Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Une maison (CORPUS POÉTIQUE)

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Une maison m’attendait
Dans le replis des âges.
Elle savait pas que je débarquerais
Avec balafre, armes et bagages.

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Elle se laissa, jadis, juste construire
Sur de la bonne terre
En jachère.
Elle ne vit pas non plus venir
Un bien éphémère
Entre-deux-guerres.

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Elle logea des humains et des moustiques,
Des outils, des pianos, des flonflons, des fantômes.
Elle garda toujours la dégaine rustique
D’une fine feuille morte entre les pages d’un tome.

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La cadrousse,
En douce,
L’entoura.
Cela la rendit bucolique,
Comme ça, sans malice… comme de quoi
On ne se décrète pas
ex cathedra
mélancolique.

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Oui, oui, depuis quatre-vingts ans,
Un petit cottage blanc
m’attendait
Dans le surplis des revers du monde.
Il ne me fallut que quelques secondes
Pour nouer son tortueux chemin
Au frêle poignet de mon ordinaire destin.

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CORPUS PAUL LAURENDEAU DU SITE ÉLP POÉSIE

LE POÈME QUI NE SERA PAS

cover_laurendeau_helicoidalLe poème qui ne sera pas
Laissera la frissonnante transe
De nos cataractes, de nos fracas
S’extasier, sans chercher à dire.

Le poème qui ne sera pas
Nous enveloppera de ses stances
En une dense brume.
Et un pesant navire
À coups de corne, la coupera.

Le poème qui ne sera pas
Étalera ses alternances
De tic-tac antiques
Qui toquent, qui virent,
Au gros horloge, grand papa…

Le poème qui ne sera pas
Verra voler l’évanescence
De la fine robe
Qui bruisse sans bruire
Quand d’amour, elle s’envolera.

Et le poème ne sera pas
Car les lois de l’appartenance
Laisseront l’enfançon
Se faire, se nourrir
En cliquetant contre le sein.

Et le poème ne sera pas
Surpris, sur le soir de l’enfance
De voir, vers un long lac, l’élan partir,
De l’entendre charger au loin.

Et ils reviendront, des douzaines
Comme quand on vide le carquois
De ses traits cinglants
De joies et de peines
Mais le poème ne sera pas.

Si le poème ne sera pas
C’est qu’il fallait faire silence
Ensemble,
Tous chocs,
Toutes corvées,
Toute patience
Sous le roulis
Du temps qui va.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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À RODIN

AssemblagesÀ Rodin, j’ai voulu dire
Que l’on peut coexister
Sans pour autant s’imiter,
S’empoigner, se contredire…
J’ai voulu le saluer,
Parler de son influence
Et, sans trop le révérer,
Faire sentir sa persistance.
La forme et le matériau
Quelque part, c’est la même chose.
C’est poésie ou c’est prose
Mais ce sont toujours nos mots.
De Rodin, j’ai voulu rire
Un petit peu, pourquoi pas.
C’est pour… comme… le subvertir
Et pour avancer d’un pas.
Camille Claudel, elle aussi
Figure là, dans mes pensées.
Et, quand je cogite ceci,
Elle est proche, elle est citée.
À Rodin, j’ai un peu rendu
Un hommage, on peut le dire
Avec ces broutilles tordues
Qui me poussent et qui me tirent
Vers un monde percé, perçu,
Zébré de figuration
Et dont les pensées perdues
Cherchent leur penseur, à l’occasion.
À Rodin j’ai voulu signaler
Que, malgré les différences
Et les temps et les distances,
On peut toujours s’entr’aimer.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LE PETIT MASQUE ÉGARÉ

cover_laurendeau_helicoidalDora Maar a subitement égaré
Le petit masque vénitien
Assez ancien
Qu’elle porte au cou
Depuis des années.
C’est un faciès ovale, argenté,
Un petit peu plus haut que l’ongle
Délicat et ciselé.
Il est le cousin ou l’oncle
Des masques du carnaval de Venise.
Il en est, de fait, une miniature
Au trait et à la dent dure.
Il était dans la boite à bijoux.
De cela Dora Maar est bien sûre,
Sûre comme du dur bien dur.

Dans la petite salle d’eau de Dora Maar,
Il ne faudra pas laisser une roche
Qui n’ait été soulevée.
Il va falloir y aller avec une lampe de poche,
Indubitablement.
Pour l’instant,
Dora Maar se flagelle.
Elle se rappelle,
Entre autres, d’avoir versé la boite à bijoux
Sur le lit, pour mieux la fouiller.
Oh, la questionnable approche.
Enfin, l’heure n’est pas aux reproches.
Dora Maar agacée touille dans son sac à main.
Elle ne se voit pas y jeter le petit minois
Mais on sait jamais, n’est-ce pas.
Elle va ensuite vite vérifier
(Et tant pis si ce faisant, elle se contredit)
Dans une petite pochette de couleur cramoisie.

Elle y trouve enfin le masque,
Bat le tambour basque,
Fait sonner flûtes et mandolines.
Respire mieux, se décontracte,
N’est pas fâchés d’arriver à la fin de l’acte.
Ah, égarer un objet aimé,
Quelle tension.
Quelle intense et glaçante émotion.
Mais aussi, quelle libération,
Quelle exaltante et étrange pulsion,
Que celle de l’art égaré.
Surtout s’il s’agit de l’égarement,
Implacablement cohérent,
D’un petit faciès austère et ciselé,
D’un petit masque argenté,
Tout crispé
Et qui n’a vraiment pas peur qu’on se le dise
Qu’il arrive de Venise.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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JE VAIS MOURIR

Imagiaire vergnerJe vais mourir
Avec ostentation
Et des brindilles
Jailliront d’un lagon.
Elles s’ouvriront,
Comme un vague éventail
Et cette vie,
Boulevardière et canaille,
Va continuer sa stance,
Sa chanson.
Je vais mourir
Bien loin de tous lagons.

Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Elles vont sécher, comme fourrage en hiver.
Même elles verront la fin de leur calvaire.
La vie vous fait de ces coups de Jarnac.
Je vais mourir bien trop près du cloaque.

Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et des brindilles dans une eau lumineuse
Traceront des traits dignes de Riopelle
Comme les cheveux de quelques demoiselle
Encore en vie, riante, pas pleureuse.
Je vais mourir autant que l’eau est aqueuse.

Je vais mourir et ce lagon m’agresse.
Et ces brindilles sont de sales bougresses.
Elles sont si fragiles. Pourtant, ce qui me tue
C’est qu’elles perdurent et qu’elles se perpétuent.
Fascination, remballe tes caresses.
Je vais mourir sur l’eau de ma détresse.

Je vais mourir avec ostentation
Et des brindilles jailliront d’un lagon.
Je vais mourir comme chameau qui baraque
Et des brindilles vont griffer un cloaque.
Je vais mourir comme meurent les gueuses
Et ces tignasses, et ces injures vaseuses
Vont continuer leur voyage arrogant.
Je vais mourir. Eh, que c’est contrariant…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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D’UN RADEAU

imagiaire pimprenellesD’un radeau,
Je te chante
Les pulsions
Qui me hantent,
Les folies
Qui me bouffent,
L’aporie
Qui m’étouffe.
Je suis un nénuphar
Sur son esquif gracile.
Je t’aime. C’est de l’art.
Et ce n’est pas facile
D’ainsi flotter mollet
Sur l’eau de tes langueurs,
De rosir, guilleret
Au lagon de tes peurs.
Je suis jaune en dedans.
C’est le feu de mon âme.
Un incendie latent
Qui couve, qui se trame.
C’est de flotter, aérien, sur toi,
Objet de mon désir
En silence et de ne pas
Pouvoir crier, pouvoir sortir
La vomissure qui bouille en moi
Comme le foutre hors d’un goret,
Comme le sang hors d’une viande,
Comme le pus hors d’une plaie.
Je veux t’aimer. Je veux te prendre.
Mais je me contente de pétaler, de flotter…
Et, tout doucement, je te chante
Les pulsions
Qui me hantent,
Les folies désaxées, hors propos,
Et surtout, les cuisants et sempiternels retards
D’un radeau
Nénuphar.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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HOMMAGE À KLIMT

AssemblagesC’est la force des couleurs
Prismatiques et primales
Qui l’emporte sur nos peurs
Et nos hantises du normal.

C’est la fureur des formes
Calibreuses, découpées,
Qui prime sur les poupées
Et sur l’ardeur du banal.

Gustav Klimt, ma ganache,
Tu te donnes en deux temps
Comme un feuilleté bruissant
Lacéré de jeux de taches,

Tout d’abord, il y a toi.
Tu étales tes symboles,
Tes figures, tes quant à soi,
Amoureuses en hyperbole.

Puis ensuite il y a moi.
Je te saisis au corps
Et tu palpites encor
Au treillis de mon émoi.

Et ta forme en scotome
Reste entre toi et moi
Comme les pages joufflues d’un tome
Dont le texte ne me revient pas.

C’est la force des couleurs
Prismatiques et primales.
C’est la fureur des formes
Dédoubleuses, découplées.

Gustav Klimt, ma douceur
J’ai tant voulu t’aimer
Que j’ai pas hésité
À hypothéquer mes peurs.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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DOS DE BANJO ET PEAU DE CHAMOIS

cover_laurendeau_helicoidalLe dos d’un banjo
Est rêche et raboteux.
La peau de chamois
Est douce et comme moite.

Le dos du banjo invite à parler,
Recrute à pincer,
Le regard, les doigts.
C’est vif. c’est folklo.

La peau de chamois
Interpelle le surmoi
Elle veut faire bosser, trimer.
Elle sert à laver, lisser.

La peau de chamois
Me rappelle un mécanicien
Qui patinait toujours d’un chamois intègre
La carrosserie de sa grosses américaine d’autrefois.

Le dos du banjo
Me rappelle un magicien
Qui nous jouait toujours un petit air aigre
Avant de nous faire son numéro.

Le banjo, c’est du feu.
Ça crépite, c’est durillon, nerveux,
Séduisant, musical,
Raboteux, guttural.

Le chamois, c’est de l’eau.
Ça se frotte, ça chuinte. C’est aqueux et chaud,
Langoureux Animal,
Moite, fluide, séminal.

Et c’est quoi qui unit dos de banjo et peau de chamois?
La nostalgie tactile d’un certain art trouvé, au fond, je crois.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LE MONDE EST UNE PERLE

Imagiaire eaux-pierresLe monde est une perle ici,
Dans les calanques,
Ultime planque,
Pour le pur et pour le gentil.

Le monde est une perle ici,
Dans cette vallée mirifique,
Brumeuse, idyllique,
Sans propriétaire et sans prix.

Le monde est une perle ici.
C’est la falaise et c’est la mer.
C’est l’or qui se transmute en fer
Quand nos regards se posent sur lui.

Le monde est une perle ici.
Et je la prends, et je la touche.
Et je la pose sur ta bouche
Pour le petit bisou des grandes amies.

Le monde est une perle ici.
C’est avec toi que je m’y plonge
Éperdu(e) comme la brume qui longe
Cette baie, au dos interdit.

Le monde est une perle ici.
Et deux amoureux s’en avisent
Pendant que les vieux arbres devisent
Avec un grand ciel décati,
Ici, pour toujours, juste ici.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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ON VA RATER LE BOULANGER

Imagiaire vergnerMagnez vous les copains.
On va le rater.
Mais cessez de bruisser
Et grouillez-vous,
Tas d’empotés.
Je vous demande un peu.
Du pain, des jeux,
Foncez.

C’est bien la peine
D’avoir les pieds ainsi palmés
Si c’est pour finir
Avec si peu de prise au démarrage.

Mais… elle se barre,
Elle s’ébranle.
Je cancane.
J’enrage.

Ça y est, elle disparaît,
La boulangère voiturette.

Il va nous rester,
De cette ruée,
Que nos yeux pour pleurer.
Nos pauvres
Géantes
Et gluantes
Mirettes.
Et que de tristes miettes.

Et, pour nos ventres affamés
(Qui en veille ou en sommeil
N’ont point d’oreilles),
Je ne sais quelle fatale recette.

Et notre imaginaire
Jouant ses fausses notes,
Ses faux rêves de festins,
Lascifs, replets, paillards.

Oui, ça y est,
Reste plus
Que notre pauvre volière,
Jouant ses canards.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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HEUREUX ENSEMBLE

AssemblagesHeureux ensemble, nous irons,
Toi à pied, moi à vélo.
Et ta truffe en tuyau
Nous guidera vers les saisons
Où le soleil pétille
Et il y a pas de pluie
Parce que tu crains la rouille
Et que moi aussi.
Je porte un casque.
J’ai les cuisses comme des ressorts,
Et, sous mon masque,
J’ai une dégaine, j’ai le port
Altier, roide, cycliste.
Toi tu gambades
Parce que tu es un roquet pas triste,
Pas perclus, pas malade.
Et ta truffe en tuyau
Nous guidera vers la connaissance
De la subversion du beau
Et du fric-frac des essences.
Je vais à vélo
Et toi, tu es mon animal.
Tu es pas fait de peau
Mais comme moi, humain, de métal.
Heureux ensemble. nous serons
Toi sur pied, moi sur des supports.
C’est que je modère mes transports
Pour mieux me faire contempler
Et aimer.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

Assemblages, ÉLP éditeur, 2013, 1,99 € – 2,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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SONNET DES MOTS ET DE LA CHOSE

cover_laurendeau_helicoidalD’avoir rencontré le mot
M’a fait capturer la chose
Dans un angle que la prose
N’avait su mettre en lambeaux…
Rameaux de lambeaux…

Cataractes et dominos,
Grenade de fond de la chose,
Tu as persiflé ta cause
en chuintant d’entre les mots.

J’ai osé cueillir ces roses
Ataviques. De l’air, de l’eau.
On ne refait pas la chose
Quand elle vous triture la peau.

Puis, puit, Puy…

Forain, j’ai gauchi ma pose
Et jonglé avec trois mots…

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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MAIS SI, MAIS NON

Imagiaire vergnerMais si, c’est un nénuphar.
Mais non, c’est un phare.
Mais si, et c’est une zone arable.
Mais non, c’est inénarrable.

Mais si, c’est l’ultime fragilité.
Mais non, la route pourra bien passer.
Mais si, c’est un lagon pugnace.
Mais non, c’est une innommable lavasse.

Mais puisque je te dis que c’est zoné protégé.
Mais puisque je te dis que c’est un terrain privé.
Mais non, c’est du pays sauvage.
Mais si, c’est un aménageable paysage.

M’enfin, quelle peste. T’es loin d’être conciliant.
Mais autrement, je vais devoir invoquer Boris Vian.
Mais non, qu’est ce que Vian a tant à y faire.
Mais si, souviens toi de Chloé et de son cancer…

Il n’y a que deux choses de vraies dans la vie :
L’amour et la musique de Duke Ellington…
Tu t’en étonnes ?
Mais non, c’était pas un cancer… là, tu te goures.

Mais si, c’était dans L’écume des jours.
Mais non et tu vas pas, en plus, bétonner tout ça.
Mais si, l’éléphant de Jean Sol Parte s’en chargera.
Mais, oh, pas encore ton sale Vian, Y en a marre.

Mais basta, pas besoin de te piquer un phare.
Mais non, je te dis que c’est pas un phare.
Mais c’est bien ce que je te disais, eh mignard,
C’est un nénuphar…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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POINT, VIRGULE

imagiaire pimprenellesL’océan Atlantique éternel,
Lisse comme une prunelle,
Perpétue, comme repu,
Son état de sagesse.
Et le goéland philosophe est revenu.
Il croyait, après avoir sondé les nues
Et pris la mesure de ces largesses,
De ces ampleurs, de ces amplitudes
Et du pourtour de cette sphère
Béate de solitude
Que le cosmos était finalement fini.
Voilà c’était plié, c’était dit.
Et Jonathan, ou Fletcher c’est selon,
Croyait mordicus tenir enfin la conclusion :
L’Univers serait, de fait, un POINT.

Mais en ce jour nouveau, en ce petit matin,
Notre goéland philosophe derechef vacille.
Les deux pattes dans la nasse qui doucement oscille,
Il se sent soudain moins certain, moins serein.
L’océan derrière lui, clapotant et fort aise,
Lui murmure maintenant une toute autre thèse,
Une doctrine en rythme, en phase, en longs cheveux,
Une conception qui se teinte dans les gris et les bleus,
Une idée relative, corrélée, alluviale,
La somme des grains de sable en une plage sapientale.
L’océan, comme son souvenir, fait revenir
Sur sa vision d’hier notre penseur ailé. Et il recule :
L’Univers n’est peut-être jamais qu’une VIRGULE,

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LES ARRIVANTES

Imagiaire eaux-pierresLes arrivantes nous apportent
Des nouvelles,
Des bouillonnements
Venus de l’autre bord,
Des purs sangs, des taureaux,
Des haridelles,
Sur une toile qui clapote
Dans tous les ports.
C’est une tourmente,
Une hystérie des bulles.
Et tout se dit,
En cet atermoiement.
Et les substances les plus suspectes circulent
Au sein intime du ressac le plus éclatant.
Un reflux de vagues, c’est un peu de la politique
Et nos mouvements sociaux du subconscient.
C’est liquide, c’est labile,
C’est verbeux, c’est critique
Comme un choc culturel de nouveaux arrivants.
L’eau, c’est secret aussi. C’est faussement
Translucide.
C’est insidieux, ça joue sur nos terreurs,
C’est onctueux, c’est laiteux,
C’est livide.
N’y voir que joie, ce serait une erreur.
Les arrivantes nous apportent des tableaux,
Des barbouillements venus de l’autre bord,
Des Cézanne, des Matisse, des Braque, des Picasso,
Des qui ont eu raison et des qui eu tort.
Et oui, oui, les substances les plus suspectes circulent
Au sein du ressac le plus éclatant.
Un reflux du vague, c’est un peu de la sémantique,
Des signifiés subtils aux mousseux signifiants.
L’eau est aqueuse, aussi, eh bien, l’eau est humide…
N’ayons pas l’heur des mots,
N’ayons pas peur des truismes.
N’ayons pas peur non plus de toutes nos saponides.
Une hystérie des bulles, oui, oui, c’est une tourmente.
Tout se dit, ambigu, de par les arrivantes.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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OBJET SURRÉALISTE, 2010

cover_laurendeau_helicoidalUne baignoire antique
Blanche, lente, poussive,
Avec quatre pattes torves,
Se baigne dans un aquarium
Avec pompe, avec décorum.

La baignoire antique,
Incurvée, pansue, morose,
Penche et quelque chose
Qui perle du fond de l’aquarium
Lui flatte un bedon, bonhomme.

C’est un jet de bulles
Qui remonte, qui circule
Le long du ventre enflé
Blême, concret, incurvé,
De la baignoire antique immergée.

Version aquatique
Des Vacances de Hegel,
Le tableau de Magritte,
Ce verre d’eau
Déposé sur le sommet d’un pépin
Ouvert, déployé,
Tout sec et tout taquin.

Ici, similaire, vive dialectique,
Une baignoire antique
S’immerge en un aquarium
Du fond duquel, cette affaire,
Il coule,
Il monte,
Il papillonne
De l’air.

 

PAUL LAURENDEAU

L’hélicoïdal inversé, poésie concrète, ÉLP éditeur 2013, 4,99 € – 6,49 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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EN VOL
Imagiaire vergner

Papillonet fragile, tu mates ceci,
En vol :
Des fleurettes en saupoudre,
Des tiges de brindilles.
Et tu vas en découdre
Avec le vent qui vire
Et les tendrons gazons
Qui fouettent les sangs
De l’entre-vent. Ton entregent
Te servira frivole,
Ès doctrines fofolles.
Et ton oscillement engage toute ta vie,
Papillonnet fragile, qui mates ceci,
En vol.

Papillonet gracile, tu as pigé,
En vol,
Que les lois de l’engendrement
Et celles du contournement
Sont fatalement identiques.
Mouche, moucherons et moustiques
Qui bombinent en d’autres lieux
Savent encor moins bien, encor mieux,
Qu’il n’est passion, ardeur
Que celle de la multitude des fleurs.
Ils te laissent, frivole, à ta vision fofolle,
En vol.

Papillonet futile, devant le vent qui frappe,
En vol,
Et qui farce et attrape, décoiffe et chausse-trappe,
Rapine, vombrissine et tourneboule,
Cornegidouille et fait perdre la boule,
Tu ne transiges pas, tu rages.
L’amour des susdites fleurs te tient lieu de courage
Et les insectes coupant, se gavant de sang,
Ne voient ton entre-vent, ne pigent ton entregent.

Papillonet fragile, les petites fleurs t’ont capturé,
Elles t’ont saisi, capté, pompé, interpellé,
En vol.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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TRANQUILLE…
imagiaire pimprenelles

Les galets sont dépolis.
Les agrès sont démolis.
Tranquille…

Un chou de mer sur la picaille.
Le dormeur du val après la mitraille.
Tranquille…

Et dans le fond, y a la mer.
Et les prolos sont en colère.
Tranquille…

Pas de terreau, pas de sable. Bernique.
Les grands chevaux blancs ont fui le cirque.
Tranquille…

Un horizon sans fin de caillasses.
Le moteur social rempli de mélasse.
Tranquille…

Et sous les galets, pas de plage.
Et sur les pavés, ben, la rage.
Tranquille…

Et le gris de l’horizon.
Et l’amertume de ma chanson.
Tranquille…

Les galets sont immortalisés.
La révolte est généralisée.
Tranquille…

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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LES ÉTOILES FIGÉES
Imagiaire eaux-pierres

De fins stalactites
De voûtes caverneuses.
Harmonie contrite,
Vive et lumineuse.
Des étoiles figées
Qui tintent et nous disent
Que les nues sont gelées,
Que les eaux sont grises,
Hors de la caverne,
Là bas, dans le monde,
Sur la terre pas ferme
De cette terre pas ronde.
Ce sont des fistuleuses
S’il faut tout avouer.
Elles sont harmonieuses
Et elles ont rien à déclarer.
C’est pas de la glace.
C’est pas du cristal.
C’est pas du fugace
Et c’est plus normal
Qu’on pourrait le croire.
Un trésor secret.
Un éclat sans gloire.
Un mystère discret,
Hérissé d’histoire.
Harmonie vitale
Rieuse, lumineuse,
Petite, gigantale…
Des étoiles figées
Qui tintent et nous chantent
Qu’il faut tout aimer
Parce que tout nous hante
Et que rien n’est donné.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP éditeur, 2015, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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ÉLOGE
Imagiaire vergnerÉloge au fragile
Et à l’éphémère,
Au pur, au gracile,
Au vent et à l’air.
C’est un pissenlit
Il se rend, se donne.
Son demain est dit.
Sa candeur étonne.
Il est duveteux,
Foufou, frémissant.
Il mourra sous peu.
Éloge au vivant.
Éloge à la folle
Et douce existence
Qui fait que s’envolent
Nos chants et nos stances.
Dans ce petit champ,
Dans ce simple pré,
Éloge au vergner,
À l’air et au vent.
Éloge à la femme
Qui me hante encor.
Sinueuse flamme,
Cheveux, yeux et corps.
C’est une petite fleur
Vraiment pas timorée
Et le vent du nord
Va l’éparpiller.
Mais elle reviendra.
C’est vrai et c’est franc.
Et on le redéclamera.
Son éloge coup de vent.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire vergners, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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VIVE
imagiaire pimprenellesPlante de rocaille luminescente,
Ton ardeur est cuisante.
C’est assez étrange en ces lieux.
Vive le mystérieux.

Peut-être que tu luis, petit bocage,
De par je ne sais trop quel trucage
Bidouillisé sur un ordi.
Vive la technologie.

Et ça me donne tellement envie d’écrire.
Il me faut soit le faire, soit mourir.
Je sens que me vient une chanson.
Vive l’inspiration.

Je te regarde et mes cils vacillent,
Psychédélique camomille,
Artificielle concoction.
Vive l’hallucination.

Tu me rappelle aussi Noël,
Ses jeux de lumières moches et belles
Que nous aimions à l’unisson.
Vive la festive saison.

Donc, tu es une plante de rocaille ?
Tu fais un peu figure de pagaille
Comme l’éclatement d’un drame de vie.
Vive l’allégorie.

Mais tu es vraie, parce que petite,
Parce que menue, crue, pas contrite,
Sans symbolique, sans turpitude.
Vive la concrétude.

Et vive ta vitalité vive.

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PAUL LAURENDEAU (pour LAUBER)

L’imagiaire des pimprenelles, ÉLP éditeur, 2013, 3,49 € – 4,59 $.
Pour de plus amples informations, ou pour lire des extraits de cet ouvrage, voir la page qui lui est consacrée sur le site d’ÉLP éditeur.

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4 Réponses to “Une maison (CORPUS POÉTIQUE)”

  1. jimidi said

    C’est ton chez vous?

    [Oui-da… Ysengimus]

  2. C’est gentil d’honorer une maison.

    [C’est que nos maisons sont un peu ce que nous sommes. – Ysengrimus]

  3. Fatima la secrète said

    Ceci est la maison d’un sage.

    Fatima

  4. Sophie Sulphure said

    Magnifique poésie, Ysengrimus.

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