Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Une maison (CORPUS POÉTIQUE)

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Une maison m’attendait
Dans le replis des âges.
Elle savait pas que je débarquerais
Avec balafre, armes et bagages.

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Elle se laissa, jadis, juste construire
Sur de la bonne terre
En jachère.
Elle ne vit pas non plus venir
Un bien éphémère
Entre-deux-guerres.

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Elle logea des humains et des moustiques,
Des outils, des pianos, des flonflons, des fantômes.
Elle garda toujours la dégaine rustique
D’une fine feuille morte entre les pages d’un tome.

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La cadrousse,
En douce,
L’entoura.
Cela la rendit bucolique,
Comme ça, sans malice… comme de quoi
On ne se décrète pas
ex cathedra
mélancolique.

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Oui, oui, depuis quatre-vingts ans,
Un petit cottage blanc
m’attendait
Dans le surplis des revers du monde.
Il ne me fallut que quelques secondes
Pour nouer son tortueux chemin
Au frêle poignet de mon ordinaire destin.

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CORPUS PAUL LAURENDEAU DU SITE ÉLP POÉSIE

LE POÈME QUI NE SERA PAS

cover_laurendeau_helicoidalLe poème qui ne sera pas
Laissera la frissonnante transe
De nos cataractes, de nos fracas
S’extasier, sans chercher à dire.

Le poème qui ne sera pas
Nous enveloppera de ses stances
En une dense brume.
Et un pesant navire
À coups de corne, la coupera.

Le poème qui ne sera pas
Étalera ses alternances
De tic-tac antiques
Qui toquent, qui virent,
Au gros horloge, grand papa…

Le poème qui ne sera pas
Verra voler l’évanescence
De la fine robe
Qui bruisse sans bruire
Quand d’amour, elle s’envolera.

Et le poème ne sera pas
Car les lois de l’appartenance
Laisseront l’enfançon
Se faire, se nourrir
En cliquetant contre le sein.

Et le poème ne sera pas
Surpris, sur le soir de l’enfance
De voir, vers un long lac, l’élan partir,
De l’entendre charger au loin.

Et ils reviendront, des douzaines
Comme quand on vide le carquois
De ses traits cinglants
De joies et de peines
Mais le poème ne sera pas.

Si le poème ne sera pas
C’est qu’il fallait faire silence
Ensemble,
Tous chocs,
Toutes corvées,
Toute patience
Sous le roulis
Du temps qui va.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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À RODIN

AssemblagesÀ Rodin, j’ai voulu dire
Que l’on peut coexister
Sans pour autant s’imiter,
S’empoigner, se contredire…
J’ai voulu le saluer,
Parler de son influence
Et, sans trop le révérer,
Faire sentir sa persistance.
La forme et le matériau
Quelque part, c’est la même chose.
C’est poésie ou c’est prose
Mais ce sont toujours nos mots.
De Rodin, j’ai voulu rire
Un petit peu, pourquoi pas.
C’est pour… comme… le subvertir
Et pour avancer d’un pas.
Camille Claudel, elle aussi
Figure là, dans mes pensées.
Et, quand je cogite ceci,
Elle est proche, elle est citée.
À Rodin, j’ai un peu rendu
Un hommage, on peut le dire
Avec ces broutilles tordues
Qui me poussent et qui me tirent
Vers un monde percé, perçu,
Zébré de figuration
Et dont les pensées perdues
Cherchent leur penseur, à l’occasion.
À Rodin j’ai voulu signaler
Que, malgré les différences
Et les temps et les distances,
On peut toujours s’entr’aimer.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LE PETIT MASQUE ÉGARÉ

cover_laurendeau_helicoidalDora Maar a subitement égaré
Le petit masque vénitien
Assez ancien
Qu’elle porte au cou
Depuis des années.
C’est un faciès ovale, argenté,
Un petit peu plus haut que l’ongle
Délicat et ciselé.
Il est le cousin ou l’oncle
Des masques du carnaval de Venise.
Il en est, de fait, une miniature
Au trait et à la dent dure.
Il était dans la boite à bijoux.
De cela Dora Maar est bien sûre,
Sûre comme du dur bien dur.

Dans la petite salle d’eau de Dora Maar,
Il ne faudra pas laisser une roche
Qui n’ait été soulevée.
Il va falloir y aller avec une lampe de poche,
Indubitablement.
Pour l’instant,
Dora Maar se flagelle.
Elle se rappelle,
Entre autres, d’avoir versé la boite à bijoux
Sur le lit, pour mieux la fouiller.
Oh, la questionnable approche.
Enfin, l’heure n’est pas aux reproches.
Dora Maar agacée touille dans son sac à main.
Elle ne se voit pas y jeter le petit minois
Mais on sait jamais, n’est-ce pas.
Elle va ensuite vite vérifier
(Et tant pis si ce faisant, elle se contredit)
Dans une petite pochette de couleur cramoisie.

Elle y trouve enfin le masque,
Bat le tambour basque,
Fait sonner flûtes et mandolines.
Respire mieux, se décontracte,
N’est pas fâchés d’arriver à la fin de l’acte.
Ah, égarer un objet aimé,
Quelle tension.
Quelle intense et glaçante émotion.
Mais aussi, quelle libération,
Quelle exaltante et étrange pulsion,
Que celle de l’art égaré.
Surtout s’il s’agit de l’égarement,
Implacablement cohérent,
D’un petit faciès austère et ciselé,
D’un petit masque argenté,
Tout crispé
Et qui n’a vraiment pas peur qu’on se le dise
Qu’il arrive de Venise.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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JE VAIS MOURIR

Imagiaire vergnerJe vais mourir
Avec ostentation
Et des brindilles
Jailliront d’un lagon.
Elles s’ouvriront,
Comme un vague éventail
Et cette vie,
Boulevardière et canaille,
Va continuer sa stance,
Sa chanson.
Je vais mourir
Bien loin de tous lagons.

Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Elles vont sécher, comme fourrage en hiver.
Même elles verront la fin de leur calvaire.
La vie vous fait de ces coups de Jarnac.
Je vais mourir bien trop près du cloaque.

Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et des brindilles dans une eau lumineuse
Traceront des traits dignes de Riopelle
Comme les cheveux de quelques demoiselle
Encore en vie, riante, pas pleureuse.
Je vais mourir autant que l’eau est aqueuse.

Je vais mourir et ce lagon m’agresse.
Et ces brindilles sont de sales bougresses.
Elles sont si fragiles. Pourtant, ce qui me tue
C’est qu’elles perdurent et qu’elles se perpétuent.
Fascination, remballe tes caresses.
Je vais mourir sur l’eau de ma détresse.

Je vais mourir avec ostentation
Et des brindilles jailliront d’un lagon.
Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et ces tignasses, et ces injures vaseuses
Vont continuer leur voyage arrogant.
Je vais mourir. Eh, que c’est contrariant…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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D’UN RADEAU

imagiaire pimprenellesD’un radeau,
Je te chante
Les pulsions
Qui me hantent,
Les folies
Qui me bouffent,
L’aporie
Qui m’étouffe.
Je suis un nénuphar
Sur son esquif gracile.
Je t’aime. C’est de l’art.
Et ce n’est pas facile
D’ainsi flotter mollet
Sur l’eau de tes langueurs,
De rosir, guilleret
Au lagon de tes peurs.
Je suis jaune en dedans.
C’est le feu de mon âme.
Un incendie latent
Qui couve, qui se trame.
C’est de flotter, aérien, sur toi,
Objet de mon désir
En silence et de ne pas
Pouvoir crier, pouvoir sortir
La vomissure qui bouille en moi
Comme le foutre hors d’un goret,
Comme le sang hors d’une viande,
Comme le pus hors d’une plaie.
Je veux t’aimer. Je veux te prendre.
Mais je me contente de pétaler, de flotter…
Et, tout doucement, je te chante
Les pulsions
Qui me hantent,
Les folies désaxées, hors propos,
Et surtout, les cuisants et sempiternels retards
D’un radeau
Nénuphar.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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HOMMAGE À KLIMT

AssemblagesC’est la force des couleurs
Prismatiques et primales
Qui l’emporte sur nos peurs
Et nos hantises du normal.

C’est la fureur des formes
Calibreuses, découpées,
Qui prime sur les poupées
Et sur l’ardeur du banal.

Gustav Klimt, ma ganache,
Tu te donnes en deux temps
Comme un feuilleté bruissant
Lacéré de jeux de taches,

Tout d’abord, il y a toi.
Tu étales tes symboles,
Tes figures, tes quant à soi,
Amoureuses en hyperbole.

Puis ensuite il y a moi.
Je te saisis au corps
Et tu palpites encor
Au treillis de mon émoi.

Et ta forme en scotome
Reste entre toi et moi
Comme les pages joufflues d’un tome
Dont le texte ne me revient pas.

C’est la force des couleurs
Prismatiques et primales.
C’est la fureur des formes
Dédoubleuses, découplées.

Gustav Klimt, ma douceur
J’ai tant voulu t’aimer
Que j’ai pas hésité
À hypothéquer mes peurs.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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DOS DE BANJO ET PEAU DE CHAMOIS

cover_laurendeau_helicoidalLe dos d’un banjo
Est rêche et raboteux.
La peau de chamois
Est douce et comme moite.

Le dos du banjo invite à parler,
Recrute à pincer,
Le regard, les doigts.
C’est vif. c’est folklo.

La peau de chamois
Interpelle le surmoi
Elle veut faire bosser, trimer.
Elle sert à laver, lisser.

La peau de chamois
Me rappelle un mécanicien
Qui patinait toujours d’un chamois intègre
La carrosserie de sa grosses américaine d’autrefois.

Le dos du banjo
Me rappelle un magicien
Qui nous jouait toujours un petit air aigre
Avant de nous faire son numéro.

Le banjo, c’est du feu.
Ça crépite, c’est durillon, nerveux,
Séduisant, musical,
Raboteux, guttural.

Le chamois, c’est de l’eau.
Ça se frotte, ça chuinte. C’est aqueux et chaud,
Langoureux Animal,
Moite, fluide, séminal.

Et c’est quoi qui unit dos de banjo et peau de chamois?
La nostalgie tactile d’un certain art trouvé, au fond, je crois.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LE MONDE EST UNE PERLE

Imagiaire eaux-pierresLe monde est une perle ici,
Dans les calanques,
Ultime planque,
Pour le pur et pour le gentil.

Le monde est une perle ici,
Dans cette vallée mirifique,
Brumeuse, idyllique,
Sans propriétaire et sans prix.

Le monde est une perle ici.
C’est la falaise et c’est la mer.
C’est l’or qui se transmute en fer
Quand nos regards se posent sur lui.

Le monde est une perle ici.
Et je la prends, et je la touche.
Et je la pose sur ta bouche
Pour le petit bisou des grandes amies.

Le monde est une perle ici.
C’est avec toi que je m’y plonge
Éperdu(e) comme la brume qui longe
Cette baie, au dos interdit.

Le monde est une perle ici.
Et deux amoureux s’en avisent
Pendant que les vieux arbres devisent
Avec un grand ciel décati,
Ici, pour toujours, juste ici.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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ON VA RATER LE BOULANGER

Imagiaire vergnerMagnez vous les copains.
On va le rater.
Mais cessez de bruisser
Et grouillez-vous,
Tas d’empotés.
Je vous demande un peu.
Du pain, des jeux,
Foncez.

C’est bien la peine
D’avoir les pieds ainsi palmés
Si c’est pour finir
Avec si peu de prise au démarrage.

Mais… elle se barre,
Elle s’ébranle.
Je cancane.
J’enrage.

Ça y est, elle disparaît,
La boulangère voiturette.

Il va nous rester,
De cette ruée,
Que nos yeux pour pleurer.
Nos pauvres
Géantes
Et gluantes
Mirettes.
Et que de tristes miettes.

Et, pour nos ventres affamés
(Qui en veille ou en sommeil
N’ont point d’oreilles),
Je ne sais quelle fatale recette.

Et notre imaginaire
Jouant ses fausses notes,
Ses faux rêves de festins,
Lascifs, replets, paillards.

Oui, ça y est,
Reste plus
Que notre pauvre volière,
Jouant ses canards.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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HEUREUX ENSEMBLE

AssemblagesHeureux ensemble, nous irons,
Toi à pied, moi à vélo.
Et ta truffe en tuyau
Nous guidera vers les saisons
Où le soleil pétille
Et il y a pas de pluie
Parce que tu crains la rouille
Et que moi aussi.
Je porte un casque.
J’ai les cuisses comme des ressorts,
Et, sous mon masque,
J’ai une dégaine, j’ai le port
Altier, roide, cycliste.
Toi tu gambades
Parce que tu es un roquet pas triste,
Pas perclus, pas malade.
Et ta truffe en tuyau
Nous guidera vers la connaissance
De la subversion du beau
Et du fric-frac des essences.
Je vais à vélo
Et toi, tu es mon animal.
Tu es pas fait de peau
Mais comme moi, humain, de métal.
Heureux ensemble. nous serons
Toi sur pied, moi sur des supports.
C’est que je modère mes transports
Pour mieux me faire contempler
Et aimer.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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SONNET DES MOTS ET DE LA CHOSE

cover_laurendeau_helicoidalD’avoir rencontré le mot
M’a fait capturer la chose
Dans un angle que la prose
N’avait su mettre en lambeaux…
Rameaux de lambeaux…

Cataractes et dominos,
Grenade de fond de la chose,
Tu as persiflé ta cause
en chuintant d’entre les mots.

J’ai osé cueillir ces roses
Ataviques. De l’air, de l’eau.
On ne refait pas la chose
Quand elle vous triture la peau.

Puis, puit, Puy…

Forain, j’ai gauchi ma pose
Et jonglé avec trois mots…

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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MAIS SI, MAIS NON

Imagiaire vergnerMais si, c’est un nénuphar.
Mais non, c’est un phare.
Mais si, et c’est une zone arable.
Mais non, c’est inénarrable.

Mais si, c’est l’ultime fragilité.
Mais non, la route pourra bien passer.
Mais si, c’est un lagon pugnace.
Mais non, c’est une innommable lavasse.

Mais puisque je te dis que c’est zoné protégé.
Mais puisque je te dis que c’est un terrain privé.
Mais non, c’est du pays sauvage.
Mais si, c’est un aménageable paysage.

M’enfin, quelle peste. T’es loin d’être conciliant.
Mais autrement, je vais devoir invoquer Boris Vian.
Mais non, qu’est ce que Vian a tant à y faire.
Mais si, souviens toi de Chloé et de son cancer…

Il n’y a que deux choses de vraies dans la vie :
L’amour et la musique de Duke Ellington…
Tu t’en étonnes ?
Mais non, c’était pas un cancer… là, tu te goures.

Mais si, c’était dans L’écume des jours.
Mais non et tu vas pas, en plus, bétonner tout ça.
Mais si, l’éléphant de Jean Sol Parte s’en chargera.
Mais, oh, pas encore ton sale Vian, Y en a marre.

Mais basta, pas besoin de te piquer un phare.
Mais non, je te dis que c’est pas un phare.
Mais c’est bien ce que je te disais, eh mignard,
C’est un nénuphar…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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POINT, VIRGULE

imagiaire pimprenellesL’océan Atlantique éternel,
Lisse comme une prunelle,
Perpétue, comme repu,
Son état de sagesse.
Et le goéland philosophe est revenu.
Il croyait, après avoir sondé les nues
Et pris la mesure de ces largesses,
De ces ampleurs, de ces amplitudes
Et du pourtour de cette sphère
Béate de solitude
Que le cosmos était finalement fini.
Voilà c’était plié, c’était dit.
Et Jonathan, ou Fletcher c’est selon,
Croyait mordicus tenir enfin la conclusion :
L’Univers serait, de fait, un POINT.

Mais en ce jour nouveau, en ce petit matin,
Notre goéland philosophe derechef vacille.
Les deux pattes dans la nasse qui doucement oscille,
Il se sent soudain moins certain, moins serein.
L’océan derrière lui, clapotant et fort aise,
Lui murmure maintenant une toute autre thèse,
Une doctrine en rythme, en phase, en longs cheveux,
Une conception qui se teinte dans les gris et les bleus,
Une idée relative, corrélée, alluviale,
La somme des grains de sable en une plage sapientale.
L’océan, comme son souvenir, fait revenir
Sur sa vision d’hier notre penseur ailé. Et il recule :
L’Univers n’est peut-être jamais qu’une VIRGULE,

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LES ARRIVANTES

Imagiaire eaux-pierresLes arrivantes nous apportent
Des nouvelles,
Des bouillonnements
Venus de l’autre bord,
Des purs sangs, des taureaux,
Des haridelles,
Sur une toile qui clapote
Dans tous les ports.
C’est une tourmente,
Une hystérie des bulles.
Et tout se dit,
En cet atermoiement.
Et les substances les plus suspectes circulent
Au sein intime du ressac le plus éclatant.
Un reflux de vagues, c’est un peu de la politique
Et nos mouvements sociaux du subconscient.
C’est liquide, c’est labile,
C’est verbeux, c’est critique
Comme un choc culturel de nouveaux arrivants.
L’eau, c’est secret aussi. C’est faussement
Translucide.
C’est insidieux, ça joue sur nos terreurs,
C’est onctueux, c’est laiteux,
C’est livide.
N’y voir que joie, ce serait une erreur.
Les arrivantes nous apportent des tableaux,
Des barbouillements venus de l’autre bord,
Des Cézanne, des Matisse, des Braque, des Picasso,
Des qui ont eu raison et des qui eu tort.
Et oui, oui, les substances les plus suspectes circulent
Au sein du ressac le plus éclatant.
Un reflux du vague, c’est un peu de la sémantique,
Des signifiés subtils aux mousseux signifiants.
L’eau est aqueuse, aussi, eh bien, l’eau est humide…
N’ayons pas l’heur des mots,
N’ayons pas peur des truismes.
N’ayons pas peur non plus de toutes nos saponides.
Une hystérie des bulles, oui, oui, c’est une tourmente.
Tout se dit, ambigu, de par les arrivantes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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OBJET SURRÉALISTE, 2010

cover_laurendeau_helicoidalUne baignoire antique
Blanche, lente, poussive,
Avec quatre pattes torves,
Se baigne dans un aquarium
Avec pompe, avec décorum.

La baignoire antique,
Incurvée, pansue, morose,
Penche et quelque chose
Qui perle du fond de l’aquarium
Lui flatte un bedon, bonhomme.

C’est un jet de bulles
Qui remonte, qui circule
Le long du ventre enflé
Blême, concret, incurvé,
De la baignoire antique immergée.

Version aquatique
Des Vacances de Hegel,
Le tableau de Magritte,
Ce verre d’eau
Déposé sur le sommet d’un pépin
Ouvert, déployé,
Tout sec et tout taquin.

Ici, similaire, vive dialectique,
Une baignoire antique
S’immerge en un aquarium
Du fond duquel, cette affaire,
Il coule,
Il monte,
Il papillonne
De l’air.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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EN VOL

Imagiaire vergnerPapillonet fragile, tu mates ceci,
En vol :
Des fleurettes en saupoudre,
Des tiges de brindilles.
Et tu vas en découdre
Avec le vent qui vire
Et les tendrons gazons
Qui fouettent les sangs
De l’entre-vent. Ton entregent
Te servira frivole,
Ès doctrines fofolles.
Et ton oscillement engage toute ta vie,
Papillonnet fragile, qui mates ceci,
En vol.

Papillonet gracile, tu as pigé,
En vol,
Que les lois de l’engendrement
Et celles du contournement
Sont fatalement identiques.
Mouche, moucherons et moustiques
Qui bombinent en d’autres lieux
Savent encor moins bien, encor mieux,
Qu’il n’est passion, ardeur
Que celle de la multitude des fleurs.
Ils te laissent, frivole, à ta vision fofolle,
En vol.

Papillonet futile, devant le vent qui frappe,
En vol,
Et qui farce et attrape, décoiffe et chausse-trappe,
Rapine, vombrissine et tourneboule,
Cornegidouille et fait perdre la boule,
Tu ne transiges pas, tu rages.
L’amour des susdites fleurs te tient lieu de courage
Et les insectes coupant, se gavant de sang,
Ne voient ton entre-vent, ne pigent ton entregent.

Papillonet fragile, les petites fleurs t’ont capturé,
Elles t’ont saisi, capté, pompé, interpellé,
En vol.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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TRANQUILLE…

imagiaire pimprenellesLes galets sont dépolis.
Les agrès sont démolis.
Tranquille…

Un chou de mer sur la picaille.
Le dormeur du val après la mitraille.
Tranquille…

Et dans le fond, y a la mer.
Et les prolos sont en colère.
Tranquille…

Pas de terreau, pas de sable. Bernique.
Les grands chevaux blancs ont fui le cirque.
Tranquille…

Un horizon sans fin de caillasses.
Le moteur social rempli de mélasse.
Tranquille…

Et sous les galets, pas de plage.
Et sur les pavés, ben, la rage.
Tranquille…

Et le gris de l’horizon.
Et l’amertume de ma chanson.
Tranquille…

Les galets sont immortalisés.
La révolte est généralisée.
Tranquille…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LES ÉTOILES FIGÉES

Imagiaire eaux-pierresDe fins stalactites
De voûtes caverneuses.
Harmonie contrite,
Vive et lumineuse.
Des étoiles figées
Qui tintent et nous disent
Que les nues sont gelées,
Que les eaux sont grises,
Hors de la caverne,
Là bas, dans le monde,
Sur la terre pas ferme
De cette terre pas ronde.
Ce sont des fistuleuses
S’il faut tout avouer.
Elles sont harmonieuses
Et elles ont rien à déclarer.
C’est pas de la glace.
C’est pas du cristal.
C’est pas du fugace
Et c’est plus normal
Qu’on pourrait le croire.
Un trésor secret.
Un éclat sans gloire.
Un mystère discret,
Hérissé d’histoire.
Harmonie vitale
Rieuse, lumineuse,
Petite, gigantale…
Des étoiles figées
Qui tintent et nous chantent
Qu’il faut tout aimer
Parce que tout nous hante
Et que rien n’est donné.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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ÉLOGE

Imagiaire vergnerÉloge au fragile
Et à l’éphémère,
Au pur, au gracile,
Au vent et à l’air.
C’est un pissenlit
Il se rend, se donne.
Son demain est dit.
Sa candeur étonne.
Il est duveteux,
Foufou, frémissant.
Il mourra sous peu.
Éloge au vivant.
Éloge à la folle
Et douce existence
Qui fait que s’envolent
Nos chants et nos stances.
Dans ce petit champ,
Dans ce simple pré,
Éloge au vergner,
À l’air et au vent.
Éloge à la femme
Qui me hante encor.
Sinueuse flamme,
Cheveux, yeux et corps.
C’est une petite fleur
Vraiment pas timorée
Et le vent du nord
Va l’éparpiller.
Mais elle reviendra.
C’est vrai et c’est franc.
Et on le redéclamera.
Son éloge coup de vent.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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VIVE

imagiaire pimprenellesPlante de rocaille luminescente,
Ton ardeur est cuisante.
C’est assez étrange en ces lieux.
Vive le mystérieux.

Peut-être que tu luis, petit bocage,
De par je ne sais trop quel trucage
Bidouillisé sur un ordi.
Vive la technologie.

Et ça me donne tellement envie d’écrire.
Il me faut soit le faire, soit mourir.
Je sens que me vient une chanson.
Vive l’inspiration.

Je te regarde et mes cils vacillent,
Psychédélique camomille,
Artificielle concoction.
Vive l’hallucination.

Tu me rappelle aussi Noël,
Ses jeux de lumières moches et belles
Que nous aimions à l’unisson.
Vive la festive saison.

Donc, tu es une plante de rocaille ?
Tu fais un peu figure de pagaille
Comme l’éclatement d’un drame de vie.
Vive l’allégorie.

Mais tu es vraie, parce que petite,
Parce que menue, crue, pas contrite,
Sans symbolique, sans turpitude.
Vive la concrétude.

Et vive ta vitalité vive.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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ENTRE DEUX TERRES

Imagiaire eaux-pierresDans le labyrinthe,
L’humain va entrer,
Sans un dit, sans une plainte.
Sa curiosité
Le pousse, dure comme fer,
Entre deux terres.

Petite caverne vraie,
Boyau naturel,
La force vive des faits,
L’ardeur de l’appel,
Qui se réverbère
Entre deux terres,

Fait de toi la cible
De l’humaine attention,
Quand tout est possible,
Quand tout est chanson.
C’est la paix, c’est la guerre,
Entre deux terres.

La curiosité,
C’est une invention
De l’humanité
Et de ses pulsions.
Et tout reste à faire
Entre deux terres.

Je veux tout palper.
Je suis cavernicole.
Mon avidité,
Elle est sage, elle est folle.
Et j’entends me refaire, me parfaire
Entre deux terres.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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ARAIGNÉE DU SOIR, GUITARE

cover_laurendeau_helicoidalUn ignare hilare
Portant une guitare
À l’arrêt de bus,
Se tient,
Un peu hagard.
Pas de caisson pour la guitare.
Notre hagard ignare hilare
La tient par le col,
Toute nue
Sous les regards.
Vous allez me croire
Si vous allez me croire.
Devant mon ignare hilare hagard
Portant sa guitare
Se stationne l’ultime char routard,
Tout feu, tous flammes, tout phares
Dont le conducteur, un bulgare,
Araignée du soir, espoir,
Mate la guitare.
Le routard bulgare
Demande au hagard ignare:
Où, vas-tu si tard
Et si hilare?
Oh, tu vas me croire
Si tu vas me croire
Mais je vais à la gare…
Tu irais pas par hasard?
C’est qu’on est le soir
Et que je suis vachement en retard
Pour choper mon sporadique tortillard.
Dare-dare,
Tonne le routard bulgare.
Monte, monte, guitaresque zigomar.
Pêle-mêle et sans égard
Ignare hagard hilare et guitare
S’empilent dans le char routard
Du samaritain bulgare
Qui démarre.
Direction la gare.
Araignée du soir, guitare.

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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DEMAIN N’A PAS DE FIN

Imagiaire vergnerC’est un foulque ou une poule d’eau?
Pas clair,
Même pour un pro des oiseaux.
C’est une poule d’eau ou un foulque?
Sais pas et vais certainement pas
Battre ma coulpe
Pour autant.
Demain n’a pas de fin
Comme il ne vient jamais.
Le découpage le cernant
N’est pas dessiné,
Pas fait.
Tant et tant que les catégories
Ben moi, voilà, je m’en méfie
Et, conséquemment, en médis…

C’est un gentil ou un mignon?
Pas clair, même pour un barjo du trognon.
C’est une fille ou un garçon?
Sais pas et vais certainement pas
Me lancer dans des grandes vérifications
Pour autant.
Demain n’a pas de fin
Comme il ne vient jamais.
Le découpage le cernant n’est pas dessiné, pas fait.
Tant et tant que les catégories
Ben moi, voilà, je m’en méfie
Et, conséquemment, en médis…

C’est un paradoxe ou une aporie?
Pas clair, même pour Sophistique Sophie.
C’est une aporie ou un paradoxe,
Un débat logique ou un match de boxe?

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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CONTREPOINT

imagiaire pimprenellesMademoiselle Marguerite Tachette,
En cachette,
Fait du contrepoint,
Le museau en coin.
Le tarin en berne,
Marguerite Tachette alterne
La broute et la coupe.
Sa langue est une faux.
Et ça, il le faut
Pour que le contrepoint
Alterne sans pépin.

Mademoiselle Marguerite Tachette
C’est une vieille amie.
Ça fait un bail de belle lurette
Qu’on partage nos vies.
Et, de loin en loin,
C’est là un autre contrepoint
Que sa petite sagesse
De bovine bougresse
Transmet en mon être
En loucedé, en traître.
Donc, premier contrepoint:
Le mufle dans l’herbe, serein
Répond à la langue en faux.
Second contrepoint, tout beau,

Mademoiselle Marguerite Tachette
Devant moi, âme simplette.
Troisième contrepoint, en prime,
Effet de mise en abîme:
Le premier contrepoint brouteur
Et le second, celui des âmes sœurs
Font un contrepoint ensemble.
C’est harmonieux, il me semble.
Et c’est hautement symbolique
Autant que fort sympathique. Tout bon.
Et Marguerite Tachette ne dit pas non.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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UN PETIT PACTOLE

Imagiaire eaux-pierresDans un gros abri de roche
Formant dôme
Que les provençaux appellent
Une baume,
Anthropos a érigé
Une petite chapelle.
C’est bien qu’il entendait
Un appel,
Qu’il entendait boire
Une vive parole:
Celle d’un petit Pactole.

Quelque part, par là, dessous-derrière,
Y a une source,
Alors tu comprends, ce fut la vive course.
C’est qu’Anthropos a grand soif. Il te l’a pas dit,
Trop occupé qu’il était à faire de l’esprit.
Tout ça pour dire que c’est pas des fariboles,
Un petit Pactole.

Évidemment, ça soulève une question philosophique
Que maints calotins trouveront fort antipathique.
Tenir l’eau, c’est bien tenir ceux qu’elle désaltère.
Et ils y auraient pas pensé, les petits pères?
Bifteck d’abord, morale après, disait Bertolt
Brecht. Il l’avait, lui, le sens du petit Pactole…

Déjà on savait que les lieux de cultes s’empilent
qu’ils se stratifient, se syncrétisent, au fil
De l’Histoire et que leurs traces se disent, s’indiquent
En des sites chrétiens, puis, celtes, puis paléolithiques.
Tout un feuilleté de pierres, la mystique corolle.
Un petit Pactole.

Mais là, dans une micro-chapelle au fond d’une baume,
Venez pieusement humer du petit Pactole l’arôme
Et voir scintiller cristallinement le prisme
De la confirmation discrète de tous nos matérialismes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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FERNANDE

AssemblagesFernande, autrefois, m’a fait cadeau
D’une banjoïste.
Elle est barjo.
Elle est pas triste.
Elle tire une trogne ahurie.
C’est à cause de la mélodie
Qu’elle gratte sur sa casserole soliste.
Elle est barjo, elle est pas triste.
Et le public en redemande.
Simplement, justement, Fernande
Ça lui met les nerfs à vif, le crincrin.
Ça lui fait hérisser le crin.
Alors elle pose la banjoïste sur une jolie chaise
Et m’en fait cadeau, balèze!
La générosité
De Fernande est intéressée.
Mais moi, cette banjoïste, j’aime son regard.
Je le trouve inspiré, planant, hagard
Sous son galure d’Alice Guimond.
Alors, Fernande, merci, c’est bon.
Je salue ton inspiration.
Cette banjoïste me rappellera nos transes,
Elle deviendra une instance,
Une référence.
Et la banjoïste, réconfortée,
Cessera de ressasser des airs connus.
Elle se mettra à composer. Elle aura un but.
Ce qui compte surtout, c’est que, dans l’harmonie,
On ajuste nos mélodies
Puis qu’on s’entende,
Hein, Fernande.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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L’HÉLICOÏDAL INVERSÉ

cover_laurendeau_helicoidalHélicoïdal inversé
Sur plafond immaculé,
Lisse et dense comme du lait.
Plafond devenu plancher désormais
Car l’hélicoïdal est inversé
Et la perspective est, de ce fait, altérée,
Sur lui et sur sa petite chaînette
Providentielle
Qui se dresse toute droite,
Pointant vers le ciel.

N’était au départ
Qu’un vague ventilateur plafonnier.
Est désormais
Un ardent hélicoïdal défonctionnalisé,
Vu que le tableau a été inversé.
On ne peut plus que le regarder.
Il ne peut plus que nous relativiser.
Il ne peut plus nous rafraîchir
Quand la canicule vient s’avachir
Dans nos bourrelets sur-humectés.
L’hélicoïdal n’en a rien à cirer.

Il est inversé, irisé
Et il est polychromatique.
Pour l’œil,
C’est merci.
Pour l’épiderme,
C’est bernique.
Pour lui,
Tourner en bourrique,
C’est fini.
Autre chose :
Ce sont nos perceptions
Qui sont ici en cause,
Exactement
Comme quand
On renonce à la prose…

Il s’agit, en fait,
De se laisser décatir,
Transgresser et subvertir
Par les pales hyper-altérées
De l’hélicoïdal inversé.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LES CITÉS HEUREUSES

Imagiaire vergnerC’est une jolie plante marotte
Qui fait partie de la famille des carottes,
Une graminée prudente, circonspecte
Où atterrissent des petits insectes.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est une perturbation printanière
Qui contraste vivement, sur fond vert,
Avec une splendide explosion de soleil.
Des milliards de mondes en ont des pareilles.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est un joli riquiqui de pré ordinaire
Qui fait pas le cador, qui fait pas le fier,
Une de ces promenades de l’ordre du banal,
Pour la trouvaille du jour, le cadre idéal.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est pas trop trop loin d’une vieille cabane
Avec des oisons, des poulets, des canes,
Ou alors, euh… c’est aux marges d’un fau-bourg
J’oublie, je me perds. J’hésite, je me goure.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

C’est de fait la frange de l’universel
Quand l’unique transgresse le sempiternel,
Quand le cosmos, dense comme une vieille brique,
Fait dans l’imagé et le concentrique.
Les cités heureuses, c’est juste cela.
Et ça ne compose pas.

Ces cités heureuses, c’est des bouffées de jugeote
Qui font partie de la famille des carottes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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DANS LE BOIS

Imagiaire eaux-pierresC’est comme une manière de mat de cocagne
Qui défendait une marche de Bretagne
Dans les bois.

Pour tous les cornards et pour toutes les bougresses,
Il était éminence de forteresse
Dans les bois.

On y grimpait, on y mirait l’avance
De la forêt sur nos Macbeth qui dansent
D’effroi.

Que voulez-vous, la féodalité
Charriait son fagot de difficultés
Dans les bois.

Des gens sont morts et ont vécu ici.
Ils eurent des joies et ils eurent des soucis
Dans les bois.

Et le terroir tranquille du Morbihan
Abrite muet ce cénotaphe d’antan
Dans les bois.

Tellement touché(e) quand, ce jour là j’y grimpe,
Je suis Prométhée crapahutant l’Olympe
Dans les bois.

Lui, il défendait juste une marche de Bretagne.
Pensez à lui, compagnons et compagnes.
Émoi.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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MINIATURES MONTRÉALAISES

cover_laurendeau_helicoidalBouquinistes, bouquinistes
De Berri, de Sanguinet.
Choses si gaies, choses tant tristes.
Pages toutes cornées, vieux feuillets.
Cornettistes, cornettistes,
Festivaliers trépidants,
Promeneurs opportunistes,
Pans de robes froufroutant…

Bouquinistes, bouquinistes,
Vous capturerez demain
La mémoire, en bout de piste
De ma vie d’antan urbain…
Flux livresques, arts plastiques,
Vous perdez tout sens normal.
Miniatures cataclysmiques,
Vous submergez Montréal.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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VERS L’ÉDEN

Imagiaire vergnerVoici donc que Limace rampe sur sa bedaine.
Sans bretter, sans faillir, elle s’en va vers l’Éden.
Elle se barre dare-dare là-bas, au paradis
Car elle en en sa dose de l’ici-bas d’ici.
Elle en a plein le dos de ces enquiquineurs,
Ces pinailleurs et ces prédateurs.
Elle veut plus bosser.
Ça vaut plus la peine.
Elle n’aspire qu’à se débiner
Et à se diriger, ipso facto, vers l’Éden.
Simplement, pas folle, Limace, pas folle,
Elle devine bien que, sans boussole
Et surtout sans un sens éduqué de l’abstraction,
L’Éden, c’est pas la plus évidentes des destinations.
C’est pourquoi elle se donne une approche sereine,
Instantanéiste et débonnaire, zen, de l’enjeu Éden.
Après tout, les Sagas, les Baratins, les Gestes
Disent bien de l’Éden qu’il est que le paradis terrestre.
Or le terrestre, l’amie Limace, ça la connaît.
Elle s’y étampe, y rampe, depuis que ce qui est est.
Tant et tant que ces hauts enjeux, procédant de l’atavique,
Limace se charge de leur trouver réponse prosaïque,
Et avance l’imparable réplique d’une limpide logique:
L’Éden est tout partout, et vlan. Dites-le à la ronde.
Et, poupons, de Limace, assumez le Système des Mondes.
Et, potaches, de Limace, embrassez la philosophie.
Car si ce qui est est, ce qui est dit est dit.
Limace est un modèle, corps et âmes âme et corps.
Elle est l’Allégorie. Elle est la Métaphore.
Redisons-le tout haut, chantons-le oh, bien fort:
Voici donc que Limace rampe sur sa bedaine.
Sans bretter, sans faillir, elle s’en va vers l’Éden.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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ORPHÉE

imagiaire pimprenellesTache d’adulte au bec
Et œil écarquillé,
Voici Orphée.
Et il n’en a rien à faire
De descendre aux Enfers
Sous le feu, la mitraille,
Dans la boue, la limaille
Du dépotoir municipal,
Ordurier, étalé, banal.
Orphée y barbotte, y fouille,
Sans peur,
Sans chiasse,
Sans trouille,
Cherchant casse-graine pour la marmaille.
Détritus en mangeailles,
Tessons et papiers gras
C’est un enfer pavé
Des intentions écolos reniées
De nos soisantehuitardes badernes
Formant la nouvelle lie urbaine.
Il fut un temps jadis, naguère
Où Orphée plongeait dans la mer
Pour cueillir la pitance des mouflets.
Ce n’était pas un monde parfait.
Il y avait fréquemment la disette.
Et la recette était souvent simplette.
Aujourd’hui tous les jours, on fait gras.
Le dépotoir, c’est fait pour ça.
Le progrès, c’est pas la tambouille santé.
Il faut promptement s’adapter.
Ils resteront les pattes en l’air
Ceux que les petits boulons de fer
Auront insidieusement étouffé.
Il faut savoir louvoyer.
Et Orphée n’en a rien à faire
De descendre aux Enfers,
En ce monde de grandes solutions
Sempiternellement en attente de rebonds.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
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LES HABITANTS DU CIEL

Imagiaire eaux-pierresLes habitants du ciel
Ont laissé en partage
Sur une portion de pierre et de fiel
Un œil meunier sans âge.
C’est un cylindre osseux.
Il nous dit des présences.
Il nous chantonne des lieux
Qui connurent l’abondance.
Plateau calcaire ancien,
Anthropos a moulu ici,
Écossé force grains,
Dit salut, dit merci.
C’est la force de la ruine
De nous dire: je suis là
Et la trace de toutes mes combines
Est ici avec moi.
Une structure artificielle,
C’est toujours époustouflant.
Et les habitants du ciel
Ne s’y trompent pas, habituellement.
Ils nous disent l’oublié.
Ils nous parlent d’hier,
Civilisation pliée,
Mystérieux savoir-y-faire.
Les habitants du ciel
Ont laissé de surcroît
Sur cette portion de pierre et de fiel
Une petite parcelle de joie
Dans mon cœur, quand je vois
Cet os intemporel,
Ce moulin d’autrefois
Dont les bras sont partis au ciel.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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4 Réponses to “Une maison (CORPUS POÉTIQUE)”

  1. jimidi said

    C’est ton chez vous?

    [Oui-da… Ysengimus]

  2. C’est gentil d’honorer une maison.

    [C’est que nos maisons sont un peu ce que nous sommes. – Ysengrimus]

  3. Fatima la nuit said

    Ceci est la maison d’un sage.

    Fatima

  4. Sophie Sulphure said

    Magnifique poésie, Ysengrimus.

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