Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Posts Tagged ‘ÉLP éditeur’

Entretien avec Paul Laurendeau d’ÉLP (par Xavier Mateos)

Posted by Ysengrimus sur 12 mars 2017

 

Internet est vraiment magique! J’ai découvert l’auteur Guilhem sur Facebook (je vous recommande tout particulièrement Le chevalier à la canne à pêche), qui m’a dirigé vers la maison d’édition Écrire, Lire, Penser (ÉLP). J’ai voulu en savoir plus, donc voici une interview de Paul Laurendeau. Quand je vous dis que la lecture en format numérique c’est génial!

(Xavier Mateos)

Xavier Mateos: Je vous propose maintenant de découvrir une maison d’édition francophone, une maison d’édition qui a la particularité de s’intéresser et de proposer de la littérature on va dire numérique… de cette lecture que vous pouvez lire sur vos ordinateurs, sur vos tablettes, sur vos smartphones. Avec la particularité —ils sont de plus en plus à le proposer— de ne pas proposer de DRM, ces codes qui empêchent le livre de pouvoir être installé sur votre ordinateur mais aussi sur votre tablette et sur votre smartphone. Je vous propose qu’on parle de tout ça avec le vice-président des éditeurs Écrire, Lire, Penser. Il s’agit de Paul Laurendeau. Bonjour.

Paul Laurendeau: Bonjour, bonjour et merci de cette invitation.

Xavier Mateos: Alors j’aimerais vous poser tout d’abord la question: comment est née cette maison d’édition Écrire, Lire, Penser?

Paul Laurendeau: Ben, au départ ça été la fascination que ressentaient le fondateur Daniel Ducharme et moi-même pour la cyberculture. Alors ça a commencé sous la forme d’un site web et on a un peu tâtonné, il y a de ça peut-être une quinzaine d’années, autour de comment on fait circuler du texte et comment on arrive à élargir les perspectives. Et on s’est vite orientés vers l’idée d’une maison d’édition attendu que, malgré les particularités d’évolution de la cyberculture, la notion de livre reste encore très présente dans la sensibilité culturelle générale.

Xavier Mateos: C’est vrai que de passer d’un livre à la lecture numérique, c’est pas encore acquis pour tout le monde. Il y a encore beaucoup de gens qui aiment toucher le livre et tourner les pages et même sentir parfois l’odeur d’un livre.

Paul Laurendeau: Tout à fait et c’est très crucial et on y est très sensibles. Et c’est donc pour ça que quelque part le cyber-livre garde, à tout le moins au plan virtuel, la dimension livresque. Il est paginé. Il est organisé en chapitres. C’est encore là une structure qui ne bouscule pas la sensibilité littéraire qu’on pourrait qualifier encore d’universelle. Tout ce qu’on perd évidemment, c’est la dimension matérielle sur laquelle on reparlera éventuellement. Mais on s’est vite rendu compte qu’on pouvait pas juste se lancer, faire une arabesque, un saut là qui nous mènerait vers du texte complètement cybernétisé, alors que le livre reste une entité très présente dans la sensibilité de quiconque s’intéresse aux lettres.

Xavier Mateos: En introduction je le disais, vous êtes une maison d’édition francophone et on l’entend avec votre superbe accent québécois. Que vous travaillez aussi avec des Français. Est-ce que le fait d’être à la fois et québécois et français donc francophones vous permet d’avoir une plus large couverture. Et est-ce que ça veut dire que vous vous intéressez au reste du monde aussi?

Paul Laurendeau: Tout à fait. Alors ça c’est tout à fait la sensibilité qui nous définit au point de départ. Ça fonctionne un petit peu comme les ports d’attache des navires. C’est-à-dire qu’on est dans une dynamique où les choses circulent. Pour l’instant on a des collaborateurs en France et au Québec. Mais si demain on en avait en Asie, en Afrique ou dans le reste de l’Europe, ce serait tout à fait partant. On est… on essaye d’être une peu l’opposé de ce que serait une maison d’édition qui serait ancrée dans un terroir. Nous on est plutôt corrélés à une dynamique générale. On a publié des Congolais. On a publié des Québécois. On a publié des Français des différentes régions de France. Et francophonie, c’est définitivement un vecteur là définitoire pour nous.

Xavier Mateos: Vous n’avez pas non plus de genre littéraire attitré. C’est-à-dire que vous êtes pas une maison qui fait soit du fantastique, soit de la science-fiction, soit de la fantasy. Vous vous intéressez un peu à tous les genres.

Paul Laurendeau: C’est-à-dire que nous… ça c’est une question évidemment qui s’est soulevée à un moment donné la question des genres. Et nous, il s’avère qu’on croit à l’écrivain et l’écrivaine plus qu’au genre. C’est-à-dire qu’on considère les genres méritoires. On considère qu’ils ont un grand intérêt. Mais on voudrait pas rater un écrivain ou une écrivaine intéressant(e) sous prétexte qu’ils sont dans un genre qu’on cultiverait pas. Alors on s’en est tenu aux grands genres reconnus là, c’est-à-dire: fiction en prose, poésie, essai et témoignage… qui sont là. Avec trois mailles de filet comme ça, vous pouvez à peu près rien rater, hein. Et après, ben, d’auteur en auteur —car on cultive l’intimité avec nos auteur— on laisse venir ce qui est le vecteur d’inspiration de nos auteurs. Les genres se placent après les auteurs, si vous voulez.

Xavier Mateos: Et du coup c’est les auteurs qui viennent vers vous? Ou vous avez quand même une démarche d’aller vers les auteurs et de leur proposer votre maison d’édition?

Paul Laurendeau: C’est-à-dire que la cyberculture est une réalité extrêmement fluide et qui peut être parfois fulgurante. Bon, c’est-à-dire qu’à partir du moment où vous installez votre dispositif… à partir du moment où vos ouvrages apparaissent dans les… chez les cyber-libraires type Amazon, FNAC, Archambault à Montréal etc… etc… C’est pas long que les auteurs, surtout les jeunes auteurs, hé, ils flairent l’odeur de la friture, hein, c’est pas long.  Donc, pour le coup, on a pas eu trop à faire appel. On s’est tout simplement exposés tels qu’on était. Et puis les auteurs se présentent.

Xavier Mateos: Et puis les réseaux sociaux y font sûrement pour beaucoup. Moi, par exemple, j’ai découvert votre maison d’édition grâce à Facebook et à un de vos auteurs qui s’appelle Guilhem, dont le dernier livre vient juste de sortir, en ce début mars, Le chevalier à la canne à pêche. Ça y fait beaucoup.

Paul Laurendeau: Aussi. Ah oui, Guilhem, j’ai travaillé sur ses deux ouvrages. Ça c’est un auteur justement qui est dans ces segments culturels fantasy etc… etc… Et ses textes sont extraordinaires. C’est-à-dire qu’on entre dans l’univers de Guilhem et on est avec ses personnages. Ce chevalier à la canne à pêche là, dont l’arme de combat est une canne à pêche, voyez, qui lui a été donnée comme objet magique dans des circonstances à la fois dignes de l’univers fantasy et du conte folklorique, parce que Guilhem est très apte à mélanger ces deux sensibilités là… C’est un roman savoureux, remarquable, très intéressant.

Xavier Mateos: Et pour ceux qui connaitraient Terry Pratchett, le grand Terry Pratchett, ça a vraiment cette sensibilité là, c’est-à-dire beaucoup d’humour, beaucoup de situations burlesques. C’est assez rigolo. C’est très fun à lire.

Paul Laurendeau: Eh oui. Et en même temps je crois que Guilhem est très soucieux… Guilhem est installé, là, pour construire un univers. Je veux dire, je crois qu’il est très soucieux de ça. Et c’est vrai qu’il est à l’intérieur d’un idiome et donc on peut le comparer à beaucoup d’auteurs de la culture fantasy. Mais il y a une originalité qui va se dégager de cet auteur là, au fil des œuvres, parce que les œuvres vont apparaître. Nous, c’est très important d’ailleurs, pour rebondir sur ce que vous disiez à propos des auteurs, ça c’est une chose qui est très importante à laquelle notamment Daniel Ducharme tenait beaucoup. C’est que nous on aime à avoir une écurie. C’est-à-dire qu’on aime avoir des auteurs qui planifient de produire plusieurs ouvrages et qui s’intéressent vraiment à quelque chose comme ce qu’on appelait autrefois une œuvre.

Xavier Mateos: Et puis je le disais en introduction, vous avez quand même choisi de faire de l’édition numérique sans DRM. C’était un choix risqué ou pas du tout, au tout début?

Paul Laurendeau: D’abord, c’est un choix qu’on a fait en connaissance de cause. C’est-à-dire que le segment plus technique de notre équipe a exploré avec ces deux dynamiques. Et à un moment donné, la question se pose: où est le beau risque? En ce sens que, j’ai pas besoin d’entrer dans les détails, vous êtes familier avec ce genre de réalité, le DRM, c’est un verrou, en fait, hein. C’est quelque chose qui cadenasse le dispositif électronique. Et c’est rendu que le lecteur peut même pas transférer l’ouvrage dont il s’est quand même porté acquéreur, de son ordi à sa tablette. Alors… on s’est vite dit… Bon évidemment, d’un autre côté, le beau risque c’est que le phénomène du photocopillage, qui existe d’ailleurs aussi dans la culture papier n’est ce pas, ben là devient très facile, hein, t’appuie sur le bouton puis là pouf… t’en envoie cinq cent copies à tes cinq cent copains. Et là on est obligé de dire, d’expliquer à nos lecteurs, ben vous avez entre les mains un produit qui est quand même un objet qu’il faut essayer d’éviter de faire circuler trop en dehors des circuits de la réalité commerciale. De ce point de vue là, on est tributaires des même problématiques, cyber-problématiques, que la musique, les films, que tout autre objet culturel. Et nous on a préféré assumer le beau risque que d’aller emmerder quelqu’un qui s’était déjà donné à essayer l’exercice du cyber-livre. En l’emmerdant, déjà, il peut pas transférer ça de là à là. Il peut pas transférer ça de sa tablette à son… à une autre structure de lecture, sous prétexte que c’est verrouillé. On s’est vite lassés de ce dispositif qu’on a trouvé coercitif et finalement peu utile.

Xavier Mateos: Et puis ce code DRM, c’est aussi… c’est aussi dommage quand vous avez un plantage d’ordinateur et que vous perdez tous vos livres et il y a plus moyen de les récupérer, sauf si vous avez pu faire une sauvegarde sur un disque dur ou sur un autre support.

Paul Laurendeau: Ah, c’est un dispositif qui, à mon avis, est… Vous savez, quand vous arrivez avec des dispositifs qui misent au départ que la personne qui entre dans un rapport avec vous, qui achète vos livres etc… risque de vous arnaquer, alors on les verrouille, alors nan!… C’est pas comme ça que je pense qu’une interaction, surtout entre gens de lettres là… Voyez… Donc nous, non. Je pense que les gens doivent pouvoir disposer de l’objet qu’ils se sont approprié et notamment le faire passer sur leur tablette. Et si c’est pour le mettre sur la tablette de la belle-doche aussi, pour qu’elle s’y familiarise, pourquoi pas, là. Il faut assumer un peu aussi, quand même, hein.

Xavier Mateos: Et puis c’est une façon aussi de faire connaître ses produits. Quelqu’un qui aura eu, par une connaissance, un de vos livres est plus susceptible de se dire, ben moi j’ai adoré, je vais aller vers cette maison d’édition pour leur acheter un nouveau livre, parce que j’ai aimé ce qu’ils faisaient.

Paul Laurendeau: Tout à fait. Et de tout façon je crois, au niveau du principe général, —et notre équipe technique nous l’a fait valoir et moi je suis d’accord avec eux— je crois que le DRM est un procédé condamné, c’est un procédé daté dont on dira un jour il y a eu cette tentative dans les grands tâtonnements des débuts.

Xavier Mateos: Merci Paul Laurendeau. Je rappelle que vous êtes le vice-président de cette très belle maison d’édition francophone 100% numérique qui s’appelle, alors en abrégé, ÉLP,  qui veut dire Écrire, Lire, Penser, il y a tout dans ce nom, Écrire, Lire, Penser. Que vous proposez des romans, des nouvelles, de la poésie mais aussi des témoignages. Et que, pourquoi pas vous contacter pour vous proposer des manuscrits. C’est possible?

Paul Laurendeau: Oui, oui, tout à fait. C’est toujours toujours possible. Et, nous, on chemine avec nos auteur, hein. Je veux dire, on a un soucis d’éditer, de travailler avec nos auteurs, et de créer des… profiter de la possibilité que donne la cyberculture. Pas de livres à mettre au pilon, pas de toutes les contraintes du papier, les camions, le camionnage, le transport. Non. On peut essayer de nouveaux auteurs, justement grâce à ces mécanismes là dont nous fait disposer la technologie moderne.

Xavier Mateos: Et puis, j’arrête pas de le répéter, un livre c’est bien, c’est un bel objet. Mais ça prend de la place dans une bibliothèque. Alors qu’une liseuse, c’est tout fin. C’est un investissement mais c’est aussi des milliers de livres qui restent stockés à l’intérieur. Et c’est plus facile à transporter dans une petite sacoche.

Paul Laurendeau: Un jour, la liseuse, ce sera l’équivalent littéraire du téléphone portable. C’est-à-dire que vous aurez votre bibliothèque dans votre sac à main.

Xavier Mateos: Merci Paul Laurendeau. Il y a un site internet que je conseille à ceux qui nous écoutent, le http://www.elpediteur.com/. Merci beaucoup et très bonne continuation à vous.

Paul Laurendeau: Merci beaucoup. Merci encore de cette invitation.

 

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Entretien, Fiction, France, Monde, Québec | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 17 Comments »

LES EAUX RÉPÉTITIVES (Targa Kolikov)

Posted by Ysengrimus sur 1 février 2017

Eaux-tranquilles-Kolikov

Nous sommes sur la planète terre (et non Terre), en une uchronie post-apocalyptique de facture somme toute assez standard (dans le genre). Les anciens anthroponymes et toponymes s’écrivent désormais complètement en lettres minuscules: alaska, caire, europe, afrique. Cela est presque encore plus déroutant que le fait que l’air est radioactif, que des bandes armées de robots dévoyés circulent de ci de là, et que l’humain, s’il existe encore sous forme de collectivité, serait devenu un vague troglodyte distant, secret, et parfaitement indétectable depuis un bon siècle. Ici, nous sommes dans une cité-monde et, l’un dans l’autres, les choses de la vie sont passablement cruelles, insensibles et socialement désorganisées. Dans une perspective et selon une problématique assez similaires à celles de Demain, les chiens (de Clifford Simak – titre original: City, 1952), un historien s’efforce de compiler et d’interpréter des dialogues anciens enregistrés sur un lot partiellement endommagé de bandes magnétiques. Mais ici, ce n’est pas demain, les chiens mais demain, les androïdes. S’appuyant sur l’héritage classique du thème du robot succédant à l’humain, après le patatras nucléaire d’usage, l’auteur peut tranquillement postuler cette problématique solidement balisée, en la laissant largement dans l’implicite. Cela va lui permettre de développer en toute liberté —et avec une vive originalité— les questions qu’il entend aborder.

On assiste donc à l’interaction verbale (enregistrée sur bande magnétique, donc — autant dire: ancienne, sibylline, hoqueteuse, mystérieuse) entre un vendeur et un docteur, tous deux des androïdes, parfaitement exempts d’émotions humaines comme tout androïde qui se respecte. Un débat de grande amplitude a lieu entre ces deux personnages. Le docteur veut procéder à un achat mais il ne comprend pas exactement la portée et les ramifications du geste qu’il s’apprête à poser. Le vendeur veut vendre à bon prix, certes, mais il ne vaut pas fourguer sommairement… car l’objet de la transaction en cause est indubitablement une marchandise de conséquence. Le vendeur tient à ce que le docteur, client potentiel prometteur mais hésitant et perplexe, prenne la mesure de ce dans quoi il s’embarque. L’objet —ou plutôt l’être, l’être complexe, déroutant, anxiogène— mis ici en vente, c’est un homme. Il s’agit d’un être humain de sexe masculin, un des ultimes survivants individuels du désastre encore proche. Et, en plus, c’est pas n’importe quel homme. C’est un tueur, un assassin patenté, encore partiellement opérationnel et droit dans ses bottes, quoique passablement décharné, esquinté, hirsute, déboussolé et hagard. Et, de fait, on ne vend pas l’homme ici comme matériau ou comme esclave mais plutôt, au fond, comme objet de curiosité… au sens de la curiosité profonde, radicale et sentie, qu’engendre un crucial objet de connaissance. Non, non, l’homme, c’est assez évident, on ne le laissera pas partir facilement. Il fascine, il captive, il semble comme magique. Les magiciens n’ont pas à révéler le fond de leur chapeau mais laissez-moi vous dire qu’il cache en lui un mystérieux lapin. Soit dit en passant, je vous précise que je ne le céderai pas à n’importe qui. Un type comme ça, on s’y attache pendant longtemps. Je n’ai déjà que trop souffert et je n’accepterai pas de le voir esclave de mains stupidement conformistes, mon processeur usé ne s’en remettrait pas. Mais vous me paraissez être un robot avenant, votre peau imberbe non réfléchissante et vos oreilles disproportionnées me rappellent les marins de mon enfance virtuelle. Comprenez quel homme il est sinon je ne vous donnerai jamais ma bénédiction. D’autres sont sur le coup, mais ils me semblent plus louches, de la nouvelle école, enfin bon… Marchons à contre-vérité. On ne lui attribue aucun trait spécifique, aucun touché français, seulement une légère modulation dans ses manières de tueur en fonction des circonstances. De par ces propos du vendeur au docteur, notre drame est campé.

Ce docteur et ce vendeur (et, à travers eux, toute leur civilisation post-humaine, implicitement irradiée du chapeau, corrodée de la charpente, socio-historiquement chambranlante) investissent, en fait, une colossale portion de leur énergie intellectuelle et physique à assurer l’intendance de leur perplexité face à ce que fut l’homme et ce qu’est l’androïde. On trouve donc, sur ce corpus de bandes magnétiques, des explications génialement laborieuses sur les caractéristiques de l’homme (et c’est pour cela que l’historien robotique contemporain s’intéresse tant à ces documents). Ces explications, dues principalement au vendeur, sont implacablement soumises à un cocktail complexe de distorsions volontaires, dues aux impératifs du commerce, et de distorsions involontaires, dues à l’altération de la mnémie robotique et aux limites un peu obtuses de l’empathie descriptive androïdesque. On passe donc méthodiquement lesdites caractéristiques de l’homme à vendre en revue: passions, émotions, naissance, amour, accouplement, veuvage, pulsions meurtrières… rire (ce propre de l’homme). Il faut s’efforcer au mieux de comprendre ce que l’on fait, ce que cet échange commercial trame, car il est, somme toute, passablement coûteux (pas juste en termes pécuniaires). La transaction finit par se conclure. Le docteur va donc se mettre à emporter l’homme dans son monde et à chercher à l’utiliser à ses fins. Je ne commence pas à vous dire à quel point ça va alors merder. Finalement, insatisfait du produit, le docteur retourne voir le vendeur, car il veut maintenant lui retourner l’homme, qui n’a pas du tout fonctionné selon les attentes… Et on se lance alors dans une manière de tractation inverse de la précédente, toute aussi perplexe, toute aussi déroutée, toute aussi inexorable de cruauté involontaire.

Cette œuvre (presque entièrement monologique) crée, modèle, façonne un véritable style verbal de l’androïde et c’est en cela qu’elle est radicalement jouissive et que son originalité déroutante déchire l’épais rideau quasi-centenaire des conventions de la s-f. Le vendeur et le docteur s’expriment ici dans un langage non-technicien (en ce sens, ils renouvellent solidement le jargon androïde en évitant soigneusement l’écueil usuel de ce laconisme techno-programmé dont on a si amplement fait le tour). Tout se passe comme si la compréhension du monde de ces robots, qui sont fondamentalement défectueux en fait (possiblement à cause de la radioactivité ambiante ou des crises sociales qu’ils ne peuvent encaisser, on ne sait trop), se formulait en un conglomérat vif et labile de métaphores douloureuses et de récits échancrés. L’expérience à laquelle nous convoque ce texte est un compendium flexible, vif et assez incroyable, de cette philosophie cynique et de cette poésie acide que pourraient produire des machines en voie difficultueuse d’humanisation. Une lecture aux ressorts aussi inattendus que riches. Un style inégalé, parfaitement dominé. On se laisse emporter dans ce monde, avant tout et par dessus tout verbal. La pensée de l’androïde est pauvre, tronquée, chaloupeuse, bien plus tâtonnante qu’il ne souhaiterait souhaiter le souhaiter… Il la compense donc par un ton et un style dense, imagé, transversal, crissant, percutant. Et, contrairement à ses robots cogitatifs, ahuris et diserts, Targa Kolikov, lui, sait exactement ce qu’il fait. Son roman est incontestablement une de ces étrangetés qui sont à lire, à déguster.

.
.
.

Targa Kolikov, Les eaux répétitives, Montréal, ÉLP éditeur, 2013, formats ePub ou PDF.

.
.
.

Posted in Fiction, France, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 8 Comments »

LE LOUP LES DÉSHABILLE (Anne Leurquin)

Posted by Ysengrimus sur 1 novembre 2016

Loup-Leurquin

C’est un monde où les crédules s’auto-envoûtent, deviennent leur propre proie. C’est un tout petit monde, ordinaire, banalisé mais surtout: subtilement sensualisé et fantasmagorisé. C’est aussi un univers rural mais moderne. Il y a des téléphones portables, des véhicules quatre par quatre, de beaux lits tendance avec boutis, des appentis de fermes, des poulaillers, des chevaux que l’on monte, des curés de village blasés, de vieilles jeteuses de sort trépidantes, des clochards sylvestres, des convives inamovibles au café du coin, des enfants espiègles qui attendent la souris des dents, des maris aux abois et des épouses qui tendent à batifoler avec le tonique et viril vendeur d’assurance du hameau, ou à s’en parler, ou à en rêver. Ce monde (notre monde, en fait, sans plus), Anne Leurquin nous le (re)trace langoureusement, nous l’esquisse furtivement, comme si elle le dessinait pour la première fois. Il nous est livré, ce petit univers de notre monde, avec beaucoup de poésie, de charme, de faconde, souvent en de courts paragraphes vifs et hachés.

Et, toujours est-il que, dans ce monde là… une sorte de loup, cette nuit là, s’est évadé d’un vague jardin zoologique… S’amorce alors un tourbillon de faits brossés, souvent dans la pénombre, qui va nous placer bien en porte-à-faux entre le conte cruel, le roman de mœurs et le récit d’atmosphère.

On cherche un loup ou, en tout cas, une manière de grosse bête cynomorphe… De fait, il y en a, des animaux, dans ce petit univers: un cheval pure race, des chouettes frémissantes, des chevreuils paniqués, un serpent non venimeux en forme de S ondoyant, un crapaud sacrificiel, la furtive petite souris des dents et… le susdit loup. Surtout, il y a indubitablement un mystère. Est-il surnaturel ou métaphorique? Fantastique? Allégorique? Folklorique (après tout, la Bête du Gévaudan aussi déshabillait ses victimes, parait-il)? Il se joue, en tout cas, cet onctueux mystère, près, tout près, de la nature forestière, dense, intime et capiteuse, dans les coins et racoins des bouquets d’arbres et d’une rivière. Et il se joue de nuit, et bel et bien à l’encontre de toute morale configurée… La lune est posée dans le ciel, comme une hostie plongée dans un crachat, lumineuse, mais marquée de signes indélébiles et incompréhensibles. Puis les nuages s’en mêlent, griffent, salissent et zèbrent le cercle. Et ce loup qui est en maraude, cet animal qui (nous) hante, on le sent bien vite que, bon, c’est aussi possiblement (oui? non?) un homme. Un homme puissant, mystérieux, semi-onirique, partiellement fantasmé, que cette remarquable plume de femme fait émerger de toutes parts, en lacérant le petit contexte familial, amical, matrimonial, belledochial, en le craquelant, ce bien petit contexte, en le condamnant à tomber en poussière pour devenir le lit de cendres (des passions) froides ou le sable de la berge de rivière où se prend une vraie de vraie course folle. Une course folle de femme, surtout. Le seul mouvement de cette nuit, c’est cette course. La force d’évocation très fluide, labile et sensorielle de la prose magnifiquement maîtrisée d’Anne Leurquin ne s’explique pas sans se perdre un petit peu. Elle s’exemplifie, préférablement (pas trop non plus – il faut préserver le mystère). Pensez  (fatalement) à deux amants faisant l’amour dans le lit d’une rivière et/ou d’une mare (Je veux vivre dans la mare). Et alors, cela devient:

Les corps se frottent, presque insensibles et leurs cheveux se mêlent. Le mouvement de l’eau ainsi provoqué enhardit les amants et les enivre. Les vibrations de l’onde les portent et ralentissent leurs mouvements. Il n’existe plus de reflets sur les chairs. Leurs circonvolutions au fond de l’eau sont flouées, incessantes, peu fidèles. Les corps de lumière ont disparu depuis quelques minutes. Les vêtements liquides se collent et se gonflent doucement les uns contre les autres.

Il faut alors juste se laisser emporter. C’est exaltant, tourbillonnant, jubilatoire. D’amour et de folie, le loup les déshabille… Elles n’en sortiront pas autrement que lacérées, tringlées, déglinguées, exaltées, comblées… ou pas… Et les mecs ne s’en tireront pas si facilement eux non plus… C’est que les lectrices et les lecteurs d’Anne Leurquin deviennent imparablement des êtres altérés, déliés, déjoués. Tout se désarticule et le sens des mots fait partie d’un monde qu’ils fuient. Il faut lire cet ouvrage, et justement il faut le lire, pour tout dire, parce que cela vous marque.

.
.
.

Anne Leurquin, Le loup les déshabille, Montréal, ÉLP éditeur, 2013, formats ePub ou PDF.

.
.
.

Posted in Fiction, France, Monde, Sexage | Tagué: , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

MÊME LES SANS ABRIS ONT DES PÈRES (Donnet Sisa-Nzenzo)

Posted by Ysengrimus sur 1 août 2016

sans abris

C’est sur un captivant ton de témoignage à l’emporte-pièce, décousu, syncopé, presque déstructuré dans son intensité et sa colère rentrée, que Donnet Sisa-Nzenzo nous livre ce texte remarquable de vérité et de spontanéité. Sur une période de quelques années (entre 2009 et 2011 environ), nous suivons Donnet qui nous relate, presque sans reprendre son souffle, ses mésaventures en Occident. Originaire du Congo Kinshasa (l’ancien Zaïre), ce tout jeune homme, à peine entré dans la vie adulte, se rend en France officiellement pour ses études. Sitôt sur le territoire français, c’est la mise en place abrupte et irréversible, comme fatale, des combines, des irrégularités et de la démerde précaire. Sensé s’inscrire en fac à Lille, Donnet descend à Toulouse et y fait toutes sortes de petits boulots. On comprend, bien sûr, qu’il est rejeté par la France. Mais la grande découverte que l’on fait, c’est, en fait, qu’il est cerné par l’Afrique…

Fils déclassé d’un haut cadre de banque africain retombé au bas de l’échelle suite à des déboires financiers, Donnet doit subir la présence autoritaire de son frère et la présence indifférente de sa sœur, sur Toulouse. On entre graduellement, inexorablement, dans la vie intérieure de Donnet. On découvre l’incroyable réseautage de contraintes et d’obligations archaïsantes que le jeune africain monté en Occident maintient, comme obligatoirement, envers sa mère, son père, ses frères et soeurs, la communauté congolaise expatriée, et un florilège d’amis et de faux amis restés au pays. Ces conceptions d’une autre époque sont radicalement ébranlées par le choc et les désillusions modernistes de toc du faux miracle occidental, lui-même gros de ses propres mensonges, aussi unilatéraux qu’involontairement propagandistes. Ainsi, quand Donnet arrive en fac, il s’imagine que les choses vont se passer comme dans le film American Pie: les copains foufous mais fidèles, les filles joyeuses et faciles, les boums torrides et la grosses rigolade. Sa sensibilité d’africain reçoit l’attitude des étudiants occidentaux comme une froideur morne et, vite, rien ne va. Il n’a pas d’amis, pas d’amoureuse. Il souffre d’une douloureuse combinaison de solitude sociale et de pression des pairs. Il veut absolument s’affirmer, se promouvoir, se mettre en valeur. Donnet quitte donc ses études et se met à se chercher du travail, tout en continuant de faire croire à sa mère restée au pays qu’il est encore en fac, qu’il passe les examens, qu’il poursuit sa formation. Il entre dans les arcanes de l’administration policière française pour tenter de faire changer son statut d’étudiant pour un statut de travailleur. Comme il est jeune, inexpérimenté et sans permis de travail, il emprunte littéralement l’identité (empruntant aussi CV et documents d’identité, incluant les documents avec photos) de son frère aîné, pour se trouver des boulots de cantonnier et de plongeur. Pleinement complice de cette embrouille, son frère ne prend pas ce genre de risque légal par grandeur d’âme. Il considère Donnet comme un investissement et entend faire main basse sur une partie significative de son salaire à venir. Une autre partie de ce revenu anticipé devra aller au pays, pour ses parents qui sont dans l’indigence. La culture du métayage implicite et du parasitisme institutionnalisé est omniprésente. Le jeune africain finit déchiré psychologiquement et mis en éclisses socialement entre ceux qui l’exploitent, ceux qui le ponctionnent, ceux qui affectent de parfaire son éducation, ceux qui le rejettent, ceux qui le méprisent et ceux qui s’illusionnent à son sujet. Et cette incroyable complexité, ce poids séculaire de l’Afrique intérieure, ne doit pas faire oublier la France qui, elle, maintenant, l’entoure et l’environne. C’est alors l’exploitation prolétarienne frontale et éhontée, les heures de travail interminables, les arguties vétillardes et kafkaïennes des administrations universitaire et constabulaire et (notamment sur le lieu de travail) le racisme le plus brutal et le plus crasse. Il y a là tout un lot de mésaventures imprévues et cuisantes pour le jeune ego déboussolé d’un enfant de dix-neuf ans. Bienvenue en enfer, avait dit l’epsilon congolais venu le cueillir à l’aéroport le jour de son arrivée. Et c’était cyniquement bien dit.

Le ton de ce témoignage est d’une fraîcheur inimitable. Sans jouer les victime, sans cultiver une autocritique excessive non plus (mais avec une lucidité croissante sur ses propres limitations), Donnet Sisa-Nzenzo nous donne à lire les saisissants éléments autobiographiques d’un jeune proto-clandestin africain ordinaire (l’ouvrage se termine juste avant son entrée effective dans la vrais clandestinité légale). Ce court récit, fulgurant, enlevant, déroutant et navrant, en remontre haut la main et sans même chercher à le faire à maints copieux traités de sociologie sur les immigrants africains en France. La langue écrite de ce texte est, elle aussi, déconcertante. D’ailleurs, en sa qualité d’éditeur de la francophonie, ÉLP se fait un devoir de respecter les particularités historiques et ethnoculturelles des variétés de français du monde. Cet ouvrage a donc été rédigé par un jeune homme instruit du Congo Kinshasa. L’éditeur en a scrupuleusement respecté le rythme, le ton, la syntaxe et l’élocution, dans toutes leurs inflexions. Même les sans abris du monde francophone sont francophones et leur langue vigoureuse est de plain pied un objet tant vernaculaire que littéraire. Pour des raisons linguistiques, culturelles, sociologiques et historiques, on a ici une lecture en tout point dépaysante, un témoignage hautement parlant dont l’amertume, la tristesse, la détresse et la force en disent bien long, comme indices de la vaste crise sociale, humanitaire et humaine qui est de plus en plus la nôtre.

.
.
.

Donnet Sisa-Nzenzo, Même les sans abris ont des pères, Montréal, ÉLP éditeur, 2012, formats ePub ou PDF.

.
.
.

Posted in Culture vernaculaire, essai-fiction, France, Monde, Multiculturalisme contemporain, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

LE CYCLE DOMANIAL (Paul Laurendeau)

Posted by Ysengrimus sur 15 juillet 2016

Le Cycle Domanial, paru chez ÉLP en 2013, vit en fait en moi depuis plusieurs années maintenant. Créer un monde, un univers ethnologique et social, c’est le faire comme on veut qu’il lutte pour se mettre en place lui-même, selon son propre ordre de justice et de splendeur. La seule chose qu’il me reste à faire maintenant c’est de laisser cette emprise sociopolitique de fantaisie figurative et de réalisme insolite se déployer en vous et vous parler, comme il a notamment parlé à Allan Erwan Berger qui en parle justement ici. Et voici toujours un petit aperçu de ce qui vous attends en République Domaniale.

.

cover_laurendeau_domanial1

Tome 1: Le thaumaturge et le comédien. Le Domaine, vieille contrés fictive, est sur le point de faire éclater la révolution qui le verra se transformer en la République Domaniale. Deux femmes de la haute aristocratie déclinante, la Rainette Dulciane et sa première dame de compagnie, la vicomtesse Rosèle Paléologue, s’aiment d’un amour interdit, fort et indissoluble que rien, pas même la conflagration sociale qui approche, ne détruira. Mais la Rainette du Domaine a aussi un amant, torride et terrible, Cégismond Novice, dit le thaumaturge, personnage trouble, vif et brutal. La cruelle et cuisante soif de cet homme étrange est consommée tandis que la passion envers la suivante reste pudiquement cérébrale et verbale. Mais alors, où donc est l’amour? Quelle est la nature des sentiments qui motivent des trajectoires et des choix si torves? Huit décennies plus tard, une des descendantes de la suivante aimée, une cinéaste du Ministère des Arts Visuels qui s’appelle elle aussi Rosèle Paléologue, cherche à reconstituer, pour un film, ce que fut le contexte social, sentimental et émotionnel de cette torrentielle passion saphique blessée, de portée historique. Il faudra, entre autres, dénicher le comédien trempé qui pourra jouer le fameux thaumaturge, cette épine au pied, cet insondable mystère masculin. Cela ne se fera pas sans de nouvelles et parfois douloureuses explosions émotionnelles. La compréhension et la perpétuation du drame ambivalent de l’amour peuvent-ils survivre aux changements d’époques?

.

cover_laurendeau_domanial2

Tome 2: Édith et Atalante. Le tabellion Eutrope Tarbe, esprit systématique et peu impressionnable, juge en conscience que la Firme de Diffusion des Traditions Historiques Domaniales raconte l’histoire de la République Domaniale n’importe comment. Cette institution à péage fausse ouvertement le savoir collectif et ce, notamment, en ce qui concerne le rôle que jouèrent dans l’Histoire la Rainette Dulciane et sa suivante, la vicomtesse Rosèle Paléologue. Eutrope Tarbe se met à rectifier les choses dans de grandes conférences publiques et, ce faisant, il se fait tirer dessus à la carabine par des séides indéterminés. S’interpose alors la chasseuse Édith, célibataire endurcie et fonctionnaire intègre, qui deviendra vite sa garde du corps attitrée. On se lance alors dans une incroyable cavale terrestre, aérienne et maritime visant à protéger de la méthodologie froidement destructrice des historiens privés un précieux document historique, écrit du temps de la Révolution Domaniale par une noble chroniqueuse qui s’appelle, elle aussi, Édith. La tonique factionnaire et son protégé s’embarqueront sur la Rebuffeuse, un caboteur à voile et à vapeur à bord duquel le tabellion Tarbe ne trouvera rien de moins que le sens de son existence. Entraînée jusque dans la mystérieuse Île Arabesque, pour protéger le tabellion dont elle a la charge, la chasseuse Édith, pour sa part, fera, hors de toute attente, la connaissance de la débardeuse arabesquoise Atalante et, là, tout volera en éclats.

.

cover_laurendeau_domanial3

Tome 3: Le Brelan d’Arc. Clio Tarbe, la timonière du caboteur la Rebuffeuse, va aider, le tabellion Eutrope Tarbe à résoudre le mystère historique ayant la plus grande importance émotionnelle pour tous les citoyens et citoyennes de la République Domaniale. La quatrième dame de compagnie de la Reinette Dulciane, la baronnette Cordula d’Arc, est une héroïne révolutionnaire révérée dont, pourtant, la trajectoire effective de vie reste obscure et mal documentée. Pour des raisons qui s’avéreront peu reluisantes, la Firme de Diffusion des Traditions Historiques Domaniales donne Cordula d’Arc comme morte sans progéniture, lors des premières journées de la Révolution Domaniale. Mais pourtant, une des actrices ayant joué dans les deux films historiques Le Thaumaturge et la Chronique d’Édith se nomme justement… Cordula d’Arc. Il est indubitable, pour le tabellion Tarbe, que cette actrice cinématographique est la dernière descendante de l’héroïne révolutionnaire dont la propagande privée a fait une icône inféconde. En retraçant le fatal brelan des descendant(e)s de la baronnette d’Arc, les historiens de la Rebuffeuse feront remonter à la surface les secrets historiques les plus émotionnellement chargés et les plus subversifs de toute l’histoire domaniale. C’est une chose que de dire l’histoire des hommes et des femmes, c’est une autre chose que de mieux comprendre qu’il n’y a pas que des hommes et des femmes dans l’Histoire…

.
.
.

Paul Laurendeau (Ysengrimus), Le Cycle Domanial, tome 1: Le thaumaturge et le comédien ; tome 2: Édith et Atalante ; tome 3: Le Brelan d’Arc, Montréal, ÉLP éditeur, 2013, formats ePub ou PDF.

.
.
.

Posted in Fiction, Sexage, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

Tu pourrais avoir des petits problèmes

Posted by Ysengrimus sur 3 juin 2016

Montreal

Il y a quatre-vingt dix ans pile-poil naissait Allen Ginsberg (1926-1997). Je veux le saluer du fond du cœur avec cette adaptation montréalaise de son poème new-yorkais,“You Might Get in Trouble” tiré du recueil Ego Confessions, 1974-1977):

TU POURRAIS AVOIR DES PETITS PROBLÈMES

En ouvrant une fenêtre d’autobus à Montréal,
Tu pourrais t’infliger une infection virale fatale.
Les bras écartés, juste devant la rue Berri,
Tu pourrais te ballonner une hernie.
En traversant la rue Ontario,
Tu pourrais trébucher dans un nid-de-poule vaste, ample, costaud.
Ou encore, tu pourrais te faire rouler sur la gueule par un taxi,
Dans la côte Saint-Denis.
Ce serait quand même quelque chose de magistral
Que d’agoniser, tragique, fatal,
Juste à côté
Du Carré Saint Louis,
Ventre-Saint-Gris.
Bon, bon, enfin, pas besoin de devenir aussi blême.
Le fait est qu’effectivement tu pourrais avoir des petits problèmes.

En labourant ton champ, dans le coin de Sainte Dorothée,
Ta charrue pourrait capoter
Et te tomber en plein sur une oreille.
Tu pourrais aussi te faire sectionner la susdite oreille
En arrêtant un toxicomane
Qui, avec un couteau brandi, titube, se pavane.
Ou tu pourrais mourir subitement, au milieu d’une conversation rageuse, assassine
Avec un des multiples chauffards de la rue Sainte-Catherine.
Ou encore, pendant que tu plaides ta cause perdue devant la Cour d’appel,
Quelque flingueur perfide pourrait te brûler la cervelle.

Il n’y a rien que tu puisses faire pour rester intégralement net.
En prenant des bains de glace et de neige,
Tu pourrais te pogner un de ces coups de frette.
L’épidémie de grippe-cochon est très en vogue en ce moment,
Enfin, d’après les autorités, évidemment.

(Tiré de mon recueil L’Hélicoïdal inversé (poésie concrète), 2013)

.
.
.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Fiction, Montréal, Poésie, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , | 18 Comments »

POUR L’AMNISTIE (Victor Hugo, 1876)

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2016

Hugo-amnistie

Je vous invite à la lecture ou à la relecture de Pour l’amnistie, discours prononcé il y a exactement cent-quarante ans, en mai 1876, par Victor Hugo devant le Sénat de la République Française en faveur de l’amnistie générale des communards de 1870-1871. Nous le présentons ici en deux versions, la version annotée/corrigée par l’orateur et la version telle qu’elle fut effectivement prononcée publiquement.

En 1876, Victor Hugo a soixante-quatorze ans. C’est déjà un vieux routier de la vie publique (il fait grosso modo de la politique, avec des bonheurs variables, depuis qu’il a été nommé Pair de France par Louis-Philippe en 1845). Implacablement, sa force tranquille est quelque peu lisérée d’une certaine lassitude désillusionnée. Mais la ferveur généreuse et la «filière populaire» de l’auteur des Misérables sont parfaitement intactes et sa requête inconditionnelle en faveur d’une amnistie intégrale des communards en fait ici foi. La conjoncture dans laquelle Victor Hugo prononce ce discours est toute particulière et, l’un dans l’autre, finalement assez favorable à un épanchement des nuances quasi byzantines de sa sensibilité politique multiforme. Nous sommes sous une Troisième République encore naissante MAIS sous la houlette d’un Président du Conseil qui est un royaliste explicite, le bien nommé Patrice de Mac-Mahon, MAIS qui ne fait rien de net pour re-restaurer la susdite monarchie (J’y suis, j’y reste… semble bien être un aphorisme s’appliquant autant à l’enceinte de Malakoff qu’aux sommets du pouvoir constitutionnel, toute ironie à part). On sait aussi que le profil des options politiques de Victor Hugo est particulier. Du temps de Danton, de Robespierre et de Lafayette on l’eut appelé un anglomane, un promoteur d’une monarchie constitutionnelle à l’anglaise. Aujourd’hui (1876) il est une sorte d’orléaniste gauchisant (ce qui le positionne à peu près au centre du camembert), un fidèle de la première heure de la Monarchie de Juillet s’accommodant au mieux d’une république dont l’écheveau reste vivement coloré, tout en contrastes passablement tonitruants mais, finalement, encore bien bleu et blanc quand même, sur son ample centre-droite.

Totor, comme d’aucuns et d’aucunes le surnomment affectueusement, sent parfaitement son hémicycle. Une fois bien campés les appels amples, généraux et abstraits à la compassion et à la pitié envers la masse populaire souffreteuse et privée de ses chefs de familles, il va avancer son argumentation intégrale et inconditionnelle en deux temps. Primo: aux sensibilités républicaines de l’hémicycle, il expliquera que la Grâce, la Grâce Inflexible, celle qui efface non pas la punition mais la faute, fut autrefois un strict apanage royal. Il laisse ensuite frontalement entendre que ce qui procéda jadis du roi procède en ce jour du Peuple et que de ne pas s’approprier le beau geste sublimissime et régalien de gracier c’est tout simplement abdiquer un pouvoir majeur dont le roi autrefois ne se priva pourtant pas. La république vaut-elle moins qu’un roi? Deuxio: chez les monarchistes, sciemment spoliés par ce coup de bicorne pesamment roturier, il attise le souvenir frustré et amer de Napoléon III qu’il présente, sans le nommer (et surtout sans lui assigner de titre autre que celui d’empereur avec un petit «e»), selon une tonalité, là, toute royaliste, comme un aventurier ayant injustement usurpé une posture de prince qui, fondamentalement, ne lui revenait pas, tout en ne se privant pas de commettre les crimes de droit commun les plus grossiers, dont le moindre ne fut pas la catastrophe de la défaite de Sedan devant les Prussiens. Mettant en parallèle les exactions de Napoléon III (vols, meurtres, spoliations etc…) et ceux dont on accusa la Commune de Paris, il ne se gène pas alors pour laisser entendre qu’on couvrit les premier de gloire tout en se refusant de simplement oublier (son mot) les seconds. Équarrir Louis-Napoléon est chose aisée, quasi-consensuelle en fait, en mai 1876, d’autant plus que les bonapartistes sont minoritaires à la chambre et qu’ils n’ont pas trop la cote au sein d’une enceinte à la fois constitutionnellement républicaine et dominée, encore pour un temps, par les orléanistes et les légitimistes (dont Hugo se garde d’ailleurs bien d’attiser la contradiction, pourtant purulente).

Sur la Commune elle-même, Hugo va prudemment éviter les envolées exaltées. Poète plus que philosophe, homme de mots plus que théoricien politique, astucieux plus que conceptuel, il jouera du rapprochement, tout sémiotique, entre Commune, Cité, Urbs pour laisser entendre que Paris ne voulut jamais que ce que voulurent Rome, Londres, autant que le plus modeste des hameaux de nos campagnes: être une commune. Sibyllin, opaque, pour ne pas dire cryptique, l’argument ne dut pas soulever la chambre mais il eut la vertu prudente d’éviter soigneusement d’entrer dans le détail sanglant et compliqué des aléas et des ifs and buts d’une des plus amères guerres civiles de l’Histoire de France. Il semble bien finalement que Victor Hugo n’ait pas obtenu la relaxation des communards avec cette demande d’amnistie là. Elle n’aboutira pas plus que les précédentes; mais la plume qui l’a soutenue lui donne un éclat nouveau, et touche des esprits plus nombreux. Finalement, le 11 juillet 1880, l’amnistie pleine et entière sera votée et prononcée pour tous les faits relatifs à l’insurrection du 18 mars 1871 (Préface d’Allan Erwan Berger).

Le fait est que le père Hugo nous montre, dans ce texte daté mais solide et poignant, malgré tout et par delà les petitesses conjoncturelles, un sens de l’élévation politico-historique et de l’ampleur de vues qu’on jugera imparablement comme peu commun, rafraîchissant, et toujours maximalement salutaire. En effet, il faut bien le dire, notre époque est politicienne, journalistico-minable, socialement mesquine, gangrenée de toutes les partisaneries étroites et veules, ouverte aux coteries les plus étriquées, et philistine-manichéenne à un niveau qui confine à la névrose étranglée ou à la pure cécité intellectuelle collective. Conséquemment, notre époque a indubitablement besoin de s’asseoir un moment sur son petit cyber-strapontin et de prendre quelques minutes pour relire Victor Hugo, homme politique, homme de cœur, fraternel, vrai, grand et franc.

.
.
.

Victor Hugo, Pour l’amnistie, Montréal, ÉLP éditeur, 2013, formats ePub ou PDF [texte original de 1876 édité par Allan Erwan Berger].

.
.
.

Posted in Commémoration, France, Lutte des classes, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , | 11 Comments »

Entretien avec Paul Laurendeau (par Allan Erwan Berger) sur l’écriture de fiction

Posted by Ysengrimus sur 21 novembre 2015

Henri Julien (1852-1908 ) : La chasse-galerie, 1906. M.N. Bx-Arts du Québec. On dit aussi gallerie, ou gallière, du vieux nom du cheval dans l'ouest français (chasse galopine). Se surajoute la personne d'un Gallery, seigneur impie condamné à chasser dans le ciel pour quelques bêtises dominicales qui n'auront plu ni à monsieur le curé ni au petit Jésus. À rapprocher de la Mesnie Hellequin.

Henri Julien (1852-1908 ): La chasse-galerie, 1906. M.N. Bx-Arts du Québec. On dit aussi gallerie, ou gallière, du vieux nom du cheval dans l’ouest français (chasse galopine). Se surajoute la personne d’un Gallery, seigneur impie condamné à chasser dans le ciel pour quelques bêtises dominicales. À rapprocher de la Mesnie Hellequin. (commentaire de A. E. Berger)

.

Allan Erwan Berger: À l’exception notable d’Adultophobie, je crois voir que trois de tes autres romans publiés sur ÉLP : Se travestir, se dévoiler, suivi de L’Assimilande, et enfin Le Pépiement des femmes-frégates, ont en commun d’entrecroiser les genres, les sexes, et jusqu’aux espèces, dans un feu d’artifice de tolérance et de bonne volonté qui met à l’honneur l’aspect lamarckien des changements culturels, puisque ceux-ci opèrent, selon le mot de Stephen Jay Gould, par «fertilisation croisée» plutôt que par essais aléatoires. C’est évidemment flagrant dans Le Pépiement des femmes-frégates, mais on sent que c’est puissamment à l’œuvre déjà dans Se travestir, se dévoiler… Il semble qu’il y ait là un phénomène qui tarabuste Laurendeau, qui le fait se démener. Je suppose que tu as longuement réfléchi à ces orientations qui se font jour dans ces trois textes; aussi, pourrais-tu en tirer ici une synthèse, et peut-on envisager un manifeste?

Paul Laurendeau (Ysengrimus): Je ne sais pas s’il y a du Lamarck là-dedans, mais il y a certainement du Malinowski… Les variantes de l’espèce humaine ne sont pas déterminées par une «civilisation» ou un «primitivisme» qui leur serait transcendant et qui jouerait dans l’abstrait universel et fixé. Un sentiment d’urgence immanent rapproche tous les groupes humains et les fait coordonner leurs enjeux. Je dis qu’il y a du Malinowski, il y a aussi du Condillac. Ils ont trouvé les solutions sans savoir qu’ils les avaient trouvées et s’en sont avisé par après, pour n’en causer que plus tard. Je ne suis pas certain que cette tolérance et cette volonté me tarabustent, comme tu dis, idiosyncratiquement. Nous sommes la civilisation monde. Les groupes se rapprochent, les hommes et les femmes se ressemblent de plus en plus et l’étrange, implacablement, se résorbe. Un manifeste pour cela, je le formulerais comme suit. Mes ami(e)s, vous vivez dans une civilisation fondamentalement tertiarisée. Et un gars assis dans un cubicule devant un ordi ressemble plus que jamais à sa sœur assise dans le cubicule à côté devant le même ordi (donnons-lui donc le même salaire, au fait…). Les sexes se rapprochent, c’est un fait inéluctable et les atermoiements intolérants n’y feront rien. Un bûcheron jadis, c’était un gros gars balèze avec une hache. Aujourd’hui c’est une personne –homme ou femme– dont le physique importe peu, au volant d’un tracteur-tronçonneur. Cela n’y paraît pas tout de suite là, mais le tout des relations humaines se trouve radicalement altéré par cela. Ma fiction des femmes-frégates est le modeste porte-voix de cette vague de fond ethnologique sans précédent connu.

Allan Erwan Berger: À propos des personnages de femmes-frégates… il n’est pas donné à tout le monde d’imaginer de tels phénomènes, et d’en faire ensuite une histoire plausible. D’où viennent ces volatiles, pourquoi ou comment ont-ils pris forme et existence, comment s’est menée l’idée d’en raconter les aventures, d’en modeler un roman? Le lecteur y découvre des messages: inclusion, tolérance… Est-ce volontaire, ou est-ce apparu naturellement? Deux mots, s’il te plaît, sur l’élaboration de cette œuvre.

Paul Laurendeau (Ysengrimus): Réglons d’abord le cas de la fiction démonstrative ou du «roman philosophique». J’appelle cela des essais-fictions. On prend un dispositif notionnel de départ dont on veut a priori faire la démonstration, et on enrobe cette dite démonstration dans un récit fictif, à valeur allégorique ou symbolique ou générique ou métaphorique, qui makes the point, comme disent les américains, avec plus de percutant et en jouissant mieux. J’en écris. Mais je les garde circonscrits dans mon espace-essai, mon carnet (blogue). Cela donne des titres comme celui-ci, du Carnet d’Ysengrimus: De la couverture journalistique d’une grève nord-américaine type: le conflit de travail des zipathographes de la Compagnie Parapublique Tertiaire Consolidée (essai-fiction). Je mets habituellement «essai-fiction» entre parenthèses alors, pour qu’il n’y ait pas la moindre ambivalence. C’est jubilatoire, mais cela reste un texte où le fictif est intégralement subordonné au démonstratif. Un conte didactique presque (ce sont toujours des textes courts, chez moi). Pas de ça, entre nous, dans mes romans. Je ne dis pas que mes romans ne démontrent pas quelque chose. Je dis que la visée démonstrative n’est pas la locomotive de leur engendrement. Le point de départ de mes fictions effectives, courtes ou longues, est de fait délirant. Je veux dire par là qu’il s’identifie quasiment à un événement psychotique. Du rêve éveillé, ni plus ni moins. De la mythomanie appliquée. De l’élucubration considérée comme un des Beaux-Arts. Dans le cas des femmes-frégates, j’ai commencé par les voir voler au dessus de la rivière de mon coin de pays, et le long de l’étrave d’un train de banlieue. Le délire visuel et sensoriel s’accompagne généralement d’un délire verbal. Ces apparitions sont des femmes-frégates (pas corneilles, moineaux, cormorans, ou aigles). Le mot frégate, ça fait navire, vitesse, beauté, et surtout, il y a tellement un splendide contraste de couleurs: plumage noir avec ce beau jabot rouge pour les mâles, les femelles, on inverse. Car, c’est une vieille compulsion de journaliste américain, il faut voir. Il y a donc des femmes-frégates, et ma gorge se noue quand je pense à elles. Dans le torrent de ce que Salman Rushdie appelle la Mer aux histoires (dans Harun & the Sea of Stories), celle-ci bouillonne trop fort. Il va falloir la laisser sortir, elle, comme une déglutition, comme une expulsion urgente. Bon, il y a des femmes-frégates, mais que font-elles? Dans la tempête du bouillonnement verbal, visuel et sensoriel, apparaît et se fixe alors une vieille illustration de chasse-galerie. Mais le canot ne vole pas tout seul, comme dans le récit d’Honoré Beaugrand ou dans cette image d’Henri Julien que tu commentes ici. Dans mon souvenir, le canot est tiré par des sortes de diables ou de diablesses à plumes. Voici donc une chose que font les femmes-frégates. Elles encadrent ceux qui courent la chasse-galerie. À ce point-ci de l’expérience, il n’y a pas de synopsis et rien d’écrit. C’est la gestation… Et sa tempête, strictement mentale, peut durer des mois, une année presque. C’est alors le moment qui reste le plus exaltant: des plans apparaissent. Ils sont récurrents, ils m’obsèdent. Ils me hantent. J’y pense tout le temps, du soir au matin. Je me les repasse comme la bande passante d’un crime. Pour Le Pépiement des femmes-frégates, le premier plan qui me vint à l’esprit c’est quand Kytych (dont je ne sais pas encore le nom) montre son ventre à Claude pour réclamer sa couvée, dans le canot des voyageurs qui clapote doucement sur la rivière, sous la petite neige. J’ai vu ce plan unique pendant des semaines. Il dictait l’histoire à venir, littéralement. Il fallait que l’histoire soit, pour que ce plan s’y coule discrètement, sans bruit. Les plans-hantises vont arrimer des thèmes avec eux. Les idées suivront, à la onzième heure. Ici les idées et les notions ne montrent pas le chemin. Elles sont, au contraire, à la remorque de la fiction. Puis il y aura une gare. Une gare, une gare. Je me promène dans Montréal (qui deviendra Ville-Réale fusion de son vieux nom, Ville-Marie, et de son nom actuel – le fait que ma belle-doche s’appelle Marie et que mon père s’appelle Réal, on n’en parlera pas), à la recherche d’une vieille gare. C’est la voix tellement purement joualle de ma vieille mère, grande voyageuse en train régional et interprovincial du CiPiArre qui me tinte alors dans la tête: «Tu descends à Gare Centrale ou à Gare Windsor?» — Toujours à la Gare centrale, maman.» Jamais à la Gare Windsor, aujourd’hui convertie en complexe tertiaire. La voici, la gare qu’il me faut. Je vais la voir pendant une tempête de neige. Les autres immeubles montréalais la surplombent aujourd’hui mais son allure de faux manoir écossais genre décors de Tim Burton reste parfaitement imprenable. Casting de la gare Windsor. Prénom royal et calembours acides obligent, elle deviendra la Station ferroviaire Gotha et des femmes et des hommes-frégates vont girer autour de ses tours. Et ce sera un mystère. La chasse-galerie, la Gare Windsor, merde, pour intégrer ces éléments délirants spécifiques, il faudra faire, dans ce cas-ci, un roman à saveur historico-légendaire. La saveur historico-légendaire du roman emboîte alors le pas aux images-taches d’origine. Pas de complexe avec les genres. Ils servent la pulsion fictionnelle, pas le contraire. Fait au conséquences narratives et thématiques incalculables: il nous faudra aussi une langue d’époque… Pas de complexe avec la langue, contrairement à d’autres…

Allan Erwan Berger: Il n’y a toujours pas de synopsis…

Paul Laurendeau (Ysengrimus): Il n’y a toujours pas de synopsis, mais les plans et le bazar connexe s’accumulent maintenant dangereusement, tant et tant qu’il va falloir en confier certains au papier. Pas trop. J’évite de me surcharger de matériaux préliminaires pré-synopsis, c’est le risque parfait pour perdre le focus et ne finir qu’avec de superbes matériaux en un beau lot bancal trop-long-pour-une-nouvelle-trop-court-pour-un-roman (j’ai de cela à revendre, sur plein d’autres sujets. Aujourd’hui, dans l’urgence, je m’efforce de mener mes projets à terme). Dans le cas du roman Le Pépiement des femmes-frégates, un court texte préliminaire a été directement rédigé avant synopsis: c’est celui de la furtive interaction du caporal Borough avec ses sbires. Il est en anglais, ça ne s’improvise pas. J’ai écrit le premier jet et l’ai fait scrupuleusement relire par des copains torontois, en leur expliquant que je cherchais un ton siècle dernier, comme celui du régiment britannique du Pont de la Rivière Kwaï (À grands coups de Good show, McKinnon!). Mes copains m’ont finalisé ça huit sur huit et refusent obstinément des remerciements explicites. Je ne savais rien de mon histoire, sauf que le jeune homme-oiseau Merkioch, qui rencontre le caporal et ses hommes sur le flanc du mont Coupet, est homosexuel. Le contraste entre ces virilités débonnaires badernisantes et son élégance sauvage et jeune étaient donc déjà dans les cartes. Je ne savais pas alors que j’annonçais un autre thème. Puis vient le jour du synopsis. Cela m’a pris à la Gare Centrale justement, dans un resto tapissé d’images ferroviaires antiques – ça ne s’invente pas. On prend du papier et un stylo à l’ancienne et on se résume d’abord le truc, gentil et simple. C’est un film qu’on a déjà vu, hein, ou un rêve qu’on retrouve. On se résume le coup sur six ou sept feuillets. Pas trop. Le synopsis couvre environ 70% de la trame du récit. Il faut laisser de la place pour la folie au fil des chapitres. Quand Sitis vole le téléphone mobile de Denise Labise, ce n’était pas dans le script. Cela nous est venu à Sitis et à moi dans le feu de l’action, quand Denise nous ajustait notre jolie robe de batik et que la poche de sa veste s’entrouvrait sur le téléphone qu’elle y avait distraitement posé. Les autres péripéties ont suivi. Alors disons, 90% du scénario et 60% des péripéties, tel est le synopsis idéal. Il faut ensuite le découper par chapitres, bien répartir les périodes d’entrée des éléments d’information (capital si vous avez une intrigue à énigme, genre policier, mais toujours important, en fait), puis s’y tenir (surtout aux moments d’entrée des infos – c’est le seul élément de synopsis absolument ferme – le reste bougera et il faudra bouger avec). Et enfin il faut rédiger, d’un coup, en trente jours, à raison d’un chapitre par jour. Cela ne se fait pas à temps perdu…

Allan Erwan Berger: Mais alors les thèmes, le fameux message?

Paul Laurendeau (Ysengrimus): Tu écris un roman, mon baquet, pas un manifeste situationniste. Garde un œil prudent sur le radar idéologique et raconte ton histoire, les thèmes suivront bien. Occupe-toi de ta fiction et ton message s’occupera de lui-même. Tes lecteurs te diront que ton ouvrage porte sur l’inclusion et la tolérance, alors que tu n’auras simplement été qu’inclusif et tolérant de ta personne écrivante, comme tu l’es toujours à la ville, au foyer, et surtout dans ton monde de fiction, car tes personnages, tous sans exception, tu les aimes d’amour.

.
.
.

Posted in Entretien, Fiction, Québec | Tagué: , , , , , , , , , , | 6 Comments »

Entretien avec Carolle-Anne Dessureault au sujet de son roman L’ABÉCÉDAIRE (VERS LA VIE)

Posted by Ysengrimus sur 7 novembre 2015

Abecedaire-CAD
.

Paul Laurendeau (Ysengrimus): Alors Carolle-Anne Dessureault vous publiez, chez ÉLP éditeur l’ouvrage L’Abécédaire (vers la vie) dont la protagoniste principale et narratrice en JE, Grâce, est une jeune femme avec enfants. La question autobiographique ne sera pas soulevée ici, tant par discrétion élémentaire que (surtout) par préférence pour ce bel univers de fiction que vous construisez si adroitement, dans ce roman. Donc, strictement installée dans l’espace fictionnel, pourriez-vous me donner, disons, la fiche signalétique de votre psrsonnage-narratrice. Horizon, profession, background et caractéristiques diverse de sa personnalité mais ce, AVANT que l’histoire qu’elle nous relate dans votre ouvrage ne prenne corps?

Carolle-Anne Dessureault: Grâce a grandi au Lac Saint-Jean sur les rives de la Petite Décharge à Alma. Très tôt, elle cherche à comprendre les mystères, surtout celui du mouvement de l’eau qui influencera sa vision de la vie de même que les personnalités opposées de ses grands-mères. L’une, Anna, la maternelle, habite en haut de la côte en face de l’église. Pieuse, imposante et austère, mais aussi charismatique, elle enseigne à Grâce à voir au-delà des apparences. Rosa, la grand-mère paternelle, habite en bas de la côte et tient une boutique sur la rue principale. Excentrique et élégante, elle se promène avec d’immenses chapeaux et des colliers en pierres du Rhin en plein jour. Elle convainc Grâce de l’importance d’une belle apparence pour être heureux. Entre les deux grand-mères, il y a le pont reliant les deux côtes sous lequel coulent les eaux de la Petite Décharge parsemées de rapides. Chaque fois qu’elle le traverse, Grâce s’attarde pour observer le flot du courant des eaux. Où va-t-il? Plus tard, elle étudie la mode à Montréal. Designer et mannequin, elle évolue dans un univers qui la séduit, mais qui ne comble pas son besoin d’absolu. L’image n’est jamais parfaite. En elle, il y a une dichotomie. Deux continents séparés, l’un fait d’une attirance pour le superficiel et l’autre pour la profondeur des tréfonds en soi. C’est dans cet état de souffrance latente qu’elle croise «A» en espérant trouver l’absolu dans l’amour humain.

PL: Voici donc un personnage sensible, délicat, très féminin, mère de petites filles qu’elle adore, qui sont toute sa vie et qui, au cours du déploiement de votre ouvrage, sent que les choses se mettent à graduellement grincer, justement, avec la toute première lettre de l’abécédaire, ce magistral A qui, lui, indubitablement prend bien de la place. Parlez-nous donc un petit peu de ce qui a imperceptiblement amené votre narratrice à sentir qu’elle devrait sortir sa bagnole de ce gArAge là, pour aller éventuellement stationner ailleurs. Qu’est-ce qui, fondamentalement, nous pousse à quitter l’Alpha A et à envisager de se tourner vers les autres lettres?

CAD: Grâce est déçue de l’amour de «A» qui la considère comme un trophée pour glorifier sa propre image de lui-même. Auprès de lui, elle ne se sent pas reconnue pour ce qu’elle est. «A» est passif, routinier et figé dans une pensée rigide faite de connaissances qu’il ne remet jamais en question. Il manque de vie. Elle va vers un autre alphabet comme le voyageur traverse des rivières avant d’atteindre sa destination. Personne entière, elle refuse d’être la moitié de l’autre alors que «A» s’en accommode, s’y sentant en sécurité. Grâce quitte l’Alpha du A conditionné pour faire jaillir ce qui la pousse à être complète sans pouvoir nommer la chose. Le souvenir de sa grand-mère Anna qui arrachait les mauvaises herbes de son jardin pour dégager la beauté des fleurs et faire pousser les légumes revient souvent à son esprit. En fait, le jardin de sa grand-mère fait écho à sa propre essence. Elle aussi, lui semble-t-il, est un jardin. Elle répond à une forte impulsion d’extirper les pensées négatives et stéréotypées qui trouent la toile de sa vision du bonheur.

PL: Voilà. Grâce va vers un autre alphabet comme le voyageur traverse des rivières avant d’atteindre sa destination. Dites-nous donc un petit mot des autres lettres. Est-ce que ce sont tous des hommes?

CAD: Au début, la traversée pour Grâce passe par des hommes dont chacun la ramène un peu plus vers elle-même. Des hommes comme «B» et «C» ont le pouvoir, par leur écoute et leur présence, d’éclairer ses zones potentielles. Au centre, ce sont des lettres d’ancrage qui l’équilibrent. Les dernières lettres «X», «Y» et «Z» la plongent dans la réalité de ce qu’elle est.

PL: On va revenir aux lettres conclusives. Mais avant il faut dire un mot du second thème-force de votre ouvrage. La maternité. La maternité, se livre moins ici dans sa séquence de corps que dans sa séquence de tête. On a plus affaire, en cette phase spécifique du développement de vos protagonistes, à une maternité-parentalité. On accompagne ce sens tactique, subtil et fin, détectant et anticipant les besoins des enfants perpétués et provignés dans le sein du corps de contraintes de la graduelle séparation d’un couple solaire. L’enfant ici vit et se déploie, comme un jeune arbre fragile mais souple se perpétue, toujours magnifique, dans les premières tempêtes de l’automne. Parlez-nous un peu des enfants de Grâce et de l’impact sur eux de la dynamique en marche de l’Abécédaire.

CAD: La maternité est la partie solide dans la vie de Grâce. Cette solidité se manifeste par un perpétuel enchantement. Elle sent qu’elle vit une relation d’amour qui ne mourra pas. Elle est si apaisée de ressentir un amour inconditionnel qui ne se questionne pas qu’elle aborde ses filles «L» et «M», dans la confiance et l’abandon. D’autre part, sa quête va les faire souffrir en détruisant la famille. Malgré cette souffrance, elles l’appuient silencieusement car, comme tous les enfants du monde, elles veulent voir leur mère heureuse. En surface, elles vont traverser avec équilibre cette phase chaotique. Pourtant, il y aura effet miroir. En même temps que Grâce fait éclater le cocon qui l’enferme, «L» et «M» vivent une profonde mutation qui explosera quelques années plus tard.

PL: Voilà. Maintenant, le susdit cocon en court de fracture, au cœur duquel s’opère une mutation cruciale, enveloppe beaucoup plus qu’une stricte reconfiguration maritale, familiale et émotionnelles. C’est aussi une véritable révolution intellectuelle et philosophique qui s’opère en Grâce, à travers le canal grumeleux et lettriste de l’Abécédaire. Autour des toutes dernières lettres de l’alphabet, notamment fatalement, X, Y, Z, gravite une constellation de catégories philosophiques. Si Grâce vit sa crise existentielle tranquille, elle la pense aussi, la conceptualise. Dites-nous un mot de la Weltanschauung de Grâce.

CAD: Il s’agit d’un personnage en constante transformation qui se voit comme un laboratoire expérimental. En quelque sorte, une quête du Graal. Il s’agit de transformer le vulgaire matériau intérieur en un diamant éclatant. Avec X, Y et Z, on s’aperçoit que Grâce est animée d’un intense élan de percer l’insondable. Elle reste cependant assez consciente de la réalité concrète des choses. Ces dernières lettres de son Abécédaire la ramènent aux premières impressions de son enfance, celles-ci non conceptualisées bien sûr, mais qui ont au fil du temps tissé une réalité qui veut se faire entendre. Donc, ce processus de changement la ramène aux sources anciennes, les seules qui ne se soient jamais taries. Il y a surtout l’eau qui, par son mouvement, lui révélait qu’elle ne faisait que passer. Grâce demandait à Anna: «où va l’eau de la rivière, grand-maman, est-ce qu’elle va mourir, est-ce qu’elle va revenir?». Mais Anna écartait la question, lui reprochant de penser à des choses trop sérieuses pour son âge. Cette question non répondue a cristallisé son attention sur l’impermanence des choses jouxtée à un profond désir de trouver une permanence dans la matière, ce qui est impossible. Le combat également entre l’image et l’être qui pense se résout en acceptant d’être observateur du théâtre humain qui se joue à l’extérieur comme à l’intérieur.

PL: Et pour conclure sur un de ces calembours que la licence poétique nous autorisera toujours, Carolle-Anne Dessureault, si je vous dis que votre ouvrage L’Abécédaire (vers la vie) expose un État de Grâce, vous me répondez quoi?

CAD: Grâce à votre mot d’esprit, tout est dit. Vous avez bien saisi le sens de la quête de Grâce.

PL: Je pour remercie (et, de ce fait, vous rend Grâce), Carolle-Anne Dessureault.

.
.
.

Carolle-Anne Dessureault, L’Abécédaire (vers la vie), Montréal, ÉLP éditeur, 2015, formats ePub ou PDF.

.
.
.

Posted in Entretien, Fiction, Philosophie, Québec, Sexage | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 7 Comments »

AMIGOLO, CHAMAN DES ABEILLES (Nicolas Hibon)

Posted by Ysengrimus sur 1 août 2015

Amigolo-abeilles

Les derniers aborigènes de la jungle de Guyane française perpétuent, bon an mal an, leur mode de vie ancestral. Ils le font le plus sereinement qu’ils peuvent, dans les circonstances contemporaines, et ce, en dépit des orpailleurs (chercheurs d’or clandestins) brésiliens brutaux et insensibles qui gorgent les rivières de rejets de mercure, et en dépit des hélicos de la Gendarmerie guyanaise qui survolent les pirogues pour prétendument inspecter l’état de santé de ceux qui cherchent à les faire nager sur le torrent nouveau des rivières anciennes. Le jeune Amigolo est le petit-fils de la vieille chamane des abeilles de son village. Celle-ci connaît le fin et subtil secret curatif des miels et sait sinueusement contourner le dard des terribles ouvrières, pour faire agir les reines et leurs essaims selon ses desseins. Amigolo vient tout juste, de par l’affront de douleurs cuisantes, d’accéder au statut de jeune guerrier. Il passerait bien le reste de sa douce vie à jouer avec les abeilles de sa grand-mère. Mais une quête inattendue l’attend, une quête terrible et mystérieuse qui mettra justement au défi, comme si de rien n’était, sa connaissance de la nature, mais surtout, par-dessus tout, son mystérieux ascendant savant sur les insectes de la jungle.

L’écriture magnifiquement vive et sensorielle de Nicolas Hibon nous entraîne, le souffle court, dans cette cavalcade exaltante qui nous fera traverser presque toute la Guyane dans le sens de sa longitude, une fois en fonçant vers le mystère, et une autre fois en en revenant. Dans un monde en lente déglingue, cerné par des forces tutélaires, contraires, inquiétantes et lointaines, menacé par la pollution et le cynisme des prospecteurs miniers illégaux, nous allons renouer avec la noblesse de la fin de l’enfance, le haut sentiment abnégatif, l’amour chaste, et le paradis, abstrait mais vif, des priorités supérieures. On assiste à une magnifique reprise de la quête du petit garçon qui s’avance pour devenir un homme. Il s’avance même avec son chien, ses bestioles en boîte, son couteau de poche, et ce qui furent les jouets et les amusettes de son enfance. Sauf que, soudain, sans transition et dans une explosion sensuelle et luxuriante, tout devient subitement immense, archaïque, atavique, tragique. On peut dire sans se tromper qu’Amigolo ne connaît pas encore la peur. Mais il va sans dire aussi qu’on se chargera bien, nous, tout au long de sa quête, d’avoir peur pour lui. Il faut aussi observer qu’à force de ramer (surtout au sens littéral du terme), notre garçon qui devient un homme va graduellement orienter nombre de ses comportements dans le sens de cette droite ligne qui est l’assise de toute l’économie méthodique des forces.

Cinq à six jours jusqu’à Antékum pata.

Seul.

Et autant de nuits.

Ce qui semblait un détail au premier abord est maintenant une réalité bien concrète, et ce qui n’était qu’insouciance il y a une semaine encore est désormais un impératif de survie.

Pagayer sur le bord pour ne pas s’épuiser dans une lutte incessante, et profiter ainsi du reflux naturel qui coule à contre-sens le long de la berge.

La pagaie de bois brut qui plonge dans l’eau alterne de droite et de gauche avec une régularité de métronome. La pirogue est bien équilibrée. Si ça n’avait pas été le cas, Amigolo aurait dû lutter contre les remous et rectifier sans cesse la trajectoire de l’embarcation.

Et puis Amigolo sera de moins en moins seul. Au fil de son cheminement va se profiler, d’entre les branches de la jungle, l’adulte. Ami ou ennemi? Exploiteur insidieux ou adjuvant sincère? Vieux chef sage ou baderne égoïste? Orpailleur brutal et absurde ou force implacable et tranquille du carcan aveugle du vrai? Grand-maman mensonge ou grand-maman vérité? La nature forestière et lacustre, sauvage et immense, va subitement se peupler d’ombres anthropomorphes, pour le meilleur et pour le pire. Et le jeune chaman des abeilles, matois mais inquiet, ingénu mais industrieux, luttera froidement pour accéder à l’amour, à la survie des ancêtres en soi et hors de soi, à la mise en forme de cette fragile gaufre de cire, fine et armaturée, qu’est le travail bien fait et mené à son terme. Au cours de cette quête, de cette lutte ardue et épuisante comme une pente boueuse, à la fois visqueuse, squameuse, dérapante et glissante, Amigolo, jeune aborigène guyanais de ce temps, prendra la mesure, inexorable et terrible, de ce qu’il faudra irréversiblement concéder pour vaincre, si ce n’est pour simplement survivre, ou plus simplement encore: pour vivre.

.
.
.

Nicolas Hibon, Amigolo, chaman des abeilles, Montréal, ÉLP éditeur, 2012, formats ePub ou PDF.

.
.
.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Fiction, Monde | Tagué: , , , , , , , | 13 Comments »