phrasé lyrique suivant: COMME IL FAIT SOLEIL AUJOURD’HUI! COMME IL FAIT BEAU! COMME IL FAIT CHAUD! AUJOURD’HUI! AUJOURD’HUI!

Le Temps

Deux ou trois de leurs textes évoquent les conditions météo!

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  • 40- Un groupe de pures laines qui faisaient du blues.

Le Ville-Émard Blues Band

Une sonorité urbaine et racée, qui ne s’oublie pas.

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  • 41- Il a popularisé le PETIT PAPA NOËL de Tino Rossi au Québec.

Paolo Noël

Quand tu portes un nom pesamment prédestiné!

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  • 42- Maintenant qu’ELVIS est mort, on voudrait qu’il soit vivant. Or, du temps où ELVIS était vivant, cette chanteuse québécoise lui disait qu’il aurait dû mourir…

Diane Dufresne

«Tu vieillis mal, Elvis. T’aurais ptêt du mourir, comme Marilyn ou Janis. T’avais pas l’droit d’vieillir.» Hum… tu vieillis mal, chanson!

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  • 43- Spécialisé dans le vidéo-clip théâtral avant la lettre, ce trio féminin popularisa une chansonnette badine et coquine intitulée MONSIEUR DUPONT.

Les Miladies

Leurs numéros musicaux servaient d’intermèdes, les jours de semaine. Surtout l’été.

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  • 44- Quel est le nom du personnage à qui est posée, en chanson bien sûr, la question suivante sur son beau pays, la Gaspésie: C’EST-TU VRAI QUE PAR CHEZ VOUS, ON VOIT DES POÈTES PARTOUT, ET QUE ERNEST HEMMINGWAY SERAIT UN GARS DE CHEZ VOUS?

Monsieur Marcoux Labonté 

Dans une ballade inoubliable de Lawrence Lepage, MONSIEUR MARCOUX LABONTÉ.

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  • 45- Qui est le hockeyeur pour lequel l’interprète avait cherché à se faire passer cette année-là, dans la chanson 23 DÉCEMBRE?

Doug Harvey

En portant une tuque d’hockey, pendant toutes les vacances…

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  • 46- Ce brillant auteur-compositeur-interprète réalise un suicide ostensible et sanglant dans la série télévisée SCOOP.

Michel Rivard

Il s’ouvre les veines devant son amoureuse. Du vrai SCOOP, quoi!

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  • 47- Il a chanté le WE SHALL OVERCOME du Québec, intitulé, fort judicieusement, ON VA S’EN SORTIR.

Yvon Deschamps

Sur l’album incluant le célèbre monologue L’INTOLÉRANCE.

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  • 48- Un groupe québécois portant fièrement le nom d’une ville française.

Toulouse

Un trio vocal féminin, très tonique.

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  • 49- QUÉBÉCOIS, NOUS SOMMES QUÉBÉCOIS. LE QUÉBEC SAURA FAIRE S’IL NE SE LAISSE PAS FAIRE. Qui a dit ça?

Le groupe Révolution française

C’est leur seul hit connu, mais quel hit!

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  • 50- Et, dans le même ordre d’idée, qui tient à «faire de la Nouvelle-France, la terre promise de l’espérance»?

Robert Charlebois

Dans QUÉ-CAN BLUES.

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  • 51- Une superbe protest song, beaucoup plus sociale que nationale, malgré son titre: DRÔLE DE PAYS. On la doit à:

Sylvain Lelièvre

«Drôle de pays comme un grand jeu de Monopoly, sauf qu’on joue pas, on regarde les boss faire la partie.»

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  • 52- Ils co-animaient énergiquement l’immortelle émission yéyé culte du Québec, commanditée par 7up et Humpty Dumpty: JEUNESSE D’AUJOURD’HUI.

Pierre Lalonde et Joël Denis

L’émission fut éventuellement rebaptisée JEUNESSE, avant d’être engloutie dans le tube de Cleracil du temps…

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  • 53- À la Saint-Jean Baptiste de 1975, Gilles Vigneault va réaliser un exploit extrêmement difficile: implanter une coutume ethnoculturelle. Il va suggérer aux québécois (qui vont emboîter le pas avec enthousiasme) une nouvelle chanson d’anniversaire: GENS DU PAYS. Quel était le titre de ce spectacle de la Saint-Jean où cette coutume fut lancée?

Happy birthday

Il s’agissait de faire comprendre, par ce titre ironique, le caractère anglo-américain du souhait «Happy Birthday» et de sa traduction «Bonne fête».

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  • 54- Un groupe à la musique extrêmement songée, portant le nom distordu d’une texture de sol humecté.

Sloche

Une musique délicate, progressive, mystérieuse… trop vite oubliée.

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  • 55- On lui doit une chanson amicale et tendre rendant hommage au chanteur français Charles Trenet.

Plume Latraverse

«Salut Trenet! Vieille branche!»

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  • 56- On lui doit une chanson violemment xénophobe intitulée sans complexe L’OUVRAGE AUX CANADIENS.

La Bolduc

Elle exige des employeurs qu’ils n’embauchent que des canadiens, et déplore que Montréal soit remplie d’immigrés. Une vraie catastrophe, digne du Goglu et des Bérets Blancs.

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  • 57- Égal à lui-même, Lucien Francœur hurle à l’amour pour cette jeune femme en lui demandant: VEUX-TU ÊTRE MA BARBIE EN VIE? C’est nulle autre que:

Nancy Beaudoin

«Ma blonde steadé?» La réponse de Nancy ne nous est pas parvenue.

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  • 58- Dans la chanson LE CROQUE-MORT À COULISSE, Sylvain Lelièvre nous raconte l’histoire d’un tromboniste amateur qui, le soir, après son travail, allumait son système de son, y posait son disque favori, s’installait avec son instrument et PRENAIT DES CHORUS AVEC

Tommy Dorsey

Pas mon instrumentiste favori du lot mais bon, s’il s’agit de faire cuivres…

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  • 59- Le chanteur-imitateur Jean-Guy Moreau nous a laissé un album-culte intitulé:

Tabaslak!

Ta-paronymique en TA…

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  • 60- Dans son enfance, le jour de son anniversaire, Plume Latraverse dessinait au châssis d’en haut des petits cœurs de brume qu’il adressait à sa cousine, au souffle de bonbon, la bien nommée:

Marie-Lou

«Marie-Lou, c’est la cousine que je préférais. C’était mon cadeau intime, rubané de soie.»

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N’HÉSITEZ SURTOUT PAS
À ME SIGNALER VOS RÉSULTATS CHIFFRÉS,
DANS LES COMMENTAIRES

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Contrebasse

Posted by Ysengrimus sur 19 juin 2020


Puissants, feutrés,
Les phrasés
De contrebasse
S’entassent
Dans la cornu de ma psyché.

Ils s’y accumulent,
Travaux d’Hercule
À l’immense charpente boisée
Comme du mercure
Dans un organisme irisé.

Bombé, uni,
Le dégluti
De la contrebasse
Touille, brasse
Mon émotivité
Exacerbée.

Toi, le plus beau de tous les instruments du monde,
Tes sonorités rondes
Tes Mingus pas minus
Tes Blanton qui déconnent
Ta dense et lente voix
Vibrent, comme ça,
En la Scala
Du fond de moi…

La basse,
La contrebasse,
La basse basse
La contrebasse basse…
(ad lib)

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LES JARDINS DE LUMIÈRE (Diane Boudreau)

Posted by Ysengrimus sur 7 juin 2020


Tout va, tout vient, tout n’est qu’évanescence. Du moins, en apparence…
La vie, à tout instant, nous joue de ses métamorphoses.
(p 9)

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Quand la poétesse Diane Boudreau découvre et appréhende l’art poétique, ce dernier est fugace, évanescent, luminescent. Les choses se font en toute simplicité, sans intellectualisme excessif. C’est une sorte de valse ordinaire des Belles Lettres. La poétesse se donne à une autre dimension de la perception du texte. Elle entre dans des jardins de lumière où elle voit des choses qui ne sont pas visibles à tous. Et justement, ce n’est pas tout le monde qui la suit vers cette réorganisation des espaces mentaux. Devant le texte poétique, la dame, un petit peu morose au départ, s’extasie soudain et, aussi, il lui arrive des choses qui n’arrivent pas, par exemple, à ceux qui cultivent sa compagnie. Et, sans joie mais sans concession, elle en témoigne.

Chez le libraire

Froidement, systématiquement, il avait pris un recueil de poèmes, l’avait parcouru d’un seul jet, comme on cherche de l’or dans un lac oublié…

Il avait parcouru tout le recueil ainsi, l’air soucieux, et conclut:

«Ce ne sont que des mots couchés sur du papier, vides de sens. Quelle imposture! J’en étais sûr…»

À ses côtés, une dame morose ouvrait ce même recueil, au hasard, songeant à autres choses. Et ce qu’elle y trouva éclaira son visage d’une joie si profonde, si profonde…

N’en dit mot à personne.
S’en retourna chez elle,
Le cœur ouvert comme une rose…

(p. 61 — typographie et disposition modifiées)

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Voici donc notre problématique installée, configurée. Oh, on ne cultive pas le tapage des thématiques. Tout se fait légèrement, sans malice. Mais ce qui arrive à se dire ne cherche pas son point exutoire. C’est tout simplement qu’il y a une luminosité du verbal, une aptitude pour l’œil, l’oreille, tous les sens peut-être à aller chercher ce qui s’encapsule dans la parole. Le jardin de lumière, c’est le cœur des mots. C’est en leur sein, comme en une noix qu’on casse, que l’on dégage des vérités libératrices.

Dans le cœur des mots

Libérer la chaleur, la lumière
Prisonnière dans le cœur des mots
Et leur redonner vie,

Comme on secoue les braises
D’une flamme endormie…

Occupation?
Poète.

(p. 27 — typographie et disposition modifiées)

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L’occupation de poète ou de poétesse occupé(e) vous occupe. Elle vous rend occupée tout en s’occupant de vous en retour. C’est pas une occupation au sens martial ou militaire du terme mais presque… La poétesse en fait beaucoup dans sa vie d’artiste autant que dans sa quotidienneté ordinaire. Cela va sans dire mais aussi en le disant. Pourtant la chose est exempte de lourdeur, d’ostentation ou de solennité. On est dans une situation où, sans malice, la poéticité suinte du monde. Il y a gravité, il y a amplitude, il y a ardeur contenue. Et pourtant l’univers évoqué est avant tout celui de la vie ordinaire, la vie de tout le monde.

Je mène même vie que vous…

Je mène même vie que vous…
Ne m’en veuillez pas
Si, ce soir
Le rêve a déserté ma voix…

Je mène même vie que vous.
Difficile au matin, essoufflante, gênante…
L’accalmie au midi,
Au soleil, sous la pluie
Pétrie de toutes intempéries

Qu’aurai-je à vous offrir ce soir
Sinon votre miroir,
Femmes aux yeux d’ivoire et de jade…

Sœurs secrètes… esseulées… isolées

Par tant de murs,
Par tant de rêves,
De romances inachevées…

(p. 45 — typographie et disposition modifiées)

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Les femmes prennent doucement place dans le texte. Il s’agit moins de produire une écriture féministe qu’une conscience féminisée. Un savoir-être femme imbibe tranquillement la totalité de ce qui se met en place. Les lectrices sont avec nous, il n’y a pas le moindre doute là-dessus. On ne leur sert jamais une dissertation ou un réquisitoire. De fait, la poésie de Diane Boudreau se présente comme une suite de courts textes jouant de sobriété et de dépouillement. Les thèmes abordés touchent le quotidien et la concrétude. Ce sont des poèmes calmes. Un optimisme inhérent les caractérise. C’est bel et bien indubitablement une textualité femme. Il s’en dégage une solide harmonie entre poéticité et écriture ordinaire. Les caresses entre ces deux dimensions sont mutuelles.

Caresses

De nos mains
Exorciser nos corps
En extirper la peur
L’angoisse, la mort.

Forces d’aimer
Ces mains
Pour nous ressusciter.

Frémissement très doux
De cette vie qui court
En nos chairs irradiées
Jusqu’au bout de l’amour…

(p. 31 — typographie et disposition modifiées)

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Les caresses ne sont pas ostensibles, explicites ou pharisaïques. On ne se donne pas en spectacle ici. On est dans une poésie de l’intime, du frémissement, de l’ardeur contenue mais qui perdure. Le verbe et le corps s’accompagnent de façon à la fois fluide et serrée. Il n’y a pas lieu de séparer ce qui est disserté et ce qui est incorporé. Ce qui est dit s’harmonise crucialement avec le corps qui le dit. L’art poétique est un petit engin à fabriquer nos joies. À ce jeu, on se fait toujours un peu surprendre.

Surprise

Jamais on ne m’avait offert
Plus beau bouquet…

D’une blancheur de paradis,
Si frais, si pur
Éclos du jour
Offert aux doux regards de mai,

Un bouquet délicat
De fleurs de pommetier.

J’aurais voulu le peindre…

(p. 57 — typographie et disposition modifiées)

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On embrasse et étreint ce qui est donné, du plus étroit au plus large, d’une marguerite à la vie. La rencontre s’effectue avec une réflexion sur l’être mais il s’agit d’une réflexion qui fait dans le liant plutôt que dans le lié, dans l’ondoyant plutôt que dans le corseté. On en vient ainsi, ici, petit à petit, à rejoindre les grandes choses. Aussi une légère touche de religiosité pourrait perler de ce genre de conceptualisation de l’élan poétique. Le fait est peu fréquent chez notre poétesse. Il est rare mais il n’est pas totalement inexistant. Ainsi, parfois, la poésie se développe dans une abstraction quasi-mystique, quoique toujours gorgée de concret.

C’est Lui

S’Il avait voulu me regarder
Avec une infinie tendresse,

Il aurait pris tes yeux.

S’Il avait voulu me réchauffer le cœur
Avec grande douceur,

Il aurait pris tes mains

Et quand tu me retiens
Contre ton cœur,
Sans bruit…

C’est Lui qui m’aime
J’en suis certaine

D’un amour infini…

(p. 32 — typographie et disposition modifiées)

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Notons qu’ici, Le Lui évoqué peut parfaitement rester ouvert à la saine variabilité des interprétations. Lui, ce pourrait être l’homme, l’enfant, ou même, qui sait, le cosmos, ou le ressort sociohistorique. Il y a dans cette poésie une admirable aptitude à l’élévation multidirectionnelle. Mais, en même temps, le lien se maintient toujours avec la poésie concrète, toujours un petit peu plus univoque. C’est qu’ici on retourne toujours un peu au village, même si celui-ci est une ville et se revendique comme telle.

Ma ville

Ma ville
Grandes et petites misères

Ma rue
Ses ferveurs et ses colères

Ma porte
Gîte de l’amie fidèle

Ma cour
Nid d’oisillons
Au secret de l’érable

Lilas fleuris
Qui embaument
À la table…

Fabreville,
Ma terre d’exil.

(p. 55 — typographie et disposition modifiées)

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On entre dans le monde, urbain ou global, de cette série de courts textes, comme en un cône fleuri, une corne d’abondance, une tonnelle ombragée. Le recueil de poésie Les jardins de lumière contient 32 poèmes. Il se subdivise en quatre petits sous-recueils: Au cœur de la nuit (p 11 à 24), À force d’y croire, à force d’amour (p 25 à 34), Au bout de nos chemins (p 35 à 50), et Il est un jardin (p 51 à 73). Ils sont précédés d’une dédicace (p 7) et d’un texte liminaire d’une page intitulé Saisir la vie (p 9), et suivis d’une table des matières (p 76 et 77) et de remerciements en page finale. Le recueil est illustré d’une peinture à l’acrylique en page couverture ainsi que de quatorze dessins de type encres et fumée (dont la teinte intégrale vire volontairement au rougeâtre). Ces illustrations sont de Céline G. Lapointe.

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Diane Boudreau-Tessier, Les jardins de lumière, Diane Boudreau-Tessier, 1988, 77  p.

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BUCZKO (roman de Loana Hoarau)

Posted by Ysengrimus sur 1 mai 2020

Buczko-couverture

De l’autrice de ce nouveau roman de pédophilie-fiction, il faut d’abord dire ouvertement qu’elle est une jeune femme elle-même, de la même façon que Louis Armstrong est noir quand il chante ironiquement qu’il est blanc à l’intérieur de lui-même mais que cela n’arrange pas ses affaires vu que sa gueule ne change pas de couleur (dans What did I do to be so black and blue), que Woody Allen est juif quand il plaisante à propos de son père devant donner de substantielles sommes d’argent à la synagogue pour pouvoir s’asseoir plus près de Dieu (dans Manhattan) et que Renaud Séchan est bel et bien français quand il chante que le roi des cons est indubitablement français (dans Hexagone).

Il faut bien dire cela en prologue parce que, dans ce roman terrible, épouvantable, insupportable, on nous campe avec un aplomb étonnant, un homme, Buczko, violenteur et tueur de petites filles (et de femmes… et d’hommes). Et l’œuvre n’est pas racontée du point de vue des victimes. Non, non, non. Nous devenons, intégralement, l’amoral, toxico, pédo et miso Buczko en personne, tel qu’en lui-même. Et on s’éclate à siffler de la vodka, à snorter de la poudre blanche (coke), de la poudre brune (héro) et à enlever des petites filles, les enfermer, les manipuler, les tabasser, les violenter, les louer à haut tarif à d’autres violenteurs, les estourbir et les escamoter. Cœurs sensibles, s’abstenir. On comprend presque. On pige quasiment le topo. Dans de très brèves mais tonitruantes envolées explicatives, Buczko procède d’ailleurs à une description quasi-clinique sans concession du surmoi peu reluisant et à géométrie variable des pédophiles actifs et violents. Nous ne guérirons jamais. Sans réelles lois au-dessus de nous, qui pourrait bien nous stopper sinon la mort? Nos vices, nous y pensons quand on nous enferme. Nos péchés, nous y pensons quand on nous soigne. Puis on nous libère pour bonne conduite, et nous recommençons nos activités macabres. Qui choisit cette voie? Je n’ai pas choisi cette voie. Pourquoi me punirait-on pour quelque chose que je n’ai pas cherché, que je n’ai pas voulu? Cocktail, serré, livide, lucide, de fatalisme, de narcissisme et de cynisme. On réprouve mais on suit…

Et foin d’envolées théoriques. C’est bien plutôt dans son action fulgurante —par la pratique, si on ose dire— que le pédophile est étudié, dans ce roman. C’est d’ailleurs fait avec une mæstria hautement perturbante. Notre sociopathe profond se déploie pour nous, sans malices ni artifices. On domine et comprend intimement le lot gesticulant de ses petites maniaqueries proprettes. Me voilà au centre commercial. J’y vais vraiment parce qu’il le faut. Je déteste ces endroits édulcorés qui sentent le fric et le cadavre. Les rayons pleins à craquer débordant d’aliments sans saveurs. De rabais indigestes. De promotions mensongères. Ça me répugne. Ça m’angoisse. J’ai l’odeur affreuse de la pourriture qui déborde de ces frigos, de ces présentoirs. Les sols sont crades. Orgie de microbes. Le milliard d’acariens copule sur les fruits et légumes sans protection. Copule sur les chariots rouillés qu’une paire de mains innocente empoigne. Copule sur les murs défraîchis. On domine et comprend intimement sa sourde misanthropie. Le regard androgyne, le look décontracté. Don Juan de pacotille, bimbos édulcorées, contact éphémère, femmes faciles, hommes d’un soir. Ce monde là m’horripile au plus haut point. Je hais l’homme, la femme, ce qu’ils sont, ce qu’ils deviennent en grandissant. On domine et comprend intimement son adultophobie implacable. Faut pas qu’elle grandisse. Je vais tout faire pour qu’elle ne grandisse pas. Laisse-moi m’occuper de tout. On comprend, on finit presque par partager sa frustration insondable et sa colère cuisante, pourtours inévitables de son programme radicalement négateur, amoral et nihiliste. C’est une des vertus de la fiction que de pouvoir entériner le monde des monstres.

Et l’amour suave et délétère de cette narco-crapule semi-psychotique de Buczko pour les petites filles nous est instillé, drogue d’entre les drogues, presque avec du sublime dans la voix. Dix ans. Non. Huit ans. J’opterais plus pour huit ans. Blonde comme les blés, le visage doux comme une liqueur. Haute comme trois pommes. Ondulation de sa robe qui flotte. De son parfum fleuri. Je ne vois plus rien. Je ne vois plus qu’elle. La destruction de la victime prend place en nous lumineusement, en rythme, par petits bonds nerveux. Éli me dévisage sans vraiment me regarder. Pousse de petits râles affectés. Semble complètement ailleurs. La catatonique sortie du monde de l’être qu’on détruit accède à rien de moins qu’une terrible grandeur. Elle fixe le mur sombre du regard comme une statue regarderait la plage. C’est une jeune femme qui écrit. Loana Hoarau en est à son deuxième roman. Tributaire des mêmes hantises que le premier, celui-ci est beaucoup plus assumé, plus solide, plus achevé. Une fixation prend corps. Un scotome s’imprime. Une œuvre s’annonce.

Le propos de cet ouvrage n’est absolument pas moraliste. Sa cruauté est absolue, hautement dérangeante, répugnante, révoltante, comme gratuite. Et pourtant (car il y aura un et pourtant…) notre pédo-toxico se retrouve avec une terrible clef anglaise jetée par le sort, dans le moteur bourdonnant de sa mécanique criminelle tellement rodée. Et tout va se mettre à déconner, s’estropier, chalouper, s’alanguir, se détraquer. C’est que, camera obscura et radicale inversion des polarités éthiques de l’existence obligent, dans le monde de la cruauté suprême et du crime sordide innommable, il est particulièrement nuisible, dangereux, délétère, subversif et autodestructeur de se surprendre à simplement aimer.

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Loana Hoarau, Buczko, Montréal, ÉLP éditeur, 2015, formats ePub ou Mobi.

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ÉGLOGUES INSTRUMENTALES — Cloches

Posted by Ysengrimus sur 21 avril 2020

J’ai retrouvé mes cloches
Et mon petit terroir
Mon ruisseau d’eau de roche
Ce scintillant miroir.

Au fond du paysage
De mon Québec profond
Les cloches lancent leur message
Lambeau de traditions.

Et même s’il ne persiste rien
Du quotidien mystique
De leur philosophie rustique
Il reste la musique…

Et il reste la joie
Que ces volées de cloches
Si lointaines et si proches
Font retentir en moi.

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FOLLE À DÉLIER (Anna Louise Fontaine)

Posted by Ysengrimus sur 7 avril 2020

Anna Louise Fontaine descend ici dans la fosse de la déraison et de l’intensité autre, en entrant dans une conversation échancrée (non glosée) avec une personne psychiatrisée. Pourquoi provoquerais-je tes démons en duel si ce n’est qu’ils sont miens avec autre [sic] masque? (p. 63) Il s’agit imparablement d’une quête continue du monologue devant un gisant maternel muet vrillant lentement son chemin vers le dialogue avec une femme égale. Il s’agit, sans plus sans moins, de trouver la démence en soi de par la démence de l’autre. Effet de contraste du fallacieux et du véritable. L’ombre nous révèle la lumière. Et ce qui est caché nous mène vers la vérité. Vers notre vérité. (p. 16). La quête du vrai ne pourra rien faire d’autre que de girer sur elle-même et de revenir en soi.

Sauf qu’il est proprement terrifiant d’oser cette avancée en direction du déséquilibre de l’autre. On s’en avise et cela se dit. On ne parle pas ici d’un acte clinique (une distance critique corrosive et acide est de fait cultivée ici envers l’acte clinique) mais d’un cheminement ouvert et non protégé, en direction du gouffre mental de l’autre. Laisser le courant nous emporter et faire confiance. C’est là le plus difficile. Oser le premier pas sur le précipice rencontré sur notre chemin. Ne plus écouter la peur qui ne peut que nous retenir dans un passé qu’elle connaît bien. Elle veut nous garder dans un pays qu’elle a déjà exploré. Et tout semble suspect à l’extérieur de ses frontières (p. 53). La peur fait régresser. La rencontre de l’autre fait progresser. Il ne s’agira donc pas de retourner en enfance. Il n’y aura pas cercle mais spirale. Car, pourtant, ce sont les hantises de l’enfance (de la narratrice) qui vont se retrouver revisitée, déchiquetées, lacérées, lambrissées, refaites.

La narratrice en vient donc, par chocs, par heurts, à procéder à une descente crucialement vrillée dans la fosse de sa propre enfance. La première ruine craquelée que l’on retrouve alors, fatalement, c’est le cadavre roide et familier du vieux bouclier d’autoprotection. Je me rappelle pourquoi, enfant, j’ai caché avec tant d’acharnement ces pulsions, ces envies, ces curiosités suspectes qui m’auraient valu sans doutes des étiquettes comme celles qu’on a estampées sur ton front. Marquée à vie pour n’avoir pu se conformer. Condamnée à perpétuité pour le crime de dissemblance (p. 14). Il faut rester intime avec toute la problématique de la ci-devant folie et des pulsions discriminatoires la rencontrant, par vagues, frontalement. La psychologie individuelle est lacérée, balafrée, par l’obscurantisme nivelant tant la différence que la subversion.

Mais vite la réminiscence de l’enfance et de la jeunesse de l’enfant glaise ne se confine pas aux dérives du Je tourmenté. Inévitablement une lecture sociologique, anthropologique, de la situation de crise lancinante s’installe. Petite fille, la narratrice a des yeux pour voir. Et les effets d’époque de lourdement s’imposer. On est dans ce deux poids deux mesures que l’on connaît encore trop bien. Valait mieux un corps d’enfant ou de garçon. On exige moins d’eux qu’ils se conforment à des modèles.  Alors qu’à nous, il n’est pas permis de quitter les rangs. Il nous faut nous contenter de romans à l’eau de rose jusqu’à l’âge de trouver un mari. Lequel voudra que nous ayons dormi jusqu’à ce que son baiser nous réveille (p. 40). On retrouve alors la parole de femme, qui macule tout l’exercice, de son sang et de sa pulsion puissante, toujours pour dire que demain est un autre jour et que le petit jour approche, perce, pointe. Il ne sera pas dit que la cruelle et douloureuse distorsion des pensées et des attitudes ne laissera pas sur le chemin des bribes de combats.

Selon la formule chère à Anna Louise Fontaine, un récit fulgurant de quarante-cinq pages (en onze courts chapitres: Dérangeante, Indécente, Impuissante, Sacrifiée, Mal heureuse, Folle, Privée d’amour, Incomprise, Affamée, Seule, et Délivrée) est suivi d’un recueil (sans titre) de vingt-deux poèmes (Une longue histoire, Sœurs de larmes, La peur et moi, Le miroir brisé, Mon cri, Un jour ou l’autre, Nul autre, Derrière la mémoire, L’enfant glaise, Le pacte, Venir au monde, Hors-la-loi, Ma vie, Tempête, Mon seul alibi, Sens dessus dessous, Un petit tour, Confiance, Chacun son tour, Pourvu que le temps, Post-trauma, Comme un pont). La thématique traitée se formule donc dans les deux grand genres d’écritures qui hantent nos rêves et nos pensées depuis le Moyen-âge, ce cher vieux temps du pilori des corps et des cerveaux. La tempête se déploie en prose et en poésie.

Tempête

Lourds caprices de mon esprit
Qui donnent chair à mon corps
Et entrave à mon envol

Permission accordée à la peur
De saboter plaisir et connivence

Triste exigence des demains programmés
Pour refréner tout élan
Toute danse insouciante

Refus d’être
Et d’occuper l’espace
En toute légitimité

Confiance sabordée
Au fil des phrases assassines
Et des coups portés

Honte sournoise et laide
Qui s’insinue dans mes nuits
Dans mes entrailles
Pour chavirer l’esquif
Des rêves et des matins

Mots qui se terrent dans mon ventre
Majuscules et enflés de silence
Secrets tus au miroir même
Et à l’évidence autre
Tous vivants et grouillants
Dans la boîte
Que ni moi ni Pandore
Ne pouvons tenir fermée
Plus avant

Je vous libère
Comme un magicien la tempête
Qui va tout détruire
Rageusement
Pour cet instant soupçonné
De calme
En l’œil de son futur

(pp 97-98 — typographie et disposition modifiées)

Il s’agit imparablement, encore et toujours, de ce qui enserre la force libératrice des pulsions. Cette peur, cette terreur qui tue à petit feu, c’est toutes les touches perfides, à la fois cuisamment échancrées et froidement systématisée, de l’éducation patriarcale d’un temps, qui la guide, cette peur (Confiance sabordée au fil des phrases assassines et des coups portés), brutalement aussi… comme je ne sais quel berger torve de mythe de toc guide ses brebis tremblantes, à la baguette. Mais un geste, même un geste transgressif face au factuel, au réel (Je vous libère comme un magicien la tempête) va rupturer le sac plein de pus et tout va enfin jaillir. Enfin. Enfin?

Dédié À Marie, ce traité latéral de la folie nécessaire (selon le petit incipit personnalisé de la copie de l’ouvrage remise à Ysengrimus) porte en sautoir sa propre autocritique. Elle est à la fois très originale et impitoyable. Le cliché me guette. La parole qui veut tout expliquer. L’espoir entêté. C’est pourquoi mes mots ne te rejoignent pas toujours. Il suffit qu’une seule phrase ne soit pas sentie et tu ne m’écoutes plus. Il te faut la vérité plus que la réponse. Parce qu’alors, dans l’authentique parole, nous nous retrouvons en plein cœur. Et tu n’es plus seule (p. 31). Le traitement de tels sujets se doit de parler vrai. Mais le bouclier autoprotecteur déjà mentionné n’est pas aussi fissuré que ça. Il arrive à produire, à émettre encore, des résistances fantastiques. Ces dernières se sentent fatalement, surtout dans l’interaction et le dialogue… ce dialogue vrai, véridique, dont notre narratrice continue tout doucement de s’approcher. L’atteindra-t-elle? Y accédera-t-elle? Voire… On sait pourtant, depuis les Grecs, que c’est dans le dialogue à bâtons rompus que la Folie et la Raison se touchent enfin.

Extrait de la quatrième de couverture: Anna Louise Fontaine a vécu son enfance dans les ruelles de Montréal et les bois des Laurentides. Son désir d’aider les gens l’amène vers le travail communautaire et le militantisme, alors que son besoin de s’exprimer la pousse vers les arts visuels. Parallèlement, avec l’acupuncture et l’homéopathie, puis avec la biologie totale et l’approche transgénérationnelle, elle s’est consacrée à percer les mystères de l’âme et à comprendre l’influence de l’inconscient sur le corps. Fascinée par la différence, elle a toujours interrogé la norme et cherché à révéler la beauté et l’unicité. L’écriture lui permet de partager avec les autres son cheminement singulier et toutes les questions qui hantent l’humain.

Anna Louise Fontaine (2017), Folle à délier — Récit et poèmes, Les très mal entendus, 120 p.

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LE CHEMIN DE MA VIE (Hélène Lamarre)

Posted by Ysengrimus sur 1 avril 2020


La mémoire en action jour et nuit
invite les événements à rejaillir dans ma tête
et à se laisser transcrire dans le récit de ma vie.
(p. 247)

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Le phénomène de l’autobiographie naturelle prend de plus en plus d’ampleur au Québec. Des plumes hardies, volontaires, se lancent, en toute authenticité, dans l’histoire de leur vie. La chose se fait au premier degré, sans artifice. Conscient(e) que les proches, les pairs, les amis, les parents, les enfants vont lire (on sent même parfois qu’il sont assez ouvertement le premier public cible), on écrit prudemment. On contourne les écueils les plus pointus. On ne se lance pas nécessairement dans la mise à nue absolue. Mais on ne fait pas nécessairement du jovialisme gentil-gentil non plus. Au mieux de l’impartialité dont on dispose quand il s’agit de procéder à la présentation du cours de sa propre vie, on s’efforce de rester factuel, honnête, décent… et intéressant. Habituellement basée sur des notes, des carnets, des cahiers de souvenir, l’autobiographie naturelle fonctionne souvent par à coups. On sent les variations de tics stylistiques, la patine du temps, les effets de mode, le feuilleté des collaborateurs et collaboratrices. On voit les coutures. C’est de la catalogne, du collage, du patchwork, du scrapbook. On a ici une expression très spécifique, originale, et pourtant encore fort mal connue. Cette méconnaissance est d’autant plus malheureuse qu’on a ici affaire à un phénomène massif dont l’ampleur est notamment confirmée par la facilité grandissante de l’accès aux structures de publication ordinaire. Tout le monde de nos jours peut écrire et publier assez aisément l’histoire de sa vie et, ainsi, contribuer significativement à la solide tapisserie ethnographique et sociologique de la description par le petit bout de la lorgnette de notre temps.

L’ouvrage d’Hélène Lamarre, Le chemin de ma vie  est parfaitement représentatif de la tendance manifestée par ce courant d’écriture. Entre 2007 et 2015, madame Lamarre (née le 24 mai 1944) a procédé à la rédaction de son autobiographie (voir pp 246-248 sur la genèse de l’ouvrage). La prise de parti d’écriture qui s’y formule est très sereinement assumée.

Tout ce chemin parcouru écrit sans prétention dans les pages de ce volume. La description des différentes étapes de ma vie couchées dans ce récit me permet de prendre plus intensément le contrôle de mon vécu, Une satisfaction, une douceur, une joie remplissent mon être en regard du travail accompli. Je raconte simplement l’aventure de mes ancêtres, de ma vie avec mes parents et de ma vie de femme mariée.
(p. 251)

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Ce livre présente ma perception des faits. Votre opinion peut paraître différente de la mienne. Je vous respecte et je vous demande de me respecter. Chacun porte sa paire de lunettes selon sa personnalité, voilà notre richesse.
(p. 125)

La rédaction s’amorce sur un captivant exercice d’ethnologie vernaculaire. Madame Lamarre donne, en première partie (pp 3-72), la parole à ses ancêtres. Parfois sur la base de documents, parfois sur la base de textes libres rédigés et signés par des collatéraux, parfois sur la base de retranscriptions d’enregistrements de témoignages oraux, on prend connaissance d’une série de vignettes écrites dépeignant la galerie des ancêtres de l’autobiographe (voir le commentaire du géographe et historien Jean-Paul Ladouceur sur cette portion de l’ouvrage, p. 69). Tout un passé revit, par touches. C’était l’époque héroïque où les babis n’étaient pas apportés par les cigognes (inexistantes au Canada) mais par les Indiens, qui étaient les seuls à pouvoir passer quelles que soient les conditions météo (p. 56, 76). Les mythiques porteurs de babis firent de l’intensif pour la génération de l’autobiographe, issue, elle-même, d’une famille de dix enfants. Cette savoureuse galerie d’ancêtres fourmille de petits faits saisissants et passionnants. Ainsi, on apprend qu’un des ancêtres de l’autobiographe avait, à sa maison de ferme, une porte arrière faite de sacs de jute. Le cheval un jour traverse ce frêle barrage, franchit la porte, se retrouve dans la cuisine et son poids en défonce le plancher de bois. Il atterrit dans le vide sanitaire, se trouvant un mètre plus bas. Les hommes ont alors du creuser une vaste fosse derrière la résidence pour en extirper la pauvre bête, plus morte que vive (p. 31).

Graduellement, on passe des ancêtres aux parents de l’autobiographe. On découvre alors la grande dimension aléatoire du monde et de soi dans ce monde. Ainsi, le père de l’autobiographe a amorcé sa liaison avec la mère de cette dernière après avoir joué à pile ou face avec un de ses amis. La petite joute avait pour enjeu le fait de choisir entre la mère de l’autobiographe, née en 1908, et une de ses amies, que les deux hommes convoitaient et revendiquaient parce qu’elle était plus forte et rencontrait donc mieux les priorités esthétiques du temps. Le père de l’autobiographe se retrouva avec le mauvais côté de la piécette et il dut sortir avec la plus svelte des deux dames, la future maman de l’autobiographe (p. 58).

À partir de la page 73, la tonalité du texte change. On entre dans le discours direct de l’autobiographe. Elle va nous parler d’elle et ce, jusqu’à la fin de l’opus. L’ouvrage est riche en détails sans jamais pourtant devenir vétillard. C’est que l’autobiographie se brosse, se résume, glisse sous nos yeux par bonds, sur papier glacé (agrémenté d’un bon nombre de photographies d’époque). Glissendi, on passe de la naissance à l’adolescence de l’autobiographe en une trentaine de pages. L’entrée explicite en adolescence est tout simplement magnifique.

À quel âge commence mon adolescence? Mon adolescence commence un jour bien précis. Jeune j’adore fabriquer des châteaux de sable dans la cour. Plus je vieillis, plus mes châteaux deviennent parfaits, des chemins ornés de branches représentant des arbres viennent compléter mon chef-d’œuvre. Papa place un gros tas de sable près de la remise et je m’en donne à cœur joie, mon imagination aidant à réaliser un gros projet dans le sable. Un garçon, Michel Fugère vient rencontrer mon frère Claude. Me voyant accroupie dans le sable il s’exclame: «Tu joues encore dans le sable!» Ma créativité, mes constructions dans le sable prirent fin avec cette remarque de Michel Fugère, un garçon que j’estime. Je laisse mon enfance se bercer dans le sable mou, se griser de mes constructions de boue et gambader dans ce monde imaginaire en le quittant. Je me lève et désormais j’agis en adolescente ou du moins j’essaie.

 À treize ans [en 1957] une nouvelle vie commence.

(p. 108)

Puis c’est la jeunesse et ses divers jeunessages, le mariage, la maternité. Au premier enfant, jubilation d’un temps… Je me sens comme un joueur de hockey qui vient de gagner la coupe Stanley, mon trophée, mon bébé Marie-Josée (p. 139). L’autobiographe aura trois filles, sa fierté, sa puissance. Loisirs et sports, vacances, temps des fêtes. Vie professionnelle, vie d’épouse, de mère, de grand-mère. Toute une phase historique cruciale de notre histoire ordinaire collective nous défile sous les yeux, tel un scintillant torrent.

Un des traits les plus spécifiques de l’autobiographie naturelle, c’est donc qu’elle est ouvertement laudative, presque lénifiante. Je me fais un devoir de faire connaître les bonnes nouvelles, oubliant les mauvaises (p. 245). Articulée comme une leçon d’optimisme et un bilan heureux, ciblant habituellement comme premier public les sujets et les pairs intimes dont elle traite, ce genre textuel voit prudemment, discrètement à atténuer les temps faibles, à combler les carences, à glisser sur les anfractuosités, à minimiser les mous de la vie. À la lecture, on le regrette parfois un petit peu. C’est qu’on a devant soi une femme d’un temps. Elle a du voir en permanence à rendre compatible des tendanciels fortement divergents: statut de femme au foyer, professionnalisme réapproprié, études tardives, bénévolat prométhéen. Il est très important de documenter ces femmes transitionnelles. Elles ont profondément marqué un temps. Elles ne vivaient déjà plus dans la prison rurale involontaire de nos grandes ancêtres mais elles ne s’articulaient pas encore non plus comme des professionnelles de plain-pied, à la façon de leurs filles et petites-filles (voir les fiches descriptives sur ces dernières pp 228-233). La génération de madame Lamarre a chanté, avec Diane Dufresne, Secrétaire… infirmière… hôtesse de l’air… Qu’est-ce que j’vas faire? Cela a quand même du grincer de temps en temps. Il faudrait aussi nous le dire… pas juste nous le laisser discrètement deviner entre les lignes. C’est que, oui, oui… l’histoire nous regarde. Cet ouvrage, cette étape, nous fait bien sentir que le jour de l’analyse féminine et féministe du bilan du siècle dernier approche. De fait, des auteures comme Hélène Lamarre y contribuent déjà.

C’est qu’un ouvrage comme Le chemin de ma vie reste méritoirement un solide morceau d’histoire du Québec et de l’Amérique du Nord. Cette parcelle d’historiographie, c’est aussi un de ces multiples moments contemporains où les femmes prennent la parole, à leur façon, selon leur logique, leurs choix et leur dynamique. Ce faisant, comme le disait autrefois Lise Payette, elles parlent de ce qui les intéressent. On a donc ici un témoignage précieux, qu’il faut finalement respecter et prendre tel qu’il est.  À lire.

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Extrait de la quatrième de couverture:

Hélène s’intéresse à l’histoire, celle du Québec surtout, ainsi qu’à la généalogie.

Elle se raconte à travers sa biographie, tantôt avec ses propres yeux, tantôt à travers le récit d’un proche… C’est une de ces femmes qui a vécu la Révolution tranquille et les changements sociétaux des années 50 à aujourd’hui.

Je vous invite à la découvrir à travers ces pages, elle, sa famille, la ville de Grand-Mère, ses amis… Une belle histoire de vie!

Marie-Josée Bellemare

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Hélène Lamarre (2017), Le chemin de ma vie, À compte d’auteure, Saint-Eustache, 259 p.

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Il y a cinquante ans, la Nuit de la poésie de Montréal

Posted by Ysengrimus sur 27 mars 2020

NUIT DE POÉSIE

Qui aurait su ici que tout n’était pas dit
Qu’il trainassait encor des mots dans les cartables
Des quolibets fragiles, du verbe épormyable
Nuit de poésie

Les poétesses ne se laissent pas dicter leurs soucis
Elles brandissent le vers libre, celui dont on se barde
Et pètent dans les flammes leurs ardeurs d’avant-garde
Nuit de poésie

Gaston Miron, giron, a l’air tout interdit
Il le sent fortement que tout ça le submerge
Son propos incisif sonne comme de la gamberge
Nuit de poésie

Michèle Lalonde, oblongue, déclame notre folie
Il est indubitable qu’elle ne saurait se taire
Pourquoi chercher de l’or, si on a trouvé du fer
Totalité des poésies

Un soir, déchiqueté, notre enfant-nation lit
Il se souvient trop bien qu’il a vécu des crimes
Et que ceux-ci se soignent à la crème des rimes
Nuit de poésie

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Je n’avais pas encore douze ans. Je ne m’occupais pas encore de poésie. Je n’écrirais mes quelques premiers vers que quelques petites années plus tard. Je suis donc passé en dessous de la table ici aussi, comme pour Mai 68. Je n’ai découvert cet évènement tripatif que des années plus tard, à travers la captation synthèse qu’en fit alors le beau film de Jean-Claude Labrecque. Ce pseudo-documentaire est soigneusement truqué mais, bon, c’est tout ce qu’il nous reste. Il est truqué notamment parce que des soixante poètes et poétesses qui coassèrent en cette sublime nuit-là, le film n’en retient que vingt-trois, la majorité d’entre eux satellisés à la maison d’édition de Gaston Miron. Le montage du film présenterait, en plus, leurs prestations dans le désordre. Ah, que fait-on de nos petites histoires dans l’Histoire.

Qui plus est, cette grande nuit de poésie de 1970 n’a pas eu que des amis. Submergée par son succès, elle aurait laissé bien des convives sur le trottoir (on voit Gaston Miron se chamaillant dans le hall d’entrée du théâtre avec un des organisateurs, lui reprochant d’avoir fait trop de pube. Un comble). On sent encore nettement ce clivage crispé entre le peuple et ses soi-disant élites intellectuelles, dans le vieux style d’avant la grande tertiarisation des choses. Aussi, faussement spontané, l’évènement aurait, de fait, été très étroitement encadré. Certains grands poètes et poétesses ne furent pas retenus dans l’alignement, pour des raisons explicites et assumées de choix idéologiques… tant et tant que cela valut à ce symposium irrésistible, ainsi qu’au film solide, limpide et très beau qui en découla, un certain nombre de coups de varlope de la part de folliculaires actuels. Mais c’est pas si grave.

Ce qui compte fondamentalement, c’est le principe. Avec cette grande nuit de la poésie de mars 1970, un paradigme d’expression est fermement instauré. Elle fera des petits, cette fameuse nuit. Elle deviendra une manière de grammaire d’engendrement. Aujourd’hui, des tas de gens se regroupent pour se lire de la poésie dans des rencontres, dans des évènements, dans des festivals, dans des marathons nocturnes… et le souvenir de mars 1970 nous accompagne et nous épaule toujours un peu, quand nous le faisons. On comprend les gens associés à cet évènement-phare de l’avoir vécu comme un marqueur d’époque et d’avoir cultivé par la suite le sentiment, à la fois modeste et exalté, d’avoir coulé en son métal moderne un des modes d’expression cruciaux de tout un peuple.

Ce qui frappe quand on revoit ce long métrage, c’est comment tout ça a finalement plutôt bien vieilli. Le son est bon, les images sont belles, le décor est adéquatement campé, les gens sont joliment habillés et leur poésie sonne sec et clair. Bon, évidemment, il faut jouer le jeu, c’était dans le temps des trippeux et du comble de l’ardeur prolétarienne et nationaliste mais ça passe bien, sans lourdeur. Certains contrastes sont assez saillants. Gaston Miron, qui est au four et au moulin, a l’air propret d’un vendeur de brosses un rien dédaigneux et certains des rimailleurs de son écurie sonnent comme des chapons ecclésiastiques. Mais trois puissances chantées se font clairement entendre: Pauline Julien, Georges Dor (qui garroche des livres dans la foule) et Raoul Duguay. Trois puissances poétiques se lèvent durablement: Pierre Morency, Michèle Lalonde et Claude Gauvreau. Et la musique magistrale de L’Infonie de Walter Boudreau n’a pas pris une ride.

La séquence Claude Gauvreau est lumineuse. Le monstre mégalo, à qui il ne reste malheureusement qu’un an à vivre, est en grande forme et il a une façon d’affecter d’ignorer son public en le picossant quand-même qui est savoureuse. Il est particulièrement satisfaisant de voir Gauvreau lire ses textes, sous les jappements épisodiques. Bien mythocrate (il se présente un peu comme son propre biographe, pompeusement… c’est grand, dans le pathétique), il déclame ses magnifiques abracadabrance sur un ton parfaitement irrésistible.

Le fameux Speak White de Michèle Lalonde est toujours aussi puissant et dévastateur. Il a vieilli comme du vieux bois de meuble. En l’écoutant et en le méditant, je me demande si l’occupant anglo-canadien oserait encore traiter la langue française, même dans sa variété joualisante, comme le dialecte semi-forestier dont la Michèle Lalonde de 1970 a fait saillir les épineux complexes. J’en doute. Mais allez savoir… Quoi qu’il en soit, il reste des choses qu’il faut ne pas hésiter à continuer de dire. La pérennité polymorphe de ce texte crucial est là pour en témoigner.

Au milieu de tout et du reste, apparait soudain une jeune femme de vingt-sept printemps aux longs cheveux bruns ceints d’un joli bandeau d’époque, tenant un exemplaire de la revue La Barre du jour à la main. C’est Nicole Brossard. Elle lit quelques-uns de ses textes denses, confidentiels et songés, s’épinglant irréversiblement au sein de ce petit monument. La chose est d’autant plus tripative que Nicole Brossard est et reste une figure particulièrement autonome et originale, dans le tableau bigarré et tonitruant de la poéticité québécoise, toujours en constant chambardement. La radicalité poétique de cette artiste majeure est à l’antipode tant du langage ordinaire que de la pensée triviale. Sport extrême, gastronomie exotique, explorations philosophiques hors-normes, concert de musique atonale… ont en commun avec la poésie de Nicole Brossard de revendiquer, sans rougir, l’effort qui paie. Appréhender l’œuvre d’une poétesse de son calibre assure la plénitude de cette entrée en radicalité. Le texte est dense, insolite, déstabilisant. On se laisse submerger, subvertir, puis hanter. Le message implicite finit par forer son chemin, dans nos cerveaux nécrosés par la colère et par la frustration. Vivons, sans compromission, cette cruciale rencontre avec l’art comme bel ouvrage, autant que comme perturbation permanente des sens, des thèmes et des émotions. Citation de Nicole Brossard, quarante ans plus tard: Ce serait toujours le temps de la poésie, mais tous les cinq ans, il y a un roman qui pousse, des questions qui cherchent à être formulées. Parfois aussi il y a un besoin de l’essai, plus rationnel, plus cohérent. (entretien avec le journal La Presse en novembre 2010). Il y a bel et bien, encore de nos jours, plusieurs Nicole Brossard. C’est qu’il existe ici aussi, en périphérie, la romancière et la théoricienne. Mais c’est sur la poétesse que nous avons fugitivement concentré notre attention lors de cette rencontre phare de 1970. Née en 1943, Nicole Brossard produit du texte et ce, depuis 1965. Le corpus Brossard, dense et volumineux, qui se déploie donc aujourd’hui sur plus de cinquante ans, transgresse ouvertement la typologie ordinaire des discours et donne à découvrir la force d’évocation fleurissant sur le terreau inévitablement libertaire de la faiblesse institutionnelle et culturelle des genres littéraires.

Oh. Oeil de Lorsque. De 1970 à 2020, que de chemin parcouru sur la piste pierreuse de nos poéticités exacerbées. La nuit de poésie de 1970 fut longtemps décodée come un acte exclusivement sociopolitique. Le recul du temps nous permet aussi d’observer qu’elle est un regard globalisant sur ce que revendique la québécité. Quelle que soit l’analyse rétrospective qu’on en fasse aujourd’hui, il reste que rien ne sera plus pareil dans la République Patriote des Lettres, après mars 1970.

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DEUX NOUVELLES D’ISABELLE LAROUCHE

Posted by Ysengrimus sur 21 mars 2020

Illustration: Marc Delafontaine

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L’auteure québécoise Isabelle Larouche a produit un certain nombre de textes de fiction courts pour la jeunesse. Deux de ces textes touchent des genres distincts mais presque complémentaires, la science-fiction (ou l’anticipation, ceci pourrait être débattu) et la nouvelle d’évocation. À moi, nouvelles, deux mots…

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LA SPHÈRE —  La Sphère Virtualia est une manière de cyber-simulateur intégral. Elle reproduit fidèlement les espaces réels mais elle piège aussi ses invités dans son univers circonscrit. La jeune Gabrielle a contribué à la création par son père de certains des hologrammes qui habitent ce monde. Le Paris de 1900 a pris une singulière densité à son instigation. Et voici que ce dispositif virtuel, amical et contrôlable, devient de plus en plus intéressant, plus intéressant que la réalité même. Gabrielle y rencontre un garçon charmant qui semble tout spontanément comprendre ce qu’elle aime. Le temps semble se déployer autrement. Et pendant que Gabrielle s’engloutit dans son univers virtuel, toute une camarilla scientifique s’efforce de l’extirper de cette toile d’araignée circulaire. Cela se fera-t-il sans séquelles psychologiques, physiques et intellectuelles?

On a ici une nouvelle qui ressemble singulièrement au synopsis d’un roman que l’auteure pourrait encore écrire. Si l’objet technique ressemble initialement au fameux simulateur (Holodeck) de Star Trek, il s’en autonomise rapidement par le fait que la protagoniste, justement, s’autonomise elle-même de l’emprise technique du susdit simulateur, mais en assurant fermement une perpétuation du dispositif hallucinatoire. Tout se joue comme si l’objet technique avait fonctionné comme un simple déclencheur imaginatif menant la protagoniste à s’ouvrir et à assumer la propension à se mettre à vivre dans sa tête. Le monde scientifico-médical et parental cherchant à récupérer la jeune rêveuse perdue apparaît alors comme le monde adulte auquel l’imaginaire adolescent résiste encore et refuse de céder. Il y a là un vaste potentiel, narratif et symbolique, exploitable.

Isabelle Larouche (2004), «La Sphère», Marie-Andrée Clairmont dir, (Collectif de l’association des écrivains québécois pour la jeunesse), Virtuellement vôtre, Éditions Vents d’Ouest, Coll, Ado – Aventure numéro 62, Gatineau, pp 25-36.

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PINGUALUIT — Le jeune Norman part en compagnie de son père pour Pingualuit, dans le Nunavik (grand nord québécois). C’est un voyage de camping dans le vaste espace boréal. La majorité des déplacements se font en avion. Le guide inuit qui accompagne Norman et son père a amené Piari, son fils, avec eux. Piari ne parle que l’inuktitut. Norman va donc devoir déployer son petit lexique portatif et entrer en studieuse interaction avec son nouvel ami. On expérimente une courte mais intense aventure impliquant une découverte naturelle autant qu’une rencontre ethnoculturelle. Le cratère des Pingualuit, vieux de quatorze millions d’années et contenant une eau très pure est le principal objet d’attraction de cet immense espace. Un mystère s’esquisse. Cette eau est-elle vraiment terrestre et aussi, surtout: Piari est-il vraiment Piari?

Cette nouvelle d’évocation prend toute sa densité de par une solide mise en place visuelle et sensorielle de la toundra boréale. Notons, pour la touche ethnoculturelle, que Galarneau, c’est le nom qu’on donne au Québec au soleil. Si ce dernier adopte des comportements diurnes et nocturnes si singuliers ici, c’est que la proximité du cercle polaire impose les contraintes astronomiques que l’on connaît. Le cratère séculaire, les aurores boréales sémillantes, la faune imprévue sont évoqués avec une tendresse et une vigueur descriptive qui nous fait entrer pleinement dans cet univers étrange. Les personnages, notamment les Inuits, nous suscitent le dépaysement de la solide réalité du voyage. On a ici aussi un texte à chute, qui nous laisse rêver sur les potentialités du mystère, au moment de l’interruption de ce trop court séjour nordique.

Isabelle Larouche (2012), «Pingualuit», Marie-Andrée Clairmont dir, (Collectif de l’association des écrivains québécois pour la jeunesse), Le camping ça me tente!, Association des écrivains québécois pour la jeunesse, Saint Lambert, pp 11-31.

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Le drapeau du Québec. Du meuble colonial à l’étendard réapproprié

Posted by Ysengrimus sur 7 mars 2020

Bon, comme je n’ai pas que des choses agréables à vous dire sur ce sujet, on va commencer par s’entendre sur un point. L’étymologie vexillologique n’est pas la vexillologie. L’étymologie, c’est ce qui a contribué crucialement à la charpente et à la constitution d’un écu ou d’un drapeau mais dont la signification est oubliée des commettants contemporains dudit écu ou drapeau. L’étymologie d’un drapeau n’est surtout pas le secret caché de sa signification synchronique. C’est juste le descriptif de son passé… les casseroles de son passé aussi, car parfois des symbolismes parasitaires peuvent resurgir de ci, de là, comme autant de rots étymologiques. Si bien que des gens qui aiment leur drapeau et le chérissent profondément peuvent parfois se retrouver avec des petites surprises plaisantes ou, plus souvent, déplaisantes, notamment dans des situations de dialogue culturel.

On va prendre un petit exemple simple et imparable de ceci. Le drapeau français, le Tricolore. Cette bannière majeure, historiquement cruciale, a été la source d’engendrement d’un grand nombre de drapeaux à stries, tous de type République. Le bleu blanc rouge français incarne, en synchronie contemporaine, plus que tout autre drapeau, l’idée même de république. Et pourtant son étymologie contredit assez frontalement son être essentiel actuel. Jugez-en. On part des couleurs de la ville de Paris qui sont, depuis le quatorzième siècle, le rouge et le bleu, juxtaposés. Pendant la révolution française, les milices populaires parisiennes portaient la cocarde rouge et bleu, qui en vint vite à symboliser le peuple de Paris. Le 17 juillet 1789, parce que le peuple de Paris veut se réapproprier son roi, qui est à Versailles, ouvert à tous les vents des influences aristocratiques étrangères compradore et malsaines, le marquis de Lafayette ramène le roi à Paris et, dans une cérémonie restée célèbre, Louis XVI rencontre le peuple de Paris et se fait apposer une cocarde tricolore. Celle-ci se réverbère ultérieurement dans le drapeau. On ouvre l’espace formé par les deux couleurs de Paris et on insère, au centre, le rectangle blanc, symbole des Bourbons (le drapeau des Bourbons est un drapeau blanc depuis au moins Louis XIII). Le Tricolore sémiologisait donc initialement le roi de France, central (le blanc, en position de pal), tenu et enserré par le peuple de Paris (dans la pince formée par le bleu et le rouge du mât et du battant). La symbolique initiale du drapeau français est donc celle d’une monarchie constitutionnelle hautement parisianisée, formule politique à laquelle Lafayette croyais bien plus que le roi. L’étymologie du drapeau de la France est donc primordialement non républicaine et non hexagonale. Ce n’est évidemment plus sa signification contemporaine. Soyons donc clair sur un point: quand l’étymologie d’un drapeau contredit son être essentiel contemporain, c’est l’être essentiel contemporain qui prime. Toujours. Les gens se foutent de l’étymologie, des aléas constitutifs, et des stigmates passés de leur drapeau. Ils l’aiment pour ce qu’il est et ce qu’il incarne ici et maintenant (pour le Tricolore: peuple de toute la France et République). Ceci est crucial… surtout quand l’étymologie d’un drapeau est aussi difficile et lourde que celle du drapeau du Québec.

On va aussi distinguer deux grands types d’inspirations vexillologiques. L’inspiration Féodalité et l’inspiration République. Cela est crucial parce que le Québec, comme pays conquis, colonisé, nié, magané puis réapproprié, va balancer, dans sa vexillologie tourmentée, entre ces deux grandes inspirations. Un drapeau de type Féodalité incorpore des écus, des meubles, des animaux (moutons, lions, aigles, dragons, licornes), des croix, des sautoirs, des chevrons, des fleurs, des cœurs et tout un fourbis d’objets figuratifs. Un drapeau d’inspiration Féodalité est conservateur. Il s’inspire habituellement des vieux écus féodaux. On dira, pour simplifier, qu’un drapeau de type Féodalité est de tendance ducale, monarchiste et provinciale (au sens français ou canadien du terme). De ce fait, le drapeau Féodalité est toujours crucialement inféodable. Un drapeau de type République est progressiste. Il est aussi plus abstrait et non-figuratif, tendanciellement symboliste. Il incorpore quasi-exclusivement des stries, des bandes soit horizontales (chef, fasce, base — genre drapeau des Pays-Bas ou de la Russie) soit verticales (mât, pal, battant — genre drapeau de la France ou de l’Irlande). On dira, pour simplifier, qu’un drapeau de type République est de tendance populaire ou bourgeoise, républicaine et nationale. De ce fait le drapeau République est toujours crucialement une bannière évoquant la résistance à la monarchie, allant éventuellement jusqu’à la promotion de la révolution républicaine (anti-monarchique). Faut-il ajouter que, au moins jusqu’au vingtième siècle, les monarchies (constitutionnelles ou autres) avaient une sainte horreur de l’apparition de drapeaux de type République dans leurs espaces inféodés, provinciaux ou coloniaux. Les monarchies toléraient par contre parfaitement des drapeaux de type Féodalité, quelles que soient les velléités frondeuses (toujours récupérables, au fond) que ces étendards exprimaient.

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QUAND L’OCCUPANT COLONIAL NOUS FLEURDELISE. On va partir de la fleur de lys. Il y a de bien mauvaises nouvelles la concernant. C’est que la fleur de lys nous a été imposée par l’occupant colonial. Elle apparaît pour la première fois, sur un objet héraldique typiquement québécois (ceci NB), dans les armoiries du Québec, imposées unilatéralement, et sans consultation populaire aucune, par les gars d’héraldique de la reine Victoria, en 1868.

Les armoiries victoriennes du Québec

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Un vexillologue canadien anglophone décrit, sans d’ailleurs s’émouvoir outre mesure, cette surprenante incorporation de fleurs de lys dans l’écu colonial d’une des provinces nord-américaine d’un des dominions britanniques.

Each of the four founding provinces received arms by royal warrant on May 26, 1868. Quebec’s reads like a chronology: fleurs-de-lis in the chief representing the French Régime, an English lion in the centre (fess) representing the British Period, and maple leaves in the base for the Canadian period. Curiously, although three golden fleurs-de-lis on a blue field had been the traditional representation, yet, two blue ones on a golden field appeared on the 1868 arms. No explanation was given at the time for these choices, but plausible ones are not hard to find. The practice of reversing colours on derivative arms is well established: just as the saltire on the 1625 arms of Nova Scotia (New Scotland) is a reversal of the white saltire on blue used by Scotland, it would be equally appropriate if the fleurs-de-lis on the portion of the arms representing New France were a reversal of those of France. It has also been suggested that the change in number and colour was just a polite way for Queen Victoria’s heralds to distance themselves from the historic claim England had for land in France. After all, in pursuant of this claim, the royal arms of Britain had born golden fleurs-de-lis from 1340 to 1801; there was no point in opening old wounds now by returning them to the arms of a British dominion. Finally, the choices may have been driven as much by design considerations. Certainly, as presented, the arms of Quebec are a beautiful match to those granted to Nova Scotia at the same time.

[Chacune des quatre provinces fondatrices [du Canada] reçut des armoiries par mandat royal, le 26 mai 1868.  Celles du Québec se lisent comme une chronologie: des fleurs de lys au chef pour représenter le régime français, un lion anglais au centre (fasce) pour représenter la période britannique, et des feuilles d’érable à la base pour représenter la période canadienne. Curieusement, bien que trois fleurs de lys dorées sur un fond bleu aient été la représentation traditionnelle, ce sont deux fleurs de lys bleues sur un fond d’or qui figurent sur les armoiries de 1868. À l’époque, aucune explication n’a été fournie pour ces choix, mais des explications plausibles ne sont pas difficiles à trouver. La pratique qui consistait à inverser les couleurs sur les armoiries dérivées est très bien établie. Ainsi, tout comme le sautoir bleu sur fond blanc qui figure sur les armoiries de 1625 de la Nouvelle-Écosse est une inversion du sautoir blanc sur fond bleu utilisé par l’Écosse, il serait également approprié d’envisager que les fleurs de lys qui figurent sur la partie de l’écu représentant la Nouvelle France s’avèrent être une inversion de celles de la France. On a également suggéré que les changements en nombre et en couleur ne furent qu’une façon polie pour les gars d’héraldique de la reine Victoria de se distancier de la revendication historique de l’Angleterre sur des territoires en France. Après tout, en référence à cette revendication, entre 1340 et 1801, des fleur de lys dorées figurèrent sur les armoiries royales de l’Angleterre. Il ne servait à rien de rouvrir de vieilles blessures en les restaurant au sein des armoiries d’un petit dominion britannique. Finalement, les choix auraient pu être guidés par des considérations esthétiques. Certainement, telles que présentées, les armoiries du Québec s’accordent merveilleusement avec celles accordées à la Nouvelle Écosse à la même époque.]

Alistair B. Fraser, 1998, The Flags of Canada, chapitre 15 intitulé «Quebec, from the book»

Il trouve ça très beau, le gars. On retiendra. Voici effectivement, notons-le au passage, un de nos compatriotes anglophones pas trop opposé aux fleurs de lys, calice (et il ne sera pas le seul)… Les fleurs de lys ont en effet déjà figuré sur l’écu de l’Angleterre quand cette dernière considérait la France comme un de ses duchés (cf les motifs profonds de la Guerre de Cent Ans). Il n’y a donc pas de difficulté historique particulière, pour les gars d’héraldique victoriens, à restaurer lesdites fleurs de lys dans l’écu colonial du Québec occupé. C’est une façon limpide de signaler qu’il est bien fermement inféodé, lui. Le développement de monsieur Fraser au sujet de l’inversion des couleurs sur les armoiries dérivées est parfaitement satisfaisant. Par contre le petit monsieur erre totalement quand il parle du sautoir bleu sur fond blanc qui figure sur les armoiries de 1625 de la Nouvelle-Écosse. Le sautoir aux couleurs inversées auquel il fait allusion figure en fait sur le blason moderne de la Nouvelle-Écosse ainsi que sur son drapeau. Faible. Il erre aussi un max quand il nous raconte que l’écu du Québec suggère une chronologie. C’est pas ça du tout. C’est bien plutôt que le lion britannique se promène dans son jardin floral colonial incorporant, tout tranquillement, synchroniquement, des feuilles d’érable et des fleurs de lys, qui sont toutes bien à lui. Pour preuve de cette interprétation spatiale et synchronique de l’écu du Québec, avisons son grand ancêtre, justement, l’écu victorien de la Nouvelle Écosse (qui date, lui, de 1625 et est, redisons-le, sans sautoir).

Les anciennes armoiries de la Nouvelle-Écosse

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Un saumon de rivière se promène le long de son petit champ floral à lui, des chardons écossais. L’origine écossaise de cette province est largement fantasmée et délirée par l’occupant qui projetait alors, à l’aveugle, ses duchés européens sur la carte de l’Amérique britannique (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse). La Nova Scotia (jargon de cartographes passé dans l’usage, chez les anglophones) et le récit fictif des néo-écossais sont donc évoqués ici sans chronologie particulière. Qu’on aille pas me raconter qu’on est passé historiquement de l’ordre des deux chardons écossais (tête), à l’ordre du saumon (fasce) avec retour au chardon écossais unique (base). C’est le déclin des Écossais ou quelque chose? La mise sur une ligne du temps allant de haut en bas ne veut rien dire, en fait, ici. C’est que c’est pas du tout chronologique, ce présentoir. C’est plutôt synchronique et spacio-figuratif. Le saumon maritime de fasce se promène gentil-gentil entre des champs de chardons écossais ici, tout comme le lion britannique se promène dans sa bande de fasce rouge-anglais parmi ses fleurs de lys vieillottes et ses feuilles d’érables modernes, sur les armoiries du Québec.

L’impérialisme victorien a une forte propension à représenter ses peuples inféodés des Amériques par de gentilles petites brindilles, bien dociles et bien décoratives. (La fleur de lys française étant l’une d’elles, parmi d’autres). J’en veux pour exemple la spectaculaire corroboration de ce fait qu’on retrouve sur les armoiries victoriennes de la ville de Montréal (qui se répercutent sur l’ancienne version du drapeau de Montréal — la version moderne continuant la même propension, en plaçant un pin blanc au centre de la croix, pour symboliser les nations aborigènes).

Les armoiries victoriennes de Montréal

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Une rose de Lancastre (les perdants anglais de la vieille Guerre des Roses), un chardon écossais, un trèfle irlandais et une fleur de lys française se regroupent autour de la Croix de Saint George britannique et autour du mot pseudo-magique: Concordia. Toutes ces fleurs, lys inclus, sont inféodées dans le giron de l’empire. Elles ne font nullement l’objet d’une reconnaissance qui leur assignerait de l’autonomie ou une souveraineté propre. Elles sont satellisées dans le cadre éclectique, cumulatif, et dominateur d’une symbolique englobante, vassalisante, de type Féodalité.

Ce que je suis en train de vous dire, c’est que la fleur de lys est, au tout début de son aventure québécoise, ce qu’on appelle en héraldique un meuble. C’est à dire un des objets fragmentaires figurant sur un écu plus grand l’incorporant dans l’espace plus large de sa domination. Ceux qui s’imagineraient que cette mise au nombre des meubles de la fleur de lys par l’occupant colonial serait un archaïsme victorien, sans plus, sont priés de méditer sa singulière continuité en la maquette du drapeau du Canada suivante qui, elle, date, de 1964.

Maquette de type drapeaux dans le drapeau pour le drapeau du Canada (non retenue)

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Cette maquette ne fut pas retenue parce que le premier ministre canadien du temps se refusait à l’intégration de tous meubles ou fanions héraldiquement hérités, dans le drapeau canadien, qu’il voulait neuf. Mais cette maquette en dit fort long sur le statut mobilier de la fleur de lys, pour l’occupant colonial canadien moderne. On a ici une allusion aux soi-disant deux peuples fondateurs du Canada. Les Britanniques sont représentés par un Union Jack moderne. Les Français sont représentés par une bannière fleurdelisée capétienne surannée et vieillotte. D’une part, si l’allusion (toujours hasardeuse) des drapeaux dans le drapeau avait voulu être étymologique, il aurait fallu que l’on place ici le vieil Union Jack de 1606, celui sans la croix de Saint Patrick (le sautoir —le X— rouge) en compagnie des fleurs de lys (soi-disant) du Régime Français. D’autre part, si l’allusion des drapeaux dans le drapeau avait voulu être synchronique, il aurait fallu que l’Union Jack moderne soit accompagné du drapeau français moderne, soit le Tricolore (qui a eu une belle vie au Canada, j’en reparle plus bas). Or on a ici un Union Jack moderne (et dominant) et une bannière française ancienne (fleurdelisée, donc folklorisée). Longué, longué… Quand je vous disais qu’il y avait des mauvaises nouvelles au sujet de la fleur de lys

Pas de fafinage. Il faut regarder la bête bien en face. La première fleur de lys vraiment québécoise est un meuble héraldique dans un écu colonial imposé sans consultation par l’occupant anglais. Point. Barre. Et venez pas me parler des vieilles fleurs de lys du Régime Français (on va amplement revenir sur ces dernières, plus bas). Aucune d’entre elles n’accote en ancienneté la date de la présence subordonnée de fleurs de lys sur l’écu royal britannique (1340). Parfaitement récupérable et inféodable, la vieille fleur de lys est, pour l’occupant colonial, comme les pork & beans, la chanson À la claire fontaine, le gentil mouton de Jean-Baptiste, et les ceintures fléchées, un petit objet de folklorisation bien mignon. Ils ne se doutent pas une seconde, lors de la mise en place autoritaire des armoiries coloniales québécoises de 1868, des mauvaises surprises que leur réserve ce petit zinzin pointu d’apparence si biscornue et si inoffensive.

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DRAPEAU RÉPUBLICAIN I: DÉFAITE PATRIOTE. Il faut maintenant reculer un petit peu dans le temps. Au tout début du règne de la reine Victoria (en 1837-1838) des révoltes éclatent dans les deux Canadas, le francophone et l’anglophone. Ces révoltes sont très ouvertement anti-monarchiques. L’administration coloniale, vétillarde et autoritaire, maintient un régime politique tombé en désuétude en métropole depuis presque cent ans, celui de la non-responsabilité ministérielle. Comme le roi d’Angleterre l’avait fait jusqu’en 1741, le gouverneur colonial de chacune des deux colonies mettait à profit un système parlementaire bicaméral. Il laissait la chambre du commun (Chambre Basse) se remplir de citoyens élus et il s’entourait, lui, d’un Conseil Législatif nommé par lui (Chambre Haute) et qui contrôlait intégralement les subsides. Ces deux oligarchies arrogantes se faisaient surnommer au Bas-Canada la Clique du Château et au Haut-Canada le Family Compact. En parallèle, donc, sous la houlette de William Lyon Mackenzie (au Haut-Canada) et de Louis-Joseph Papineau (au Bas-Canada), les deux colonies, toutes deux parfaitement intégrées désormais à la progression historique interne du tout du monde anglo-saxon, prirent les armes au cri, déjà antérieurement formulé en Angleterre et aux États-Unis, de No taxation without representation.

Au Haut-Canada, les étendards brandis s’inspirent largement d’une imagerie américaine. Au Bas-Canada, le modèle, ce sera plutôt un autre pays catholique qui résiste de longue date au sein de l’empire, l’Irlande. Comparer les drapeaux suivants:

Le drapeau des Patriotes canadiens-français

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Le drapeau de la République d’Irlande

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Le drapeau des Patriotes (adopté en 1832) est le premier drapeau des canadiens francophones ainsi que la seule bannière de type République originale jamais produite en terre de Canada. D’autres fanions plus figuratifs (avec feuilles d’érables, castors, maskinongés — mais pas la moindre fleur de lys) seront brandis lors des rébellions mais ce tricolore horizontal sera le plus employé. C’est lui, le vrai étendard patriote. Les rébellions seront écrasées par la puissante armée coloniale britannique, dans les deux Canadas, au tout début du règne de Victoria. Soucieuse de comprendre ce qui s’est passé (les moutons canadiens qui se changent en lions, c’est quand même très curieux), l’administration victorienne, réjuvénante, compétente et modernisée, enverra un gouverneur plénipotentiaire et enquêteur extraordinaire, Lord Durham. Ce dernier finira par recommander la responsabilité ministérielle (contrôle des subsides par les chambres basses — ce que réclamaient justement les patriotes des deux Canadas) et l’union (à visée assimilatrice) des deux Canadas (1840). On ne veut pas d’une révolution américaine 2.0. en Canada, et on va fermement prendre les moyens pour que ça n’arrive pas.

Dans ce mouvement de remise en place victorien d’une autorité monarchique revitalisée, le drapeau patriote, subversif, autonomiste et, surtout, républicanisant, deviendra tout simplement illégal.

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DRAPEAU RÉPUBLICAIN II: IL VA FALLOIR CASSER CETTE FRANCITÉ RÉPUBLICAINE PAN-CANADIENNE. L’occupant colonial va alors adopter des procédures authentiquement impériales. L’Angleterre de Victoria, vouée à dominer le siècle, gère des portions immenses du monde. Elle encadre des maharadjahs, des rois africains, des seigneurs de guerres chinois, des guerriers sikhs, des autorités régionales et ducales de toutes farines. Elle passe donc des ententes avec des intendants locaux, les fait tenir le terrain pour elle, exploite les ressources des territoires et empoche les dividendes. Cette pratique, crucialement victorienne, va s’installer aussi en Canada. Et ici, l’intendant local que l’occupant colonial contrôlera de loin, ce sera la hiérarchie de l’église catholique. L’occupant colonial renonce définitivement à convertir les canadiens au protestantisme. Encore une fois, il fait comme en Irlande. Les évêchés du Bas-Canada deviennent discrètement dépositaires d’un pouvoir, désormais endossé et financé par l’occupant, et qui deviendra vite rétrograde et autoritaire. Convertissez-les à ce que vous voudrez, du moment que vous les tenez et qu’ils ne pensent plus à faire des rébellions, c’est tout bon. C’est le début du vieux théocratisme québécois. Il durera cent vingt ans (1840-1960).

Les populations anti-monarchistes qui résistent ne peuvent plus le faire en brandissant le drapeau des Patriotes, devenu ouvertement illégal. Mais un drapeau de type République bien plus puissant et prestigieux que la vieille bannière du pauvre Chevalier de Lorimier décapité est disponible. C’est le Tricolore français, tout simplement. Pendant quarante-cinq ans environ (1840-1885), les francophones de partout au Canada vont brandir le drapeau tricolore français. À partir de 1853, l’Angleterre et la France s’allient contre la Russie au moment de la Guerre de Crimée. Le lent mais inexorable réchauffement entre France et Angleterre qui va mener à l’Entente Cordiale se met déjà en place. La France, notre mère patrie, est maintenant un pays allié de notre métropole coloniale, l’Angleterre. Il devient donc impossible, pour l’occupant colonial, de réprimer frontalement l’usage du drapeau français en terre canadienne. C’est le drapeau d’un important pays allié. Son prestige international, immense, est autant celui d’une grande nation que celui d’une grande idée… Toujours matois et goguenards comme le sont partout au monde les peuples qui résistent, les canadiens francophones, au Québec et hors Québec, peuvent parfaitement faire passer en douce des idées républicaines et progressistes en les couvrant sous le drapeau des Droits de l’Homme et de la bonne harmonie entre Victoria et Louis-Philippe.

C’est donc l’âge d’or du drapeau français en Canada. Et cela va laisser une trace vexillologique importante et inusitée. Nos amis acadiens vont frapper le Tricolore français de l’étoile Stella Maria et en faire leur retentissant étendard de résistance.

Drapeau de l’Acadie

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Le drapeau non-provincial (ceci NB) de l’Acadie devient officiel en 1884. Emberlificoté dans les jeux d’alliances et les contraintes diplomatiques de la métropole impériale, l’occupant colonial canadien ne pourra rien faire pour entraver cela. Il y trouvera d’ailleurs son compte. La diversification vexillologique des canadiens francophones révèle qu’ils se fragmentent imperceptiblement, se particularisent tout doucement. Or une puissance assimilatrice adore que les peuples qu’elle entend dissoudre se fragmentent. Il va falloir casser cette francité républicaine pan-canadienne. La diversification des drapeaux canadiens-français sera un indice heureux de cette tendance, dans les vues de l’occupant. À discrètement encourager, donc. Et comme on peut pas toutes les gagner, il faut donc savoir fermer les yeux sur certains pavois suspects et mal aimés. Surtout que tandis que l’Acadie stabilise symboliquement sa quête d’affranchissement, au Québec, les affaires vexillologiques sont sur le point de se mettre à fortement débloquer… et délirer.

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LE FAUX DRAPEAU DE LA BATAILLE DE CARILLON. Les gars d’héraldique victoriens, anti-républicains bon teint, viennent donc de fourrer la fleur de lys dans notre face, sur les armoiries du Québec (1868). Les forces ultramontaines et monarchistes vont alors attraper le ballon, et relayer son roulement, dans des conditions hautement inusitées. Il faut bien comprendre que le monarchisme c’est le monarchisme et que même la nostalgie envers un roi mort avec son régime est bonne à prendre pour le monarchisme d’un autre roi, surtout s’il est aux abois. Il y a rien pour supplanter la solidarité de classe, chez les aristos comme ailleurs. En 1885, des chercheurs amateurs conservateurs (qui travaillent sur la question depuis 1842) exhibent ceci:

Le faux drapeau de la bataille du Fort Carillon

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Les seuls meubles héraldiques visibles sur ce vieux drapeau tourmenté ce sont quatre fleurs de lys en quartiers, disposées en présentoir subalterne et cernant un objet central indiscernable. Même la couleur de la bannière est incertaine (les historiens contemporains admettent que ce n’était pas bleu comme on l’a alors cru, mais beige possiblement). Le délire sur ce drapeau relique sera, par contre, lui, solide et ferme. De fait, la relique est aussi authentique que la narration qu’elle engendrera sera fausse. On va en effet décider que c’est là l’ancien étendard français de la Bataille de Carillon, ultime victoire française sur le conquérant anglais, survenue en 1758 à Ticonderoga, sur le Lac Champlain, dans l’actuel état de New York. Ce délire, largement endossé collectivement au Québec (les francophones hors Québec ne suivront pas), va marquer rien de moins que le Yankee Doodle de la fleur de lys. Si on endosse ce développement faux (et il sera largement endossé pendant les dernières décennies du dix-neuvième siècle), subitement, la fleur de lys n’est plus un petit meuble décoratif pour écusson colonial. C’est un objet héraldique majeur qui aurait figuré sur le drapeau militaire des vainqueurs du Fort Carillon. La fleur de lys n’est donc pas du tout inféodée à l’Anglais. Au contraire, elle le combat. Elle n’est pas imposée sur les armoiries victoriennes du Québec. Au contraire, elle y est plutôt respectueusement tolérée. L’astuce rédemptrice ici est que, comme on ne peut plus se débarrasser de la fleur de lys, imposée par lesdites armoiries victoriennes inamovibles du Québec, il faut œuvrer à la faire changer de camp symbolique, mais sur un axe nationaliste et cléricaliste plutôt que républicain et progressiste. Or voici qu’elle est la seule fanfreluche discernable du (faux) Drapeau de Carillon, drapeau qu’on donnera en grandes pompes comme l’étendard indubitable d’une ultime victoire française en terre d’Amérique.

Tout ceci est bidon et a été infirmé depuis. Les officiers et soldats royaux français en service (qu’il faut ici soigneusement distinguer des commerçants maritimes français) ont cessé d’arborer la fleur de lys sous Henri IV (le roi au panache blanc, lui-même mort en 1610). Entre 1660 et 1760, même les Français ne se souviennent plus clairement de la fleur de lys comme symbole royal. C’est le drapeau blanc des Bourbons qu’arborent les officiels royaux français désormais, notamment sur les mâts des forts qu’ils contrôlent encore autour des Grands Lacs et du Saint Laurent. Ce vieux fanion à fleur de lys ne peut tout simplement pas avoir eu un statut militaire, administratif ou politique. Restauré par des historiens contemporains, le faux Drapeau de Carillon donne aujourd’hui ceci:

pour son côté civil (il a aussi un côté religieux qui représente la Vierge Marie portant l’enfant Jésus). Cette bannière fait deux mètres sur trois. Parfaitement inopérante sur un champ de bataille, elle est en réalité faite pour être arborée comme ceci:

c’est-à-dire qu’elle reposait sur un perchoir en tau, dans des processions, probablement des processions religieuses. L’écu qui l’orne, c’est l’armoirie personnelle (non nationale) de Charles de la Boische, marquis de Beauharnois, qui fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1726 à 1747, sous Louis XV (le vrai drapeau relique est donc un petit peu plus vieux que ce que prétendaient ses mytholâtres). Cette bannière portant l’écu d’un marquis (pas celui du roi), n’a aucun statut royal ou métropolitain dans le Régime Français. Mais surtout, il est certain qu’elle n’a jamais vu le feu contre l’Anglais.

Le faux Drapeau de Carillon est intéressant moins dans sa dimension historique, assez anecdotique, que dans sa dimension mythologique. Avec le battage autour de cette découverte passionnante et passionnelle, on est arrivés à faire croire aux québécois du temps (1885-1905) que la fleur de lys, symbole vieillot, sporadique, non républicain, et ouvertement inféodé, était l’objet héraldique par excellence pour incarner la résistance à l’occupation coloniale britannique. Quelque part, en fait, cela arrange un peu tout le monde. Les ultramontains, qui géreront encore le Québec pour plusieurs décennies, sont arrivés à se donner un beau premier symbole collectif de type Féodalité et non de type République. L’occupant colonial observe que les fleurs de lys de l’écu victorien du Québec, nostalgiques et folkloriques, commencent enfin à bien être intériorisées par un seul segment des canadiens francophones, celui qui, tout doucement, se provincialise et se particularise au Québec. Tout bon. Laissons-les aller dans cette direction-là.

 la popularité renouvelée de la fleur de lys, de par ce mythe fondateur bizarre du fleurdelisé québécois, répondront les tolérances cléricales et coloniales envers ce meuble héraldique ancien qui, soudain, rebondit, se radicalise certes, mais, l’un dans l’autre, reste bien meilleur à prendre que n’importe quel bande de drapeau à stries de subversif républicaneux chicaneux. Les Patriotes sont morts et bien morts. Au tournant du vingtième siècle, désormais aimée des masses, valorisée par les curetons, et bien tolérée de l’occupant post-victorien, la fleur de lys voit soudain un bel avenir symbolique s’ouvrir devant elle.

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LE CARILLON MODERNE, VRAI ANCÊTRE DU DRAPEAU DU QUÉBEC. Nous avons donc maintenant, bon an mal an, la première diapositive qui mènera au drapeau du Québec. Quatre fleurs de lys pointant vers un centre, disposées en présentoir. En 1902, Elphège Filiatrault, cureton à Saint-Hyacinthe et passionné de vexillologie, va crucialement placer la seconde diapo. Une croix de Saint Michel sur fond bleu, en plein centre de l’étendard.

Pavillon à la croix de Saint Michel

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La seconde décision mythologisante est alors prise. Les quatre fleurs de lys en présentoir (dont on savait pas trop ce qu’elles présentaient) encadrent maintenant rien d’autre qu’un pavillon de la marine marchande française du temps des Compagnies à Privilège Royal. C’est d’ailleurs de bonne guerre, si on peut dire, car ces compagnies maritimes, elles au moins, incorporaient assez souvent des fleurs de lys, et ce d’autant plus qu’il leur était strictement interdit d’arborer les  nouvelles couleurs du roi, le blanc mat, de façon à éviter qu’elles ne s’arrogent illicitement le prestige royal.

Une bannière de l’ancienne marine marchande coloniale française

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On notera, pour la bonne bouche symétriste, que le premier drapeau du Canada, le Red Ensign canadien a, lui aussi, pour fond de drapeau, le fanion d’une compagnie maritime du dix-septième siècle, anglaise elle, la Compagnie de la Baie d’Hudson. Mais de surcroît ici, le fait que Saint Michel fut une des voix qui se firent entendre autrefois par Jeanne d’Arc pour lui susurrer de bouter les Anglais dehors eut peut-être un certain poids symbolique dans l’apparition de la croix centrale (Croix de Saint Michel) sur le futur fleurdelisé québécois. En tout cas, cette invention vexillologique vernaculaire régionale connut un succès retentissant et fort rapide. On dénomma ce drapeau le Carillon Moderne et on l’arbora promptement et largement dans les milieux nationalistes québécois. Conséquemment, il serait parfaitement légitime de ne pas se gêner pour créditer historiquement Elphège Filiatrault comme concepteur effectif du drapeau du Québec.

Le Carillon Moderne de Filiatrault, qui existe encore matériellement, est un fier fleuron d’histoire locale qui fait d’ailleurs de plus en plus l’objet d’une curiosité nationale renouvelée.

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LE LEURRE CLÉRICAL DU CARILLON SACRÉ-CŒUR. Mais les ultramontains les plus extrémistes vont vouloir en rajouter une couche. La popularité grandissante du Carillon Moderne —qu’on appelle aussi déjà le fleurdelisé— ne prendra pas vraiment la direction escomptée par les cléricalistes. De plus en plus de nationalistes progressistes et anticléricaux s’approprient le nouveau drapeau. Sa tonalité théocratique se dilue et s’édulcore, très vite. Déjà solidement réinvesties comme anti-anglaises, nos fameuses fleurs de lys tendent désormais aussi graduellement à casser du curé, à faire primer le civique sur le théocratique. Pour contrer cette nouvelle dérive gauchère, les réacs cléricalistes du début du siècle dernier vont ouvertement faire la promotion du monstre suivant:

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atténuant parfois ses allures de fanion de zouaves, ainsi:

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On baptisera (c’est bien le mot) ce fleurdelisé abruptement recléricalisé le Carillon Sacré-Cœur et on le fera bénéficier d’un battage promotionnel intensif, notamment dans la première moitié du vingtième siècle, tentant de le faire passer pour un fanion bien implanté dans les masses québécoises. Un fait insolite et intéressant est d’ailleurs à noter. Si on trouve bon nombre de photos d’époque où des types arborent le Carillon Moderne dans des manifestations et des processions (voir supra), il ne semble pas y avoir de photos effectives du Carillon Sacré-Cœur dans des processions religieuses, ou des parades de la Saint-Jean Baptiste, ou ailleurs. Quand on recherche des images anciennes du Carillon Sacré-Cœur, tout ce qu’on dégotte c’est, justement, du matériel promotionnel, comme des images pieuses, ou encore ceci (carte postale):

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Ou alors on tombe sur des images contemporaines qui sont des réfections composées ex post par des olibrius de notre temps:

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Aussi, malgré tout le battage encore maintenu à son sujet, le Carillon Sacré-Cœur ne semble pas avoir eu de vie vernaculaire effective. Quand on le voit apparaître dans le monde, c’est dans des œuvres de fiction comme le film Les Plouffe (1981) ou la série télévisée Duplessis (1977). On notera aussi que la pratique réactionnaire consistant à étamper intempestivement un Sacré-Cœur au milieu du drapeau national n’a rien de spécifiquement québécoise. Les Français aussi ont parfois cultivé cette combinaison sémiologique plus que douteuse sur leur Tricolore, notamment sous l’influence de la très fascisante Action Française.

D’ailleurs, pour tout s’avouer, on peut suggérer que la perpétuation des symboles de la fleur de lys et du Sacré-Cœur ont été, au Québec, dans les premières décennies du siècle dernier, des influences directes, justement, de l’Action Française, qui fut très active en terre québécoise, dans les milieux cléricalistes, en ces temps. Pour bien faire voir la regrettable lourdeur fascisante de ces deux symboles, on méditera ce logo (créé en 1953) de l’Université d’été de l’Action Française:

Logo de l’université d’été de l’Action Française

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On pourrait facilement le prendre pour un écusson québécois bien quelconque et pas si ancien… Inquiétant, quand même, et hautement susceptible de soulever certaines difficultés, dans le dialogue culturel présent et futur. Quand je disais en ouverture les casseroles, je pensais principalement à ceci, fatalement…

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DE NOUVEAU LES ARMOIRIES COLONIALES AU DRAPEAU PRÉSENTOIR. Le battage intempestif en faveur du Carillon Sacré-Cœur dans la première moitié du siècle dernier va bien laisser sa séquelle, dans certains esprits. On sent maintenant une incomplétude dans le collage de nos deux fonds de drapeau hérités. Les fleurs de lys du (faux) Drapeau de Carillon disposées en présentoir pointent vers le centre de la Croix de Saint Michel du Carillon Moderne qui, lui, est sans meuble central. Les fleurs de lys pointent donc vers un petit rien qui semble laisser comme un grand vide. L’union assez forcée de ces deux diapos vexillologiques héritées cloche un petit peu. Et, d’autre part, les campagnes visant à donner au Québec son drapeau spécifique prennent de plus en plus corps. Vers 1939, les instances politiques vont commencer à subir des pressions de plus en plus fermes et massives. Quand l’Union Nationale de Maurice Le Noblet Duplessis reprend le pouvoir en 1944 et que le Canada anglais se lance dans une grande campagne ratée pour un drapeau fédéral en 1946, la pression devient insoutenable. Duplessis, en bon réactionnaire compulsif, est d’abord pas trop chaud à l’idée nouvelle de donner un drapeau provincial au Québec. Sauf que s’il ne s’occupe pas de cette histoire, il risque bel et bien de se faire distancier politiquement par les libéraux et les progressistes. Il le constate et, pour lui, il n’est pas question de risquer de s’enfarger dans une échéance électorale sur une histoire de chiffon au boutte d’un bâton. Il lui faut reprendre l’initiative sur cette question.

Duplessis, qui est un autoritaire, va donc se mettre dès 1946, tout seul dans son bureau, à réfléchir à ces bébelles de drapeau. D’abord il est capital pour lui de ne pas en donner trop à l’église catholique. Celle-ci, pendant la guerre, s’est retournée comme une girouette et a roulé à fond, avec les fédéraux, dans la propagande de guerre et la promotion de la conscription. Duplessis, lors de son premier mandat (1936-1939), croyait l’église si puissante et la théocratie si bien installée au Québec qu’il avait pendu un crucifix sur le mur du fond de l’assemblée législative. Moins naïf qu’à ses débuts, il se rend bien compte maintenant (1946) que les cléricaux sont des pantins des politiques, en fait. Pas plus fou que les fédéraux (et rapide comme un singe dans la propension à les singer, justement, comme en miroir), Duplessis entend bien remettre les soutanes à leur place et à sa main, une bonne fois. On peut même considérer, en conscience, que Duplessis, ce vieux ruraliste, fidéiste, rétrograde et arriéré, est un des artisans obscurs, lointains mais décisifs, des premières initiatives québécoises en matière de laïcité. Eh oui, parfois ce que vous êtes objectivement surpasse votre étroitesse idéologique privée. Premier ministre du Québec pendant les premières décennies très progressistes des Trente Glorieuses, Duplessis n’a pas échappé à cette loi de fer du développement historique. Et en attendant des jours meilleurs pour des progrès sociaux plus tangibles, le nouvel anticléricalisme frustre et secret de Duplessis va faire sa première victime de conséquence, dans le monde éthéré des symboles: le Carillon Sacré-Cœur. Duplessis le rejette d’office. Ce mauvais fanion de zouaves en donne trop aux cléricaux. Il y a déjà une belle croix nordique sur la drapeau là, eh ben c’est ben en masse pour représenter nos valeurs religieuses. En plus, le Carillon Sacré-Cœur, les citoyens en veulent pas vraiment et Duplessis le sent.

Histoire de se faire clarifier cette histoire de meuble manquant au centre du Carillon Moderne, Duplessis va consulter, directement ou par personnes interposées, un gars d’héraldique de choc, un certain Burroughs Pelletier. Celui-ci va confirmer le petit vide vexillologique incriminé et faire soumettre un certain nombre de maquettes, toutes plus affreuses et nunuches les une que les autres, au premier ministre du Québec, pour combler ledit vide. Ces maquettes traînent en fait dans le paysage vexillologique depuis 1903 environ. Tout cela se fait dans l’officine, sans consultation populaire aucune. Il est piquant de constater que la maquette ayant la préférence de notre bon monsieur Burroughs Pelletier est justement celle qui met en valeur… rien d’autre que nos bonnes vieilles armoiries victoriennes du Québec.

Maquette incorporant les armoiries victoriennes du Québec dans le fleurdelisé (non retenue)

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My, my, my, comme on se retrouve, dans le beau monde. Le lion britannique au cœur central du fleurdelisé, maintenant. Comme c’est touchant… et parlant. Lionel Groulx, qui a son grand nez fourré dans cette histoire de drapeau lui aussi, fera observer que des armoiries sur un drapeau, c’est la façon la plus niaiseuse et la plus inutile de le rendre difficile à manufacturer. Bon… enfin une observation utile de Lionel Groulx sur quelque chose. Pavoisons. L’idée des armoiries victoriennes du Québec (ou de quoi que ce soit d’autre, au demeurant) en position centrale sur un étendard national est finalement assez hasardeuse et Duplessis n’y mordra pas. Il n’a pas plus de cadeaux à faire à l’occupant colonial post-victorien qu’au clergé catholique. Et comme il ne peut pas mettre le logo de l’Union Nationale ou sa face au centre du drapeau, ça ne l’intéresse pas vraiment d’y mettre quoi que ce soit.

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LES FLEURS DE LYS POINTERONT VERS LE CIEL OU: LE COURT-CIRCUIT DE DUPLESSIS. C’est donc à Duplessis qu’on impute la finalisation ultime du drapeau du Québec moderne. Ses gars d’héraldique lui font valoir que s’il ne place aucun meuble en position centrale, il va falloir, en bonne conformité héraldique, que les quatre fleurs de lys soient droites et recentrées dans leurs quartiers. Ce faisant, Duplessis, toujours cabot selon sa manière, tentera une troisième et ultime mythologisation du drapeau, bien éphémère celle-là, en ces termes (formulation apocryphe mais certainement assez proche du réel): Ben on va les redressir, les fleurs de lys, tout simplement. Comme ça, elles pointeront vers le ciel, comme le fait si bien l’Union Nationale. Duplessis s’est-il fait jouer un tour malicieux par ses gars d’héraldique ou a-t-il lui-même joué un tour malicieux aux québécois? Je ne sais. Mais en tout cas, avec ses fleurs de lys redressées, le drapeau du Québec ressemble désormais incroyablement à la bannière du roi Charles VII (justement le roi de France qui, grâce à Jeanne d’Arc, bouta les Anglais hors de France).

Le drapeau du roi Charles VII

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Quoi qu’il en soit de cette analogie, assez saisissante il faut bien l’admettre, Duplessis va ensuite court-circuiter la motion parlementaire sur le drapeau que préparait le député indépendant René Chaloult, en prenant abruptement les devant et en soumettant unilatéralement sa propre loi sur le drapeau du Québec, dont il vient de finaliser le dessin dans l’officine. La loi est passée dans une tonitruante unanimité. Notons, pour la bonne bouche coloniale, que même les anglophones du West Island sont favorables à ce type-là de drapeau provincial non républicanisant et non américanisant. Celui-ci est hissé —par surprise— sur la tour du parlement de Québec, pendant le fameux discours du drapeau de Duplessis, le 21 janvier 1948. Le drapeau obtient la sanction royale le 9 mars 1950 (de façon parfaitement légale mais strictement au niveau du Conseil Législatif, sans que l’affaire ne remonte jusqu’au roi).

On se contera pas de menteries, l’héritage vexillologique du drapeau du Québec est lourd. C’est, initialement, étymologiquement, un drapeau de type Féodalité, qui particularise, dégallicanise et provincialise le Québec. Mais ce peuple en résistance va patiemment se réapproprier ce symbole, comme bien d’autres. Et —fait capital dont il faut bien comprendre les ressorts— à mesure que le monarchisme recule au Canada, la folklorisation colonialiste et vassalisante de ce fanion tourmenté recule, elle aussi. La grande lutte de libération nationale québécoise des années 1976-1995, tant par ses succès que par ses avatars, a donné au fleurdelisé du Québec une dimension de plus en plus assurée de drapeau national. L’étymologie vexillologique n’est pas la vexillologie et quand l’étymologie d’un drapeau contredit son être essentiel contemporain, c’est l’être essentiel contemporain qui prime. Aussi, ce lourd passé bardassé et tortueux, ce fourbi de symboles conservateurs, féodaux et suspects, compte beaucoup moins pour nos compatriotes que l’intimité tangible et profonde qu’ils ont avec leur drapeau, comme synthèse moderne. Ladite intimité est sentie et unanime, tant chez les québécois de souche que chez les québécois de branches. Elle incarne tous nos souhaits contemporains d’une vie pacifique, paisible et civique, sans guerres, sans pollutions, sans discriminations, sans injustices sociales.

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Les québécois se sont appropriés la fleur de lys et en ont fait un symbole national (plutôt que ducal ou royal). Ils se sont appropriés la croix symétrique des vieux blasons et en on fait (encore mieux qu’au Danemark, en Norvège, en Suède, en Finlande, en Islande où la dissymétrie des croix vexillologiques rappelle plus sensiblement le crucifix chrétien) un signe de nordicité (plutôt que de catholicité). Et la teinte de bleu champ d’azur que vous voyez sur ce fanion s’appelle, chez nous, Bleu Québec.

Je me souviens. Oui, oui, souvenons nous de l’héritage pesant, ambivalent, tendancieux et trouble de la trajectoire d’émergence de notre drapeau national. Il faut bien la comprendre, son étymologie sombre et tiraillée, et la voir tout doucement disparaître, remplacée pas sa synchronie lumineuse et généreuse. Puis, aussi, en conscience et en rationalité, sachons, au bon moment, mobiliser en nous ces belles paroles subtiles de Gilles Vigneault, qui sont, en soi, toute une leçon de recul historique: Souviens-toi d’oublier. Il n’est jamais la même heure…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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