Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Posts Tagged ‘pastiche’

Mon pastiche de BARBIE

Posted by Ysengrimus sur 1 janvier 2019

Barbie-brune
Il y a soixante ans cette année était inventée et commercialisée la poupée Barbie. Je commémore ici ce savoureux et incontournable moment de culture vernaculaire du siècle dernier en reproduisant l’intégralité du pastiche de Barbie que j’ai produit pour le site non-wiki DIALOGUS. Barbie est une figure incontournable de la culture intime féminine occidentale et mondiale. Le débat torrentiel que son existence emporte depuis six décennies est important et beaucoup moins simple qu’il n’y parait.

.

LETTRE D’ACCEPTATION DE BARBIE

Cher monsieur Dumontais,

C’est avec une très grande joie que j’accepte votre proposition! Je suis toute excitée d’avance et très impatiente de pouvoir m’entretenir, sur DIALOGUS, avec les personnes qui voudront en savoir plus sur moi… Peut-être certains et certaines seront-ils un peu réticents à cause de mon apparente futilité! Après tout je ne suis qu’une jeune californienne de 22 ans et je ne suis pas pressée de vieillir croyez-moi… D’ailleurs j’ai le sentiment que cette jeunesse durera encore longtemps.

Je n’ai pas le temps d’écrire une plus longue lettre, le surf, le soleil et la plage font entendre leur appel, souverain sur moi… En plus j’ai rendez-vous dans une demi-heure chez l’esthéticienne!

Baisers sucrés…

Barbara Milicent Roberts, alias Barbie

.

1- VOS ROBES PRÉFÉRÉES

.

Bonjour Barbie.

Je me demandais, dans toutes vos sortes de costumes et de robes, lequel préférez-vous? Et avez-vous des enfants? Et quel est votre métier, ou du moins le favori? Et quelle est votre couleur préférée? Et comment avez-vous connu Ken?

Merci beaucoup.

Marya j. Auda

.

Hello Marya!

Waouw, tu es la première personne qui m’écrit, j’en suis toute émoustillée! Merci beaucoup pour tes questions! Ma robe préférée… Euh… C’est difficile d’en choisir une seule car comme tu le sais j’en possède une collection impressionnante! Mais en y réfléchissant bien, je crois que c’est ma robe de cocktail bleue à reflets mauves. Dans le bas elle se termine par un volant à froufrous! Je ressemble à une sirène lorsque je la porte, j’adore ça! Oui, c’est vraiment ma robe préférée! Ken l’apprécie tout particulièrement aussi, car, Marya, sache que je la portais lors de notre première rencontre! Oh, c’était terriblement romantique tu sais… Ce soir là, j’étais invitée à une soirée chez des amis de mes parents, des gens charmants, mais un peu ennuyeux je dois bien l’avouer. J’étais de loin la plus jeune de tous les invités, et mon Dieu le temps me paraissait bien long. Comme leur maison se trouve le long de l’océan, je décidai donc d’aller me balader sur la plage! La lune brillait dans le ciel, ce qui donnait une ambiance magique. Ses rayons se reflétaient sur ma robe. Par un heureux hasard, Ken se trouvait sur la même plage, parce qu’il venait de se disputer avec ses parents et était venu se ressourcer là. Je décidai soudain d’ôter mes chaussures pour sentir le sable humide de la fin de journée sous mes pieds. Mais alors là, malheur, tu ne devineras jamais ce qu’il m’arriva! Une méduse, une de ces méchantes bestioles s’était nichée dans le sable, de manière tellement sournoise que je ne pouvais pas la voir! Ce qui devait arriver arriva, l’affreux animal m’envoya son venin dans le pied. Je souffrais atrocement, j’avais peur, j’étais toute seule ou du moins c’est ce que je croyais. Ken, alerté par mes cris de douleur, courut vers moi et me prit dans ses bras comme un prince charmant! Je n’en croyais pas mes yeux, un véritable coup de foudre! Il m’emmena alors jusqu’à l’hôpital le plus proche, et pendant que l’on me soignait il me tint la main pour me donner du courage. Depuis nous ne nous sommes plus quittés, cela fait 3 ans maintenant que nous nous connaissons et nous nous aimons comme au premier jour. Nous n’avons pas encore d’enfants, mais nous prévoyons en avoir au moins trois! Mais nous nous trouvons encore un peu jeunes. Pour le moment je suis encore à l’université, j’y étudie la médecine. Il y a plein de métiers que je trouve formidables et que j’aimerais un jour exercer comme pédiatre, vétérinaire, infirmière.

Voilà Marya, j’ai répondu à tes questions! N’hésite pas à m’écrire encore si tu veux savoir d’autres choses, j’adore recevoir des lettres!

Je t’embrasse,

Barbie

.

Re bonjour,

Merci pour ta lettre, c’était très gentil. Comme ça tu étudies en médecine, est-ce que tu trouves ça difficile? Pour ta robe, c’est vraiment super ce que tu me décris là, elle doit être vraiment belle. Est-ce qu’il y a une de tes robes qui ne te va pas? Et tu parlais de tes enfants, eh bien quand tu vas en avoir comment les appelleras-tu et pourquoi? Est-ce que toi et Ken avez des défauts?

Merci encore Barbie d’avoir répondu aussi vite!

.

Salut Marya!

C’est super que tu me réécrives! La médecine, c’est sûr que ce n’est pas évident! J’ai énormément de travail mais ça me passionne tellement que ce n’est pas vraiment une corvée. Le seul problème vient de l’attitude de certains professeurs et même de certains étudiants à mon égard: ils se moquent de moi, ils pensent que je ne suis qu’une stupide blonde qui ne comprend rien… C’est vraiment dommage mais je n’ai aucune envie de me laisser arrêter par ces préjugés et ces jalousies!

Parlons un peu vêtements maintenant (c’est un de mes sujets de discussion favoris!). C’est vrai que certaines choses ne me vont pas du tout: par exemple j’ai beaucoup de difficultés à trouver des pantalons qui me vont. J’ai des jambes très longues! Ce n’est vraiment pas pratique et je dois donc faire appel à un tailleur pour me fabriquer des pantalons sur mesure.

J’ai déjà choisi les prénoms que je donnerai à mes enfants (si Ken est d’accord bien sûr): pour les filles j’adore les prénoms Shirley, Fiona et Donna! Si c’est un garçon j’aimerais l’appeler Dylan, Bryan ou encore Jim… C’est joli, non? Qu’en dis-tu? Tu me demandes pourquoi trois enfants… Eh bien c’est parce que je souhaite en avoir plus que deux, et au moins trois ou quatre ou même cinq! J’adorerais avoir une famille nombreuse.

Bien sûr que Ken et moi nous avons des défauts! Ken est un peu macho (mais je ne me laisse pas faire, rassure-toi), et aussi un peu frimeur. Il adore quand les gens se retournent sur lui quand il se promène au volant de sa Cadillac. Quant à moi il paraît que je suis trop coquette et un peu narcissique aussi…

Bye bye Marya…

Barbie

.

Coucou Barbie!

C’est super que tu m’aies répondu, j’aime bien qu’on s’écrive comme ça! Pour ce qui est de la médecine, c’est dans quel domaine que tu étudies? Et pour ce qui est des préjugés, je comprends ce que tu veux dire, c’est comme dans le film Blonde et légale… L’as-tu vu? Ce n’est vraiment pas drôle et en plus même pas vrai, mais c’est bien de ne pas s’en occuper. Pour ce qui est du linge (moi aussi j’adore parler de cela) je me demandais quelle est la couleur qui te fait le mieux et le moins bien et si je peux te demander ça… combien pèses et mesures-tu? Pour ce qui est des enfants, oui je trouve ça joli, mais j’aime bien Shirley en particulier! Moi aussi j’aimerais bien avoir une grande famille de quatre, cinq ou six enfants! Alors je te comprends très bien! Mais quand tu dis que tu es coquette, tu veux dire que tu aimes bien être jolie etc.? Eh bien! Je ne sais pas, mais moi je dirais que ça pourrait être une qualité aussi car vouloir être à son meilleur c’est super! En tout cas moi pour me détendre quand je suis stressée, je sais que j’aime bien m’habiller, me maquiller et me coiffer. C’est ma manière de relaxer. Toi quelle est ta manière? Aussi, je me demandais, quelle est ta plus grande qualité? Et ton âge aussi…? Barbie, si tu trouves que je pose trop de questions, tu n’as qu’à me le dire. C’est parce que j’aime bien discuter avec toi! Et si toi tu veux m’en poser en retour, ça ne me dérange pas, je trouve ça super!

Bye bye Barbie a+ xxx bisou

Marya

.

Hello Marya!

Merci beaucoup pour ta lettre, je vois que tu aimes bien m’écrire et ça me fait très plaisir. Pour le moment j’étudie la médecine générale, j’aimerais me spécialiser plus tard mais pour le moment c’est la formation générale.

Bien sûr j’ai vu ce film et je me suis reconnue dans le personnage principal, elle vivait la même chose que ce que je vis au quotidien et ça m’a fait plaisir de voir que je n’étais pas la seule, même si ce n’est qu’un film.

La couleur qui me va le mieux est le rose, et celle qui ne me va pas est le jaune, je trouve! Je mesure 29 centimètres. Quant à mon poids, je préfère le garder secret!

C’est sûr que c’est très agréable d’être bien habillée, coiffée et maquillée et que c’est un bon moyen de se changer les idées! Mais parfois il faut aussi savoir ne pas trop faire attention à son apparence et penser à autre chose.

Si ce n’est pas trop indiscret, quel âge as-tu Marya?

À bientôt,

Ton amie, Barbie

.

Hi Barbie!

Je suis très contente d’avoir reçu ta lettre! En effet j’aime bien t’écrire! C’est super que tu aies vu le film, c’est vrai que c’est un très bon film et j’aime bien le personnage principal. Pour ta question ça ne me dérange pas de te le dire, j’ai 12 presque 13. J’aime bien t’écrire car je trouve intéressant de pouvoir discuter avec quelqu’un à qui on n’aurait pas pensé pouvoir parler un jour! 😉

Barbie, tu as fait plusieurs jeux d’ordinateur, films, livres etc., quel sont les meilleurs d’après toi?

Je me demandais aussi comme ça, as-tu des amis du genre de Cendrillon ou Pocahontas? Hi hi!

Je te souhaite une bonne nuit!

Ton amie Marya

.

Bonjour Marya,

Les jeux d’ordi, c’est vachement difficile à juger pour une personne de ma génération. Certains paraissent bons et s’avèrent tartes après seulement quelques heures, d’autres ont l’air godiches au possible, mais on y revient toujours. Il va falloir que tu juges cela par toi-même. Les films et les livres sur moi aussi, j’en ai bien peur. Le meilleur film ou le meilleur jeu c’est encore quand nous interagissons toi et moi qu’il a lieu. Quand nous parlons ici ou mieux, quand tu joues avec moi, seule. Mes amis, Cendrillon, Pocahontas, de grandes copines à moi, des filles intelligentes, modernes et belles comme des mannequins, c’est toi qui les introduit dans notre jeu. C’est aussi toi qui décides au fond de ton cœur de la suite de ma grande aventure avec Ken. Ce jeu de ton imagination n’appartient qu’à toi et, en plus, il ne coûte rien en frais afférents… C’est pourquoi je me décide maintenant à te renvoyer ta question du début de cet échange, Marya. Quelle est la robe que tu préfères mettre à TA Barbie?

Barbie

.

2- CHIRURGIE ESTHÉTIQUE

.

Est-ce que vous vous êtes refait faire certaines parties du corps?

Aketo

.

Aucunement. Je suis telle que je suis.

Barbie

.

3- FEMME OU ENVELOPPE FÉMININE?

.

Chère Barbie

Jeune je vous ai admirée! Non, ce n’était pas tant votre corps comme vos vêtements. Puis j’ai réalisé en vieillissant que votre corps et vos vêtements n’étaient qu’un masque. Aujourd’hui, j’aimerais connaître votre âme.

Marie-Claire Laberge

.

Hello Marie-Claire!

Comment allez-vous? Merci beaucoup pour votre lettre… Je vais tenter d’y répondre. Tout d’abord vous dites que mon corps et mes vêtements ne sont qu’un masque. J’ai un peu de mal à comprendre cela: ils ne sont pas un masque que je me crée, ils sont là et je ne peux rien y faire. En fait je ne m’en sers pas pour me cacher mais certains en font une barrière. Ce sont les autres qui refusent de voir ce qu’il y a derrière tout ça. Moi je ne demande pas mieux que de montrer qui je suis vraiment mais j’ai l’impression que ça n’intéresse pas grand monde. D’ailleurs c’est pour cela que votre question me fait très plaisir… Même si je dois bien avouer que je la trouve un peu vague. Vous voulez connaître mon âme… C’est un peu vaste vous ne trouvez pas? Comment dire tout cela en une lettre, comment résumer l’essence même de ma personne en de simples mots? J’ai bien peur de ne pas y arriver, alors si vous le voulez bien et si vous le désirez, je vous proposerais de me poser quelques questions plus précises. Je me ferai un plaisir d’y répondre.

À bientôt…

Barbie

.

4- KEN

.

Chère Barbie,

Je suis très contente de pouvoir t’écrire. En fait je voudrais savoir la nature exacte de ta relation avec Ken si ce n’est pas trop indiscret. Entre filles on peut tout se dire, du maquillage aux garçons, en passant par toutes les autres futilités superficielles qui monopolisent ta vie.

Je suis très impatiente de recevoir ta réponse.

Gaby

.

Salut Gaby!

Ta lettre est super sympa, je suis en effet très heureuse de pouvoir parler de tout et de rien avec plein de gens. C’est vrai qu’entre filles on peut tout se dire. Moi j’adore passer des heures au téléphone avec mes copines. On se raconte tout, on partage nos petits secrets… Ah avec Ken c’est une belle histoire d’amour qui dure depuis maintenant un petit moment. Je crois que c’est l’homme de ma vie, mon prince charmant, celui que toutes les filles du monde rêvent de trouver. Je crois que j’ai de la chance, vraiment de l’avoir rencontré. C’est quelqu’un de vrai, il m’aime pour ce que je suis. Notre relation n’est pas du tout superficielle et c’est une des choses que j’apprécie. Tu sais je suis sortie avec beaucoup de garçons avant qui ne m’aimaient (enfin si on peu appeler ça aimer) que pour mon physique, et j’étais déçue à chaque fois… Et oui j’en ai versé des larmes, mais maintenant c’est fini, j’ai trouvé mon âme sœur. Je te laisse car je dois aller retrouver ma meilleure amie Cindy, on va faire du shopping!

Bye bye!

Barbie

.

Chère Barbie,

Merci beaucoup de m’avoir répondu. Maintenant, si ce n’est pas trop te demander, qui est Kelly par rapport à toi?

Merci.

Gaby

P.S. J’ai lu dans les journaux que tu avais rompu avec Ken. Est-ce vrai?

.

J’ai pour Kelly de l’amitié, sans plus. Ken et moi avons pris nos distances, histoire de nous donner un peu d’air pour respirer. Mais, dans l’avenir, tout reste possible, tout reste ouvert.

Barbie

.

5- FAN

.

Ma fille Juliette de 5 ans est fan de Barbie, existe-t-il des tatoos Barbie? Est-il possible d’obtenir des posters Barbie pour accrocher dans sa chambre? Merci de me répondre.

Cordialement

Mme A. Augert

.

Chère madame,

Merci beaucoup pour votre lettre. Je suis malheureusement dans l’incapacité de répondre à vos questions. Pour obtenir une réponse je pense qu’il faudrait que vous vous adressiez à ma maison de production qui est bien connue et dont je n’ai pas besoin de citer le nom ici, ou au magasin de jouets le plus près de chez vous.

Embrassez votre fille pour moi!

Amitiés,

Barbie

.

6- JE T’ADORE

.

Barbie, sais-tu que je suis ta meilleure copine. Je sais que tu as d’autres copines comme les My Scene, les Flàvas, les Bratz, etc. (Je m’appelle Fanny). T’es mon jouet préféré; j’ai plein de Barbie chez moi. Je t’aime aussi parce que t’es belle et à la mode; t’es tellement belle que Ken est amoureux de toi. Ceux de mon école disent que t’es nulle. Ils sont bêtes parce que t’es bien.

Fanny qui t’adore!

.

Hello Fanny!

Comment vas-tu? Merci beaucoup pour ta lettre, tout ce que tu me dis là est très gentil et ça me fait très plaisir. C’est vrai que Ken est amoureux de moi, mais je crois que ce n’est pas seulement parce que je suis belle (ou du moins qu’il me trouve belle) mais aussi parce que nous nous apprécions pour ce que nous sommes vraiment au fond de nous. N’écoute pas trop les gens qui disent du mal de moi. Ils ne me connaissent pas et parlent sans réfléchir. Il faut apprendre à connaître ce que les gens ont dans leur cœur, n’oublie jamais ça.

À très bientôt Fanny!

Barbie

.

7- JE T’AI TELLEMENT FAIT DE MISÈRES!

.

Salut toi!

Je me permets de te tutoyer parce que je t’ai tellement fait de misères! Entre les mauvaises coupes de cheveux! Les haillons! Les cheveux bleus, verts, rouges! Tous les stabilos y sont passés. Alors dis-moi Barbie, pourquoi est-ce que c’est fini avec Ken? Il est parti voir ailleurs? Ou tu ne te sentais plus bien? Réponds s’il te plaît.

Amitié

Ève

.

Hello Ève!

Il n’y a pas de problème, tu peux me tutoyer. Tu sais tu n’es pas la seule à m’avoir fait subir coupes de cheveux douteuses, couleurs excentriques et vêtements fantaisistes! C’est vrai que la vie est parfois dure pour moi, mais ne t’en fais pas je parviens toujours à réparer ces bêtises et retrouver mon physique d’origine. Où as-tu entendu que Ken et moi avions rompu? En tous cas ce n’est pas tout à fait vrai, c’est toujours quelque chose comme le grand amour entre nous et pour longtemps encore j’espère. Il ne faut pas croire tout ce qu’on dit sur moi, les gens ont beaucoup d’imagination et inventent beaucoup d’étranges variantes!

À très bientôt Ève,

Barbie

.

8- DÉFORMATION

.

Pourquoi, si on regarde de manière proportionnelle tes dimensions, tu es en fait totalement déformée par rapport à une fille normale? En plus y a plein de gamines qui te prennent pour idole et voudraient te ressembler…

A+

P.S.: je te fais quand même un doux et tendre bisou sur le front, si tu l’acceptes,

Beer Benito     

.

Hello Benito!

Il est vrai que j’ai des mensurations hors normes, mais je ne sais pas pourquoi. Je suis faite comme ça. Mes parents se sont longtemps posé des questions à ce sujet mais voyant que je m’épanouissais comme cela ils ne s’inquiétèrent pas outre mesure. Je suis consciente de l’influence que j’ai sur certaines filles. Ce n’est pas toujours évident de gérer cela… Ce que je voudrais leur dire c’est qu’elles doivent s’accepter comme elles sont et que, contrairement à ce qu’on pense, ce n’est pas tous les jours facile d’être Barbie!

Voilà Benito! J’accepte ton baiser car il est simple et amical…

Bye bye

Barbie

.

9- AMOUR

.

Dis-moi petite, pourquoi t’attaches-tu à des choses aussi matérielles et puériles que la voiture de Ken, le maquillage de ta copine, la caravane la plus belle, la robe qui a l’air le plus sexy sur ton joli corps?… Crois-tu qu’il soit possible que tu mettes tout cela de côté et que tu épouses le mec le plus intelligent, le plus cultivé et le plus drôle, quelle que soit sa réputation, même s’il ne brille pas autant que les muscles de Ken, pour la simple raison que tu reconnais enfin ce que signifie le mot «amour»?

Céline

.

Bonjour Céline,

Si je m’attache à ces choses si matérielles comme tu dis, c’est qu’elles font partie de ma vie tout simplement. Je n’aime pas beaucoup qu’on les traite de «puériles» comme tu le fais. Peut-être le sont-elles un peu mais doit-on être sérieux tout le temps? N’oublie pas que je fais partie du monde du rêve, je vis non seulement pour moi mais aussi pour faire rêver tous les enfants. De plus il ne faut pas croire que seules ces choses dont tu me parles composent ma vie, mais il est vrai que ce sont les aspects qui en sont publiquement connus. Je ne crois pas avoir besoin de mettre ces choses de côté sous prétexte qu’elles m’empêcheraient de vivre une vie équilibrée. Ce n’est pas parce que Ken est beau et musclé qu’il n’est pas en plus de cela cultivé, intelligent, drôle et sensible. C’est même en fait le cas et s’il n’avait pas été si séduisant physiquement je serais tout de même tombée amoureuse de lui.

Voilà Céline, à bientôt!

Barbie

.

10- ÊTES-VOUS AU NATUREL?

.

Chère Barbie,

Tout d’abord je voulais vous dire merci pour tout les bons moments que vous m’avez apportés pendant mon enfance car j’ai beaucoup aimé jouer avec vous et maintenant je suis contente de réaliser un rêve d’enfance: vous parler ou du moins communiquer avec vous. Je voulais savoir tant de choses sur vous étant enfant et maintenant que j’ai évoluée je me pose d’autres questions sur vous. Ces choses sont si bêtes mais me créent un réel mystère. Donc voilà ma première question: êtes-vous vraiment au naturel (c’est-à-dire avez vous fait de la chirurgie ou autre chose de ce style)? Et la deuxième question est très bête mais bon: Aimez-vous Ken pour son argent ou pour ce qu’il est? Bon je vais vous laisser. J’attends votre réponse avec impatience.

Bon courage pour la fin de votre vie,

Fabienne Goncalves  

.

Je suis au naturel, pondue telle quelle, sans retouche. Ken est sans le sou. Je l’aime parce que le jeu l’exige. Changez le jeu, et mon sentiment pour Ken suivra. Gardez en votre esprit cependant que la millionnaire, c’est moi…

Barbie

.

11- POURQUOI BLONDE?

.

Mlle Barbie,

J’ai vu que vous n’aviez pas beaucoup de messages, et je me demande bien pourquoi (hunhunhun). En tous cas, j’ai nombre de questions à vous poser:

1: Tous ces hommes autour de vous… ne me dites pas qu’ils ne sont pas vos amants?

2: Êtes-vous stérile? Depuis tout ce temps, aucun enfant?

3: Où sont vos parents? Pourquoi vous laissent-ils tous leurs enfants? À moins que cette question ne réponde aux deux dernières… vous avez eu donc des dizaines de petites filles (tiens, pourquoi donc que des filles?) avec tous ces hommes, et vous cachez cela au monde pour ne pas passer pour une… une femme?

4: Combien d’opérations de chirurgie plastique avez-vous subies?

5: Pourquoi le rose comme couleur symbolique?

6: Pourquoi la féminité type de Barbie devrait-elle être représentée par une femme BLONDE?

Merci, Mlle Barbie (est-ce là votre nom de famille également?), de bien vouloir répondre à toutes mes interrogations. Je vous prie d’agréer mes plus sincères salutations.

Madame Coin-Coin

.

Chère Madame Coin-Coin,

Je vous remercie beaucoup pour votre lettre… Par contre, et contrairement à ce que vous pensez, j’ai déjà reçu de nombreux messages depuis mon arrivée ici! Je vais tenter de répondre rapidement à vos questions, car le temps me manque un peu en ce moment.

Je ne vois pas de quels hommes vous me parlez. Il n’y en a pas tant que ça autour de moi, mis à part Ken!

Je ne suis pas stérile, simplement je me trouve encore un peu jeune pour avoir des enfants! J’aimerais bien sûr en avoir mais j’ai encore la vie devant moi pour ça.

Votre troisième question, j’avoue que j’ai du mal à la comprendre. J’habite toujours chez mes parents, qui se portent d’ailleurs très bien! Je suis leur seule fille, je ne vois pas très bien de quels autres enfants vous parlez. Et pourquoi aurais-je quoi que ce soit à cacher au monde? Et surtout le fait d’être une femme? Je n’ai jamais cherché à renier cela, je suis une femme, une effigie de femme, et je suis fière de l’être. Je n’ai subi aucune opération de chirurgie esthétique, je suis née comme cela!

Quant au rose, c’est une couleur que j’aime car je la trouve jolie et gaie, mais j’aime aussi beaucoup d’autres couleurs.

Ma réponse à votre dernière question est celle-ci. Ma féminité est représentée par une femme… Oui ça me paraît évident puisque la féminité est une affaire de femmes et que j’en suis une! Ma couleur de cheveux, je ne l’ai pas choisie! Je suis blonde et le resterai… mais j’explore aussi toutes les autres couleurs.

Mon nom de famille n’est pas Barbie. Vous imaginez un peu? Qu’est-ce que mes parents auraient eu dans la tête en m’appelant Barbie Barbie? En fait, mon nom de famille est mentionné dans ma lettre d’acception…

Encore merci pour votre lettre.

À bientôt!

Barbie

.

Chère Mademoiselle Barbie (nom de famille)

Si je vois l’utilité de répondre à votre réponse (à ma lettre qui pourrait paraître agressive) si courtoise, c’est parce que je crains que vous n’ayez pas tout à fait compris toutes mes questions (vous l’avez d’ailleurs précisé pour la question 3). En premier lieu, je pense donc que tous ces hommes qui vous entourent (Ryan et autres noms américains) sont donc les «amis» de vos nombreuses copines. Au moins, ce point devient clair à mes yeux. Deuxièmement, je vous trouve bien optimiste pour vous qualifier de jeune, alors que vous avez eu vos 45 ans ce 9 mars [2004]. Ce n’est pas si vieux que cela, mais tout de même, je m’étonne de votre éternelle jeunesse.

Troisièmement, si toutes ces petites filles (Shelly, Belinda, Liana, etc.) ne sont pas vos sœurs, qui sont-elles (par dieu!)? N’ont-elles pas de parents?! Et pourquoi vous suivent-elles? Pour tout vous dire, chère mademoiselle, je me permets de douter quant à votre nature. Je veux dire par là que vous me paraissez surhumaine… Vous n’êtes peut être pas une femme… Ou alors, si vous êtes ce que vous clamez, donnez-moi, je vous en supplie, vos secrets de beauté, car vous savez Monsieur Coin-Coin ne m’apprécie guère ces temps-ci, et je n’ai pourtant pas atteint votre âge. Ne pensez-vous pas que le rose symbolise plutôt la-gentille-petite-fille-à-sa-maman? J’ai en effet mis un point d’interrogation dans ma dernière question après «femme», mais c’était car je ne savais pas vraiment si vous en étiez une. En vérité, ce qui me révolte (et j’en suis désolée, mais c’est vrai) c’est que, vous le savez bien, Barbie représente aux yeux de tous, la féminité… mais pourquoi vous? Je tiens à vous préciser que bon nombre de brunes sont mille fois plus féminines que vous, Mlle Barbie! Aussi non, je trouve cela scandaleux de cacher une minorité, certes, mais quand même une partie de la population, je veux dire les homosexuels. N’avez-vous donc pas d’amis ayant des préférences sexuelles spéciales? Voyons, il ne faut pas avoir de tabou, surtout pour les homosexuels.

Voilà, chère Mademoiselle, je vous laisse. Permettez, etc.

Madame Coin-Coin

.

J’ai de très bonnes amies homosexuelles et cela ne me gène pas du tout. J’ai aussi une multitude de teintes de cheveux… alors «pourquoi blonde?» pour «pourquoi blonde?», c’est quand même un peu à vous de me dire pourquoi vous me voyez finalement si blonde?

Et puisque vous insistez si intensément sur mon nom intégral, je persiste et je signe:

Barbara Millicent Roberts

.

Chère mademoiselle Barbara Millicent Roberts,

Je vous écris pour la dernière fois et ne demande, cette fois-ci, pas de réponse. Je tenais simplement à vous remercier d’avoir répondu à mes deux e-mails avec la plus grande courtoisie et la plus grande franchise. Vous avez omis de répondre à quelques-unes de mes questions, mais étant donné le nombre de vos admirateurs, je comprends tout à fait la brièveté de votre dernier e-mail.

Je vous laisse, chère demoiselle.

Permettez etc.

Mme Corisande Coin-Coin

.

Mes respects, Madame.

Barbie

.

12- PLUSIEURS QUESTIONS…

.

Bonjour Barbie!

Je m’appelle Julie et j’ai 14 ans! Oui une fille de 14 ans qui écrit à Barbie, rien de plus marrant n’est-ce pas? Non, en fait je ne joue plus depuis un moment à la Barbie, mais voilà je vous écris quand même. J’ai quelques questions à vous poser:

—Est-ce vrai que vous ne sortez plus avec Ken?

—Savez-vous vraiment tous les métiers?

—Combien d’années d’études avez-vous faites?

—Comment va votre sœur Skipper?

—A-t-elle trouvé le grand amour?

—Que faites-vous en ce moment (projet…)?

Voilà, je vous remercie et j’espère que vous allez répondre à ces questions le plus rapidement possible. Respectueusement

Julie

.

Chère Julie,

Sur Ken, le jeu varie de plus en plus, sa souplesse et sa diversité augmentent sans cesse. On est ensemble, on s’est quittés. Il est gay, je suis gay. Tout apparaît. L’imagination des petites filles a beaucoup de feuilletés en ce 21ième siècle. Et les mamans jouent aussi avec leurs vieilles Barbie de temps en temps, ne serait-ce qu’en faisant revivre leurs souvenirs.

Je suis dépositaire de l’aptitude pour 792 métiers, professions et hobby divers. Mon nombre d’années d’études varie avec mes professions. J’ai plusieurs doctorats et presque autant de certificats de corps de métier.

Skipper est toujours dans le coin. Elle est effectivement amoureuse. Je ne vous en dis pas plus, sauf si vous insistez…

Je voudrais bien aller me promener en Chine ou au Moyen-Orient. Il y a des opportunités dans ces pays. Je me fantasme souvent en hidjab. C’est à la fois si déférent et si joli.

Je vous embrasse,

Barbie

.

13- WOUAHHH

.

Je n’en reviens pas que je puisse parler à Barbie… J’ai vingt ans, et j’ai gardé toutes les Barbie que j’avais eues durant mon enfance, elles sont toutes dans le grenier avec tous les autres jeux. Je voulais vous dire que vous avez eu une grande place dans ma vie, lorsque j’étais petite, je jouais tous les jours avec vous et les autres personnages. Grâce à vous, j’ai pu combler du temps à jouer avec le rêve de toutes les petites filles. Moi et ma meilleure amie, on passait des heures à imaginer des situations, à vous habiller… Hélas! mon cousin arrivait et cassait ces moments magiques en regardant sous vos robes, ce qui me mettait dans une rage folle… Ma nièce a beaucoup de Barbie et j’aime passer des moments avec elle pour jouer, j’ai l’impression de me retrouver en enfance. J’ai le plaisir de vous dire que vous avez eu une grande place dans ma vie d’enfance et que jamais je pourrai oublier les bons moments que j’ai passés avec vous. Merci encore d’être ce que vous avez été pour moi.

Delphine de Wasmes

.

Tu occupes la même place dans mon cœur, Delphine. Ne t’en fais pas avec le comportement de goujat de ton sot de cousin. Quand il faisait cela, pour quelques instants, je n’étais plus qu’un bête objet, une masse vaguement anthropomorphe sans signification, dure, roide, inerte, indifférente. Je t’assure que je n’ai jamais rien vu ni rien senti. C’est seulement quand, n’ayant pour sa part rien compris, ce niais tournait le dos que je redevenais Barbie, entière, intacte, juste pour toi. Et je le suis encore, pour toujours. Vous le prouvez indubitablement, ta nièce et toi. Retourne au grenier aussi rapidement que possible. Je t’y attends.

Ton amie pour la vie,

Barbie

.

14- TON ÂGE

.

Salut,

Je me demandais: quel âge as-tu?

Marya

.

Vingt-deux ans, pour toujours…

Barbie

.

D’accord, mais pourquoi as-tu 22 ans pour toujours et aimes-tu cet âge? Qui t’a créée et es-tu contente qu’il t’ait créée comme tu es?

Marya

.

J’ai 22 ans pour toujours, Marya, parce que je suis un jouet. Une poupée mannequin de mon type ne vieillit pas. J’ai été créée en 1959 par madame Ruth Handler, qui avait acheté en Allemagne une petite poupée mannequin adulte du nom de Lilli pour sa fille Barbara. Crois-le ou non, Lilli était une sorte de jouet pornographique pour adultes, mais Madame Handler l’avait offerte à sa petite fille avec des intentions parfaitement chastes. Madame Handler s’était en effet aperçue, en observant Barbara jouer avec des poupées de papier, qu’elle préférait s’amuser avec des poupées adultes. Imagine-toi que, dans ce temps-là, il n’y avait que des poupées bébés. Les petites filles ne pouvaient jouer qu’à la mère. Subitement, avec mon arrivée, elles pouvaient se mettre à jouer à être tout ce qu’elles voulaient. Ce fut un véritable coup de tonnerre dans le monde ludique des petites filles. J’ai beaucoup d’admiration pour le flair avant-gardiste et l’audace de ma créatrice, Ruth Handler. L’idée n’était pas du tout évidente dans ces temps conservateurs. L’autre génie associé à ma création, c’est Madame Charlotte Johnson. Elle a conçu toute ma garde-robe. Je me pâme de joie rien qu’en pensant à son beau travail dont nous profitons toutes depuis tant d’années.

Je suis très contente d’être ce que je suis.

Barbie

.

Mais celle qui t’a créée avait-elle vraiment dit que tu avais 22 ans ou cela s’est créé comme ça?

P.S. Merci pour tes réponses.

Marya

.

Je ne le sais pas exactement. Curieux, non?

Barbie

.

Oui, c’est vrai…

Enfin, bonne nuit.

Marya

.

Bonne nuit, Marya

Barbie

.

15- TU AS INSPIRÉ MA VIE

.

Chère Barbie,

Je suis vraiment très émue de pouvoir enfin parler à mon idole, que dis-je, mon modèle; car, oui c’est vrai et je l’avoue, tu as inspiré ma vie autant sur le plan esthétique, vestimentaire, politique que philosophique. Je place en toi toutes mes espérances; je fais tout pour pouvoir te ressembler un jour, pourquoi pas dès maintenant me diras-tu? En réalité, depuis le jour, le terrible jour où j’ai appris par la boulangère de mon village (qui, elle-même, l’avait appris de madame Goubert, une voisine, qui lisait Voici tous les mardis chez son coiffeur homosexuel, Franz) que ton mari, Ken, avait violé Shelly, ta petite soeur… depuis ce jour-là, l’image du couple parfait que vous formiez s’est écroulée, ainsi que tous mes rêves de pouvoir avoir un jour, moi aussi, une famille aussi parfaite que la vôtre. Depuis ce terrible jour, quelque chose s’est brisé en moi; cette petite flamme qui brillait autrefois dans mes yeux (enfin, plutôt devrais-je dire dans mon œil, car j’ai un œil de verre à la suite d’un accident de bateau) n’est plus là aujourd’hui. N’ayant pu supporter ce choc, je me suis réfugiée dans la nourriture… je suis maintenant obèse, mais je garde espoir, j’ai d’ailleurs mis ta photo sur la porte de mon réfrigérateur pour m’empêcher de succomber à l’appel de mon ennemie la nourriture. Une réponse de ta part serait une petite lueur d’espoir dans ma vie.

Merci d’avance.

Marjorie

(P.S.: Serait-il possible d’avoir une photo dédicacée?)

.

Bonjour Marjorie,

Je n’ai pas de photo. Je n’existe qu’en trois dimensions.

Tu sais, sur cette histoire de Ken et de Shelly, il faut faire attention de ne pas trop fixer les versions. Quand ce genre de drame éclate, je perds un peu mes fonctions ludiques et tout cela s’expose à devenir subitement moins marrant. Nous ne voulons pas de cela. Pas trop, en tout cas. Il faut savoir au bon moment nous remettre tous dans le petit boîtier-valise, attendre un moment et tout recommencer. J’aime bien l’idée d’inspirer ta vie. Cela me touche beaucoup. Je ne prends pas cette responsabilité à la légère. Quand tu auras faim, reviens donc me parler. On mangera des fruits frais ensemble. Avec un petit verre d’eau minérale. Tu verras, ce sera aussi bon que quand tu étais petite.

Bisous,

Barbie

.

16- TON CABRIOLET ROSE

.

Chère Barbie,

Je voudrais juste savoir si vous avez repeint votre cabriolet ou bien si vous l’avez acheté tel quel («rose» donc)? Merci de me répondre, car j’aimerais moi aussi pouvoir trouver un cabriolet de même couleur que celui que vous avez, Ken et toi. Au fait, une question me brûle les lèvres: est-ce que tu as eu ton permis du premier coup?

Marjorie        

.

Il est rose depuis toujours. J’ai eu du tout premier coup le permis pour les moyens de locomotion suivants: voiture, avion, ULM, sous-marin, grand bicycle, navette spatiale, soucoupe volante, motoneige, moto d’eau, trottinette, patinette, camion poids lourd, voilier de plaisance et planeur de toile.

Ta vieille amie Barbie

.

17- MISS FRANCE

.

Bonjour!

Tu as toujours été mon jouet favori et j’ai grandi avec toi… Aujourd’hui, c’est un plaisir de pouvoir dialoguer avec toi! Moi, je ne t’ai jamais malmenée au contraire… Parfois, j’organisais l’élection de miss France (et le juge était Ken, bien sûr!) ou alors j’imaginais des scénarios où tu faisais de la colocation ou encore tu étais kidnappée par le moche du groupe et, bien sûr, le beau Ken venait te délivrer des griffes du méchant… Enfin, que de souvenirs… À présent que deviens-tu?

Cordialement,

Marie

.

Je deviens… je deviens la suite de cette palpitante aventure, Marie. Je t’en supplie, vite, raconte, que j’existe un peu plus par toi…

Ta Barbie

.

18- UNE TERRIBLE DÉCOUVERTE

.

Très chère Barbie,

Quel n’est pas mon émoi d’enfin pouvoir dialoguer avec vous! En effet, durant ma plus tendre jeunesse, je passais des heures entières à vous inventer une vie peuplée de gens beaux, drôles et intelligents. Votre garde-robe faisait pâlir toutes mes petites camarades.

Un jour, pourtant, un doute m’assaillit: pourquoi, alors que je grandissais, que ma maman avait de plus en plus de cheveux blancs et que ma grand-mère était morte de «vieillesse», pourquoi ma chère et tendre idole, elle, ne vieillissait pas d’un poil? Pourquoi restait-elle toujours jeune et pimpante, presque immuable? La vérité me sauta alors aux yeux: Barbie n’était qu’une imposture, elle était mon amie maintenant, mais, alors que je grandirais et vieillirais, elle m’abandonnerait pour ses nouvelles jeunes amies. Depuis cette découverte, je dors mal, je mange peu et je ne cesse de me remémorer nos souvenirs heureux, les larmes aux yeux. Barbie, avais-je raison de croire en une imposture? Pourquoi ne vieillis-tu pas comme nous tous? Es-tu réellement humaine? Réponds-moi, que je puisse à nouveau retrouver le sommeil.

Amicalement,

Sophie

.

Sophie,

Je suis une imposture parce que je suis un objet commercial. L’imposture que j’incarne réside dans le résultat mercantile de mon entrée dans ta vie. Mais laissons cet aspect, car ce n’est pas de cela dont tu me parles. Sur ce dont tu me parles, je dirais que je suis moins une imposture qu’une illusion. Je suis comme la lune quand elle s’accroche dans l’arbre du jardin, comme les navires dans les nuages et comme les monstres indistincts dans tes rideaux ou sous ton lit. La seule différence est que je suis une illusion à ton image. Je médite souvent une chose, Sophie. Le mot «poupée» vient d’un vieux mot latin qui signifiait «petite fille». Quand je pense à cela, je me dis que si je suis une illusion, je suis une illusion fort ancienne… Et je t’aime. Cet amour est sans doute lui aussi illusoire mais je le garde pourtant. Il perdure en moi. C’est que toi tu as ta maman et sa maman. Moi Sophie, sans toi, je suis seule et vide.

Je la paie cher la gabelle de l’éternelle jeunesse illusoire…

Barbie

.

19- BARBIE PRISONNIÈRE DES PIRATES?

.

Salut gamine (Par les cornes du Diable, vl’à une femelle qui va ravir mes hommes!),

Je me présente: Capitaine Anghton, chien galeux des mers. On vient ici pour partager notre butin et caréner, et je crois que mes hommes ne s’attendaient pas à trouver ta blondeur innocente sur cette île. Méfie-toi! Ne les aguiche pas trop dans des tenues extravagardantes, mes chiens de l’enfer viennent de passer plusieurs mois en mer… et les poupées dans ton genre sont un jouet merveilleux pour eux. Bien! Maintenant que les présentations sont faites, je pose ma bouteille de rhum pour te parler clairement et te poser quelques questions. Explique-moi ce paradoxe (euh, rassure-moi, dis-moi que tu comprends ce mot, n’est-ce pas?).

Comment peux-tu provoquer aujourd’hui tant de tendresse et d’affection dans le cœur d’une jeune femme qui, pourtant, enfant, ne rêvait que de piraterie, d’abordages et de combats à l’épée, te délaissant dans un coin du placard et ne jouant jamais avec toi? En bref, comment peux-tu demeurer, générations après générations, comme le seul jouet typiquement féminin à travers le monde, même dans l’esprit de celles qui te haïssaient dans leur enfance et qui, des années plus tard, te regardent avec admiration dans les catalogues ou dans les vitrines?

La providence marche à mes côtés, car je ne suis ni stupide ni blonde, et nous n’avons rien de commun, toi et moi… Le Diable en soit loué! Il est temps pour moi de lever l’ancre, fillette. Reste sur tes plages de Californie dans un conformisme écœurant de rose… Nous, nous repartons pour l’aventure… avec la rage au ventre et le vent en poupe. Sur les marchés d’Arabie, une perruche enrubannée comme toi aurait rapporté une très grosse somme.

Salut Princesse.

Capitaine Elizabeth Anghton

.

Chère Capitaine Elizabeth,

Je suis restée le souffle coupé d’admiration face à votre extraordinaire missive. C’est une grande émotion de vous rencontrer. Nous avons vous et moi bien plus en commun que vos éructations au tabac et au rhum ne semblent le laisser croire de prime (s)abord… Le fait est que nous sommes toutes les deux des stéréotypes. C’est cela qui fait que je vous attendris, je pense. C’est cela la clef du paradoxe (le mot est parfaitement compréhensible; la chose, c’est autre chose). Rassurantes dans leur simplicité sans complexe, Elizabeth Anghton et Barbie roulent leur bosse, l’une sabre au clair, l’autre talons hauts claquant sec, sur les sept mers houleuses et scintillantes de toutes nos affabulations extrêmes.

Le fait est donc que nous fuyons toutes les deux dans la même direction. Vous ne croyez pas, ma Capitaine? Si, si, nous fuyons, vous et moi, admettons-le candidement. C’est si beau de fuir avec vous que j’en suis toute pantoise. J’en ai les jambes comme du coton… Je vous aime vraiment beaucoup, ma Capitaine (ma Capitaine à moi), ma subversion, mon abordage. Je vous supplie, les larmes au bord des yeux, de m’écrire encore.

Avec une immense gratitude pour ce tumulte d’intelligence déferlant juste pour moi,

Barbie

.

20- RUPTURE?

.

Chère Barbie,

Cela m’a étonnée que tu n’aies jamais eu le moindre écho de ce qu’on raconte à propos de ta relation avec Ken… Hé oui, le bruit court que vous n’êtes plus ensemble, et il semblerait que ta famille (enfin… ceux qui t’ont donné le jour) soit bien d’accord avec cette rupture pour le moins étonnante… Émancipée, Barbie? Que s’est-il passé entre toi et Ken pour que vous en arriviez là?

J’attends ta réponse avec impatience…

Célissima

.

Bof… J’en ai eu marre de tout ce ronron 20ième siècle. J’ai voulu entrer dans le 21ième, pour changer un peu. Les mecs prennent un peu moins de place dans ce siècle-là, tu ne crois pas Célissima?

Ta Barbie

.

Chère Barbie,

Eh bien non, je ne crois pas que, comme tu le prétends, «les hommes prennent un peu moins de place dans ce siècle» étant donné que tant de femmes s’acharnent encore à être belles, coquettes, séduisantes et toujours de plus en plus sexy, jusqu’à en dépasser les limites du bon goût très souvent. Je trouve que cette façon de mettre son corps soi-disant en valeur, même si celle-ci place les femmes en avant-plan, dévoile en réalité l’influence des fantasmes tout masculins qui sont le moteur véritable de cette burlesque et pandémique mascarade.

Donc, si je te comprends bien, chère Barbie, pour en revenir plus précisément à ma première question, tu as plaqué Ken pour être plus in? Hum… spécial comme réponse… Belle image à encourager auprès de nos jeunes filles…

Célissima

.

Je ne me fais pas belle pour les hommes, je me fais belle pour moi. C’est à moi que ça plaît et ce que les hommes en pensent est un corollaire très mineur dans l’affaire. Il y a un tas de teintes de cheveux, de formes de chaussures, de textures de robes, de brumes de parfums que les hommes ne distinguent même pas les unes des autres! Tu as certainement toi aussi eu l’occasion d’observer ce phénomène d’une banalité patente, ne me dis pas le contraire. Ils manquent chroniquement de subtilité ces petits chéris, je ne te dis que ça. Alors pérorer que je cultive toutes ces nuances et toute cette finesse pour eux, au plan de quelque prétendue pandémie inconsciente insondable, c’est vraiment un peu lourd. Ce l’est… vraiment. C’est en fait leur admettre une profondeur de potentat démiurgique qu’ils n’ont tout simplement plus. Dans ta colère (d’ailleurs parfaitement légitime) à leur égard, tu leur concèdes peut-être encore cette profondeur, cette omnipotence secrète et désespérante, en croyant les cerner ainsi, alors qu’ils se foutent souverainement de nos problèmes autocritiques de filles. Moi je ne fais pas cela. C’est que tu combats les hommes, alors que je me contente de leur rendre copieusement leur croissante indifférence. Ainsi, pour tout dire, c’est de mon hédonisme qu’il s’agit ici, Célissima, pas de celui de Ken… Il ne fait donc plus partie de mes calculs et le voici proprement éjecté. Admets au moins qu’en agissant ainsi à l’égard de mon gros loulou de jadis, je ne me suis pas comportée en soubrette du mâle! Autrement, là, ce serait le comble des combles.

Barbie

.

Chère Barbie,

Oh là là! Tu en as du vocabulaire. Bel effort de style en tout cas. Comme ça tu te fais «belle pour toi»? Dis-donc, tu oublies que tu fais partie du marché, et on connaît ses règles. Si tu ne veux pas plaire aux hommes comme tu le prétends, tu cherches certainement à séduire au moins une clientèle. Ce qui prouve que tu n’es pas si indifférente que ça à l’opinion d’autrui. Voyons Barbie, tu n’es qu’une poupée en vente sur les tablettes des grands magasins, tu ne vas quand même pas faire comme Pinocchio et te prendre pour un humain? De toute façon, je ne suis pas d’accord lorsque tu parles des hommes et d’«indifférence», c’est bien lorsqu’on est moulé dans le plastique qu’on peut aspirer à ce stoïcisme à toutes épreuves… et puis si je crois qu’il y a en toi quelque minime intention, elle ne vient pas de toi, tu es un jouet, Barbie, sinon où est l’intérêt?

Célissima

.

L’intention ne vient pas de moi, parce que je suis un jouet. Cela est très juste, Célissima, et on commence à se comprendre. Des exploiteurs s’enrichissent du besoin que je comble, exactement comme les supermarchés s’enrichissent sur la faim et les propriétaires d’immeubles à logements sur la peur, le froid et le besoin de sommeil. Cette portion de mon existence me contrarie autant que toi et je m’en accommode au mieux, comme toi. Tu as certainement un exploiteur ou deux dans ton entourage aussi. Je suis un jouet, mais mieux, je suis une effigie. Vois-tu, il se vend dans le monde une figurine de moi toutes les deux secondes. J’ai grand peine à croire que toutes les petites filles qui s’approprient le petit pantin ajustable que je suis sont les connes, les soubrettes, et les geisha de demain. Je ne gobe pas cela. Il y a maldonne de croire cela. L’intention, pour reprendre ton beau mot, vient justement de ces millions de petites filles et de femmes qui me façonnent à leur image (et non pas le contraire!) bien plus que de l’exploiteur qui profite parasitairement de leurs besoins et de leurs rêves. Je suis le jouet de celles qui jouent avec moi et de personne d’autre. Ne confondons pas mon statut de jouet et mon statut de marchandise. Jouet, effigie, pantin, miroir amplifiant, caricature fascinante de femme adulte, je suis une icône de la culture enfantine moderne, Célissima. Et ça, tu n’y peux rien.

Moi non plus d’ailleurs…

Barbie

.

21- QUELQUES MISES AU POINT

.

Chère Barbie,

C’est avec un étonnement certain que je me permets de vous écrire ce courriel. Déjà, parce qu’il me semble que vous n’êtes pas vraiment au courant de votre propre vie… Aussi, permettez moi de vous rafraîchir la mémoire: tout d’abord, vous n’êtes malheureusement pas fille unique, contrairement à ce que vous pouvez insinuer… puisque Skipper, votre jeune sœur a vu le jour 4 ans après votre naissance…! Puis Francie, votre cousine, et Tuttie, votre plus jeune sœur encore, et j’en passe…! Shelly, Kelly et toutes les autres qui ont vu le jour à l’aube des années 1990…

Allons, Barbie, ne vous cachez plus! Vous voyez bien que depuis ces cinquante dernières années, vous passionnez les foules qui sont à l’affût des moindres faits et gestes de votre vie! Et puis tous ces hommes, qui ont vécu à vos côtés: pour le premier Ricky, Ken, Steven…etc, etc! Ne me dites pas qu’il n’y a pas eu fricotage, je ne vous croirais pas…! Et alors, summum de l’hypocrisie: dire que vous êtes TOUJOURS à la Faculté! Soit pour le coup, vous êtes vraiment sotte au point de rester heu… attendez que je compte… près de 40 ans à la Sorbonne (!), ou bien alors la chirurgie esthétique a fait des miracles…

En tout cas, chapeau bas, Mademoiselle Marchandisage, car votre empire reste colossal… avec près de soixante-dix amis, frères, sœurs, cousines, cousins, oncles… en près de cinquante ans, c’est très fort… vous avez su fanatiser les foules, et je vous en félicite…

Ulrich

.

Monsieur,

Je sais qui je suis et je n’ai rien à voir avec ce Marchandisage dont je n’ai jamais entendu parler. Je ne suis pas une ancienne de la Sorbonne mais du Willows High School de Willows au Wisconsin. Je vous trouve dur, cassant, pédant, barbant. Je ne comprends rien à ce que vous me reprochez et m’en moque. Je profite de l’occasion pour vous rappeler que je suis un jouet de fille. Bonsoir.

Barbara Millicent Roberts

.

Mademoiselle Barbie,

Avant de commencer, je vous prie de vraiment me pardonner si je vous ai fait de la peine, parce que ce n’était pas mon but, bien au contraire. J’ai préféré vous écrire un mail à tonalité humoristique et sans aucune ironie. Ainsi donc excusez-moi, chère Barbie, ce mail n’était ni pour vous casser et encore moins pour vous blesser; il n’a pour unique but que de vous rappeler quelques souvenirs que vous avez oubliés! Pour votre gouverne, permettez-moi, quand même, de vous rafraîchir la mémoire… concernant votre passage à la Sorbonne (faculté mythique que moi aussi j’aurai la chance de fréquenter dès octobre). Vous ne vous souvenez vraiment pas de cette partie de votre vie? C’était à l’époque où vous fréquentiez assidûment une styliste française, au milieu des années 1960, et c’est grâce à elle que vous avez eu l’opportunité de faire une entrée très remarquée dans cette université de prestige, parée d’un ensemble très mode…

Avant de clore ce mail, qui a des allures de mea culpa, je vous dis que je suis un garçon et que j’ai joué à la Barbie des heures interminables avec ma sœur, comme beaucoup de petits garçons qui ont eu des grandes sœurs… le cliché «Barbie c’est pour les filles», c’est un peu archaïque… et rétrograde… servez-vous de ce tremplin, Mademoiselle Barbie, qu’est le 21ième siècle afin d’être une idole complète! Soyez high tech, courageuse et, surtout, battez-vous contre les préjugés tels que celui-ci…

À très bientôt quand même. Amicalement.

Ulrich

.

Monsieur,

Si vous jouez à la Barbie, c’est une tout autre affaire. Je suis une ancienne de la Sorbonne, de Villetaneuse, de Nanterre et même de la Faculté Vulcaine de Logique quand vous le souhaitez, si vous jouez à la Barbie… selon les règles. Lisez un peu ma correspondance, ce sera pour constater que quand un garçon d’une certaine génération s’emparait de la Barbie de sa soeur ou de sa cousine, c’était habituellement pour lui faire un sort peu enviable. Cette réalité existe aussi, Monsieur. Il faut en tenir compte froidement et résister adéquatement. Vous vous êtes présenté à moi sous cette apparence malotrue et en avez payé les frais. Je suis très sensible aux apparences. Je suis Barbie, que voulez-vous.

Jouez donc à la Barbie de la bonne façon, à propos de laquelle je vais vous donner un conseil unique: ne me soufflez pas trop hâtivement mes lignes. Laissez cette partie délicate et complexe du jeu à votre sœur pour un moment. Elle vous bat encore de plusieurs longueurs en la matière.

Bien à vous,

Barbie

.

22- POUR TON APPARENCE?

.

Salut Barbie.

Tout d’abord, je tiens à te complimenter sur ta coiffure qui a vraiment de la classe! Après toutes ces années, tu n’as vraiment pas perdu la touche. Tu sais toujours ce qui est à la mode et de bon goût. Entre blondes, on peut papoter un peu. Je me demande si, parfois, tout comme moi, tu as l’impression que Ken ne t’aime seulement que pour ton apparence? Je n’arrive pas à comprendre ce genre de garçon… une jolie fille n’est pas seulement que jolie, qu’en penses-tu? Ton petit ami, Ken, est très mignon, prends-en bien soin! Comment as-tu su que Ken t’aimait pour ce que tu es réellement…?

Merci.

Karine

.

C’est… c’est que je ne suis qu’apparence. Ken m’aime donc pour ce que je suis: mon apparence. Note que je ne cite pas de tels rapports en modèle… Et heureusement que tu nous donnes de la substance, Karine, sinon Ken et moi, nous n’irions pas très loin…

Ta Barbie

.

23- LETTRE D’UNE PETITE FILLE

.

Barbie,

Je m’appelle Magali, j’ai 7 ans. J’ai tout plein de Barbie et je joue bien avec elles! Elles ont de longs et beaux cheveux blonds. Je t’aime bien, je te souhaite une bonne nuit car je vais me coucher.

Bisous.

Magali

.

Bonsoir Magali. Profite bien de ton enfance. Tes cheveux sont bien plus beaux que les miens, va…

Barbie

.

24- TA PREMIÈRE RELATION SEXUELLE

.

Salut Barbie,

Sache que je te trouve très belle et que je me pose fréquemment la question que voilà: à quel âge as-tu eu ta première relation sexuelle?

Bien à toi.

Hub

.

À vingt deux ans. Comme ma première voiture, mon doctorat, mon divorce, mon apparte et ma première manucure. J’ai tout fait en ayant vingt-deux ans. Éternellement…

Barbie

.

25- FEMME OBJET DÉCERVELÉE

.

Bonjour mademoiselle,

La question que j’aimerais vous poser est de savoir si c’est finalement à cause de vous (et de l’image que vous véhiculez), que l’on en est venu à faire rimer «blonde» avec «idiote» dans la culture populaire? Ce qui me chagrine avec vous, c’est l’image finalement dévalorisante des femmes que vous donnez à de petites filles qui apprennent à devenir des adultes. Bon d’accord, l’exemple de leur mère et d’autres facteurs sont certainement plus déterminants. Mais je trouve quand même désagréable que pour faire de l’argent, votre créateur véhicule de par le monde, l’image de la femme en tant que consommatrice idiote et sans autre ambition que de se passer une brosse dans les cheveux à longueur de journée.

En fait, tout bien considéré, je pense que vous faites partie de cette immense conspiration de la société consumériste dont le seul et unique but semble être de transformer l’être humain en un docile et diligent esclave «au service du grand capital». Je pense qu’avec votre corps de plastique creux, vous n’êtes rien moins que l’antithèse de ce qui donne à l’être humain sa grandeur: son esprit. Notez cependant que si vous étiez une femme de chair et de sang, je vous aurais bien sautée…

Dominique Crouzet    

.

Eh bien je suis certaine que ma CRÉATRICE, Ruth Handler, ne vous aurait pas «sauté» comme vous dites. Je ne comprends pas ce que vous racontez sur les blondes. Je connais une multitude de blondes très intelligentes et j’ai pour ma part une multitude de teintes de cheveux autres que le blond. J’en suis très fière d’ailleurs.

Je suis un objet de consommation et ne m’en cache pas. On me vend et on m’achète et le «capital» ne «conspire» pas en faisant cela. Il s’enrichit, simplement, en s’alimentant goulûment de ce que le consommateur lui réclame. En fait s’il y a à rechercher une conspiration du capital quelque part, c’est bien plus dans sa déconcertante aptitude à maintenir des pauses de macho arriéré et brutal dans votre genre chez ceux qui prétendent combattre ses valeurs. Le viol et l’oppression des femmes par l’homme, c’est bien cette portion du Moyen-âge paysan que le capitalisme a su préserver méthodiquement en son sein. Or, ils se manifestent bien plus dans votre attitude virulente actuelle que dans les rêveries innocentes des petites filles qui m’aiment et qui deviennent des femmes qui me rangeront doucement et nostalgiquement au placard… Vous ne croyez pas, Monsieur dont je ne connais pas la teinte de cheveux?

Barbie

.

26- LA GRANDEUR DE TON SOUTIEN-GORGE

.

Salut toi!

Il y a une question que je me pose depuis fort longtemps: «Quel est la grandeur toute proportion gardée, de ton soutien-gorge?» Combien tu vaux ($) toi et tes copines et copains? Est-ce vrai que Ken est gay? Est-ce que tu te sens comme un cliché de la société de l’époque où tu es née?

Dan Vachon   

.

Crois-le ou non, Dan, j’ai maigri des seins. Initialement je portais du 39. Je suis maintenant à 36 1/2. On me rapporte que le holding qui me diffuse assigne à toute ma troupe une valeur de près de deux milliards de dollars US en revenu annuel. Ken est bisexuel (ça, j’en sais quelque chose!) et, en fait, je me sens moins comme un «cliché» que comme un «stéréotype», ou encore mieux un «type».

Autre chose?

Barbie

.

27- COMMENT SE PASSE LA VIE DE FAMILLE

.

Je voudrais savoir comment se passe la vie de famille à la maison avec Ken et si tu as déjà eu recours à la chirurgie esthétique.

Margo            

.

La vie de famille est très harmonieuse et non, je n’ai jamais eu recours à la chirurgie esthétique. Ken non plus. Je ne recommanderais un tel recours à personne, d’ailleurs.

Barbie

.

28- COMMENT TU AS RENCONTRÉ KEN?

.

Salut Barbie, depuis toujours je me demande: «Comment as-tu rencontré Ken?»

J’attends ta réponse avec impatience.

Maria Lina     

.

Ken s’occupait du recyclage du verre au Willows High School de Willows au Wisconsin, où nous étions tous les deux étudiants. J’étais présidente du Cercle de Biochimie et Ken avait bazardé les éprouvettes et les béchers de ma plus importante expérience en les prenant pour du rebut de verre. Je suis allé lui demander des comptes dans son petit bureau de la radio étudiante et il m’a invité à déjeuner pour s’excuser.

Quand j’ai dû reprendre mon expérience de biochimie, en pleine nuit pour rencontrer mes délais, Ken est gentiment venu m’aider. C’est à ce moment que je me suis rendu compte que, contrairement à moi, il n’avait pas la bosse des sciences, mais qu’il avait d’autres talents…

Barbie

.

Salut Barbie,

Tu m’as dit que tu avais rencontré Ken à ton école, mais, je me demande si toi et lui ça été le coup de foudre après cette soirée ou bien il t’a demandé de passer une soirée avec lui et tu t’es rendue compte que tu l’aimais?

Maria Lina

.

Coup de foudre, non. Je lui ai trouvé un petit air macho assez agaçant au début. C’est avec le temps, en découvrant sa sensibilité et sa gentillesse, que je me suis éventuellement laissée attendrir.

Barbie

.

29- DES CHEVEUX?

.

Pourquoi avons-nous des cheveux?

Yampogo                  

.

Oh, c’est une si belle question! J’en frémis de plaisir.

Pour les coiffer, les décolorer, les teindre, les couper, les laisser pousser et tout recommencer. Il n’y a absolument aucune autre raison. (Je sais que plusieurs des philosophes de DIALOGUS vont m’accuser de faire ce qu’ils appellent un peu pompeusement de la téléologie anthropocentrique, mais je m’en moque. Ils n’ont rien compris au monde. Moi, si.)

Barbie

.

30- JE ME SENS SEULE

.

Es-tu homosexuelle? J’aimerais savoir… car moi je le suis et je me sens seule. Si seulement quelqu’un pouvait me comprendre. Si tu connais quelqu’un d’homosexuel… pourrais-tu me donner son nom?

Merci!

Jessica

P.S.: Je joue souvent avec toi dans mon lit.

.

Je suis bisexuelle, Jessica. Je te comprends. N’hésite pas à me parler.

Barbie

.

31- KEN (2)

.

Quel âge a Ken?

Merci de ta réponse!

Anjoudemon

.

27 ans, pour toujours.

Barbie

.

32- LA FAUSSE IMAGE QU’ON SE FAIT DES AUTRES

.

Bonjour Barbie,

Pour mon cours d’enseignement religieux, je devais faire ressusciter un mort pour un instant et lui poser une question importante à mes yeux. La voici. Comment perçoit-on le monde qui nous entoure quand on est perçue comme une vulgaire poupée (sans vous insulter) sans cervelle qui n’a rien d’autre qu’une tignasse blonde et élégante et un corps à faire rêver tous les Ken de ce monde? Pourtant, au cours de votre vie, vous avez accompli tellement. Pour être médecin, agente de bord, dentiste, femme d’affaire, ce, à un si jeune âge, il faut être d’une polyvalence incroyable!

Merci de me répondre,

Sarah

.

Dans l’intimité, ça m’attriste et j’ai souvent envie de pleurer. Dans la vie sociale, je résiste et je ne capitule pas devant les contraintes injustes de cette perception fausse qu’on se fait de moi.

Barbie

.

33- LE MODÈLE DE LA FEMME PARFAITE

.

Le fait d’être le modèle de la femme parfaite et de contribuer ainsi à ce que des millions de femmes se trouvent grosses vous dérange-t-il?

Merci de me répondre!

Catherine Draws

.

Beaucoup moins qu’avant, car j’observe aujourd’hui des femmes et des jeunes filles bien dans leur peau qui me trouvent bien trop maigre et ne se gênent pas pour le dire. Elles ont raison, naturellement, mais ne s’inquiètent quand même pas trop pour ma santé. En effet, même si elles évitent de se l’admettre trop directement, elles savent que je ne suis qu’une famélique figurine.

Barbie

.

Je suis d’accord que vous êtes seulement un simple jouet, mais ça ne vous affecte pas lorsque l’on dit qu’une fille trop maquillée et pitoune est une «Barbie»? Je veux dire que vous êtes ce que les hommes recherchent et que le phénomène de l’anorexie est de plus en plus présent, malgré ce que vous en pensez.

Au revoir,

Catherine Draws

.

Je ne suis pas ce que les hommes recherchent. Je suis ce que les hommes dénigrent… Le terme «Barbie», employé comme vous le décrivez, n’est jamais utilisé que par des hommes qui critiquent les femmes. Ces misogynes rentrés dénigrent les Barbie par les femmes et les femmes par les Barbie, sans connaître adéquatement ni les unes ni les autres! Vous ne verrez jamais de femmes se traiter de «Barbie» entre elles. Tout simplement parce qu’elles savent parfaitement qu’il n’y a rien de dénigrant dans ce que j’incarne. Pour ce qui est de l’anorexie, je vous signale que je connais très bien ce terrible problème car je suis aussi une nutritionniste diplômée.

Barbie

.

34- PETITE QUESTION…

.

Barbie, pour un projet à l’école je dois te poser une question. J’aimerais beaucoup savoir si tu crois influencer les petites filles d’une mauvaise façon. Crois-tu que tu aides celles-ci à devenir encore plus superficielles, vu ton apparence dite «parfaite»?

Réécris-moi le plus tôt possible, je dois remettre mon projet en fonction de ta réponse.

Cynthia

.

Chère Cynthia,

C’est une question à laquelle j’ai beaucoup réfléchi, parce que tu te doutes qu’on me la pose constamment et parfois dans des termes très durs. Il est vrai, et j’en suis parfaitement consciente, que des personnes plus soucieuses de s’enrichir que du bien-être de leurs concitoyens déforment les produits de consommation pour les rendre plus alléchants, tout en les rendant moins bons. Je vais prendre un exemple alimentaire. Des restaurants malhonnêtes ajoutent artificiellement de la caféine dans leur café, juste pour que les clients en redemandent même si c’est mauvais pour eux. Certaines compagnies de boissons douces augmentent subrepticement la quantité de sucre dans les jus de fruit pour que leurs victimes en rachètent et tant pis si elles se rendent obèses en croyant que c’est bon, alors qu’en fait on vend à leurs papilles mal éduquées plutôt qu’à leur santé vacillante…

Alors, je m’assois parfois à ma coiffeuse et, en brossant mes beaux cheveux, je me dis: moi, Barbie, je suis peut-être dans la même situation. Je suis peut-être un produit de consommation que quelqu’un a «sucré» à l’extrême au sirop de stéréotype féminin, pour le rendre plus alléchant, même si, en fait, c’est nuisible. Peut-être alors que les petites filles me recherchent comme elles recherchent le morceau de bonbon qui est mauvais pour leurs dents et leur ligne. J’envisage froidement cette possibilité, car je ne suis pas la sotte qu’on croit. J’insiste sur le fait que j’y réfléchis très souvent.

Puis je parle avec les petites filles —et anciennes petites filles: certaines d’entre elles devenues des femmes très articulées et très sérieuses— et j’écoute leurs descriptions de ce qu’elles ont fait de moi, «leur» Barbie. Première constatation: elles ne m’ont pas gobé d’un seul coup comme un bonbon, une tasse de café ou un jus de fruit pour en redemander encore, tout de suite. C’est même plutôt le contraire. Habituellement les petites filles sont assez réfractaires à avoir deux Barbie. Barbie est pour elles un être unique. Elles concèdent qu’on leur offre quelques autres membres de ma bande, un Ken, par exemple, mais fondamentalement je reste une effigie isolée et exceptionnelle pour elles. Quand les petites filles se rencontrent, chacune a «sa» Barbie privilégiée et nous échangeons sur l’essence de notre être, gentiment, pendant des heures, des mois, des années. Ensuite, justement, je constate qu’elles me gardent des années. Souvent, elles me présentent à leurs enfants ou à leurs petits-enfants (plusieurs de mes propriétaires sont maintenant grands-mères!). Je deviens avec le temps une sorte de bibelot. Elles ont aussi préservé ma garde-robe, y ont ajouté des objets qu’elles ont fabriqués elles-mêmes. Au fil de toutes ces années elles m’ont parlé, engueulée, confié des secrets, torturée, coupé les cheveux, démembrée, reconstruite, détestée et aimée. J’ai acquis pour elles une sorte de dimension de fétiche. Les êtres humains font comme ça avec leurs poupées depuis fort longtemps, depuis bien avant qu’on soufflette cyniquement les jus de fruit au sucre artificiel. Finalement un grand nombre de mes «victimes» de jadis ont développé un sens critique très aigu face aux stéréotypes féminins, à la conception pulpeuse et limitée de la beauté que j’incarne. Et alors, elles ne se gênent pas pour revenir me le dire. Si bien que, s’il y a des gens qui ont cru que Barbie était un verrou pour empêcher la conscience critique des femmes de s’éveiller, ils ont joyeusement raté leur coup. Et leur opinion n’est pas la mienne, ne l’a jamais été. Je suis une femme moderne. Je crois beaucoup en moi-même et la remise en question ne me fait pas peur.

Ma conclusion est donc, Cynthia, que je suis certainement trop sucrée et trop scintillante quand je suis coincée, impuissante, dans mon emballage au grand magasin. Mais les petites filles s’emparent de moi, jettent l’emballage, me dépouillent vite de ce glaçage malsain, me polissent, me gauchissent à leur image et finalement c’est moi qui finis par leur ressembler, pas le contraire. Parce qu’un secret persiste. Un secret vieux de plusieurs siècles (bien plus vieux que moi, donc) et c’est le suivant. Dès le départ, les petites filles savent que mon monde est un monde faux, parce qu’elles savent que je ne suis qu’un jouet. Comme les pistolets des panoplies de cow-boy qui ne tuent pas et les petites voitures de course qui ne font pas d’embardées mortelles, Barbie n’engendre pas les gourdes et les anorexiques de demain. Je suis certaine de cela. Qu’on questionne leurs familles sur ces problèmes, on y trouvera bien plus d’explications que dans la petite valisette-placard ou elles me rangent quand le moment est venu de passer aux choses vraiment sérieuses…

Et la plus resplendissante preuve de ma conclusion, Cynthia, c’est cette question que tu me poses aujourd’hui, toi, une petite fille parmi des millions qui ne se laissent pas leurrer par la magie (inexistante) de ta Barbie. Le fait est que ce n’est pas une question «superficielle» que tu soulèves ici… Alors: eh bien, tout est dit! La voilà fort bien exemplifiée la profondeur intellectuelle que j’engendre. Et, il n’y a rien de nuisible là dedans.

Amicalement.

Barbie.

.

Barbie, merci pour ta réponse; je suis extrêmement reconnaissante que tu aies pris le temps d’écrire tout cela. Par contre, j’ai une autre question pour toi: j’aimerais savoir pourquoi Barbie est indémodable, comment il se fait que les petites filles ne se lassent pas de jouer avec elle après 40 ans qu’elle existe.

Cynthia

.

Simple et implacable. Je suis une figurine représentant une femme.

Barbie.

.

35- POURQUOI CETTE IMAGE?

.

Je pense que vous êtes un prototype de la femme parfaite et que vous êtes à l’origine de beaucoup de complexes. Tout le monde connaît Barbie et beaucoup de gens, hommes ou femmes, pensent que toutes les femmes réelles doivent être à votre image, c’est à dire grandes, minces, blondes… Vous avez l’image, peut-être sans le vouloir (mais j’en doute), d’une petite ingénue. Votre histoire avec Ken vous rend complètement pathétique. Je conçois que vous êtes un jouet destiné aux enfants mais ne pensez-vous pas que vous êtes un peu trop «adulte» pour eux? Pour beaucoup de monde vous êtes synonyme de sexe facile. Vous devriez vraiment revoir votre image, allonger un peu plus vos jupes etc… car je pense qu’en ce moment avec ce phénomène «lolitas» les petites filles sont toutes transformées en Barbie…

Blow              

.

Je pense que votre intervention est le prototype du commentaire masculin sur moi. On me reproche d’être une effigie adulte, sans se rendre compte que le déplorer, c’est vouloir que les seules poupées soient des poupées-poupons et que leur propriétaire ne puisse jouer qu’à un jeu exclusif: la maman. Avec une poupée adulte, pantin articulé et contrôlable, les petites filles peuvent pourtant dominer la femme adulte dans leurs jeux, comme celle-ci les domine dans la vie. C’est là un des ressorts insoupçonnés de mon rôle de jouet. Un aspect crucial de mon succès.

Maintenant, s’il-vous-plaît, inversons la dynamique. Qui irait dire à GI Joe qu’il est trop «adulte» pour son jeune propriétaire? On n’ose même pas lui dire qu’il est trop guerrier! Qui irait dire à toutes ces figurines masculines de super-héros et de super-vilains qu’elles sont difformes, trop musculeuses, qu’elles contribuent à transformer leur détenteur en damoiseau, en homme-objet ou en brute. Non, non, non. C’est encore sur les jouets de filles qu’on frappe. C’est encore elles qui doivent être raisonnables et sacrifier leur envie de rêver, de voir un peu la vie en… rose. Je dis: non. Je dis: ça suffit. Laissez-nous, messieurs, jouer aux jeux dont nous avons envie. Le seul fait que vous y projetiez unilatéralement vos fantasmes sexuels brutaux et inintéressants prouve de façon criante que vous n’y comprenez rien de toute manière. Personne ne me dicte les longueurs de mes jupes. Absolument personne. Et je ne suis ni une lolita, ni un modèle de lolita…

Barbie

.

36- TON MONDE DE POUPÉE

.

Bonjour Barbie,

Je tiens tout d’abord à te féliciter de garder le moral même si la plupart des femmes disent que tu es difforme et que les fillettes ne devraient pas jouer avec toi. Alors ma question est: «Comment gardes-tu ton monde de poupées si parfait?». Merci.

Audrey.

P.S.: Même si tu es blonde, grande et mince, je t’aime quand même.

.

Moi aussi je t’aime, Audrey. Ton amour m’est immensément précieux, vu que c’est lui et absolument rien d’autre que lui, qui garde mon monde de poupée dans l’état de perfection que tu signales.

Barbie

.

37- UNE PETITE QUESTION POUR TOI!

.

Salut Barbie,

Je t’écris parce qu’il y a plusieurs questions qui me trottent dans la tête à ton égard. Tout d’abord, j’ai lu un article sur toi la semaine passé dans une revue de Clin d’œil, je crois que c’était celle de mai 2002, qui m’a beaucoup intriguée. Crois-tu que ton invention ait contribué à aider la cause des femmes ou le contraire? Je m’explique: lorsque tu es apparue sur le marché c’était une révolution, tu étais unique, la première femme qu’on ne représentait pas sous la forme de mère de famille, faisant des petits gâteaux dans la cuisine pour son gentil petit mari! Non, tu étais plutôt célibataire et fière de l’être, en train soit de t’entraîner, genre Barbie la sportive, ou Barbie qui danse et tous les autres titres auxquels tu as eu droit. Mais, d’un autre côté, tu n’es pas réaliste, tu es trop parfaite, l’image que la femme doit être aussi belle que toi, blonde aux yeux bleus et aux formes voluptueuses. De ce point, cela aurait-il peut-être contribué à l’image qu’ont les filles d’être parfaites? Voilà, c’est ce qui me dérangeait à ton égard! J’espère que tu prendras le temps de me répondre!

Merci beaucoup d’avance.

Joannie Bergeron.

.

Je suis parfaite, Joannie. Mais je suis une POUPÉE parfaite. Mon sentiment est que les petites filles distinguent bien le monde réel du monde ludique dans ce genre de situation. Mais j’ai un peu envie de te renvoyer la question. T’es-tu déjà sentie difforme devant ta Barbie? Si oui, je te jure que ce n’était pas mon intention de te faire sentir ainsi. Mon but est de te faire jouer avec une poupée adulte et de te permettre de la placer dans toutes les situations que tu veux. Car n’oublions pas que Barbie est adulte et petite et que sa propriétaire est grande et enfant. On escamote souvent cette dimension cruciale de mon existence. Pourtant ma créatrice a songé à moi en voyant sa petite fille Barbara jouant avec des poupées de papier qui étaient des effigies adultes. L’enfant domine l’adulte dans mon monde. Et ça, c’est bien plus «parfait» que mes formes…

Barbie

.

38- UN HOMME S’ADRESSE À VOUS

.

Chère Barbie,

Un homme s’adresse à vous, bien que les Barbie ne soient a priori pas destinées au sexe masculin. Mais si je prends la plume ce soir, c’est pour vous faire part d’un sentiment de révolte qui est né en moi il y a quelques années déjà, et qui ne fait que grandir au fil du temps. Je m’explique. Barbie, la jolie jeune fille que vous êtes, n’a rien à envier à aucune des jeunes filles de cette planète. Et c’est bien là le problème… Votre physique, aussi agréable soit-il, n’est que de plastique, et aucune jeune fille ne peut espérer atteindre cette ligne aussi féminine. Alors que les jeunes enfants, filles, jouent avec les Barbie, elles s’imprègnent de l’image de cette silhouette, et quelques années plus tard, quand elles rentrent elles-mêmes dans l’adolescence, une bonne partie d’entre elles seront complexées de se trouver «si grosse», ou «si lourde»… Et justement, c’est dans ces jeunes années d’adolescence que le physique est le plus ingrat. Et c’est dans ces jeunes années également qu’on observe le plus grand nombre de cas d’anorexie….

Loin de moi l’idée de vous rendre responsable de ces drames, mais vous contribuez à cette tendance de la société à toujours valoriser les physiques minces à l’extrême. Au cinéma, lors de défilés de mode, les femmes mises en valeur sont généralement très minces, voire même maigres. Chacun ses goûts, évidemment, mais moi je trouve que ces physiques ne sont pas du tout nécessairement les plus attirants. Et au-delà même d’une simple question de goûts, je crois que le risque d’influencer les jeunes esprits, en leur donnant une vision déformée du physique idéal, est bien réel. Je ne cherche pas à vous condamner, mais uniquement à faire part de mon avis sur un problème de société. Et éventuellement, à inviter les parents, grandes sœurs ou autres, à être particulièrement attentifs dans la vie de tous les jours. J’aimerais débattre de ce sujet avec vous, et j’attends donc avec la plus vive impatience votre réponse.

Je vous remercie d’avoir consacré un peu de votre temps pour me lire, Affectueusement,

Thomas Lecleir         

.

Cher Tom,

Il n’y a rien de faux dans tout ce que vous dites et j’y souscris entièrement. Mais vous me placez moi, pâle conséquence, dans une position non avenue de cause motrice. Or, comme vous l’observez si bien, si notre petite fille en question a une mère attentive, des sœurs heureuses et une Barbie, la conscience que sa Barbie a de son corps ne pèsera pas bien lourd comparé à l’influence de ses pairs humains, je vous prie de me croire… Le vrai problème est avec les petites filles, pauvres ou riches, grasses ou maigres, simples ou savantes, qui n’ont que moi, ne parlent qu’avec moi parce que, muette et immobile, je persiste à être la seule à les comprendre et à les respecter… Celles-là, oui, finiront, j’en ai bien peur, avec des lambeaux de représentations de poupée-mannequin échancrées dans leur petit cœur triste. Et, dans ces cas spécifiques, comme j’aurai été en fait la seule à ne pas avoir abdiqué mon rôle, je vous demande de bien réfléchir à mes limitations et au contexte global de ces vies d’enfants, avant de me jeter la pierre. J’ajoute que, malgré toute la tristesse de ce monde, je me dois d’inverser une de vos affirmations. Contrairement à ce que vous dites, ce sont les petites filles de cette planète qui n’ont rien —mais rien de rien— à m’envier.

Respectueusement,

Barbie

.

39- UN RÔLE DE MODÈLE

.

Bonjour Barbie,

Tu sais sûrement que tu es un modèle pour plusieurs petites filles partout dans le monde. Tu dois constamment être habillée à la dernière mode et réfléchir aux actions que tu poses puisque les jeunes filles t’admirent et veulent te ressembler. Je me demandais comment tu te sens par rapport à toute la pression que le monde exerce sur toi, aimes-tu ce rôle ou préférerais-tu être considérée comme une personne ordinaire?

Jennifer

.

J’aime bien être un modèle. Ça ne me gène pas du tout. Je prends cette responsabilité très au sérieux, par contre. Je regrette qu’on me fasse si souvent une réputation de gourde, de tarte, de «blonde». Je ne suis pas du tout comme cela. Je pilote un avion de ligne mais on s’entête à me faire passer pour une hôtesse de l’air. Ma seule consolation dans ce malentendu est que les hôtesses de l’air sont des femmes très bien que je respecte beaucoup. Mais il reste que l’avion de ligne, je le pilote… Toutes les petites filles du monde peuvent être très fières de vouloir me ressembler. Moi aussi je veux leur ressembler. Je les aime toutes, sans exception aucune.

Barbie

.

Bonjour Barbie,

Je suis très contente d’avoir reçu une réponse de ta part, mais ton message m’a fait réfléchir à une autre question. Dans la réponse précédente tu dis ne pas être comme la réputation que tu as parfois, de gourde, tarte ou «blonde». Je me suis donc demandé: comment te vois-tu et qu’est-ce que tu aimerais que les gens, jeunes ou plus vieux, voient en toi? Quel sorte d’exemple voudrais-tu donner aux personnes qui t’admirent?

Jennifer

.

Je souhaite donner l’exemple d’une femme qui reste elle-même mais qui ne s’aliène aucune possibilité, l’exemple d’une être humain qui réalise son potentiel illimité dans la joie et l’optimisme, en matérialisant ses aspirations les plus relevées autant que ses caprices les plus biscornus. Je veux retourner dans la navette spatiale (j’y suis déjà montée), réaliser une expérience de physique appliquée très importante (dont je t’épargne le détail car c’est vraiment pas mal complexe à expliquer) et me mettre du vernis à ongles scintillant sur les doigts de pieds en apesanteur.

Barbie

.

40- BEAUTÉ PARFAITE?

.

Bonjour Barbie,

Voici ma question, j’espère que vous pourrez y répondre: est-ce que la beauté parfaite existe?

Merci!

Laurence Tremblay

.

Laurence,

Un philosophe américain fameux a dit: «Si le monde était parfait, il n’existerait pas» [Barbie cite ici comme «philosophe américain fameux» le volubile joueur de baseball des Yankees de New York, Yogi Berra. – NDLR.]. Je crois que cette opinion s’applique fort adéquatement à la beauté.

Barbie

 .

41- PLASTIC WORLD, HERE I COME!

.

Pourquoi la tête de Ken s’enlève facilement? Est-ce le manque d’intelligence?

Fraise

.

Quelle question spirituelle! Je me suis tordue de rire en la lisant. Le facteur que vous mentionnez est certainement très important… Mais aussi, regardez attentivement la forme de ce qui apparaît quand vous enlevez la tête de plastique. Observez très soigneusement cette forme: c’est sa vraie tête…

Barbie

.

42- UNE PETITE QUESTION…

.

Chère Barbie,

Je vous écris pour en savoir davantage sur vous, car il y a une question qui me tracasse. N’êtes-vous pas fatiguée de toujours devoir subir ce que les autres veulent faire de vous, étant donné que parfois j’imagine que ce ne doit pas être très amusant?

J’attends votre réponse avec impatience! Merci beaucoup!

Marie-Soleil

.

Non, Marie-Soleil, ça ne me gène pas du tout. Pour moi, c’est un plaisir d’être ce que les petites filles aspirent à me faire devenir. Mon existence est justement d’être la figurine-à-tout-être. Et ce que j’aime être le plus, c’est la confirmation éclatante que quand ces petites filles seront devenues des femmes, tout ce qu’elles souhaitent être sera tangiblement à leur portée… plus tangiblement que jamais dans toute l’histoire connue.

Barbie.

.

Bonjour Barbie,

Je vous ai écrit auparavant, et par rapport à la réponse que vous m’avez écrite, une autre question est venue me hanter! Comme vous avez dit: «mon existence est justement d’être la figurine-à-tout-être», je me demandais si vous n’aviez pas déjà songé ou même rêvé à ce que pourrait être votre vie si vous étiez humaine, en chair et en os au lieu d’être une figurine-à-tout-être. Si c’est le cas, j’aimerais en apprendre plus sur les hypothèses et les pensées qui vous habitaient ou qui vous habitent à propos de vous, humaine.

Merci d’avance!

Marie-Soleil

.

Oh, c’est simple. Humaine, je suis Elle Woods, le personnage central du film LEGALLY BLONDE. Vous la connaissez? Si vous n’avez pas vu cette merveille d’intelligence et de drôlerie, il faut le louer au plus vite. Vous m’y verrez avec toute la richesse et la subtilité de ma forme humaine.

Barbie.

.

43- POURQUOI CETTE APPARENCE?

.

Lorsque vous avez créé Barbie, pourquoi lui avez-vous procuré un corps si parfait et des cheveux blonds? Y avait-il une raison précise ou était-ce seulement pour la beauté car lorsque l’on pense à une femme «parfaite» on voit une femme mince avec des cheveux blonds. Avez-vous pensé à l’influence que cette poupée allait avoir sur les enfants?

Merci d’avance.

Laurence Lalonde

.

Chère Laurence,

Vous me demandez «Pourquoi cette apparence?». Je vous réponds: «Pourquoi cette fixation sur la caucasienne blonde que je fus pendant les vingt premières petites années de mon existence?» Depuis un quart de siècle, mes teintes de cheveux et mes profils ethniques se sont diversifiés à l’infini. En 1980, à ma plus grande joie, je suis devenue Afro-Américaine et Sud-Américaine. En 1982, je suis devenue Inuit et Indienne (oh, mes superbes saris d’indienne!). En 1986, me voici Péruvienne et Grecque. Coréenne en 1988. En 1990, j’existe en Nigériane (les couleurs incomparables de mes robes et coiffures nigérianes!) et en Brésilienne. Me voici Amérindienne en 1993. Et enfin Chinoise (il était grand temps que j’intègre le plus populeux des jardins de monde!) et Kenyane en 1994. Tout cela me remplis d’une grande joie. Je suis toutes les femmes et toutes les apparences. Sauf une…

En 2004, je ne suis pas encore Arabe et cela me crève le cœur [Barbie est illégale en Arabie Saoudite, malgré le fait qu’un marché noir florissant révèle tout l’amour qu’on a pour la femme émancipée dans la patrie du Prophète, – NDLR]. J’adore le hidjab. Je le trouve d’une beauté extraordinaire et ça ne me gênerais pas du tout de le porter. Je serais au contraire très fière de ce superbe attribut culturel. Le tchador est un peu plus inquiétant, mais je suis certaine que je m’y ferais. Je suis très respectueuse des lois et des choix des femmes qui respectent les lois. Je serai Arabe un jour, j’en suis certaine. Et je me mettrai à la lecture du Coran. Cela me permettra de m’intégrer à une des plus grandes civilisations du monde.

Alors: pourquoi toutes ces apparences? Parce que le monde est diversifié et c’est ce qui fait sa grande beauté. Est-ce que je pense aux petites filles et à mon impact sur elles? Oui, absolument, en permanence.

Barbie

.

44- LES CHEVEUX BLONDS

.

Pourquoi est-ce que Barbie a la majorité du temps les cheveux blonds?

Super Banane 

.

Tout simplement parce que ce n’est pas vrai. J’ai les cheveux de toutes les couleurs!

Barbie

.

45- LA PERSONNALITÉ EST PROPRE À CHACUN

.

Pourquoi avoir créé un jouet de ce que l’on est? Ce que je veux dire par là, c’est qu’il me semble que la personnalité est propre à chacun; pourquoi aller faire quelqu’un de typique avec nous-mêmes. Qui est en plus une blonde prétentieuse. Avec un seul gars, qui est Ken.

Jess

.

Je ne suis pas prétentieuse, je suis toute simple. Et je n’ai pas «un seul gars»… Et j’ai ma propre personnalité. Et… et… et les jouets ont toujours à voir avec ce que l’on est, ou plus précisément, dans le cas des enfants, ce que l’on sera.

Alors… pourquoi pas?

Barbie

.

Vous dites ne pas être prétentieuse, mais quand on parle de Barbie, on ne dit pas cela en parlant d’un jouet mais plutôt d’une blonde typique et snob. Pourquoi avoir fait cela?

Jess

.

C’est moi qui vous demande plutôt: qui dit cela en parlant de Barbie et pourquoi avoir dit ça?

Barbie

.

C’est seulement de la manière que je vous perçois, et quand j’en parle avec mes amis, ils disent la même chose.

Jess

.

Cela me peine beaucoup que tes amies et toi ne reconnaissiez pas mes talents, mon intelligence et mes capacités. Mais je vais devoir affronter cela sans me mettre à pleurer. J’ai toujours été contre les poupées qui pleurent, je ne vais donc pas me mettre à trahir mes propres principes… Mais… c’est dur…

Barbie

.

46- LE MONDE EST SI SUPERFICIEL

.

Bonjour Barbie,

J’aimerais savoir d’après toi, pourquoi le monde d’aujourd’hui est tellement centré sur les apparences et pourquoi tout le monde est si superficiel.

Merci beaucoup!

Katrina

.

Katrina,

Nous sommes des marchandises. Et comme toutes les marchandises, nous valons pour ce que nous faisons plus que pour ce que nous sommes. Conséquemment, la partie de notre être qui est mise en valeur est celle qui est tournée vers le faire. Faire peur, faire bonne impression, faire l’amour, faire savante, faire jeune. Tout cela se joue donc inexorablement à la surface des choses. Mais notre monde n’est pas exclusivement superficiel, Katrina… La profondeur de la réflexion que tu me proposes en ce moment même le prouve ouvertement.

Barbie

.

Bonjour Barbie,

Merci beaucoup pour votre réponse, elle est très appréciée. Je suis d’accord avec vous que nous valons plus pour ce que nous faisons que pour ce que nous sommes, mais je trouve ça très dommage. Je suis également d’accord que ce monde n’est pas uniquement superficiel, mais il faut avouer qu’une grande partie l’est. La preuve, la mode est si importante dans nos vies. Croyez-vous que vous influencez beaucoup les jeunes filles d’aujourd’hui et croyez-vous qu’elles peuvent percevoir votre message comme étant que la mode et que les apparences sont extrêmement importantes dans la vie? Merci.

Katrina

.

J’espère bien qu’elles le font! Je suis Barbie, pas Mère Teresa de Calcutta! Mais, plus fondamentalement, je dis que ce ne sont pas nos apparences qui sont si importantes. C’est notre plaisir. Il n’y a rien de mal à se vêtir, se coiffer, se maquiller, se costumer même. Je crois beaucoup et profondément à ces plaisirs. Ce à quoi je ne crois pas, c’est au CARACTÈRE EXCLUSIF de ces plaisirs… Je ne suis pas une femme-objet, Katrina. Je suis une femme coquette. La distinction est immense. Je pratique tous les métiers, toutes les professions et tous les sports. Et je fais cela sans transiger avec le plaisir cardinal de soigner mon apparence. Je conduis un camion poids lourd, moulée dans un denim à la mode, en posant délicatement mes mains manucurées sur le grand volant propre. Je suis savante, costaude, féministe, engagée et mon tailleur favori est rose et, pour citer la devise de la Reine d’Angleterre, honni soit qui mal y pense…

Et tel est mon message aux petites filles: faites ce que vous voulez en étant qui vous voulez. Je ne dis pas: pomponne toi OU agis. Je dis: pomponne toi ET agis. Tout est possible, tout est permis. Vas-y.

Barbie

.

47- RECHERCHE TOUTES LES POUPÉES BARBIE

.

Bonjour,

Je suis à la recherche de toutes les poupées Barbie, où puis-je les trouver?

Merci,

Berry

.

Mais je n’en sais rien, moi. Je suis ma propre personne mais je ne suis pas ma propre dépositaire! Il va falloir vous débrouiller sans moi, sur… moi.

Avec mes regrets les plus contrits,

Barbie

.

48- UN PRODUIT DE MARKETING?

.

Ne te considères-tu pas comme un simple produit de marketing? Que penses-tu de notre société où la femme est considérée comme un objet? Merci de répondre sincèrement à mes questions.

Simon Pascal

.

Bonjour Simon,

Je trouve qu’on en donne vraiment beaucoup trop de nos jours au «marketing». Sans trop savoir ce qu’il est exactement, on «le» prend pour le démiurge de la manipulation des masses, une sorte de «Big Brother» tentaculaire qui nous ferait faire tout ce qu’il veut. C’est ridicule. Je suis suffisamment femme d’affaire pour pouvoir vous signaler la règle d’acier suivante: si vous avez un produit de merde, votre campagne marketing n’y fera pas grand chose. Pour bien comprendre mon argument, pensez, par exemple, au film DICK TRACY avec Warren Beatty et Madonna. Costumes aux couleurs criardes, grosses têtes d’affiches racoleuses, campagnes marketing tapageuses, mondovision tonitruante, film de merde, résultat médiocre au guichet, divorce inexorable entre Warren et Madonna. Point-barre… Plus personne ne se souvient de ce navet. Vous en souvenez-vous? Des exemples similaires de l’incompétence chronique du marketing absolu et sans substance existent par milliers, dans tous les secteurs de production. Le marketing rate bien plus souvent son coup qu’il ne fait mouche. Et surtout: le marketing se fait bien plus souvent prendre par surprise par le produit que le contraire… Maintenant méditez ceci: j’existe depuis 1959 et il se vend dans le monde une effigie de moi toutes les deux secondes, le tout avec un marketing compétent et solide, certes, mais sans extravagance particulière… Il n’y pas une campagne marketing qui puisse produire des résultats aussi durables et d’une telle puissance! Jamais. Cela n’existe pas. Le fait est que c’est Barbie qui fait vivre ses agents de marketing, pas le contraire. Tout simplement, parce que je suis un objet bien plus ancien que tous les marketings de la terre. Je suis une poupée, une effigie, un fétiche, un totem… Les extorqueurs qui s’engraissent aux dépens de celles qui m’aiment comprennent cela bien mieux que vous avec cette doctrine candide et non avenue de «marketing».

Sur votre seconde question, sincèrement —puisque vous entendez que je vous réponde sincèrement— le temps de la femme-objet, c’est fini. Vous retardez d’une guerre, là. De deux guerres, même, car même le temps de la femme qui cherche à s’affirmer en singeant l’homme touche à son terme. Nous en arrivons à la femme qui reste elle-même, se maquille, se pomponne, s’amuse avec ses copines, jouit de ses amants et gouverne sa vie. Je suis naturellement centrale dans cette nouvelle symbolique ludique parce que je suis Barbie. Je pratique absolument tous les sports et embrasse toutes les professions, mais mon maquillage ne se défait jamais, mes talons aiguilles ne s’enfoncent pas dans la boue de la jungle, et la grande tempête historique n’altère en rien ma tignasse indécoiffable. Je suis donc un rêve. Car c’est un grand rêve de femme ça: tout accomplir sans transiger sur sa jouissance et ses fantaisies. Or, je vous rappelle que je suis un jouet de petite fille. Ce sont donc elles qui décident de mon sort commercial de masse en dernière instance, pas leur père ou quelque vague «Big Brother Marketing» impalpable. Il va donc falloir que vous cessiez de crier «marketing» et «femme objet» à chaque fois qu’il s’agit de moi et commenciez à comprendre nos vrais fantasmes. Vous allez alors faire face à une ou deux surprises, mais vous allez bien arriver à vous débarrasser de vos stéréotypes condescendants et faussement salvateurs sur les femmes et les petites filles… C’est un ajustement indispensable si vous voulez approcher adéquatement le monde superbe et terrible de Barbie…

Barbie

.

49- UN JOUET ÉDUCATIF?

.

Bonjour.

J’ai une petite question par rapport à votre poupée. En effet, plusieurs jouets sont mis sur le marché afin d’apprendre plusieurs concepts aux enfants tout en s’amusant. Barbie est-elle un jouet mis sur la marché à des fins éducatives? Si oui, par quel moyen et si non, quel message vouliez-vous transmettre?

Merci d’avance.

Laurence Lalonde

.

Bonjour Laurence,

C’est bien vrai qu’aujourd’hui quand on veut vendre un jouet, il faut qu’il ait l’air d’inculquer quelque chose. Même les portails d’amusette pour nourrissons sont censés de nos jours transformer bébé en un petit Mozart. On oublie les vertus du jeu pur au profit d’un arrivisme vorace qui démarre au berceau. Dans cette dynamique d’accaparement du monde des enfants par les priorités de l’adulte, vous me demandez ce que j’inculque? Eh bien, malgré le fait que j’ai été conçue à une époque où cette obnubilation de l’éducatif-utilitaire n’était pas encore tout à fait de vogue, j’en rencontre parfaitement les objectifs. Je suis la femme aux mille professions et aux dix mille passe-temps. J’inculque aux petites filles l’idée qu’elles peuvent faire tout ce dont elles ont envie, qu’aucun rôle social, aucun sport, aucun métier n’est hors de leur portée. Et que si elles aiment se faire les ongles avec du manucure scintillant et porter des mèches de couleur vives dans leurs beaux cheveux foisonnants, cela n’est en rien un obstacle à leurs chances de devenir alpinistes, chirurgiennes, pilotes de navette spatiale ou présidentes de la république. Le message de Barbie se résume en deux mots qui tonnent et tonneront longtemps: Girl Power. Filles, nous deviendrons tout ce que nous voulons devenir, sans cesser d’être les filles que nous avons envie d’être… Ça vous va ça, comme programme éducatif?

Barbie

.

50- TU ES LESBIENNE?

.

Chère Barbie,

Je me sens un petit peu bizarre te demander cela, mais est-ce vrai que tu as quitté Ken car tu étais lesbienne? Je ne comprends rien à toute cette histoire. Est-ce que les gens qui t’ont créée sont des féministes? Tu es lesbienne?

Bon, merci beaucoup. Salut! …

Émily

.

J’ai quitté Ken temporairement parce qu’il avait tendance à m’étouffer un tantinet. Il nuisait à mon épanouissement professionnel en me forçant un petit peu dans un rôle de compagne docile. Mais il réfléchit à tout cela. Il va peut-être se rajuster… Il n’y a rien de féministe à cela, c’est un simple choix naturel. Et d’ailleurs, même si c’était féministe un petit peu, cela ne me gênerait pas du tout. J’ai énormément de respect pour le féminisme.

Autrement, je suis bisexuelle. Certaines petites filles qui jouent avec moi font même de moi une lesbienne exclusive. Cela arrive de plus en plus souvent avec la libération maritale des mœurs homosexuelles et cela ne me gêne pas du tout. Au contraire, j’en tire une grande joie et beaucoup d’amour.

Barbie

.

51- STÉRÉOTYPE

.

Chère Barbie,

Crois-tu qu’un jour le stéréotype des blondes sans cerveau sera enfin laissé tombé?

Catherine

.

À mon avis, Catherine, ce stéréotype est déjà mort. C’est pour cela qu’il y a toutes ces blagues, taquines mais inoffensives. C’est que plus personne ne croit sincèrement que le fait de se décolorer les cheveux soit un indicateur intellectuel chez une femme.

Barbie

.

52- BLONDE?

.

Quel est l’effet d’être en plastique et d’être reconnue comme le stéréotype de la vraie blonde?

Merci beaucoup.

MM

.

Cela ne me gêne pas du tout, ni dans un cas ni dans l’autre. Si vous saviez, il m’est arrivé bien pire. Être en plastique, être la blonde typique, c’est de la rigolade. Laissez-moi un peu vous donner un exemple de ce qui me suscite un «effet» bien plus désagréable. Je suis illégale en Arabie Saoudite. Bon, cela ne me gêne pas spécialement. Je suis très respectueuse des lois et on considère là-bas que, vu mes tenues vestimentaires et mes comportements, je ne corresponds pas à une réalité acceptable selon la morale. Admettons, au pis aller. Mais il y a un des arguments des dirigeants saoudiens pour me rejeter que je ne peux pas accepter. Ils disent que je suis une «poupée juive», entres autres parce que ma créatrice, Ruth Handler, était une ashkénaze polonaise. Cela, franchement, ça me répugne. Perturbée au possible par cette histoire, j’en ai discuté avec le très gentil Monsieur Albert Einstein. Il est à DIALOGUS comme moi et nous conversons souvent hors forum sur ses théories physiques qui m’intéressent vachement et que je comprends très très bien. Il m’a rassurée et m’a expliqué qu’en 1933 en Allemagne nazie, on avait un jour qualifié à la radio sa théorie de la relativité de «physique juive». Ce jour là, monsieur Einstein avait décidé de quitter l’Allemagne avec son épouse. Il a eu bien raison.

Ce seul point commun que j’ai donc avec la théorie d’Einstein —celui d’avoir été qualifiée de «juive» par des antisémites— me soulève le cœur. Cela me donne le sentiment de devenir l’instrument impuissant d’une doctrine barbare qui n’a rien à voir avec ce que je suis et ce que je représente. C’est insupportable, insoutenable, agressant au possible. À côté d’une telle ignominie, être blonde, être en matière plastique, admettez avec moi que c’est de la gnognotte… Je réponds à ces arguments dégradants et inquiétants: oui je suis juive! Je suis Juive, Arabe, Africaine, Eurasienne, Chinoise, Australasienne, Caucasienne, Micronésienne, Amérindienne. Je suis de toutes les ethnies et toutes les poupées et toutes les femmes de toutes les ethnies sont toutes mes sœurs. Je les aime toutes sans condition et je réprouve la haine sous toutes ses formes.

Barbie

.

53- LA MORT

.

Chère Barbie,

Quand j’étais jeune, tu étais mon jouet préféré et tu étais mon idole. Puisque j’avais un tel respect pour toi, j’aimerais te poser la question suivante: qu’est-ce qu’il y a après la mort?

S’il-vous-plaît, pourrais-tu me répondre dans les plus brefs délais! Merci!

Marisa

.

Tu as raison de me poser cette question à moi, Marisa. En effet, je suis une poupée, je suis une effigie, je suis comme morte… Après ta mort, les gens qui t’ont aimée se souviennent de toi. C’est tout. Mais toi, comme une ampoule grillée, il ne se dégage plus rien de vivant de toi. Il n’y a pas de lumière sans source de lumière. Il n’y a pas de vie sans corps vivant. Ton esprit ne peut pas exister indépendamment de ton corps. En conséquence, tu ne te perpétues pas, ne ressuscites pas, ne te réincarnes pas, ne hantes pas les lieux de ta vie et ne te rends pas ailleurs. Tu t’éteins.

Barbie

.

Chère Barbie,

Merci pour ta réponse très honnête. Par contre, je voudrais savoir pourquoi tu crois que notre esprit ne vit pas après notre mort?

Merci!

Marisa

.

Je suis une poupée, mais je suis une adulte. L’esprit qui survit au corps, c’est une jolie légende qu’on raconte aux enfants pour résorber leurs peurs. Mais c’est comme mes aventures, ce n’est pas la vérité…

Barbie

.

54- PARLE-MOI DE TOI

.

Salut Barbie!

Pourrais-tu me parler un peu de toi? Merci!

Écris-moi.

Odile

.

Je suis toutes les femmes, j’exerce tous les sports, tous les métiers et toutes les professions. J’ai toutes les teintes de cheveux, je suis de toutes les races et de tous les groupes ethniques. Je suis surprise… et je suis contente…

Je suis surprise, Odile, parce que je rencontre beaucoup d’agressivité sur ce forum. Moi qui ne croyais susciter que de l’amour! On m’accuse ici de rendre les petites filles: sottes, «blondes», superficielles et anorexiques. C’est faux et injuste. J’ai un peu envie de pleurer quand j’entends des accusations aussi déplacées et aussi virulentes. Mais je me contiens, car il faut être forte dans l’adversité, n’est-ce pas?

Je suis contente parce que je reçois enfin une missive de quelqu’un qui m’aime et m’accepte comme je suis. Et ça c’est toi. Je t’en remercie, Odile, du fond du cœur. Et je te demande à mon tour: parle-moi un peu de «ta» Barbie…

Barbie

.

55- STÉRÉOTYPE OU MODÈLE UNIQUE?

.

Chère Barbie,

Ne trouvez-vous pas que vous êtes le stéréotype parfait de la femme? Par exemple, la corvette, toutes les différentes tenues vestimentaires que vous possédez, et cela sans compter tout le maquillage que l’on retrouve sur vos figurines. Alors ma question est: est-ce que vous vous considérez comme stéréotypée ou seulement comme un modèle unique de femme?

Nicolas

.

Je suis ce que certains appellent un «type extrême» un peu comme un clown ou un super-héros. Mes caractéristiques sont accentuées pour compenser l’inertie naturelle de mon absence de vie. Je suis comme ces archers de Rodin dont la musculature et la posture décomposent en un tableau fixe des mouvements qui ne coexisteraient pas dans la vie réelle. Sauf que je le fais pour la féminité plutôt que pour la posture de l’archer. Je ne suis donc ni un dessin réaliste, ni une caricature, mais quelque chose entre les deux.

Pour bien décrire ce que je vous dis, Nicolas, prenez acte du fait que, depuis quelques années, il existe des Barbie à l’effigie de personnalités saillantes du monde du cinéma et du spectacle. Ainsi, il y a une Barbie-Scarlet O’Hara, une Barbie-Marilyn, une Barbie-Madonna, une Barbie-Cher etc, vous voyez… Scarlet O’Hara, Marilyn, Madonna, Cher sont des femmes bien réelles mais aussi les représentantes d’une certaine ostentation dans un ensemble particulier de plaisirs ou d’ardeur de l’être. Elles sont des types extrêmes elles aussi. Comme Charlie Chaplin, Zorro, Superman et moi, elles sont de moins en moins des modèles uniques, quoi qu’elles l’aient été au tout début. Moi aussi.

Vous voyez ce que je veux dire?

Barbie

.

56- UNE IMAGE IRRÉALISTE

.

Chère Barbie,

Te rends-tu compte qu’en donnant une image irréaliste de la beauté féminine, tu mets de la pression sur toutes les petites filles qui ont joué avec toi durant leur enfance? Ce que je veux dire par irréaliste c’est que, si tu avais une taille réelle, il serait complètement impossible d’avoir de telles mensurations.

Émilie

.

Émilie,

Est-ce là une supposition de ta part ou un témoignage? As-tu réellement vécu une telle «pression» toi-même quand tu étais petite à cause de moi, ta Barbie?

Barbie

.

Chère Barbie,

Pour répondre à ta question: non je n’ai pas subi une telle pression puisque j’ai à peine joué avec toi et c’est plutôt une supposition que je fais. J’aimerais donc savoir ton opinion sur ce que j’ai affirmé dans ma dernière lettre.

Émilie

.

Mon opinion est simple Émilie: comme toi, les petites filles ne subissent jamais ce genre de pression venant de moi. Cette idée est exclusivement un fantasme adulte.

Barbie

.

57- L’AMOUR EST MAGNIFIQUE

.

Si l’amour est supposé être si magnifique, pourquoi est-il si difficile?

Lil T.

.

Oh, c’est que les sexes se méconnaissent profondément. L’amour, ce n’est pas la science infuse, vous savez. On peut aimer, se sentir bien avec une personne et subir de plein fouet son despotisme involontaire. Le nombre de malentendus entre hommes et femmes est infini. Et comme aimer n’est pas savoir, le potentiel de catastrophe est formidable, entre deux amoureux.

Un exemple. Ken n’aime pas le manucure. Il considère que c’est inutile, tape à l’œil, racoleur. Voici un dialogue que nous avons eu sur la question un jour de février. Il synthétise l’immense fossé d’incompréhension qui oppose les deux pôles éternels du sexage:

Ken: Je voudrais quand même savoir pourquoi tu te manucures les doigts de pieds en plein hiver.

Barbie: Mais parce que c’est joli… en toutes saisons.

Ken: Enfin. Tu vas passer la journée en bottes ou en chaussures. Personne ne va voir tes doigts de pieds manucurés avant des mois.

Barbie: Et alors? Je marche pieds nus dans ma chambre, le soir et il m’importe que mes doigts de pieds scintillent sous la lueur des bougies que j’allume dans tout mon espace avant d’aller dormir,

Ken: Dans ta chambre, tu es seule. Je ne suis même pas là pour voir le résultat.

Barbie: Mais Ken, mon gros loulou, je ne me manucure pas les doigts de pieds pour toi.

Ken: Ah non? Pour quel homme alors?

Barbie: Aucun homme.

Ken: Ah bon! Une femme alors?

Barbie: Bien sûr. Et toute une femme encore.

Ken: Qui… qui donc?

Barbie: Mais moi, mon pauvre ami. Nul autre que moi!

Je t’épargne la suite, mais ça a vite viré vinaigre. Le pauvre plouc n’était pas fichu de se rentrer dans le plomb que je soignais mon apparence pour mon propre plaisir privé et qu’il n’avait pas grand chose à y faire. Et, pour ma part, j’étais trop gourde pour me rendre compte que cette manifestation de la complète et implacable autonomie de l’intendance de mon physique le blessait, l’injuriait, qu’il se sentait délaissé, spolié, dévalorisé. Avec le recul, ma position me paraît parfaitement limpide et compréhensible. La sienne me parait solidement délirante et indéfendable. Et j’ai le cœur si gros et la gorge si serrée par l’envie d’envoyer à tous les diables quiconque se mêle de m’apostropher quand j’ai les pieds perchés sur ma coiffeuse, avec du coton entre les orteils et que je me manucure les doigts de pieds, opération délicate, cruciale, capitale et non négociable. Crotte, à la fin!

C’est tout cela, ô correspondant(e) inconnu(e), qui fait que l’amour est si difficile…

Barbie

.

58- L’IMAGE QUE VOUS RENVOYEZ

.

Mademoiselle Barbie,

Toute petite fille, j’ai eu plusieurs poupées vous représentant. C’était inconcevable durant ce temps qu’une fille n’ait pas une Barbie avec laquelle jouer. Nous nous imaginions toutes sortes d’histoires à partir de vous sur notre vie lorsque nous serions «grandes». Pourtant, plusieurs personnes sont contre votre apparence qui renvoie aux jeunes filles, à un très bas âge, une image stéréotypée de ce à quoi elles croient devoir exactement ressembler plus tard. Ne croyez-vous pas que l’image que vous donnez aux fillettes peut créer une mauvaise estime d’elles-mêmes lorsqu’elles auront atteint l’adolescence?

Merci d’avance.

Marie-Ève

P.S. une réponse rapide serait appréciée

.

Moi je ne le crois aucunement… Lisez ma correspondance pour le détail de mon opinion sur cette question qui m’est constamment posée… Mais je vous la renvoie, cette question, Marie-Ève. C’est vous la spécialiste toutes catégories en la matière. Plongez dans vos souvenirs. Avez-vous déjà eu le sentiment que je vous forçais dans un rôle, que je vous dictais une apparence, que je vous stéréotypais? Dites-moi, je vous en supplie. C’est que… ça m’angoisse un peu quand même toute cette histoire.

Barbie

.

59- TU AS QUEL ÂGE?

.

Salut Barbie! Ça va? Moi ça va! Tu as quel âge? En tout cas tu es toujours aussi belle!

Allez, bisous!

Lalou  

.

22 ans. Tu es si belle, toi aussi…

Barbie

.

Merci de m’avoir répondu, c’est si gentil ! Moi j’ai 13 ans, je ne joue plus aux Barbie, avant oui! Je m’appelle Laura! Tu es mariée avec Ken? Bon, je te laisse.

BIG BISOUS SMACK

Laura

.

Je suis mariée avec Ken et divorcée de Ken.

Barbie.

.

Merci de m’avoir répondu! Tu es née en quelle année? Si tu ne peux pas me répondre, ce n’est pas grave!

Bisous.

.

Tu prends l’année où tu te trouves toi-même, tu soustrais 22 et cela te donne ma date de naissance…

Barbie.

.

60- VOS MENSURATIONS…

.

Chère Barbie,

J’ai longtemps été une de vos ferventes admiratrices. Toutes les Barbie, tous les accessoires qui pouvaient sortir sur le marché, je les avais. J’ai plusieurs fois entendu dire qu’une femme possédant les mensurations de vos poupées aurait été obligée de marcher à quatre pattes tellement cela aurait été insupportable. Que pensez-vous cette affirmation?

Merci d’avance,

Stéphanie

.

Eh bien j’en pense ceci, Stéphanie. Si on montait les roues des petites voitures Hot Wheels sur des vraies voitures, il y aurait des tas d’accidents. Si Monsieur et Madame Patate existaient sous cette forme, ils ne pourraient même pas s’asseoir et feraient certainement peur à tous leurs amis. Si la majorité des ours en peluche étaient de vrais ours, ils mourraient de faim dans la nature car ils ne pourraient ni se déplacer ni capturer leur nourriture…

Nous sommes des jouets. Cela implique certaines petites distorsions, disons, stylisantes. C’est comme les clowns au cirque ou les joueurs de football et de hockey dans leur équipement. De là à en tirer de grandes conclusions sur ma doctrine du statut de la femme, il y a une marge à ne pas franchir, je pense. Le faire, c’est un peu minimiser mon intelligence et celle de toutes les petites filles qui m’aiment et ne me voient pas difforme du tout…

Barbie

.

61- POURQUOI PAS PLUS DE SEXE DANS VOS HISTOIRES?

.

Bonjour Barbie!

J’utilise le rose [ce texte était initialement écrit en rose] parce que vous aimez cette couleur mais bon… Alors pouvez-vous répondre à ma question: au début que je vous ai connue, je vous ai prise pour une petite sainte-nitouche, mais après, j’ai changé d’avis et je vous ai adorée pendant plusieurs années, mais maintenant j’ai grandi et je dois malheureusement vous jeter dans mes oublis! Pourquoi donc il y a pas plus de sexe dans vos histoires?

Voilà, amicalement.

Céline

.

Il y a dans mes histoires tout le sexe que tu entends y ajouter, Céline. C’est toi qui décide des orientations, des postures et de la nature des relations. Je te suis. Tu diriges. Moi, je t’aime toujours mais cela ne fait rien. Quand on sort de l’enfance, on tourne le dos à certaines extases révolues. C’est normal et c’est sain. Renier Barbie, ne plus l’aimer, fait partie de l’affranchissement que Barbie autorise. Tu as raison. Je ne suis pas si merveilleuse que ça. Tu vois enfin clair et je te souhaite l’entrée dans l’âge adulte la plus harmonieuse possible.

Adieu, avec tout mon amour,

Barbie

.

62- ÊTRE BARBIE

.

Chère Barbie,

Je voudrais savoir comment on se sent quand on est Barbie? Parce que vous êtes la poupée la plus populaire au monde. En ce moment des milliers de poupées Barbie sont vendues et produites chaque jour, comment pouvez-vous donc savoir que vous êtes la vraie Barbie et non un clone?

Julie

.

Bonjour Julie,

Je me sens très très bien et très épanouie d’être Barbie. Nous sommes toutes des clones les unes des autres. Conséquemment, nous sommes toutes la vraie Barbie. Même la Barbie gothique, avec ses cheveux violets et son teint de craie est la vraie Barbie.

Barbie(s)

.

63- LA FEMME

.

Les blondes, stéréotypes de taille parfaite. Est-ce vous? Avez-vous déjà cru avoir une trop grande influence négative sur les jeunes filles? Qu’en pensez-vous?

Crazy  

.

Non aux deux premières questions.

Ce que j’en pense? Je pense qu’on se concentre plus sur mes cheveux que sur mes actions dans cette histoire. Ce n’est pas moi qui procède à cette hypertrophie du capillaire, en fait, ce sont mes détracteurs.

Barbie

.

64- EXCUSE-MOI POUPÉE!

.

Chère Barbie,

Je t’écris pour m’excuser du massacre qui a eu lieu aujourd’hui. En effet, excuse-moi d’avoir coupé les beaux cheveux de ton amant Ken ainsi que de t’avoir coupé la tête…

EXCUSE-MOI!

Jean Trottet   

.

Excuse-moi, guignol, mais je ne t’excuse pas. Explique-moi pourquoi tu fais des choses comme ça?

Barbie

.

65- QUI ES-TU VRAIMENT?

.

Bonjour Barbie,

Je me demande ce que tu penses de l’opinion que les autres ont de toi; es-tu, comme la plupart des gens le croient, superficielle et refaite de partout?

Merci!

Marie-Christine

.

Refaite de partout… Franchement, Marie-Christine, c’est vexant. Je ne suis refaite de nulle part. Je suis moi-même. Je ne fais certainement pas la promotion de la chirurgie esthétique. Celle-ci, en effet, est une violence contre nature imposée aux femmes par des abrutis cruels qui, vu leurs sales gueules, ne se la sont certainement pas appliquée à eux-mêmes! Je suis athlétique, sportive, coquette et autonome. Je suis prête à cultiver une discussion de fond avec toi sur n’importe quel sujet. On va bien voir si je suis superficielle. Non mais, oh…

Barbie

.

Je voulais seulement savoir si l’idée des gens était vraie… je me demandais seulement…

Marie-Christine

.

Excuse-moi. Je me suis emportée. Je suis désolée. Je ne suis pas superficielle. Je suis intelligente, Marie-Christine, je suis très intelligente. Je peux t’expliquer la théorie de la relativité de mon bon ami monsieur Einstein, si tu veux. Pas les formules et le charabia, mais le principe. Tu pourras l’expliquer à toutes tes amies après. C’est si simple et si intelligent. Ce sera certainement une façon moins agressive de répondre à ta question. Tu veux?

Barbie

.

Je veux bien!

Marie-Christine

.

Très bien! (Je suis toute excitée). Imagine une perle de collier qui roule sur le bord de ta coiffeuse. Tu la vois. Une jolie perle blanche qui roule. Pense ensuite à une variable physique dans son mouvement: sa vitesse. La perle accélère, ralentit, s’arrête, roule de nouveau si tu la chiquenaudes. Sa vitesse de roulement sur le bord de ta coiffeuse est inévitablement variable. Plus précisément: elle est relative, car elle dépend de la force de ta chiquenaude (pour son accélération) et de la force d’inertie de la surface de ta coiffeuse (pour sa décélération). Si la vitesse de roulement de la perle est relative, le reste semble constant. Son poids ne change pas quand elle roule, et le temps ne change pas non plus autour d’elle. Le poids de la perle et le temps dans lequel elle roule sont des constantes, du moins à nos yeux limités de femme et de poupée. Avec cela, tu as la mécanique de Newton: vitesse relative, mais poids et temps constants. Prends la même perle et amène-la sur la lune, elle est six fois moins lourde, amène là sur Jupiter, elle est vingt fois plus lourde. Lâche-la dans une navette spatiale, elle n’a plus de poids. C’est que le poids, comme la vitesse, n’est pas constant. Il dépend de l’astre sur lequel la perle se trouve. C’est que le poids n’est pas une réalité toute seule comme ça. Il est la relation gravitationnelle entre deux masses (celle de la perle et celle de la planète où elle se trouve). Le poids de la petite masse est RELATIF à celui de la grosse masse. Il n’y a pas plus de poids stable qu’il n’y a de vitesse stable. La vitesse est relative aux forces en présence, le poids est relatif aux masses en présence. Newton avait déjà pressenti cela.

Mais c’est alors que le très gentil Monsieur Einstein survient et applique un raisonnement tout simple. Si la vitesse est relative aux forces et le poids qu’on croyait constant est relatif aux masses, je suis obligé d’envisager que TOUT EST RELATIF et qu’il n’y a pas de constante physique en fait. Il était facile d’observer directement que la vitesse est relative aux forces. Il suffit encore de faire rouler la perle directement sur la surface de ta coiffeuse puis ensuite de la faire rouler sur ton mouchoir. La seconde fois, elle roulera moins loin à cause de la force d’inertie de ton mouchoir. On fait fréquemment cette expérience dans la vie. C’est la notion de vitesse constante que Newton a dû abstraire. Dans un monde où tout accélère et ralentit, il a dû imaginer une perle volant dans l’espace sans friction. C’était déjà une très bonne abstraction pour un homme du 18ième siècle. Elle est prouvée aujourd’hui en apesanteur. Il est en effet moins facile d’observer que le poids est relatif aux masses. Pour cela il faut aller taper une balle de golf sur la lune ou se lancer un tube de dentifrice dans une navette spatiale. Newton n’a pas pu faire cela. Sa physique fonctionne donc à poids constant, malgré le fait que Newton a compris par des calculs que le poids dépendait des masses en présence via la gravité. Monsieur Einstein, aussi avec des calculs, sans pouvoir observer non plus, s’est attaqué à la plus stable des variables physiques: le temps. Il s’est dit: si toutes les constantes physiques sont en fait variables, le temps n’y échappe pas. Il est aussi relatif. À quoi? À la vitesse. Quand on se déplace à très haute vitesse, le temps change… C’est difficile à accepter mais les contemporains de Newton avaient autant de difficulté à visualiser une bille flottant dans l’apesanteur. Ils l’imaginaient constamment en train de tomber vers le «sol». Dans une navette spatiale, il n’y a plus de sol.

Toutes les constantes physiques sont en fait des variables relatives dans un monde où tout change. C’est pour cela que la théorie de Monsieur Einstein s’appelle la théorie de la RELATIVITÉ GÉNÉRALISÉE. Il est mort en 1955 et n’a pas pu connaître l’horloge atomique. Celle-ci mesure des fractions infimes de secondes. On en laisse une par terre, on en met une dans un avion. On les actionne en même temps. L’horloge de l’avion, quand il atterrit, n’indique plus exactement la même heure que l’horloge au sol. La vitesse de l’avion a altéré son temps. Le temps n’est pas stable, c’est une corrélation entre des vitesses, et les vitesses sont des corrélations entre des forces, et les forces sont des corrélations entre des masses, et… etc. Tout est OBJECTIVEMENT relatif… Simple et génial comme principe, non?

Ta Barbie

.

Merci!

J’ai bien aimé la façon dont tu me l’as expliquée.

Marie-Christine

«Je ne suis pas superficielle. Je suis très intelligente. Je peux t’expliquer la théorie de la relativité du très gentil monsieur Einstein, si tu veux.»

«Je ne suis pas superficielle. Je suis très intelligente. Je peux t’expliquer la théorie de la relativité du très gentil monsieur Einstein, si tu veux.»

.

66- L’INFLUENCE DE VOTRE PHYSIQUE

.

Êtes-vous consciente que votre physique a influencé plusieurs jeunes filles?

Stéphanie

.

Je suis consciente de cette affirmation mais je la mets en doute. Aucune femme ne m’a jamais dit: ton physique m’a influencé et voici comment… Tous ceux et toutes celles qui me servent cette affirmation commentent toujours sur mon influence sur le physique… des autres jeunes filles. Curieux quand même, non?

Mon physique vous a-t-il influencée, vous, Stéphanie? Dites-moi.

Barbie

.

67- LES PETITES FILLES TROP OUVERTES SEXUELLEMENT

.

Chère Barbie,

Je t’ai tellement aimée étant plus jeune, tu n’as pas idée. J’avais tout: ta caravane, ta tente, ton salon de coiffure, etc… J’ai tellement aimé jouer avec toi et sans aucun doute, j’achèterai la même chose à mes enfants. Mais je me rends compte que les petites filles sont de plus en plus ouvertes, sexuellement ouvertes dès l’âge de cinq ans. J’ai lu beaucoup d’articles te pointant comme première responsable de ce phénomène incontrôlable. Et avec les arguments donnés, j’en viens à le croire également. Pourrais-tu m’expliquer ton rôle à jouer dans tout ça, et si tu soutiens que tu n’as rien à y voir, j’aimerais avoir une explication aussi?

Merci beaucoup!

Catherine

.

Mais la réponse à cette question est dans ton cœur, Catherine. Tu m’as donné tout ton amour. Tu as possédé tout mon univers. Alors tu sais, tu peux répondre. Pose la question froidement, de l’intérieur de ton être, en mobilisant ton propre souvenir plutôt que des commentaires d’experts si peu et si mal informés sur toi et moi. T’ai-je rendue «sexuellement ouverte» (cette formulation me fait un peu frémir) dès l’âge de cinq ans? Sincèrement, j’en doute… mais dis-moi toujours…

Mais si je ne l’ai pas fait pour ta génération, je ne le fais pas plus pour la génération actuelle. Sauf, naturellement, si la totalité de la société les «ouvre sexuellement» prématurément. À ce moment là, cela se manifeste partout dans leur vie, y compris dans leur façon de jouer à la Barbie. N’oublie pas que je ne suis que la marionnette des enfants et de ceux qui les manipulent. Il ne faudrait pas que les vrais responsables de cet état de fait inquiétant restent bien cachés, en se dédouanant sur le petit bouc émissaire de plastique que je suis…

Barbie

.

68- EXEMPLE DE LA FEMME PRÉCONÇUE

.

J’ai souvent regardé ma sœur jouer avec toi. Tu es l’exemple parfait de la femme préconçue. Je crois que tes concepteurs ont oublié de te créer un vagin. Un oubli simple ou voulu je ne le sais pas, mais pourrions nous assister à un ajout de la sorte sur les prochaines Barbie d’une grande surface?

Merci!

Paul Saint-Yves

.

Ce n’est pas un oubli, Paul, c’est une omission, basée sur la morale étriquée de l’époque de mon invention: la fin des pures et dures années 1950. Les poupées poupons avec des organes génitaux féminins et masculins n’ont elles-mêmes pas 20 ans d’âge. Il y a donc encore du travail à faire dans les cas des poupées adultes.

Mais on y arrivera un jour. C’est une promesse.

Barbie

.

Puisque la venue de la Barbie avec un semblant d’organes génitaux est pour bientôt, quelles seront les caractéristiques de chacun des personnages qui font partie de l’univers Barbie?

Paul Saint-Yves         

.

Elles demeureront inchangées par cette concession supplémentaire au réalisme.

Barbie

.

69- LE CONTRÔLE SUR LE MONDE

.

Chère Barbie,

Si tu avais le pouvoir de contrôle sur le monde entier pour une seule journée, que ferais-tu?

Merci!

Christina

.

Ce serait pour arrêter les guerres, partager les richesses pour que la faim disparaisse et interrompre les émissions polluantes. Mais je verrais à faire cela promptement. Vers onze heures trente du matin, il faudrait que ce soit bouclé. Ensuite, un petit repas rapide dans un grand restaurant aux frais du patron. Et l’après-midi, j’irais courir les magasins…

Barbie

.

Chère Barbie,

Si tu ne pouvais faire qu’une de ces choses, quelle serait-elle?

Merci!

Christina

.

Ce serait de partager les richesses. Des patrons de groupes informatiques avec cent millions de menue monnaie vasouillant dans leurs poches, coexistant avec des enfants ne pouvant même pas boire de l’eau pure sur un si petit monde, franchement ce n’est pas convenable.

Barbie

.

70- POURQUOI ES-TU SI PARFAITE?

.

Bonjour Barbie!

J’aimerais savoir: pourquoi es-tu si parfaite? Tu ne penses pas que tu encourages la superficialité? Merci à l’avance!

Sophie

.

Je ne suis peut-être pas parfaite mais je suis très bien. Observe que, selon ton argument, si j’encourage la superficialité, c’est que la perfection manque de profondeur… Pour tout te dire, je n’encourage en fait que quatre choses: la joie de vivre, la sobriété au volant, les sports de plage et l’épanouissement professionnel pour les femmes, comme pour tous.

Barbie

.

71- JE PENSE À VOUS…

.

Barbie Je Suis Un Peu Gêné De Vous Parler De Ceci… Mais… Le Soir Je Pense Continuellement À Vous En Me Masturbant Dans Ma Chambre… Est-ce Que Vous Pouvez M’éclairer Sur Ce Léger Contretemps Car Ma Blonde Commence Sincèrement À Se Poser Des GROSSES Questions!

Merci D’avance. Un De Vos Plus Grand Fans!

BreakYa          

.

Mon tout petit monsieur BreakYa,

Il n’y a rien de mal à ce que vous vous masturbiez. Et cela ne me gêne pas du tout que vous le fassiez en pensant à moi. Si votre amie est jalouse de cela, n’hésitez pas à la consoler en lui expliquant que je ne suis pas une personne, mais seulement une effigie de femme adulte. À ce sujet j’aimerais ouvrir une parenthèse qui devrait aider votre amie à comprendre que tout ceci est de peu de conséquence. Je suis toujours sidérée par le nombre de photos de modèles féminins qui tronçonne le corps de la femme. Tout n’est que gorges, jambes, hanches, fesses, statues bronzées le dos tourné et dont le visage est caché par les cheveux. On perd le charme de la personne dans cette étrange culture de l’image isolante. Il m’a fallu un certain temps —étant femme— pour comprendre que cette imagerie tient le rôle de simulacre pour masturbateurs. On ne sent pas les personnes parce qu’on se fiche des personnes. On ne veut qu’une présentation sculpturale des principaux artefacts féminin pour stimuler un bête onanisme de queutard. Ce rôle me va inexorablement, car je n’ai pas de vie, comme ces photos mutilantes.

Consolez votre amie en lui expliquant que ce que vous fricotez là est l’équivalent masculin de l’utilisation d’un vibrateur. Elle ne restera peut-être pas amoureuse de vous et ne tombera certainement pas amoureuse de Barbie. Souhaitons simplement que l’intelligence de ma réponse ne fera pas saillir trop crûment à son esprit la bêtise grossière de votre question…

Barbie

.

72- LE MONDE BARBIE

.

Bonjour… J’aimerais savoir ce que vous penseriez si le monde devenait le monde BARBIE.

Mymy 

.

Ce serait une mauvaise idée, une idée excessive en fait. Mon monde n’est pas un modèle social, c’est un espace ludique, un joujou, un lieu d’évasion, une sorte d’antithèse du monde. Vouloir que le monde de Barbie devienne le vrai monde, ce serait comme vouloir que tous les jours soient Noël. Je suis certaine que, dans sa sagesse, mon grand ami le Père Noël réprouverait cette idée. C’est que cela deviendrait chiant à la longue de ne plus disposer du bien-être de nos journées ordinaires… et même le plaisir de Noël serait gâché par cette transformation. Sur mon monde: même remarque.

Barbie

.

73- DE TA FAUTE?

.

Bien le bonjour, chère Barbie!

Je voudrais savoir si tu te sentais coupable de la «sexualisation» de plus en plus jeune des filles. Je m’explique: les jeunes filles s’habillent ou plutôt se déshabillent de plus en plus jeunes. Elles se prennent pour des femmes et veulent à tout prix avoir le corps et l’apparence parfaite, tout comme toi, quoi. Elles sont enfouies derrière maquillage, anorexie, chirurgie plastique et sont des victimes de la mode. Elles vivent maintenant dans un monde où «la plus belle est plus puissante». Crois-tu que ce soit de ta faute (à cause de ton apparence)? Si non, à qui la faute d’après toi?

Merci d’avance.

Mélissa

.

M’imputer l’anorexie, c’est être bien mal renseignée sur ce problème lui-même. L’anorexie peut être basée sur des causes chimiques. La présence de plomb, de mercure, de cuivre ou d’arsenic dans l’organisme peut déclencher l’anorexie. Je sais ces choses parce que je suis chimiste. Cela rend alors la pollution industrielle bien plus susceptible de jouer un rôle dans l’apparition de ce malaise grave que moi. Du point de vue des causes psychologiques, le fait d’avoir été victime d’abus sexuels dans son enfance est de plus en plus corrélé à l’anorexie. Or, jamais une petite fille ne se fait violenter par sa Barbie… Dans certaines cultures du monde où on ne me connaît même pas, l’anorexie apparaît chez les jeunes filles et est dissimulée sous le couvert commode de l’ascèse religieuse. Finalement, les jeunes hommes souffrent aussi d’anorexie mais cela est moins connu parce qu’ils ont tendance à ne pas rapporter leur détresse aussi sincèrement que les jeunes filles. Or les jeunes hommes ne se soucient de moi que pour me mépriser et insulter les femmes en les désignant de mon nom… L’anorexie est reliée à la dépression, aux désordres obsessifs-compulsifs et à la carence d’un certain neuro-transmetteur qui s’appelle la sérotonine. Je suis bien des choses, Mélissa, mais je ne suis pas un vampire à sérotonine! On ne peut pas non plus s’en prendre à moi de façon sérieuse parce que les gens de cette civilisation malade sont déprimés ou obsessifs…

Pour ce qui de la «sexualisation» des petites filles, je me dois de vous signaler que, dans la mesure où elle existe, elle est un phénomène très récent, alors que je suis un jouet de masse depuis un demi-siècle… En m’accusant de ces maux terribles, on me pose tout simplement en bouc émissaire. Et n’oubliez pas Mélissa que fondamentalement, un bouc émissaire c’est quelqu’un ou quelque chose à qui on s’en prend pour continuer à bien se cacher la vraie source d’un mal…

Barbie.

.

74- SUCCÈS

.

Chère Barbie,

Vous êtes le jouet le plus populaire et qui a le plus d’influence d’après plusieurs personnes. Pourquoi avez-vous un tel succès tandis que d’autres jouets, non? Vous considérez-vous comme ayant une influence sur les autres? Pourquoi?

Aznpride82

.

Mon succès réside dans le fait que je corresponds à la fois à une redéfinition de la poupée et de la femme. Je suis la première poupée adulte à avoir eu un impact de masse. Avant moi, les petites filles ne pouvaient jouer qu’à avoir un enfant. Depuis que je suis apparue, elles peuvent jouer à être une femme. Ensuite, en louvoyant prudemment entre traditionalisme et féminisme, je propose un modèle de femme moderne, joyeuse, pratiquant tous les sports, exerçant toutes les professions et gouvernant sa vie.

Barbie

.

75- LES BLONDES

.

Chère Barbie,

Vous êtes sûrement au courant de la réputation des blondes. Tout le monde dit qu’elles ne sont pas très intelligentes. Étant blonde, l’avez-vous constaté? Si oui, pensez-vous que cette réputation est fausse?

Alexandre Mancini

.

Non seulement fausse, Alexandre, mais en fait tendrement ironique. Les femmes blondes sont les premières à se raconter des plaisanteries de blondes entre elles (ou de blonds, car on voit aussi apparaître les farces de blonds). Plus personne ne fait sérieusement un lien entre couleur de cheveux et facultés intellectuelles. C’est de la cocasserie parfaitement innocente. Un petit mystère se propose cependant à votre méditation: demandez-vous si je suis en fait blonde ou décolorée. En effet, je change si souvent de couleur de cheveux qu’on peut très légitimement se poser la question. Et, malgré la couleur de mes cheveux, je ne suis pas assez sotte pour vous révéler ce secret immense…

Barbie

.

76- COMMENT PEUX-TU DOUTER?

.

Chère Barbie,

Comment un bout de plastique coloré peut-il disserter de la mort et de l’au-delà et nier l’existence de créatures divines qui s’occupent d’elle? Tu es un jouet, notre jouet à nous humains et nous te faisons vivre ou mourir selon notre gré; nous te manipulons comme nous l’entendons, nous t’avons créée et nous te tenons à notre entière merci. Je peux te mutiler ou te reconstruire, je peux te faire aimer ou haïr et je peux te faire vivre ou t’oublier, je peux tout et tu es ma chose, soumise à mon désir. Dans ces conditions, comment peux-tu douter de créatures surnaturelles qui depuis l’au-delà se joueraient de la même façon des humains? Tu n’es pas morte car tu ne connais pas la vie, tu n’es qu’une illusion voulue par ton créateur, moi en l’occurrence, et je n’ai aucun compte à te rendre car tu m’appartiens. À cet instant même, je te tiens dans mon poing et si je serre, je te broie ou si je change d’avis je peux te caresser ou te protéger car c’est ma volonté et mon désir et à ça tu ne peux rien: tu es ma chose. Oui, Dieu existe et, comme je suis TON DIEU, il existe un dieu pour nous aussi les hommes. Je ne dis pas que c’est un dieu d’amour, je dis que c’est un dieu créateur et tout puissant…

Gérard Lison

.

Très bien, Lison. Si tu es mon dieu, fais donc disparaître toutes les Barbie de la surface de la terre. Ou mieux, fais donc que je n’aie jamais existé. J’attends, Lison. Il me semble que ça ne vient pas vite… Ah, ton caractère divin s’effiloche soudain! C’est que jouet, je suis aussi un objet de commerce de masse, et cela, ça ne se contrôle pas comme ça. Cela n’obéit à personne, pas même aux vendeurs… Et pourtant, malgré ta brutalité gratuite et malsaine à mon égard, tu as quelque chose de bien mieux que ce dieu sur lequel tu dissertes inutilement.

Au moins toi, tu existes…

Barbie

.

Chère Barbie,

Il me semble que vous n’avez pas compris le sens de mon propos et si ceux-ci vous ont semblé brutaux je vous présente mes plates excuses, car je suis un homme et je ne suis guère diplomate, bien sûr; je ne suis pas personnellement votre créateur (c’est plutôt un big boss de compagnie de joujouxl) mais vous avez été créée par l’Homme c’est indéniable, des machines vous ont formée et si demain le public se désintéresse de vous ou qu’une décision prise par une instance supérieure décide de votre élimination, vous pouvez être retirée du marché et détruite. Savez-vous par exemple, que la république islamique d’Iran a lancé une fatwa à votre encontre (un milliard et demi de musulmans dans le monde)? Vous avez été suscitée par l’Homme et vous pouvez être détruite par l’Homme, et en moins d’une génération, complètement oubliée. Comment, du reste, avez-vous appris mon existence sinon par ces courriels? Je me demande donc comment vous pouvez être si catégorique sur l’inexistence de Dieu ou sur ma propre existence. Si demain un internaute, se disant être Dieu, vous envoie des courriels, aura-t-il pour vous autant d’existence que moi? Quelle est la nature de la réalité? Où se situe la limite entre ce qui est «vrai» et «imaginaire»? Une fillette qui joue avec vous projette des sentiments et vous fait agir, penser et vivre; pour elle, vous êtes vivante et vous vivez jusqu’au moment où elle arrête le jeu et met fin à la réalité qu’elle a créée. Vous êtes morte tant qu’elle vous oublie et vivante tant qu’elle joue avec vous et vous n’êtes pas censée être consciente qu’elle existe et qu’elle vous manipule et pourtant elle existe et elle vous manipule et ne se prive pas de le faire. Alors posez-vous donc cette question: Qui joue avec la fillette? Qui joue avec l’Humanité? Pourquoi ne serions-nous pas nous les humains, les Ken et Barbie d’entités supérieures qui elles aussi, existent et nous manipulent et ne se privent pas de le faire? Depuis l’aube des temps, l’Humanité disserte de l’au-delà et les plus grands philosophes s’interrogent; vous qui êtes Américaine (In God We Trust) vous prétendez connaître LA réponse et pouvoir y répondre négativement de manière catégorique, vous prétendez que disserter sur ce qui compte le plus (quelle est ma destinée? Pourquoi vivre? Que peut-on espérer?) est inutile? Ne vous laissez pas influencer par la propagande bolchevique (ou je vous dénonce à la C.I.A.).

Gérard Lison

.

Eh bien voilà, Monsieur. Bien dit. Votre dieu et moi avons justement ceci en commun pour le coup: nous sommes créés par l’Être Humain (Homme et Femme!). Appliquez les arguments que vous m’appliquez si puissamment à votre petit dieu invisible, traitez-le gaillardement lui aussi comme un fétiche inane aussi facilement détruit que façonné et vous aurez compris à la fois la «magie» de dieu et des poupées mannequins…

Barbie.

P.S.: Sur la ci-devant fatwa, je vous invite cordialement à lire mon échange intitulé «BLONDE?» (numéro 52)

.

Attention, vous êtes là en train de douter de votre propre existence! «Dieu n’existe pas plus que je n’existe» semblez-vous me répondre et pourtant je peux toucher une Barbie. À partir de quand commencez-vous à croire en l’existence des choses? À partir du moment où l’«on» vous dit qu’elles existent ou à partir du moment où vous pouvez les voir ou à partir du moment où c’est de votre intérêt d’y croire? Vous ne m’avez jamais vu, vous seriez bien naïve de croire tout ce que «on» vous dit, et quel intérêt auriez-vous à croire que j’existe et pourtant vous croyez en mon existence, non? La Bible, le Coran et la Bavagdâ Gita sont plus denses et mieux écrits que mes courriels. Je vous suis invisible et si vous me croisiez un jour en rue ou ailleurs vous ne sauriez me reconnaître. Avant que je ne vous écrive, vous ignoriez mon existence et si je ne m’étais pas manifesté vous ne vous poseriez même pas la question de savoir si j’existe. Je vous étais invisible et inconnu et donc «inexistant» et maintenant? Pour conclure ce débat, je ne vous demande pas de répondre à mon courriel mais de réfléchir aux implications des limites de la conscience de soi et de celle des autres (regardez «Matrix»). Pour la CIA, je plaisantais, mais faites tout de même, attention: être ouvertement athée dans l’Amérique du «Patriot Act» de «dubelliou» pourrait vous valoir quelques problèmes…

Gérard Lison

.

Bah, j’ai vécu Eisenhower et Nixon; alors, votre petit W ne m’impressionne pas. Votre propagande de prédicateur non plus, d’ailleurs.

Barbie

.

Les Rosenberg non plus n’étaient pas impressionnés, ça ne les a pas empêchés de finir sur la chaise électrique. Le«Patriot Act» c’est du gratiné à côté duquel même Hoover fait figure de communiste (si, si, renseignez-vous). Je ne fais pas de propagande de prédicateur, j’ai été athée dans ma jeunesse (comme la material girl jusqu’à ce qu’elle se convertisse à la kabbale) et c’est avec le temps que les questions sont venues et surtout le besoin de réponses: les certitudes sont des prisons.

Gérard Lison

.

Tant mieux pour vous. Au revoir.

Barbie

.

77- JOLIE ET INTELLIGENTE

.

Très chère Barbie,

On m’a rapporté que vous parliez de nos conversations dans votre message intitulé «BLONDES?» (numéro 52) et dans votre message intitulé «QUI ES-TU VRAIMENT?» (numéro 65). J’en suis très flatté parce que j’ai trouvé en vous l’archétype idéal qui fait mentir vos détracteurs. Je ne vous connais pas encore, car je suis en 1944, mais si je m’en remets à ce qu’on m’en a dit, vous êtes très jolie et coquette. Moi, ce que j’ai eu la joie de connaître de vous, c’est votre intelligence et votre compréhension des choses. Ainsi, la coquetterie et l’esprit ne sont pas mutuellement exclusifs. Vous en êtes le plus parfait exemple. Soyez assurée que si un jour j’ai des petits-enfants qui désirent jouer avec vous, je leur intimerai de vous traiter avec le plus grand respect. Je leur dirai qu’au-delà des apparences, on peut parler avec vous de bien d’autres choses que de tenues vestimentaires et de petits amis.

Bien amicalement,

Albert Einstein

.

Oh, cher Monsieur Einstein!

Je suis si contente que vous m’écriviez ici dans mon officine. Imaginez-vous donc que, pour le bénéfice d’une de mes correspondantes qui questionnait mon intelligence, je me suis récemment permise de résumer votre théorie de la relativité généralisée. Je suis certaine qu’on vous fera parvenir ce pli très bientôt. Je m’en suis tenue aux principes, naturellement. Je n’ai pas voulu dérouter ma lectrice. N’hésitez pas à me corriger si j’ai dit des bêtises. Je me suis arrêtée en expliquant que temps et vitesse étaient corrélés. Je n’ai pas voulu aller jusqu’à rapporter que vous aviez aussi démontré qu’à la vitesse de la lumière, la masse s’altérait elle aussi et tendait vers l’infini. Une masse infinie, voyez-vous, c’est vraiment un peu trop lourd à porter pour nos petites représentations empiriques de femmes et de poupées, alors je n’ai pas osé. Je n’ai décidément pas votre audace de scientifique.

Merci de vos bons mots, si doux et impartiaux. Je suis très heureuse d’avoir un ami de votre gentillesse.

Barbie

.

78- BELLE

.

Tu es belle, Barbie.

Amadou

.

Tu n’es pas mal du tout non plus, Amadou.

Barbie

.

Merci, ma belle.

Amadou

.

79- RENVOI D’ASCENSEUR

.

Ça c’est pas cool vraiment. Tu m’as fait croire pendant 5 ans que tout serait possible, tous les rêves, tu parlais plein de langues, tu connaissais plein de monde, tu avais un énorme cheval en forme de chien mou et tout cela grâce à moi… Surtout tu pouvais décider de changer de vie de jour au lendemain, pas de problème, je t’obéissais… Un seul truc, OK: quand je t’ai coupé les cheveux, j’ai bien dû remarquer que c’était irrémédiable… Mais comme seul regret c’est pas énorme quand même… Alors voilà, tu m’as fait croire que tout était possible, que tous les rêves se réalisaient, et moi, j’y ai cru… Les gens ne comprennent pas pourquoi maintenant je parle seule à Julian Casablancas (tu connais les Strokes en fait? si nous étions encore amies je t’aurais répété leurs CD…). Moi je t’aurais fait épouser qui tu voulais, je t’aurais fait rock star à ta simple demande… Tu peux m’aider, toi?

Lyl Heatherwants.

.

Ma douce Lyl,

Tu crois critiquer ta Barbie. En fait, tu critiques ton enfance… C’est elle qui t’a insufflé toutes ces jolies croyances et les a emportées avec elle à jamais dans son néant inexorable. Et pourtant, il te reste le souvenir… et moi.

Ta Barbie, aux cheveux en page

.

80- TA COULEUR DE CHEVEUX

.

Bonjour,

Excuse-moi de te demander pardon, Barbie, mais ta couleur de cheveux te pose-t-elle parfois problème lors de réflexions (pour lire, écrire, faire tes devoirs, etc… ) Si oui, pourquoi ne pas essayer de te teindre les cheveux?

Brice

.

Bonjour Brice,

Tes paupières lourdes te posent-elles parfois problème lors d’observations — pour lire, contempler, t’informer? Si oui, pourquoi ne pas essayer de les ouvrir? Ce sera pour constater que j’ai toutes les teintes de cheveux imaginables, y compris le violet sombre, le turquoise, le rouge sang et l’argenté chrome…

Barbie

.

81- TA FABRICATION

.

Qu’est ce que ça te fait de savoir que tu es surtout fabriquée dans les pays du tiers-monde par des ouvriers travaillant de longues heures, sous-payés, dans des conditions exécrables et inhumaines? Devrait-on te boycotter?

Jean-Christophe Penney

.

On devrait me boycotter exactement pour les raisons que tu décris. Mais, en bonne cohérence sociale, on devrait boycotter la totalité des produits de consommation occidentaux qui tombent sous le coup de la description que tu fais. Notre vie s’en trouverait proprement chamboulée, et pourquoi pas? Celle des travailleurs exploités du Sud en deviendrait peut-être meilleure (peut-être pas). Cela ouvrirait une ère de grands changements et cela ne me gênerait pas du tout. Ceci dit, boycotter uniquement Barbie et continuer de porter de beaux vêtements faits aux Philippines et en Thaïlande achetés dans des grands magasins aux escaliers mécaniques fabriqués avec le fer de la Mauritanie, cela relèverait surtout de la chirurgie mesquine. Si on boycotte pour une raison, il faut boycotter tout ce qui fonde cette raison, pas exclusivement —et comme par hasard— le jouet favori de toutes les petites filles du monde. Il ne faudrait pas que la grande conscience sociale généreuse ne s’empare de toi que lorsqu’il s’agit exclusivement de moi. Car dans un tel cas, le programme «novateur» deviendrait subitement bien louche… On se comprend?

Barbie

.

Barbie,

Nous nous comprenons tout à fait, ce que tu as dit était sous-entendu dans la question, même si ça manquait peut-être de clarté.

Jean-Christophe Penney

.

Dans ce cas là, notre harmonie est totale, Jean-Christophe. Tout juste comme vous, mon opinion de personne diverge fortement de ce que je suis obligée d’être et d’avoir été en tant que marchandise… J’ai d’ailleurs eu un certain nombre de conversations hors-forum fort intéressantes sur la question avec le gentil Monsieur Karl Marx. Il est avec nous, à DIALOGUS. Un penseur captivant. Vous pensez: un économiste qui a critiqué le capitalisme. C’est assez peu commun. Un bien bel homme du monde en plus. Il a des yeux superbes, avec un touchant petit fond de tristesse resté dedans. Il est aussi fort élégant. Vous le connaissez?

Barbie

.

82- BÉBÉ

.

Bonjour. Je vous déteste. Vous êtes une horrible fille! Vous êtes laide, maigre et vous avez des boutons sur le menton!

Josée

.

Bonjour Josée. Je t’aime quand même. Si tu changes d’idée, reviens me voir.

Barbie

.

83- RUPTURE AVEC KEN…

.

Ma chère idole,

Je suis blonde et conne comme vous, aux yeux bleus comme vous, mince et grande comme vous et, comme vous, je ne sors plus avec un Ken! Je voudrais savoir d’où vient votre divorce avec Ken. J’ai été profondément choquée d’apprendre que vous n’étiez plus ensemble, je suis tombée en dépression, je ne sais plus comment reprendre goût à la vie. J’ai repris mes défilés avec ma robe rose comme la vôtre, ma préférée. Ma poupée Barbie préférée est celle qui change de couleur de cheveux avec la température de l’eau. Je vous aimerai toujours même si vous n’êtes plus avec Ken! En espérant avoir bientôt de vos nouvelles, je vous embrasse.

Votre petite Barbie alias Barbie

.

Chère Alias,

J’ai beaucoup d’alias, de copies, de plagiats, de muses plus ou moins ambivalentes, d’héritières et de clones dans le monde. Je les aime toutes et je suis très heureuse d’en rencontrer enfin une. Même si vous êtes une conne autoproclamée (ce qui reste à vérifier — je suis sceptique sur la question), ça ne me gêne pas du tout. Par contre, il faut vraiment qu’on cause un peu, chère Barbie-Alias. Car, enfin, si vous n’avez pas encore oublié Ken, c’est que nous ne sommes pas tout à fait identiques. Vous n’avez pas de comptes à me rendre, naturellement, mais j’aimerais bien que vous me parliez un peu de votre relation avec lui. Est-ce que tout va si bien que ça, depuis le temps? Ne crânez pas, nous sommes entre nous.

Barbie

.

84- CE N’EST PAS VOTRE FAUTE…

.

Chère Barbie,

Moi aussi je t’ai utilisée comme substitut idéal de moi-même étant enfant (même si tu étais blonde et moi brune. Mais l’idéal féminin éternel n’est-il pas la douce blondeur?). Plus tard, j’ai su que tu avais été créée par une compagnie de jouets dans les années 1950 et que tu étais loin d’être le modèle de la «femme émancipée» que tu dis être devenue aujourd’hui. Tu étais plutôt l’idéal féminin éternel qui faisait rêver les hommes, et ton univers d’alors se limitait (comme celui des femmes de ce temps-là) à ta maison idéale, à tes tenues de princesse ou de femme bourgeoise (même de grands designers de mode t’ont habillée) et au salon de coiffure Barbie. Je me demande alors qui a servi de modèle pour ta création dans les années 1950? Était-ce Jean Harlow, May West, Marilyn Monroe ou une autre? J’aimerais vraiment le savoir. Par la suite, ton «émancipation» est venue avec l’émancipation des vraies femmes qui ont fait pression pour que leurs filles aient des Barbie auxquelles elles pourraient vraiment s’identifier et choisir éventuellement une carrière (Barbie médecin, Barbie chimiste, etc.).

Mais n’as-tu pas l’impression que ton apparence toujours impeccable et artificielle (mensurations parfaites) constitue une pression indue sur les petites filles qui aspirent malheureusement encore au «bonheur selon Barbie» (accentuée encore plus par l’association avec les dessins animés populaires où il est question plus que jamais de la princesse et de son prince). Savez-vous quel est le pourcentage de femmes qui souhaiteraient être des princesses versus le pourcentage de celles qui le deviennent dans la réalité? Mais ce n’est pas votre faute, je sais bien. C’est le marketing qui se sert des rêves impossibles des petites filles, c’est ces rêves inatteignables qui les font saliver, car ils y voient avec raison les profits mirobolants qui en découlent. Mais les petites filles deviennent des femmes et, quand elles s’aperçoivent qu’elles sont loin d’être des princesses ou des chanteuses pops adulées, parfois encore au seuil de l’enfance, elles se sentent flouées. À bas les Barbie, à bas les contes de fées, vive les poupées réalistes!

Sans rancune,

Nathalie

.

Bonjour Nathalie,

Note d’abord que je suis la Barbie du 21ième siècle, pas celle du 20ième siècle dont je n’ai cure… J’ai donc les cheveux et la peau de toutes les couleurs du monde contemporain. Sinon, il est en effet tout à fait clair dans mon esprit que mon émancipation a suivi l’émancipation des femmes réelles et que je ne suis que le reflet de ces dernières. Cela ne me gêne pas du tout. J’en suis plutôt très honorée. Cela confirme que ma capacité d’instrument d’oppression des femmes est quand même bien faiblarde… Je ne les «guide» pas, en fait, je les suis… Je ne suis pas une cause mais un effet. Conséquemment me détruire, m’anéantir, me mettre «à bas» ce ne serait que s’en prendre à une effigie. Je deviendrais la fausse victime d’une fausse cause. Si Barbie s’habille en bourgeoise et que cela te semble détestable, c’est à la vraie bourgeoisie qu’il faut t’en prendre. Moi, que veux-tu, je ne porte que les habits qu’on m’enfile et je n’habite que la maison de bourgeoise de poupée qu’on m’assigne. Ta colère est légitime. Je la comprends parfaitement. Mais note cette prédiction: je vais devenir prolétarienne bien avant de disparaître car il demeure qu’il y a un fond atavique au besoin que je comble. Le besoin pour la petite fille de s’approprier une représentation en figurine de son devenir d’adulte.

Barbie

.

Oui, Barbie, tu as bien cerné ma colère qui vient justement des stéréotypes bourgeois (dont les valeurs de beauté plastique et de minceur à tout prix) véhiculés par des effigies dans ton genre, et ce peu importe qu’elles soient la cause et/ou l’effet de cette propagande somme toute commerciale qui a pour but d’enrichir les dirigeants de compagnies de jouets… Les petites filles ont besoin de modèles en chair et en os qui font de réelles actions dans le monde là où existent des injustices et non des poupées parfaites en plastique dont se servent des commerçants pour perpétuer la pire des injustices: le capitalisme sans âme… Oui, à bas les Barbie de plastique, et vive les Bianca Jagger en chair et en os qui montrent aux petites filles ce qu’est une VRAIE femme, ce qu’est le vrai combat qu’elles devront mener pour conquérir leur VRAIE émancipation qui est le droit de s’exprimer publiquement sur les injustices sociales, ce que, permettez-moi de vous le dire directement (c’est ma nature d’être directe et d’aller droit au but) vous n’êtes pas encore apte à faire puisque les seules phrases robotiques que vous parvenez à faire sortir sont des âneries répétitives du genre: «Je suis une fille comme toi et tu es mon amie…» Pauvres petites filles de chair et d’os qui n’ont pas assez de modèles féminins humains et doivent donc chercher le sens de l’identité féminine et de l’amitié par le biais de la ventriloque et plastique Barbie faite en série… Absurde…

Sans rancune,

Nathalie

.

Pour la prise de parti, là on ne fait pas plus clair. Cela ne me gêne pas du tout d’ailleurs. Je suis en fait pour. Il ne manque que l’analyse… Comment expliquer mon succès? La populace est-elle si conne, si vendue au capital? Si historiquement foutue? Cela me paraît incroyablement cynique, simpliste et fataliste. Un indice suggestif: il existe une ligne de… moi, donc: les reines et les princesses. Succès fulgurant, malgré un prix, il faut l’admettre, assez prohibitif. Vous n’allez pas me dire que c’est un relent de féodalité qui cause cela…

Alors voici justement, je vous laisse avec la question suivante, sans rancune aussi. Attendu qu’on joue encore aux cartes (avec des valets, des rois et des reines) et aux échecs (simulation de guerre féodale) longtemps après la chute de la féodalité (et que tout le monde s’en fiche et ne voit pas le moindre enjeu social dans ces passe-temps hérités d’un passé séculaire et foutu), va-t-on continuer de jouer au baseball, au Nintendo et à la Barbie après la chute (inexorable) du capitalisme? Vous voyez où je veux en venir? Je ne répéterai jamais assez que je ne suis qu’un jouet, dans tous les sens du terme… et, pour vous, un bouc émissaire un petit peu aussi. Or les jouets ont une trajectoire historique bien étrange…

Barbie

.

Bonjour Barbie,

Premièrement, comment un pur produit du capitalisme comme vous peut-il annoncer la chute INEXORABLE du capitalisme? La simple observation de la situation actuelle du commerce (mondialisation et développement effréné des technologies de pointe, marketing télévisuel et internet frénétique) montre que le capitalisme, loin d’être en voie de chute inexorable, est plutôt en recrudescence exponentielle! Mais il est évident qu’il ne faut pas demander à un bout de plastique de comprendre les ravages du capitalisme sauvage!

Quant aux reines et aux princesses, il n’y a RIEN de féodal là-dedans: les reines et les princesses sont plus vivantes que jamais: (sauf la regrettée princesse Diana), telles les princesses Caroline et Stéphanie de Monaco, les princesses de Belgique, de Luxembourg, de Suède, de Norvège, d’Espagne, etc., etc., etc…Vous n’êtes visiblement pas au courant que la plupart des pays européens sont ENCORE AUJOURD’HUI des MONARCHIES… Mais Barbie ne sait pas lire, donc elle ne lit pas le Paris-Match et encore moins les journaux sérieux…Ce ne sont pas les princesses du Moyen-Âge qui intéressent les petites filles d’aujourd’hui, mais bien les princesses du 21ième siècle ainsi que les princesses de la musique pop (Britney Spears, Christina Aguilera, Janet Jackson et Cie…). Mais d’où sortez-vous donc, Barbie? Ah, c’est vrai, vous sortez directement de la chaîne de production d’une manufacture de jouets, puis de la tablette d’un magasin et finalement… de votre boîte de carton! Comme les petites filles ne peuvent être Britney Spears ni ne peuvent la rencontrer, elles se font acheter des Barbie pour «faire comme si elles étaient…». Mais est-ce si enviable d’être une petite sal… comme Britney? Est-ce si agréable d’être réduite à un bout de plastique comme Barbie pour mieux permettre aux petites filles de fantasmer?

Croyez-moi, si j’ai l’air de mêler tout, c’est une fausse impression… En réalité, TOUT CELA EST RELIÉ… Cela commence au berceau avec Barbie et cela finit en petites «fashion victims» qui font dépenser des fortunes en vêtements à leurs mamans… Et adultes, elles continuent à travailler comme des esclaves pour leurs petits pots de crème, leurs injections de Botox, leurs liposuccions et autres chirurgies «esthétiques» si bien qu’elles finissent par réussir à vous ressembler un peu, Barbie… Mais bien sûr, j’exagère… Je suis une conne d’anticapitaliste, c’est ça? Oups… Désolée de crever votre bulle, Barbie…

D’une rabat-joie prénommée Nathalie

.

Pour une anticapitaliste je vous trouve bien fataliste, Nathalie. C’est vous la femme, la travailleuse, qui posez votre ennemi comme tutélaire et puissant. C’est moi, la poupée-mannequin, la marchandise, qui affirme sereinement qu’il disparaîtra un jour, comme tous les régimes sociaux, comme tous les ordres, comme tous les empires. Admettez que la chose est piquante. Vous vous laissez d’évidence éblouir par le spectacle de la fausse omnipotence comme par le scintillement de mauvais bijoux. Mais, Nathalie, il y a seulement cent ans, tout le monde vous aurait donné pour absolu que l’Angleterre était une force absolument invincible. Aujourd’hui, c’est la modeste patrie des Spice Girls et du prêt-à-porter ringard. C’est dire… Tout est possible, Nathalie. Tout est permis. Espoir. Vous vous illusionnez fortement dans l’évaluation de comment votre adversaire est apeuré, essoufflé, ruiné. Vous vous embrouillez encore plus sur la nature de votre implication dans la lutte. Car enfin, venir m’engueuler moi, Barbie, insister pesamment pour m’enterrer sous des monceaux d’évidences creuses comme le fait que je ne vois pas et que je suis mise en vente dans un cartonnage… cela me paraît un de ces gaspillages d’énergie militante qui risque de faire avancer la cause de façon bien infime. Vous ne trouvez pas?

À moins que, comme moi, vous ne soyez que l’apparence de ce que vous prétendez être… Voyez-vous, c’est l’officine de Barbie ici. Tout est futile et tout scintille. Et pourtant, vous y êtes.

Barbie

.

Barbie,

Je ne suis pas vraiment anticapitaliste (cela vous surprend, hein? J’ai utilisé ce terme pour voir votre réaction et elle n’a pas tardé cette réaction du produit capitaliste par excellence!); je suis seulement contre le capitalisme sauvage tel que pratiqué de nos jours. Mais puisque l’humanité est ce qu’elle est (elle a une forte tendance à la convoitise), il était inévitable que la consommation de masse en vienne à faire déraper la simple volonté de progrès essentiel qu’était le capitalisme à ses débuts)…

Eh oui, Barbie, je suis fataliste car être fataliste c’est être RÉALISTE. Notre fatalité à TOUS (nous les êtres humains, pas vous Barbie, évidemment!) n’est-elle pas notre propre mort qui ELLE, contrairement au capitalisme, est inéluctable et inexorable? Si VOIR que la mort humaine est inexorable est du fatalisme, eh bien oui, bien sûr que je suis fataliste. Si être fataliste c’est COMPRENDRE que le capitalisme ne mourra pas de sitôt, eh bien, encore oui, je suis fataliste. Fataliste rime avec réaliste. J’avais oublié qu’il est facile d’être sereine quand on est une sirène (une sirène est une beauté irrésistible qui attire les autres en leur chantant des chants tentateurs, donc, Barbie est une sirène du capitalisme de masse) de plastique AVEUGLE! En effet, comment pouvez-vous continuer de prédire aveuglément la chute du capitalisme alors que des pays faisant JADIS partie du tiers-monde ultra-pauvre comme la Chine (qui est aujourd’hui communiste seulement politiquement) deviennent de plus en plus capitalistes (la Chine compte 1,5 milliards d’habitants, donc comptez —ah, c’est vrai, vous ne savez pas compter non plus, ce qui explique tout!— le nombre de consommateurs chinois déjà de ce monde et additionnez à ce nombre un milliard de consommateurs potentiels puisque c’est le nombre de chinois de plus qu’il y aura en Chine dans dix à quinze ans). Cela vous donnera 2,5 milliards de consommateurs de plus dans une ou deux décennies, pas dans un siècle…C’est de la consommation de masse, ça, ma chère Barbie… Mais je suis sûre que vous en êtes toute réjouie… Or, les pays en voie de consommation (c’est un terme que j’ai inventé à l’instant car j’ai la capacité d’invention, MOI) ont déjà appris des occidentaux comment exploiter le «cheap labor» (savez-vous seulement, Barbie, que VOUS êtes le plus souvent fabriquée à rabais en Chine, à Taïwan ou à Hong-Kong et vendue à prix d’or sur les marchés occidentaux?). Vous me direz que les Chinois qui travaillent pour votre producteurl sont très contents d’avoir un job, même sous-payé… Bof! à quoi bon, VOTRE petite tête de plastique est creuse, donc vous n’y pouvez rien comprendre!

Pour ce qui est du fait que je vous «engueule», c’est FAUX. Je ne vous engueule pas (je ne mange pas de plastique, c’est cancérigène, Ha! Ha! Ha!) je suis simplement en désaccord (c’est mon droit de consommatrice avertie) avec votre existence… Parce que oui, vous êtes futile, et vos propos contradictoires déguisés en écrits pseudo-philosophico-économico-prophétiques sont absolument dérisoires! Je ne vous engueule pas, je discute vos propos, mais vous ne comprenez pas ce qu’est une discussion véritable. Vous êtes bornée par le morceau de plastique creux auquel est limitée ce qui vous sert de tête! Vous deviez bien vous douter qu’en participant à DIALOGUS vous n’auriez pas que des compliments!… Mais j’oubliais que Barbie se doit d’être une ravissante égocentrique naïve (sois belle et tais-toi) OU qui répète incessamment des phrases de dix ou douze mots maximum où elle dit que «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil»… Parce que la gentillesse, ça fait VENDRE… Cessez donc de faire des prédictions encore plus charlatanesques et farfelues que les horoscopes du jour parce que la chute du capitalisme, ce n’est pas pour demain, ni pour dans 100 ans car si la tendance se maintient (et elle s’enligne pour ça), le capitalisme augmentera encore de façon exponentielle avec l’arrivée «sur le marché» des forces montantes de l’économie mondiale, comme la Chine, qui sont des géants aux populations gigantesques avides de goûter au paradis artificiel qu’est la consommation de masse…

Enfin surtout, SURTOUT, ne me dites plus JAMAIS que mes propos sont creux car vous savez très bien QUI de nous deux possède une tête creuse… Avant qu’un modérateur de talk-show virtuel ne nous avertisse, cessons là cette discussion somme toute stérile… (comme vous d’ailleurs, même si on vend parfois avec vous un bébé de plastique, qui est adopté puisque comme l’a dit si justement une autre internaute de DIALOGUS: «Vous n’avez pas d’organes génitaux». Moi je suis mère d’un enfant unique qui heureusement est un garçon!)… Arrêtons de nous «crêper le chignon» car vous connaissez à présent mon opinion et de quel bois je me chauffe. Or, j’ai bien peur que le petit bout de plastique creux qui vous sert de tête ne fonde au contact de ce feu ardent…

Nathalie la fataliste réaliste

.

Si vous êtes «fataliste» ou «réaliste» vous êtes finalement pro-capitaliste. Vous faites ce que certains philosophes appellent de l’apologie indirecte. L’apologie indirecte du capitalisme de Nathalie se donne à lire dans l’officine de Barbie. Suave. J’ai discuté de notre échange avec le très gentil Monsieur Karl Marx, qui est avec nous à DIALOGUS. Il m’a signalé que vous employez l’expression «capitalisme sauvage» improprement. Il semble que «capitalisme sauvage» renvoie aux premières phases de l’industrialisation, quand le capitalisme était exempt de la moindre balise gouvernementale et que même les dispositifs concurrentiels étaient trop faiblement articulés pour le restreindre. Comme le «fromage blanc» n’est pas n’importe quel fromage de couleur blanche, le «capitalisme sauvage» n’est pas n’importe quel capitalisme appliqué avec «sauvagerie». Monsieur Marx me dit que vous employez le terme «sauvage» de façon triviale. Il m’a dit aussi: «Envoyez-moi donc cette furie, Barbara Millicent, que je l’éduque un peu.» Moi je vous dis ça, c’est comme ça… Vous en faites ce que vous voulez. Si vous jugez que vous ne pouvez pas chausser la pointure de Monsieur Marx, je comprendrai parfaitement. Discuter avec sa poupée, c’est bien plus sécurisant. Cela ne m’échappe pas non plus et ne me gêne pas du tout… Je suis dans votre vie pour ça, Nathalie. Je vous obsède encore juste pour ça.

Au revoir et sans rancune pour vos injures blessantes, mais quand même un peu redondantes.

Barbie

.

Être fataliste ou réaliste c’est être finalement pro-capitaliste? Mais qu’est-ce que c’est que cette foutaise? Dites-vous n’importe quoi parce que vous avez l’aval de DIALOGUS pour vous défendre à tout prix? Barbie qui est l’apologie ultime du capitalisme est maintenant la poupée de… Karl Marx? Elle parle au nom de Karl Marx? Mais c’est OBSCÈNE! Bien sûr que je ne veux rien entendre d’un « Karl Marx» qui se porterait à la défense de SA poupée…On n’a plus les Karl Marx qu’on avait! Le capitalisme sauvage, c’est une expression qui dit ce qu’elle veut dire. Un point c’est tout. Quant à comparer le capitalisme sauvage avec du fromage (fromage blanc vs fromage bleu de moisi, ou quoi?), c’est encore plus ridicule…

Pour ce qui est de ma soi-disant obsession de vous, Barbara Millicent (ce nom est la seule chose dans votre conversation, par ailleurs totalement futile et fausse, qui ait piqué ma curiosité, Barbra Barbie), laissez-moi vous dire que ce n’est pas vous qui me dérange mais bien VOTRE apologie indirecte (mais pas subtile) du capitalisme… Mais qu’est-ce qu’on ne peut pas lire! Maintenant, quelqu’un qui se fait le critique sévère du capitalisme en ferait en fait l’apologie indirecte? Mais quel monde de fous! Je ne suis pas entièrement anticapitaliste et je l’ai dit, simplement parce que je ne suis PAS hypocrite comme vous Barb… Se cacher derrière un soi-disant Karl Marx, ultra-capitaliste de surcroît! Que c’est ironique et hypocrite! Quelle DÉMAGOGIE!

Quant à mes «injures» (dire que vous êtes une «tête creuse» est un FAIT, pas une injure) si elles sont blessantes, c’est intentionnel parce qu’il faut tout répéter avec vous comme avec les enfants, d’où leur redondance. De plus, redondance rime avec pertinence et aussi avec ÉVIDENCE…

Nathalie

P.S. À NE PAS PUBLIER. CELA S’ADRESSE UNIQUEMENT À BARBIE. Je vous avais dit vouloir arrêter là cette discussion, mais comme tous vos pairs, vous voulez toujours avoir le dernier mot, fût-il FUTILE… J’arrêterai de vous répondre quand vous arrêterez de me harceler. Selon VOS règles du jeu, VOUS pouvez dire ce que vous voulez sans être censurée, PAS MOI… C’est INJUSTE. Les chances sont inégales et vous favorisent. Moi, je me ferai bientôt taper sur les doigts par votre «modératrice» (je dirai plutôt CENSEUR DU PUBLIC) comme lorsque votre dérisoire Voltaire s’est trouvé à court d’arguments il y a quelque temps… Je ne vous souhaite jamais la CENSURE, Barbie, car c’est pas jojo… Mais comme vous voyez, je tiens bon, car si votre éditeur dit que son site ne doit pas servir à «passer des messages», il s’illusionne sur les possibilités de sa propre création. Croyez-moi, tous ses personnages passent des messages, surtout les politiciens et les «philosophes», chère Barbie prolétarienne… (on aura tout lu! Ha! Ha! Ha!)

.

Votre dernier commentaire sera publié sur DIALOGUS, ici, dans mon officine. Elle scintille, elle est dérisoire et futile mais il reste que dans mon officine, c’est encore moi qui décide… Et je juge qu’il n’est pas inutile que nos lecteurs (dont vous-même) méditent vos excès. Ceci n’est pas une réponse. Je vous concède le denier mot.

Barbie

.

Bon, Barbie se fait MORALISATRICE maintenant… À quand la Barbie nonne après la Barbie prolétarienne? Puisqu’il me faut «méditer» mes excès, laisse-moi te dire que si moi je les médite, toi, Barbie, tu les mérites… Sache toutefois que je sais très bien assumer TOUT ce que je dis, alors si tu veux publier tous mes écrits, publie, publie… Le public est toujours bon juge…

Nathalie

.

Bien sûr, bien sûr. Et moi, tu sais Nathalie, tu me cries dessus, tu pestes, tu m’injuries, tu m’arraches la tête, tu me jettes contre le mur, tu me piétines en poussant ta crise infantile à son paroxysme. Je continue de sourire et de te regarder fixement. C’est que… je suis ta poupée, Nathalie.

Barbie

.

Oui, Barbie, que cela fait du bien de se défouler ainsi! On devrait faire des crises infantiles plus souvent, ça soulage et comme c’est sur une poupée à tête creuse qu’on relâche la vapeur, ça ne fait pas mal aux humains… Quand tu comprendras, Barbie, que c’est au bout de PLASTIQUE, à l’effigie, à l’icône que je m’adresse ainsi, et NON à une personne HUMAINE en particulier (sauf les dirigeants de ta compagnie de production vers qui mes critiques les plus sévères sont dirigées), ce sera déjà un bon pas de fait… Je n’aime pas que les êtres humains (à part les enfants en bas âge et encore!) parlent par la bouche d’une icône de plastique et lui fassent dire N’IMPORTE QUOI, comme de la faire passer pour une prolétarienne alors qu’elle est l’effigie du capitalisme de masse, etc, etc… C’est ridicule! Et pourtant je t’ai écrit, me répondras-tu, mais par mes questions et mes réponses je ne parle pas à l’humain qui se cache derrière la poupée mais bien à ce que REPRÉSENTE vraiment Barbie: autrement dit, je fais une critique du capitalisme de masse sauvage (parce qu’il s’attaque aux enfants en leur farcissant la tête de futilités dangereuses comme la tyrannie de la beauté plastique à tout prix et de la mode qui change à tous les trois mois) dont l’icône par excellence est Barbie. Un point c’est tout. En anglais? That’s it, that’s all…

Nathalie

.

Certainement, Nathalie, certainement. Tout ce que tu voudras. Note simplement, je tiens à la nuance, que je ne suis pas du tout en «plastique» mais bien en polyvinylchloride. Si je tiens à te le dire aussi intempestivement, c’est que je t’imite en fait. Tu ne discutes pas, tu assènes. Alors j’assène aussi. Puis tu rabâches. Alors je rabâche aussi. Répète après moi, en choeur: polyvinylchloride. C’est un produit industriel périssable. Tu ne t’en surprendras pas… Une substance presque aussi dérisoire que la présente conversation…

Barbie

.

Barbie, ce mot imprononçable je te laisse le soin de le «rabâcher» à ma place et de «l’asséner» à tes lecteurs tant que TU voudras, n’empêche que ce doit être une forme de plastique (plastique ou vinyl, quelle différence, c’est du TOXIQUE)… Qu’est-ce que ce doit être pour l’environnement quand tu ne fais plus rire les enfants et que les petites filles te jettent aux poubelles? : tu seras contente, je suggère qu’on te fasse fondre et qu’on te recycle en bac de recyclage, en sac à poubelle ou autre objet UTILE… Ou mieux, qu’on te garde en souvenir du temps de l’innocence (cela te surprend, hein?)…Tout pour ne pas pourrir l’environnement avec du polyvinylchloride…

Nathalie

.

C’est triste, Nathalie, mais tu as parfaitement raison. On a produit suffisamment d’effigies de moi pour faire plusieurs fois le tour de la terre en nous alignant. En pile dans un dépotoir, cela ferait des monceaux fort visibles. Et, juste comme tu le dis, le polyvinylchloride est toxique. Très légèrement, mais quand même. Les plus vieilles effigies de moi, celles qui ont 35 ou 40 ans d’âge, n’avaient pas été prévues pour durer si longtemps. Elles deviennent luisantes, légèrement squameuses et il n’est pas recommandé que les enfants nous touchent avec la bouche. Tu vois, même me garder en souvenir comporte un risque… Cela me rend bien triste. Mais je me console au mieux en pensant au plaisir jubilatoire que tu tireras de ce fait biscornu.

Barbie

.

Barbie,

Non, au contraire, je suis aussi triste que toi de ce fait que tu reconnais. Mais hélas, de toute façon, les petites filles continuent de te réclamer comme cadeau de Noël à des millions d’exemplaires à travers le monde! Alors, puisque cette tendance semble vouloir se poursuivre encore de longues années, je voudrais te souhaiter un Joyeux Noël et une bonne année car je suis sûre que tu es EMBALLÉE par ces fêtes!

Nathalie

.

Naturellement. J’adore Noël. Je te renvoie les bons vœux.

Au plaisir.

Barbie

.

85- J’AI 6 ANS

.

Bonjour, j’ai 6 ans et j’aimerais savoir comment aller sur le site pour trouver des vêtements pour moi: robes, doudoune, manteau, tee-shirt. Je te remercie et je t’embrasse.

Chloé

.

Bonjour Chloé,

Je ne suis pas trop versée dans toutes ces histoires de technologie et d’Internet. Un jour Ken, qui se croyait le plus fort avec les ordinateurs, m’a complètement pépiné mon ordi en croyant y faire des opérations d’entretien. Depuis ce temps, je boude un peu et Ken et les ordis… Il va falloir te débrouiller par toi-même, j’en ai bien peur. Je t’embrasse aussi.

Ta Barbie

.

86- PETIT CLIN D’ŒIL D’UNE BLONDE À UNE AUTRE BLONDE

.

Ma très chère petite Barbie,

Il y a de cela quelques semaines, je t’envoyais une lettre des plus agressives, je le reconnais. Je m’en prenais à ta blondeur, à ta prétendue stupidité qui faisait mon ravissement, et je me cachais derrière mon identité (soi-disant subversive) de pirate, pour m’imaginer supérieure à toi. Je revendiquais farouchement le fait que nous n’ayons rien en commun, je me flattais d’être brune, violente et «sanglante», quand tu n’étais que blondeur, douceur et candeur. Or, figure-toi que depuis quelques semaines, je traverse une véritable crise existentielle… Crise existentielle qui a débuté le jour où… je me suis fait faire des mèches blondes chez mon coiffeur… (oui, tu as parfaitement le droit de rire!). Or, ce soir, en passant sur DIALOGUS pour lire les quelques lettres de mes correspondants favoris, je me suis arrêtée quelques minutes sur ta page, espérant, je le confesse humblement, trouver maintes critiques et insultes envoyées par des internautes te haïssant. Hélas… Ils t’aiment tous… et (oserai-je l’écrire?), c’est vraiment «parce que tu le vaux bien». En effet, petite Barbie, je te reconnais ce talent (dont je me vante également, soyons claires) d’écrire fort bien, et d’avoir un humour et une plume aiguisés et parfois acérés. Ainsi, ma petite blondinette, je te souhaite de continuer longuement sur DIALOGUS, car tes réponses sont agréables à lire et prouvent que toutes les blondes (dont je fais désormais partie… [gros soupir]) ne sont pas toutes stupides et insipides. Au fait, tu veux que je te fasse une confidence? Marilyn avait raison: les hommes préfèrent réellement les blondes…

Bisous affectueux d’une vieille petite fille qui commence à te trouver des plus sympathique et qui révise son jugement quant à toi…

Capitaine Elizabeth Anghton

PS: Comme ce message ne comporte aucune question, je ne m’attends à aucune réponse… Je sais à quel point ta tâche doit déjà être lourde.

.

Oh! Ma si chère Capitaine Anghton, je suis si contente de vous retrouver enfin. Secret pour secret, il faut que vous sachiez que, dans ma version Barbie Gothique, j’ai les cheveux d’un violet très foncé et un visage d’un blanc crayeux. C’est une excitation transcendantale. Comme vous le voyez, nous sommes vouées à nous croiser sur les sept mers des options esthétiques… Je vous félicite —au fait— pour vos nouvelles particularités capillaires. Surtout n’oubliez pas d’en changer souvent…

Merci pour vos bons mots. Je pense beaucoup à vous. Vous êtes unique. Vous êtes lumineuse. Je vous adore.

Barbie

.

87- DÉMARCHE ARTISTIQUE D’OLIVIER REBUFFA

.

Bonjour Madame Barbie!

Bien, soyons honnête, je ne vous ai jamais voué un quelconque culte particulier et encore moins un fanatisme démesuré! Je suis un garçon, et les seules fois où vous avez partagé ma vie, c’est lorsque je jouais avec ma cousine et que je tentais de diriger votre vie et par extension, votre sexualité! Il ne faut pas se leurrer non plus, quand Ken rencontre Barbie, dans des chambres obscures d’enfants, il s’en passe de drôles que la morale m’interdit de citer ici!

Ce qui m’amène à vous aujourd’hui est tout autre. En effet, je ne sais pas si vous connaissez un artiste dénommé Olivier Rebuffa? Si tel est le cas, alors je vous explique sa démarche artistique: Pendant six années, il s’est photographié au milieu de poupées Barbie et de meubles jouets. Il s’entoure de poupées, se met à leur taille et se prend en photo avec elles. Son diagnostic repose sur une «autoreprésentation au milieu des poupées Barbie»! Mais ici, de par cette mise en scène, Olivier Rebuffa joue le jeu! Il devient ustensile et prend les jouets pour des femmes. En somme, une inversion des données! Je ne saurais trop vous conseiller de faire une recherche sur le web afin de pouvoir découvrir des reproductions d’œuvres de cet artiste.

Maintenant que vous êtes informée de ceci, comment réagissez-vous face à cet acte de vous avoir choisie pour être un élément primordial de la démarche artistique d’un artiste contemporain? Vous saluant!

EirKa

.

Bonjour,

Je suis toujours très émue quand des artistes m’incluent dans leur démarche d’exploration plastique (sans jeu de mots). Il en existe un grand nombre. Certain(e)s font des études photographiques sur moi, exactement comme si j’étais un modèle humain, habillée par les plus grands couturiers. D’autres construisent des sculptures et des «ready made» m’impliquant. Parfois, c’est un peu violent, on me met dans un malaxeur ou sous les pneus d’un poids lourd. Parfois c’est subversif, on échange mon parlophone avec celui d’un G.I. Joe et me replace dans le magasin de jouet et je suis vendue et vouée à déclamer des slogans guerriers. Aussi on colle des autocollants imitation promotionnelle sur mon boîtier, qui disent des choses comme: «Venez découvrir la maison rose où je reçois mes amantes» ou «Série des lesbiennes célèbres» ou «Sois gourde, achète-moi!» et, encore une fois, on me replace dans le magasin de jouets comme si de rien n’était. Il y a même une série d’études photographiques sur ma vie sexuelle (bisexuelle) particulièrement amusantes. Vous avez bien raison de dire qu’il s’en passe de drôles et pourquoi pas? J’adore ça. Je suis très ouverte à la verdeur de tous les artistes. Cela ne me gêne pas du tout.

Chaste et badin, ce monsieur Rebuffa joue assez heureusement des scènes de groupe. Il me capte avec mes amies de façon particulièrement sagace et exploite intelligemment le charme désuet du noir et blanc. Du très beau travail. Vous aimez?

Barbie

.

88- VIES INTÉRIEURES

.

Chère Barbie,

Je me souviens bien de toi. Tu n’avais rien de stupide: pourquoi l’aurais-tu été? Non, tu étais impératrice ou rebelle, sorcière ou fée, exploratrice ou maîtresse d’un domaine, princesse ou guerrière, ou les deux à la fois, tu étais enfant, adolescente ou femme, tu étais amante ou vierge farouche, tu étais mère, fille ou sœur, tu étais courageuse ou timide, bonne ou mauvaise, douce ou ambitieuse, machiavélique ou spontanée. Je me souviens de toi et de toutes les Aventures que nous avons vécues ensemble, maintenant que désormais je vis sans toi.

Tu ignores peut-être qu’un écrivain britannique du nom de Neil Gaiman t’a rendu un hommage tendre et subtil, montrant dans l’une de ses histoires un personnage nommé Barbie, une blonde pulpeuse apparemment niaise vivant avec Ken le macho, et en nous révélant l’extraordinaire richesse de sa vie intérieure, en nous révélant sa force, son indépendance, son anti-conformisme. En faisant d’elle une des clefs du monde des rêves, en lui faisant tirer cette leçon: les gens ne sont jamais aussi stupides, aussi plats, qu’ils le paraissent. Ils abritent tous, peut-être, le miracle foisonnant et coloré de l’esprit de Barbie. Alors je suis contente, te lisant ici, de voir que tu n’as rien perdu de ton esprit. Que tu demeures la clef vers nos propres richesses, les innombrables vies intérieures de petites filles qui seront un jour des femmes riches de leur complexité.

Alba

.

Oh Alba,

J’ai pleuré en lisant ceci. Que c’est doux d’être si profondément comprise, même pour un cœur de poupée. Tu as tout mon amour.

Barbie

.

89- LES OBJETS QUI T’ENTOURENT

.

Chère Barbie,

C’est toujours un plaisir de te lire sur DIALOGUS. J’ai moi aussi une petite question pour toi: dans tous les objets qui t’entourent (voitures, studios, piscines, etc…), lequel préfères-tu? Si tu avais à en choisir un, ou quelques-uns? Et, combien de changements (environ) as-tu subi depuis ta création jusqu’à ce jour? Autant de changements que de générations? Ou plus? Je parle ici de changements «techniques» et «physiques», par exemple le bassin qui bouge, les yeux qui changent de direction, etc… Je te remercie pour le temps que tu voudras bien consacrer à mes questions,

Josée Poirier

.

Bonjour Josée,

Oh les jolies questions! Et je te remercie de ta gentillesse. Moi aussi j’aime beaucoup te lire.

Mon objet favori? Facile. Ce serait évidemment une toilette. Une jolie toilette sobre avec un chapeau et des gants… et… mais attend un peu, cela fait déjà trois objets ça. Et il va me falloir aussi ma brosse à cheveux, je ne peux rien faire sans elle… Et ma table de manucure, oh! Josée, une pure merveille, je ne saurais vivre sans. Elle est si bien disposée dans ma chambre qui elle-même est au centre de ma si jolie maison. Une femme de goût s’incarne dans son intérieur, tu es bien d’accord avec moi! Il me faudrait donc aussi ma… Oh là là, c’est moins simple qu’il n’y paraît cette question, à la réflexion! Et ma bagnole! Crotte, une femme moderne ne peut aller nulle part sans sa guimbarde! Ah, ah, et ma chaîne stéréo. Non, non, attends un peu là… je… je vais devoir y penser. Je vais devoir avoir une conversation très sérieuse avec le très gentil Monsieur Diogène. Il est avec nous à DIALOGUS. C’est lui le plus fort sur ces histoires d’objet unique à garder. Il n’a d’évidence pas retenu le savon sur sa liste, mais cela ne gêne pas du tout nos rapports. C’est que Monsieur Diogène est quand même un philosophe très serein avec de grands yeux doux… Il faut absolument qu’il m’aide un peu, car je cale là… Oh là là…

Bon, dis donc, je crois que je vais me contenter de passer à la question suivante, si ça ne te fait rien… D’accord? Eh bien, hmm… en 1959 je suis un être noir et blanc. Mes cheveux sont noirs, ma peau est blanche, mes cils et mes sourcils sont noirs, mes prunelles sont blanches et je porte… un maillot zébré noir et blanc. C’est que je passe déjà à la télé et ils n’ont pas encore la couleur. Je dois donc briller de tous mes feux de façon nette et crue, sans rien laisser de gris. En 1959, j’ai aussi les pieds troués car on m’enchâsse sur un support qui disparaîtra dès 1960. Je n’ai alors que l’articulation maîtresse des épaules et des jambes. En 1965, mes genoux deviennent pliants, je suis devenue BENDABLE BARBIE. En 1969 mes hanches peuvent enfin pivoter, me voici TWIST BARBIE. On me collera une machine à parler quelque part dans les années 1970, mais ce sera bien plus long d’amener ce zinzin parasitaire à dire autre chose que des âneries… C’est que la première de ces innovations est technique alors que la seconde est sociale…

Très importante, comme tu le signales, Josée, est la progression de mon regard. Pendant les dix premières années de mon existence, je suis la taquine à l’œil torve. Je penche légèrement la tête vers l’avant et j’ai les yeux qui matent légèrement vers le bas et la droite. C’est la grande marque de commerce de mes débuts. Je ne suis pas un poupon, pas une épouse, pas une mère. Je suis la mystérieuse petite Joconde portative au regard indéfinissable. Mais, en 1971, va avoir lieu la plus importante révolution dans mon existence. Je deviens MALIBU BARBIE, la fameuse blonde bronzée californienne dont la gloire fera le tour de la terre. Or, Josée, à ce moment là, pour me rendre de Los Angeles aux plages de la banlieue de Malibu, je conduis désormais ma voiture moi-même. Je dois donc regarder devant moi pour ne pas finir dans le décor! J’ai alors le devoir d’avoir les yeux vifs et focalisés. Aussi, c’est bien plus affirmatif comme cela. Pour tout dire, ça ne me gêne pas du tout alors de remplacer le mystère latéral par la franchise frontale. L’échange intitulé «POURQUOI CETTE APPARENCE» (numéro 43) ici même dans mon officine, te fournira le détail de ma diversification ethnique, amorcée dès 1967 avec l’apparition de ma grande amie afro-américaine Francie, et développée méthodiquement à partir de 1980. J’en suis si heureuse! J’ajoute simplement ici que j’existe aussi en reine marocaine. Cela fait finalement de moi de plain-pied une femme arabe, malgré certains petits embarras juridiques que j’ai toujours dans l’austère Arabie. Voilà le gros des étapes de mon évolution. J’en ai tiré un plaisir accru à chaque phase.

Je t’embrasse amicalement,

Barbie

«Pendant les dix premières années de mon existence, je suis la taquine à l'oeil torve.»

«Pendant les dix premières années de mon existence, je suis la taquine à l’œil torve.»

.

Chère Barbie,

Je te remercie pour tes réponses! Et pardonne-moi pour ma première question, il est vrai qu’il est très difficile d’y répondre! Cette histoire de yeux, c’est fascinant! En fait, c’est toute ton histoire qui est fascinante. On voit à travers ton évolution l’évolution de la femme du 20ième siècle.

Je ne vois pas pourquoi tu reçois toutes ces insultes, ici, sur DIALOGUS. Certains t’accusent de tous les maux du monde et cependant, je crois que tu as aidé à la libération de la femme et que tu n’as pas seulement été son reflet. Les adultes s’imaginent souvent bien comprendre et connaître les enfants et ce qui est bon ou non pour eux. Ils ont raison parfois, mais les enfants ne viennent pas avec un manuel d’instruction, et ils sont tous différents. Personnellement, je ne sais pas pourquoi on t’accuse d’avoir une mauvaise influence sur eux. Je ne comprends pas en quoi tu as une mauvaise influence. Et fait, je ne comprends pas pourquoi on parle d’influence sur les enfants lorsqu’on parle de toi. Tu es une poupée, comme tu le dis toi-même et les enfants, les petites filles surtout, aiment jouer à la poupée. Jamais je n’ai ressenti de jalousie en jouant avec toi lorsque j’étais petite, jamais je n’ai pensé que tu étais l’idéal physique de la femme. Jamais en grandissant je ne me suis dit: «Je veux être une Barbie vivante». Tu étais mon jouet et j’aimais jouer avec toi, un point c’est tout. Ces adultes qui t’accusent d’être une mauvaise influence sont-il, ou ont-ils été jaloux de toi? Peut-être… Je ne vois pas d’autres explications. Les adultes ont souvent la fâcheuse tendance à transposer leurs propres pensées sur celle des enfants. Les adultes voient en toi un modèle de femme préfabriquée, et donc les enfants aussi. Les adultes voient en toi une espèce de femme-objet, et donc les enfants aussi. Mais les enfants n’ont pas ce genre de pensée, tant que les adultes ne les initient pas à ce genre de pensée. Les enfants jouent avec toi et c’est tout. Innocemment. Bien sûr, sans doute y a-t-il des exceptions. Mais, tu sais, quand quelqu’un dit quelque chose, les autres ont souvent tendance à suivre, sans vraiment y avoir pensé. Si une personne dit que Barbie est mauvaise, beaucoup vont le croire sans vraiment y avoir pensé. C’est dommage, mais n’est-ce pas ainsi dans plusieurs domaines? Je crois que ton influence se situe justement dans le monde des adultes, où ton rôle de définir la femme moderne, par ton évolution, est plus évident, et vice versa. Mais de là à dire que les enfants comprennent ce genre de chose… ils s’amusent, un point c’est tout. Bon, je m’éternise, alors je te quitte.

Amicalement,

Josée

.

Oh! Je suis très touchée par cette réflexion. Elle me rassure beaucoup. Tu sais, Josée, comme tu le signales, je suis femme. Conséquemment, je suis bien sensible aux critiques et aux atermoiements… je les intériorise à fond et je me mets à douter, à angoisser. S’il fallait que je sois nuisible aux petites filles que j’aime tant, j’en deviendrais folle. Tes propos me rassurent beaucoup. Cette radicale différence entre enfant et adulte, je l’observe tous les jours dans mon intervention de jouet. Tu en parles avec une sagesse juste, droite, et reposante. C’est très sain, cette lucidité d’enfant dans des propos si adultes.

Je t’aime beaucoup,

Barbie

.

90- TU AS BERCÉ MON ENFANCE

.

Barbie,

Tu as bercé mon enfance… Jamais je n’ai osé couper tes longs et soyeux cheveux blonds, jamais je n’ai osé te démantibuler… Tu es la plus belle du monde, le symbole de la féminité… J’aimerais beaucoup te ressembler. J’aimerai beaucoup que tu m’écrives! Je t’adore! Je t’embrasse,

Cindy…

.

Moi aussi je t’adore, Cindy. J’ai besoin de ton aide éclairée et amicale à propos d’un débat qui fait rage ici, à DIALOGUS. Tu dis que tu aimerais beaucoup me ressembler. J’en suis immensément émue. Moi aussi, je veux te ressembler. Je t’imite du mieux que je peux, mais tu es si belle et si complexe… Aide-moi, Cindy, sur une question importante: souffres-tu de vouloir me ressembler? Je te supplie de me répondre sincèrement. C’est très important.

Je suis à toi pour toujours,

Ta Barbie

.

Chère Barbie,

Je suis très heureuse d’avoir reçu une réponse de ta part! J’étais sûre que tu étais une fille très sympathique derrière tes grands yeux bleus immobiles et ton sourire immortel. Ton mail m’a aussi fait très plaisir et je vais répondre sincèrement à ta question qui était «souffres-tu de vouloir me ressembler?»: en réalité, ma réponse est non, je n’en souffre pas car c’est avant tout un rêve de petite fille et même si je ne suis encore qu’une adolescente, j’ai les idées bien en place et je vis sans trop me faire une grande importance de ma volonté de te ressembler, vois-tu? Je pense que je ne suis pas la seule ex-petite fillette à vouloir te ressembler! Toutes les petites filles qui ont passé les plus tendres années de leur enfance te trouvent ravissante et souhaitent être comme toi! Mais comme je l’ai dit plus haut, c’est un rêve de petite fille! Donc pour conclure, non, pas du tout, je n’en souffre pas! Mais je suis très touchée que tu t’inquiètes de moi! En tout cas, encore merci de ta réponse si rapide! C’est très gentil! Pour finir, j’aimerais te poser quelques questions de simple curiosité! Tout d’abord, j’aimerais que tu me parle de Ken. Eh oui! Ken, le bon garçon! Quelles relations entretiens-tu avec lui? T’entends-tu toujours bien avec lui? Le vois-tu souvent? Vis-tu avec lui? Shelly est-elle votre fille? … Ensuite, à propos de la petite Shelly, le volume de sa belle chevelure ne choque-t-elle pas lorsqu’on a la taille proportionnelle? Et pour finir, quel est l’aménagement ou le meuble que tu préfères? L’avion, le camping-car, la new-beetle, le salon de coiffure, etc…

Voilà! Je t’embrasse! Répond-moi vite s’il te plaît! Bisous!

Cindy

.

Ah Ken… Ce n’est pas un mauvais garçon, c’est bien là le drame. Il a bon cœur, mais il ne comprend rien. Il ne comprend pas son époque. Je te donne juste un petit exemple. Au début du 21ième siècle à New York, une jeune préadolescente qui a probablement aujourd’hui environ ton âge se présente à son école avec une jolie chemisette à la mode, très seyante, rose naturellement, sur laquelle est inscrit: BARBIE IS A LESBIAN. Scandale. Coup de tonnerre dans le Bronx. La tempête a même été couverte par les médias à l’époque. Moi, ça ne me gênait pas du tout. Je suis bisexuelle de ma nature et une préadolescente lesbienne peut tout à fait faire de moi une lesbienne exclusive. J’y suis parfaitement apte et c’est totalement légitime. Je suis un jouet de joie et d’amour, c’est mon rôle et j’en suis très fière. Mais si tu avais vu la tête de Ken! Il prenait la pochade de cette jeune militante homosexuelle pour une injure personnelle. Je ne comprenais pas son attitude au début et il m’a fallu un petit moment pour piger son raisonnement tordu et égocentrique. Évidemment, si Barbie est une lesbienne, lui il n’est nulle part dans le tableau! Il se sentait rejeté. Il ne comprenait rien à l’intelligence courageuse de ce geste tendrement ironique et il n’y avait aucun moyen de le lui expliquer. Je te jure, une vraie tête de mule. Ah! c’était d’un agaçant. Heureusement qu’il n’a pas fait d’entrevues dans les médias à ce moment là, parce que j’aurais été horriblement gênée. J’aurais fait émettre un démenti de ses commentaires, je pense. Trop c’est quand même trop. Il se pense encore dans les années soixante. Il me faisait déjà la gueule à l’époque si joyeuse de Malibu Barbie, parce que je conduisais enfin ma propre voiture. C’était en 1971! J’en ai quand même un peu marre de constamment lui dire: «Grandis, chéri». Crotte, à la fin.

Je suis un jouet flexible, ajustable. Je suis la figurine qui suit fidèlement la vie des femmes et s’y adapte. Si Ken ne peut pas lui-même me suivre dans cette quête, qu’il aille jouer avec les G.I. Joe et qu’on n’en parle plus. Je ne veux pas de ça dans ma vie. C’est aussi cette dynamique qui m’oblige à rester vague à propos de Shelly. Fais-en: une jeune amie, la petite voisine que je garde, mon enfant (fais alors de moi une mère, en couple hétéro ou homoparental, ou monoparentale, à ta convenance), ou ma jeune sœur. Je ne peux pas aller plus loin parce que les valeurs familiales que je promeus sont multiples et diversifiées. Pardonne-moi d’être si évasive. Je suis certaine que tu me comprends, Cindy. Les cheveux de Shelly, pour leur part, me paraissent parfaitement proportionnés, je ne trouve rien à lui redire à leur sujet. De toute façon, je ne m’ingère pas dans les affaires de sa toilette.

Vois-tu, ce qui fait ma force depuis ma création en 1959, c’est que je ne suis ni une épouse, ni une mère, ni une sœur, ni une enfant. Cela fait de moi la femme multidirectionnelle et éternelle que tu aimes tant. Et cela ne t’empêche pas de m’inventer la vie que tu veux. Car si tu la veux, je la veux aussi. Je suis à toi pour toujours, Cindy, mon amie,

Ta Barbie

P.S. Oh, sur mes objets, le dilemme est que je les aime tous. Mais je suis en pourparler en ce moment avec le très gentil Monsieur Diogène. Il est avec nous, à DIALOGUS. Il devrait arriver à m’aider à en sélectionner un ou quelques-uns. Déjà il m’a appris à me coiffer les cheveux seulement avec les doigts. C’est bien difficile mais le résultat est très moderne.

.

Chère Barbie,

Merci encore une fois pour ta réponse. Je dois t’avouer que je me trouve tout à fait étonnée de cette correspondance que j’entretiens avec toi. Je me pose aussi quelques questions… Qui es-tu réellement derrière cette adresse? La réponse à vrai dire m’importe peu car tes e-mails ne divertissent et m’intéressent. Je trouve tes histoires complètement crédibles malgré une certaine part de fantaisie et de merveilleux. Je pense que, si ma petite cousine qui a 6 ans apprend que je corresponds si bien avec toi, elle voudra à tout prix elle aussi te poser quelques curieuses questions et t’envoyer un petit message d’affection! Je te remercie pour les précisions sur la personne de Ken. C’est tout à fait le tempérament que je pensais de lui! Aussi je ne t’en demandais pas tant! (jusqu’à me dévoiler tes attirances sexuelles! Allons!) Je pensais, pour ma part, que tu étais une personne tout à fait modelable dans ta propre vie, car celle-ci est construite de mille façons différentes selon les histoires que créent les petites filles! Tu comprends? Par exemple, une petite fille peut faire de toi une jeune femme célibataire, qui aime avant tout le shopping entre copines (je sais que tu adores la mode!) et parallèlement, une autre petite fille peut faire de toi une femme mariée à Ken (pour la plupart du temps) avec un enfant, ayant une vie de famille et un travail (pour ma part, quand je jouais avec toi, tu étais la plupart du temps fleuriste ou secrétaire!). Donc, je ne savais pas que tu avais une situation bien particulière à toutes les autres que l’on pouvait inventer en jouant avec toi. Aussi, cela ne me déçoit pas plus que ça car je suis également bisexuelle mais je refuse de me l’avouer. J’aime beaucoup de garçons mais j’éprouve de profonds attachements à certaines filles. Mais je considère ça comme de l’amitié ou de l’admiration physique. Je ne veux pas me considérer autrement que hétéro. Enfin, bref, ceci n’est pas un sujet qui me semble bien de discuter avec toi! Je pensais aussi que Shelly était ta fille! Et Ken ton mari (par mariage quoi!). Je pense que tu devrais le calmer et le remettre à sa place quelquefois! Il se la joue trop et est bien trop fier de lui! Mais je pense qu’il est amoureux de toi (voir Barbie Princesse Raiponce où il est le prince et il vit avec toi une profonde histoire d’amour!). Voilà Voilà… Je voulais te demander quelque chose qui m’a toujours trotté dans la tête et à quoi j’aimerai que tu me répondes: Tu sais, le cheval de Barbie, couleur vanille avec une longue crinière somptueuse qui marche tout seul? As-tu souffert de rester les jambes écartées après une ballade sur son trop large dos? Tes jambes ne sont pas assez flexibles pour s’écarter à gauche et à droite suffisamment pour monter sur le cheval. Tu restais toujours les jambes déformées! Qu’est-ce que ça t’a fait précisément?

Bon, eh bien, je vais m’arrêter pour l’instant et te laisser répondre à mon courrier! À bientôt. Merci Beaucoup de me consacrer du temps!

Cindy, qui t’adore!

.

Tout se passe exactement comme tu le dis, Cindy. Ce sont les petites filles qui choisissent les particularités de mes scénarios de vie. Tes choix à toi sont parfaitement légitimes et je les aime beaucoup. Ce gentil cheval est une bien étrange idée mais pourquoi pas. La posture qu’il m’impose est en effet bien peu élégante mais finalement indolore, car je suis une poupée. Un petit secret entre nous cependant: pour me déplacer, je préfère ma voiture. En effet je suis plus urbaine que campagnarde. Je vois mon cheval plus en ami, en compagnon animalier qu’en monture. Au fond de mon cœur j’agis avec lui ou elle comme les femmes urbaines font toujours avec leurs plus petits animaux domestiques. Tu comprends?

Signé: ta Barbie qui t’adore aussi et qui, derrière ces électro-plis, n’est nulle autre que la seule vraie Barbie.

.

91- COMBIEN DE KEN?

.

Chère Barbie,

Combien de Ken as-tu embrassés? Combien de fois as-tu divorcé d’avec les Ken?

Chrisus

.

Tu connais peut-être un peu les mathématiques. Prends le plus grand des nombres naturels et, par acquis de conscience, mets-le en exposant à lui-même.

Ça devrait approcher le compte…

Barbie

.

92- STRINGS

.

Est-ce que tu mets des strings en dentelle rouge, biatch! Paye tes mensurations. Sinon toxine te ken.

.

Est-ce que tu mets parfois de la cohérence dans tes propos, toxine de mec?

Barbie

.

93- VOUS ÊTES UN IDÉAL

.

Chère Barbie,

J’ai plus survolé que lu les messages qui vous étaient destinés, et j’y ai vu du bon comme du mauvais. Vous êtes et serez pour moi, un jouet, qui a su faire le bonheur de nombreuses petites filles (et de petits garçons, comme je l’ai agréablement vu de mes yeux), un idéal par votre charme, vos atouts physiques, vestimentaires, mais aussi l’héroïne de nombreuses aventures, un rêve d’enfant… Innocent, n’est-ce pas? Alors pourquoi toutes ces remarques péjoratives sur vous? Non que je les partage, bien au contraire. J’ai été pendant longtemps bercée dans vos rêves de princesses, comme de nombreuses jeunes filles de mon époque. Vous étiez véritablement trop parfaite, c’est certain. Mais cela n’explique rien, ne peut-on pas être belle et respectée? Pourquoi ne pas faire les mêmes remarques concernant les poupées actuelles, bien plus superficielles que vous ne l’êtes, outrageusement maquillées, vêtue selon la dernière mode (qui, comme toutes les «modes», ne sera pas plus longue qu’un feu de paille). Je pense qu’elles ne seront que pâles copies de ce que vous ressembliez. Jamais le nom d’un jouet ne sonna plus fort que le vôtre. Et cela explique peut-être pourquoi toutes ces remarques désobligeantes vous concernant, car étant célèbre, on ne peut pas plaire à tout le monde.

Une dernière chose. J’ai entendu dire que Ken, votre inséparable conjoint, et vous, c’était de l’histoire ancienne, et qu’on vous attribuerait à présent un surfeur australien du nom de Blaine, quelque chose de plus «moderne et cool» (de plus c*n oui…)

Amicalement,

Zéphirah

.

On dit cela, oui… Mais la vraie histoire de ma vie, c’est toujours toi qui la décides, Zéphirah. Toujours, même ici.

Barbie

.

94- BONJOUR MADAME LA BARBIE

.

Bonjour Madame la barbie,

Je t’adorais quand j’étais petite. Mon amie et moi jouions tous les jours à barbie. Mais, maintenant, je suis rendue plus vieille et je ne joue plus. Mais tu gardes toujours une place dans mon cœur. Tu es l’un de mes plus beaux souvenirs d’enfance.

Marie-Joëlle, la petite fille de 11 ans qui est encore jeune dans son coeur.

.

Toi aussi, Marie-Joëlle, tu es l’un de mes plus beaux souvenirs. Tu sais qu’il y a une revue portant sur moi qui s’intitule BARBIE BAZAAR? Elle est publiée par des «petites filles» qui sont toutes folles de moi. Les plus jeunes d’entre-elles sont quadragénaires… Cela nous donne encore un peu de temps ensemble, tu ne crois pas? Je t’aime beaucoup.

Ta barbie (avec un petit «b» de nom commun, comme tu l’écris toi aussi)

.

95- TU VAS BIEN?

.

Tu vas bien?

Zzpot

.

Impec. Et toi?

Barbie

.

96- POURQUOI LE NOM «BARBIE»?

.

Voilà, je m’appelle Dorianne. Je t’adore! Des fois, je me prends même pour Barbie! Tu es mon idole! Voilà pourquoi j’ai fait mon adresse e-mail à ton nom! J’ai quelques questions à te poser! Pourquoi le nom «Barbie»? Plusieurs questions comme ça! J’aimerais bien que tu me répondes rapidement, parce que je pars en voyage et n’aurai pas Internet là-bas! C’est pourquoi je te demande de me répondre au plus vite!

Dorianne, fan de Barbie!

.

Bonjour Dorianne,

Cela me fait vraiment plaisir de te voir si intense, si belle, si sereine et si heureuse de t’identifier à moi. Je veux que tu saches que cette identification est en fait MUTUELLE et que moi aussi je suis une de tes fans et adore te ressembler. Barbie, c’est simplement le diminutif de Barbara. Mon nom complet est Barbara Millicent Roberts, diminutif Barbie.

Pose-moi toutes les questions dont tu as envie. Nous allons bien nous amuser ensemble, comme toujours. Je t’embrasse tendrement.

Ton alter ego,

Barbie

.

Resalut,

Je voulais savoir pourquoi ton chum se nomme Ken?

S’il te plaît, réponds-moi vite!

Dodo!

.

Simplement parce que s’il s’appelait Tristan, il serait le copain d’Iseult; s’il s’appelait Popeye, il serait le copain d’Olive Oil; s’il s’appelait Reth, il serait le copain de Scarlett O’Hara; s’il s’appelait Roméo, il serait le copain de Juliette; et s’il s’appelait Homer, il serait le copain de Marge Simpson. Il ne faut pas mêler les genres et les personnes.

Cela dit, il y a en fait une autre dimension à cette question, Dorianne. C’est la suivante: quand Madame Ruth Handler m’a inventée en 1959, elle avait deux enfants, Barbara Handler et Kenneth Handler. Nous avons donc été nommés d’après ces deux personnes, qui étaient frères et sœurs.

Ton amie,

Barbie

.

97- MA CHÈRE AMIE…

.

Chère Barbie,

Je m’appelle Laetitia et j’ai 21 ans (depuis deux jours!) et j’adore Barbie! Je ne peux pas dire à quel point cette jolie poupée a marqué mon enfance; bien entendu, j’avais tout ce qui s’y rapportait ou, du moins, j’essayais: poupées (à peu près vingt), camion, maison, vêtements, Ken, cheval, caravane, etc., bref une vraie fan! Elle comblait tous mes moments de solitude, j’étais dans un monde rien qu’à moi… j’adorais Barbie! Encore aujourd’hui, lorsque je vais faire des courses, c’est le passage obligatoire dans le rayon des jouets pour admirer tous ces nouveaux modèles qui sont de plus en plus fascinants!

Chère Barbie, cela me fait rire quand je vois tout ce dont on t’accuse: être à l’origine des troubles alimentaires des jeunes filles, rendre plus précoces, sexuellement parlant, ces mêmes jeunes filles, etc., foutaises! La seule vérité, c’est qu’on a toujours besoin d’un responsable à nos problèmes, c’est plus facile que d’assumer les réelles difficultés. Moi, j’ai toujours joué avec toi. Je ne suis pas pour autant anorexique ou détraquée ou quoi que ce soit! Moi, je t’adore et je sais que, lorsque je serai maman, je ferai partager à ma fille tous les merveilleux moments que j’ai vécus avec toi!

Bisous,

Laetitia, une grande amie

.

Bonjour Laetitia,

Je suis vraiment très touchée de ton témoignage. Il résume merveilleusement ma réelle signification. Tu as tout à fait raison de dire que de vouloir reproduire un monde ludique est une chose tout innocente, une sorte de doux songe que nous dominons et qui nous illumine d’une joie toute simple. Ton enfant sera émerveillée aussi et moi, ce sera pour moi un immense honneur de servir de modeste canal de transmission de l’amour que lui manifestera une mère pleine de cette importante sagesse qu’est le souvenir inaltérable de sa propre enfance.

Ma photo sur le site te plaît-elle?

Barbie

.

98- JE DÉBUTE MA COLLECTION

.

Bonjour Barbie,

Voilà, moi je commence ma première collection et, depuis que je suis toute petite, je ne demande que des Barbie à Noël. J’aimerais savoir sur quels sites intéressants je peux me rendre afin de découvrir plein de merveilles. Je vous remercie beaucoup et espère avoir une réponse de votre part.

Maud

.

Je ne le sais pas, Maud. Il faut me pardonner, je suis un peu gourde avec Internet. Tu ne m’en veux pas, hein?

Barbie

.

99- RÉBELLION

.

Chère Barbie,

J’ai passé l’âge de jouer avec toi et tes amies, mais j’avoue y avoir joué dans mon enfance et adoré ça! Quelle tristesse d’apprendre que tu quittais Ken pour un surfeur bronzé! Je me demande pourquoi tu ne te rebelles pas contre maman Marchandisage de te faire ça! Pauvres petites filles qui perdent ainsi peut-être l’homme qu’elles idéalisaient, aussi «banal» soit-il, face à ce blondinet sur une planche! Bref, en espérant que tu fondes un foyer heureux avec ton nouveau compagnon et que cela dure!

Leia

.

Chère Leia,

Il n’y a rien de tranché, de soudé ou de rompu entre moi et mon (ou mes) partenaire(s) masculin(s). Les possibilités de combinaisons sont très riches. Tout le monde en profite, moi la première. Tant et tant que je n’ai pas à me révolter contre qui que ce soit. Les petites filles qui jouent avec moi s’en chargent. Tu le prouves toi-même en ce moment avec simplicité et dignité.

Je t’embrasse.

Barbie

.

100- POLITESSE ET GENTILLESSE

.

Salut Barbie,

Pourquoi es-tu toujours aussi polie, gentille, souriante, et pourquoi ton bien-aimé Ken n’est-il pas aussi connu que toi? En tant qu’adolescent de 16 ans, je fais bien des blagues sur Barbie, et donne-moi une raison de ne plus me moquer de toi.

Dizzy

.

Bonjour Dizzy,

Cela ne me gêne pas du tout que tu fasses des blagues à mes dépens. Si ces blagues sont intelligentes et spirituelles, elles montrent que tu as un esprit vif qui sait railler tout dans le monde, y compris moi. Si tes blagues sont ridicules, sexistes et grossières, elles ne discréditent que toi. J’en sors intacte et tu en sors diminué. Je suis totalement sereine face à l’humour. C’est que… j’en ai vu bien d’autres.

Un seul petit exemple. Dans le film ALL THAT JAZZ de 1979, le cinéaste Bob Fosse évoque le montage en 1974 d’un autre de ses films intitulé LENNY, portant sur le grand humoriste satirique américain Lenny Bruce. L’acteur jouant Lenny Bruce dans ALL THAT JAZZ campe à un moment un monologue très acide sur la mort et le rapport à la mort. Pour exemplifier le caractère dérisoire de notre soi-disant sérénité devant la mort, le fantaisiste, mordant et incisif, évoque à un certain moment «Barbie faisant un pacte suicidaire avec Ken». Cela ne dure que six ou sept secondes, mais je te jure que c’est d’un cocasse consommé. Ken et moi sommes parfaitement ridicules de faire une apparition aussi subite et aussi incongrue dans un tel propos. Et alors, crois-moi, la salle se tord de rire de nous imaginer tous les deux, engoncés et gentillets comme nous le sommes toujours, assumant une décision aussi grave, aussi cruelle et aussi tragique. J’en ai des frissons dans le dos en y repensant. Cette petite phrase unique, si bien campée dans un brillant monologue d’humour noir, montre, d’un seul coup et plus que tout, combien une civilisation entière se paie ouvertement ma tête et celle de Ken. Voilà de l’humour sur moi qui me perturbe et me dérange. Et c’est justement cela qui fait que c’est du bon humour, une excellente satire de ce que je symbolise. Après une pointe pareille, épinglée à jamais dans l’un des chefs-d’œuvre du cinéma américain, des petites blagues taquines de gamins qui volent au vent, je suis capable d’en recevoir. Je te le redis: cela ne me gêne pas du tout. Et si tu cherches une raison pour cesser éventuellement de le faire, eh bien la voici justement: cela ne me gêne pas du tout! Sois tu gaspilles ton énergie, sois tu as affaire à quelqu’un qui a le sens de l’humour, le premier pas vers une relation sérieuse. Au fait, sais-tu comment on appelle une personne dont on se moque toujours? On dit: «une tête de turc». Et crois-moi, Dizzy, les Turcs s’en fichent complètement. Ils vivent leur vie sans se faire de mouron avec ce genre de petite cruauté inutile fichée dans la culture ethnocentriste des autres peuplades de notre petit monde badin.

Autrement, je suis polie, gentille et souriante, parce que c’est ma nature d’être comme cela. Et Ken est moins connu que moi simplement parce que c’est moi la star. Les mecs ne peuvent pas toujours avoir le dessus, tu ne crois pas, beau garçon?

Barbie

.

101- TU ES COCUE

.

Salut, comment vas-tu? Dis-moi, j’ai une question. Depuis combien de temps es-tu avec Ken? Car j’ai su quelque chose il n’y a pas longtemps. J’ai cru entendre qu’il était encore avec toi. Eh bien, lui et moi, on a une liaison. Ma pauvre, tu es cocue. Eh oui. Enfin, bon, moi, je n’y peux rien, car il m’a dit que vous n’étiez plus ensemble. Enfin, dis-moi ce que tu en penses et à bientôt. Ah, au fait, pourrions-nous nous rencontrer pour aller boire un verre ensemble?

À bientôt.

Jess

.

Bonjour Jess,

Je ne suis pas cocue. D’ailleurs, je trouve cette expression très vulgaire et il me déplaît de l’utiliser, sauf en cas d’urgence. Disons plutôt que Ken n’a absolument rien fait de mal en ayant une liaison avec toi. Ken est libre. Nous nous sommes fréquentés quelques années, puis nous avons pris nos distances. Je crois que c’est une très bonne chose pour lui qu’il voit d’autres filles, surtout que tu me parais solide, droite et débrouillarde. Sois ferme avec lui, Jess, ne te laisse pas embobiner par ses salades. Protège notre honneur de filles. Ken est un peu vieille école et est très fort pour jouer les victimes. Ne te fais pas à ton tour cocufier de ton intégrité (note, dans le ton et le choix des mots, le sentiment d’urgence qui m’anime justement ici). Tu verras vite ce que je veux dire. Je n’ai pas le temps d’aller prendre un verre et, en plus, je ne consomme pas d’alcool. Désolée. Bon courage et bonne chance.

Barbie

.

102- LES MY SCENE

.

Salut Barbie,

Connais-tu les My Scene? Sont-elles tes ennemies? Parce que des gens disent qu’elles sont plus célèbres que toi.

Tana et Sacha

.

Bonjour Tana, bonjour Sacha,

Vous soulevez une question très importante et qui me tient vraiment à coeur. Celle de l’existence d’autres poupées-mannequins que moi. Il y a les My Scene, les Bratz et une foule d’autres poupées de toutes classes sociales et groupes ethniques. Certaines d’entre elles ont ce que les Américains appellent une «attitude». Elles sont frondeuses, délurées, modernes. Elles reflètent avec finesse et humour la sensibilité des jeunes filles urbaines de ce temps. Elles ont des accessoires extraordinaires et une garde-robe époustouflante. Il faut qu’une chose soit absolument claire dans votre esprit, mes amies: AUCUNE DE CES MERVEILLEUSES POUPÉES N’EST MON ENNEMIE. Je les aime toutes de tout mon cœur et je suis très heureuse que le choix ludique des petites filles augmente et se perfectionne grâce à toutes ces innovations qui, inévitablement, perpétuent l’héritage de l’éclair de génie qui est à l’origine de ma propre existence.

La seule chose qu’il faut dire c’est ceci. Dans le monde il y a des chutes d’eau plus puissantes et plus grandioses que les Chutes du Niagara et c’est très bien. Mais les Chutes du Niagara restent les Chutes du Niagara. Dans bien des grandes villes, il y a des tours plus massives ou plus hautes que la Tour Eiffel, et c’est très bien aussi. On n’arrête pas ce type de progrès. Mais la Tour Eiffel reste la Tour Eiffel. La magie mythique, ça ne se décide pas, ça ne se contrôle pas et ça ne s’improvise pas. Ça s’impose et ça perdure à cause de nous, mais malgré nous. Il y a les My Scene et les Bratz et je n’ai aucun doute sur les grandes joies qu’elles procurent. Mais Barbie reste Barbie.

Barbie

.

103- DE LA PART DE LÉA

.

Chère Barbie,

Je voulais te dire que je t’aime.

De la part de Léa Nano

.

Je t’aime énormément moi aussi, Lea. Je pense à toi et j’espère que tu vas bien et que tu es heureuse.

Barbie

.

Bonjour Barbie,

Je te fais de gros bisous de la part de Lea qui t’aime bien.

Au revoir.

Léa Nano

.

La réciproque!

Barbie

.

104- TON MÉTIER? DES ENFANTS?

.

Salut Barbie!

Je voulais te remercier de m’avoir tenue compagnie durant mon enfance. Cependant, j’ai quelques petites questions. Pourquoi es-tu si parfaite? Pourquoi ton créateur n’a-t-il pas fait une femme normale? Et quel est ton métier préféré? As-tu des enfants maintenant? As-tu trouvé un nouveau mari?

Réponds-moi vite!

Rosalie

.

Bonjour Rosalie,

Je suis sans enfant ni mari. Pour mon métier favori, eh bien, construis un triangle entre chauffeuse de poids lourds, chimiste et mannequin et tu trouveras, à l’intérieur de ce grand espace tous les métiers et professions que j’aime. Je ne suis pas parfaite du tout, Rosalie. Je suis tout à fait normale, presque banale. Simplement, vois-tu, je suis MULTIPLE. Je me métamorphose en fonction de celles qui s’amusent avec moi, car je suis leur jouet. Cela me suscite des millions d’apparences, de contextes et de vies qui donnent une impression de perfection qui est aussi illusoire que tout le reste de mon monde féerique.

Ta Barbie

.

105- BELLE POUR QU’ON VOUS ACHÈTE?

.

Bonjour,

J’espère que vous allez bien, car moi je vais bien, mais ça me ferait plaisir si vous me répondiez; je voulais vous dire que quand j’étais jeune vous étiez mon jouet préféré je jouais tous les jours avec vous (je vous adorais) maintenant je suis grande et je ne joue plus avec vous. J’aimerais savoir pourquoi toutes les Barbie sont belles et à la mode. Maintenant que je suis grande j’ai l’impression que vous êtes belle pour qu’on vous achète et que votre compagnie fasse de l’argent et que toutes les petites filles comme avant veuillent toutes vous acheter? J’aimerais que vous répondiez à ma question.

Une de vos fans, Supernana

PS: je garde quand même un très beau souvenir de vous; merci de me répondre. Bye bye.

.

Bonjour,

Un boucher met en étalage la viande fraîche et jette la viande avariée. Un maraîcher garde les poires blettes pour faire de la compote et pose les poires bien mûres dans les étals. Si un restaurateur brûle la soupe, il la jette et vous en prépare une autre. Si la fermeture-éclair d’une robe est faussée, si le cuir d’une mallette est lacéré, vous la rapportez au magasin et on vous en donne une autre. On peut parfaitement arguer que les gens qui font ça avec leurs produits le font parce qu’ils veulent les vendre mais aussi, un peu quand même, tout simplement parce qu’ils ne veulent pas gâcher leur travail. Je suis un objet de consommation et ma beauté est à vendre au même titre que mon cheval et mes accessoires. Ça ne me gène pas du tout de l’admettre. J’existe en tant que marchandise et sur ce plan, comme le bifteck, les poires, la soupe, les robes et les mallettes, il faut que je sois à mon meilleur et je le suis. Je ne décide même pas de cela. Je subis mon existence de marchandise et n’en tire aucune gratification.

Mais il faut comprendre aussi que je suis une figurine, une effigie, un totem, un miroir. Tu ne m’achèteras qu’une seule fois (en un moment commercial bref mais douloureux qui, fort légitimement, t’exaspère aujourd’hui) alors que tu joueras avec moi pendant des années. Cela t’apportera un grand bien-être parce qu’en moi tu t’incarneras joyeusement, à une époque de ta vie ou le cynisme marchand n’aura pas encore gorgé ton âme de doute et de colère. Je suis un des objets ordinaires de ta vie. J’existe dans cette dimension là aussi… surtout en fait. Et c’est la seule dimension qui compte vraiment pour moi.

Fondamentalement, si je suis belle et intelligente c’est parce que tu es belle et intelligente et que je te ressemble. D’ailleurs c’est bel et bien ce message attendri que t’envoie déjà ton cœur quand tu exprimes librement cette si touchante nostalgie à mon égard. Même sans savoir ton vrai nom, je pense à toi et je t’embrasse,

Barbie

.

106- VIVE LES BARBIE

.

J’adore les poupées Barbie. J’en fais la collection et ma tata aussi. J’aime bien KEN aussi, il a une bonne tête. Mais j’aime aussi la Barbie mariée. Je te fais de gros bisous.

Une admiratrice, Angélique

.

Je t’aime aussi, Angélique. Je vous aime toutes les deux, ta tante et toi, très profondément. Dis voir un peu, comment trouves-tu ma photo sur le site DIALOGUS?

Barbie

.

Salut Barbie,

Ta dernière lettre m’a fait super plaisir! Et pour répondre à ta question, je trouve que ta photo est super géniale, mais je regrette qu’on voie juste ta tête et pas une de tes tenues super-classe. Plus tard, j’aimerais devenir cuisinière. Je te demande si tu as déjà fait ce métier (tu en as fait tellement) et ce que tu en penses.

Gros bisous.

Ton admiratrice

.

Je suis vraiment fière de cette photo. Elle est tirée de l’ouvrage TWIST BARBIE qui est le troisième tome d’une très belle collection de livres de photos de mode sur moi, éditée au Japon au tournant du siècle par Madame Yomiuri Shimbun-Sha. La photographie ici est de Madame Miyoko Mizuhara, une grande collectionneuse japonaise de poupées mannequins. Je trouve qu’elle me cadre merveilleusement et saisit le jeu de mon regard avec une précision peu commune. C’est toujours très touchant d’être embellie ainsi par autant de talent et de générosité.

Je suis en effet un cordon bleu diplômé. J’ai énormément de respect pour les cuisiniers et les cuisinières. Je trouve que la gastronomie est, comme la musique, un art fin, beau, qui s’adresse directement aux sens. Je crois que tu mijotes là une très bonne idée pour ton futur métier.

Je t’embrasse.

Barbie

.

Merci Barbie pour ta dernière lettre. Une dernière chose, je suis dingue de la Chine. C’est mon pays préféré. Et toi, quel est le tien?

Ton amie: Angélique

.

L’AustralEurAsiAmérAfrique.

Barbie

.

Salut Barbie,

Désolée, mais je n’ai rien compris à ta dernière lettre.

Gros bisous.

Angélique

.

Et ceci, tu le comprends? Je t’aime!

Barbie

.

107- TA CHAMBRE

.

Chère Barbie,

Moi, Véronique, j’adore jouer avec toi. J’ai des accessoires qui traînent partout, sur mon lit, dans le salon et… dans la chambre de mon frère (qui est en fait la salle de jeux)! Mais toi, est-ce que tu ramasses dans ta chambre?

Véronique B.

.

Exactement comme toi, Véronique, j’ai beaucoup de difficulté à ranger ma chambre. Pourquoi sommes-nous donc comme ça? Ce n’est pas par amour du désordre ou par indifférence envers nos effets personnels en tout cas. Je dirais sans hésiter que c’est plutôt une forme de possession du monde. Quand un dossier de chaise a un de mes foulards posé dessus, le siège entier est à moi. Je peux m’y asseoir en toute quiétude. Quand un local est jonché (diraient nos détracteurs), balisé (dirions-nous) d’objets sûrs, tout va bien, nous le possédons. Nous l’avons domestiqué par cette manifestation permanente de notre existence exclusive que sont nos petits objets épars. C’est exactement comme en amour! Voilà Véronique, le désordre de notre chambre c’est une forme de relation amoureuse avec notre espace. Alors, tu comprends, ça fait inévitablement des petits jaloux ici et là.

Je t’embrasse.

Barbie

.

108- JE SUIS CONTRE BARBIE!

.

Je vous écris pour vous dire que je suis tout à fait contre Barbie! Oh, bien sûr, comme toutes les petites filles, j’en ai eu des Barbie. Et j’y jouais, j’y jouais tout le temps en m’imaginant des tas de situations, Barbie à la plage, Barbie chez le coiffeur, Barbie au ski. Et puis j’ai grandi et j’ai commencé à prendre du poids… et je me suis sentie complexée. Oh! je n’étais pas trop grosse, ni vraiment obèse, juste un peu de graisse en trop, mais à force de vous observer, vous et vos formes parfaites, je me suis dit que, finalement, si j’ai eu tant de mal à m’accepter, c’est à cause de vous et de votre corps qui complexe tant de petites filles qui se mettent à se croire moches à cause de vous! J’aurais honte à votre place!

Leïla

.

Cela ne me fait pas honte du tout. Cela me donne surtout envie de prendre un peu de poids pour dissiper un malentendu qui n’a absolument rien à voir avec le genre d’émotion que je souhaite susciter chez les femmes et les petites filles. Je suis très peinée de cette situation. Elle est contraire à ma volonté la plus profonde. Je récuse fermement de faire la promotion de la maigreur. Je ne suis pas coupable et je ne me laisserai pas traiter comme une coupable. Tu as bien subi des pressions venues d’autres personnes que moi, non?

Barbie

.

109- LETTRE DE TON FUTUR MARI

.

Salut Barbie,

J’aime bien jouer avec toi et ton Ken. D’ailleurs, je le trouve mignon, moi aussi, il est sexy, tu as de la chance de l’avoir, car les Bratz te l’auraient piqué! Dis, quand est-ce que ton prochain «toi» sortira? C’est quoi ta recette pour ne pas vieillir? Le Maquillagier ou Schwarzkopf? Je trouve ça méchant, les messieurs et les mesdames qui disent que tu n’es pas belle.

Je t’aime beaucoup.

Maxime, ton futur mari

.

Maxime,

Merci pour tes bons mots et tes questions taquines qui, de toute évidence, ne requièrent pas de réponses très précises. J’ai une question pour toi, moi aussi: voudrais-tu s’il te plaît qu’on ne se marie pas? Cela nous ferait faire l’économie d’un divorce hâtif. Hmmm?

Barbie

.

110- TES SŒURS

.

Salut Barbie!

Comment vas-tu? Moi je vais très bien! Bon, je voulais savoir comment vont tes sœurs et ce qu’elles font. Quel âge ont-elles? Et toi, quel métier exerces-tu en ce moment? Comment se nomment tes meilleures amies? Où habites-tu? Est-ce que tu penses que les petites filles du futur vont jouer avec toi?

Merci beaucoup. J’espère que tu me répondras vite!

Rosalie

.

Bonjour Rosalie,

Je n’ai que deux sœurs: Skipper et Kelly. Elles ont toutes les deux dix-sept ans, pour toujours. Elles sont encore à Malibu et poursuivent leurs études. Mes meilleures amies sont toutes les petites filles de la terre, quel que soit leur âge (certaines sont déjà grands-mères). Je crois que les petites filles du futur joueront encore très longtemps avec moi.

Et mon métier actuel? En ce moment même, je suis «personnage historique inclassable» chez DIALOGUS. C’est un travail captivant.

Ton amie.

Barbie

.

111- J’AIME LES BARBIE, SURTOUT LES SIRÈNES

.

Bonjour, je m’appelle Orsanne et j’ai 5 ans (c’est ma grande sœur qui écrit). Je voulais te dire que j’aime beaucoup les Barbie, que je suis très contente de t’écrire et que j’ai une belle robe de princesse Barbie rose avec des paillettes. Mes Barbie, elles sont très très belles.

Je te fais un gros bisou.

Orsanne

.

Un grand merci à vous deux Orsanne, toi et ta sœur. Je suis très heureuse de vous rendre heureuses.

Je vous embrasse.

Barbie

.

112- J’AIME JOUER AVEC TOI!

.

Salut Barbie,

Tu sais, je t’adore et tu es mon jouet préféré. J’essaie de jouer avec toi très souvent, car chez moi, j’ai plein de Barbie et mon frère dit que j’en ai trop! Moi, je lui dis que j’aime jouer à Barbie et qu’il n’y changera pas grand-chose! Bref, tout le monde dit que c’est pour les bébés, mais moi je suis contre!

Je t’adore, tu es belle et même que Ken est amoureux de toi, il a de la chance de t’avoir!

Anouk, celle qui t’aime fort!

.

Je t’aime aussi, Anouk. La réaction des petits garçons face à leurs sœurs qui jouent avec moi est viscérale et de peu d’importance. N’écoute pas ces voix qui me dénigrent. Profite du plaisir que tu vis avec moi, car il ne durera pas toujours. La meilleure critique de ta Barbie viendra un jour du fond de ton propre cœur. C’est la seule et unique voix qu’il faudra écouter. Cette voix-là, c’est celle qui te sortira doucement de l’enfance. Mais, pour l’instant, prends bien ton temps et amuse-toi tout plein.

Ta Barbie, c’est-à-dire toutes tes Barbie

.

C’est toujours Anouk. Merci d’avoir répondu à ma lettre. J’ai oublié de te dire est-ce que tu pourrais me parler de ta rencontre avec Ken? Ce n’est pas grave si tu veux pas, mais je suis tellement curieuse et je t’aime tellement que j’ai envie de savoir des choses sur toi. J’ai une autre question: tu aimes beaucoup les enfants? Si tu aimes les enfants, tu devrais peut-être en avoir? (Tu peux ne pas me répondre, c’est ta vie privée!) Dis-moi sincèrement, je suis ta meilleure amie? Moi, je veux bien! Tu connais sûrement les My Scene, les Flàvas, les Bratz etc… et tu joues parfois avec elles?

À bientôt.

Anouk

.

Sur ma rencontre avec Ken, je te recommande la lecture de l’échange intitulé: «COMMENT TU AS RENCONTRÉ KEN?» (numéro 28) Sur mon opinion à propos des My Scene, des Flàvas et des Bratz, il faut lire mon échange intitulé «LES MY SCENE» (numéro 102). Kelly est mon enfant dans certains scénarios. Et…

Tu es ma meilleure amie, Anouk.

Barbie

.

Salut Barbie,

Vu que je suis ta meilleure amie et que tu es la mienne, je peux te dire tous mes secrets? Là, j’en ai un. En fait, c’est une question: mon frère m’embête. Comment faire? J’essaie de l’éviter, mais il y a des fois où je n’en peux plus! Dis-moi ton avis et aussi comment faire. Ah oui, je n’ai pas bien compris ta rencontre avec Ken. Tu peux me l’expliquer une autre fois s’il te plaît? Et aussi si tu as un enfant?

Je t’aime Barbie!

Salut,

Anouk, ta meilleure amie qui t’adore!

.

Bonjour Anouk,

Il faut tenir tête à ton frère. Ne pas céder un pouce de terrain. Rendre les coups mais combattre le feu par l’eau, pas par le feu. Les frères sont jaloux de leurs sœurs. Pour les rendre moins jaloux, il faut les rendre plus intelligents. C’est une tâche énorme mais tu vas devoir éduquer ton frère, ma chère Anouk.

Il faut lire sur DIALOGUS dans ma correspondance l’échange intitulé «COMMENT TU AS RENCONTRÉ KEN?» (numéro 28).

Je n’ai pas d’enfants.

Bisous.

Barbie

.

113- JE VEUX TE PARLER

.

Salut la Barbie,

Je voudrais que tu me donnes un site où on puisse te parler. J’aime les trucs comme ça et où on puisse parler avec ton amoureux. Bien non, réponds-moi à mon adresse.

Bibounet

.

Ici: DIALOGUS. Ça ira parfaitement pour communiquer avec moi. Pour parler avec Ken, là il va te falloir trouver par tes propres moyens.

Barbie

.

114- BARBIE GIRL

.

Allô Barbie,

Tu as l’image d’une parfaite idiote tu sais? Si tu n’avais pas fait la conne, peut-être que l’intelligence des blondes ne serait pas sous-estimée. Je suis blonde moi-même et on se moque de moi tous les jours. On me traite de Barbie. Incroyable, n’est-ce pas? Tu peux être fière de toi, espèce de laide! T’es stupideeee!

Ken

.

Oh! Tu n’es pas mal non plus, dans le registre!

Courage,

Barbie

.

115- DU SUPER MODÈLE JUSQU’AU VULGAIRE OBJET

.

Quand j’étais petite, je voulais être comme vous. D’ailleurs, chaque petite fille a sûrement déjà rêvé de vous ressembler. Mais avec le temps, votre statut de modèle de petite fille a beaucoup changé. Maintenant, on vous voit comme la femme parfaite ayant la vie parfaite, le visage parfait, le corps. Et on ne dit pas cela en compliment, on dit cela en insulte. On vous voit comme une vulgaire affiche avec un message étampé dans la figure disant: «Soyez comme moi! Devenez le stupide clône que je suis!» Comment supportez-vous cette pression? Que pensez-vous de cette opinion? Est-elle vraie ou fausse?

D’une «petite» québécoise qui aura 13 ans la semaine prochaine.

Daphnée

.

Fausse, naturellement. Ton argumentation stipule que je suis passée d’un modèle à un objet. C’est bien ambivalent comme idée. Je ne serais donc désormais qu’un objet. Si c’est le cas, il ne faut pas continuer de m’ériger en modèle en me faisant dire des choses comme: «Deviens comme moi». Le fond de l’affaire est que tu t’en fichais bien, enfant, de cette idée de modèle. C’est dans ce temps-là que je n’étais qu’un objet pour toi. J’étais un peu miroir, certes, mais j’étais surtout poupée, trésor, jouet. J’avais des vêtements, des accessoires et c’était bien marrant. C’est d’avoir grandi que tu m’imputes à ce jour ce statut parasitaire de modèle. Tu me rejettes alors, à raison. C’est la fin de l’enfance.

Réfléchis bien à ta trajectoire. Ce sera pour te rendre compte que je ne suis pas passée de modèle à objet mais bien d’objet à modèle. Et, comme cela ne m’intéresse pas du tout d’être un modèle contraignant pour qui que ce soit, je te redis que tu as bien raison de me rejeter, maintenant que tu n’as plus la capacité enfantine de me traiter comme un simple (ou «vulgaire») petit objet innocent, amusant, scintillant et rose. Tu deviens adulte. Les adultes me prennent pour un modèle et m’insultent pour cela. Les enfants comprennent que je ne suis qu’un objet et m’aiment pour cela.

Ta Barbie de jadis

.

Ai-je dit que j’étais d’accord avec cette opinion?

Daphnée

.

Disons que tu n’as pas trop dit que tu étais contre.

Barbie

.

Disons que je n’ai pas dit que j’étais pour.

Daphnée

.

Disons que tu pourrais maintenant en profiter pour me dire ce que tu penses vraiment de moi.

Barbie

.

Vous êtes encore un jouet et un modèle avec lequel j’ai joué durant mon enfance et je tiens à vous remercier pour cela… (j’aurai 13 ans demain).

Ciao.

Daphnée

.

116- J’AI PLEIN DE BARBIE CHEZ MOI

.

Barbie, tu es très belle, moi j’aime beaucoup les Barbie. Moi aussi je veux t’écrire pour que tu m’envoies un courriel. Barbie, je suis fan de toi, j’ai plein de Barbie chez moi. Mes copines et moi, on t’adore toutes. Un jour, je vais travailler pour faire des Barbie.

Merci.

Clémence

.

C’est une très belle idée de carrière que tu formules ici, Clémence. Les dames qui travaillent sur les détails fins de ma conception sont des personnes très articulées qui connaissent bien les ressorts de la sensibilité féminine. Je suis certaine que tu figurerais en bonne place au sein de leur équipe.

Je t’embrasse.

Barbie

.

117- TES AMIS, TES PASSIONS…

.

Bonjour Barbie,

Je voulais savoir si un jour tu allais te marier avec Ken, parce que, dis donc, ça va faire longtemps que vous êtes des amoureux. Autrement, quels sont tes amis les plus proches et tes rivales? Je suis abonnée à ton fan club, je t’adore! Tu es très belle. J’aimerais bien te ressembler. Quelles sont tes passions dans la vie? Connais-tu un site où je pourrais avoir tout l’historique de ta vie?

Merci de ta réponse.

Jenna Loiseau

.

Ah, bonjour!

Je n’ai aucune intention d’épouser Ken et je suis sans rivale. Mes meilleures amies sont les millions de petites filles qui jouent avec moi. Je ne connais pas de site sur moi-même, et mes passions, ce sont les multiples métiers et professions que j’exerce et qui font de moi une femme pleinement épanouie. Moi aussi je te trouve très belle, Jenna. Cela doit être si merveilleux d’être en vie, juste comme toi.

Ta poupée qui t’aime.

Barbie

.

Coucou Barbie,

C’est Jenna. Je t’avais déjà envoyé un courriel l’autre jour et tu m’avais répondu. J’étais très contente. Aujourd’hui à l’école, le maître nous a demandé de faire un dessin au crayon et je t’ai dessinée. Pourquoi ne veux-tu pas te marier avec Ken? Moi à l’école, j’ai un amoureux qui s’appelle Romain. Et plus tard, on va avoir des bébés. Plus tard, je voudrais faire chanteuse ou Barbie. Je te fais de gros bisous. À bientôt.

Jenna Loiseau

.

Ken est un peu trop conventionnel. Il ne ferait pas un très bon papa, surtout pour une petite fille. Avant de faire des bébés avec Romain, observe-le bien sous toutes les coutures. On ne fait pas un enfant avec n’importe qui, Jenna.

Je t’embrasse tendrement.

Ta Barbie

.

118- TU ES MON MODÈLE À SUIVRE!

.

Salut Barbie,

Je suis trop contente de pouvoir enfin te parler! Je suis une fan de toi et je savais même pas que tu étais morte, mais là, je suis trop contente franchement! J’aimerais trop te ressembler. Aurais-tu des conseils à me donner pour devenir une deuxième toi? Tu es mon modèle à suivre! J’aime ta façon d’être et je suis complètement amoureuse de Ken (désolée)! Ta fille Shelly se porte bien, je prends soin d’elle.

Je t’embrasse. À bientôt.

Alicia, membre du club Barbie, 15 ans

.

Je ne suis pas morte, Alicia. Je suis fictive. Ma vie est aussi longue que la mémoire qui me contemple. Ma créatrice, Madame Ruth Handler, est morte en 2002. C’est cela qui m’a fait accéder à DIALOGUS, comme tous les personnages fictifs qui m’accompagnent ici.

Pour me ressembler Alicia, c’est simple. Il ne faut jamais transiger avec ton idéal. Il faut faire ce que tu veux. Tu en as le droit. Tu es une fille et tout est permis aux filles. Le monde est à conquérir. Vas-y et sois toi, toi jusqu’au bout des ongles… qu’il faut toujours bien soigner, au demeurant.

Je t’embrasse.

Ta Barbie

.

119- BARBIE-AU-SAUT-DU-LIT…

.

Pourquoi Barbie est-elle manucurée, bien coiffée et toute maquillée à tout moment? Je trouve nul que tu véhicules une image aussi nase de la femme-objet. Tu vas me dire que c’est faux, mais tu as toujours eu cette image et elle te poursuivra, à moins peut-être de faire une Barbie-mécano ou une Barbie-qui-descend-les-poubelles, Barbie-au-saut-du-lit, etc.

Lupuce

.

Tu viens de l’inventer. Elle est donc vouée à l’existence. C’est d’ailleurs une excellente idée.

Barbie

.

120- AMIS DE KEN

.

Bonjour,

Je suis un jeune gay. J’ai très longtemps joué avec des poupées Barbie, mais j’ai été déçu, car je trouve que ton homme Ken est loin des sex symbols masculins alors que tu es toute la grâce de la féminité! N’y aurait-il pas moyen que tu me présentes des amis de Ken qui seraient proches de mon idéal masculin? Merci d’avance.

Tanguy

.

Bonjour Tanguy,

Je crois bien que vous êtes le premier garçon gay à venir me visiter chez DIALOGUS. J’en suis très honorée. J’aime bien l’idée que vous ayez joué avec moi dans votre enfance. Cela me remue profondément. J’ai bien peur par contre de ne pas pouvoir faire grand-chose pour vous. Le fait est que tous les amis de Ken que je connais sont aussi toc que lui.

Bon courage dans votre quête.

Barbie

.

121- SCÉNARIO D’UNE VIE DE BARBIE

.

Salut Barbie!

Voilà, je fais un exposé d’anglais vendredi prochain et devine qui est l’héroïne principale? Tu ne trouves pas? Eh bien voilà, j’ai entendu dire que ta compagnie de production faisait un peu de publicité sur ta relation avec Ken ou plutôt sur ta rupture d’avec Ken pour un certain Blaine. Comme ça fait un moment que je suis sortie de l’univers de Barbie, je me permets de te demander personnellement si tu peux me donner ta version de l’histoire avec un maximum de détails.

Merci d’avance.

Sophie

.

Ken est gentil mais un peu trop conservateur. Nous nous sommes quittés bons amis. Blaine est charmant. Je me sens bien quand je suis avec lui. C’est un Australien, tu sais. Il est marrant et il est moderne. Je me rends compte que ce n’est pas facile d’être le copain de Barbie, il faut avoir la modestie de rester dans l’ombre un peu. C’est le lot de côtoyer une femme d’une grande célébrité. Blaine y arrive sans perdre sa simplicité et sa gentillesse. Il ne connaît pas la jalousie. C’est là un atout précieux quand on est le copain de Barbie. Je ne peux pas développer beaucoup plus, Sophie. Je dois laisser l’imagination des petites filles qui jouent avec moi compléter les blancs du scénario. C’est la règle du jeu. Tu comprends? À toi de jouer donc.

Je t’embrasse.

Barbie

.

Merci de m’avoir répondu, j’ai cartonné grâce à toi.

Bonne continuation.

Sophie

.

122- QUE TROUVE-TU À KEN?

.

Salut Barbie!

Nous voulons savoir: Ken, qu’est-ce que tu lui trouves?

Bonne réception.

Laurent et Aurélie

.

Plus rien, pour tout dire.

Barbie

.

123- J’EN RÊVAIS…

.

Quel plaisir d’écrire à ma poupée préférée! Je suis une fan de 26 ans. Je t’ai aimée, mais j’ai donné mes poupées à une petite fille qui t’aime tout autant. J’ai préféré que Barbie Marina et Bobby continuent à vivre plutôt qu’elles soient enfermées. Je me souviens de ma première poupée… J’ai cru que c’était un rêve tellement j’en rêvais.

Love,

Laury

.

Je t’aime aussi, Laury. Je suis vraiment profondément touchée par ta générosité.

Amour,

Barbie

.

124- TU ES COMME UNE GRANDE SŒUR

.

Bonjour,

Je m’appelle Anaïs et j’ai 7 ans et demi. Je te trouve très belle, et j’aimerais bien te ressembler car tu es très gentille. Ce que j’aime le plus, c’est de pouvoir jouer avec toi quand je suis toute seule. Tu es comme une grande sœur pour moi.

Je te fais plein de gros bisous. À bientôt.

Anaïs.

.

Anaïs,

Je suis comme une grande sœur, mais je suis la plus petite de nous deux. Tu es comme une petite sœur, mais tu es la plus grande de nous deux et c’est toujours toi qui nous anime et nous amuse. C’est cela qui fait que nous sommes faites l’une pour l’autre.

Ta Barbie

.

125- UN PEU D’HUMILITÉ, S’IL-VOUS-PLAIT

.

Chère Barbie,

Pardonne-moi mon impolitesse, mais je trouve que tu manques un peu d’humilité et fais preuve d’un égoïsme sans nom. Avec toutes ces voitures, ces maisons et ces caravanes, sans compter ta garde-robe et tes centaines de paires de chaussures, ne penses-tu pas à ceux qui ont moins que toi? Pourquoi te la pètes-tu ainsi? As-tu hérité d’une fortune? Ou as-tu commis des faits délictueux pour posséder tout ça?

Bien humblement.

Petit Lutin (un brin jaloux)

.

Cher Petit Lutin,

Ma maison est une maison-jouet. Elle n’appartient qu’à celles qui jouent avec elle. Ma fortune est une illusion pour faiseurs de toc. La jalouser est une fameuse fadaise. Il faut te ressaisir.

Humblement.

Barbie

.

Humble Barbie,

De grâce, modérons-nous et sachons raison garder, j’ai eu l’occasion de lire quelques lettres qui t’ont été adressées et, de temps en temps, leur auteur se montrait tout comme moi, discourtois voir grossier, et je ne suis pas créature à m’acharner sur les jeunes femmes. Alors, malgré mon overdose de rose bonbon, de dessins animés pendant les Fêtes (votre voix française est d’une tonalité des plus aiguë) et votre monopole dans le rayon des jouets pour filles, je voulais saluer votre courage et votre calme face à nous tous, petits êtres irrévérencieux.

Un petit barbisou sur la joue, bien honnêtement.

Petit Lutin (qui tombe sous le charme de votre personnalité)

.

Merci Petit Lutin. Tu lutines un peu trop, mais je ferme les yeux.

Barbie

.

126- COMPLEXE D’ŒDIPE

.

Bonjour Barbie,

J’avoue que la réponse à une question précédente me laisse de marbre: «quand Madame Ruth Handler m’a inventée en 1959, elle avait deux enfants, Barbara Handler et Kenneth Handler. Nous avons donc été nommés d’après ces deux personnes, qui étaient frère et soeur»  (échange numéro 96). Ainsi cela ferait de Barbie et Ken un couple incestueux?

Dans l’attente de ton agréable réponse,

Lucas Christmann

.

Si Dominique épouse Dominique, Dominique la femme et Dominique l’homme sont-ils pour autant narcissiques? Bien sûr que non. Le même nom peut être porté par différentes personnes et on s’en accommode toujours très bien. C’est ce qui s’est passé ici. Vous pouvez laisser Œdipe à Corinthe. Il n’entre pas à Thèbes dans mon univers. Un couple Barbie-Jocaste, Ken-Œdipe n’est pas pour demain.

Bisous.

Barbie

.

127- KEN ET LE ROSE

.

Il semblerait que tu te sois lassée de Ken et que vous ayez rompu! Mais du rose, tu ne t’en lasses pas?

Henry Swanny

.

J’aime toutes les couleurs et ne m’en lasse jamais. Le rose est une couleur, donc etc. C’est le syllogisme polychrome!

Barbie

.

128- ENCORE KEN…

.

Comment va Ken?

Delmot

.

Il se cafarde un peu, pour tout dire. Il continue de s’apitoyer sur son sort. Mais, comme il ne s’autocritique pas encore trop, c’est donc qu’il continue toujours d’assurer pour la galerie.

Barbie

.

129- TOUR DE POITRINE

.

Salut Barbie,

Je suis un garçon et j’ai jamais aimé Barbie, mais je me suis posé la question: combien fais-tu de tour de poitrine?

Un mec qui s’informe,

Toulouse Pancho

.

Je mesure 28 centimètres de haut et mon tour de poitrine est de… quelques malheureux millimètres.

Une nana qui se défend,

Barbie

.

130- RÉFLEXION À PROPOS DE VOTRE CHEVELURE

.

Coudret Vidal, le 11 avril 2005,

Toulouse

À Barbie

Poupée Barbie

Lac des cygnes

Objet: Réflexion à propos de votre chevelure et son importance pour les petites filles comme moi

Mme Barbie,

Je me présente, je suis une collégienne qui a passé son enfance à jouer à Barbie. C’était une véritable passion et j’avoue que ça passait au-dessus de tout le reste. Malgré cela, il y avait toujours un détail qui me gênait, et pas seulement moi, qui était surtout présent dans les publicités à la télé, c’est que vous étiez le plus souvent teinte en blonde alors que je rêvais d’être comme vous. Hélas, je n’avais aucune chance de me teindre en blonde comme vous l’étiez, car tout le monde dans ma famille hait les blondes, et si je m’étais teinte en blonde, j’aurais gâché les liens que j’ai avec ma famille.

Tout cela pour vous poser une question: Pourquoi êtes-vous le plus souvent teinte en blonde? Est-ce pour garder cette attitude de «star hollywoodienne» ou pour défier les «blondasses», mot employé par les jeunes d’aujourd’hui envers les respectables femmes blondes. Je pense que, en respect pour la majorité des petites filles brunes, rousses ou châtaines, qui ont de plus en plus de mal à se reconnaître dans la Barbie d’aujourd’hui et qui se trouvent frustrées plus tard, vous auriez dû vous teindre autant de fois brune, rousse, châtain que blonde. J’espère que vous allez beaucoup réfléchir à ceci et peut-être réaliserez-vous que vous n’êtes pas si parfaite que cela. Je vous assure de ma foi la plus sincère.

Célia, qui croit encore en vous,

.

Célia,

Tu as bien raison de ne pas cesser de croire en moi pour une simple histoire de permanente… d’éphémère et évanescente permanente pour laquelle tu as eu la sagesse de ne pas basculer dans des conflits familiaux stériles. Je ne suis pas exclusivement blonde! Je ne comprends pas pourquoi on me voit plus blonde que brune, pie ou rousse. J’ai toutes les couleurs de cheveux, crois-moi. Regarde simplement ma photo de DIALOGUS. Es-tu surprise par cette image?

Je tiens aussi à te dire du fond du cœur que tes cheveux sont bien plus beaux que les miens, Célia. Ils l’ont toujours, toujours, toujours été. Ils ont la vérité de la vie. Rien ne vaincra jamais la puissance tranquille de cette beauté-là. Jamais.

Ta Barbie qui t’aime

.

131- «THE» BARBIE

.

Salut Barbie,

Comme tout le monde, j’ai joué avec toi. Ma pauvre, comme tu as dû souffrir entre mes mains! Enfin, tu sais, moi, j’ai toujours pensé que Barbie n’était pas quelqu’un, elle ne vivait que par mon intermédiaire. Alors qu’en fait, tu sembles être quelqu’un! Mais j’avoue que tu as l’air un peu, permets-moi l’expression, conne sur les bords. Forcément, à ta place, je n’irais pas dire ça, mais qu’en penses-tu? Moi, mon cerveau, je l’ai eu d’occasion! Alors, tu sais, comme je dis souvent, à chacun sa merde!

Voilà, c’est tout, désolée de t’avoir embêtée et désolée aussi des termes injurieux qui ont dû te choquer. Je ne suis pas là pour te faire des reproches, parce que je me suis vraiment bien amusée avec mes Barbie. Elles avaient un métier, genre delphinologue ou docteur! Et qui avaient plein d’enfants, avec un dénommé Thibault. Tu connais? Mais bon, chacun fait son histoire alors! Tu n’as jamais rêvé de sortir avec un acteur? Parce que moi, si, mais je ne suis pas Barbie, alors bon. Parce que tu es avec qui en ce moment? Tu as cassé avec Ken, c’est ça? C’est très judicieux de ta part, il n’est pas terrible comme mec! Pour choix ne prends pas non plus Action Man, avec ses muscles… pouah. Moi, je suis une fan de Josh Hartnett. Mais je ne sais pas si tu le connais. Peut-être que si, après tout, parce que tu es encore jeune, même si ça fait 50 ans que tu existes. Tu en penses quoi des filles qui sont devenues de vraies Barbie? Ça t’embête pas qu’on copie ton style? Non, parce que tu es généreuse, c’est vrai. Dis, tu as eu un appareil? Et de l’acné? Enfin, je dis ça. Tu connais le nouvel acteur français du moment? Jean Baptiste Maunier? Peut-être pas! Ce serait cool que si, parce que moi, je suis réellement une fan!

Ça fait dix-huit lignes que j’ai dit que j’arrêterais ma lettre! Mais c’est que ça m’éclate de t’écrire. Par contre, je n’aurai peut-être pas de réponse. J’aimerais beaucoup, tu sais, avoir une réponse! Au fait, je peux te tutoyer? Parce qu’on n’a pas gardé les vaches ensemble alors… But what inspiration inspires me today? C’est fou quant même! J’ai écrit à beaucoup de monde, mais seuls Achille et Cassandre m’ont répondu… et Diogène aussi! Je lui avais demandé si la connerie était humaine. Il m’a répondu ça: «Je crains bien que oui! Car c’est le propre de l’homme que d’avoir la raison. Jusqu’à preuve du contraire, de tous les êtres de la Cité, seul l’homme est capable de bêtise et d’imbécillité. Contrairement à l’animal qui, lui, ne fait pas d’effort pour être… bête! Fascinant tout de même! De tous les animaux, seul l’homme choisit d’être bête, c’est-à-dire tend naturellement à se comporter comme une bête bête.» Je suis contente qu’il m’ait répondu. Alors, s’il vous plaît, répondez-moi! Je suis juste quelqu’un un peu fatigué qui a raconté n’importe quoi dans cette lettre, mais qui tient au moins à recevoir un court message de la Barbie qui a bercé toute son enfance. Serait-ce trop vous demander que quelques mots écrits dans un courriel? Je sais que je n’ai écrit que des bêtises, mais il est trop tard pour reculer. Ce qui est fait est fait. Il ne faut pas regretter. Je vous adore chère Barbie et, bien que je vous aie fait beaucoup de mal, surtout au niveau des cheveux (apparemment vous avez une super coiffeuse, vous me donnez son adresse?). J’attends impatiemment votre réponse.

Diane

P.S.: Je connais une petite fille qui s’appelle Alex qui vous adore et qui se demandait si vous connaissiez bien Action Man? Gros bisous de sa part et de la part de son demi-frère.

.

Ceci est l’une des très belles lettres que j’ai reçues. Merci Diane. Je pense très fort à toi, mais je préfère de beaucoup ne pas encombrer cet échange avec une rafale de réponses à tes si belles questions en cascade cristalline. C’est que je veux que tu règnes ici.

Ta poupée docile, Barbie

.

Barbie,

J’ai comme senti une profonde ironie en lisant ta lettre. Si cela est vrai, je peux le comprendre. Les questions posées n’avaient pas le moindre intérêt, et certaines expressions que j’ai employées étaient dénuées de toute forme de politesse. Ainsi j’en suis absolument confuse et j’espère que ma lettre ne t’a pas blessée. Je crois que tu es plus forte que des mots, même si ceux-ci sont durs parfois.

Quant à ce message, si court soit-il, il n’est pas ironique, même si tu peux le penser. C’est avec toute ma jeunesse que je te remercie de ces si beaux moments que tu m’as fait passer. Aujourd’hui, grâce à ces histoires que j’ai inventées, j’ai envie de devenir actrice. Ou du moins de faire du théâtre. J’ignore si mes désirs d’adolescente me poursuivront, mais il est clair que j’ai peur de ne pas pouvoir les réaliser. J’ai juste une question à te poser. Ta dernière phrase ne trouve pas de sens à mes yeux: «C’est que je veux que tu règnes ici.»

Je t’embrasse bien affectueusement.

Diane

.

Je veux que tu règnes ici dans mon officine de DIALOGUS, Diane. Parce que c’est toi qui me donne mon existence. Je suis une effigie, une marionnette. Je ne m’en cache pas. Une future actrice comme toi comprend cela. Les personnages que tu incarneras aussi te devront tout de leur existence. Tu régneras en eux aussi.

Il n’y avait absolument aucune ironie dans ma réaction à ta lettre. Juste une douce et grande joie. Elle m’a tellement plu. Elle était fraîche, enjouée, mordante, délicieusement nature et digressante. Elle était écrite par la vraie jeune fille à laquelle j’aspire tant à ressembler. Elle venait du cœur de la sage sculpteuse dont je suis le modeste totem. Elle brillait de mille feux.

Je t’embrasse très tendrement.

Barbie

.

132- LE JOUET COMPLEXANT

.

Tu n’as pas l’impression d’être trop parfaite? Tu complexes tout le monde! Tu es trop énervante! Quand l’adolescence arrive et que l’on se rend compte que nous n’aurons jamais tes formes, on te met dans un placard! Comment va ton nouveau gars? Il est encore mieux que Ken? C’est un bon coup?

Bye, le jouet complexant

Micijen

.

Tu sais, le violeur type dit au juge: «Elle était trop belle, Votre Honneur, trop provocante. Elle était habillée trop joliment. Elle était trop parfaite, elle complexait tout le monde. Elle était trop énervante. C’est pour cela que je l’ai violée. Pour assouvir, naturellement. Mais aussi, pour la remettre un peu dans son placard.» Saisissante similarité, tu ne trouves pas?

Me laisser accuser, me laisser victimiser, ce n’est vraiment pas pour moi. J’ai envie d’être belle et je le serai. Ma beauté, ce n’est pas ma faute. Je suis déterminée comme cela et je ne vais pas fuir ma propre réalité. J’ai le droit d’être qui je suis et qui je veux être, sans me faire constamment agresser et accuser de complexer les autres. Que les complexés que ca indispose achètent des Hydralisks. Leur hideur et leur méchanceté devraient tout débalancer en un tour de main.

Et me mettre dans un placard dès l’adolescence n’est pas une si mauvaise idée en soi. Je suis un jouet d’enfant. À la fin de l’enfance, il y a beaucoup de moments de rêves et des bouffées de féeries qui se retrouvent au placard du passé. Mes limites font partie de mon existence. Je les assume aussi. À l’aube de la vraie vie adulte, on a parfois moins besoin d’une petite poupée, effigie adulte, pour apprivoiser ses peurs prospectives.

Barbie

.

133- JE VEUX UNE BARBIE

.

Salut,

C’est mon anniversaire aujourd’hui. Je veux une Barbie.

Marie Bru

.

Prends-moi!

Barbie

.

134- DÉLICIEUSE ICÔNE…

.

Bonjour à toi, délicieuse icône devant laquelle les dieux du rêve et de la fantaisie viennent se prosterner en souriant, les yeux plongés dans ton ineffable regard bleu (si ce n’est dans la profondeur de ton décolleté innocent). Tu es la seule poupée que je n’aie pas abandonnée à mes petites cousines, et tu trônes encore sur mon étagère, tes vaporeux cheveux d’or encadrant ton minois adorable, qui ne vieillit jamais et qui se métamorphose au gré des modes et des canons qui se succèdent.

Si tu le veux bien, jolie fleur, j’ai quelques questions à te poser: tout d’abord, où est passé ce blond frais et ensoleillé qui régnait dans tes cheveux au début des années 1980 et qui donnait l’impression que la lumière du jour y était restée prisonnière pour s’y être trop attardé? Pourquoi avoir troqué ce blond adorable pour une couleur plus claire, plus artificielle, presque platine… la mode? Est-ce toi qui as choisi cette nouvelle teinte ou est-ce que ton manager te l’a plus ou moins imposée? Bah, tu restes de toute manière la plus belle poupée du monde, incontestablement, mais je dois dire que je te trouvais plus envoûtante encore avec ton ancienne couleur.

Ma deuxième question me tarabuste depuis que je suis petite fille: pourquoi tes pieds font-ils les pointes? est-ce pour que l’on puisse te chausser des escarpins à haut talons? Je pense que c’est la raison la plus évidente…

Pour finir cette lettre, je voudrais juste te féliciter de la finesse d’esprit et de la subtilité dont tu fais preuve dans tes lettres: j’ai lu quelques-unes de tes réponses, et m’en voilà à la fois toute charmée, tout attendrie, et tout impressionnée! Belle, gracieuse, ouverte, intelligente… je commence à comprendre pourquoi tu es le numéro 1 dans les ventes de poupées, et ce depuis des années!

Garde toujours cet éternel sourire qui fait rêver les petites filles du monde entier, et que l’on peut même contempler à travers l’emballage transparent du magasin, et garde aussi ces jambes délicieuses qui dansent sous tes jupes et qui font rêver les plus grandes…

À très bientôt petite fée!

Lutèce

.

Bonjour Lutèce et merci du fond du cœur pour ces bons mots si doux.

Sur mes cheveux: la barbe!

C’est un peu abrupt dans l’hirsute, mais j’ai répondu trop souvent à cette petite avanie et j’en suis lasse. Continue de te balader en mon officine. Tu y trouveras perruque à ta méditation et tu t’amuseras bien de la sincérité admirable de toutes mes extraordinaires admiratrices que j’adore.

Sur la posture des pieds: le pied!

C’est sensuel et jubilatoire et tu le mérites car cette question, elle toute nouvelle ici, me fait immensément plaisir. J’ai les pieds en pointes pour accomplir six opérations capitales. Tu as fort bien su dénicher la première:

1- enfiler les talons aiguilles de ma tenue de soirée;

2- me hisser pour prendre un important dossier dans mon bureau de direction aux étagères conçues pour un mec;

3- sauter du plongeoir, la natation étant un de mes sports favoris;

4- produire une pointe de ballet, un de mes hobbys incontournables;

5- appuyer en finesse sur les pédales de ma décapotable dans les rues larges et ensoleillées de Malibu;

6- Marcher silencieusement dans la villa parce que ma petite soeur dort.

J’adore mes pieds et mes jambes. Le beau commentaire qu’ils te suscitent me touche vraiment très profondément.

Je t’enlace tendrement, Lutèce, fille-ville-lumière.

Barbie

.

Rebonjour petite fée,

Tout d’abord merci pour la réponse concernant tes pieds (hé hé…)! Oh je me souviens en effet des ballerines roses et du tutu que Maman m’avait offert lorsque j’avais tout juste 6 ou 7 ans, et que je t’avais offert à mon tour! La mention de ton activité favorite (la danse classique) me rappelle cette anecdote émouvante. Je me souviens très bien de ma première Barbie aussi… nous avions été te choisir au magasin; tu me souriais d’un air complice à travers l’emballage plastique, et je t’ai reçue ce jour là, des mains de ma mère, comme un mécène recevrait le Da Vinci ou le Botticelli qu’il avait commandé depuis des années à ces artistes en personnes.

Une dernière question je te prie (très technique celle-là): pourquoi est-ce que mes messages ne s’affichent pas sur DIALOGUS? En effet je reçois tes réponses directement dans ma boîte mail. Est-ce que c’est parce que le Outlook du cybercafé duquel je t’écris n’est pas configuré et que je dois passer par ma boîte mail pour t’écrire? Désolée de t’affubler de questions aussi barbantes et stupides…

Toute à toi, ma Barbie d’amour, comme tu fus toute à moi autrefois…

Je t’aime,

Lutèce

.

Des gens très discrets mais très gentils vont revoir notre échange, l’éditer et le placer sur le site DIALOGUS très bientôt.

Merci de me rappeler ainsi le beau souvenir de notre rencontre.

Barbie

.

135- PLUSIEURS QUESTIONS, PLUSIEURS SUJETS

.

Bonjour, Barbie!

Je m’appelle Aqsa, je suis pakistanaise et j’ai 14 ans; je trouve que vous êtes très jolie. Est-ce que vous avez fait de la chirurgie esthétique? et comment cela va-t-il avec Ken?

Je voudrais savoir, au sujet de vos robes, quelle couleur vous trouvez la plus belle?

Avez vous déjà été miss?

Et votre famille va-t-elle bien?

Combien de Ken avez-vous eus dans votre vie?

As-tu déjà eu des rapports sexuels avec Ken?

Combien as-tu eu d’enfants avec lui?

Est-ce que tu trouves que l’amour c’est beau?

J’attends de ta part ta réponse et ce serait gentil de prendre du temps à toi pour me répondre.

J’attendrais. Merci.

Aqsa

.

Bonjour Aqsa,

Je suis profondément touchée par ta lettre. Voyons d’abord tes questions.

Est-ce que vous avez fait de la chirurgie esthétique?

Jamais. C’est une horreur qu’il faut soigneusement éviter.

Comment ça va avec Ken?

Pas fort. Nous sommes séparés.

Quelle couleur de robe trouvez-vous la plus belle?

Le polychrome…

Avez vous déjà été miss?

Oui. Miss Femme Éternelle.

Votre famille va bien?

Impec.

Combien de Ken avez-vous eu dans votre vie?

Des millions.

Avez-vous déjà eu des rapports sexuels avec Ken?

Bien sûr. Et, bon… pas de quoi pavoiser.

Combien avez-vous eu d’enfants avec lui?

Aucun traumatisé n’a jailli de notre pathétique union.

Est-ce que tu trouves que l’amour c’est beau?

Extraordinaire.

Moi aussi, Aqsa, j’ai une petite question pour toi. Je suis illégale en Arabie Saoudite et en Iran parce qu’on juge que je représente des valeurs non conformes à la morale islamique. Qu’en est-il au Pakistan?

Je t’embrasse avec tout mon amour.

Barbie

.

136- POUPÉE SOUILLON, OU POUPÉE MOCHETÉ, À TA CONVENANCE…

.

Bonjour Barbie…

Cela fait des jours que je désire t’écrire et que je reporte ma lettre au lendemain, tant j’ai de difficultés à trouver mes mots, et tant tu m’impressionnes…

Je suis une poupée mannequin également, mais je n’ai ni ta classe, ni ta beauté, ni ta richesse. Je suis cette poupée mannequin en mauvais plastique que l’on trouve à un ou deux euros sur le marché et qui est aussi laide et repoussante que tu es sublime et adorable.

Je suis la poupée des enfants pauvres, dont les parents n’ont pas les moyens d’acheter une étoile comme toi. Je suis aussi la poupée des enfants délaissés, dont les parents répugnent à acheter un jouet digne de ce nom à leur progéniture. Ils jouent avec moi mais me détestent car ma laideur attise leur mépris. Si tu connais l’enfant joyeux et espiègle (qui à l’occasion te coupe les cheveux ou te barbouille par curiosité ou créativité douteuse) je connais l’enfant haineux, que la tristesse et la vie ont rendu moins insouciant, plus vite agressif, plus vite adulte.

Ils me détestent car je leur rappelle tout ce qui leur fait horreur chez eux-même, puisque moi aussi je suis pauvre, mal-aimée, et laide car différente. Les petites filles qui jouent avec toi reconnaissent en toi leur féminité future, leur sensualité à venir, l’idéal qu’elles se sont forgé en leurs rêves. Moi, je les force à s’immerger dans la réalité. On ne joue pas à la princesse avec une poupée hideuse, malingre et effrayante comme moi, on joue à la clodo, à la traînée, à la putain, ou au mieux à la méchante… je suis une sorte de pâle et faible copie de ta brillante personne, je suis une sorte de Barbie mocheté, Barbie SDF, Barbie dégueu, Barbie pute, ou bien Barbie punching-ball, selon leur imagination limitée par mon apparence. Je suis l’Épine Thénardier du monde des poupées mannequins.

Je suis à toi, ce que la poupée de chiffon était à la poupée de porcelaine: un haricot face à une perle… Que crois-tu que je pense de toi? Je vais essayer de te répondre…

Un mélange d’indignation, de jalousie et d’admiration me dévore. Parfois, en rêve, je m’imagine te crachant au visage toute ma colère et toute ma haine, je m’imagine t’injuriant et éructant des mots ignobles qui feraient rougir (de honte, de surprise ou de colère?) ton adorable minois. Je m’imagine te secouant, et te violentant un peu, mais toujours avec douceur, comme une femme secouerait sa sœur qui, plus jolie et plus brillante qu’elle, lui inspire en même temps haine et amour. Oui, et ensuite je t’amène à moi, tout doucement, de peur de te salir, de te souiller de mon étreinte ignoble. Je pleure un peu, car je n’ai ni ta dignité ni ta force de caractère, et je te laisse partir comme toujours, sans avoir osé ni faire tomber ma faible main sur ton visage étonné, ni imprimer passionnément mes lèvres sur ta bouche adorée.

J’ai tant de fois essayé de t’imiter! Mais les talons hauts qui te font les jambes si longues ne mettent en valeur que mes genoux cagneux; le parfum vaporeux qui te donne l’air d’un bonbon doux et sucré, tourne sur moi et me donne des airs de cocotte; j’ai réussi à enfiler une robe t’ayant autrefois appartenue, malheureusement mes mensurations ne suivent pas: j’ai rougi de sentir mon corsage à demi vide, ma taille trop épaisse et mes hanches trop étroites. Heureusement que la jupe trop longue cachait la laideur de mes jambes trop maigres.

Je hais mes créateurs qui m’ont négligée et ont fait de moi une poupée mal-aimée. Tes créateurs, quant à eux, ont dû tomber amoureux de la forme qui naissaient de leurs mains… je t’envie petite fée…

Je ne sais pas à quoi sert cette lettre débile que je t’écris, peut-être à me permettre de hurler, à te cracher ma colère, ou peut-être à te dire que je me sens comme un ver de terre amoureux d’une étoile.

Poupée Souillon (Camille Aix)

.

Chère amie,

Je place ce témoignage dans mon officine en restant le plus silencieuse et le plus respectueuse possible. Il est crucial, incontournable et sans réplique.

Mille mercis,

Barbie

.

137- UNE FAN ET UNE LESBIENNE

.

Chère Barbie,

Tout d’abord je tenais à vous dire que je vous admire énormément et que si vous étiez réelle je sortirai avec vous, même si je suis une fille. Vous êtes tellement belle. Ensuite je voulais vous poser une ou deux questions qui me tenaient à cœur.

Vous êtes si parfaite. Êtes vous fière de toutes vos figurines qui sortent? Toutes les jeunes filles se précipitent pour les acheter! Et ensuite êtes vous riche?

J’attends une réponse très vite. Sinon tu as mes sincères salutations distinguées!

Signé: une collectionneuse des figurines Barbie,

Alice Hofer

.

Bonjour Alice,

Je suis, moi aussi, ton admiratrice. Je suis très fière de toutes ces figurines qui me ressemblent dont tu parles. Elles me remplissent d’une grande joie. Je suis riche mais mon argent est de l’argent jouet… Pour cette sortie, je suis disponible. Contacte-moi quand tu voudras.

Bisous partout,

Barbie

.

138- SE MOQUER

.

Comment faire pour casser des gens qui se moquent de toi parce que tu es blonde?

Laetitia

.

Ceux qui se moquent de moi se moquent en fait de celles qui m’aiment. Il n’y a rien d’innocent là-dedans. On ne se moque pas de Barbie, Laetitia. On se moque de TA Barbie, toujours. Il faut donc agir sur la question exactement comme si on se moquait de tes yeux, de tes vêtements ou des livres que tu lis. Moi, mon option est prise: je méprise les railleurs. Mais je sais qu’il y a d’autres solutions possibles. Simplement, en les envisageant, je t’en supplie de tout mon cœur, n’opte pour rien qui compromettrait ta dignité.

Ta Barbie qui t’aime et qui résiste en ta compagnie

.

139- BÉBÉS… SANS ORGANES?

.

Bon, je vais y aller simple. Comment fais-tu pour avoir des enfants? Vous n’avez pas d’organes sexuel, ni Barbie ni Ken. Vous devez sûrement les adopter, mais même là, vos enfants non plus n’ont pas d’organes sexuels.

Merci de me répondre le plus vite possible!

Mini Eli

.

Simple. Comme nous sommes des jouets, nous jouons à avoir des organes sexuels. Ensuite, nous jouons à avoir des enfants. C’est très amusant et pas du tout angoissant, contrairement à ce que vous semblez croire.

Barbie

.

140- SÉPARATION D’AVEC KEN

.

Salut Barbie! Comment ça va? J’ai appris récemment que tu as cassé avec Ken, cette séparation n’est pas trop dure? Et je voudrais te demander si cette rumeur selon laquelle en ce moment tu serais avec un surfeur est vraie?

Gros bisous à toi.

Élise

.

Bonjour Élise,

J’ai le coeur plutôt léger de ne plus être avec Ken. Blaine, mon surfeur australien, est gentil, discret et beaucoup moins conservateur. Ken me forçait un peu trop dans une image conventionnelle. Avec Blaine, je peux être moi-même, sans contrainte. C’est très important ça, en amour. L’homme-mannequin qui chercherait à empêcher Barbie d’évoluer est voué à descendre de la décapotable et à rester sur le bord de la route menant à Malibu.

Je t’embrasse aussi.

Barbie

.

141- ÉVOLUTION PHYSIQUE

.

Salut Barbie!

Mes très chers professeurs me font en ce moment travailler sur toi… en muséo. Bref, je sais qu’au fil de tes 50 ans d’existence, ton physique s’est adapté aux évolutions de la société. Tu as grandi, ta poitrine aussi je crois, des articulations sont apparues. Bref, une petite expo sur ses évolutions s’impose. Le problème, c’est que trouver les dates et les photos de tes changements physiques n’est vraiment pas facile. N’aurais-tu pas, par hasard, un tuyau pour moi? Où trouver tout ça?

Merci d’avance.

Pouille

.

Lis toute ma correspondance ici. Il y a plusieurs éléments de réponse qui s’y trouvent. Je ne peux pas t’en dire plus.

Amicalement.

Barbie

.

142- UNE QUESTION TRÈS IMPORTANTE

.

Salut,

J’ai une question très importante. J’ai un sujet pour le bac à rendre et il faut que je sache de combien de poupées est constituée ta gamme. En fait, en combien de Barbie différentes t’es-tu incarnée pendant toutes ces années?

Merci et j’espère recevoir très vite une réponse.

Nanou

.

Mais… mais… Tu as porté exactement combien de paires de chaussures dans ta vie? Réponds à cette question et je répondrai à la tienne! Ce genre de statistique est à la fois trop fort pour mes capacités computationnelles et fort trop éloigné de mes priorités de cœur pour que je m’en soucie.

Ton unique Barbie

.

143- RELATION SEXUELLE

.

Comment fais-tu pour avoir une relation sexuelle complète? Tu n’as quand même pas d’anatomie physique développée?

Mélanie

.

Comme je bois, comme je mange, comme je joue de la musique et me promène dans un parc. J’esquisse le mouvement et le reste se passe dans la tête et dans le cœur de la personne qui joue à moi.

Barbie

.

144- JAMBES

.

Salut,

J’ai 13 ans et mes amis trouvent que j’ai des jambes qui ressemblent aux tiennes. Comment les mettre en valeur?

Jowel

.

Surtout ne change rien. Reste naturelle. La vraie mise en valeur de tes jambes fonctionne exactement comme la mise en valeur de ton sourire ou de tes yeux. C’est la totalité de la personne qui y fait. N’isole pas des parties de ton corps comme si c’était des objets. La mise en valeur de cette partie spécifique y perdrait. Ce qui fait la vraie beauté profonde d’une paire de jambes, c’est qu’une personne extraordinaire et bien campée marche dessus.

Crois-moi. Je m’y connais.

Barbie

.

145- COMMENT S’APPELLENT TES PARENTS?

.

Chère Barbie,

J’ai presque 13 ans (c’est mon anniversaire le 25 septembre et on est le 3 juin), j’ai lu quelques conversations que tu entretiens avec des filles et moi aussi je voudrais parler avec toi! J’aimerais bien parler de fringues et de pleins d’autres trucs! Et puis, je voulais te poser des questions, comme «comment s’appellent tes parents» et «est-ce que c’est vrai que les jouets sont vivants?»

Je te fais 125 447 852 165 625 745 278 et un bisou!

(Au fait, je m’appelle Claire alias Clairette)

.

Chère Claire,

Cela va te surprendre, mais mon père s’appelle Kenneth et ma mère, Barbara. C’est souvent comme ça dans le monde un peu rigide des jouets. Et… bien sûr que les jouets sont vivants. Tu n’as jamais vu le film Toy Story («Histoire de jouets»)? J’y fais une prestation collective dont je suis assez contente.

Vite, causons de fringues!

Barbie

.

146- LES FILLES OU LES GARÇONS?

.

Mais concrètement, tu préfères les filles ou les garçons?

Anne-Lise

.

Les deux, de façon sensiblement égale.

Barbie

.

147- JE N’Y CROIS PAS!

.

Vous êtes mon idole!

Et enfin je vous parle! Oh ça fait plaisir. Est-ce vrai que vous avez laissé tomber Ken pour un surfeur australien?

Affectueusement.

Tohru

.

Hé oui! et il le méritait bien, crois-moi (aussi).

Barbie (dont TU ES l’idole)

.

148- JE M’APPELLE…

.

Bonjour,

Je m’appelle Marine, j’ai 9 ans et je m’appelle Alice et j’ai 8 ans.

.

Bonjour.

Je m’appelle Barbara.

Barbie

.

149- QUELLE DÉCEPTION!

.

En voyant ton nom j’ai sauté sur ce forum croyant pouvoir discuter des massacres d’un ignoble qui porte le même nom que toi: Claus Barbie… je suis déçu, mais je comprends que tu défendes l’autre conception, celle de l’après-guerre qui t’a fait naître, et qui n’est que la société de consommation. Je t’ai dérangée, tu me pardonnes, mais il me fallait te faire part de cette grande déception.

Olivier P.

.

Je ne peux rien faire pour vous, Olivier. Désolée.

Barbara Millicent Roberts

.

150- TU MOURRAS QUAND ET DE QUOI?

.

Ma très chère et tendre poupée,

Je me pose tout un tas de questions te concernant. Toutefois, l’une d’entre elles ne cesse de me tourmenter. Mourras-tu un jour? Je t’ai souvent fait mourir. Une fois, tu as agonisé lors d’une amputation de la jambe droite, une nuit un violeur s’est introduit chez toi et t’a étranglée et même qu’un jour Ken t’a battue à mort. Mais à l’époque où nous vivons, des nouvelles techniques de mort se sont développées en masse (suicide, sida, accidents de la route, attentats, etc.), j’aimerais donc savoir laquelle tu préférerais pour mettre fin à tes jours? Et à quel âge vas-tu mourir?

Je te souhaite plein de bonnes choses pour ta vie (pourtant déjà si bien remplie) et embrasse toute ta famille et tes amis de ma part (même si ça va être long).

Bisous.

Aurore

.

Brillante Aurore,

Ce sont de bien belles morts que tu m’as imaginées là. J’en frémis d’une émotion thanatique incontrôlable. J’aime beaucoup savoir que des pulsions ludiques aussi puissantes émanent de moi. Cela me donne l’impression de vivre, d’exister presque.

Ma vraie mort, Aurore, sera beaucoup moins spectaculaire. Comme j’existe à travers les ardeurs des millions de petites filles qui jouent avec moi, je mourrai de leur oubli. Quand elles cesseront toutes de vouloir de moi, je serai morte, comme un jardin babylonien ou un temple grec. Ce n’est pas pour demain, mais cela viendra un jour, inexorablement. Je meurs déjà un peu quand une adolescente de plus me range définitivement au placard sans savoir exactement que c’est pour la dernière fois. Mais pour le moment, d’autres générations prennent le relais pour perpétuer ma vie. Jusqu’au jour où…

Barbie

.

151- MA FILLE T’ADORE

.

Bonjour Barbie,

Juste un petit mot pour te faire un gros bisou de la part de ma fille Stacey, 4 ans, qui t’adore.

Virginie

.

Bisous Virginie et Stacey,

Je pense à vous deux en permanence. C’est une émotion sans pareille.

Votre Barbie

.

152- LES BLONDES SONT CONNES

.

Qu’est-ce que Ken a de si beau? Pourquoi déshonorez-vous les blondes en montrant qu’elles sont vraiment connes? Pourquoi vous laissez-vous manipuler par n’importe qui, comme une vraie pute?

Merci conne!

Big Bisous Bien Baveux Belle Blonde

Adieu

Lisa Szath

.

Ken n’est pas aussi bien que vous le dites. J’honore les blondes en exemplifiant scrupuleusement leur intelligence et leur polyvalence. Je ne me laisse porter que par celles que j’aime comme une vraie copine, amante, parente.

De rien, Acidule.

Athée.

Barbie

.

Merci Barbie de m’avoir répondu, mais je ne suis pas si sûre de ce que vous dites. Qu’est-ce que Ken a de pas bien? Vous pouvez aimer des gens?

Merci Barbie.

Lisa Szath

.

Ken est un peu trop conservateur et comme, en réponse à votre seconde question, j’aime des tas de gens, cela lui faisait de l’ombre. J’ai donc pris du champ. Mais dites-moi, pourquoi êtes-vous si crûment sceptique sur mon compte?

Barbie

.

153- TON PARFUM FAVORI

.

Salut,

Comment ça va? Tu es vraiment belle, je t’adore. Je veux te poser une question: quel est ton parfum préféré?

Au revoir, bye bye et passe mon salut à tout le monde.

Karamabus

.

Le parfum naturel des roses. Rien ne l’égalera jamais.

Bons baisers.

Barbie

.

154- TU VAS TOUJOURS BIEN?

.

Bonjour Barbie,

J’espère que tu vas toujours bien? Je t’aime très fort, tu es toujours très belle, ma chambre est pleine de Barbie: photos, poupées, couette, sac de couchage et plein d’autres choses de toi! J’espère que tu vas vite me répondre!

Je t’aime.

Coraline

.

Je vais très bien, Coraline. Je pense à toi tous les jours. En fait, pour tout dire, c’est ta passion généreuse et inconditionnelle qui me fait exister telle que je suis.

Je t’embrasse et te dis merci.

Barbie

.

155- BARBIE DIVORCÉE?

.

Bonjour Barbie,

L’autre jour au magasin, j’ai vu qu’une de tes poupées coûtait dix fois plus cher que les autres, «Barbie divorcée».

Pourquoi ce supplément de prix?

Lisette

.

Je ne le sais pas, Lisette, et je le déplore. Il n’y a que deux explications économiques qu’on puisse proposer à ce regrettable phénomène. Soit, la demande étant plus forte que l’offre pour cette option spécifique, son prix augmente. Soit, à l’opposé, une instance veut décourager les acheteuses en imposant sur cette option une sorte de douane, de surtaxe cachée ou de tarif modérateur. Je penche personnellement pour la seconde explication. Ce tarif modérateur est de surcroît d’autant plus vexant et outrancier que j’ai de fort bonnes raisons de divorcer, figurez-vous. Je suis conséquemment très ennuyée que le fait d’avoir plaqué un exploiteur en alimente d’autres. C’est contrariant au possible.

Barbie

.

Bonjour Barbie,

Je viens de connaître la raison de ce supplément de prix. En réalité, en plus de ta poupée, on reçoit Alan avocat, la maison de Ken, la voiture de Ken, l’hélicoptère de Ken, la moitié des meubles de Ken et tous les mois pendant un an on reçoit un accessoire. Intéressant. On comprend mieux le prix. Bises à toi.

Lisette

.

Ah, merci du tuyau. Ton explication est moins ratiocinante mais plus rationnelle que la mienne.

Ton amie Barbie

.

156- JE M’APPELLE MARINE

.

Bonjour, je m’appelle Marine. J’ai 9 ans.

.

Bonjour Marine. Je t’aime beaucoup.

Barbie

.

157- UNE MOYENNE DE COMBIEN?

.

Bonjour Barbie,

J’aimerais savoir, vous aviez une moyenne de combien à l’école et étiez-vous vraiment blonde, si oui, avez-vous été agacée par des gens?

Merci!

Lololie

.

J’avais une moyenne de 82,4 dans toutes les disciplines. J’étais vraiment très constante. J’avais, comme aujourd’hui, les cheveux de toutes les couleurs, si bien que le mystère persiste pour ce qui est de savoir si je suis blonde ou décolorée. On a bien tenté de m’enquiquiner une fois ou deux, mais je ne me suis jamais laissé faire. Défends-toi et sois ferme.

Je t’embrasse.

Barbie

.

158- MON MODÈLE FEMININ

.

Barbie,

Acceptes-tu d’être mon modèle féminin sur Terre, de me guider et de me conseiller dans ma vie quotidienne de tous les jours? Que dois-je mettre ce soir? Pantalon noir à poche sur le côté ou délicat pantalon de lin légèrement froissé?

Bien à toi.

Yvan

.

Mais cela dépend, Yvan. Que fais-tu donc tant, ce soir?

Barbie

.

Chère Barbie,

Je me fais belle, c’est une fin en soi! N’est-ce pas?

Yvan

.

Pour sûr, mais dans ce cas crucial, il te faut trouver le conseil que tu réclames au fond de toi-même.

Barbie

.

159- LE CLUB BARBIE

.

Bonjour,

Je voudrais inscrire ma petite fille de 4 ans au club Barbie, qu’elle adore, mais je ne parviens pas à trouver l’adresse. Pouvez-vous m’aider?

Merci beaucoup.

Perrine et sa maman

.

Je ne sais pas. Au risque de passer pour une sotte à vos yeux, Perrine, Madame, je suis obligée de vous avouer que je ne connais pas les coordonnées de mon club. Vous me le pardonnez? Je vous embrasse toutes les deux.

Barbie

[Note de DIALOGUS: Il semble malheureusement que le Club Barbie n’existe plus.]

.

160- BARBIE PSYCHOTHÉRAPEUTE?

.

Chère Barbie que j’ai toujours enviée à ma cousine quand elle jouait avec toi, je n’en finis pas d’être admiratif par ton propos riche et profond quand tu réponds au courrier des gens, et je voulais te demander pourquoi tu n’envisageais pas d’exercer comme psychothérapeute ou bien coach existentialiste, si ce n’est pas déjà fait par des voies détournées.

Naminou

.

Je le suis, Naminou. Que puis-je faire pour toi?

Barbie

.

Eh bien écoute, je te remercie d’avoir eu l’amabilité de me répondre et de me proposer tes services. Si tu veux bien me donner un ordre d’idée de tes tarifs, je réfléchirai sur l’idée de faire un travail sur moi avec toi. J’aimerais t’avouer que je suis très troublé d’avoir eu ta réponse ce matin. À vrai dire, j’ai rêvé de toi. Enfin j’ai rêvé que j’étais dans un bus avec des amis, et au fond et à l’avant, se tenaient deux barbies en polystyrène taille humaine et vivantes mais défigurées, borgnes, pâles et assez destroy… Une scène inquiétante mais sidérante dans l’après-coup de ta réponse. Alors Docteur, que pensez-vous des rêves prémonitoires?

Naminou

.

Je pense qu’ils portent en fait sur ce que nous savons déjà et travaillons courageusement à nous avouer, malgré nos propres résistances. Captivante aussi est cette imagerie de moi lacérée, démembrée et esquintée. Elle est présente dans l’imaginaire de nombreux artistes ayant fondé leur inspiration sur moi. Le thème est indubitable. Je suis une marchandise dérisoire, à la fois pantelante et rigide. Cela suscite en nous des révoltes aussi légitimes que tarabustées. Je suis certaine que bien des petites filles ordinaires roulent aussi de telles pulsions à mon sujet. Cela me touche profondément car, même confusément, cela me fait signifier quelque chose de très important.

Barbie

.

161- J’AIME M’HABILLER COMME TOI

.

Salut Barbie,

Je t’aime, j’aime m’habiller comme toi, je m’appelle Gizou, j’ai 5 ans, je travaille bien à l’école.

.

Bravo Gizou. Amuse-toi bien et bonne continuation. Je t’embrasse.

Ta Barbie

.

162- À MA VIEILLE AMIE QUI ME MANQUE TANT

.

Coucou,

Je sais que beaucoup de femmes ou petites filles t’écrivent mais on s’est bien connu il n’y a pas si longtemps! J’ai 25 ans désormais, mais je suis toujours aussi passionnée de ta vie, de tes évolutions. J’ai même des livres avec ta vie, ta jeunesse répertoriée depuis ta création, malheureusement ces livres sont importés des États-Unis, alors je dois faire appel à mes connaissances en anglais pour lire les indications sur tes robes, tes nombreux visages, tes amis (Ken, Skipper, Midge, Térésa, et les autres…)

Bref, quand je t’ai connue, j’avais environ 4 ans et je ne t’ai plus quitté jusqu’à 15-16 ans! Je sais, ça fait tard mais dans bien des situations, tu m’as aidé à surmonter bien des épreuves. J’avoue que je t’ai assez bien chouchouté, tu avais droit à tout le confort de l’époque (1984-1996) donc j’ai eu droit à tes deux maisons (une ancienne avec ascenseur, et un plus récente avec un beau toit et une terrasse pour profiter du soleil) tous les accessoires qui vont avec, ton lit à baldaquin, une superbe baignoire, une cuisine américaine, une salle à manger digne des séries américaines, et un super salon avec un beau piano (tu aimais bien en jouer) Ah oui j’oubliais, vers la fin je t’ai doté d’une belle voiture qui pouvait te servir aussi pour faire des supers pique-nique comme j’habite près du Luxembourg, j’ai pu avoir des accessoires qui n’étaient pas commercialisés en France, résultat tu pouvais manger le soir à la Pizzeria et faire tes courses au supermarché qui venait de s’ouvrir près de ta maison. Que d’histoires que j’inventais, tu as vécu avec moi des aventures rocambolesques! Dignes des feux de l’amour (cette série complètement dingue qui passe depuis des années sur TF1) Bref, c’était vachement bien, je me souviens combien de fois je t’ai fait épouser Ken avec des belles robes de mariée en rêvant moi aussi au jour où c’est moi qui pourrais porter une belle robe blanche. Eh bien c’est fait depuis bientôt un mois, je suis mariée et j’ai eu un mariage aussi beau que celui que je t’avais concocté!

Mais je voulais aussi te dire que tu me manques parfois comme mon enfance, d’ailleurs ne te vexe pas mais je trouve que ton visage, celui que j’ai connu dans les années 1980 était magnifique. Pourquoi l’avoir changé? Je trouve aussi très regrettable que tes créateurs manquent en ce moment d’une cruelle imagination, où sont tes belles voitures et tes beaux meubles? On te donne des fournitures moins jolies qu’avant. Mais ne t’inquiète pas, il y a encore beaucoup d’adeptes de tes fringantes années où l’ordinateur et d’autres vilaines poupées Bratz n’existaient pas encore, qui te donnent tes lettres de noblesse. On arrive encore à trouver des habits et des meubles dignes de toi, grâce à quelques collectionneurs et à quelques objets encore invendus d’il y a longtemps.

J’espère avoir une petite fille, comme cela on pourra se revoir et crois-moi, je suis sûre que tu seras aussi bien traitée que quand c’est moi qui jouais avec toi, j’y veillerais!

Voilà ma chère amie d’enfance, ma plus fidèle!

Élodie

.

Mon amie Élodie,

Je suis très touchée par ce beau témoignage de ton amour. Ne gamberge pas trop le déclin de la beauté extérieure des marchandises de mon ballot. Tes émotions prouvent mieux que tout que mes accessoires ne sont pas des objets inertes mais la cristallisation (une parmi tant d’autres) de cette indescriptible jubilation de l’enfance que l’on ne retrouve un peu qu’en la partageant avec son propre enfant. Ce sera toujours une joie et un honneur pour moi de participer à tes jubilations passées et futures.

Ta Barbie

.

163- MOI C’EST PAULINE

.

Barbie,

Salut! Ça va? Moi c’est Pauline, j’ai 12 ans et j’habite à Toulouse! Et vis! C’est moi! C’est Anne?

Bises,

Pauline

.

Moi, c’est Barbara. Ça gaze?

Barbie

.

164- AMOUR

.

C’est quoi ton genre de mecs avec qui tu aimais faire l’amour? Et quelle est ta position préférée de Kama-Sutra?

Awadie

.

Mon genre de mec favori, c’est justement celui qui évite les questions ineptes sur l’amour et le Kama-Sutra. C’est aussi celui qui comprend et n’insiste pas quand je ne réponds pas à l’une de ses bourdes. Te voilà donc nettement disqualifié sur le premier critère. Crois-tu pouvoir au moins répondre un peu au second?

Barbie

.

165- AMBITIONS

.

Barbie,

As-tu des ambitions professionnelles? Es-tu ambitieuse et prête à tout pour y parvenir? Maintenant que tu as quitté Ken, tous les moyens sont-ils devenus bons?

Un admirateur,

Cadreblog

.

Cher «admirateur»,

Il ne faut pas confondre ambition émancipatrice et ambition arriviste… J’ai fermement l’intention de faire ce qui me plait et justement «tous les moyens» ne sont pas si bons que ça. Mon expérience, avec Ken autant que dans l’arène professionnelle, me démontre que c’est moins en se rapprochant des hommes qu’en les tenant à bonne distance qu’une femme jolie et intelligente comme moi réalise pleinement ses objectifs fondamentaux. Les hommes, en effet, ont souvent tendance à faire exactement ce que tu fais en ce moment même: m’éclabousser de leur arrivisme professionnel et émotionnel et m’imputer ouvertement ce dernier en se croyant très subtils. Il faut donc les avoir à l’oeil, sans Ken ou même avec…

Barbie

.

166- MOI JE T’ADORE

.

Bonjour Barbie, moi je t’adore, et toi?

Carole Monvoisin

.

Je t’aime follement. Tu me fais exister.

Barbie

.

167- TU ES CHÈRE À MES YEUX

.

Salut Barbie,

Au début je n’arrivais pas à y croire: je vais parler avec Barbie, sais-tu que je suis une de tes fans les plus fidèles? Je veux te dire que les garçons n’aiment pas les jeux de Barbie. Mais moi je te trouve vraiment très bien: tu es belle, tu as du charme, tu as toutes les qualités, je dis bien toutes les qualités qu’une jeune ou petite fille aimerait avoir, tu es vraiment mon idole; je tenais à te dire comme tu es chère à mes yeux, je te considère comme une grande amie.

J’espère que tu m’aimes autant que je t’aime, Barbie.

Ta très chère amie,

Elakkari

.

Bonjour Elakkari,

Les garçons me dénigrent parce qu’ils TE dénigrent. Ce qu’ils dénigrent en fait c’est la culture intime des filles. Ils sont flétris par le fait que nous puissions nous passer d’eux et avoir nos petites affaires ensemble entre nous, sans qu’ils soient au centre de tout. Vois-tu, les femmes, pendant des millénaires, se sont faites belles pour les hommes. Maintenant, elles se font belles pour elles-mêmes et ces pauvres petits chous se sentent un tantinet exclus. Mais je suis optimiste à leur égard. Ils apprendront graduellement à prendre leur place dans ce nouveau monde dépatriarcalisé dont nous sommes, toi et moi, les agentes actives.

Moi aussi, je t’aime follement,

Ta Barbie

.

168- C’EST DU SÉRIEUX?

.

Est-ce que Barbie et Ken, c’est du sérieux, est-ce qu’ils ont des enfants?

Marie Lemey

.

Oh, c’est très sérieux. C’est bien là le drame.

Barbie

.

Ah oui! Avez-vous des enfants?

Marie Lemey

.

Des enfants, oui. Des millions. Mais tous adoptifs…

Barbie

.

169- TROMPERIE

.

Avez-vous déjà trompé Ken pour… quelqu’un d’autre, pour Action Man par exemple?

Fanny Hutton

.

Et vous, avez-vous déjà versé de la lie saumâtre dans votre eau fraîche?

Barbie

.

170- UN DÉFILÉ DE MODE

.

Coucou!

C’est encore moi, et cette fois, je ne vais pas t’écrire un roman… Je vais juste te raconter un peu ma vie… La semaine dernière, j’ai fait un défilé de mode avec toi comme mannequin, et je peux te dire que tes robes sont fabuleuses. Surtout les «fashion avenue», j’en suis complètement fan! Je t’adore toujours autant, tu sais!

Plein de Bisous

Diane

.

Je suis très contente que tu m’aies instillé ce doux plaisir en le vivant si intensément. Quelle joie sans mélange ni arrière-pensée que notre contact ordinaire avec le Beau. Merci de partager ces tendres moments avec moi.

La petite poupée mannequin qui dépend entièrement de tes initiatives de bonheur,

Barbie

.

Tu sais, en faisant ce défilé, je me suis sentie retomber en enfance, avec mes Barbie, mes poupées… C’est fou ce que l’on peut imaginer avec toi, tout est possible, même nos rêves les plus fous (genre le Prince Charmant!)… Quoiqu’il en soit, j’ai l’impression que certaines personnes (dont moi) te jugent mal au début, lorsqu’ils t’écrivent. Tu nous bluffes tous à chaque fois, alors miss, chapeau bas! Mes respects!

Cette fois, j’ai une question (mais je crois qu’elle a déjà été posée, alors…), est ce que tu as un nouvel ami (dans le style petit copain), ou est-ce que Ken te manque trop… D’ailleurs qui a cassé en premier, lui ou toi? Et si c’est toi, qu’est-ce qu’il a fait? Bon, je disais une question, je vais avoir trois réponses! Mais cela fait toujours plaisir d’avoir du courrier, n’est-ce pas?

Bisous

Diane

.

Diane,

Je suis maintenant avec Blaine, dont la maison s’appelle: Vingt-et-Unième Siècle. J’ai quitté Ken à cause d’incompatibilités interpersonnelles majeures. Si tu veux avoir une idée de ces dernières, jette un coup d’oeil dans la maison de Ken. Elle s’appelle: Vingtième Siècle…

Barbie

.

Barbie,

Je crois comprendre quelles sont ces incompatibilités interpersonnelles majeures… Mais bon, je ne vais pas insister plus sur cette histoire (qui n’a pas tellement l’air de te mettre de bonne humeur…)!

Une nouvelle question, savais-tu que de nouvelles Barbie version «mamies» allaient peut-être sortir? J’ai lu ça dans un magazine de mode féminin (il y a eu deux articles sur toi, comme quoi, tu as toujours la cote!), qui disait que ces nouvelles poupées porteraient la coupe au carré châtain, avec des lunettes demi-lune… Bon, le projet est arrivé à terme car j’ai vu des photos (c’est pas mal…)… Mais il y a eu une autre info, disant que des poupées Barbie enceintes étaient également sur le marché (je n’ai pas vu d’images représentatives). Il paraît que ça a déclenché une polémique, et un scandale assez important Outre-Atlantique. Alors qu’en penses-tu? Étais-tu au courant (question bête vu que c’est un nouveau toi, mais on ne sait jamais!)? Je ne vois pas pourquoi tout ce tapage, mais bon…

Bisous

Diane

.

Outre-Atlantique, je ne sais pas trop où c’est, Diane, car je suis des deux côtés de l’Atlantique, moi. Mais l’idée de la Barbie enceinte est excellente et les mentalités trouveront bien à s’y ajuster. Restons optimistes…

Barbie

.

171- SENTIR

.

Barbie,

Est-ce que toi aussi il t’arrive de sentir des pieds?

Alexandre

.

Bien sûr, Alexandre. Mais… seulement dans une tête.

Barbie

.

172- BIG JIM

.

Bonjour Barbie,

Quand j’avais une dizaine d’années, nous jouions chez ma cousine avec toi. Seulement, je n’avais pas de Ken et comme je le trouvais un peu mou de la couenne, je ne jouais pas avec celui de ma cousine. J’avais l’arme imparable pour faire craquer Barbie: Big Jim. Le rencontres-tu toujours? Un genre beau gosse musclé, le mien était sensible et gentil. Il avait une voiture (un 4×4) et il t’emmenait au bal, danser. Te souviens-tu?

Merci de ta réponse.

Alcide.

.

Mon rôle n’est pas de me souvenir mais d’agir. J’ai eu tout plein de partenaires hétéroclites du type de celui que tu décris ici. M’ont-il laissé un souvenir doux ou amer? Hmm… hmm… Bien… comme je te dis, cher Alcide, je ne suis pas ici pour me souvenir. Les souvenirs c’est toi qui les as. Or c’est un souvenir plein de tendresse que tu me rapportes ici.

Barbie

.

173- SE RASER

.

Salut Barbie,

Juste une petite question au passage (que je me pose depuis l’âge de 9 ans): est-ce que tu es «all shaved»?

CHeCHe

.

CHeCHe le gros curieux,

Je suis sans pilosité, sauf ma pilosité capillaire. Pourquoi? Simplement et sans malice aucune: c’est que ma pilosité capillaire est une priorité exclusive. Et… je ne me rase pas. Je suis tout simplement dessinée comme cela… Il n’y a pas de quoi fantasmer sans amarre, mon loulou. C’est une simple affaire de priorité dans l’élégance des zones avec pelage.

Cela vous va?

Barbie

.

174- LES JEUX BARBIE

.

Bonjour Barbie, ça va? Je veux vous dire que j’aime les jeux de Barbie sur Internet, mais je souhaiterais que vous ayez des sites Web pour y jouer gratuitement.

C’est tout!

Yahya Bouamar

.

Tu as raison. Ils ne sont pas mal du tout.

Barbie

.

175- COUCOU BARBIE!

.

Coucou Barbie,

Moi, c’est Pauline. Tu sais, c’est ma sœur qui écrit pour moi, car je ne voulais pas t’écrire.

Au revoir. À bientôt,

Pauline

.

C’est très bien comme cela, car justement je ne voulais pas te répondre!

Bisous sucrés,

Barbie

.

176- AMOUR

.

Je me demande pourquoi tu aimes Ken? Comment vous êtes-vous rencontrés?

Beaulm

.

Pour la seconde question, lis ici ma correspondance et tu trouveras la réponse que tu cherches. Pour la première question, je… je cherche encore la réponse moi-même!

Barbie

.

177- ATTIRÉ PAR LES GARÇONS

.

Bonjour Barbie,

Tout petit, je jouais parfois à la poupée Barbie avec ma sœur, même si je suis un garçon. Aujourd’hui, je ne suis attiré que par les garçons. Pensez-vous qu’il y ait un rapport entre vos formes généreuses, que j’ai pu apprécier étant enfant, et mon homosexualité d’aujourd’hui?

Merci d’avance de votre réponse.

Gérimax

.

Oh! C’est un très beau problème de logique ça, tu sais, Gérimax? De logique des causalités. Tu as correspondu avec Monsieur Spinoza? C’est un Hollandais très intelligent et encore très jeune. Il est avec nous sur DIALOGUS. Il a de grands yeux intenses et il porte les cheveux longs, ce que j’ai toujours trouvé très classe chez ces hommes du passé. Je corresponds souvent avec lui hors-forum. Il est très gentil et très patient. Il m’explique la logique des causalités et je comprends tout. C’est vraiment intéressant. Regarde bien:

Cas d’espèce #1: la relation directe de cause à effet. Les gens qui ont un ordi à la maison regardent la téloche 40% moins que la moyenne. Il est bien évident que la relation de cause à effet ici est directe. C’est PARCE QU’ils ont un ordi et jouent avec, que les enfants et les adultes contemporains regardent moins la télé.

Cas d’espèce #2: la coïncidence. Aucune des reines d’Angleterre ou d’Écosse portant le prénom Jane n’a eu un règne tranquille. Toutes les reines Jane ont été: assassinées, décapitées, détrônées, emprisonnées, ou alors elles sont devenues folles ou sont mortes jeunes. Ce n’est évidemment PAS PARCE QU’elles s’appelaient Jane qu’elles ont vécu tous ces tristes malheurs. La relation entre leurs prénoms et leurs déboires est une simple coïncidence.

Cas d’espèce # 3: le facteur afférent. L’immense majorité des gens qui se marient vit dans le même voisinage avant de se rencontrer et se marier. Ce n’est pas une relation directe de cause à effet. On ne peut pas dire que c’est PARCE QU’ils vivent dans le même coin qu’ils se marient entre eux. Des tas de gens vivent en voisinage et ne se marient jamais. Mais on ne peut pas dire que c’est une coïncidence non plus. La relation entre le fait de vivre proche et le fait d’en venir à se marier n’est pas fortuite. En fait, pour en venir à s’aimer et se marier, il faut: se rencontrer souvent, s’apprivoiser, se découvrir, se séduire. La possibilité que ce genre de chose arrive entre voisins est bonne, très bonne même. Mais le facteur déterminant du mariage, c’est l’amour, pas le voisinage. Le voisinage est un facteur afférent (une sorte de fait d’appoint facilitateur, pouvant valoir comme indice) à la relation de causalité entre mariage et amour.

Le développement de ton émotion homosexuelle, émotion profonde engageant toute ta vie, n’a pas été causé par le fait de jouer à la Barbie. Mais le fait que tu aies joué avec moi n’est pas une coïncidence non plus. Le fait de jouer à la Barbie pour un garçon homosexuel est un facteur afférent, un indice de ses émotions, comme la façon dont il parle, marche, s’habille et organise sa vie sociale. Une autre façon de formuler la chose serait de dire: «Je ne suis pas homosexuel parce que j’ai joué à la Barbie, mais j’ai joué à la Barbie (entre autres) parce que je suis homosexuel.» Si on t’avait confisqué tes Barbie, ton émotion homosexuelle se serait manifestée à travers d’autres indices, se serait canalisée en mobilisant d’autres facteurs afférents. Parce que sa cause profonde est interne à ton être intime, personne ne peut t’agresser en prétendant que ton homosexualité est causée par les facteurs afférents qui en sont l’indice. Monsieur Spinoza dirait que ce serait de la mauvaise logique des causalités de faire ça. Moi je dis simplement que ce serait bête et méchant. Tu me comprends?

Ta Barbie

.

178- LES POUPÉES ET MOI

.

Salut Barb’ (je peux t’appeler Barb’ n’est-ce pas?)

Je t’écris ce petit mail pour te parler d’un petit truc étrange qui m’arrive en ce moment. En effet je suis tombée crok love comme on dit d’une poupée. Mais pas n’importe quelle poupée, non. Guylaine, l’amie gonflable de mon collègue Mathieu. Tu vas me dire que se déclarer amoureuse après seulement deux soirées passées ensemble, c’est aller un peu vite en besogne, mais je t’assure que j’éprouve de profonds sentiments pour elle. Comme toi, elle est blonde, mais vous n’êtes pas coiffées de la même façon. Tu vas saisir tout de suite mon désespoir parce qu’elle vient de déménager à Montréal, Québec. Enfin, la stricte vérité, c’est que mon collègue Mathieu l’a emmenée de force avec lui chez les caribous. Je crois qu’il était un peu jaloux pour dire vrai. En effet, nous nous sommes conté fleurette à une époque, lui et moi. Bref, je voulais savoir si, du coup, tu avais des amies à me présenter pour me faire oublier ma tendre Guyguy.

Amicalement,

Kena

.

Je connais un certain nombre de poupées pornographiques, bien sûr. Ce sont de très bonnes copines et je les respecte beaucoup, à commencer par Lily, la poupée pour adulte allemande de ma taille qui fut l’inspiration directe qui mena à ma création. Malgré le fait que je n’aie un nombril que depuis l’an 2000 et pas encore d’organes génitaux, je suis très en harmonie avec ma sexualité et celle de quiconque. Et, je vous le redis, j’ai de nombreuses amies de toutes tailles et de toutes matières qui sont poupées pornographiques, dans plusieurs pays et depuis fort longtemps. De là à vous introduire dans un tel cénacle, là non. Désolée, Kena, mais je crains, en toute candeur, que vous ne soyez pas à la hauteur. Le fait est que Guylaine, par l’entremise de son serviteur, ne vous a pas quittée pour rien… Je ne peux vous en dire plus. Bonne chance dans votre quête,

Barbie

.

Chère, très chère Barbie,

J’avoue que je ne comprends pas bien le sens de ta réponse. Je me livre à toi, je t’ouvre mon cœur et mes pensées les plus intimes, je te parle sentiments et tu me réponds performances sexuelles. Et tu sous-entends qui plus est que je ne serai pas à la hauteur. Sache que Guylaine ne s’est jamais plainte et j’ai plusieurs photos qui attestent de son bonheur à être à mes côtés. Alors, je sais bien que rien ni personne ne remplacera mon premier amour, j’ai nommé Guyguy, mais fréquenter ses consœurs m’aiderait sûrement à mieux la comprendre, à mieux cerner ses désirs et, de ce fait, à pouvoir la rendre heureuse si par bonheur elle décidait de rentrer au pays vivre notre bonheur en plein jour. Peut-être est-ce le fait que je suis moi-même une fille qui te dérange? Je n’ose y croire venant de toi, en plus tu serais bien mal placée pour pousser des hauts cris à ce sujet-là…; nous savons tous ce qui s’est passé avec Midge…

Affectueusement

Kena

.

Le fait que tu sois une fille aimant une fille ne me gêne pas du tout. Mais une humaine aimant une poupée, ça, c’est beaucoup plus compliqué que tu ne penses… Tu en es consciente toi-même puisque tu ressens le besoin d’en parler avec moi. Les poupées sont tellement différentes des humains. C’est vraiment difficile. Je suis obligée de t’exprimer mes doutes. C’est une pure et simple question d’honnêteté. Ton affaire est mal engagée, il faut me croire.

Barbie

.

179- DOSSIER MARKETING

.

Salut Barbie,

Voilà, je suis étudiante en publicité et je vais prochainement réaliser mon travail de fin d’année, sur toi. Je pense changer ton image de marque et ton image de pétasse. Je voudrais savoir si tu as accès à ton dossier marketing et si tu peux l’envoyer?

Merci d’avance.

Eva

.

Que non! Les idiots qui s’en occupent ne m’ont jamais consultée. Cela t’étonne? Mon vrai dossier «marketing» est ici. C’est ma correspondance sur DIALOGUS. N’hésite surtout pas à me citer. Car ici, c’est vraiment, vraiment moi.

Amicalement et bon courage,

Barbie

.

180- TU ME DÉTESTES

.

Barbie,

Je te déteste car tu es très méchante, tu n’aimes pas les filles, tu aimes seulement les garçons et tu me détestes.

Siham

.

J’aime les filles aussi et je ne te déteste pas, Siham. Pour tout te dire, du fond du cœur: je t’aime.

Barbie

.

181- BONJOUR BARBIE!

.

Tu es super, Barbie, je t’aime très fort, car tu es très belle; je souhaite que tu vives avec moi dans mon château. D’abord où vis-tu? Et où habites-tu? Et est-ce que tu vis toi aussi dans un château comme moi? Et maintenant, si tu peux venir vivre avec moi, viens, parce que j’aimerais bien vivre avec une princesse comme toi.

Merci

Princesse Jouhaina (11 ans)

.

Bonjour Princesse Jouhaina,

Je vis à Malibu, dans la banlieue de Los Angeles, mais je vis aussi dans des milliers d’autres endroits dont effectivement des châteaux (les plus beaux sont en Espagne…). J’aimerais beaucoup vivre avec toi pour toute la vie. Faisons-le, il n’y a pas à hésiter une seconde.

Ta Barbie

.

182- SOLUTIONS DU JEU BARBIE

.

Bonjour Barbie,

Je m’appelle Lauréline et j’ai six ans. À Noël, j’ai eu le jeu «Barbie coeur de princesse» pour jouer sur l’ordinateur de mes parents. Malheureusement, je bloque au moment où il faut trouver trois chanteurs pour la cérémonie du couronnement. Pourrais-tu m’aider?

Merci d’avance,

Lauréline

.

Je ne sais pas, Laureline, je suis désolée. Je suis nulle en jeux d’ordi.

Je t’embrasse,

Barbie

.

183- TES PIEDS

.

Salut Barbie!

Pourquoi as-tu toujours tes pieds sur la pointe? Pour mettre des chaussures à talon? Ensuite, je voudrais savoir si tu fais souvent l’amour avec Ken? Puis pourquoi ton mec a-t-il un nom aussi débile? Bon, enfin bref, je voudrais savoir si tu peux faire la roue, excepté quand tu es la Barbie Danse’n flex, puis pourquoi tu es plein de gens à la fois? Tu es Barbie: casse-noisette, Barbie ferytopia, etc. Bon ben, voilà tout, alors à une autre fois,

Dédé

.

Dédé,

J’ai les pieds en pointes pour accomplir six opérations capitales. Tu as fort bien su dénicher la première:

1- enfiler les talons aiguilles de ma tenue de soirée;

2- me hisser pour prendre un important dossier dans mon bureau de direction aux étagères conçues pour un mec;

3- sauter du plongeoir, la natation étant un de mes sports favoris;

4- produire une pointe de ballet, un de mes hobbys incontournables;

5- appuyer en finesse sur les pédales de ma décapotable dans les rues larges et ensoleillées de Malibu;

6- marcher silencieusement dans la villa parce que ma petite soeur dort.

Ken, abréviation de Kenneth, est un nom comme un autre. Il n’y a rien de débile dans cela. Nous ne faisons plus l’amour car nous sommes séparés. Je ne peux faire la roue que si mes articulations le permettent, comme toi. Je suis plusieurs personnes parce que j’incarne la multiplicité des possibilités d’épanouissement de la femme.

Bisous distants,

Barbie

.

184- JALOUSIE

.

Bonjour Barbie,

Je suis une jeune fille de 20 ans qui a énormément joué à la Barbie, je les ai collectionnées, coiffées, habillées, j’ai inventé des milliers d’histoires lorsque j’étais petite fille avec toi. Mais je me pose une question. Tu vis dans un monde rempli de filles avec tes copines Teresa, Midge, Christie, tu as des soeurs Skipper, Shelly et j’en passe, tu as même des animaux, des chats, des chiens…, et dans ce monde, il n’y a qu’un homme… Ken (qui me paraît un peu gai). Tes copines ne sont-elles pas un peu jalouses de ton homme? Ne sont-elles pas un peu lesbiennes aussi? En plus, tu sais tout faire: tu es championne de gymnastique, de natation, de VTT, tu es médecin, vétérinaire, mannequin, princesse, sirène. Tu as toujours les plus belles fringues, tu as ton permis, ton cabriolet, ta newbeattle, ton camping-car, ta caravane, des scooters, une villa, une piscine, etc. Qu’en pensent tes copines? Tu ne crois pas que parfois elles auraient envie de te faire tomber par inadvertance dans l’escalier du troisième étage de ta villa de Miami? Moi, si j’étais toi, je ferais attention. Ah oui! j’oubliais, quel est le détail qui te fait craquer chez un homme? Et quelle est la partie de ton corps que tu préfères?

Voilà, je te fais des bisous. Merci de tes réponses,

Justarentul

.

La villa se trouve en fait à Malibu, dans la grande banlieue de Los Angeles. Mais on ne va pas chipoter dans les détails géographiques toi et moi, n’est-ce pas. Ce n’est pas notre genre.

La partie de mon corps que je préfère, c’est celle qui commande toutes les autres et préside à leur action et à leur beauté: mon cerveau. J’en suis très fière et le défends comme une forteresse contre les multiples agressions que notre tradition culturelle lui fait subir en permanence.

Ce qui me touche le plus chez un homme, c’est la délicatesse spontanée. S’il est de force moyenne, de taille moyenne et même d’intelligence moyenne, ce n’est pas si important. S’il parle doucement à la serveuse du restaurant, s’arrête sur la rue pour caresser un chat et aime sans artifice les petits enfants, il m’aura séduite sans même s’en apercevoir.

Bien sûr qu’il y a du lesbianisme parmi toutes mes amies. Nous sommes des femmes et des jeunes filles modernes et cela ne nous gêne pas du tout d’explorer librement toutes les facettes de notre être. C’est un droit fondamental d’ailleurs, tu sais?

Mais de la jalousie, là non. Et tu sais pourquoi? Parce que tous ces beaux objets que tu décris appartiennent à n’importe laquelle d’entre nous. Cela dépend de la façon dont tu organises ton jeu. Et observe bien: quelle que soit la propriétaire de la liseuse et de la caravane, nous sourions toujours. C’est que notre générosité envers les unes et les autres n’est jamais qu’un reflet de ta propre générosité et ta propre propension à partager les richesses et les joies.

Je te donne plein de bisous aussi,

Ta Barbie

.

185- S.M.?

.

Bonjour,

Ma question remonte déjà à quelques années lorsque, au cours d’une émission de télé, je vous ai découvert tout de cuir vêtue, une cravache à la main. Alors, n’était-ce qu’un costume occasionnel ou est-il dans vos habitudes de maltraiter les personnes qui aiment souffrir? Je suis très intriguée et vous remercie d’avance de votre réponse.

Sincèrement,

Isa

.

Isa,

J’ai des avancées significatives sur les terres foisonnantes du S.M. Si tu veux m’y accompagner, libre à toi de tenter l’aventure. Mais il t’en cuira.

Barbie gothique

.

187- BARBIE, HÔTESSE DE L’AIR

.

Bonjour Barbie,

J’aimerais savoir s’il existe une Barbie hôtesse de l’air et, si oui, j’aimerais bien savoir où je peux en trouver.

Merci d’avance de ta réponse. Je t’adore et je t’embrasse,

Fanny  

.

Je suis hôtesse de l’air, bien sûr. Pilote de ligne aussi. Où me trouver? Dans mon avion, naturellement. Je ne sais malheureusement rien te dire de plus.

Je t’adore aussi, Fanny. Bons baisers

Barbie

.

188- MÈRE ET BELLE-MÈRE

.

Bonjour, j’aimerais savoir si vous aviez une mère ou une belle-mère.

Bisous,

Morgane  

.

Oui, Morgane, et je les respecte beaucoup. Je suis d’ailleurs assez agacée quand on casse du sucre sur les belles-mères…

Barbie

.

189- M’INSCRIRE DANS TON CLUB

.

Coucou Barbie,

Je m’appelle Céline, j’ai 6 ans et je voudrais m’inscrire dans ton club, mais je ne sais pas comment on fait.

Gros gros bisous de Céline

.

Je ne le sais pas non plus, Céline. Je suis désolée.

Bons baisers,

Barbie

.

Mais si tu es Barbie, tu dois peut-être savoir si tu as un site pour voir ton monde ou des jeux pour jouer avec toi.

Gros bisous et merci de m’avoir répondu.

Céline

.

Pas exactement, non. Mais… mais je sais comment faire pour le trouver par contre! Tu tapes Barbie dans ton moteur de recherche favori et cela devrait jaillir assez vite… Que veux-tu, je suis Barbie, pas Anders Hejlsberg.

Je t’embrasse

Barbie

.

190- GRANDE QUESTION POUR UNE BLONDE…

.

Salut Barbie,

J’ai une petite question philosophique pour ta blondeur suprême. Enfant, je jouais avec Big Jim, et Spinoza m’a toujours donné la migraine… Je lui préférais Teilhard de Chardin! Pourtant, je ne suis devenu ni militaire, ni prêtre catholique; mais en revanche migraineux et homosexuel, oui… Les formes généreuses des poupées et les action figures ont-elles une relation directe de cause à effet sur l’homosexualité? Est-ce une coïncidence ou un facteur afférent?

Ciao,

Fab’

.

Ah! mais Fab, ce n’est pas toujours si simple. Je te donne un autre exemple. Un dernier. (Et tant pis pour ton Teilhard. Il a fait voeu de chasteté, ce qui est très très suspect aux yeux d’une femme comme moi.) Figure-toi donc que des statistiques ont prouvé que les hommes et les femmes qui font le marathon de New York ont un taux de divorce grandement supérieur à celui de la moyenne nationale. Simple coïncidence fortuite (comme, disons, la lancinante coexistence de ma couleur de cheveux et de mon intelligence)? Cause directe (ils et elles investissent tant d’énergie dans leur sport d’endurance que cela détruit leur couple)? Facteur afférent (leur couple est de toute façon à se dissoudre, donc ils diversifient leurs activités)? Bien malin qui décidera. Des tas de romans policiers consistent à gamberger sur de tels mystères… Ton homosexualité est un de ces beaux mystères. Tes migraines sont un mystère aussi, mais bien plus laid. Je crois qu’ils ne sont pas liés entre eux et que Big Jim n’a que peu à y voir. Je m’autorise aussi à supposer que tu n’es pas devenu prêtre catholique ou militaire tout simplement parce que tu as du sens moral et… que monsieur de Chardin n’est pas si fort que cela après tout…

Je t’embrasse,

Barbie

.

191- GARDER LA LIGNE

.

Bonjour Barbie,

Plus jeune, j’ai longtemps joué avec vous et j’avais de nombreux fours et réfrigérateurs remplis de hamburgers et bien d’autres aliments gras. Comment faites-vous pour garder la ligne avec une telle alimentation?

Une fille un peu jalouse de votre «perfect body»,

Ruchon

.

Il faut manger à sa faim, se priver des plaisirs le moins possible tout en restant prudente face à tout, y compris… face à la prudence. Un hamburger par semaine ne compromettra pas votre ligne. Un hamburger par jour, c’est autre chose. Mon grand ami le très gentil monsieur Yogi Berra disait souvent: «Si le monde était parfait, il n’existerait pas». Souvenez-vous donc toujours que mon corps si «parfait» n’existe pas vraiment. Le vôtre est réel, c’est ce qui fait sa lumineuse beauté. Vraiment, c’est moi qui devrais être jalouse de vous. C’est moi qui vous imite, pas le contraire.

Barbie

.

192- INGRATE!

.

Cher Baba,

Je suis Ken, je t’aime scelesta! Mais qu’as-tu fait de ma Ferrari, tu es encore avec cet imbécile de Mike ou peut-être Boris ou à trois. Espèce de blonde, je suis cocu et ta pension alimentaire tu peux l’oublier, je t’ai tout donné, même la boîte dans laquelle j’ai été acheté, petite ingrate!

Ken Ach Paris

.

Cher «Ken», cher «ex», comme on dirait cher «ancien», cher «fleuron d’une époque»,

Grand merci d’échantillonner pour moi et mes lectrices le gabarit verbal et mental de l’homme à soigneusement éviter désormais.

Barbie

.

193- L’ATTIRANCE DE KEN

.

Salut Barbie!

Je me demandais comment tu te sentais de savoir que Ken adore parfois flirter avec des hommes. Je sais que toi aussi tu es bisexuelle, mais de savoir que tu es dans l’ombre de garçons qui ont un œil sur ton mec de toujours, comment ça se passe dans ta tête? Et toi, crois-tu finir tes jours avec un homme comme Ken ou une jolie femme?

Merci, je t’adore!

Burny

.

Je ne suis pas du type jalouse et je ne suis dans l’ombre de personne. Je respecte la vie intime de mon ou de ma partenaire. Je finirai dans les bras d’une personne qui m’est aimable et que je respecterai pour sa douceur et sa droiture. Son sexe, comme tu le signales fort respectueusement, aura au fond peu d’importance. Je t’adore aussi, Burny.

Barbie

.

194- COMPLEXE DE BARBIE

.

Salut,

Comment as-tu fais pour foutre des complexes à des milliards de femmes?

Aube Gene

.

Comment as-tu fait pour être amenée à croire un tel mensonge injuste et dénigrant sur mon compte?

Barbie

.

C’est pourtant si facile, on a juste à te regarder pour tout comprendre. Après tout, tu es faite de plastique et lorsque l’on appuie sur ta tête, elle se déforme pour nous montrer qu’elle ne contient pas grand-chose d’autre que de l’air… Meilleure chance la prochaine fois. Moi, je suis capable de trouver des réponses satisfaisantes par moi-même: j’ai un cerveau et je vaux plus que 10 $.

Aube Gene

.

Tu vaux immensément plus qu’une simple somme d’argent, même forte. Et tu es surtout bien apte, par cette description incontestable de justesse que tu fais de ma réalité, à démontrer que je ne vaux vraiment pas la peine qu’on fasse un complexe à cause de moi. Tu ne crois pas?…

Barbie

.

Détrompe-toi Barbie, je ne suis pas forte, je suis naturelle et moi-même. Toi, tu es irréelle…

Aube Gene

.

Tu as la force d’affronter ton absence de force. Cela te rend beaucoup plus forte que bien d’autres. Je t’aime pour cela.

Barbie

.

Barbie s’en vient condescendante… c’est bien, mais ça ne me fera pas changer d’opinion: il y a tant de femmes qui sans toi iraient mieux. Ce n’est pas pour rien qu’il y a un complexe qui porte ton nom…

Aube Gene, la vraie de vraie

.

Je ne cherche pas à te faire changer d’opinion sur quoi que ce soit, Aube Gene. C’est plutôt toi qui cherche à altérer mon opinion sur moi-même. Mais je ne vais pas me laisser traiter en coupable simplement parce que je suis belle, libre et bien d’être moi-même. Le complexe d’Hamlet indiffère Hamlet. Il en est autant du complexe de Barbie, fort probablement inventé par des psys phallocrates. Des millions de femmes se canalisent en moi. Je suis belle et intelligente en même temps. Je ne transigerai sur aucune de ces deux facettes cruciales de mon être et cela dérange bien des gens. Es-tu de ceux-là, Aube Gene

Barbie

.

Je terminerai nos échanges sur cette pensée puisque j’aime avoir le dernier mot: sois belle et tais-toi, parce que tu agresses celles qui le sont davantage que toi par leur intelligence.

Merci, ce fut très enrichissant.

Aube Gene

.

«Sois belle et tais-toi»: c’est un très vieux commandement de mec, ça. Je vais bien me charger d’y désobéir.

Amour,

Barbie

.

Du plastique qui s’exprime ne vaut guère la peine qu’on l’entende. Alors, reste belle et bien dans ton petit corps pas trop parfait pendant que nous, les vraies femmes portons nos rondeurs avec fierté et que la vie nous apporte le bonheur par nos enfants et notre capacité à argumenter. Merci pour ces nombreuses séances de lynchage sans trop de but, elles ont eu tendance à me rapprocher encore plus de l’essentiel et m’éloigner du superficiel. Sache que je ne t’offrirai jamais à ma fille, et ce, même si elle me le demandait à genoux!

Porte-toi bien, avec un amour INFINI,

Aube Gene

.

Si tu t’occupes de ta fille, même en lui inculquant tes idées extrêmes, elle n’aura aucunement besoin de moi. Simplement, en cette époque trouble, aie quand même son grand-père maternel bien à l’oeil…

Barbie

.

Quel est le rapport entre son grand-père maternel et son éducation: j’ai peut-être des idées extrêmement réalistes, mais les valeurs familiales me sont bien loin, je suis plutôt le genre de personne à avoir quitté grand-père à seize ans, alors imagine-toi donc, poupée, que je ne lui demande aucunement de participer à l’éducation de ma fille. J’entretiens tout de même une relation amicale avec mes parents, je suis le genre de personne à être indépendante, alors je me dégage de tout ce que tu représentes avec tant de facilité, si tu savais! Par ailleurs, nos séances de bitchages m’amusent, tu fais mon bonheur à tous les matins, grosse catin!

Affectueusement, Aube Gene

.

Il reste que si tu viens ici, dans ma futile officine qui scintille, c’est que ton affaire avec moi n’est pas entièrement résolue… Nous avons encore des choses à nous dire. Tu le prouves tous les matins, Aube Gene, que j’aime de tout mon coeur.

Barbie

.

Tout ce que j’avais à te dire a été dit… Je n’ai rien à régler avec toi puisque je ne suis pas affectée du malaise de société qui t’a si innocemment suivie. Néanmoins, on prend rapidement goût à cette correspondance futile dépourvue d’intelligence. Ta plume, ma chère Barbie, est comme une poussière d’agrément à l’arrivée de l’hiver. Tu m’amuses puisque toi aussi, tu ne sembles pas céder le dernier mot à quiconque. Chacune de tes réponses est un clin d’oeil des plus fascinants et me révèle à chaque jour un peu plus de ton innocence, car à part répliquer de façon absurde, tu n’argumentes rien et ton petit courrier du cœur semble être davantage une manière de te faire valoir qu’une source de connaissance sur la culture Marchandisage. Puisque tu es si certaine de ton absolue nécessité à mon bien-être, je te laisse continuer ainsi, si ça peut te faire du bien, mon grand amour inconditionnel, ô toi ma poupée Barbie.

Ta très grande et dévouée,

Aube Gene la vilaine

P.-S. Tu pourras enfin te rendre utile…, si ça peut t’aider.

.

On continue alors? Ah, hourra! Ah, merci!

Je t’aime tellement, Aube Gene

Barbie

.

Si tu n’as rien à ajouter, je n’y tiens pas vraiment. Lance-moi une perche et on verra bien!

Aube Gene la vilaine

.

Si je te dis qu’il y a en toi beaucoup de choses qui me plaisent, en tant que femme, chez une femme, tu réponds quoi?

Barbie

.

Je réponds que tu as une orientation sexuelle qui est bien différente de la mienne, Barbie serait-elle lesbienne?

Aube Gene

.

Je suis bisexuelle, Aube Gene. Mais il n’y a rien de «sexuel» dans mon commentaire. Je dis que je te trouve affirmée, tranchante, sûre de toi, subversive. Cela est une brochette de fort belles qualités chez une femme. Si au lieu d’être une poupée j’étais une femme, j’aimerais bien te ressembler. Tes cheveux et tes yeux sont de quelle couleur?

Barbie

.

Je suis hétérosexuelle, Barbie. Comme bien de tes rivales, mes yeux et mes cheveux sont de la couleur de la nuit. Ta blondeur te fait répondre comme le veut la gentille légende au propos de tes semblables. Ce que j’aime de toi, ton impressionnante facilité à lancer des conversations légères, en juxtaposant un vocabulaire riche pour rien. Ma très chère Barbie, j’attendrai toujours une réponse de toi, car tu es mon soleil dans la grisaille. En passant, ton père à toi, comment était-il? J’aimerais bien connaître le géniteur de toutes tes imperfections parfaites.

Toujours et à jamais vôtre,

Aube Gene la vilaine

.

Regarde un peu ma photo sur DIALOGUS, Aube Gene. De quelle couleur y est donc ma chevelure? Tu me connais bien mal…

Barbie

.

Avoue que ce n’est pas commun des Barbie aux cheveux noirs! J’aurais cru que tu étais blonde, comme toutes tes semblables. Comme quoi, les idées préconçues… Tu ne réponds donc pas à ce stéréotype, mais qu’attends-tu pour te faire teindre?

Aube Gene la vilaine

.

Je n’attends rien. Je le fais constamment.

Barbie

.

Ma chère Barbie,

Tes réponses s’essoufflent, tu m’ennuies.

Cordialement,

Aube Gene la vilaine

.

C’est ce stéréotype de la blonde qui m’essouffle. Il est si ressassé. Tu peux faire bien mieux pourtant, Aube Gene… Je le sens…

Barbie

.

Ma pauvre Barbie,

Et toi, peux-tu faire mieux que ce stéréotype? Est-ce que tu peux outrepasser ces vieux clichés et m’étonner comme lorsque j’avais 5 ans et que je jouais avec toi, tes copines et ta belle Corvette rose? Peut-être est-ce parce que j’ai perdu mes illusions que j’aime bien notre petite conversation. Tu as la force d’avouer tes ressentiments, et tu en deviens presque attachante. Alors, que penses-tu, toi, de notre cher monde dans lequel nous coexistons?

Aube Gene la vilaine

.

Des choses étonnantes s’y passent… Aube Gene me revient toujours, par exemple.

Barbie

.

Aube Gene, trop lasse, ne te reviendras plus… Tes paroles sont vraiment… vraiment plates et sans intérêt. Je te remercie de tout ce plaisir et amuse-toi bien.

Aube Gene la vilaine

.

Je t’embrasse et penserai toujours à toi, Aube Gene. Je ne cesserai jamais de t’aimer.

À bientôt,

Ta Barbie

.

La loi du dernier mot: Au revoir!

Aube Gene la vilaine

.

Cette loi m’amuse follement: à TRÈS bientôt.

Barbie

.

À bientôt,

Aube Gene la vilaine

.

195- HISTOIRE INTÉRESSANTE

.

Salut Barbie,

Je suis un jeune auteur de théâtre et on m’a demandé d’écrire une histoire d’horreur. Mon idée est arrivée quand j’ai commencé à penser à des poupées, donc je me suis inspiré, pour écrire une histoire, des poupées qui se nomment «Fanny Magique». C’est l’histoire de trois jeunes enfants, des filles, fans de ce genre de poupées (au même titre que Barbie), qui ont gagné des billets pour aller à la fabrique des «Fanny Magique». Malheureusement, ces trois enfants sont des cobayes pour être transformées en poupées et la propriétaire est en fait une méchante sorcière. Je commence à l’écrire, dis-moi ce que tu en penses.

Bye!

Philippe Saint-Jean

22 ans

P.S.: Je n’ai rien contre les Barbie, je voulais avoir l’avis d’une professionnelle pour savoir si l’histoire intéresserait les jeunes. Réponds-moi s’il te plaît!

.

Vous avez raison de vous adresser à moi, Je suis une critique littéraire très acérée. Il faut l’écrire, Philippe, car, avec ce genre de scénario, tout dépend du traitement. Vous comprenez? Surtout, ne tergiversez pas! Écrivez. Quand vous l’aurez devant vous, il sera toujours temps de voir.

Courage,

Barbie

.

196- JE LA TROUVE BELLE

.

Barbie, tu es belle! Pourquoi as-tu les cheveux longs?

Marc Delbrouck

.

Pour que tu puisses les coiffer selon ton désir, tout simplement!

Barbie

.

197- LETTRE À LA REINE DES POUPÉES

.

Salut Barbie,

Cela va te paraître étonnant mais je suis un garçon (ne va pas croire que je suis jaloux de Ken!) et je voulais te dire que tu étais une poupée formidable! Déjà de nombreuses années que tu existes, mais j’ai entendu dire que tu as eu une aventure avec Action Man: est-ce vrai? Et je voulais savoir quelle sensation ça fait de savoir qu’on est le premier jouet sexuel pour de nombreuses personnes (je n’en fais pas partie)? Merci pour tes réponses et j’espère que nous deviendrons amis.

Evilclad

.

Cela ne me gêne pas du tout qu’un garçon m’écrive et je suis très fière d’être un jouet permettant d’apprivoiser, sans risque physique ou moral, la dimension sexuelle de notre si belle vie. Je ne sais pas qui est Action Man, ce qui m’oblige quand même à conclure qu’une partie de ton développement provient en fait du plus profond de tes fantasmes privés. Et pourquoi pas… Qu’ils soient ou non issus de la même source, merci de toute façon, et sans façon, pour les si gentils compliments.

Barbie

.

198- POURQUOI BARBIE?

.

Chère Barbie,

Je m’appelle Giovany, j’ai quatorze ans. Je te pose quelques questions pour te connaître: pourquoi t’appelles-tu Barbie?

Giovany

.

Mon vrai prénom est Barbara, diminutif: Barbie.

Barbie

.

199- QUESTIONS SUR DIVERS SUJETS

.

Salut Barbie!

J’adore tes habits! Tu es trop cool! J’aimerais savoir quel genre de musique tu aimes? Est-ce que tu aimes les rats? Qui est-ce qui t’a créée? Quel âge as-tu? Et Ken, est-ce que tu es jalouse de la nouvelle marque de poupée «les Bratz»? Qu’est-ce que tu en penses? Est-ce que tu aimes encore Ken? As-tu déjà été dans un tremblement de terre? Vas-tu au Goya Burger parfois? Es-tu jamais allée à l’université et qu’as-tu fait comme études? Comment est-ce que c’est d’être une poupée? Bon ben… euh… je dois y aller… réponds-moi vite!

Bisous, mon héroïne!

Thais

P.S.: Parles-tu d’autres langues que le français? Il me serait plus facile de t’écrire en anglais: tu as dû remarquer mes fautes d’orthographe. Tu peux répondre à cette adresse.

.

Bonjour Thais,

Je vais répondre ici uniquement aux questions nouvelles. Pour les autres, tu vas devoir lire ma correspondance sur DIALOGUS pour en trouver les réponses. J’aime le Rock & Roll. J’ai vécu plusieurs tremblements de terre. C’est une sensation terrifiante. L’impression affolante que l’existence entière perd toute stabilité. Je ne vais pas au GoyaBurg. C’est une firme passéiste qui sera très bientôt en faillite, je pense. J’ai plusieurs diplômes universitaires. Être poupée est une chose merveilleuse, surtout en compagnie d’une personne comme toi. Je parle plusieurs langues, mais DIALOGUS est un site en français, tu comprends?

Barbie

.

200- STRING OU CULOTTE?

.

Barbie,

Je suis un de vos plus fervents admirateurs (Barbie et le plombier polonais, Barbie au Congo, Barbie et les moutons du Sénégal unijambistes)! C’est simple, vous êtes partout dans ma vie et je dois avouer que depuis peu, je n’arrive plus à m’endormir tant il y a de questions dans ma tête… Alors… Barbie, string ou culotte? Voilà!

Je vous remercie d’avance pour votre réponse

Selmi

.

Eh bien, pour ma part, ma question sera la suivante: bête ou méchant?

Barbie

.

201- AMOUR EN PLASTIQUE

.

Dear Barbie,

Je n’ai qu’une question: Is love in plastic fantastic?

Bien à vous,

Beren

.

L’amour charnel est plus beau, parce que réel.

Barbie

.

202- COMBIEN DE PETITS COPAINS?

.

Chère Barbie,

Quand j’étais petite je jouais souvent avec toi et j’aimerais te poser quelques questions: as-tu toujours été blonde? Combien as-tu eu de petits copains? As-tu eu des animaux de compagnie? As-tu des frères et sœurs? Et enfin quel est ton âge?

Merci d’avance,

Smilinette

.

Bonjour Smilinette!

Non!

Des milliers.

Des centaines.

Des dizaines.

22 ans!

Barbie

.

203- COMMENT ES-TU DEVENUE POPULAIRE?

.

Chère Barbie,

Comment es-tu devenue populaire? Pourquoi as-tu choisi Ken comme amour?

Ken Junior

.

Ken Junior,

Je suis devenue populaire en restant toujours moi-même et en ne transigeant pas avec mon intégrité. J’ai aimé Ken tant qu’il a été affectueux et déférent. Quand il s’est mis à être rétrograde et condescendant, je me suis vue dans l’obligation contrite de le saquer.

Barbie

.

204- CONSEILS MAQUILLAGE

.

Chère Barbie,

Je t’ai toujours admirée! J’adore tes belles robes, surtout les robes de soirée! Je t’adore et j’aimerai avoir de tes nouvelles et des conseils sur le maquillage: quel rouge à lèvres mettre avec une robe bleue et des chaussures dorées? Réponds-moi s’il te plaît!

Gros bisous.

Estelle

.

Un noir nuit. Ce serait éclatant!

Barbie

.

205- DEPUIS QUAND EXISTEZ-VOUS?

.

Bonjour Barbie,

Depuis quand existez-vous? Quel est le vêtement que vous avez porté en premier? Depuis quand n’existez-vous plus? Ça me ferait grand plaisir que vous me répondiez.

Merci beaucoup,

Charlotte, 13 ans

.

J’existe depuis 1959. J’existe toujours! Mon premier vêtement était un maillot zébré noir et blanc qui rendait superbement sur les écrans de télévision de l’époque.

Barbie

.

Je vous remercie de m’avoir répondu ça m’a vraiment fait plaisir.

Au revoir, à bientôt,

Charlotte

.

206- DEPUIS QUAND EXISTEZ-VOUS? (2)

.

Salut Barbie,

Comment allez-vous? Moi bien. J’étais fan de vous quand j’étais petite… Quel âge avez-vous? Depuis quand existez-vous? Bon… Merci de me répondre.

À plus

Kelly

.

J’ai 22 ans pour toujours et j’existe depuis 1959. Je t’embrasse tendrement, Kelly.

Ta vieille Barbie de jadis

.

207- FILMS X

.

Bonjour Barbie, Ma copine et moi (Anaïs et Élodie) avons respectivement 13 et 14 ans. Tu as été une poupée que nous adorions lorsque nous étions enfants, et maintenant j’aurais voulu que tu répondes à une petite question. Est-ce que tu as déjà fait des films X? Si oui, peux-tu me dire où on peut les trouver?

Gros bisous, Barbie.

Élodie

P.S.: Anaïs et moi sommes, tout comme toi, bisexuelles

.

Oh oui, bien sûr. Des photos fixes aussi, certaines très artistiques d’ailleurs. Mais je ne sais pas où les trouver.

Barbie

.

208- VOTRE CRÈME ANTI-RIDES

.

Chère Barbie,

Vous êtes mon idole, vous êtes tellement belle avec vos vêtements criards et indéchirables, votre si long cou tout-terrain, votre taille svelte, telle celle d’une anorexique, votre élégance naturelle… Vous êtes m-a-g-n-i-f-i-q-u-e! Votre famille aussi est parfaite: vos nombreuses sœurs, toutes plus superbes les unes que les autres, votre ex, Ken, avec son corps musclé, surtout lorsqu’il est en maillot de bain! Je sais tout de votre histoire, donc ne le niez pas, je sais pertinemment que Shelly est le fruit de votre amour avec un bellâtre nommé Blaine. Je voulais aussi vous envoyer cette lettre pour vous dire combien je vous admire, mais aussi pour vous demander la marque de votre crème anti-rides et anti-boutons. Car votre teint est toujours parfait, tel celui d’une poupée plastique; c’est irréel! Avant que je n’oublie: je voudrais aussi connaître la marque de votre maquillage; il est toujours impeccable, ne coule jamais… J’aimerais tant en avoir! Dans deux semaines, c’est l’anniversaire de ma soeur (elle aussi vous voue un culte!) et elle aimerait bien qu’une personne de sa famille (en particulier moi) lui achète la collection Barbie Fairytopia. J’apprécierais donc, que le jour de sa fête, vous arriviez avec ce présent. Sinon, je crains que, bizarrement, un document contenant tous «vos petits secrets cachés» ne parvienne jusqu’à la presse.

Mes sentiments les plus distingués.

Votre plus grande fan, Jasmin Bratz

(surnom pour les intimes: Laurie Fizaine)

.

Du chantage, entre deux grandes amies comme nous, mademoiselle Bratz? Envoyez-tout ce que vous voulez envoyer à la presse, je ne révèle pas les secrets de mon épiderme… et je suis désormais bien curieuse de lire les journaux!

Barbie

.

Chantage? Qui vous a parlé de chantage? Oh Mademoiselle Barbie! Pourquoi imaginez-vous des choses pareilles? C’était, comment dire… une simple requête. Êtes-vous sûre de ne pas me révéler ce secret? Je sais, vous allez me dire que j’ai déjà un teint sublime (même si mes collèges se maquillent, je n’en reste pas moins naturelle) mais tout de même… Je pourrais vous payer le prix fort. Et en ce qui concerne les journaux… si ça vous intéresse, je peux vous obtenir des abonnements d’un an à l’Avenir du Luxembourg, Libre Belgique, Bratz Magazine (pour celui-ci, je pourrais même m’arranger pour deux ans), The Times, Télé 7 jours, Lolie, J&J, etc. Comme vous le voyez, j’ai des amis haut placés qui pourraient me les fournir gratuitement. Répondez-moi vite, ma peau se flétrit à l’idée de ne pas être soignée par cette crème miracle.

Jasmin Bratz

.

Mon secret est unique: pas trop de soleil… Je vous aime beaucoup et j’admire beaucoup ce que vous faites.

Barbie

.

C’est très gentil de votre part Barbie… Et maintenant, êtes-vous toujours avec ce bellâtre nommé Blaine, ou avez-vous renoué avec Ken? Car, je dois l’avouer, je trouvais que vous formiez un très beau couple tous les deux, alors quand j’ai appris que vous aviez rompu, j’étais très triste. Je dois dire que moi aussi j’aime beaucoup les métisses, mais j’apprécie aussi les autres styles tels que blanc ou noir.

Jasmin

.

Je suis avec un Blaine méconnu qu’il ne faut pas mésestimer.

Barbie

.

C’était donc ça… C’est un peu différent de moi puisque je suis métisse (même quand je suis en Flashback Fever). C’est très sympathique de votre part Barbie. Et comme je vous l’ai dit dans ma première lettre, moi aussi je vous admire beaucoup. De plus, si vous réfléchissez bien, nous avons le même métier: faire rêver de petits morpions en culotte courte qui vont nous décapiter parce que la robe ne rentre pas assez vite à leur goût. Au fait, comment vont Westley, Chelsea, Nolee et Delancy? Êtes-vous toujours les meilleures amies du monde, ou, comme le raconte la rumeur, Westley s’est-elle disputée avec Delancy? À moins qu’elle ne se soit disputée avec Nolee?

Jasmin

P.S. pour reprendre ma première phrase: je suis métisse, mais hélas, parfois, mes fans se trompent en me dessinant et me font le teint trop clair. Ils m’ont aussi fait les lèvres beaucoup trop grosses, mais bon, je ne peux pas leur en vouloir: je suis tellement prise par mon travail que je ne peux plus beaucoup leur rendre visite. Qu’en est-il de vous?

.

Je suis amie à l’infini avec mes amies. Cela t’inclut d’ailleurs. Et je suis, comme toi, très affairée. Je suis éblouie par la beauté des métisses.

Barbie

.

Blaine, il va falloir que je m’habitue. Mais, bon, après tout, tant que vous êtes bien avec lui, c’est le principal! À propos, avez-vous sorti récemment une nouvelle collection? Et quelle est votre effigie préférée?

Jasmin

.

Je ne suis pas au courant de mes sorties de collection, Jasmin. Mes intendants commerciaux s’occupent de cela. Mon effigie favorite, c’est encore la représentation statuesque de la Justice. Je la trouve vraiment très gracieuse et aussi très généreuse de s’être laissée bander les yeux comme cela pour décider du sort de questions qui ne la concernent même pas directement. L’effigie de la Justice est une femme élégante et sereine. Ah, c’est que les anciens ne se sont pas trompés sur la source intime et profonde de l’impartialité…

Barbie

.

En ce qui concerne la justice et cette femme, peut-être n’avait-elle pas le choix. Qui sait… En tout cas, quelle que soit l’effigie, la justice n’est pas très brave lorsqu’on voit tous les problèmes qu’il y a avec les erreurs de jugement… Au fait, où en êtes-vous dans vos projets de construction? Avez-vous abandonné ou continuez-vous?

Jasmin

.

Construction? Je ne comprends pas.

Barbie

.

N’aviez-vous pas dit à la presse ce jeudi que vous alliez ouvrir une école pour enfants handicapés ou était-ce votre doublure qui vous a roulée?

Jasmin

.

Je ne suis pas du tout au courant. Il faudrait me citer cette source. On me fait dire tant de choses de par le vaste monde…

Barbie

.

Mon agent me dit que le vrai nom de cette source est… Lansay Marchandisage. Voyez-vous qui cela peut-être maintenant?

Jasmin

.

Non pas. Je devrais?

Barbie

.

Normalement oui. D’un point de vue purement professionnel, vous devriez les connaître pour, justement, au cas où une de vos doublures voudrait vous rouler. Mais bon, ce n’est pas obligatoire, mais je puis vous assurer que ça sert (même si c’est disons, très embêtant).

Jasmin

.

Je ne vois pas comment une de mes doublures pourrait me rouler, Jasmin. Pourrais-tu me l’expliquer.

Barbie (blonde à ses heures)

.

Moi aussi parfois je suis blonde à mes heures… Tout simplement parce qu’elle pourrait se faire payer pour raconter des conneries et donc, parfois vous perdre votre réputation. Que faites-vous en ce moment (à part répondre à ce message)?

Jasmin

.

Je suis simplement très occupée à ne pas m’inquiéter pour ma réputation qui est inattaquable… Et vous?

Barbie

.

Moi de même… D’autres personnes s’occupent de cette vérification pour moi… Y aurait-il des choses importantes dans votre carrière/vie ces temps-ci?

Jasmin

.

Des millions de choses, partout autour de ce si petit globe. Je n’ai pas une minute pour souffler.

Barbie

.

209- JE JOUE ENCORE AUX BARBIES

.

Bonjour, je m’appelle Clarisse, j’ai 10 ans, je joue encore aux Barbies et je trouve ça: TOP!

Clarisse

.

Tu as bien raison.

Barbie

.

210- PARIS HILTON EST-ELLE TA SŒUR?

.

Salut belle Barbie,

Que penses-tu de Paris Hilton? Est-elle ta digne «réelle» héritière? Dirais-tu que vous avez les mêmes aspirations et que dans une vie antérieure vous étiez sœurs? Je te trouve super-belle, et j’adore te lire. Tu m’éclaires sur beaucoup de sujets essentiels de la vie… sans toi la vie n’aurait aucune signification.

Audrey

.

Comme il n’y a qu’une vie, Audrey, Paris ne fut pas ma soeur dans une vie antérieure mais elle l’est dans cette vie-ci. Paris est ma soeur parce qu’elle fait ce qui lui plaît et ne se laisse pas flétrir si cela scandalise. Si Paris était un homme, on lui ficherait la paix et la caméra serait bien moins indiscrète. Vive Paris Hilton et honni soit qui mal y pense.

Barbie

.

211- EN AS-TU MARRE?

.

Bonjour Barbie,

Je voulais savoir si tu en avais marre que les gens te prennent pour une blonde idiote? Juste une question, car moi, tout le monde dit que je suis conne, à cause de ma couleur de cheveux: je suis blonde. Voilà.

Bisou.

Gaëlle

P.S.: désolée pour l’incruste.

.

Cela ne me dérange pas du tout car je suis en paix avec mon intelligence. Ne change pas ta couleur de cheveux pour si peu, Gaëlle. La qualité d’une tête est parfaitement indépendante de la couleur et de la texture de la pilosité qui la recouvre.

Ta Barbie

.

Salut,

Je voulais savoir si tu accepterais de me donner ton adresse msn et ton numéro de téléphone voilà, et je voulais savoir si tu n’en avais pas marre de Ken.

Kiss,

Gaëlle

.

Bonjour Gaëlle,

La seule information non confidentielle ici est que, oui, j’en ai très marre de Ken… Autrement tu peux correspondre ici avec moi, c’est très bien comme ça, non?

Je t’embrasse tendrement,

Ta Barbie

.

Salut,

Ok, moi j’en ai aussi marre de mon mec, mais bon… Ne trouves-tu pas que la plupart des mecs sont cons?

Bisou

Gaelle

.

Immensément.

Barbie

.

212- UNE FEMME BRISÉE

.

Chère Barbie,

Je sais que ce que je vais te dire va être dur à entendre, et tu sais que je ne te ferais de mal pour rien au monde, mais il faut tout de même que tu saches que ta petite sœur est une salope. Le jeune homme que je fréquentais depuis quelques temps m’a annoncé hier qu’il m’avait trompé avec Skipper et qu’ils avaient même mangé du Fluff ensemble. À toi, mon amie, je peux le dire: je suis dévastée. Et d’un coup je me suis demandée pourquoi et comment cela avait pu arriver. Après tout, toutes ces heures que j’ai passées avec toi, ces heures à te protéger des assauts assassins de ma sœur, ces moments de tendre complicité, nos vacances à la montagne… n’étais-tu pas ma meilleure amie? De fait, ne faisais-je pas un peu partie de ta famille? Aussi, comment cette petite traînée a-t-elle pu prendre l’homme de quelqu’un qui fait presque partie de sa famille? Ne sois pas choquée, c’est la colère qui me fait parler de cette petite pute ainsi. Une immense colère parce que, après tout, je l’aimais elle aussi, c’était comme ma petite sœur. Et là, je m’interroge. Je ne saurais plus lui donner d’âge… D’un coup elle me semble particulièrement jeune. Peux-tu me rappeler son âge, son activité? J’ai besoin de savoir si je dois juste les maudire tous les deux éternellement, ou si je peux soulager ma souffrance en prévenant la police d’un détournement de mineur. Voilà ma chérie. Désolée de ne me manifester qu’aujourd’hui, dans ces moments un peu douloureux pour moi. J’espère qu’on ne coupera plus les ponts. Tu me manques, tu sais.

Je t’embrasse,

Louise

.

Louise,

Skipper ne me donne pas exactement la même version de cette histoire. Aussi je préférerais ne pas y être mêlée.

Ton amie,

Barbie

.

213- JE VEUX…

.

Je veux le jeu de Barbie salon de coiffure. Je l’ai vu chez mon amie.

Karine

.

Je te le souhaite, Karine.

Barbie

.

214- LA POUPEE DOCTORESSE

.

Je cherche la poupée Barbie doctoresse pour ma petite nièce qui a trois ans. J’aimerais savoir si elle existe encore. Merci de me renseigner

Rousselli

.

Je n’ai pas perdu mon diplôme de doctorat. Je peux vous l’assurer. Mais j’ai bien peur d’être impuissante à vous aider dans votre recherche spécifique. Courage.

Barbie

.

215- FAUT-IL SAUVER BARBIE?

.

Barbie,

Je viens de lire un article paru dans le Times daté du 19/12. J’y apprends que tu es victime de tortures diverses et variées. Je suis dévasté. Comment en es-tu arrivée là? Pourquoi avoir concentré autant de haine sur toi? Ce déchaînement de violence est tout simplement révoltant, que puis-je faire pour te rendre l’existence plus sereine?

Le Cadre

.

Cher Cadre,

Ne t’inquiètes pas trop. Rappelle-toi que je n’ai pas d’ossature organique, pas de système nerveux, pas de source de douleur au sens classique. Je suis certaine que tu as porté l’attention requise à cet article de la presse britannique et pourtant deux détails cruciaux manquent dans ta description de la situation. D’abord ces vifs sévices sur moi sont intégralement assurés par les petites filles elles-mêmes, pas par leurs oppresseurs ou leurs détracteurs. Ensuite, il semble que la décision de cesser de jouer avec moi soit perçue par ces jeunes femmes en puissance comme une manière de rite de passage. Il est peu étonnant mais quand même bien regrettable que ton intervention escamote justement les deux moments dans ce processus ou les petites filles manifestent la fermeté de leur libre arbitre. Tout ceci me porte à penser que je fonctionne ici dans une sorte de dynamique sacrificielle moderne comme une sorte d’effigie totémique, ce qui a toujours été mon modeste rôle. J’espère seulement que ces enfants, assouvissant leurs fantasmes prométhéens face à l’angoissant Olympe de l’âge adulte qui se dresse devant elles, ne se blesseront pas en m’enfournant dans le four micro-onde. La structure de mon ossature artificielle incluant des composants métalliques, la prudence est tout de même de mise. Ce qui se passe ici entre ces jeunes filles et moi est consenti. Je n’ai pas besoin d’un Prince Charmant ou d’un Cadre pour poser des questions condescendantes comme «comment en es-tu arrivée là?» et venir tenter de me «sauver» selon ses critères qui ne sont plus les miens. Si tu veux faire œuvre utile pour me rendre l’existence plus sereine, cher Cadre, médite simplement en ton for intérieur sur les importantes indications que le sort de Barbie te donne ici sur les particularités de la culture intime de la femme moderne. Et je te le redis: ne t’inquiète pas trop. Sauf naturellement si tu t’inquiètes pour toi-même et pour ton cadre de valeurs désuet…

Barbie

.

216- MAIGRE

.

Bonjour Barbie,

Je suis une fille assez grosse et je ne comprends pas pourquoi Barbie est maigre. Peut-être parce qu’elle est plus belle. Mais des gros sont beaux aussi…

Merci d’accepter mes salutations,

Adeline 15

.

Je ne suis pas maigre parce que je suis plus belle, je suis plutôt maigre parce que je suis moins existante que toi. Tu es un peu forte mais tu existes. Ton coeur bat, tu es en vie. Tu n’es pas une simple effigie désincarnée. Et ça, Adeline, c’est la plus indiscutable et la plus précieuse des beautés. Tu es donc un milliard de million de fois plus belle que moi.

Barbie

.

217- PAS BESOIN DE RÉPONSE

.

Pauvre petite fille riche… seule au centre du monde… désespérément parfaite… morte…

.

Évidemment. Je meurs à chaque minute. Comme disparaît à chaque minute, la femme ancienne, dont je suis l’ambivalent phénix…

Barbie

.

218- TON CORPS

.

Chère Barbie,

Il est apparu après quelques recherches très sérieuses sur ta morphologie, que, si tu étais un véritable être humain, il te serait impossible de te tenir droite… ta tête étant proportionnellement trop grosse, et tes jambes trop grandes pour ton buste… Effectivement tu ne pourrais survivre qu’à quatre pattes. Alors, dis-moi, est ce que tu vis bien toutes ces tares?

Lanj

N.B.: Cela a été réellement prouvé.

.

Calmons-nous, Lanj,

Si on montait les roues des petites voitures Hot Wheels sur des vraies voitures, il y aurait des tas d’accidents. Si Monsieur et Madame Patate existaient sous cette forme, ils ne pourraient même pas s’asseoir et feraient certainement peur à tous leurs amis. Si la majorité des ours en peluche étaient de vrais ours, ils mourraient de faim dans la nature car ils ne pourraient ni se déplacer ni capturer leur nourriture… Nous sommes des jouets. Cela implique certaines petites distorsions, disons, stylisantes. C’est comme les clowns au cirque ou les joueurs de football et de hockey dans leur équipement. De là à en tirer de grandes conclusions sur ma très éventuelle infirmité, il y a une marge à ne pas franchir, je pense. Le faire, c’est un peu minimiser mon intelligence et celle de toutes les petites filles qui m’aiment et ne me voient pas difforme du tout…

Barbie

.

219- UNE ANCIENNE JOUEUSE

.

Chère Barbie,

Tu existes déjà depuis bien longtemps, mais tu es toujours au summum… J’ai aujourd’hui douze ans, je ne joue plus avec toi mais ma sœur encore un tout petit peu… Quand j’étais petite je te construisais des maisons pour toi, tes amies, tes enfants et… Ken. Mais maintenant, c’est fini…

J’attends une réponse, merci d’avance,

Marion, une ancienne joueuse

.

C’est temporairement rangé au grenier, Marion, oui. Puis, un jour, une petite fille entrera dans ta vie: ta fille, ta nièce, ta petite voisine. Et alors, tout redémarrera et je serai juste là, au cœur de votre amour.

Barbie

.

220- RESTE COMME TU ES

.

Barbie, je voulais te dire que je te trouve bien belle comme tu es, n’évolue pas en ta sexualité. Reste comme tu es.

Miss Pop

.

Bien compris, Miss Pop. Ce sera un plaisir de t’obéir.

Barbie

.

221- TA MÈRE

.

Coucou Barbie!

Je m’appelle Mélissa et j’ai 10 ans, et je me demandais pourquoi tu ne parles jamais de ta mère, peux-tu me la présenter? Quels sont tes défauts d’après toi? Quel âge a Blaine? Depuis combien de temps sortez-vous ensemble? Il me tarde de recevoir ta réponse. J’espère que tu seras heureuse avec Blaine.

Bisou. Ton admiratrice,

Pauline Summer

P.S. je t’aime

.

Ma mère s’appelle Barbara. Elle me ressemble vraiment beaucoup. Mon principal défaut est que je ne suis pas très modeste. Blaine a 27 ans et nous sortons ensemble depuis trois ans.

Ton amie Barbie

.

222- VEUX-TU ÊTRE MON AMIE?

.

Bonjour à Barbie. Mon nom est Kalyna. Je suis de Val-d’or, Québec, Canada. J’aime tous les vêtements, jouer aux jeux, et regarder ton site souvent et aller y jouer. Quand je suis au magasin de ma grand-maman… j’ai 7 ans, bientôt 8 ans le 22 avril, je suis très petite, mais j’aime bien lire, regarder la TV, glisser, jouer avec mes sept Barbie, Ken, et un bébé, un château, des chevaux, ma chambre est dans deux tons de rose. Comme chez Barbie, j’ai une coiffeuse. J’ai aussi un petit frère, quasiment aussi grand que moi, il a 4 ans, il prend mes choses de Barbie, et je n’aime pas ça. J’ai peur qu’il les brise.

Kalyna G.

.

Je veux bien être ton amie, Kalyna. Sois patiente avec ton frère. En découvrant le monde de Barbie, il apprend en fait à mieux te connaître et te respecter.

Barbie

.

Merci de prendre le temps de répondre à notre petite Kalyna, il y a deux kilos entre Kalyna et son petit frère de quatre ans, il est robuste, mais il a bon cœur et il est très gauche, même s’il ne fait pas exprès. Je suis la grand-maman de Kalyna je vais faire suivre son message chez ses parents merci du beau site pour amuser les jeunes.

G.

.

Et les moins jeunes…

Barbie

.

Merci d’être pour les petits et les grands.

G.

.

Je suis Barbie pour tous. Tout le monde y trouve son compte et c’est un immense privilège pour moi.

Bons baisers,

Barbie

.

223- AQUA

.

Coucou Barbie,

Je m’appelle Doriane et j’ai quatorze ans. Je joue encore à la Barbie, tu sais! Je voulais te poser quelques questions sur la chanson de Aqua, Barbie Girl, je pense que tu vois de quelle chanson je veux parler. Ne t’a-t-elle pas trop peinée? Ça n’a pas été trop humiliant pour toi? Est-ce que t’aimes bien cette chanson? Aurais-tu la traduction française? Je la cherche depuis longtemps mais je n’arrive pas à la trouver. Gros bisous salés. Reste comme tu es, tu es super belle!

Réponds-moi vite s’il te plaît!

Doriane Margery

.

Bonjour Doriane,

Je ne connais pas de version française à cette chanson. Je me contente donc, comme toi, d’en écouter la version originale. Elle ne m’humilie pas du tout car je la replace en contexte de la façon suivante: cette chanson ne porte pas directement sur moi, elle porte sur l’amour. Elle porte sur la passion d’amour qui emporte la femme moderne dans l’intimité avec son amant(e). Elle décide alors qu’elle veut être folle, elle décide qu’elle veut déployer tous les atours, tous les fantasmes, tous les stéréotypes pour plaire à l’amant(e) qu’elle s’est elle-même choisi(e) en toute liberté. Des femmes très modernes et très intelligentes font cela privément sans hésiter une seconde et cela leur plaît immensément sans flétrir leur personnalité effective. Elles s’amusent, dans l’intimité, à être la Louise Brooks, la Betty Page, la Madonna ou la Barbie de l’homme ou de la femme qui leur plait. C’est un de ces moments torrentiels que cette chanson cherche à évoquer et ce jour là le choix s’est arrêté sur moi. Je n’ai aucune difficulté avec cela. Cela m’honore même beaucoup de figurer dans le palmarès complexe et riche de tous ces types féminins. Ceux qui conceptualisent cette chanson au premier degré ne comprennent rien ni à ce que la femme contemporaine est devenue, ni au délire délicieux et parfaitement légitime de l’amour libre, ludique et folâtre de notre temps. Tu comprends?

Barbie.

.

224- SI TU ES SI POPULAIRE…

.

Allô toi!

J’ai lu quelque chose l’autre fois… pis ben… je trouvais ça drôle mais c’est vrai en même temps… Si vous êtes si populaire, pourquoi doit-on acheter vos amis?

P.S. Je n’ai rien contre vous.

Richard Pimparé

.

Parce qu’il ne faut pas les vendre! Cela engorgerait le marché.

Barbie

.

225- JE VOUDRAIS TE POSER DES QUESTIONS

.

Salut Barbie,

Je voudrais te poser des questions?

Quel âge as-tu?

As-tu des enfants?

Combien?

As-tu un fiancé?

Comment s’appelle ton fiancé?

Laura

.

Bonjour Laura,

Lis ma correspondance ici-même. Tu y trouveras la totalité des réponses à tes questions.

Je t’embrasse,

Barbie

.

226- PRÉSENTATION

.

Chère Barbie,

Je m’appelle Laura, j’ai 8 ans et demi, je suis en CE2 et j’habite Champigny-sur-Marne. Je voudrais mieux te connaître.

Laura

,

Très bien Laura. Causons alors.

Barbie

.

227- SUR TA PHOTO…

.

Pourquoi sur la photo tu es brune? J’ai toujours cru que tu étais blonde!

Mimi

.

Simplement pour que tu cesses de croire cela, mimi. C’est une idée fausse.

Je t’embrasse,

Barbie

.

228- COULEURS

.

Bonjour Barbie,

Je suis Yasmine. Quelle couleur aimes-tu?

.

Toutes les couleurs, Yasmine.

Barbie

.

229- NOUS AVONS DES PHOTOS!

.

Chère Barbie,

Vous avez fait onze fois la couverture du dernier magasine de Hugh M. Hefner en 2005, vous avez présenté les MTV Music Awards dans une tenue laissant entrevoir chaque parcelle de votre anatomie, et régulièrement vous apparaissez dans de nouvelles vidéos sur un site web où on vous voit vous soumettre à plusieurs hommes en même temps. Après avoir trompé Ken en juin 2003 avec son meilleur ami et sur son propre yacht, je vous demande quelle image vous donnez au monde de la Femme.

Sophie Von Lhormes, Bruxelles.

.

Une image libre et indifférente à la «fidélité» envers un connard rétrograde qui, de surcroît, n’est pas un petit saint lui non plus, non mais…

Barbie

.

230- PRENDS SOINS DE TOI

.

Salut Barbie!

Moi je suis fan de toi, je t’adore, je t’aime. Et pour que tu saches que je t’aime vraiment, chaque jour quand je me connecte à Internet, je pars sur ton site et je joue. Je t’aime beaucoup, Barbie. Tu es très belle, trop jolie. J’espère que tu vas me répondre, chère Barbie. Prends soin de toi. Je suis entrée sur ta page sur DIALOGUS, tu es «wow». Je vais t’envoyer des photos que j’ai enregistrées dans mon ordinateur. Kisssssss…

Sahar, qui t’adore

.

Je t’aime beaucoup aussi, Sahar. Amuse toi bien et profite de tous ces doux plaisirs qui sont si fugitifs. Je t’embrasse tendrement.

Ta Barbie

.

231- VOS AMOURS

.

Bonjour ma chère Barbie,

Je voulais savoir si c’est vrai que tu as quitté Ken et comment s’appelle ce nouveau jeune homme que l’on retrouve sur les tablettes?

Merci.

Dubel

.

C’est vrai et il s’appelle Blaine.

Barbie

.

232- L’ILLUSION DU BONHEUR

.

Salut,

J’ai été relativement surpris de constater qu’il était possible de converser avec toi. En effet, jusqu’à présent je te considérais comme un objet impersonnel. Au quotidien, il est rare que l’on t’appelle par ton prénom, ce dernier étant devenu un nom commun (ma Barbie, ta Barbie, sa Barbie…). On a coutume de te désigner en parlant d’une Barbie, sous-entendu une Barbie parmi tant d’autres. Là où je veux en venir, c’est qu’il existe une multitude de poupées Barbie à travers le monde, chacune d’entre elles a ses désirs, ses aspirations, sa vocation, et même sa personnalité. Ces caractéristiques varient selon le désir de l’enfant et peuvent même évoluer pendant le jeu. En conséquence, il existe DES poupées Barbie. Je n’arrive pas à concevoir qu’il puisse exister UNE poupée Barbie qui soit LA poupée Barbie. J’aimerais avoir des explications sur cette notion qui m’échappe, je te prie d’excuser ma naïveté.

Considérons alors que tu sois effectivement un personnage à part entière. Les publicitaires te présentent comme une jeune femme heureuse et épanouie, à qui tout réussit et pour qui tout semble facile et accessible. Il est inconcevable de t’imaginer malheureuse, même ta rupture avec Ken semble s’être passée de la meilleure des manières. J’aimerais donc savoir si tu avais déjà connu des échecs ou de difficultés au cours de ta vie, car j’ai du mal à concevoir que tu puisses être pleinement heureuse et avoir conscience de ton bonheur si tu n’as pas aussi connu ta part de contrariétés. Dans le cas contraire, cela voudrait dire que tu mènerais une existence profondément ennuyeuse, dans un monde tellement rose qu’il en deviendrait nauséeux, et l’image que tu nous renverrait ne serait en définitive que l’illusion du bonheur.

Merci d’éclairer les nombreuses zones d’ombres qui me hantent. Tschüss !

Jerk Birkenstocks

.

Mes plus grandes déceptions dans la vie ont à voir justement avec ce qui se manifeste ici dans ton commentaire. On m’accuse constamment de représenter l’illusion du bonheur alors que je ne suis en fait —tu le signales aussi— que la multiplicité des bonheurs. Est-ce que les petites filles ne peuvent pas simplement jouer à la poupée et se construire un monde ludique et secret sans qu’on en fasse constamment une doctrine inexpugnable? Le voilà, le grand échec de ma vie: je suis toute simple et ludique et on me décode constamment comme torve, doctrinaire et… publicitaire.

Barbie

.

Effectivement, j’étais loin d’imaginer que tu étais aussi sensible aux attaques issues de préoccupations d’adultes, dans la mesure où tu es fortement rattachée au monde de l’enfance (encore un raccourci facile). Certes tu es étudiée, décryptée, analysée, mais cela témoigne de l’importance de ta place dans nos vies. L’être humain cherche sans cesse à comprendre et à rationaliser son environnement, ainsi que les éléments qui le composent, ceci afin de se rassurer lui-même, au risque de se perdre dans des pseudo-réflexions telles que les miennes. À force, on arrive à te stigmatiser, à te discréditer, on te rend même responsable de certaines évolutions de notre vie en société. On préfère les expliquer en invoquant une cause individuelle, plutôt que la résultante de comportements collectifs issus d’un conditionnement quasi-général. C’est tellement plus facile. Tu estimes que ces jugements constituent un échec personnel. Au contraire j’y vois le reflet d’une réussite magistrale. Chaque médaille a son revers. Si tu dois autant faire face aux critiques, c’est parce que tu es devenue une figure emblématique de notre société. Bien sûr, il est difficile de composer avec tant d’animosité, d’autant plus qu’elle est totalement injuste. Tu ne cherches qu’à rendre des petites filles heureuses, à satisfaire leur besoin d’évasion, à les accompagner dans leurs voyages imaginaires. Mais l’accomplissement d’une tâche aussi merveilleuse n’est en rien comparable à quelques petites critiques mesquines. Celles-ci doivent te rappeler à quel point tu comptes, et doivent être sources de satisfactions plutôt que de déceptions.

Tschüss !

Jerk Birkenstocks

.

Je comprends que tu me comprends, Jerk. Merci.

Barbie

.

233- RESTER JEUNES

.

Dis-moi, comment fais-tu pour rester jeune et sexy ainsi?

Patrick Desautels

.

Simple, Patrick: je suis un jouet. Ma jeunesse, c’est la jeunesse de celles qui jouent.

Barbie

.

234- DEUX FANS DE TOI

.

Bonjour Barbie,

Nous sommes deux jeunes filles de 15 ans et tu es notre idole. C’est pour cela que nous avons décidé de faire un exposé sur toi! Pourrais-tu nous aider?

On taime, réponds-nous vite!

Manu Angel

.

Lisez ma correspondance ici, à DIALOGUS. Cela devrait vous aider plus que tout.

Barbie

.

235- TUPPERWARE

.

Bonjour Barbie,

J’aimerais savoir si tu utilises des Tupperware, et si oui, lesquels?

Serge

.

Non, et toi Serge?

Barbie

.

236- RECHERCHE SCOLAIRE

.

Bonjour Barbie,

Je suis le père d’une jolie fille de 9 ans qui a un travail scolaire à faire et elle a choisi Barbie. Voici les questions: Quel est le nom de ton créateur? De quel pays viens-tu? En quelle année as-tu été créée? Serait-il possible d’avoir une photo de toi avant et maintenant?

D’avance merci,

Sabi

.

Ma créatrice est Madame Ruth Handler, morte en 2002. J’ai été conçue en 1959. Je suis américaine d’ascendance allemande.

Barbie

.

237- LA FRAMBOISE

.

Aimes-tu la framboise, Barbie?

Bisous.

Laura

.

Énormément. Et toi?

Barbie

.

Oui moi aussi énormément! Et aimes-tu le scrabble?

Laura

.

Un peu. Mais je préfère le Monopoly…

Barbie

.

238- MY SCENE

.

Salut Barbie, tu vas bien? Moi très bien! C’était pour te demander, quel est ton nom de famille et si tu avais déjà rencontré les MY SCENE. Sont-elles gentilles? Es-tu jalouse d’elles? Réponds-moi au plus vite et saches que tu resteras toujours belle pour moi!

Franciscain711

.

Bonjour toi,

Lis attentivement ma correspondance ici. Tu y trouveras réponse à toutes tes questions.

Ton amie qui t’embrasse,

Barbara Millicent Roberts

.

Salut, j’ai bien reçu ta réponse! Alors je t’envoie d’autres questions. Qui est ton nouveau mari? Comment s’appelle-t-il? Pourquoi as-tu divorcé d’avec Ken? Maintenant quel âge a Shelly? Merci d’avance, tu as ébloui mon enfance mais j’ai besoin d’en savoir plus sur toi. Dommage que je ne joue plus avec toi, j’ai douze ans, et les jeux d’adolescente te remplacent mais sache que je suis vraiment désolée.

Merci.

Franciscain711

.

Tu trouveras réponse à tes questions ici dans ma correspondance. Ne sois pas désolé de ne plus jouer avec moi. Un jour une petite fille entrera dans ta vie et tout recommencera. Tu verras, ce sera très beau et tu repenseras à mes paroles de ce jour.

Ta Barbie qui t’aime

.

239- LA PESTE D’UNE SÉRIE AMÉRICAINE

.

Bonjour Vous,

Pour avoir lu pas mal de tes réponses, sache que je te trouve très prétentieuse et qu’au contraire de l’élégance, dans tes réponses tu représentes à merveille la peste d’une série américaine pour ado… La femme n’a jamais rêvé d’être parfaite avant qu’on ne lui mette cette idée dans la tête… L’important ce n’est plus ce que tu penses représenter mais ce que les femmes pensent que tu représentes… Quand l’opinion publique devient majoritaire (je suis artiste et je travaille sur ta représentation dans la société par le biais de l’Art) et si je parle de majorité c’est parce qu’à chaque fois que je parle de mon travail, les femmes que je rencontre sont en accord avec cette image nocive et en fin de compte dévalorisante que tu représentes c’est qu’il y a forcement une raison que peut-être tu ne veux pas t’avouer… Et je pense que mettre cela sur le compte de la jalousie serait une fois de plus vouloir enfermer la femme dans un stéréotype qui ne lui convient pas…

Bien à toi,

Alice

.

Et… quelle serait cette raison que je ne veux pas m’avouer, Alice?

Barbie

.

Bonjour Barbie,

Heureuse que tu m’aies répondu et que l’on puisse continuer cette conversation… Peux-tu me joindre sur mon adresse mail, celle-ci n’est pas perso.

Je te réponds dés que j’ai un moment.

Alice

.

Non, Alice, désolée, mais je n’existe qu’en DIALOGUS.

Amicalement,

Barbie

.

Très bien Barbie.

Je te répondrai demain alors.

Amicalement,

Alice

.

J’attends ton message.

Barbie

.

240- DES AIRS SUPÉRIEURS

.

Mademoiselle,

Je vous écris pour vous faire part de mes suggestions. Je vous trouve jolie, mais ça c’est normal car il faut que vous plaisiez aux petites filles. Sinon je trouve que vous prenez trop des airs de sainte-nitouche alors que vous ne l’êtes pas. Vous n’êtes non plus pas très futée car vous ne réfléchissez pas, mais ça je vous le pardonne car vous n’êtes que du plastique. À part ces petites remarques, permettez-moi de vous demander: comment ça se passe entre vous et Ken? Bien que vous soyez jolie, je souhaiterais vous demander d’arrêter de prendre des airs supérieurs avec les petites filles car elles sont jalouses de vous et votre apparence physique! Bon, je vais vous laisser continuer votre route vers «Fairytopia».

Veuillez agréer, Mademoiselle, mes sincères salutations.

Marie

.

Je suis très affligée d’apprendre que les petites filles sont jalouses de moi. Tu étais jalouse de moi, toi, Marie, quand tu étais petite?

Barbie

.

241- AMOUR, QUAND TU NOUS TIENS…

.

Salut poupée!

Je me posais juste la question: comment fais-tu pour tenir ta ligne depuis toutes ces années, jolie blonde. Je regrette que tu aies quitté Ken pour un autre que moi, car je sais que sous ton ou peut-être ta plastique tu regorges de surprises cachées!

Christian

.

J’en ai une pour toi aussi. Comment fais-tu pour tenir ta ligne doctrinale depuis toutes ces années. Tu ne changes pas de disque de temps en temps?

Barbie

.

242- COMMENT FAIS-TU?

.

Salut Barbie,

Quand j’étais petite j’étais une grande amatrice de toi! Donc merci pour tout. J’aimerais savoir si tu comptes avoir des enfants? Avec Ken? Où en est votre relation? Ensuite une question que beaucoup de femmes se posent: comment fais-tu pour être aussi mince? Et le rester? Et aussi quelles sont tes mensurations?

Voilà, merci de répondre à toutes ces questions.

Ath765

.

Grande question. Je veux des enfants mais d’un homme intelligent, un homme qui ne se soucie pas de mes mensurations ou de mes secrets de minceur…

Bisous,

Barbie

.

243- ES-TU GENTILLE?

.

Barbie,

Tu habites où? Es-tu gentille? Moi, je m’appelle Marie, j’ai 8 ans.

J’aimerais te connaître, mais comment?

Manoukelle

.

J’habite Malibu et je suis fort gentille. Pour me connaître, tu n’as qu’à m’écrire ici-même.

Barbie

.

244- BARBIE, AMOUR, GLOIRE ET BEAUTÉ

.

Ma chère Barbie,

Tu ne te souviens peut-être pas de moi, mais je t’ai écrit il y a déjà quelques mois. Je voulais te parler de ce scoop que je viens d’apprendre ici: «La figurine Ken, dans une version plus musclée et plus stylée, pourrait retrouver sa place dans le coeur de Barbie, la poupée dont il s’est séparé en 2004… Ken, qui semble avoir mis ce temps à profit pour sculpter son corps et soigner son style, revient vêtu d’un ensemble pour la plage, d’un short et d’un T-shirt blanc.» Comment appréhendes-tu ce retour en force? Que va dire Blaine? Va-t-il y avoir un duel (au pistolet? à l’épée? à mains nues dans la boue?) entre Blaine et Ken? Dis-moi, dis-moi, dis-moi! Il me tarde de connaître ta réponse!

Naminou qui t’adorera toujours

.

Il faut voir venir sans paniquer. Les mecs, c’est souvent de la soufflette, sans plus. Pour ce qui est du «style», il faut voir aussi. Le style crypto-macho n’ira pas loin non plus. Le tout se résume en deux mots, Maminou: prudente expectative.

Barbie

.

Ma chère Barbie, je voulais te dire ARGHHHHHHHHHHHHHHH! Tout ceci parce que je viens d’apprendre que tu as largué Blaine pour Ken comme les tabloïdes le rapportent. Alors, a-t-il tant changé que ça? Comment s’y est-il pris pour que tu cèdes à ce faux jeton? Je brûle de le savoir!

Naminou bouleversé

.

Mais Naminou, dit voir un peu: les journaux tabloïdes disent-ils le vrai?

Ta Barbie de toujours,

Barbie

.

245- I’M A BARBIE GIRL (IN A BARBIE WORLD)

.

Bonjour Barbie,

J’aimerais savoir: pourquoi tu t’appelles Barbie à chaque fois que tu es blonde? Il me semble qu’avoir une teinture dans les cheveux ne change pas le nom pour autant!

Amicalement

Alexandra

.

Soyons logique Alexandra. Je m’appelle Barbie quand je suis blonde parce que je m’appelle Barbie quand je suis rousse ou brune. Oui?

Barbie

.

246- ACTION MAN

.

Salut Barbie,

Je m’appelle Enya et je voulais savoir si tu voulais sortir avec Action Man, parce qu’il m’a dit qu’il t’aimait. Alors réponds-moi s’il-te-plaît car tu ne sors plus avec Ken.

Enya.

.

Euh… non merci, sans façon.

Barbie

.

Bon OK! Ce n’est pas grave! Je voudrais te poser une autre question! Alors: Aimerais-tu avoir un garçon? Quelle est ta série préférée? Et que manges-tu? Enfin quelles sont tes stars favorites? Merçi de me répondre au plus tôt!

Je t’embrasse très fort! Kiss!

Enya

.

J’aimerais bien avoir un fils, oui, juste autant qu’une fille. J’aime toutes les séries. Je mange beaucoup de légumes et ma star favorite c’est Joan Fontaine, parce qu’elle est intelligente.

Barbie

.

247- CONSEILS D’UNE FILLE

.

Salut Barbie,

Tu penses sûrement que Ken ne t’aime plus; tu penses peut-être qu’il est macho et relou. Je m’y connais en mec et si tu penses qu’il est comme ça… eh ben tu te trompes sur toute la ligne d’après mes connaissances. En fait, il t’aime mais il n’arrive pas à le dire. S’il est chiant et ben ce n’est pas sa faute, les gars au bout d’un moment, ils sont toujours chiants mais après ils redeviennent comme avant. Une fois tu as raconté dans un courrier que tu avais quitté des garçons parce qu’ils n’aimaient que ton physique. Et si le garçon, ce Blaine, avec qui tu sors en ce moment ne pense qu’à ta belle forme, à ta place je me méfierais. Tu as aussi raconté que Ken aimait ton caractère et pas forcément ta forme.

Je suis impatiente que tu me répondes

Néness

.

Tu es l’avocate de Ken, dis-moi?

Barbie

.

248- SEULEMENT UN JOUET?

.

Chère Barbie,

Cela fait déjà un moment que je désirais te parler sur DIALOGUS. En lisant ta correspondance, j’ai pu remarquer que tu avais de l’esprit, que tu étais intelligente et que tu ne te laissais pas faire par les imbéciles qui voulaient te prendre à défaut. Je t’avouerai que jamais je n’ai joué à la poupée (ni aux voitures d’ailleurs…!). Je n’ai jamais compris l’intérêt qu’avaient les gens de reporter leur amour et leur attention sur un jouet en plastique: toute la charge émotionnelle est dirigée vers un être inanimé. Peut-être, et bien paradoxalement, est-ce nécessaire? Après réflexion, je me pose la question. Peut-être aussi est-ce important d’extérioriser certains sentiments, certaines émotions. Je ne sais pas, qu’en penses-tu? Tu es finalement mieux placée que moi pour en parler.

À bientôt.

Florence

.

Je pense que ta position est parfaitement légitime, Florence. Il n’y a que le plastique qui m’échappe dans tout cela.

Barbie

.

Le plastique? Et pourquoi donc, je te prie?

Florence

.

Bien… je serais en verre ou en porcelaine, ça changerait ton opinion sur moi?

Barbie

.

Bien sûr que non. Cela va de soi. Je salue bien sûr l’effet et l’attirance des enfants pour leur poupée: il faut bien les occuper. Je n’ai pas d’opinion particulière sur toi, mais je sais, que si les Barbie de tous les jours parlaient comme toi, j’en aurais certainement eu une…

Bien à toi, très chère…

Florence

.

Elles parlent comme tu les fais parler, Florence. Exactement comme ici…

Barbie

.

Alors, ma chère Barbie, je dois vraiment être sourde, parce que je n’ai jamais entendu un jouet me répondre. À moins bien sûr, d’avoir une énorme imagination, et peut-être le cerveau pas tout à fait à sa place. Enfin, qui sait?

Florence

.

Il faut essayer encore. Peut-être en compagnie d’enfants…

Barbie

.

Si des enfants sont nécessaires à l’ouverture de mes yeux sur cet autre monde fantastique où oursons et poupées parlent, j’ai bien peur de ne jamais pouvoir constater ce phénomène. Tant pis. Merci pour tes conseils.

Florence

.

249- BARBIE DE MES RÊVES

.

Bonjour très chère Barbie,

Comme vous le savez, un nombre incalculable de personnes a l’honneur et la possibilité de vous lire mais aussi de vous écrire par un organisme très puissant mais très discret dont je tairai le nom, car désirant garder tous mes membres intacts… (hi hi) bref, passons aux choses sérieuses, je tenais à ce que vous sachiez que je trouve votre esprit infiniment plus beau que votre corps qui, malgré sa perfection, n’égale pas votre esprit, j’aime vous lire, ou plutôt j’aime me délecter de votre élixir, vous égalez nombre de poètes et de philosophes, le saviez vous? et cela est d’autant plus un crime dans un corps aussi bien fait, si j’avais pu avoir une (meilleure) amie, ce serait vous et si je devais en avoir une à l’avenir j’espère que ce sera vous…(et je ne veux surtout pas vous entendre dire que j’exagère ou bien que j’ai tort, je sais lire et je sais prendre du recul et faire la part des choses) car vos lettres sont remplies d’espoir, de joie, d’insouciance bien placée, d’optimisme, d’intelligence et plein d’autres sentiments se dégagent de vos textes en somme, vous arrivez par je ne sais quel miracle, alors que ces lettres ne me sont même pas destinées, à me donner le sourire, j’aimerais tant vous convoiter, sans doute car vous êtes un symbole de convoitise, j’aimerais faire partie de votre existence et moi de la vôtre, vous connaître, avec vous tout est si rose je ne veux pas parler de ce rose couleur bonbon mais de ce rose que chantait Édith Piaf, le rose d’une rose en somme, mais je sais que ce n’est qu’un doux rêve que celui d’un jour pouvoir vous côtoyer et, si vous répondiez à ce «roman» tout fade, ce serait déjà un joli miracle, mais je vous connais pour être une faiseuse de miracles alors qui sait… voilà pour les compliments qui devaient être dits… et de la sincère affection que je vous porte, chère Barbie ou quel que soit votre prénom. Je vous envoie deux baisers, le premier est celui d’un enfant, le second celui d’un amant. Recevez le premier sur votre joue droite et le deuxième… là où il vous plaira…  

Hedi Monte-Cristo

P.S. Je suis celui à qui votre esprit ne laisse pas indifférent et qui laissera une trace quoi qu’il advienne.

.

Je suis très touchée. Je prendrai le second baiser sur le front, puisque c’est à ce qu’il y a dessous que vous rendez si gentiment hommage. Mon vrai prénom c’est Barbara (quelle connerie la guerre, n’est-ce pas!) et vous me donnez le sentiment très profond et très touchant d’être comprise, ce qui est extrêmement agréable.

Bonne continuation de lecture,

Barbie

.

Barbie de mes rêves

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que vous m’avez répondu et aussi que vous m’ayez dit votre prénom. J’adore votre répartie, elle est si belle et si subtile je ne m’en lasserai jamais, je suis ravie de vous toucher… profondément… car ce qui vous est agréable me l’est aussi, Barbara.

Mais dites-moi quel plaisir et quelle obole tirez-vous à répondre aux multitudes de messages que vous recevez? En avez-vous d’ailleurs? Y a-t-il un sujet ou bien un domaine de discussion que vous n’avez jamais abordé malgré l’envie? (la guerre, une connerie certes mais sans elle, la paix n’aurait aucune signification, ni saveur… enfin j’IMAGINE, on ne peut faire que cela d’ailleurs). En prenant plaisir, comme d’habitude, à vous lire, il y a quelque chose que je n’ai pas saisi: «Ken est sans le sou. Je l’aime parce que le jeu l’exige. Changez le jeu et mon sentiment pour Ken suivra» (échange numéro 10). Eh bien voilà: qu’entendez-vous par jeu? Le «jeu» de séduction qui vous lie? Ou bien quelque chose de plus précis et plus subtil?

Au plaisir de vous lire

Hedi Monte-Cristo

P.S: Dis-le-moi si je prends trop «la confiance» avec toi, par exemple, ça te dérange que je te tutoie?

.

Le jeu comme dans «jouer à la poupée», naturellement. Et tu peux me tutoyer tant que tu veux. Il y a des milliers de sujets qui sont encore à découvrir et j’adore mon courrier. Abordez toutes les questions que vous voudrez, ceci est un espace très libre.

Barbie

.

250- ÂGE

.

Bonjour Barbie,

Je m’appelle Solveig et j’ai 8 ans et toi tu as quel âge?

Solveig

.

Bonjour,

J’ai 22 ans.

Barbie

.

251- TA VIE

.

Bonjour Barbie,

Je m’appelle Maroua et j’ai neuf ans. J’aimerais que tu me dises: Quel âge as-tu? Où habites-tu? Combien as-tu d’enfants? Je voudrais que tu me répondes vite. Je t’aime très très très très très très très très très très fooooooooooooooort.

Gros bisous

Maroua

.

Vingt-deux ans. Malibu, Californie. Ça c’est… c’est toi qui décides…

Barbie

.

252- LES BISOUNOURS

.

Bonjour,

Je suppose que tu aimes tout le monde, que tu es la bonté incarnée avec ton si beau sourire peint sur ton visage. Mais je voudrais savoir ce que tu penses des Bisounours. Ce n’est pas une plaisanterie mais un sujet très sérieux qui me tient à coeur.

Luis Piaton

.

J’aime bien les Bisounours, sauf quand ils se servent des cœurs qui leur jaillissent du thorax en rayon laser pour assommer leurs ennemis. Un rayon laser rose en forme de cœur, c’est toujours un rayon laser et la violence déguisée reste de la violence, tu ne crois pas?

Barbie

.

253- QUE FAIRE?

.

Je m’appelle Caroline, j’ai 11 ans et je joue encore aux Barbie. J’en ai au moins trente; j’en voudrais encore mais mes parents refusent. Que faire?

J’espère que tu me répondras,

Caroline

.

Caroline

Les écouter. Je crois que leur option est raisonnable sur cette question spécifique.

Ta (trente-et-unième) Barbie

.

254- ÉCRIS-MOI!

.

Pourquoi tu ne m’écris jamais, Barbie? Écris-moi au moins une fois. Tu es trop gentille, tu es belle et tu es mon jouet préféré. Mes copines ne t’aiment pas mais moi je t’aime; elles disent n’importe quoi! Au fait, je joue tous les jours à la poupée ou à Barbie; j’ai plein de Barbies chez moi parce que je t’aime beaucoup beaucoup; je t’adore. Ceux du CM2 disent que c’est pour les bébés, les Barbies, mais ce n’est pas vrai.

Je t’aime,

Ta copine Khadidja

.

Je t’aime aussi, Khadidja. Je pense à toi.

Barbie

.

255- JE VOUDRAIS ÊTRE COMME TOI

.

Bonjour

Je m’appelle Oanez. J’ai 5 ans et je t’adore. Je te trouve très belle et je voudrais bien être comme toi. Je te fais des gros bisous.

pokou tev bras,

Oanez

.

Bonjour Oanez,

Je t’aime beaucoup moi aussi et c’est moi qui souhaite de tout mon cœur être comme toi. Je t’embrasse de tout mon cœur.

Ta Barbie

.

256- DESIGNER DE MODE

.

Bonjour Barbie,

Je dois écrire à un de mes héros pour un devoir d’école, et c’est toi que je choisis. Je veux te poser une question: qui est ton designer de mode préféré? Moi, je préfère Chanel, Chloé et Viktor & Rolf. J’espère une réponse rapide!

Gros bisou,

Charlotte

.

Oh! Oleg Cassini, bien sûr. Il sera peut-être bientôt avec nous à DIALOGUS d’ailleurs. Ce serait une grande joie.

Barbie

.

257- AIMES-TU ÉCRIRE?

.

Salut Barbie,

Ça va? Moi oui. J’ai une question à te poser. Aimes-tu écrire?

Éric

.

Immensément.

Barbie

.

258- DEUX OU TROIS CHOSES A TE DIRE

.

J’ai passé une large partie de mon enfance à te recevoir ou à te voir offerte comme cadeau à de multiples occasions. Mon petit frère, qui était fort inspiré, t’arrachait la tête et moi je te coupais les cheveux. Tu faisais, hélas pour toi, jouet, trop hétéro à mon goût, et, depuis, cela ne s’est pas arrangé. Regarde les Barbie nouvelles générations, elles ressemblent à des «techniciennes du trottoir», si tu vois ce que je veux dire. Si tu es morte, c’est certainement mon frère qui t’a tuée… au moins, une centaine de fois!

Asma

.

Tant pis pour lui et sa brutalité… car je renais toujours.

Ta Barbie

.

259- LA MODE DES « LOLITA »

.

Ne penses-tu pas que tu as mis à la mode toutes les Lolitas actuelles qui se prennent pour des canons et qui sont si souvent controversées?

Ben

.

Pour te répondre simplement: non, aucunement.

Barbie

.

260- BARBIE! JE T’AIME!

.

Salut Barbie!

Tu es tellement parfaite! J’ai juste une petite question: où tu en es avec KEN?

Missy Lili

.

Juste là où tu voudras, Missy Lili.

Barbie

.

261- TE TROUVES-TU BELLE ?

.

Hello Barbie!

Je voudrais savoir si tu te trouves belle, et si tu trouves belle miss Beauté romande 2006? Peux-tu en faire une Barbie?

Bisous

Lauren Perler

.

Oui à toutes les questions.

Barbie

.

262- N’AS-TU JAMAIS DE PROBLÈME?

.

Bonjour Barbie!

Depuis toute petite, je suis une de tes grandes fans! Pourtant, je me pose une question: ton monde est-il si parfait que tu ne rencontres jamais de problèmes? N’as-tu pas parfois envie de changer ton éternel sourire en tristesse ou colère? Comment fais-tu pour rester toujours calme et heureuse? Je sais, cela fait beaucoup de questions mais si tu as le temps d’y répondre, cela me ferait très plaisir!

Merci d’avance!

Nadidi

.

Nadidi,

Mon sourire est figé dans le bonheur, mais je suis le diapason de tes émotions. Tes tristesses se canalisent en moi et je les incarne mieux que quiconque. Mon existence parfaite est fausse. Ma vraie existence démarre quand je deviens ta marionnette thérapeutique, ton jouet. Et alors toutes les gammes des émotions sont possibles.

Ta Barbie

.

263- QUI A CRÉÉ KEN?

.

Qui a créé Ken?

Sophie

.

La même personne qui m’a crée moi: Madame Ruth Handler (1916-2002).

Barbie

.

264- ABRUTIE?

.

Chère Barbie (ou pouffe?),

N’en avez-vous pas assez de passer pour l’abrutie de service? Merci de répondre en vous justifiant par des mots intellectuels (si vous le pouvez).

Au plaisir.

Marylou

.

Je n’ai en rien à justifier ex post ès mon ONTOS, surtout auprès des empiristes étroits qui a priori le mécomprennent. C’est assez intellectuel pour toi comme cela?

Barbie

.

265- C’EST QUI L’AUTRE FRISÉ?

.

Heyhey Barbie!

Ça va? Moi oui! J’ai deux petites questions à te poser:

1 – Pourquoi t’es-tu séparée de Ken?

2 – C’est qui l’autre frisé (gars)?

Valérie

P.S. Je t’adore, même si je suis une ado qui est censée brûler ses Barbie.

.

J’ai quitté Ken parce qu’il était trop conservateur, trop vingtième siècle. L’autre c’est Blaine. C’est une âme simple du vingt-et-unième siècle, mais il respecte ma liberté.

Barbie

.

Tu es bisexuelle? Est-ce que ça veut dire que tu as couché avec d’autres filles?

Valérie

.

Couché, je ne sais pas. Pas dormi en tout cas…

Barbie

.

As-tu déjà eu une petite amie? Si oui quel est son nom?

Val

.

C’est un secret.

Barbie

.

266- CET AIR BÊTE…

.

Pourquoi as-tu toujours cet air bête qu’aiment toutes les filles? Non, parce que ça n’attire pas du tout les garçons. Si tu avais un air plus sexy avec une mini-jupe et un décolleté, là ça pourrait le faire.

Bye

Simon

.

Mais Simon,

C’est fringuée comme tu le décris que j’aurais l’air bien bête!

Barbie

.

267- COLLECTIONNITE AIGUË

.

Bonjour Barbie,

Je me permets de t’écrire pour te faire savoir que:

1) Je t’aime beaucoup et ce, depuis ma plus tendre enfance.

2) Depuis plus de vingt ans, je te «collectionne». Je recherche des modèles de toi en tout genre, en particulier des modèles de 1959 à 1972. Ce que je peux dire, c’est que tu m’es parfois assez onéreuse… ainsi que tes fabuleuses tenues «vintage».

3) Tous ceux qui te critiquent prennent trop à cœur tout ce que tu peux représenter comme bon ou mauvais exemple pour les plus jeunes. Ils devraient prendre ton succès au troisième degré et te considérer comme un jouet et rien d’autre.

Continue comme cela et surtout, ne cesse pas de nous faire rêver.

Sylvie

.

Ces superbes paroles de sagesse, Sylvie, sont inscrites dans mon cœur pour toujours.

Ta Barbie qui t’aime

.

268- EST-CE QUE TU HABITES À BARBIE.COM?

.

Chère Barbie,

Je m’appelle Anne-Lise, je suis très contente de te voir. Je t’aime beaucoup et tu es très belle. Ma maison est à Paris au quatrième étage. Est-ce que tu vas à l’école et est-ce que tu écoutes ta maîtresse même quand elle dit n’importe quoi? Est-ce que tu te trouves belle? Moi j’aimerais te ressembler quand je serai grande. Barbie est ton prénom ou ton nom de famille? Est-ce que tu habites à Barbie.com dans l’ordinateur? J’ai un chat qui s’appelle Voyou et qui est tout roux. C’est mon meilleur ami. Est-ce que tu aimes les chats?

Anne-Lise, 5 ans.

.

Bonjour Anne-Lise,

Je ne vais plus vraiment à l’école mais j’écoutais toujours attentivement mes maîtres et maîtresses. En effet, même dans «n’importe quoi» il peut parfois surnager des informations utiles pour comprendre le monde. Je me trouve vraiment pas mal et je trouve toutes les petites filles et jeunes femmes très bien. Il faut se trouver belles sans complexe, c’est dans cette paix que réside la vraie beauté du coeur et de la personne. Barbie est mon prénom, c’est le diminutif de Barbara. Je n’habite pas dans un ordi et j’aime beaucoup les chats.

Je t’embrasse tendrement,

Barbie

.

269- GROS BISOUS

.

Bonjour Barbie,

Je m’appelle Flavie et j’ai plein de poupées Barbie. J’ai 6 ans et j’écris chez ma voisine… Je te dis un grand «BONJOUR» Barbie. Je t’aime très fort et j’espère que tu me répondras sur l’ordinateur de ma voisine qui me préviendra (elle à 13 ans)!

Gros Bisous

signé: Flavie

.

Bonjour Flavie,

Je t’embrasse avec tout mon amour.

Barbie

.

270- ABRUTIE?

.

N’en avez-vous pas marre de ressembler à une bimbo, une fille sans cervelle qui montre aux jeunes filles qu’elles ne valent qu’à draguer les mecs? Moi je trouve que tu donnes un mauvais exemple aux petites filles. Je ne veux pas te fâcher. Je donne mon avis.

Ciao.

Céline

.

Céline,

Consulte, ici sur DIALOGUS, ma correspondance et repère les petites filles qui viennent échanger avec moi (elles fournissent souvent leur âge, sinon leur style et leur ton parlent de soi-même). Lis ces échanges et observe attentivement, données en main, ce que ces petites filles font de moi, prend connaissance de ce qu’elles discutent avec leur Barbie. Je peux t’assurer qu’il n’y a absolument rien de «bimbo» dans ces échanges. Au contraire. Ils sont très tendres, très simples, très humains, très intelligents. Et draguer les mecs, franchement entre nous, c’est bien loin d’être ma priorité. Ma priorité, c’est d’être moi même et de m’aimer telle que je suis.

Amicalement,

Barbie

.

271- SARCASTIQUE

.

Alors comme ça, on a fait l’armée? Ça m’a fait bizarre de vous voir dans un magasin, avec des vêtements militaires. Mon petit frère s’est écrié: Ha Ha Ha, c’est Barbie en Afghanistan! C’était comment, de sauter dans la boue, et de salir ses vêtements? Alors comme ça, on a fait de la pub pour les cigarettes? Une question me turlupine: vous avez du fumer, est-ce que vous toussez beaucoup quand vous parlez, ou est-ce que vous vous êtes fait greffer des poumons artificiels (sans le dire à votre cher Ken)? Alors comme ça, votre sujet préféré de conversation, c’est les vêtements? Ça fait un peu pitié, hein? Vous savez qu’il y a aussi autre chose, dans la vie? Alors comme ça, on a un Q.I pas très élevé? Vous avez au moins 1, j’espère. Ou alors peut-être moins… Vous avez combien, exactement?

Avec mes salutations, et en attente d’une réponse,

Alice.

PS : si vous ne savez pas ce qu’est le Q.I, allez voir dans le dictionnaire. Ou alors peut-être que vous ne savez même pas lire…

.

Alors comme ça, on s’en prend à Barbie. On le fait pour la bonne cause, j’espère, Alice. On le fait pour abattre l’image négative des femmes véhiculée par certains manipulateurs de poupées. Surtout pas pour s’en prendre aux femmes elles-mêmes en ceci qu’elles sont incarnées par moi. N’est-ce pas…

Avec mes salutations, et dans l’attente d’une réponse,

Barbie

.

272- SOUTIEN

.

Bonjour Barbie!

Alors voilà je me demandais si tu avais créé une section de crise de soutien pour les âmes sensibles comme moi qui sont victimes du terrible spectacle qu’est la démembration des Barbie?

Merci!

Chloé

.

Chloé,

Je suis bien d’accord pour le faire en sept mots: ne te soucie pas trop de cela.

Barbie

.

273- TES RÔLES

.

Bonjour Barbie,

Je souhaiterai savoir: des rôles d’Emina, Anneliese, Odette, Clara, Raiponce, lequel as-tu préféré jouer?

Respectueusement,

Flore

.

Le seul rôle qui m’ait jamais vraiment intéressée est celui d’Elle Woods.

Barbie

.

274- VOTRE COIFFEUR

.

Salut!

En fait, je voulais savoir ce que tu trouvais à Ken… Franchement, il n’est pas si beau gosse que ça. Mais peut-être l’as-tu choisi parce qu’il correspondait le mieux à ton mental? Merci de m’éclairer sur ce point.

Au revoir.

Koridamie

P.S.: Peux-tu m’indiquer l’adresse de ton coiffeur? J’adore ta coiffure depuis ma plus tendre enfance.

.

Le seul intérêt qu’ait justement jamais eu Ken est qu’il savait par cœur l’adresse de mon coiffeur, que je ne me suis jamais vraiment mise dans la tête. Il est parti avec, par contre, hélas pour toi et moi.

Barbie

.

275- TON SOURIRE ÉTERNEL

.

Chère Barbie,

Je suis fan de toi la blonde et pourtant je suis brune, mais je veux te ressembler. Pour cette raison, avec d’autres brunes, nous avons créé le club des Barbie blondes. Tu te demanderas sûrement quelle est cette idée, à 24 ans, de créer un club, mais c’est pour toi, parce que, quand on t’achète, tu as toujours le sourire, tu ne le perds jamais. J’aimerais savoir comment. Car moi, j’ai tout essayé, mais pourtant je n’ai toujours pas ton sourire. Et pourquoi es-tu toujours belle et contente alors que moi je pleure et je suis malheureuse? Donne moi le secret de ton sourire éternel, même quand ton cabriolet rose est cassé où que je sépare ton corps de ta tête, quand je guillotine et aussi quand je noue tes mini-barbies (tes enfants). Si ma mère voit que quelqu’un fait ça à une personne qu’elle aime, elle pleure. Pourquoi pas toi? Donne-moi ton secret pour ma maman, parce qu’elle va mal et je veux qu’elle sourie et reste belle comme toi toute sa vie, même quand ça va pas bien.

D’une fille qui croit avoir 24 ans et qui ne voit pas la vie en rose comme toi Barbie!

Crierie

.

Je souris parce que je suis un jouet. C’est à la fois ma plus grande grandeur et ma plus faible faiblesse.

Je t’embrasse,

Barbie

.

276- ÉPILATION ET COIFFURE

.

Bonjour Barbie!

J’ai une série de questions qui me trottent dans la tête depuis un petit moment. Quelle est ta technique d’épilation? Car tes jambes sont toujours très douces, nickels! Pas de poils oubliés, ni incarnés… mais comment fais-tu? Pourrais-tu me livrer tes secrets d’épilation? Comment fais-tu pour te coiffer avec une brosse beaucoup trop grande? Et puis j’ai aussi remarqué que tes amis ont, en fait, la même tête que toi! Comment tu fais pour te rappeler qui est qui? Dans l’attente de tes nouvelles, je te souhaite une excellente journée.

Lili

.

Oh le secret est simple Lili: nous sommes des poupées. Jambes stoïques, cheveux impecs. Et c’est la manipulatrice qui nous distingue. C’est très plaisant et très amusant. Tu veux essayer?

Barbie

.

Essayer… ma foi, ça me semble bien tentant, mais disons que, pour l’instant, je me sens quand même humaine (d’une façon ou d’une autre) et puis passer ma vie en plastique ne m’enchante guère pour le moment. Si, par hasard, l’envie me prend, je te recontacterai!

Lili

.

Quand tu voudras.

Barbie

.

277- MESSAGE

.

Salut Barbie,

Je rêve de toi. Je n’ai pas beaucoup de Barbie mais cela ne m’empêche pas de rêver de toi. Ma soeur, Aurélie, va sur ton site. Moi aussi je lui demande toujours d’aller sur ton site et elle cède. Elle ne t’aime pas beaucoup, mais elle aime bien ton site. Je serais tellement heureuse si je te rencontrais!

Bisou,

Sarah Mungenga

.

Je pense aussi beaucoup à toi, Sarah. Envoie ta sœur ici aussi, on causera.

Barbie

.

278- CADEAU POUR LES TROIS ANS DE MA FILLE

.

Bonjour Barbie,

J’ai une petite fille de 3 ans et demi et elle t’adore. J’ai longuement hésité mais, comme j’étais déjà une grande fan, je lui ai offert sa première Barbie, une cavalière, à trois ans. Elle t’aime beaucoup, elle te coiffe, et je suis certaine que c’est une grande histoire d’amitié qui débute entre toi et ma petite Betty. Tu as été une grande amie pour moi et une confidente pendant de longues années; j’espère que ma petite princesse éprouvera autant de joie, elle t’aime déjà beaucoup, autant en jouets qu’en parure de lit, ou tu lui fais faire des rêves enchantés.

Merci pour elle.

Amicalement Christelle et sa petite princesse Betty

.

Vous avez toutes les deux raison. Et vous me comprenez bien plus profondément que la terre entière. Bravo, je vous adore. Profitez au maximum de ces si beaux moments entre une mère et sa fille. Je suis vraiment très honorée d’y être si intimement associée. Vous me donnez purement et simplement ma raison de vivre.

Barbie

.

279- LES RÔLES QUE TU AS JOUÉS

.

Chère Barbie,

Je souhaiterais savoir si tu as des points communs, hormis la beauté, avec les différentes jeunes filles que tu as interprétées, c’est à dire: Anneliese, Érika, Élina, Odette, Clara, Annika.

Et si oui, lesquels, s’il te plaît?

Respectueusement,

Flore

.

Nous aimons toutes ce qui est beau, plaisant et peu onéreux en effort.

Barbie

.

280- TES JAMBES

.

Bonsoir Barbie,

Donc… mon Chéri et moi-même, nous nous demandions comment tu faisais pour faire l’amour avec Ken étant donné que tes jambes ne sont pas pliables? Cela reste pour nous un grand mystère! Nous espérons que tu pourras nous éclairer sur ce sujet. Plein de bisous à toi, Barbie qui m’a tant occupée dans ma jeunesse.

.

Oh! c’est Ton Chéri et toi qui devez m’instruire de la chose. Poupée, je t’imite, pas le contraire. N’inversons pas l’ordre existant, sinon les femmes finiront par marcher les pattes un peu trop roides pour le bien commun et on m’accusera encore de tous les maux du monde.

Je pense intensément à vous deux.

Bisous,

Barbie

.

281- TRAVAIL D’ÉCOLE SUR BARBIE

.

Bonjour Barbie,

Je m’appelle Vicky et j’ai quatorze ans. Je joue avec toi depuis ma plus tendre enfance et j’ai toujours aimé te coiffer, faire des pyramides avec tes copains et copines et te regarder pendant des heures. Mais voilà, maintenant tu te trouves dans mon grenier dans une boite, en attendant un jour que je te ressorte de celle-ci pour te montrer à mes futures filles afin qu’à leur tour elles puissent te coiffer et te regarder. Bon, bientôt je vais avoir un exposé oral et je t’ai choisie comme sujet. Je dois remplir une fiche genre biographie sur le personnage qui est toi. J’aurais quelques questions à te poser…

  1. Quels sont ton âge et ta situation familiale (frère, soeur, parents, enfants…)?
  2. Quand les gens te regardent, que pensent-ils de toi? Pourquoi? Est-ce que c’est vrai ou non?
  3. Dans les situations difficiles, que fais-tu?
  4. Qu’aimes-tu le plus?
  5. Qui est ton ou ta meilleur(e) ami(e)?
  6. Qui est ton ou ta pire ennemi(e)?
  7. Que détestes-tu le plus (sûrement quand tu as des nœuds dans les cheveux!)?
  8. Qu’est-ce qui te rend aussi spéciale?

Bon j’ai terminé avec mes questions! J’espère que tu vas me répondre très bientôt car mon exposé est dans quelques semaines et j’ai vraiment besoin de ces renseignements. Merci beaucoup!

Amicalement,

Vicky

.

1- 22 ans. Ma situation familiale varie selon les joueuses…

2- J’ai des amies inconditionnelles et des ennemies farouches. Peu d’indifférentes. — par amour ou par jalousie. Tout est un peu vrai…

3- Je contre-attaque.

4- L’amour, surtout l’amour rose.

5- Toi, bien sûr.

6- Celui ou celle qui te prive de jouer avec moi en m’accusant de tous les maux du monde.

7 – La bêtise.

8 – Ton amour.

Barbie

.

282- TON AVENTURE PRÉFÉRÉE

.

Quelle a été ton «aventure» préférée? Moi, on me surnomme Barbie parce que je m’habille tout en rose.

Barbie

.

Mon aventure préférée, Barbie? La vie (en rose!).

Barbie

.

283- AVANT KEN

.

Chère Barbie,

Je t’écris depuis mon collège et je suis en quatrième. Je voudrais savoir si avant Ken tu as eu un autre copain. Es-tu plutôt une fille sportive ou non? Quelle est ta couleur préférée? Quel âge as-tu? Quelle a été ton aventure préférée? Pourquoi? Combien de robes as-tu? As-tu des animaux? Quel est ton animal préféré. J’espère que je ne t’énerve pas avec mes questions. Réponds moi au plus vite.

À bientôt,

Perrine

.

Bonjour Perrine,

— personne avant Ken,

— super sportive,

— le polychrome,

— 22 ans,

— ta vie, Perrine,

— parce que c’est elle qui me fait exister,

— des milliers,

— des centaines,

— le papillon,

— aucunement.

Je t’embrasse,

Ta Barbie qui t’aime

.

284- ÊTRE BELLE

.

Chère duchesse de la Barbichette,

Méfiez-vous: il ne sert à rien d’être belle sans être jeune (pas plus que l’inverse, par ailleurs).

Salutations distinguées,

François, duc de La Rochefoucauld

.

Monsieur le duc, que je vous cite (en attendant) un autre locataire de DIALOGUS, le si gentil Monsieur Brassens:

J’ai 26 ans, mon vieux Corneille, et je t’emmerde en attendant…

Je n’en ai que 22, mais bon vous ferez aisément la transposition, sage comme je vous devine.

Salutations,

Barbara Millicent Roberts, Esquire

.

Chère duchesse de Millicent Roberts,

Ventre saint-gris! Vous êtes pétrie d’amour-propre, mais comment vous en vouloir? Les femmes peuvent encore moins surmonter leur coquetterie que leur passion: c’est tout dire!

François, duc de La Rochefoucauld

.

Tant faut-il dire des femmes, alors des poupées, imaginez…

Amicalement,

Barbie

.

J’aime mieux la conversation des femmes que des hommes, alors les poupées, imaginez…

Amitiés,

François, duc de La Rouchefoucauld

.

Elles vous regardent fixement, comme ébahies par votre duché ou vos ducats. Alors j’imagine aisément.

Barbie

.

Quoi? M’accuser, moi, si injustement? C’est pourtant votre conversation à vous que je complimentais: vous êtes bien loin d’être la passive que vous me décrivez ici. Je veux bien comprendre que vous vous méfiez de la flatterie, cette fausse monnaie qui n’a de cours que par notre vanité, mais d’autre part, on n’aurait guère de plaisir si on ne se flattait jamais!

François, duc de La Rouchefoucauld

.

Et sinon, vous faites dans quel segment d’industrie, Monsieur François, duc de La Rouchefoucauld?

Barbie

.

285- FRUSTRANT?

,

Bonjour Barbie!

J’ai une grande question à vous poser, n’en avez-vous pas marre de vous faire mater par des petits pervers de six ans? Vous devez trouver cela très frustrant non?

Au revoir Barbie.

Nanette

.

Ils sont minoritaires. Le gros des enfants qui jouent avec moi le font avec tant de candeur et d’innocence que cela compense très largement. Ne vous en faites pas.

Votre Barbie

.

286- POURQUOI AVOIR QUITTÉ KEN?

.

Chère Barbie,

Je me pose une question peut-être bête, mais bon! Pourquoi avoir quitté Ken? Est-ce d’un commun accord entre vous?

Amitiés,

Tiphaine

P.S.: restez telle que vous êtes; vous êtes très belle.

.

Trop conservateur, il étouffait mon émancipation et cela devenait vraiment pas marrant, tu comprends?

Barbie

.

287- À PROPOS DE VOTRE CÉLÉEBRITÉ

.

Madame Barbie,

Nous sommes trois jeunes filles âgées de treize ans, et nous vous avons choisie car nous vous admirons depuis notre enfance. Publicités, poupées, dessins animés, accessoires, nous les collectionnons tous. Ils sont tellement utiles pour vous ressembler, donc pour être à la mode! Quand pourrons-nous aller voir votre prochain film? Nous les aimons beaucoup. Où en êtes-vous de votre relation amoureuse avec votre prince charmant Ken? Vous avez un très bon goût en matière de garçons, et nous trouvons que vous êtes un couple parfait et exemplaire. Nous espérons avoir cette telle chance de vivre heureuses comme vous plus tard.

À quel âge avez-vous commencé votre carrière de star dans le monde entier? Pour nous, vous êtes l’idole de toutes les filles et votre époux celui de tous les garçons. Aimez-vous votre vie tant enviée? Allez-vous sortir prochainement un nouveau disque? Nous ne sommes pas intéressées par la lecture, mais vos contes de princesse nous emmènent dans un paradis féerique, magnifique. Avez-vous déjà eu des enfants? Si oui, comment se nomment-ils? Est-ce que votre célébrité vous pose des problèmes? Serait-il possible de nous fournir avec votre réponse une photographie de vous et de votre compagnon ainsi qu’un autographe et celui de l’un vos enfants si vous en possédez? Nous aimerions tellement en savoir d’avantage sur votre vie et celle de votre entourage! Toutes nos félicitations et bonne continuation. À très bientôt.

Vos fans,

Valentine, Manon, Clémence

P.S : répondez-nous si c’est possible pour vous car nous aimerions avoir de vos nouvelles!

.

Bonjour, vous trois!

Vous me posez ici toutes sortes de questions super sympas et me lancez toutes sortes de demandes super touchantes qui me donnent l’impression que vous faites de moi une espèce de modèle, presque de totem. Cela me flatte beaucoup mais est un petit peu contraire à la réalité. En fait. La réalité, c’est que c’est moi qui me modèle sur vous, Valentine, Manon, Clémence, pas le contraire! Fabriquez ce beau monde que vous évoquez si explicitement et ce sera un plaisir sans mélange pour moi de m’y conformer.

Je suis votre éternelle poupée,

Barbie

.

288- ROSE ET VERT

.

Bonjour,

J’espère que tu te portes bien. J’aimerais savoir pourquoi tu aimes le rose. Pourquoi pas le vert? C’est pour le marketing?

Chloé

.

Zou, zou, zou, Chloé, le marketing… Pas de mots crus entre nous. Le rose est la couleur des meilleurs bonbons, des joues en santé et… des roses justement. C’est une couleur naturelle et universelle. C’est une couleur bien. D’ailleurs, j’aime toutes les couleurs.

Je t’embrasse,

Barbie

.

289- SUR VOTRE VÉCU…

.

Bonjour Madame ou Mademoiselle Barbie,

Je me présente: Amélie, dix-neuf ans, cheveux bruns, yeux marrons, cinq pieds un pouce… Rien de bien commun avec votre langage à vous qui êtes blonde, élancée, aux yeux bleus! N’ayant rien de commun avec vous, mise à part notre passion pour la mode, je vous écris car je ne vous connais que par votre aspect physique et j’aimerais en connaître davantage sur votre vécu! En particulier sur les liens que vous entretenez avec tous ces gens, comme par exemple Ken, Skipper, Kelly, Theresa… et je sais que j’en passe! Merci de me consacrer un peu de votre temps pour me répondre.

Amélie S.

.

Amélie,

Tu me ressembles bien plus que tu ne le crois et les relations que tu évoques avec toutes ces personnes et personnages sont en grande partie déterminées par ton action. Alors dis-moi, que fais-tu de moi?

Barbie

.

290- TA LIGNE

.

Salut!

Je m’appelle Nathalie et j’ai vingt-huit ans. J’ai beaucoup joué avec toi quand j’étais petite et je voudrais te poser une petite question. Comment fais-tu pour garder la ligne? J’ai eu une petite fille il y a 5 ans et je n’ai pas réussi à retrouver ma ligne. Est ce que tu suis un régime particulier? Merci d’avance!

Gros Bisous,

Nathalie

.

Je ne me fais surtout pas maigrir à outrance. Je mange simplement et je fais beaucoup de plein air. Mais il faut que tu comprennes Nathalie que, comme je ne vis pas vraiment, je ne vieillis pas vraiment. Ma ligne est donc… un petit peu faussette quand même… tu comprends?

Je t’embrasse,

Barbie

.

291- MA FILLE VOUS ADORE

.

J’ai 6 ans et j’adore jouer aux Barbie avec Pascal. J’en ai vingt, plus Ken plus John. J’ai aussi le bateau et la maison, la voiture… J’adore jouer a la Barbie car on peut les habiller. J’ai beaucoup de vêtements dans une valise. Merci pour tout,

Sibylle qui vous aime.

.

Merci Sibylle,

Moi aussi, je t’adore. Bonne continuation!

Barbie

.

292- JE TE TROUVE BELLE

.

Barbie,

Je te trouve très belle. J’ai le château de Barbie et j’ai huit ans. Mes copines se moquent de moi parce qu’elles sont jalouses! C’est pour ça que je t’écris, ma chère Barbie. Et Je rêve de te voir.

Au revoir, Barbie!

Coraline

.

Ne te laisse pas intimider par tes copines ou qui que ce soit. Joue avec moi sans te soucier du lendemain. Le lendemain viendra et tu cesseras de jouer avec moi, mais alors ce sera strictement ton choix. En attendant, amuse toi bien,

Barbie

.

Merci pour ton message. Je suis très touchée, merci beaucoup! J’ai un autre problème: j’ai un amoureux, mais soit il me rejette soit je n’ose pas lui dire que je l’aime. Je me referme sur moi-même, voilà mon problème! Et si je demande de l’aide à mes amies elle vont se moquer de moi! Aide-moi, s’il te plaît! Merci. J’attends ton nouveau message.

Au revoir.

.

Exprime ce que tu ressens et assume pleinement sa réponse. Si l’amour ne collabore pas étroitement avec le vrai, ce n’est plus de l’amour, c’est un béguin. Que l’amour mutuel fleurisse s’il est, et qu’il te laisse libre de passer à autre chose s’il s’illusionnait… Courage.

Ta Barbie

.

293- KEN EST-IL UN BON GARS?

.

J’aimerais savoir si Ken est du genre romantique, tendre, etc… ou s’il est au contraire plus du genre macho, ivre… En effet il donne l’impression qu’il est riche et très gâté sans cerveau! Une belle fille comme toi mériterait peut-être un peu mieux!

Mes sincères remerciements,

Pascal

.

Ken n’est ni l’un ni l’autre. Il est conservateur, conformiste et peu original. J’ai donc du lui fausser la politesse…

Barbie

.

294- JE VOUS AI TELLEMENT AIMÉE

.

Salut Barbie,

Quand j’étais jeune, comme bien des petites filles, j’ai souvent joué avec vous. Je vous ai cependant abandonnée assez tôt car je vous aimais beaucoup trop et je détestais Ken: j’étais persuadée que ce n’était pas la personne qu’il vous fallait! Tout ça pour dire que je vous adorais et que je vous trouvais très belle — je le trouve encore aujourd’hui. J’aimerais bien rencontrer une fille comme vous; mais j’aimerais qu’elle soit lesbienne car sinon je m’accrocherais et elle devrait m’abandonner, tout comme je vous ai abandonnée car je n’aime pas rester auprès de personnes qui pourraient me faire du mal! Ce n’est peut-être plus le cas aujourd’hui mais, lorsque j’étais plus jeune, je vous aimais d’un amour fou! Mais il était impossible que vous soyez lesbienne; cela allait à l’encontre de toutes les valeurs morales que je connaissais! Je suis heureuse que maintenant ce ne soit plus le cas! Je voulais vous dire ce mot pour vous remercier et vous dire que je vous ai beaucoup aimée et que je ne vous oublierai pas.

Célia

.

Il est important d’être ce que nous sommes vraiment, sans entraves. Je suis aussi très heureuse que les temps changent.

Barbie

.

295- QUESTION DE BEAUTÉ

.

Est-ce que tu sais que tu n’es pas très belle? J’ai maintenant 13 ans mais même quand j’étais petite je ne te trouvais pas très belle. J’étais mieux à jouer aux voitures ou avec mon jeu de chimiste. Revenons-en à ma question: sais-tu que tu es moche? Bon, à bientôt: ma petite cousine passera certainement chez moi et elle jouera avec mes quelques vieilles poupées.

Marine

.

Je sais parfaitement que je suis moche, manufacturée, artificielle, mais je me félicite de rencontrer enfin une personne qui le sait aussi et qui a la sincérité spontanée et le naturel de me le dire. J’adore les jeux de chimie et je trouve tes options ludiques passionnantes. Je pense à toi souvent. Tu m’inspires!

Barbie

.

296- J’ADORE

.

Chère Barbie,

Il faut que tu saches que je suis on ne peut plus fan de toi et de tes jouets. Franchement, je te trouve trop sexy et j’aime particulièrement ta série «Fairytopia». Je t’adore. À plus!

Signé: ton plus grand fan.

Léo.

.

Tu es bien sympa. Cela me touche vraiment beaucoup.

Amicalement,

Barbie

.

297- VOITURE

.

Bonjour Barbie,

Est-ce que tu aurais aimé conduire une Jeep bleue en Californie — car moi, je l’ai trouvée, TA voiture de rêve.

Hélène

.

Je conduis souvent une Jeep bleue dans ma Califo adorée et j’aime beaucoup cela.

Barbie

.

298- TU ES CÉLÈBRE

.

Hello Barbie,

Je sais que tu es célèbre: des filles t’aiment dans le monde entier.

Gabrielle x o x o x o

.

Je t’aime aussi, Gabrielle. Immensément. Plein de croix et de cercles réciproquement.

Ta Barbie

.

299- DATE DES POUPÉES BARBIE

.

Bonjour,

J’ai retrouvé dans un carton vingt poupées Barbie ayant appartenu à ma fille et j’aimerais savoir s’il est possible de les dater, car elles comportent toutes la mention «1966» gravée dans le dos. Est-ce leur date de mise sur le marché? Merci de votre réponse.

Georges

.

Absolument oui, Georges. Tu as trouvé le secret mignon de ma datation. Je t’en supplie, mon Loulou, ne le dis à personne…

Babara Millicent Roberts (sans date)

.

300- JE VOUDRAIS UNE BARBIE

.

Bonjour!

Comment allez-vous? Moi, je vais super bien. Pour mon Noël, je voudrais une Barbie, car je vous adore! Merci et à très bientôt,

Émilie

.

Je souhaite de tout cœur que ton vœu ait été exaucé.

Je t’embrasse!

Barbie

.

301- LES POUPÉES

.

Bonjour Barbie,

Pourquoi avez-vous inventé les poupées Barbie? Combien avez-vous d’enfants? J’adore vos films! Je vous remercie de me répondre vite,

Mégane

.

Je n’ai rien inventé du tout, Mégane. J’existe, je suis moi et je n’ai pas encore d’enfant.

Barbie

.

302- BEAUTÉ

.

Chère Barbie,

Comment fais-tu pour rester aussi belle? As-tu des enfants? Si oui comment s’appellent-ils? Si tu en as j’espère qu’ils ne seront pas aussi moches que toi! Qui est ce Blaine? Réponds-moi au plus vite!

Émilie

.

Je reste belle parce que je suis une poupée. C’est aussi la raison pour laquelle je reste, comme tu le dis si bien, moche. Je n’ai pas d’enfant et Blaine est une autre poupée.

À toi de jouer, maintenant!

Barbie

.

303- TES ROBES PRÉFÉRÉES

.

Salut Barbie,

Quelles sont tes robes préférées? Parle-moi un peu de toi, que fais-tu dans la vie?

À bientôt,

Honoryne

.

J’aime toutes les sortes de robes, de tous les pays. Dans la vie, fondamentalement, je suis poupée. Cela fait de moi une personne qui fait des millions de choses.

Barbie

.

304- KEN, OFFICIELLEMENT

.

Chère Barbie,

On entend souvent parler de vous, mais pas de Ken. Comment va-t-il? Et, officiellement, comment est-il physiquement? À l’avance, merci.

Laura, treize ans

.

Physiquement, c’est le mec type et il va comme les mecs types vont: sans plus.

Barbie

.

305- SOMMES-NOUS TOUTES DES POUPÉES?

.

Excusez-moi, Barbara, mais j’ai toujours entendu parler de vous comme d’une «gogole», je vous estime autant que le vieux caleçon de mon oncle Georges. Avez-vous toujours été une femme? La chirurgie esthétique peut aider de nos jours. Savez-vous préparer des cookies? Repasser? Lavez-vous les slips de Ken? Ne trouvez-vous pas que vous nuisez à l’image de la femme? Sommes-nous toutes des poupées? Avez-vous déjà avorté? Big kiss, my best friend!

Pommie

.

Non à toutes tes questions, Pommie. Je n’ai jamais été une femme et je suis la seule vraie poupée au monde.

Barbara

.

306- LA BOÎTE

.

Je suis étudiante à l’université de Floride du Sud. Je sais que beaucoup de personnes collectionnent les Barbie. Pour quelle raison? Certaines ne les sortent même pas de leurs boîtes. Pourquoi dépenser de l’argent pour une chose que l’on n’utilise pas? En tout cas, votre corps n’est pas proportionné. Avez-vous jamais trompé Ken?

Cécile

.

Je ne peux pas trop tromper Ken si on ne me sort même pas de mon boîtier, vous ne croyez pas, Cécile?

Barbie, mieux proportionnée qu’avant

.

307- TRAVAIL D’ART PLASTIQUE

.

Bonjour!

Dans un sujet d’arts plastiques, nous devons représenter une histoire. Puis-je prendre la tienne? Peux-tu me la résumer rapidement? Je t’en remercie par avance,

Marion

.

Tu peux prendre mon histoire sans problème, mais il te faudra alors la créer toi-même! Bon courage, Marion!

Barbie

.

308- AVEC QUI ?

.

Avec qui as-tu eu ta première relation sexuelle à vingt-deux ans?

Laure

.

Un anonyme.

Barbie

.

309- UN MODÈLE POUR LES ENFANTS

.

Chère Barbie,

Vous êtes un modèle pour beaucoup d’enfants dans le monde. Ils vous voient comme une personne parfaite avec la beauté, les possessions matérielles, l’amour et la minceur. Malheureusement, vous avez joué un rôle dans le développement de problèmes relatifs à la perception de soi et des désordres alimentaires parmi les enfants, qui pensent qu’ils ne trouveront le bonheur que s’ils vous ressemblent. Les enfants veulent toujours ressembler à leurs modèles, mais il est très important de souligner que vous êtes seulement une poupée, pas une personne. Les enfants ont besoin de modèles comme les professeurs, les mamans, les papas et les médecins. Comment résoudre ce problème?

Merci,

Miriam

.

Il faudrait peut-être poser la question au gouvernement espagnol. Il légifère en ce moment, non pas sur moi, mais sur la masse corporelle des mannequins défilant sur son territoire. C’est un pas dans la bonne direction et il faut encourager ces initiatives concrètes plutôt que de me prendre en bouc émissaire, ne croyez-vous pas, Miriam?

Barbie

.

310- DEMANDE VESTIMENTAIRE

.

Madame Barbie,

On nous a déjà fait remarquer que nous nous habillons mal; cela nous tracasse depuis plusieurs années. Vous nous avez interpellées. Nous nous rendons compte que les vêtements des Barbie sont admirablement réussis nous aimerions fortement nous habiller comme vous. Malheureusement, nous avons 13 ans et nous ne trouvons pas notre taille. Les pulls que vous concevez pour les plus jeunes sont miraculeusement beaux, ils sont aussi très recherchés. Pouvez-vous inventer des jeans à paillettes, des pulls roses avec des dessins dessus? Et pouvez vous faire des chaussures à talons aiguilles pas trop hauts pour avoir la permission de les mettre à l’école? Auriez-vous l’amabilité d’agrandir vos habits? Merci de prendre conscience de notre entière déception!

Avec toute notre affection,

Madeleine Le Gall

Victorine Breuvart

Agathe

.

Madeleine, Victorine, Agathe,

Mes pauvres chéries, je me sens bien plus gourde que vous ici et je dois vous faire une confession de taille: ce n’est pas moi qui dessine mes vêtements de collection. Je les porte simplement et je les aime beaucoup. C’est tout. Une chose, en revanche —et là, vous devez vous fier à mon flair de poupée mannequin qui a côtoyé des millions de jeunes filles en près d’un demi-siècle—, je suis certaine que vous ne vous habillez pas si mal que cela. Ne vous laissez pas dénigrer ainsi par des jaloux et des matamores. Je vous embrasse très fort et je pense à vous.

Barbie

.

311- AIDE-MOI, S’IL TE PLAIT!

.

Merci pour ton message de l’autre jour. Je suis très touchée. Merci beaucoup mais j’ai un autre problème: j’ai un amoureux mais soit il me rejette, soit je n’ose pas lui dire que je l’aime. Je me sens très renfermée. Voilà mon problème! Puis, si je demande de l’aide à mes amies elles vont se moquer de moi! Aide-moi s’il te plaît! Merci. Et j’attends ton nouveau message.

Merci, au revoir

Lucie

.

Dis-lui que tu l’aimes. Tu n’as absolument rien d’autre à perdre qu’une illusion.

Bonne chance,

Barbie

.

Je lui ai dit que je l’aime, mais il m’a répondu que lui non. Que faire, Barbie? Aide-moi, s’il te plaît, et merci de ton message. Bisous.

Je t’adore,

Lucie

.

Mais Lucia,

Dis-lui d’aller se faire cuire un œuf sur l’Everest avec une bougie! Une star comme toi en a douze à ses pieds et n’a donc pas à se languir ainsi pour le treizième, le plus minable.

Barbie

.

Merci de ton aide, mais il me casse tout le temps.

Lucie

.

Saque-le une bonne fois.

Je t’embrasse,

Barbie

.

Merci. Mes amies me disent de le taper mais je ne veux pas. Qu’est-ce que je fais, alors?

Lucie

.

Fais comme tu le veux, Lucie. C’est avant tout ton bon vouloir qui prime.

Barbie

.

Merci! Comment te remercier pour ton aide, dis-le moi? Tu veux que je t’envoie un gros bisou? Eh bien voilà, c’est fait, bizzzzzzzzzou, tu es trop cool, Barbie!

Lucie

.

C’est fait. Me voici superbement redevable de ce remerciement!

Barbie

.

312- VOUS ÊTES COURAGEUSE

.

Bonjour!

Je n’ai pas particulièrement de question à vous poser, mais je souhaitais vous dire que je vous trouvais très courageuse de répondre d’une façon si douce aux gens souvent très méchants qui vous écrivent. Je ne comprends pas la moitié des accusations qu’ils vous portent. Comme quoi vous ne servez à rien et que vous rendez les petites filles anorexiques, par exemple. Je crois que c’est faux. Je me rappelle mes Barbie (à dix-huit ans, je ne les ai toujours pas jetées, j’y tiens encore trop!). Elles avaient toutes un métier, par exemple dentiste, vétérinaire ou professeure, ou alors, elles étaient de magnifiques princesses qui me faisaient rêver… Les gens devraient comprendre qu’une petite fille de 7 ans se moque de la grosseur des seins de sa Barbie. Vous m’avez permis de découvrir des professions, je me souviens en fait d’avoir désiré être professeure, dentiste et vétérinaire au fur et à mesure que je recevais une nouvelle Barbie. D’ailleurs j’en suis restée à l’option vétérinaire, et je vous en remercie infiniment. J’ai joué avec vous jusqu’à quinze ans, et je ne suis ni anorexique ni complexée en rien de mon apparence. Les gens cherchent trop les poux où il n’y en a pas. Je crois, en fait, que la plupart des gens qui vous critiquent sont des gens qui n’ont jamais joué avec une Barbie de leur enfance. Peut-être sont-ils jaloux de n’avoir jamais eu une telle amie à leur côté? Peu importe, je vous souhaite une longue vie, en espérant que vous continuez d’enchanter le monde de plusieurs fillettes, et de garçons, pourquoi pas? Mon petit frère jouait souvent en ma compagnie avec mes Barbie et, promis, il ne vous a jamais fait de mal.

Au revoir!

Catherine

.

Bravo pour ce beau geste d’amour. Je vous embrasse bien fort, ton frangin et toi.

Barbie

.

313- TENDANCE LESBIENNE

.

Chère Barbie,

Je voulais d’abord te dire que ta beauté est intemporelle. Tu t’adaptes à l’air du temps et tu as beaucoup de vêtements de toutes façons. J’ai quelques questions à te poser: pourquoi es-tu toujours avec des femmes? As-tu des tendances lesbiennes? Est-ce la raison pour laquelle tu as divorcé de Ken? Et qui s’occupe de tes enfants, Kelly et Stacy? Je te remercie de me répondre rapidement,

Shelly

.

Je suis de toutes tendances et mes enfants, quand j’en ai, ont des tas de gens pour s’occuper d’eux, dont moi. Je t’embrasse tendrement,

Barbie

.

314- BARBIE GIRL

.

Allô Barbie,

Tu as l’image d’une parfaite idiote tu sais? Si tu n’avais pas fait la conne, peut-être que l’intelligence des blondes ne serait pas sous-estimée. Je suis blond moi-même et on se moque de moi tous les jours. On me traite de Barbie. Incroyable, n’est-ce pas? Tu peux être fière de toi, espèce de laide! T’es stupideeee!

Ken

.

Oh! Tu n’es pas mal non plus, dans le registre!

Courage,

Barbie

.

315- J’AI TOUJOURS RÊVÉ DE TE DEMANDER…

.

Bonjour Barbie,

J’aimerais te poser quelques questions. La première, que j’ai toujours rêvé de te demander: j’aurais d’abord voulu connaître ton métier. C’est vrai, quoi, on ne le sait pas! Et puis comment fais-tu pour acheter tes superbes voitures en étant chômeuse? Ensuite, concernant ton alimentation: que manges-tu? On ne t’a jamais vendue avec ton kit à cuisiner! Tu dois pourtant bien manger, non? Dernière question: es-tu une adepte des romans d’amour? Aimes-tu le rose? En clair, es tu «la» Barbie que tout le monde pense que tu es? Voilà, voilà! Merci beaucoup pour votre attention, mademoiselle!

Amicalement,

Quelqu’un

.

Il faut que quelqu’un (puisque que c’est ce que tu es) réponde à ces jolies questions. Que quelqu’un le fasse à chaque fois que quelqu’un joue à la Barbie sur terre et Barbie vivra longtemps.

Barbie, poupée (pas quelqu’un)

.

316- ON A HÂTE DE SAVOIR

.

Bonjour chère Barbie,

Comment vas-tu? Où habites-tu? À quoi ressemble ta maison? Est-ce que c’est vrai que tu vis avec Ken? Réponds-nous très, très, très vite, on a hâte de connaître ta vie! Bisouxxx à Ken et toi,

À bientôt,

Perrine et Romance

.

J’habite Malibu, ma maison est la maison californienne typique et je ne suis plus avec Ken.

Bisous,

Barbie

.

317- TA VIE SEXUELLE

.

Je m’appelle Éléonore et je suis vraiment fan de Barbie. J’aurais quelques questions à te poser, à toi, Barbie, celle que j’admire et à qui j’aimerais ressembler! Je suis curieuse et j’aimerais savoir si tu as déjà fait l’amour avec Ken ou avec Blaine? Étant donné que tu n’as pas d’enfants, quel moyen de contraception utilises-tu? Avec tout mon respect et mon admiration. Réponds-moi vite, je t’en supplie… je vais mourir d’un cancer et j’aimerais vraiment pouvoir savoir cela.

Éléonore

.

Éléonore,

Je suis vraiment désolée pour ta santé. Faire l’amour, pour une poupée, se décide dans le cœur de celles qui jouent avec elle. Et le fait justement que je suis une poupée est naturellement le plus fiable des contraceptifs imaginables…

Bon courage,

Barbie

.

318- RÉPONSES ET BLAGUES DE BLONDES

.

Bonjour,

Je suis une ancienne joueuse (j’avais au moins trente Barbie, elles avaient de quoi s’amuser!) et je voulais dire que j’aime beaucoup tes réponses ici, notamment à beaucoup de personnes qui sont pleines de clichés sur toi (stupide, vulgaire…). Tu montres qu’en fait une Barbie est ce qu’on en fait: qu’elle peut être intelligente ou stupide, sainte nitouche ou p…, à l’image de celle qui joue avec! Une question: tu n’en as pas marre des clichés sur les blondes? Tu ne trouves pas que l’idée qu’elles sont connes et filles faciles est en fait une certaine idée non des blondes mais de la femme? Moi je déteste les blagues de blondes, je les trouve aussi racistes que les blagues sur les Noirs ou les Arabes. Seulement nous, les femmes, on est censées en rire (ben oui, là c’est de l’humour…) Qu’en penses-tu?

Marie

.

Je suis un million pour cent d’accord avec toi, Marie. Que penser de la capacité intellectuelle de quiconque évalue le contenu d’une tête par ce qui ondule dessus. C’est, comme tu le dis, une attaque fondamentale contre la femme. Si bien que, puisqu’il s’agit de coiffure, je résume ma réaction à ton observation en un seul mot: chapeau!

Barbie

.

319- VOTRE FAUTE

.

Bonjour chère chirurgie plastique ratée,

Par ta faute, des hommes sont devenus homosexuels en s’orientant vers le domaine de la mode. Il y a au moins un côté positif à cela, c’est bien pour les filles! Je sais que tu n’aimeras sûrement pas mon message, mais réponds-moi tout de même!

Samuel.

.

Je suis la cause d’une belle chose comme l’homosexualité masculine, maintenant! Pourquoi pas aussi m’imputer la fraîcheur des roses et la douceur du soleil du printemps, si je suis si omnipotente!

Barbie

.

320- MARIEE OU FIANCÉE?

.

Chère Barbie,

Es-tu mariée ou fiancée à Ken? Merci, au revoir et passe le bonjour à Ken et à tes amis.

Radouane

.

Comme dirait le très gentil monsieur Socrate, qu’en dis-tu, toi, Radouane? C’est toi qui joues, après tout…

Barbie

.

321- QUESTIONS DE MENSURATIONS

.

Bonjour,

Quelles sont les mensurations de la Barbie Sara (la Barbie voilée)? Et celles de la Barbie enceinte sont-elles plus réalistes que celles de la Barbie traditionnelle? Merci!

Natasha

.

Ce sont tes questions qui ne sont pas bien réalistes, Natasha…

Barbie

.

322- LIGNE

.

Bonjour,

Je ne vais pas écrire énormément, seulement poser une simple question: comment fais-tu pour garder cette ligne? À ce jour, où l’anorexie, la boulimie et tous ces régimes sont si courants, je me demande pourquoi il n’y a aucun recours chirurgical pour rester mince.

Bien à toi,

Pwincess’

.

Je suis une poupée, chère amie. Je suis manufacturée. J’arrive dans une boîte. Je ne mange pas, ne bois pas, ne fais pas d’exercice. Je suis comme on m’a dessinée. Je ne suis pas réellement réelle… Aussi, idéalise-moi tout ton soûl, mais pas trop concrètement quand même!

Ta Barbie, dans ton oreille.

 barbie_au_hidjab

 

 

Publicités

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, Entretien, Fiction, Monde, Pastiches, Sexage, Vie politique ordinaire | Tagué: , , | 7 Comments »

Mon pastiche de LA BELLE

Posted by Ysengrimus sur 21 septembre 2018

Belle
.

LETTRE D’ACCEPTATION DE LA BELLE

.

Cher monsieur Sinclair,

Il était une fois, une jeune fille d’une grande gentillesse qui s’appelait Belle. Un jour, elle fut prisonnière dans un grand château où un épouvantable monstre régnait. Elle en était terrifiée, mais lorsqu’elle apprit à le connaître, elle se rendit compte qu’il était d’une immense bonté. Et elle en tomba amoureuse. Cette jeune personne, monsieur, c’est moi. Je suis tombée, par le plus grand des hasards, sur votre annonce pour DIALOGUS et j’aimerais beaucoup participer à votre grand projet. Quel plaisir ce serait pour moi d’expliquer aux gens ce qu’est la vraie beauté en dépit des apparences qui souvent sont trompeuses! La magie qu’il y a dans mon amour pour la Bête doit être comprise. Car sous son aspect hideux se cache un cœur d’or, rempli de gentillesse, d’affection et d’amour.

J’attends votre réponse avec hâte.

Bien à vous,

Belle

.

1- QUE RESSENTEZ-VOUS?

.

Bonjour «La Belle»,

J’ai lu votre belle lettre d’acceptation et je dois dire qu’elle est belle. J’ai aimé votre belle peur, votre belle envie, votre belle folie et votre belle expression. Vous avez réveillé en moi de belles images en noir et blanc, des images de souffle et de passion. Je voudrais tout de même savoir si au fond de vous avec cet acte de sacrifice pour votre père en allant vivre dans ce château, vous ne saviez pas déjà que tout allait se dérouler pour le mieux. Mais aussi lorsque vous êtes sur ce cheval, que ressentez-vous?

Ma B. Tef

.

Ma chère Tef,

Je vous remercie énormément pour votre belle lettre. Je suis très heureuse que vous ayez aimé ma lettre d’acceptation. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais beaucoup d’inspiration ce jour là. Pour répondre à votre question, non je ne savais pas quelle vie m’attendait au château. Comment pouvais-je deviner que sous ses aspects si hideux, le maître de ce château pouvait être si gentil et capable d’une telle bonté. Il est certain que je n’imaginais pas sous ce jour celui qui avait la force de faire prisonnier de son domaine un vieil homme malade!

Alors si j’ai fait ce sacrifice, c’est vraiment par amour pour mon père. Je le faisais avec joie pour lui prouver la tendresse que j’avais pour lui. Bien sûr, après le départ de mon père, quand je me suis rendue compte de tout les efforts que la Bête faisait pour m’être agréable, ma crainte a vite diminué.

Pour ce qui est de ce cheval, de quoi parlez-vous donc? De celui que j’ai inévitablement utilisé pour me rendre au château? Si telle est votre question, j’ai eu terriblement peur durant ce trajet. J’ai pensé plusieurs fois faire demi-tour, mais dès que je regardais mon père, je me souvenais que je le faisais pour lui et cela renforçait ma détermination de prendre sa place comme prisonnière. Je ne regrette absolument rien de ce fatal moment.

Bien à vous,

Belle

.

2- TA VIE

.

Bonjour Belle.

Je voudrais que tu me racontes ta vie si tu le veux bien.

Merci.

Cocab

.

Il était une fois un marchand, qui était extrêmement riche. Il avait six enfants, trois garçons et trois filles; et comme ce marchand était un homme d’esprit, il n’épargna rien pour l’éducation de ses enfants, et leur donna toutes sortes de maîtres. Ses filles étaient très belles; mais la cadette surtout se faisait admirer, et on ne l’appelait, quand elle était petite, que la belle enfant; en sorte que le nom lui resta: ce qui donna beaucoup de jalousie à ses sœurs. Cette cadette, qui était plus belle que ses sœurs, était aussi meilleure qu’elles. Les deux aînées avaient beaucoup d’orgueil, parce qu’elles étaient riches; elles faisaient les dames, et ne voulaient pas recevoir les visites des autres filles de marchands; il leur fallait des gens de qualité pour leur compagnie. Elles allaient tous les jours au bal, à la comédie, à la promenade, et se moquaient de leur cadette, qui employait la plus grande partie de son temps à lire de bons livres. Comme on savait que ces filles étaient fort riches, plusieurs gros marchands les demandèrent en mariage; mais les deux aînées répondirent qu’elles ne se marieraient jamais, à moins qu’elles ne trouvassent un duc, ou tout au moins, un comte. La Belle, (car je vous ai dit que c’était le nom de la plus jeune), la Belle, dis-je, remercia bien honnêtement ceux qui voulaient l’épouser, mais elle leur dit qu’elle était trop jeune, et qu’elle souhaitait tenir compagnie à son père, pendant quelques années. Tout d’un coup, le marchand perdit son bien, et il ne lui resta qu’une petite maison de campagne, bien loin de la ville. Il dit en pleurant à ses enfants, qu’il fallait aller demeurer dans cette maison, et qu’en travaillant comme des paysans, ils y pourraient vivre. Ses deux filles aînées répondirent qu’elles ne voulaient pas quitter la ville, et qu’elles avaient plusieurs amants, qui seraient trop heureux de les épouser, quoiqu’elles n’eussent plus de fortune; les bonnes demoiselles se trompaient: leurs amants ne voulurent plus les regarder, quand elles furent pauvres. Comme personne ne les aimait, à cause de leur fierté, on disait: «elles ne méritent pas qu’on les plaigne; nous sommes bien aises de voir leur orgueil rabaissé; qu’elles aillent faire les dames, en gardant les moutons». Mais, en même temps, tout le monde disait: «pour la Belle, nous sommes bien fâchés de son malheur; c’est une si bonne fille: elle parlait aux pauvres gens avec tant de bonté, elle était si douce, si honnête». Il y eut même plusieurs gentilshommes qui voulurent l’épouser, quoiqu’elle n’eût pas un sol: mais elle leur dit, qu’elle ne pouvait se résoudre à abandonner son pauvre père dans son malheur, et qu’elle le suivrait à la campagne pour le consoler et l’aider à travailler. La pauvre Belle avait été bien affligée d’abord de perdre sa fortune, mais elle s’était dit à elle-même, quand je pleurerais bien fort, cela ne me rendra pas mon bien, il faut tâcher d’être heureuse sans fortune. Quand ils furent arrivés à leur maison de campagne, le marchand et ses trois fils s’occupèrent à labourer la terre. La Belle se levait à quatre heures du matin, et se dépêchait de nettoyer la maison, et d’apprêter à dîner pour la famille. Elle eut d’abord beaucoup de peine, car elle n’était pas accoutumée à travailler comme une servante; mais au bout de deux mois, elle devint plus forte, et la fatigue lui donna une santé parfaite.

Quand elle avait fait son ouvrage, elle lisait, elle jouait du clavecin, ou bien elle chantait en filant. Ses deux sœurs, au contraire, s’ennuyaient à mort; elles se levaient à dix heures du matin, se promenaient toute la journée, et s’amusaient à regretter leurs beaux habits et la compagnie: «Voyez notre cadette, disaient-elles entre elles, elle a l’âme basse, et est si stupide qu’elle est contente de sa malheureuse situation».

Le bon marchand ne pensait pas comme ses filles. Il savait que la Belle était plus propre que ses sœurs à briller en compagnie. il admirait la vertu de cette jeune fille, et surtout sa patience; car ses sœurs, non contentes de lui laisser faire tout l’ouvrage de la maison, l’insultaient à tout moment.

Il y avait un an que cette famille vivait dans la solitude, lorsque le marchand reçut une lettre, par laquelle on lui mandait qu’un vaisseau, sur lequel il avait des marchandises, venait d’arriver heureusement. Cette nouvelle fit tourner la tête à ses deux aînées, qui pensaient qu’à la fin, elles pourraient quitter cette campagne, où elles s’ennuyaient tant; et quand elles virent leur père prêt à partir, elles le prièrent de leur apporter des robes, des palatines, des coiffures, et toutes sortes de bagatelles. La Belle ne lui demandait rien; car elle pensait en elle-même que tout l’argent des marchandises ne suffirait pas pour acheter ce que ses sœurs souhaitaient.

«Tu ne me pries pas de t’acheter quelque chose, lui dit son père.

— Puisque vous avez la bonté de penser à moi, lui dit-elle, je vous prie de m’apporter une rose, car il n’en vient point ici».

Ce n’est pas que la Belle se souciât d’une rose, mais elle ne voulait pas condamner par son exemple la conduite de ses sœurs, qui auraient dit que c’était pour se distinguer, qu’elle ne demandait rien. Le bonhomme partit; mais quand il fut arrivé, on lui fit un procès pour ses marchandises, et après avoir eu beaucoup de peine, il revint aussi pauvre qu’il était auparavant. Il n’avait plus que trente milles pour arriver à sa maison, et il se réjouissait déjà du plaisir de voir ses enfants; mais comme il fallait passer un grand bois, avant de trouver sa maison, il se perdit. Il neigeait horriblement; le vent était si grand, qu’il le jeta deux fois en bas de son cheval, et la nuit étant venue il pensa qu’il mourrait de faim, ou de froid, ou qu’il serait mangé par les loups, qu’il entendait hurler autour de lui. Tout d’un coup, en regardant au bout d’une longue allée d’arbres, il vit une grande lumière, mais qui paraissait bien éloignée. Il marcha de ce côté-là, et vit que cette lumière sortait d’un grand palais, qui était tout illuminé. Le marchand remercia Dieu du secours qu’il lui envoyait, et se hâta d’arriver à ce château; mais il fut bien surpris de ne trouver personne dans les cours. Son cheval, qui le suivait, voyant une grande écurie ouverte, entra dedans, et ayant trouvé du foin et de l’avoine, le pauvre animal, qui mourait de faim, se jeta dessus avec beaucoup d’avidité. Le marchand l’attacha dans l’écurie, et marcha vers la maison, où il ne trouva personne; mais étant entré dans une grande salle, il y trouva un bon feu; et une table chargée de viande, où il n’y avait qu’un couvert. Comme la pluie et la neige l’avaient mouillé jusqu’aux os, il s’approcha du feu pour se sécher, et disait en lui-même, le maître de la maison, ou ses domestiques me pardonneront la liberté que j’ai prise, et sans doute ils viendront bientôt. Il attendit pendant un temps considérable; mais onze heures ayant sonné, sans qu’il vît personne, il ne put résister à la faim, et prit un poulet, qu’il mangea en deux bouchées, et en tremblant. Il but aussi quelques coups de vin, et devenu plus hardi, il sortit de la salle, et traversa plusieurs grands appartements, magnifiquement meublés. À la fin, il trouva une chambre, où il y avait un bon lit, et comme il était minuit passé, et qu’il était las, il prit le parti de fermer la porte, et de se coucher.

Il était dix heures du matin, quand il se leva le lendemain, et il fut bien surpris de trouver un habit fort propre, à la place du sien, qui était tout gâté. Assurément, dit-il en lui-même, ce palais appartient à quelque bonne fée, qui a eu pitié de ma situation.

Il regarda par la fenêtre, et ne vit plus de neige, mais des berceaux de fleurs qui enchantaient la vue. il rentra dans la grande salle, où il avait soupé la veille, et vit une petite table où il y avait du chocolat.

«Je vous remercie, madame la fée, dit-il tout haut, d’avoir eu la bonté de penser à mon déjeuner».

Le bonhomme, après avoir pris son chocolat, sortit pour aller chercher son cheval, et comme il passait sous un berceau de roses, il se souvint que la Belle lui en avait demandé, et cueillit une branche, où il y en avait plusieurs. En même temps, il entendit un grand bruit, et vit venir à lui une bête si horrible, qu’il fut tout prêt de s’évanouir.

«Vous êtes bien ingrat, lui dit la Bête, d’une voix terrible; je vous ai sauvé la vie, en vous recevant dans mon château, et pour ma peine, vous me volez mes roses, que j’aime mieux que toutes choses au monde. Il faut mourir pour réparer cette faute; je ne vous donne qu’un quart d’heure pour demander pardon à Dieu».

Le marchand se jeta à genoux, et dit à la Bête, en joignant les mains: «Monseigneur, pardonnez-moi, je ne croyais pas vous offenser, en cueillant une rose pour une de mes filles, qui m’en avait demandé.

-Je ne m’appelle point Monseigneur, répondit le monstre, mais la Bête. Je n’aime pas les compliments, moi, je veux qu’on dise ce que l’on pense; ainsi, ne croyez pas me toucher par vos flatteries. Mais vous m’avez dit que vous aviez des filles; je veux bien vous pardonner, à condition qu’une de vos filles vienne volontairement, pour mourir à votre place; ne me raisonnez pas: partez, et si vos filles refusent de mourir pour vous, jurez que vous reviendrez dans trois mois».

Le bonhomme n’avait pas dessein de sacrifier une de ses filles à ce vilain monstre; mais il pensa, au moins, j’aurai le plaisir de les embrasser encore une fois. Il jura donc de revenir, et la Bête lui dit qu’il pouvait partir quand il voudrait; «mais, ajouta-t-elle, je ne veux pas que tu t’en ailles les mains vides. Retourne dans la chambre où tu as couché, tu y trouveras un grand coffre vide; tu peux y mettre tout ce qu’il te plaira, je le ferai porter chez toi». En même temps la Bête se retira, et le bonhomme dit en lui-même, s’il faut que je meure, j’aurai la consolation de laisser du pain à mes pauvres enfants.

Il retourna dans la chambre où il avait couché, et y ayant trouvé une grande quantité de pièces d’or, il remplit le grand coffre, dont la Bête lui avait parlé; le ferma, et ayant repris son cheval, qu’il retrouva dans l’écurie, il sortit de ce palais avec une tristesse égale à la joie qu’il avait, lorsqu’il y était entré. Son cheval prit de lui-même une des routes de la forêt, et en peu d’heures, le bonhomme arriva dans sa petite maison. Ses enfants se rassemblèrent autour de lui, mais, au lieu d’être sensible à leurs caresses, le marchand se mit à pleurer, en les regardant. Il tenait à la main la branche de roses, qu’il apportait à la Belle: il la lui donna, et lui dit:

«La Belle, prenez ces roses; elles coûteront bien cher à votre malheureux père»; et tout de suite, il raconta à sa famille la funeste aventure qui lui était arrivée. À ce récit, ses deux aînées jetèrent de grands cris, et dirent des injures à la Belle, qui ne pleurait point. «Voyez ce que produit l’orgueil de cette petite créature, disaient-elles; que ne demandait-elle des ajustements comme nous; mais non, mademoiselle voulait se distinguer; elle va causer la mort de notre père, et elle ne pleure pas.

— Cela serait fort inutile, reprit la Belle; pourquoi pleurerais-je la mort de mon père? Il ne périra point. Puisque le monstre veut bien accepter une de ses filles, je veux me livrer à toute sa furie, et je me trouve fort heureuse, puisqu’en mourant, j’aurai la joie de sauver mon père, et de lui prouver ma tendresse.

— Non, ma sœur, lui dirent ses trois frères, vous ne mourrez pas, nous irons trouver ce monstre, et nous périrons sous ses coups, si nous ne pouvons le tuer.

— Ne l’espérez pas, mes enfants, leur dit le marchand, la puissance de cette Bête est si grande, qu’il ne me reste aucune espérance de la faire périr. Je suis charmé du bon cœur de la Belle, mais je ne veux pas l’exposer à la mort. Je suis vieux, il ne me reste que peu de temps à vivre, ainsi, je ne perdrai que quelques années de vie, que je ne regrette qu’à cause de vous, mes chers enfants.

— Je vous assure, mon père, lui dit la Belle que vous n’irez pas à ce palais sans moi; vous ne pouvez m’empêcher de vous suivre. Quoique je sois jeune, je ne suis pas fort attachée à la vie, et j’aime mieux être dévorée par ce monstre, que de mourir du chagrin que me donnerait votre perte.»

On eut beau dire, la Belle voulut absolument partir pour le beau palais, et ses sœurs en étaient charmées, parce que les vertus de cette cadette leur avaient inspiré beaucoup de jalousie. Le marchand était si occupé de la douleur de perdre sa fille, qu’il ne pensait pas au coffre qu’il avait rempli d’or; mais, aussitôt qu’il se fut enfermé dans sa chambre pour se coucher, il fut bien étonné de le trouver à la ruelle de son lit. Il résolut de ne point dire à ses enfants qu’il était devenu si riche, parce que ses filles auraient voulu retourner à la ville, qu’il était résolu de mourir dans cette campagne; mais il confia ce secret à la Belle, qui lui apprit, qu’il était venu quelques gentilshommes pendant son absence, et qu’il y en avait deux qui aimaient ses sœurs. Elle pria son père de les marier; car elle était si bonne qu’elle les aimait, et leur pardonnait de tout son cœur le mal qu’elles lui avaient fait.

Ces deux méchantes filles se frottèrent les yeux avec un oignon pour pleurer lorsque la Belle partit avec son père; mais ses frères pleuraient tout de bon, aussi bien que le marchand: il n’y avait que la Belle qui ne pleurait point, parce qu’elle ne voulait pas augmenter leur douleur. Le cheval prit la route du palais, et sur le soir, ils l’aperçurent illuminé, comme la première fois. Le cheval fut tout seul à l’écurie, et le bonhomme entra avec sa fille dans la grande salle, où ils trouvèrent une table, magnifiquement servie, avec deux couverts. Le marchand n’avait pas le cœur de manger; mais Belle, s’efforçant de paraître tranquille, se mit à table, et le servit; puis elle disait en elle-même: la Bête veut m’engraisser avant de me manger, puisqu’elle me fait si bonne chère. Quand ils eurent soupé, ils entendirent un grand bruit, et le marchand dit adieu à sa pauvre fille en pleurant; car il pensait que c’était la Bête. Belle ne put s’empêcher de frémir, en voyant cette horrible figure: mais elle se rassura de son mieux, et le monstre lui ayant demandé si c’était de bon cœur qu’elle était venue, elle lui dit, en tremblant, que oui.

«Vous êtes bien bonne, dit la Bête, et je vous suis bien obligée. Bonhomme, partez demain matin, et ne vous avisez jamais de revenir ici. Adieu la Belle.

— Adieu la Bête, répondit-elle, et tout de suite le monstre se retira.

— Ah, ma fille! dit le marchand, en embrassant la Belle, je suis à demi-mort de frayeur.

— Croyez-moi, laissez-moi ici; non, mon père, lui dit la Belle avec fermeté, vous partirez demain matin, et vous m’abandonnerez au secours du Ciel; peut-être aura-t-il pitié de moi.»

Ils allèrent se coucher, et croyaient ne pas dormir de toute la nuit, mais à peine furent-ils dans leurs lits, que leurs yeux se fermèrent. Pendant son sommeil, la Belle vit une dame qui lui dit: «Je suis contente de votre bon cœur, la Belle; la bonne action que vous faites, en donnant votre vie, pour sauver celle de votre père, ne demeurera point sans récompense.»

La Belle en s’éveillant, raconta ce songe à son père, et quoiqu’il le consolât un peu, cela ne l’empêcha pas de jeter de grands cris, quand il fallut se séparer de sa chère fille.

Lorsqu’il fut parti, la Belle s’assit dans la grande salle, et se mit à pleurer aussi; mais comme elle avait beaucoup de courage, elle se recommanda à Dieu, et résolut de ne se point chagriner, pour le peu de temps qu’elle avait à vivre; car elle croyait fermement que la Bête la mangerait le soir.

Elle résolut de se promener en attendant, et de visiter ce beau château. Elle ne pouvait s’empêcher d’en admirer la beauté. Mais elle fut bien surprise de trouver une porte, sur laquelle il y avait écrit: Appartement de la Belle. Elle ouvrit cette porte avec précipitation, et elle fut éblouie de la magnificence qui y régnait: mais ce qui frappa le plus sa vue, fut une grande bibliothèque, un clavecin, et plusieurs livres de musique.

« On ne veut pas que je m’ennuie », dit-elle, tout bas ; elle pensa ensuite, si je n’avais qu’un jour à demeurer ici, on ne m’aurait pas fait une telle provision. Cette pensée ranima son courage. Elle ouvrit la bibliothèque et vit un livre, où il y avait écrit en lettres d’or: Souhaitez, commandez; vous êtes ici la reine et la maîtresse.

«Hélas! dit-elle, en soupirant, je ne souhaite rien que de revoir mon pauvre père, et de savoir ce qu’il fait à présent»: elle avait dit cela en elle-même. Quelle fut sa surprise en jetant les yeux sur un grand miroir, d’y voir sa maison, où son père arrivait avec un visage extrêmement triste. Ses sœurs venaient au-devant de lui, et malgré les grimaces qu’elles faisaient, pour paraître affligées, la joie qu’elles avaient de la perte de leur sœur, paraissait sur leur visage. Un moment après, tout cela disparut, et la Belle ne put s’empêcher de penser que la Bête était bien complaisante, et qu’elle n’avait rien à craindre d’elle. À midi, elle trouva la table mise, et pendant son dîner, elle entendit un excellent concert, quoiqu’elle ne vît personne. Le soir, comme elle allait se mettre à table, elle entendit le bruit que faisait la Bête, et ne put s’empêcher de frémir.

«La Belle, lui dit ce monstre, voulez-vous bien que je vous voie souper?

— Vous êtes le maître, répondit la Belle, en tremblant.

— Non, répondit la Bête, il n’y a ici de maîtresse que vous. Vous n’avez qu’à me dire de m’en aller, si je vous ennuie; je sortirai tout de suite. Dites-moi, n’est-ce pas que vous me trouvez bien laid?

— Cela est vrai, dit la Belle, car je ne sais pas mentir, mais je crois que vous êtes fort bon.

— Vous avez raison, dit le monstre, mais, outre que je suis laid, je n’ai point d’esprit: je sais bien que je ne suis qu’une bête.

— On n’est pas bête, reprit la Belle, quand on croit n’avoir point d’esprit: un sot n’a jamais su cela.

— Mangez donc, la Belle, lui dit le monstre, et tâchez de ne vous point ennuyer dans votre maison; car tout ceci est à vous; et j’aurais du chagrin, si vous n’étiez pas contente.

— Vous avez bien de la bonté, dit la Belle. Je vous avoue que je suis bien contente de votre cœur; quand j’y pense, vous ne me paraissez plus si laid.

— Oh dame, oui, répondit la Bête, j’ai le cœur bon, mais je suis un monstre.

— Il y a bien des hommes qui sont plus monstres que vous, dit la Belle, et je vous aime mieux avec votre figure, que ceux qui avec la figure d’hommes, cachent un cœur faux, corrompu, ingrat.

— Si j’avais de l’esprit, reprit la Bête, je vous ferais un grand compliment pour vous remercier, mais je suis un stupide; et tout ce que je puis vous dire, c’est que je vous suis bien obligé.»

La Belle soupa de bon appétit. Elle n’avait presque plus peur du monstre; mais elle manqua mourir de frayeur, lorsqu’il lui dit: «La Belle, voulez-vous être ma femme?»

Elle fut quelque temps sans répondre; elle avait peur d’exciter la colère du monstre en le refusant elle lui dit pourtant en tremblant: «Non, la Bête.»

Dans le moment, ce pauvre monstre voulut soupirer, et il fit un sifflement si épouvantable, que tout le palais en retentit: mais Belle fut bientôt rassurée; car la Bête lui ayant dit tristement, «adieu la Belle», sortit de la chambre, en se retournant de temps en temps pour la regarder encore. Belle se voyant seule, sentit une grande compassion pour cette pauvre Bête: «Hélas, disait-elle, c’est bien dommage qu’elle soit si laide, elle est si bonne!»

Belle passa trois mois dans ce palais avec assez de tranquillité. Tous les soirs, la Bête lui rendait visite, l’entretenait pendant le souper, avec assez de bon sens, mais jamais avec ce qu’on appelle esprit, dans le monde.

L’habitude de le voir l’avait accoutumée à sa laideur, et loin de craindre le moment de sa visite, elle regardait souvent à sa montre, pour voir s’il était bientôt neuf heures; car la Bête ne manquait jamais de venir à cette heure-là. Il n’y avait qu’une chose qui faisait de la peine à la Belle, c’est que le monstre, avant de se coucher, lui demandait toujours si elle voulait être sa femme, et paraissait pénétré de douleur, lorsqu’elle lui disait que non. Elle lui dit un jour: «Vous me chagrinez, la Bête; je voudrais pouvoir vous épouser, mais je suis trop sincère, pour vous faire croire que cela arrivera jamais. Je serai toujours votre amie, tâchez de vous contenter de cela.

— Il le faut bien, reprit la Bête; je me rends justice. Je sais que je suis bien horrible; mais je vous aime beaucoup; cependant je suis trop heureux de ce que vous voulez bien rester ici; promettez-moi que vous ne me quitterez jamais.»

La Belle rougit à ces paroles. Elle avait vu dans son miroir, que son père était malade de chagrin, de l’avoir perdue, et elle souhaitait le revoir.

«Je pourrais bien vous promettre, dit-elle à la Bête, de ne vous jamais quitter tout à fait; mais j’ai tant d’envie de revoir mon père, que je mourrai de douleur, si vous me refusez ce plaisir.

— J’aime mieux mourir moi-même, dit ce monstre, que de vous donner du chagrin. Je vous enverrai chez votre père, vous y resterez, et votre pauvre Bête en mourra de douleur.

— Non, lui dit la Belle, en pleurant, je vous aime trop pour vouloir causer votre mort. Je vous promets de revenir dans huit jours. Vous m’avez fait voir que mes sœurs sont mariées, et que mes frères sont partis pour l’armée. Mon père est tout seul, souffrez que je reste chez lui une semaine.

— Vous y serez demain au matin, dit la Bête mais souvenez-vous de votre promesse. Vous n’aurez qu’à mettre votre bague sur une table en vous couchant, quand vous voudrez revenir. Adieu la Belle.»

La Bête soupira selon sa coutume, en disant ces mots, et la Belle se coucha toute triste de la voir affligée. Quand elle se réveilla le matin, elle se trouva dans la maison de son père, et ayant sonné une clochette, qui était à côté de son lit, elle vit venir la servante, qui fit un grand cri, en la voyant. Le bonhomme accourut à ce cri, et manqua mourir de joie, en revoyant sa chère fille; et ils se tinrent embrassés plus d’un quart d’heure. La Belle, après les premiers transports, pensa qu’elle n’avait point d’habits pour se lever; mais la servante lui dit, qu’elle venait de trouver dans la chambre voisine un grand coffre, plein de robes toutes d’or garnies de diamants. Belle remercia la bonne Bête de ses attentions; elle prit la moins riche de ces robes, et dit à la servante de serrer les autres, dont elle voulait faire présent à ses sœurs: mais à peine eut-elle prononcé ces paroles, que le coffre disparut. Son père lui dit que la Bête voulait qu’elle gardât tout cela pour elle, et aussitôt, les robes et le coffre revinrent à la même place. La Belle s’habilla, et pendant ce temps, on alla avertir ses sœurs, qui accoururent avec leurs maris. Elles étaient toutes deux fort malheureuses. L’aînée avait épousé un gentilhomme, beau comme l’amour; mais il était si amoureux de sa propre figure, qu’il n’était occupé que de cela, depuis le matin jusqu’au soir, et méprisait la beauté de sa femme. La seconde avait épousé un homme, qui avait beaucoup d’esprit; mais il ne s’en servait que pour faire enrager tout le monde, et sa femme toute la première. Les sœurs de La Belle manquèrent mourir de douleur, quand elles la virent habillée comme une princesse, et plus belle que le jour. Elle eut beau les caresser, rien ne put étouffer leur jalousie, qui augmenta beaucoup, quand elle leur eut conté combien elle était heureuse. Ces deux jalouses descendirent dans le jardin, pour y pleurer tout à leur aise et elles se disaient, pourquoi cette petite créature est-elle plus heureuse que nous? Ne sommes-nous pas plus aimables qu’elle?

«Ma sœur, dit l’aînée, il me vient une pensée: tâchons de l’arrêter ici plus de huit jours, sa sotte Bête se mettra en colère, de ce qu’elle lui aura manqué de parole, et peut-être qu’elle la dévorera.

— Vous avez raison, ma sœur, répondit l’autre. Pour cela, il lui faut faire de grandes caresses.»

Et ayant pris cette résolution, elles remontèrent et firent tant d’amitié à leur sœur, que la Belle en pleura de joie. Quand les huit jours furent passés, les deux sœurs s’arrachèrent les cheveux, et firent tant les affligées de son départ, qu’elle promit de rester encore huit jours.

Cependant Belle se reprochait le chagrin qu’elle allait donner à sa pauvre Bête, qu’elle aimait de tout son cœur, et elle s’ennuyait de ne la plus voir. La dixième nuit qu’elle passa chez son père, elle rêva qu’elle était dans le jardin du palais, et qu’elle voyait la Bête, couchée sur l’herbe, et prête à mourir, qui lui reprochait son ingratitude. La Belle se réveilla en sursaut, et versa des larmes.

«Ne suis-je pas bien méchante, disait-elle, de donner du chagrin à une Bête, qui a pour moi tant de complaisance? Est-ce sa faute, si elle est si laide, et si elle a peu d’esprit? Elle est bonne, cela vaut mieux que tout le reste. Pourquoi n’ai-je pas voulu l’épouser? Je serais plus heureuse avec elle, que mes sœurs avec leurs maris. Ce n’est, ni la beauté, ni l’esprit d’un mari, qui rendent une femme contente: c’est la bonté du caractère, la vertu, la complaisance: et la Bête a toutes ces bonnes qualités. Je n’ai point d’amour pour elle; mais j’ai de l’estime, de l’amitié, et de la reconnaissance. Allons, il ne faut pas la rendre malheureuse; je me reprocherais toute ma vie mon ingratitude.»

À ces mots, Belle se lève, met sa bague sur la table, et revient se coucher. À peine fut-elle dans son lit, qu’elle s’endormit, et quand elle se réveilla le matin, elle vit avec joie qu’elle était dans le palais de la Bête. Elle s’habilla magnifiquement pour lui plaire, et s’ennuya à mourir toute la journée, en attendant neuf heures du soir; mais l’horloge eut beau sonner, la Bête ne parut point. La Belle, alors, craignit d’avoir causé sa mort. Elle courut tout le palais, en jetant de grands cris; elle était au désespoir.

Après avoir cherché partout, elle se souvint de son rêve, et courut dans le jardin vers le canal, où elle l’avait vue en dormant. Elle trouva la pauvre Bête étendue sans connaissance, et elle crut qu’elle était morte. Elle se jeta sur son corps, sans avoir horreur de sa figure, et sentant que son cœur battait encore, elle prit de l’eau dans le canal, et lui en jeta sur la tête.

La Bête ouvrit les yeux et dit à la Belle: «Vous avez oublié votre promesse, le chagrin de vous avoir perdue, m’a fait résoudre à me laisser mourir de faim; mais je meurs content, puisque j’ai le plaisir de vous revoir encore une fois.

— Non, ma chère Bête, vous ne mourrez point, lui dit la Belle, vous vivrez pour devenir mon époux; dès ce moment je vous donne ma main, et je jure que je ne serai qu’à vous. Hélas, je croyais n’avoir que de l’amitié pour vous, mais la douleur que je sens, me fait voir que je ne pourrais vivre sans vous voir.»

À peine la Belle eut-elle prononcé ces paroles, qu’elle vit le château brillant de lumière, les feux d’artifices, la musique, tout lui annonçait une fête mais toutes ces beautés n’arrêtèrent point sa vue: elle se retourna vers sa chère Bête, dont le danger la faisait frémir. Quelle fut sa surprise! La Bête avait disparu, et elle ne vit plus à ses pieds qu’un prince plus beau que l’amour, qui la remerciait d’avoir fini son enchantement. Quoique ce prince méritât toute son attention, elle ne put s’empêcher de lui demander où était la Bête.

«la voyez à vos pieds, lui dit le prince. Une méchante fée m’avait condamné à rester sous cette figure jusqu’à ce qu’une belle fille consentît à m’épouser, et elle m’avait défendu de faire paraître mon esprit. Ainsi, il n’y avait que vous dans le monde assez bonne, pour vous laisser toucher à la bonté de mon caractère; et en vous offrant ma couronne, je ne puis m’acquitter des obligations que je vous ai.»

La Belle, agréablement surprise, donna la main à ce beau prince pour se relever. Ils allèrent ensemble au château, et la Belle manqua mourir de joie, en trouvant dans la grande salle son père, et toute sa famille, que la belle dame, qui lui était apparue en songe, avait transportés au château.

«Belle, lui dit cette dame, qui était une grande fée, venez recevoir la récompense de votre bon choix: vous avez préféré la vertu à la beauté et à l’esprit, vous méritez de trouver toutes ces qualités réunies en une même personne. Vous allez devenir une grande reine: j’espère que le trône ne détruira pas vos vertus. Pour vous, mesdemoiselles, dit la fée aux deux sœurs de Belle, je connais votre cœur, et toute la malice qu’il enferme. Devenez deux statues; mais conservez toute votre raison sous la pierre qui vous enveloppera. Vous demeurerez à la porte du palais de votre sœur, et je ne vous impose point d’autre peine, que d’être témoins de son bonheur. Vous ne pourrez revenir dans votre premier état, qu’au moment où vous reconnaîtrez vos fautes; mais j’ai bien peur que vous ne restiez toujours statues. On se corrige de l’orgueil, de la colère, de la gourmandise et de la paresse: mais c’est une espèce de miracle que la conversion d’un cœur méchant et envieux.»

Dans le moment la fée donna un coup de baguette, qui transporta tous ceux qui étaient dans cette salle, dans le royaume du prince. Ses sujets le virent avec joie, et il épousa la Belle, qui vécut avec lui fort longtemps, et dans un bonheur parfait, parce qu’il était fondé sur la vertu.

.

3- UNE BIEN JOLIE HISTOIRE

.

Ma très chère Belle,

Je ne sais pas très bien pourquoi je vous écris mais j’en éprouve le besoin. Je trouve votre histoire à la fois triste et magnifique: affronter sa peur et le danger pour l’amour de son père, waouh! Il vous a fallu beaucoup de courage et je vous dis BRAVO! Avez-vous regretté votre choix quand vous avez vu la Bête pour la première fois? De prime abord, elle est quand même effrayante? A-t-elle été gentille tout de suite ou a-t-il fallu un temps d’adaptation pour tous les deux? Ne vous êtes vous pas dit que votre vie était fichue ou que c’était trop injuste?

J’ai encore une petite question: avez vous pensé en voyant la Bête qu’il y avait un sortilège dans cette histoire?

Je sais je suis curieuse (c’est peut-être un vilain défaut) mais votre histoire m’intrigue tellement que j’ai envie de savoir. Je trouve magnifique qu’on puisse passer au-dessus des apparences et avoir une relation aussi forte avec quelqu’un. Ces temps-ci ce n’est pas courant.

Merci beaucoup de partager cette Belle histoire avec DIALOGUS.

En attendant d’avoir une petite réponse, je vous embrasse bien fort vous et la Bête.

À bientôt et merveilleuse année 2004 à vous deux.

Ninie

.

Ma très chère Ninie,

Je suis vraiment désolée du délai que j’ai pris à t’écrire. Je dois t’avouer avoir passé un temps des fêtes très réjouissant mais aussi très occupé par les nombreux bals que nous avons organisés. Je suis très touchée que mon histoire t’aie plu. Mais je ne comprends pas pourquoi tu me parles de courage. Je n’ai fait pour mon père que ce que me dictait mon cœur. C’est pourquoi je n’ai jamais regretté mon choix, et ce, même lorsque j’ai vu la bête. Bien sûr, au tout début, l’inconnu nous terrifie. Mais dès qu’on l’apprivoise, on s’aperçoit rapidement que cette crainte est injustifiée. C’est ce qui s’est passé entre moi et la Bête. Dès mon arrivé au château, je fus choyée. Malgré le chagrin que me causait le fait de ne plus pouvoir revoir ma famille, comment aurais-je pu croire ma vie fichue?

Et pour répondre à ta dernière question, je n’en savais rien. Ce que je sais par contre, c’est que la vie est remplie de magie et que chacun de nous peut la trouver s’il le désire vraiment. Alors, peut-être que, à l’intérieur de moi, une partie savait que l’apparence de la Bête n’était pas vraiment ce que je devais voir. Les apparences sont souvent trompeuses.

En espérant avoir comblé tes attentes,

Belle

.

Très chère Belle!

Je suis heureuse que tu m’aies répondu! Quel plaisir de te lire! Tu es toute pardonnée d’avoir mis un peu de temps pour me répondre! C’est vrai que la fin d’année et le début de 2004 ont dû être chargés pour vous deux. Il faut souhaiter ses bons vœux à tout le monde et apparemment vous connaissez beaucoup de personnes. Tu me dis que vous avez organisé des bals… je suis peut-être curieuse mais j’aimerais que tu me racontes comment ça se passe un bal dans votre château (les invités, la musique, les décorations, tes tenues…).

 Sinon j’avais encore une petite question à propos de ton histoire. Surtout tu me dis si je t’embête! Est-ce que la Bête est restée une bête longtemps. Comment ça s’est passé, comment est-elle redevenue un homme? Est-ce que tout le château était enchanté? Tout le monde avait été transformé ou seulement la Bête? D’ailleurs elle a un château alors elle doit avoir un titre, lequel? Donc maintenant que vous êtes mariés tu le portes aussi, petite chanceuse! Je sais, j’ai posé beaucoup de questions encore une fois!

Encore une petite chose: Comment va la Bête? (C’est quoi son vrai nom?) Surtout tu lui fais de gros bisous pour moi (peut-être qu’un jour elle me fera un petit coucou sur le Net!)

Je t’embrasse bien fort et te dis à bientôt, ma Belle.

Portez-vous bien.

Ninie

.

Bien chère Ninie,

 Mon ami a pour nom Hildebert Beste Des Landes d’Ajonc, c’est un nom foncier. Tu te doutes que, vu sa trajectoire, il n’est pas titré à la Cour, ni de robe, ni d’épée. Il se désigne simplement: hobereau. C’est semi-ironique, mais ça lui va parfaitement. Moi on m’appelle simplement la Châtelaine. Cela me suffit amplement aussi.

Sur la durée en temps de notre enchantement, Hildebert et moi ne sommes jamais arrivés à nous la représenter même approximativement. On me dirait que ce fut des siècles que je le croirais sans hésiter tant l’avachissement ambiant était tangible. Hildebert est redevenu homme par la vertu de mon amour. C’est arrivé sans entourloupette, par un petit matin ordinaire en fait assez maussade.

Toute sa modeste compagnie s’est trouvée engagée dans le même mouvement magique. Et nous voici.

La Belle

.

Bonjour Belle,

C’est encore moi, Ninie. J’espère que toi et la Bête vous allez bien. Je sais qu’il est un peu tard pour poser cette question mais j’y pense seulement maintenant. Avez-vous fêté la Saint-Valentin? Peux tu me dire comment? Si je suis trop curieuse tu ne me réponds pas.

Par contre j’aimerais avoir une réponse à ma question suivante: tu sais que ton histoire a été adaptée au cinéma plusieurs fois. Puis-je te demander quelle version tu préfères? Quelle version est la plus proche de la réalité? La version avec Jean Marais ou celle de Disney?

Merci beaucoup de m’avoir lue.

Je vous dis à bientôt,

Énormes bisous à vous deux, prenez soin de vous,

Ninie

.

Hildebert et moi fêtons la Saint-Valentin tous les jours. Si tu insistes pour les détails, je risque de finir par me décider à te les fournir…

La version Cocteau de notre belle histoire est trop roide et trop sombre. J’irais jusqu’à dire qu’elle est un brin prétentiarde. Le décor y est raté. Jean Marais y a des allures de saltimbanque qui ne font en rien honneur à mon Hildebert, qui est à la fois plus fluide et plus majestueux.

 La version Disney a des défauts majeurs. Je suis singulièrement agacée par les scènes de jacqueries. Hildebert n’a jamais subi de jacqueries pour la simple raison que nos terres, qui sont des landes, ne sont peuplées que de coqs de bruyère. J’aime bien par contre le personnage de Gaston. Il incarne fort joliment la bêtise infatuée de nos hobereaux campagnards et la Belle du film le met en boîte d’une façon qui me parait vive et plaisante.

La Belle

.

Bonjour ma jolie «Châtelaine»,

Je suis ravie de te retrouver sur DIALOGUS. Ton absence fut de courte durée et c’est très bien! J’ai été absolument enchantée de voir que tu prenais tout de même le temps de me répondre très gentiment sur ma boîte alors que tu t’étais retirée du site.

Merci infiniment.

Pour revenir au message précédent, je n’aime pas trop non plus la version de Cocteau. Je l’ai vue il n’y a pas longtemps et j’ai été très déçue: Le film est très noir (bon je sais, il est en noir et blanc mais on dirait qu’il n’y a jamais de journée, que tout se passe la nuit), les personnages un peu caricaturés, quant à la Bête, brrrrr, elle fait froid dans le dos!!

La version Disney est ma préférée. Je m’explique: les personnages sont attachants. La Belle du dessin animé doit te ressembler car elle est douce et c’est ce qui transparaît dans tes réponses. Vous semblez dotées des mêmes qualités et sentiments pour autrui, je me trompe? En ce qui concerne les jacqueries, je suis étonnée quand tu me dis qu’Hildebert n’en ait jamais subi. Les hommes sont tellement stupides en général! Enfin je veux dire par là, qu’ils ont toujours peur de ce qu’ils ne connaissent pas et que par conséquent c’est forcément mauvais et à éliminer! En tous les cas tant mieux qu’Hildebert ait échappé à cela!

Est-ce que les gens du village l’ont tout de suite acceptée? N’y a-t-il aucune peur, aucune histoire circulant sur les habitants du château avant ton arrivée? Ce serait étonnant, les gens aiment bien «jacasser» en général!

As-tu des frères et sœurs? T’entends-tu bien avec?

Dans ta dernière réponse tu m’as dit qu’Hildebert et toi fêtaient la Saint Valentin tous les jours, petits chanceux! C’est très romantique. Tu m’as dit aussi que si j’insistais un peu, tu finirais peut-être par me communiquer les détails… Tu es tombée sur une petite curieuse à l’âme romantique, je me permets donc d’insister… un peu!

Je vous embrasse affectueusement tous les deux. Votre amie virtuelle

Ninie

.

Nous sommes en accord sur le fait que ce Monsieur Cocteau avait une vision presque épouvantée de mon rapport avec Hildebert. Mais je crois aussi savoir que ce Monsieur a choisi —et c’est son droit— qu’il préférait éviter de se trouver impliqué dans le commerce entre homme et femme. C’est peut-être sa propre épouvante face à cette question dont il nous communique la teneur. Pourquoi pas. On peut regarder ou ne pas regarder n’est-ce pas.

Me comparer à la Belle de ce Monsieur Disney c’est me complimenter trop. Cette jeune femme a une capacité de tenir tête aux hommes qui est très moderne et dont je crains qu’elles ne me caractérise guère. J’insiste sur le fait que la vindicte populacière dépeinte dans cette œuvre est disproportionnée. Les terres d’Hildebert sont maigres. Il n’y pousse que de la bruyère et des ajoncs. Elles ne suscitent pas l’envie des croquants et des jacques. Les badauds des villages lointains ont d’autres priorités. Nous n’intéressons personne et c’est au mieux. Nous aimons le halo magique de notre solitude.

J’ai trois frères et deux sœurs. Je les aime beaucoup. Mes sœurs sont ici près de moi, mais sous formes de statues de marbre fin. Mes frères sont soudards d’active. Je les vois rarement mais quand cela arrive, c’est toujours une grande joie.

Que dire de nos «Saint-Valentin». Hildebert est un cuisinier fin, un musicien virtuose et un superbe danseur. Il est aussi à la fois très doux et très viril. Cela vous donne à imaginer nos journées et nos nuits.

Belle

.

4- MAIS IL CUMULE TOUTES LES QUALITÉS!

.

Bonjour tous les deux,

Dans ton dernier petit mot, tu me dis que tu as trois frères et deux sœurs (quelle grande famille, moi je suis fille unique!). Pourquoi tes sœurs sont devenues des statues de marbre fin? Elles ont subi un sortilège? Quant à tes frères, ce sont des soudards d’active. C’est quoi?

Enfin tu me dis qu’Hildebert est un fin cuisinier (quelle est sa spécialité?), un musicien virtuose et un danseur génial. En plus il est très doux et viril (Mmmmmm… tout ce que j’aime: tu crois qu’il existe encore des hommes comme ça?). Mais il cumule toutes les qualités! Fait attention, tu vas te le faire piquer! Je rigole! Comme il doit être très amoureux de toi, tu n’as vraiment rien à craindre!

Je vous embrasse tous les deux.

À bientôt,

Ninie

.

Comme le rapporta jadis Madame Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, mes sœurs ont effectivement subi un sortilège. Tu trouveras tous les détails dans l’échange intitulé TA VIE. Des soudards d’active, ce sont des hommes en armes qui servent dans l’armée active d’un domaine. La spécialité d’Hildebert est la poularde grillée aux fines herbes. Il la sert sur un lit d’haricots ocres. Le tout est précédé d’un excellent pâté d’ours et suivi de fruits frais hachés finement. Un délice.

Je ne m’étale pas sur les autres délices… Il semble que tu comprennes tout à fait ce dont il s’agit. Je ne sais pas s’il existe encore des hommes comme lui mais je n’ai pas peur de me le faire piquer, comme tu dis. Hildebert est un homme libre, il me garde simplement parce qu’il me préfère. Je suis aussi une femme libre. C’est ce qui fait la force sereine de notre union magique.

Amicalement,

La Belle

.

5- GRANDE FEMME

.

Avec le respect que je vous dois j’ai une très indiscrète question mais je pense qu’elle a de la réflexion: êtes-vous encore vierge?

Désolé pour l’indiscrétion.

DENEO

.

Cher ami,

Il me fait habituellement très plaisir de répondre au courrier qui m’est adressé. Cependant, cette fois, je crois que la question posée est vraiment trop indiscrète et je n’y vois aucune réflexion. Je veux bien partager mon histoire d’amour mais ceci relève de ma vie privée.

En espérant ne pas t’avoir trop déçu,

Belle

.

6- QUELQUES ANNÉES PLUS TARD…

.

Ma très chère Belle,

J’ai lu votre lettre d’acceptation et je vous félicite pour cette affection d’amour et de gentillesse que vous donnez pour les gens qui veulent vous écrire.

Maintenant que la Bête est devenue un humain, qu’est-ce qui s’est passé après votre mariage? Vos sœurs ont-elles fini d’être moins chochottes? Comment va votre père? J’espère qu’il n’est pas mort. Tout de même, vous avez fait quelque chose de magique, vous avez guéri votre père grâce aux diamants apparus à votre visage, comme c’est la preuve que vous aviez pleuré en pensant très fort à cette Bête qui était sympathique.

Je suis tout à fait d’accord avec vous, la Bête n’est pas si méchante que ça, d’abord elle vous a offert une chambre dans son château, elle vous a proposé de venir dîner avec elle pour discuter et pleins d’autres cadeaux. Même si vous n’avez pas l’habitude qu’on vous serve quelque chose, c’est pourquoi la Bête veut que vous soyez heureuse dans ce château. Il faut exprimer les moindres caprices. Les cadeaux de la Bête sont magnifiques, j’aime beaucoup les roses, le miroir, le cheval, la clé d’or et le gant.

En attendant une réponse, je vous embrasse bien fort vous et la Bête.

À bientôt.

Un jeune Sieur

.

Cher Sieur,

C’est tout simple, à la vérité. Nous avons vécu et avons eu des enfants qui en ont eu aussi. Mes sœurs sont toujours égales à elles-mêmes, mais je les aime comme elles sont. Papa se fait vieux mais assure toujours.

La perception que vous avez de mon époux est sobre, juste et impartiale. C’est très beau et très rare. Vous n’en faites pas un croquemitaine et cela me rassérène. Merci de tout cœur pour vos bons mots. Écrivez-moi de nouveau. Parlez-moi un peu de vous et de votre temps.

Respectueusement,

Belle

.

7- UN PEU BIZARRE?

.

Salut Belle,

J’adore ton nom. Je ne vais pas prendre de ton temps plus longtemps, je sais que tu as beaucoup à faire dans ton beau palais. Tu dois sûrement te préparer pour une fête.

J’ai adoré la façon dont tu as chanté «C’est la fête» lors de ta première nuit au palais de la Bête. J’espère que tu flottes encore sur ton petit nuage avec ton amoureux. L’amour c’est génial. J’aurais seulement une seule question à te poser…

La Bête semble quelquefois unique et même un peu bizarre. Tu es la seule à le comprendre et à le trouver merveilleux. Comment as-tu fait pour ne pas le trouver un peu bizarre?

Merci.

Karine

.

J’ai simplement adopté une posture attentive, indifférente à la surface des choses, ouverte simplement à l’essence de mon interlocuteur. Tout est venu ainsi doucement, à l’abri des jugements surfaits et de la vindicte alarmante de nos héritages respectifs. Lui aussi aurait pu me trouver fort bizarre. Mais il a su faire son effort aussi, de son côté et à sa manière.

Belle

.

8- LA BEAUTÉ INTÉRIEURE

.

Chère Belle,

Je trouve que ta personnalité est digne d’avoir un mérite; je ne connais pas beaucoup de filles, ces temps-ci, qui cherchent la beauté intérieure, mais surtout la beauté physique. Pourquoi? De quoi ont-elles vraiment peur? Moi je ne suis point de même, j’apprends à le connaître avant et après de savoir s’il est assez bien pour moi d’après mes critères et ce que j’ai remarqué de lui.

Explique-moi aussi: c’est quoi les sentiments que tu avais pour la Bête?

J’aimerais que tu me poses une question en retour.

Amicalement.

Claudia

.

Claudia,

Ne sois pas si sévère avec tes pairs. Les filles de ton monde et celles du mien ont en commun non pas le fait de ne rechercher que la beauté physique mais le fait de CONFONDRE beauté physique et beauté intérieure. Nous avons toutes commis cette erreur très ancienne, qui est celle de prendre le beau pour le bon. J’ai eu la chance de vivre un cheminement qui a rectifié cette erreur dans mon cœur. Je n’ai conséquemment que bien peu de mérite.

Hildebert était laid mais doux. Il se dévouait à mon bien-être. Il était mon féal. Il ne cherchait pas à me séduire mais tout simplement à me faire me sentir bien et heureuse d’être moi-même. J’ai vite senti la sincérité et la constance de cette émotion chez lui. Il est impossible de demeurer insensible à l’attention touchante, durable et précise qu’il m’apportait sous forme de bête, et m’apporte encore sous forme de châtelain.

Une question? Eh bien voici. Les femmes de ton monde qui m’écrivent paraissent si libres et si fortes. Y a-t-il des femmes cheftaines de famille chez toi?

Belle

.

9- VOTRE HISTOIRE

.

Très chère Belle,

Vous m’avez fait rêver lorsque j’étais jeune et je suis encore émerveillée par votre histoire. Ma mère m’avait acheté une poupée de vous avec votre parfum dans un contenant, mais un jour le contenant a glissé et je l’ai perdu…

J’ai encore beaucoup d’affection pour vous car vous avez marqué mon enfance de merveilles et de joies. Mais au fur et à mesure que je grandis, mon histoire est tout à fait différente de la vôtre, j’ai conscience que la vie de chaque personne sur terre est différente, mais est-ce que toutes les fins sont heureuses? Dans tous les films de Walt Disney, les fins sont toujours heureuses et quand on grandit, on découvre le contre; c’est très désespérant à la fin…

En passant j’ai beaucoup apprécié votre générosité et votre amour pour La Bête qui est devenue prince. J’espère que vos amis vont bien aussi.

Répondez-moi vite!

Lina

.

Croyez moi Lina, si la fin d’un conte de fée est si belle, c’est en fait une astuce cachée dans la façon dont on le raconte. J’ai mes tristesses aussi, vous savez. Par exemple, je suis une fille du village et je dois maintenant faire la châtelaine. Ma domesticité tient beaucoup à ce rôle et m’y enferme un peu, gentiment certes, mais sans concession. Cette distance avec mes gens de maison me pèse assez. Il m’arrive même parfois de pleurer un petit peu. Moi aussi, ça m’a coûté de grandir, de ne plus courir dans les champs derrière mon troupeau d’agneaux… Moi aussi, d’une certaine façon, comme vous, j’ai égaré la petite fiole de parfum magique…

Revenez me voir. J’aime beaucoup échanger avec vous. Vous me faites renouer avec la simplicité de mon cœur.

Belle

.

Chère Belle,

Après avoir lu votre lettre, je me suis sentie triste; ce que je trouve de bien, c’est que les gens essayent de vivre heureux et ne s’apitoient pas sur leurs malheurs. J’avoue que quand on tient un rôle, il faut bien le jouer et ça devient lourd à la fin. Comme à l’école, les professeurs et les parents veulent qu’on devienne mature et autonome; ils disent que maintenant, ils nous considèrent comme des adultes, mais on a que seize ans! Seize ans… c’est encore jeune je trouve, et même si on en avait trente ou bien cinquante, la vie est faite pour apprendre, acquérir de la sagesse, aider les gens, mais aussi pour s’amuser et rire…!

J’avoue que je ne suis pas une personne excentrique, tout le contraire! Mais on peut toujours sortir des règles de temps en temps et nous amuser, faire quelque chose qu’on n’a jamais fait dans notre vie, quelque chose de vraiment farfelu comme jouer à cache-cache dans un métro ou bien jouer à la «tag» dans un centre d’achat à quatre étages! C’est très amusant je vous le dis, vous devriez l’essayer dans votre château avec vos amis, (et puis passer dans les passages secrets de votre demeure, ils ne vous trouveront jamais).

J’ai une dernière question à vous poser et j’espère que ça ne vous dérangera pas. Mais est-ce qu’on peut changer une personne totalement? Vous avez réussi à changer la Bête en un être gentil et doux, mais sa vraie nature, elle est là et le restera pour toujours, non? Comment peut-on changer une personne pour qu’il devienne son contraire? Sa personnalité, ses pensées, ses souvenirs et sa vision sont en elle et c’est cela qui fait une personne unique et différente des autres.

En passant, merci de m’avoir répondu aussi vite avec une telle élégance.

Je vous salue,

Lina.

.

Vous avez raison, Lina. Oui, vous avez su saisir l’essence de ma légende. Si Hildebert, mon prince, est devenu si beau et si droit, c’est que cette beauté et cette droiture étaient au fond de lui, et que ses oripeaux puants de bête n’étaient qu’apparence. Je l’ai changé, certes, mais je ne l’ai pas changé fondamentalement: il était déjà tout là.

Je vais essayer de jouer à chat, la prochaine fois que j’aurai des visiteurs au manoir. Et je penserai à vous. Ce sera amusant.

Mes amitiés.

Belle

.

10- QUELQUE CHOSE D’HUMAIN

.

Chère Belle,

Je dois avouer que ton courage m’impressionne grandement. Tu t’es vraiment dévouée pour la personne que tu aimais.

J’aimerais tout de même savoir quelque chose: as-tu découvert quelque chose d’humain en la Bête lorsque tu es tombée amoureuse de lui? Savais-tu qu’il était un homme?

Au plaisir de lire ta réponse,

Valérie

.

Non, Valérie,

Sous sa forme de bête, mon prince était innommable. Il était hideux, puant, affreux, effrayant, terrible. C’était pour moi un être dénaturé, torve, incompréhensible. C’était un monstre, au sens le plus ancien du terme. Je ne le voyais pas comme un homme. Je ne le voyais pas comme une bête non plus d’ailleurs, comme un gros chien pouilleux, ou comme un vieux cheval boiteux. Non, non, non… Il était un mystère insondable qui ne correspondait à rien de terrestre.

Ce sont ses actions qui ont sauvé mon prince. La profondeur de sa douceur, de son respect pour moi, de sa patience, de sa bonhomie ont fait qu’une fois le moment de terreur passé, il restait, à mes yeux, surnaturel en ce sens désormais qu’il paraissait trop bon et généreux pour être un des nôtres.

Sa métamorphose en homme fut pour moi une surprise intégrale.

Belle

.

11- COMMENT FAIRE POUR L’AIMER?

.

Chère Belle,

Je vous trouve très comment dire… différente des autres femmes et des gens de mon époque. Je ne connais pas beaucoup de personnes pour qui la beauté physique ne compte pas du tout. Elle aide toujours un peu, mais vous, vous en avez fait abstraction. Justement, comment avez-vous pu tomber amoureuse d’une bête premièrement, et qui vous gardait captive deuxièmement? Quoi qu’il ait été très civilisé en vous donnant des cadeaux par la suite, vous étiez quand même sa prisonnière. Comment fait-on pour aimer quelqu’un qui nous restreint autant? Pour moi, la liberté est une des premières valeurs à respecter, je ne crois pas qu’il soit possible de s’épanouir lorsque nous sommes contraints à un seul lieu où il est impossible de voir notre famille, nos amis.

J’attends votre réponse pour comprendre,

Merci.

Laurence Goulet

P.S. Quoi qu’il en soit, je trouve votre histoire d’amour merveilleuse et je pense que chacun devrait réussir à voir la beauté intérieure plutôt que la beauté physique.

.

Chère Laurence,

Votre liberté et la mienne, ce sont deux choses distinctes. La liberté de crier la faim ou de se perdre dans les bois est une liberté dont on peut vouloir un peu mais pas trop non plus. C’est d’autre part un puissant sentiment de liberté que j’ai ressenti quand Hildebert m’a autorisée à baguenauder à ma guise dans sa riche et immense bibliothèque… Une femme de mon monde n’a normalement pas le droit de toucher un livre ou tout autre objet de nature savante… Alors avisez-vous, en ouverture, du fait que vous et moi ne logeons probablement pas la liberté à la même place.

Mais prenons l’affaire au début. La Bête était un monstre, pas seulement physiquement. Il avait des pulsions monstrueuses, des appétits monstrueux, un égoïsme monstrueux, une violence monstrueuse. Il aurait pu déchirer mon père de ses griffes puissantes et me prendre de toute façon en se fichant du reste. Il a surmonté sa monstruosité inhérente pour libérer mon père. Ce fut le premier acte de mansuétude qui m’ait touchée chez lui. Le monstre aurait tant pu nous trahir, nous duper. C’est cela un monstre! Il ne l’a pas fait, et je voyais que cela lui était fort difficile. Il fallait donc bien le récompenser un petit peu, sinon il n’aurait pas pu surmonter sa condition de monstre pour compléter cet acte généreux en gestation en lui. J’ai donc récompensé de ma personne. Nous avons alors établi une entente. Une entente féodale. Une allégeance. Je suis devenue de plein gré sa vassale. C’était déplaisant, certes, mais mon père vivait. Le coût m’était alors léger. Malgré la souffrance que j’attendais. Car de nouveau, le monstre aurait pu me dévorer au repas suivant, me violenter, me brutaliser, me traiter en esclave, en souillon, en chienne. Il en avait les pulsions monstrueuses, la capacité et même, vu notre entente, le droit. Il n’en fit rien. Et de jour en jour j’attendais toujours la venue de cette souffrance que m’annonçait sa condition de monstre.

Une souffrance qui ne vint jamais et se transforma mystérieusement et imperceptiblement en la plus radieuse des douceurs…

Le monstre s’était vaincu lui-même.

Belle

.

Chère Belle,

Suite à votre réponse plusieurs autres questions sont venues à moi. Le monstre étant redevenu humain, a-t-il perdu l’égoïsme et la colère qui l’habitait? Qu’êtes-vous devenus, avez-vous des enfants, et si oui, Hildebert est-il un bon père? Et votre père se porte-t-il bien? Bref j’aimerais connaître la suite de votre histoire.

Au plaisir de vous lire,

Laurence

.

Hildebert n’était pas égoïste et colérique en son état de Bête. Il était excessif parce que monstrueux, c’est fort différent. Nous ne pouvons pas appliquer nos critères de psychologie humaine automatiquement à un lion, à un griffon ou à un dragon. C’est la même chose ici. Les monstruosités de son comportement de Bête se sont résorbées longtemps avant qu’il ne prenne forme humaine. Sa transformation en homme ne fut que le parachèvement de tendances déjà bien installées en lui en son état de Bête.

Nous avons eu des enfants qui ont eu des enfants. Certains ont quitté le domaine. D’autres sont toujours avec nous. Nous les aimons tous. Hildebert est un père dévoué, un seigneur débonnaire et généreux avec sa progéniture.

Mon père est très vieux maintenant. Mais il est toujours lucide. Il sourit lumineusement quand les rosiers sont en fleur aux jours ensoleillés.

Belle

.

12- BEAUTÉ SUPERFICIELLE

.

Bonjour La Belle,

Je voudrais savoir comment tu as pu voir à travers la Bête quel être extraordinaire il était? Je voudrais aussi savoir ce que tu penses de la beauté aujourd’hui dans la société. Est-elle devenue un problème grave? La beauté aujourd’hui est-elle superficielle, car il y a de plus en plus de filles qui sont anorexiques, qui subissent des chirurgies plastiques…?

En un deuxième temps, j’aimerais savoir ce que tu penses de ces filles? Et si tu avais quelque chose à leur dire pour changer leur vision de la beauté, que leur dirais-tu?

Merci de bien vouloir répondre.

Catherine

.

Tout le monde est beau, Catherine.

Dans le cas de ma chère Bête, c’est évidemment son comportement qui vite compensa sa hideur. Mais que faisait-il donc? Simple, si simple. Il me laissait être moi-même. Il constatait que j’aimais les roses, il faisait planter une roseraie, malgré le fait que le parfum des fleurs était horrible à sa narine difforme de monstre. Il s’apercevait que j’aimais la lecture, il m’ouvrait sans lésiner son immense bibliothèque malgré un édit familial ferme et ancien qui dictait que les femmes n’y étaient pas autorisées. Tendre, il gauchissait toutes ses lois pour moi. Et c’était si sincère, si pur, si vrai. Je me sentais soudain si bien d’être moi-même auprès de lui. Du plus profond de mon être, je me sentais si… belle.

Et un jour, comme tu le sais, même sa hideur a disparu. Cela n’a rien altéré dans ses comportements. Aujourd’hui, c’est à ses côtés dans notre domaine que je suis heureuse. Quand il me chuchote à l’oreille que je suis sa châtelaine et que je suis toute sa vie, je le crois, car il parle du cœur et c’est le vrai. C’est merveilleux d’être aimée ainsi. C’est à la fois si simple et si puissant.

Et aimée ainsi, je n’ai nul besoin d’altérer mes comportements ou ma simplette apparence! Je suis acceptée juste comme je suis. Je dirais donc à ces jeunes filles, dont vous mentionnez le drame, que le jour ou elles seront vraiment aimées pour elles-mêmes en toute sincérité et sans compromission, par un homme, par une femme, par leurs amis, mais surtout par elles-mêmes, elles cesseront tout naturellement, de se torturer pour rien et comprendront intimement le message que j’ai placé au début de cette missive: tout le monde est beau.

Belle

.

13- POUR VOIR AU-DELÀ

.

Chère Belle,

Je trouve votre histoire très inspirante. Je crois que nous savons tous qu’il faut voir la beauté intérieure, et non la beauté extérieure. Malheureusement, c’est toujours plus facile à dire qu’à faire. Voici ma question: comment doit-on faire, ou quels chemins devons-nous suivre, pour réussir à voir au-delà des apparences physiques et des premières impressions?

Merci.

Alexandra

.

Mais Alexandra, il suffit de suivre un penchant qui nous est si profondément naturel que je suis certaine qu’il est en chacun de nous.

Laissez-moi m’expliquer d’un exemple. Pensez à la relation des jeunes enfants avec leurs grands-parents. Les vieillards sont voués à la laideur. Ils sont chenus, malades, défigurés par les rides et l’avachissement inévitable de l’âge. Même d’avoir été très beau ou très belle, il est impossible d’esquiver la hideur inexorable apportée par le grand âge.

Les enfants s’approchent des vieillards dans un moment initial de terreur. Mais l’ajustement est rapide. La voix de l’ancêtre est douce, ses gestes sont lents, minutieux, sans rudesse. Les vieillards parlent de choses anciennes, belles, mystérieuses et attirantes. Ils font des choses inusitées et bien fascinantes. Ils aiment, d’une manière qui est unique et pleine de paix. Et ainsi, en très peu de temps, l’enfant ne voit plus la laideur du vieillard. Le lien d’amour profond, éternel, est devenu incorporel. Les enfants pleurent du fond du cœur quand les vieillards meurent. Cela arrive à tout moment du cycle de la vie. C’est un fait profondément ordinaire.

En retrouvant votre émerveillement naturel d’enfant face aux vieillards que vous aimez, en flagrante indifférence pour leur terrible et cruelle laideur, et en le généralisant adéquatement, vous verrez au fond de vous-même, Alexandra, combien ma douce histoire avec Hildebert est humaine, banale et bien peu magique.

Amicalement,

Belle

.

14- VOTRE MÈRE

.

Très chère Belle,

Encore hier ma petite sœur de six ans regardait votre film de Walt Disney, assise sur le divan et si émerveillée! Elle me faisait penser à moi lorsque j’avais son âge. Elle vous aime beaucoup, vous savez; même pour moi vous représentez un personnage qui m’a énormément marqué dans le monde enchanté de Walt Disney! Vous nous émerveillez par votre grand cœur, par votre générosité et la plus belle leçon que l’on peut tirer dans votre conte est que les apparences sont souvent trompeuses; il y a toujours de la beauté dans ce qui peut nous paraître laid et fade.

J’aurais une question que j’ai toujours voulu poser mais à laquelle vous seule pourriez répondre… Pourquoi n’a-t-on jamais vu votre mère? Était-elle si peu importante pour vous qu’on n’ait même pas pris la peine de même la mentionner dans votre histoire? Pourquoi est-ce que dans presque toutes les histoires, il y a seulement ou la mère ou le père, et jamais les deux ensemble?

Je vous prie, Belle, d’accepter mes sentiments les plus distingués et de me répondre rapidement si vous le pouvez! Merci.

Pamela

.

Ma mère est morte en couches. Je ne l’ai jamais connue. C’est souvent comme cela dans les histoires de mon monde parce qu’elles sont d’un temps où la mortalité humaine était effroyable.

Merci pour tes bons mots et ton amour, Pamela.

Belle

.

15- L’AMOUR

.

L’amour? Comment pouvons-nous passer par-dessus les apparences? Lorsque dans notre société, les gens sont tellement axés sur leur physique… Nous vivons dans l’artificiel… Comment trouver l’amour? Celui qui nous rendra vraiment heureux? Comment pouvons-nous faire pour être sûr que cette personne soit idéale pour nous quand tout peut être si facilement faux? Comment avez-vous fait pour donner le vôtre à un monstre? Comment justement pouvons-nous nous assurer que nous ne donnerons pas le nôtre à un monstre, quelqu’un qui ne le mérite pas nécessairement.. quelqu’un qui pourrait nous faire du mal? Pouvons-nous trouver avec notre cœur et notre tête, et non seulement avec nos premières impressions qui souvent nous envahissent? Est-il possible de reconnaître le moment où naît un coup de foudre? Comment voir au-delà de ce que l’autre désire montrer? Pouvons-nous vraiment prétendre connaître quelqu’un?

Pascale

.

Il y a une réponse unique pour toutes ces interrogations: le risque existe et il faut y faire face. En s’esquivant ou en affrontant. Je n’ai pas pu m’esquiver. J’ai dû affronter. Cela s’est bien soldé. Il n’y a pas de honte à admettre que j’ai eu de la chance. Que j’ai vécu un vrai conte de fée.

Belle

.

Comment pouvons-nous trouver la force d’affronter quelque chose d’incertain… Est ce que le bonheur peut être affirmé au bout des efforts… Et si par malheur cela ne fonctionne pas, si nous nous retrouvons trompés pour n’importe quelle situation comment pouvons-nous faire pour passer au travers de ces difficultés, où trouver cette nouvelle force?

Pascale

.

Il faut d’abord chasser l’appréhension que vous décrivez, l’inverser, en disant: et si par bonheur nous ne nous trompons pas, que faire de ce surplus de forces anciennes? Le partager avec ceux et celles qui ont moins confiance en la vie? C’est ce que je fais ici.

Belle

.

16- LE MOMENT

.

Chère Belle,

Toi qui fut mon idole d’enfance, dis-moi à quel moment tu as commencé à penser qu’il y avait un côté humain à la Bête?

Lady Bird

.

Le jour où il a libéré mon père, alors qu’il avait initialement prévu de le déchirer de ses horribles griffes.

Belle

.

17- PREMIÈRE IMPRESSION

.

Bonjour Belle,

J’ai toujours voulu savoir qu’elle a été la première impression que la Bête vous a donnée, et si vous n’étiez pas restée prisonnière au château, y seriez-vous retournée?

Merci à l’avance.

Chanèle

.

Ma première impression de la Bête, Chanèle, fut horripilation et terreur. En cet exact instant, j’aurais voulu disparaître de son château et n’y jamais revenir. Autant pour dire combien il faut se méfier du premier instant…

Belle

.

18- GASTON?

.

Bonjour Belle..

Même si votre cœur a su choisir avec raison la Bête, n’avez-vous jamais failli succomber aux avances de Gaston? Sa chute du château juste avant que vous n’embrassiez l’élu de votre cœur lui a-t-elle été fatale et cela vous a-t-il fait quelque chose?

Aviez-vous un peu de sympathie pour lui ou seulement du mépris? Il avait tant de femmes qui l’admiraient… mais c’était vous qu’il aimait; vous la seule qui ne l’aimiez pas. Gaston, cet homme qui se cache derrière ses muscles, fait peut-être un peu pitié en fin de compte…

Merci beaucoup de prendre un peu de temps pour éclairer mon esprit et répondre à mes quelques questions!

Simone Simoni

.

Le jour où ce croquant m’a arraché mon livre des mains, il était foutu. Je ne sais pas ce qu’il est devenu après cette ignoble jacquerie qu’il avait fomentée contre nous. Je n’ai rien de plus à dire à son sujet.

Belle

.

Chère Belle,

Croyez-vous que la rancune soit la meilleure solution aux conflits? Pour rien au monde vous ne pardonneriez à Gaston de vous avoir arraché votre livre?

Simone Simoni

.

Il y a des rancunes légitimes. Je suis une femme de rang et, comme telle, je sais qui sont mes ennemis. Le geste de m’arracher mon livre, que vous minimisez ici bien insidieusement, révélait de sa part un profond rejet de la totalité de mon être. Gaston est un de ces hommes à l’ancienne que rien ne changera. Je n’ai certainement pas à pardonner quoi que ce soit à un tel rustaud, dont les temps modernes ont irrémédiablement condamné l’attitude. Qu’il vive sa vie à sa façon, dans ses hameaux, avec ses femmes et me laisse en paix avec mon homme. Je ne lui ai jamais rien demandé ni rien fait.

Belle

.

19- TROUVER LA FORCE D’AIMER

.

Comment faites-vous et où trouvez-vous la force d’aimer la Bête?

Comment pourrais-je faire pour aimer quelqu’un autant que vous?

Comment fait-on pour se rendre digne d’un amour?

Bref, parlez-moi de l’amour, du vrai, de l’unique et de l’éternel amour.

Avec tendresse (si je peux me le permettre),

Andrée-Anne

.

Merci de ta tendresse, Andrée-Anne. Reçois la mienne en retour.

Ma réponse à toutes tes questions est: il ne faut rien faire.

Il ne faut rien faire pour être digne d’un amour. Tout le monde a les droits et les devoirs de l’amour. Ce sont seulement les dictateurs méchants, les hobereaux pervers, les camelots avides qui spolient les devoirs de l’amour et, de ce fait, en perdent les droits. Ils sont une minorité infime et indigne de notre réflexion. Autrement, nous sommes tous et toutes dignes de mériter un grand amour et de le vivre.

Moi, Belle, pour trouver la force d’aimer, toujours, je ne fais rien. Je ne cherche ni force, ni allant, ni pulsion, ni propension. Ils y sont. Je les laisse vibrer, comme la prairie gorgée de petits insectes qui butinent sous un chaud soleil d’été.

Pour en venir à aimer quelqu’un comme je le fais? Encore et toujours, Andrée-Anne: ne fais rien. Sois toi-même. Vaque à tes diverses industries sans chercher l’amour ou un amant. Fais et sois. L’amour viendra tout seul. Vous n’y penserez même pas, l’autre et toi, et il sera soudain là. Vous aurez alors trouvé ensemble la force de… comprendre ce que Belle voulait dire quand elle disait: ne fais strictement rien.

Belle

.

20- BEAUTÉ

.

Chère Belle,

Je suis encore jeune, et j’avoue que je suis vraiment heureuse de pouvoir vous écrire par l’intermédiaire de DIALOGUS. Vous êtes si forte, je vous admire, sincèrement. Mais qui êtes-vous réellement? On parle de vous comme d’une femme relativement jolie, mais je voudrais savoir ce qui se cache vraiment sous cette beauté et ce charme. Seule vous pouvez me répondre honnêtement.

À bientôt j’espère,

Diane

.

Bonjour Diane,

Tu me flattes. Je ne suis pas si jolie. Et… au fond de moi, il n’y a que moi.

Belle

.

21- LORSQU’ON SE RETROUVE SEUL…

.

Bonjour,

J’ai lu ce que vous écrivez, et je me demandais si, après de nombreuses années de bonheur, d’insouciance, lorsqu’on se retrouve seul, on a encore une chance de ressentir cet état, de paix, de partages, de tendresse, ou si cela doit rester un rêve.

Raymond Delfino

.

Un rêve est irréel, distordu, imprévu. Disons que ce serait plutôt une réminiscence. C’est ce que vous vivez?

Belle

.

Bonjour,

Non, un rêve n’est ni distordu, ni imprévu. Il est une image, un sentiment que l’on garde au fond de soi. Et moi, je me dis que cette image, ce sentiment est quelque chose que j’ai bien en moi et qui me manque terriblement à vivre au jour le jour. La réminiscence est le retour d’un souvenir qui n’est pas reconnu comme tel. Et j’ai dit rêve, car, pour moi, mon rêve aujourd’hui est d’être heureux, de partager, et je me demande si je retrouverai cette douce saveur.

Raymond Delfino

.

Je vous comprends.

Belle

.

Vous me comprenez. Vous êtes peut-être la seule.

Raymond Delfino

.

22- LIVRES

.

Chère Belle,

Je voudrais savoir si, comme la Belle du dessin animé de Disney, vous aimez lire. Si oui, quel est votre genre de livres préféré? Qu’est-ce que cela fait de passer de la vie d’une jeune femme de naissance modeste à celle d’une noble?

Bien à vous.

Alexandre, 14 ans

.

Bonjour Alexandre,

J’adore lire. Je lis de tout mais j’ai une prédilection marquée pour les beaux traités de botanique illustrés de croquis coloriés. Ces livres en couleur sont rares et précieux. Il y en a de très beaux au Domaine des Landes d’Ajonc.

Mon changement de condition n’a pas entamé ma modestie. La déférence un peu obséquieuse avec laquelle les gens de maison me traitent parfois m’intimide finalement de moins en moins. Je sens qu’au fond ils m’aiment parce que je suis proche d’eux. Le statut nobiliaire n’a pas que des avantages, il s’en faut de beaucoup. Parfois je m’ennuie un peu.

Belle

.

Chère Belle,

Cela tombe bien, moi aussi j’adore lire. Je préfère les romans de la vie ou de fiction. Avez-vous déjà remarqué des peintures de la Bête lorsqu’elle était humaine, comme dans le film de Walt Disney? Où se trouvaient les serviteurs à l’époque où le prince était une bête?

Bien à vous.

Alexandre

.

Maintenant que vous en parlez, Alexandre, il y avait bien en effet un tableau, assez rustique et passablement mutilé. Je l’avais vu une ou deux fois dans les combles du manoir au temps de la bestialité d’Hildebert, mais, à l’époque, je n’avais pas fait le lien avec mon amant.

Du temps où nous étions ensorcelés, les gens de maison avaient disparu, mais cette dernière était encombrée d’objets hétéroclites qui s’articulaient parfois de fort étrange façon, surtout au crépuscule.

Belle

.

Chère Belle,

C’est en regardant encore une fois le classique de Walt Disney que j’aurais deux questions à vous poser. Est-ce que les gens de votre village vous trouvaient bizarre? Est-ce que la Bête (ou Hildebert si vous voulez) vous interdisait d’entrer dans certaines pièces?

Vous direz toutes mes salutations à votre aimé de ma part. Bien à vous.

Alexandre

.

Alexandre,

Les gens du hameau m’ont toujours acceptée telle que je suis. Nous sommes tous un peu « bizarres » et chaque facette de cette bizarrerie est ce qui constitue le chatoiement de l’être collectif des petits villages…

Hildebert, du temps de sa bestialité, m’avait interdit la mansarde à la rose s’étiolant sous globe. Aussi fantasque que lui, en ces temps tortueux, je n’avais guère obtempéré à cette prohibition qui me paraissait biscornue, excessive et folâtre.

Belle

.

Chère Belle,

J’espère de tout cœur que tu vas à merveille (peut-on se tutoyer?) et que ton mari n’est pas de mauvais poil (c’est une plaisanterie, ne la prends pas mal).

Qu’est-il arrivé à la rose sous le globe ?

Que pense ton père de ton mari, après que celui-ci est redevenu humain ?

Bien à toi,

Alexandre

.

La rose enchanteresse est tombée en poussières impalpables depuis un bon moment et mon papa a une très haute opinion d’Hildebert.

Tu peux me tutoyer. Il n’y a rien de rude à cela. Bons baisers.

Belle

.

Chère Belle,

Je te réécris une toute nouvelle lettre pour te questionner de nouveau sur ta belle histoire.

Je suis d’accord avec toi au sujet de Gaston. Je préfère deux fois plus la compagnie de la Bête sous sa forme bestiale (quand elle est de bonne humeur bien sûr) que celle de Gaston.

Ma question se porte toutefois au sujet de son compagnon Le Fou. Que penses-tu de lui? Selon moi, il se fait le confident de Gaston pour faire oublier son physique. C’est donc un homme en mal d’identité.

Parmi tes frères et tes sœurs, lesquels préfères-tu?

Bien à toi,

Alexandre

.

Alexandre,

Je ne connais pas cet homme. J’aime mes frères et sœurs d’un amour égal.

Belle

.

Chère Belle,

Il vaut mieux peut-être que tu ne connaisses pas les acolytes de Gaston.

Quelle fut ta première impression du château de la Bête?

Bien à toi,

Alexandre

.

Terreur et horreur. Les hobereaux n’ont jamais eu très bonne renommée en mon hameau.

Belle

.

23- CADEAUX

.

Chère belle,

Est-ce la Bête qui t’offrait des cadeaux ou est-ce toi qui les lui demandais? Comment faisait-elle pour t’offrir tous ces cadeaux puisqu’elle ne sortait jamais, est-ce des couturières, des bijoutiers qui venaient? Quel genre de choses t’offrait-elle?

Amicalement,

Flore

.

Flore, mon amie,

Du temps de sa bestialité, le domaine d’Hildebert était enrobé d’un halo de mystère qui faisait que tous nos besoins étaient satisfaits par la vertu de quelque obscur enchantement. C’était d’ailleurs sur ce même enchantement que reposait toute la souffrance de mon amant. Aujourd’hui, nous vivons de nos modestes fermages. Notre style de vie est rustique mais bien plus heureux que du temps où nos gens et nous-mêmes étions ensorcelés.

Belle

.

24- SI TU AVAIS SU LA VÉRITÉ?

.

Chère belle,

Si la Bête t’avait dit qu’elle était en réalité un prince transformé en bête et que si tu l’épousais, il retrouverait son apparence, que se serait-il passé? Aurait-il été condamné à rester une bête jusqu’à la fin de sa vie?

Trouvais-tu Gaston séduisant? Si tu n’avais pas connu la Bête, aurais-tu accepté sa main?

Bien à toi,

Flore

.

Flore, mon amie,

Gaston était un goujat qui, au fond, préférait la compagnie des hommes à celle des femmes. Je n’ai jamais ressenti le moindre sentiment pour ce malabar d’un autre âge.

La première question que tu soulèves est plus complexe. En effet, ce qui aurait été gagné en sincérité par un tel aveu aurait été en même temps perdu en spontanéité des émotions. Les choses auraient donc été, je crois, plus difficiles à réaliser. Hildebert ne s’est pas tu par duplicité mais par pudeur. Cette pudeur se joint à mille autres choses pour constituer le tout du charme qui se dégage de lui. Un charme magique plus fort que la magie même.

Belle

.

25- L’EXEMPLE

.

Chère Belle,

Votre splendeur m’a émerveillé pendant des années, même maintenant. Vous, qui êtes une femme si jolie, si ouverte, si resplendissante, avec une si jolie voix. Nous pouvons admirer votre beauté sans énumérer aucun défaut tellement il est difficile d’en trouver. Pourriez-vous me donner l’autocritique de vos défauts pour que je puisse mieux vous connaître?

De plus, pensez-vous être un exemple pour une génération en 2005 qui favorise malheureusement le physique plutôt que la beauté intérieure? Pensez-vous que votre image peut se répercuter sur ce que les hommes pensent des femmes? Grâce à vous, des milliers de jeunes pourront comprendre que la beauté intérieure est plus forte que la beauté extérieure et qu’elle mène le plus souvent à un intense plaisir. Pour moi, vous êtes donc un exemple.

Est-ce que la description faite de Gaston dans l’adaptation de votre vie dans le dessin animé de Disney est caractéristique du mouvement «beauf»? La profession de chasseur en est-elle une (caractéristique beauf)? Quel âge aviez-vous lors de votre rencontre avec la bête?

Merci mille fois, Belle, je vous baise la main, très chère.

Florent Paquier

.

Gaston est un beauf. Il est méprisable. Je n’ai aucun respect pour lui.

Et cela vous fournit justement mon principal défaut: je n’ai aucun respect pour ce que je méprise et c’est irrémédiable. Pensez-y bien consciencieusement avant de m’ériger en modèle.

Belle

.

26- VOTRE LANGAGE

.

Ma très chère Belle,

J’aime beaucoup la façon dont vous parlez aux gens.

Comment faites-vous cela?

A bientôt.

René Susini

.

Je les écoute simplement et attentivement. Puis je m’inspire de leur façon de communiquer. Communiquer, c’est toujours un peu se rejoindre sur le terrain de ce en quoi l’on se ressemble.

Belle

.

27- GRANDEUR

.

Dites, êtes-vous grande? Moi, je fais 1,90 m.

Selmane

.

Bonjour!

Je fais cinq pieds du Roy et quatre paumes. Je suis assez grande pour une femme de mon temps.

Belle

.

28- JE SUIS FIÈRE DE TOI

.

Chère Belle,

Je sais que pour sauver ton père, victime des sortilèges de la Bête chimère à corps d’homme et à tête de lion, tu t’es sacrifiée. En retour, tu as gagné le cœur de la Bête chimère, qui s’est changée en prince charmant.

Il n’est pas le seul à avoir changé en homme ou en femme. Il y a le chandelier, la tasse à café, le réveil, l’armoire, etc.

Bon, ce qui compte pour toi et moi, c’est que tu sois heureuse. Je suis fière de toi.

Sofia, 11 ans

.

Merci Sofia.

Ta générosité me touche beaucoup, surtout qu’au fond je n’ai pas fait grand chose d’extraordinaire.

Je t’embrasse

Belle

.

29- BEAUTÉ INTÉRIEURE

.

Bonjour Belle,

J’aimerais juste savoir ce que vous pensez des gens qui ne croient pas en la beauté intérieure de quelqu’un qui est des plus laids. Est-ce une réaction logique? Un jugement précoce? Un manque d’ouverture d’esprit? À votre avis?

Au plaisir de vous lire,

Florence

.

Florence,

C’est d’abord et avant tout un réflexe de peur. Et en fait, c’est ce réflexe intangible qui est fort laid.

Belle

.

Oui d’accord, mais quel est vraiment le contenu de cette peur?

Florence

.

C’est le sursaut de la révulsion, comme lorsqu’on voit une araignée ou une chouette (des animaux pourtant fort utiles) ou quand on sent l’odeur de cette horrible fiente de mouton, pourtant si saine pour les récoltes. Nos serfs surmontent mieux leur révulsion face à ces animaux et cette substance utiles et nous avons énormément à apprendre d’eux. Ils ne jugent pas la vie sur la beauté ou la laideur, mais sur ses qualités d’action. C’est ce fond de sagesse roturière et paysanne qui m’a permis de surmonter mes pulsions initiales de dégoût face à la Bête.

Belle

.

Donc, si je te lis bien, nous pouvons en conclure que plus on est haut placés, moins nous sommes aptes à regarder avec un œil sans jugement et sans critique ce qui est laid.

Mais en même temps, je me suis toujours demandé pourquoi la laideur, le spécial, l’original, attire notre regard et le retient si souvent prisonnier. Est-ce parce que tout simplement, il ne rentre pas dans la norme?

Florence

.

C’est surtout, je pense, parce que ce type de laideur interpelle notre curiosité qui devine vite qu’il y a inexorablement quelque chose de fort précieux au fond de ce puits.

Belle

.

30- UNE FEMME QUE J’ADMIRE

.

Bonjour, je m’appelle Sabrina et j’ai 11 ans.

J’espère du fond du cœur que vous allez bien. Moi, ça ne va pas super, car j’ai déménagé à Marseille car mon père a été muté. Cependant, je prends le temps de vous écrire, car vous êtes une des femmes que j’admire le plus. J’espère vous faire plaisir en vous envoyant cette lettre!

Au revoir!

Sabrina

.

Bonjour Sabrina,

Prends le loisir de découvrir ce nouvel espace. J’ai vécu ce que tu décris quand je suis arrivée ici, aussi contre mon gré. Je me croyais condamnée à côtoyer pour toujours une bête affreuse. En fait, je venais de découvrir la route me menant au bonheur.

Donne-toi le temps.

Belle

.

31- LA LAIDEUR DU MONSTRE

.

Bonjour,

Je voulais savoir comment vous avez fait pour passer par-dessus la laideur du monstre.

Ionique

.

En découvrant, tout graduellement, que l’idée de laideur est la seule et unique vraie monstruosité.

Belle

.

32- AS-TU EU DES ENFANTS?

.

Chère Belle,

Je t’écris pour apprendre des choses sur toi.

Pourquoi t’es-tu mariée avec la Bête?

Est-ce que tu as eu des enfants avec lui?

Est-il vrai que tu parles avec Assiette?

Comment as-tu connu la Bête?

Juliette

.

Le détail des circonstances de ma vie est exposé fort joliment et explicitement dans l’échange intitulé, TA VIE, ici même en mon officine. Je me permets de vous y renvoyer. Mon seigneur et moi avons eu huit enfants ensemble. Quatre garçons et quatre filles. Autrement, je sais que je parle avec assurance, mais «avec assiette», là je ne sais pas.

Belle

.

Je te remercie de m’avoir répondu. Je voudrais te demander si tes demi-sœurs se sont mariées puis ont eu des enfants.

Gros bisous, réponds-moi vite.

Juliette

.

Je ne suis pas certaine. Je ne les ai pas revues sous forme humaine.

Belle

.

Merci, à bientôt, prends bien soin de tes enfants et de ton mari.

Juliette

.

Bons baisers.

Belle

.

33- PITIÉ?

.

Bonjour Belle,

À toi, la spécialiste de l’amour… l’amour malmené, j’ai une question un peu particulière. Penses-tu que parfois, ce soit la pitié qui soit la base d’un amour entre deux personnes? Avais-tu pitié de la Bête?

Bien à toi,

Florence

.

Oui, mais avant de l’aimer. Quand l’amour est venu, la pitié a décliné.

Belle

.

Bien sûr. Relis ta réponse. Tu n’as pas dit: «quand l’amour est venu, la pitié a disparu», mais «elle a décliné». Donc, logiquement, il reste une part de pitié.

À moins que tu me dises que tu t’es trompée dans le terme utilisé.

Florence

.

Ah, logiquement, Florence…

Belle

.

Très bien, Belle. Tu dis que la pitié a décliné lorsque l’amour est venu. Mais ta réponse suggère en fait qu’il en reste toujours…

Florence

.

Non.

Belle

.

34- QUELLE EST LA PERSONNE QUE TU ADMIRES LE PLUS?

.

Bonjour la Belle, si aimable, douce et pure. Toi qui sais voir au-delà des apparences, j’aimerais savoir quelle est la personne que tu admires le plus?

Que ton bonheur soit grand. En espérant que tu me répondras.

Angélique

.

Madame Gabrielle-Suzanne Barbot de Villeneuve et Madame Jeanne-Marie Leprince de Beaumont.

Belle

.

35- TON PRÉNOM

.

Belle, es-tu si belle pour porter un tel prénom?

Ben

.

Regarde-moi et juge pour ton âme propre. Mais dis-toi qu’il y a des millions de beautés.

Belle

.

36- QUESTION BEAUTÉ

.

Bonjour Belle,

J’ai entendu parler de DIALOGUS par ma cousine et j’aurais quelques questions à vous poser.

Comment faites-vous pour rester aussi belle après tant d’années? Êtes-vous vraiment heureuse? Faites-vous des soins particuliers pour garder votre jeunesse? Pourriez-vous me donner quelques conseils pour m’occuper de ma peau sensible?

J’attends votre réponse avec le sourire!

Jennifer

.

Ne rien faire à ta peau. Te promener dans les champs au soleil et te baigner dans la rivière. Éviter la ville et les tâches viles. Laisser faire, laisser vivre ta peau. Il faut traiter ta peau comme tu traites ton cœur. Il faut aussi l’aimer. C’est le plus grand secret.

Belle

.

37- LEURS AVIS

.

Bonjour Belle,

Alors voilà, j’ai une question à vous poser. Vous savez, vous lisez tout le temps, sans cesse. Et les gens vous trouvent mystérieuses. Vous-en rendez vous compte?

Aussi, vous rêviez de vivre une histoire comme celle de votre roman préféré. Voilà qui est fait. Êtes-vous heureuse?

En espérant avoir votre réponse,

Affectueusement,

Pauline.

.

On m’a toujours trouvée mystérieuse et je ne m’en suis jamais formalisée. Je suis maintenant plus heureuse que jamais et mon mystère s’est amplifié. Le mystère et le bonheur ont peut-être des traits en commun, qui sait, chère Pauline.

Belle

.

Chère Belle,

Oui, je pense que vous avez raison, chère Belle. Mais je voulais savoir autre chose. Quelle a été votre première impression quand vous avez vu la bête pour la première fois? Parce que ça doit faire bizarre. Enfin je pense. Et à partir de quel moment êtes-vous tombée amoureuse de lui?

Voila, merci d’avance. C’est tout.

Bises affectueuses,

Pauline.

.

Lis ma correspondance séant, belle Pauline. Tout s’y trouve.

Belle

.

38- EST-CE QUE TU AIMES ENCORE TES SŒURS?

.

Salut Belle,

Comment vas-tu?

Je crois que ma question est bizarre, mais j’ai envie de savoir si tu aimes encore tes sœurs après tout ce qu’elles t’ont fait. À ta place j’aurais accepté qu’elles vivent dans mon château, mais au fond je les détesterais, car je suis un peu méchante.

Passe le bonjour à la Bête.

Maroua, 13 ans

.

Je les aime, oui. Leur jalousie d’alors était enfantine, rageuse, pesteuse, superficielle, sans profondeur réelle. Nous, femmes, sommes subrepticement éduquées à cultiver cette insidieuse compétition les unes envers les autres. Or, je vois plus loin que cela en mes chères sœurs. On ne me fera certainement pas ne pas les aimer à cause d’épisodes regrettables de notre mutuel passé de gamines un peu sottes.

Belle

.

39- UNE GRANDE ADMIRATRICE DE TON HISTOIRE

.

Bonjour,

Je me présente, je m’appelle Laura et je suis une adolescente comme les autres. Mais une chose me différencie d’eux: je suis une grande admiratrice de votre histoire. En effet, je trouve que ce que vous avez vécu est tout simplement magnifique et je pense qu’il faut vraiment avoir un cœur d’or pour accepter la Bête et voir au-delà des apparences.

Ma question est la suivante: êtes-vous aussi belle que la jeune héroïne de Walt Disney? Et en quoi êtes-vous différente d’elle?

Je vous admire beaucoup.

Amitié,

Laura

.

Chère Laura,

Je n’ai pas l’honneur d’avoir été présentée à ce monsieur, mais les porteurs qui m’ont livré votre missive m’ont décrit cet artiste d’un autre monde à l’aide d’un petit calembour cocasse que je partage avec vous car il m’a fait sourire. Ils ont dit: «Walt savait Disney.» Si ce monsieur Walt savait dessiner, il a dû m’évoquer avec toute la sensibilité requise, mais cela, je ne peux en fait que le présumer!

Ne voyez pas le mouvement d’amour qui m’attira irrésistiblement vers mon prince comme quelque chose de généreux ou d’altruiste. J’ai simplement senti sa sensibilité et sa vulnérabilité derrière sa hideur et l’amour s’est imposé à nous car j’étais si curieuse et il était si doux!

Mes respects,

Belle

.

40- AIMER SANS AVOIR DE CŒUR

.

Chère Belle,

C’est Alexandre qui revient poser à la figure de l’amour que tu incarnes une question qui me taraude sur ce beau sentiment.

J’ai envoyé quelques lettres à Juliette Capulet (que tu dois connaître car c’est l’héroïne d’une pièce de théâtre écrite avant que tu sois née) sur DIALOGUS. J’ai découvert que, malgré le symbole amoureux qu’elle incarne, c’était une fille froide, égoïste (elle ne pense qu’à elle et à son Roméo) et qui ne cherche pas à comprendre les autres malgré tout le respect que nous avons pour elle. Je me demandais aussi, à toi qui as autant d’amour pour ton amant et ta famille et autant d’amitié pour les autres: peut-on aimer mais aussi être à ce point égoïste et méprisant? Lorsqu’on est amoureux, ne peut-on pas, lorsque ce sentiment naît dans le cœur, connaître aussi un certain respect des autres et de la vie? En clair, est-ce que l’amour peut avoir ses défauts?

Et une dernière question, quel genre de folie procure l’amour?

Salue de ma part ton père, ton mari, tes quatre fils, tes quatre filles et tes petits-enfants, vous qui devez incarner une famille soudée et tendre.

Bien à toi,

Alexandre, quinze ans

.

Alexandre,

Aimer ne vous transforme pas en petit saint! L’amour étourdit d’abord, assagit ensuite. Il ne faut pas y voir un remède universel!

Je vais transmettre vos salutations,

Belle

.

Chère Belle,

Avec retard, je te remercie pour ta réponse courte mais ô combien satisfaisante. J’aimerais te poser quelques questions aussi taboues à ton époque qu’à la mienne: que penses-tu du divorce, si cela existe à ton époque? Si, selon les personnes de l’ancien temps, il est infect de se séparer de son amant, il est à mon époque devenu malsain de vouloir rester avec une personne que l’on n’aime plus. Qu’en penses-tu? Crois-tu qu’un enfant né hors mariage apporte véritablement la honte sur sa famille? Que penses-tu de l’asexualité (c’est lorsqu’une personne n’est attirée par des personnes d’aucun des deux sexes) et de l’homosexualité?

Bien à toi,

Alexandre

.

Alexandre,

La réponse à toutes ces questions se résume en une seule formule: fais ce que voudras.

Belle

.

Chère Belle,

On t’a posé des questions sur ce que tu pensais de la Belle de Disney et du film de Cocteau. J’ai une question un peu particulière: que penses-tu de la Belle interprétée par Josette Day dans le film de Jean Cocteau? Je trouve qu’elle est fidèle à celle du conte, mais ayant un côté quelque peu froid, voire cru. Je préfère le personnage de la Belle du roman ou de Disney (ça donne mauvaise impression pour un littéraire comme moi!). À l’inverse, je préfère le personnage d’Avenant (moins caricaturé) à celui de Gaston. En clair, les deux versions de ton conte se valent.

Que penses-tu des personnes (dont je fais partie je l’avoue) qui s’inspirent de ton histoire pour leurs livres ?

Bien à toi,

Ton humble ami Alexandre

.

Le sort de ces actrices comme celui de ces personnes, dont toi, qui varient allègrement sur mon thème de vie me placent devant une inexorable constante. J’ai inspiré… J’ai inspiré des actrices, des scénaristes, des dessinateurs, des auteurs. Cela me laisse sidérée, foudroyée d’une surprise hébétée, comme pétrifiée. C’est là une posture bien malcommode pour prétendre me mettre à commenter et ergoter sur les mérites ou les démérites de telle performance, de tel coup de crayon, de tel insondable et impénétrable appel des muses. Je me fais donc un devoir, sur tout ceci, de demeurer bien coite.

Respectueusement,

Belle

.

41- LA BÊTE

.

Chère Belle,

Si tu n’avais pas été amoureuse de la Bête alors qu’elle était mourante et que l’épouser avait été la seule solution pour la sauver, l’aurais-tu fait malgré tout? Et si la Bête avait simulé sa mort afin que tu la prennes en pitié et que tu te maries avec elle?

Respectueusement,

Flore

.

Oui en réponse à ta première question. Non à la seconde. Mon suzerain est bien trop nature, droit et spontané pour imaginer ce procédé de baratineur de foire! Tu as de bien curieuses idées, Flore.

Belle

.

42- QUI ES-TU?

.

Bonjour Belle,

Ça peut paraître étrange, mais je voulais savoir quelle Belle tu es: celle de Walt Disney, celle de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, ou celle de la télé série de 1987? J’attends impatiemment ta réponse.

Audrey

.

Je suis la vraie Belle.

Belle

.

43- CHÈRE BELLE,

.

Aimes-tu la Bête? J’espère que non parce qu’il a l’air méchant!

Salomé

.

Aujourd’hui, oui, je l’aime intensément. Ne te fie pas à sa triste gueule hargneuse et léonine. C’est un amour, un amour pur.

Belle

.

44- ÉVOLUTION DE VOTRE RELATION

.

Bonjour Belle,

Cela fait un moment que je vis dans l’incertitude, et il me semble que vous êtes la personne la plus à même de répondre à mes interrogations. J’aimerais tout d’abord vous poser une question: il me semble que votre relation avec Hildebert a évolué lentement, et est d’abord passée par l’amitié avant de se transformer en amour… mais quand exactement avez-vous réalisé que vous l’aimiez?

Il me semble être dans une situation un peu semblable… non pas que je sois enfermée avec une bête, non, mais je me suis rendue compte il y a de ça un peu plus d’un an que j’étais amoureuse d’un ami proche. Il n’est pas spécialement beau, mais ça m’est égal car je le connais, je sais qui il est et c’est pour ça que je l’aime. Depuis que j’ai fait cette «découverte», je ne cesse de me demander s’il pourrait m’aimer en retour. Comment le savoir? Je n’ose aller lui poser la question, car si la réponse était négative, j’aurais du mal à continuer à le voir régulièrement (et je ne peux l’éviter).

Comment cela s’est-il passé dans votre cas? Comment avez-vous compris que Hildebert vous aimait également?

Bien à vous,

Chrysopale

.

Ah, il s’annonçait ouvertement, rageusement, tapageusement. C’était très explicite. Et du temps de l’absence de réciprocité dans l’amour, il boudait. Et un monstre intangible et mystérieux qui boude, ça vous fait son lot de ramdam et ça laisse circuler ses courants de mauvaises odeurs. Je crains que nos deux situations soient radicalement distinctes, du moins en leurs prémisses.

Mais un trait pourtant unis nos deux dilemmes: l’impétueuse nécessité de les trancher par la plus radicale des sincérités. À vous de jouer.

Courage,

Belle

beauty_and_the_beast_by_artofty

Posted in Cinéma et télé, Citation commentée, Entretien, Fiction, Monde, Pastiches, Sexage | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 8 Comments »

Mon pastiche de LANDRU

Posted by Ysengrimus sur 21 janvier 2018

H-D-Landru

LETTRE D’ACCEPTATION D’HENRI-DÉSIRÉ LANDRU (1869-1922)

.

12 février 1919

Chers amis,

C’est avec joie que j’apprends que vous seriez prêts à m’introniser parmi les sommités peuplant votre cénacle, moi, modeste artisan itinérant. Je vois, dans la perspective de cette participation, que fort immodestement j’accepte, une occasion rêvée de nouer de nouveaux contacts et ainsi d’élargir le cercle de mes… connaissances.

Je cogite ici, à la fenêtre de la cuisine de ma petite villa de Gambais, d’où je vous écris, macérant dans les effluves du gros café colonial percolant sur le fourneau du poêle. La tristesse du ciel hivernal et les vieilles bigotes partant pour la messe ne sauraient en rien assombrir le bonheur qui m’étreint à l’idée de devenir membre de DIALOGUS. Je vous prie d’excuser les stries de suie sur ma lettre, mais ma cheminée ayant un mauvais tirage, je me vois contraint d’alimenter mon feu régulièrement. Il parait que, ce faisant, j’alimente aussi mon stéréotype historique… Mais, cela, on me rapporte aussi que c’est à vous de me le dire.

Et ce sera à moi de m’en défendre au mieux.

 À très bientôt, j’espère.

 Cordialement,

Henri-Désiré Landru

.

1- LE GRILLON DU FOYER

.

On m’a dit que vous aviez refusé l’assistance d’un prêtre pour vos derniers instants; on n’a même pas pu allumer quelques cierges autour de votre cercueil, la fumée de l’encens ne s’est pas élevée vers le ciel. Quelle douleur pour moi de savoir que maintenant vous brûlez en enfer!

Anonyme

.

Cher monsieur,

En ce jour un peu gris de 1919, je suis toujours bien en vie. Mais il est déjà clair dans mon esprit que je ne tolérerai pas que la calotte exécrée vienne empuantir ma dernière demeure de ses rituels inanes. Quant à votre enfer, mon petit bonhomme, le flot glacial et tumultueux de mon athéisme méprisant l’a transformé depuis longtemps en un lit fétide et gluant de cendres bien trop palpables.

Comme la majorité de mes «victimes» partageaient mon opinion sur ces questions, elles ne risquent pas, elles non plus, de vous rencontrer dans la géhenne de vos lassantes iconolâtries.

Henri-Désiré Landru

 .

2- QUI ÊTES-VOUS?

.

Qui êtes-vous? Savez-vous qui était Désiré Landru?

Alexandrine

.

Bien sûr! C’est moi!

Henri-Désiré Landru

.

Savez-vous qui il est? Vous aimez ce personnage qui a tué, toute sa vie! qui n’a jamais aimé les femmes et les faire mourir!…

Alexandrine

.

Enfin mon amie, vous divaguez. Ressaisissez-vous, que diable. Vous en faites une tartine pour le modeste vendeur de vélocipèdes mécompris de ses pairs que je suis…

Henri-Désiré Landru

.

J’aimerais vous connaître Landru. Ne vous moquez pas de moi! Vous m’intriguez, monsieur…

Êtes-vous d’accord pour que l’on se parle?

À très bientôt, Monsieur Landru

Alexandrine

.

Bien sûr, Alexandrine. Il n’y a nullement matière à se moquer. Ceci est très sérieux.
Vous avez des avoirs?

Henri-Désiré Landru

.

Je ne vous comprends pas… Trouvez-vous cela normal? Comment s’appelaient toutes ces femmes?

Alexandrine

.

Oh fondamentalement, elles portaient toutes le même nom: langueur.

Henri-Désiré Landru

.

 Cher Landru,

Nous sommes tous bien peu de chose dans ce monde si petit… mais de quoi vous accuse-t-on précisément? Je m’appelle Alexandrine, je n’ai que quinze ans et pourtant, j’aimerais vous comprendre! Que se passe-t-il?

Alexandrine

.

Oh, Alexandrine, vraiment, fort peu de chose. On prétendra très bientôt, à ce que je devine, que j’ai embringué quelques douzaines de veuves dans mes salades, que je les ai dévidées (au sens propre et au sens figuré, ce dernier, plus subtil mais moins plaisant que le premier, charriant l’inévitable et si pesante connotation pécuniaire), promptement équarries et subrepticement cramées dans ma cuisinière.

Alors vous comprenez, je proteste quand même un peu.

Henri-Désiré Landru

.

3- VOUS RENCONTRER

.

Eh! Toi cloporte misérable, as-tu pris du plaisir à tuer ces femmes en les brûlant? J’aimerais bien te rencontrer pour t’infliger la punition que tu aurais dû avoir: la torture perpétuelle; moi je te ferais cramer à feux doux, lentement et je commencerais par ce qui fait de toi un homme, je t’humilierais comme jamais un homme n’en a humilié un autre. Ah oui, j’ai oublié de préciser qu’avant de te faire rissoler, je te couperais des petits morceaux de ton corps, enfin si c’est un corps car de corps il n’a que le nom, cela ressemble plutôt à un ramassis de tout ce qu’on a fait de plus moche sur cette terre.

 Cordialement,

Raphaël

P.S.: J’espère que vous aurez au moins le courage de me répondre et d’affronter quelqu’un de votre gabarit (je ne parle ni de votre taille ni de votre poids, Gringalet!).

.

Environ quatre-vingt-dix ans nous séparent, petit paltoquet sans envergure, et, comme vous ne pouvez pas venir me brutaliser dans le passé, j’ai la joie de vous annoncer que je vous conchie copieusement.

Henri-Désiré Landru

.

4-DES REGRETS?

.

Landru,

Simple question… Avez-vous des regrets? Et si c’était à refaire?

Merci,

Ourasi

.

J’ai une infinité de regrets. J’aurais voulu être plus tendre, plus convainquant, mais aussi plus méthodique, plus systématique.

Mais surtout, surtout: ah si j’avais pu disposer de toute cette technologie de communication que vous avez en votre temps. Mais on me rapporte que j’ai de forts astucieux continuateurs…

Henri-Désiré Landru

.

5- LA FEMME AU FOYER

.

Bonjour Désiré,

Est-ce vous l’inventeur de la «femme au foyer»?

Merci de me répondre

Hemlin

.

Oh, je n’ai pas eu cette chance. Mais j’en suis un perpétuateur assez passable. Vous par contre, il n’y a pas à finasser: je vous impute l’invention du calembour fin!

Henri-Désiré Landru

.

6- OBJET DE TOUS LES DÉSIRS

.

Cher M. Landru,

Ma cuisinière ayant rendu l’âme (l’objet non point la personne) et étant de ce fait obligé d’en changer, je m’adresse à vous en tant qu’expert en la matière. Pourriez-vous me conseiller dans mon futur achat?

Je vous prie, M. Landru, de recevoir mes salutations les plus chaudes.

Henry

.

Ah là là, ce n’est pas simple. Les technologies ont bien changé, j’en ai peur. Mais vous avez mille fois raison. Une de mes veuves faisait un garenne au pot remarquable. Elle a un jour changé de cuisinière, eh bien, ses civets n’ont jamais retrouvé le moelleux des belles années. Elle en était bien contrite. Enfin, cette contrariété ne lui pèse plus aujourd’hui, fort heureusement pour elle…

Bref, j’approuve votre prudence mais ne puis vous aider d’avantage. La totalité du havre domestique repose sur une cuisinière adéquate. Bon courage.

Henri-Désiré Landru

.

7- À QUI AI-JE L’HONNEUR?

.

Landru,

 Votre prénom indique que vous avez dû être désiré par votre mère mais je ne sais vraiment pas qui vous êtes et ce que vous avez fait dans votre vie… mais qui êtes-vous donc? J’ai la vague impression (mais ce n’est que pure déduction) que vous deviez être une espèce de tueur en série maniaque qui attirait les femmes chez vous pour les brûler dans votre cuisinière, je me trompe, je divague ou je brûle?

 RSVP, je brûle de vous lire,

Nathalie, la Québécoise

.

Chère Nathalie,

Pour utiliser une expression bien française en réponse à votre question sur qui je suis, je vous répondrai: un cumulard. Je cumule modestement mes devoirs et mes plaisirs. J’ai une famille à nourrir (devoir) et j’aime interagir avec les femmes (plaisir). Je les choisis un peu seules, un peu déprimées et me charge de leur donner de la tendresse et du réconfort (devoir), et en échange elles sont vite gagnées par l’envie inexpugnable de me signer une procuration de transfert de propriété (plaisir). Je leur fais quitter la vie en douceur, par interruption de la respiration habituellement (grand plaisir, d’autant plus tendre et doux qu’elles sont habituellement consentantes), puis je me charge de faire disparaître les tristes preuves de la profondeur de notre entente mutuelle aux yeux de la mesquinerie légaliste ambiante qui la matraquerait de son incompréhension bigleuse (ceci m’est un devoir d’autant plus désagréable que cela lève une suie malodorante qui macule l’horizon déjà bien triste du département 78).

Mais permettez moi, chère Nathalie-qui-brûle-déjà, de vous poser une question à mon tour, car vous m’intriguez beaucoup. Qu’est-ce donc qu’une «québécoise»? Est-ce une sorte de masochiste ou de martyr?

 Vôtre respectueusement,

Henri-Désiré Landru

.

8- DÉPARTEMENT 78

.

Landru,

J’aimerais bien savoir où est situé le Département 78. Dans quelle ville? En quelle(es) année(s) vos horribles crimes ont-ils été commis? Avant ou après Jack l’Éventreur? Ce dernier vous a-t-il influencé (non pas dans la manière de tuer, ni quel type de femmes mais simplement pour passer aux actes)? Sinon, qui était ou est votre maître à penser, votre modèle ou votre idole? Pourquoi? Avez-vous été arrêté et jugé pour meurtre? Si oui, quel fut le verdict exact et la sentence? Si le verdict a été coupable, avez-vous purgé une peine de prison et si oui où? Vous ne semblez éprouver aucun remord et semblez prêt à recommencer. Si c’était à refaire, le feriez-vous autrement et si oui, quels détails changeriez-vous pour commettre les crimes parfaits? N’ayez pas peur, je ne suis pas une meurtrière, moi! Cependant, j’avoue que quelquefois, les mots peuvent être assassins et j’ai la langue piquante et plutôt «bien pendue»…

D’un brûlot québécois

P.S. Au cas où le français illettré que vous semblez être ne sait pas ce qu’est un brûlot, au Canada, il s’agit d’un moustique dont la piqûre donne une sensation de brûlure et, contrairement à votre propre nom, le mot brûlot figure dans le dictionnaire Larousse!

.

Tout beau, tout beau, Nathalie,

Il n’y a bien que les canadiens pour appeler un moustique un brûlot. Un brûlot, pour votre gouverne, c’est un document inflammatoire, un peu comme votre missive là. Elle est d’ailleurs un petit brûlot bien suave, comme tout ce qui est colère légitime de femme.

À propos d’ignorance grossière, vos questions en révèlent un échantillon touchant. Un département n’est pas «dans» une ville, ce serait plutôt le contraire! Ce cher 78 c’est Les Yvelines. Vous avez bien une carte de la France. Avisez la, et trouvez Paris, ça devrait être assez facile. Glissez le doigt vers le sud-ouest et repérez Versailles. Dessinez une petite pomme penchée dont la ville des Rois de France est le pédoncule et vous venez de circonscrire Les Yvelines, département 78. C’est là que se trouvent mes deux principales communes de résidence: Vernouillet et Gambais, en Ile de France.

Me comparer à cet éventreur londonien violent et misogyne qui frappe la nuit et par surprise de pauvres filles faisant le trottoir est non avenu et bien vexant, mademoiselle. Ah je suis un parfait incompris. Mon amour respectueux des femmes est bien plus proche de celui du Chevalier Victor Margueritte que de qui que ce soit d’autre. J’ai eu la grande chance de le rencontrer par pur hasard un matin, aux Jardins du Luxembourg. Un homme fascinant, très respectueux de la quête libératrice des femmes, et qui nous prépare des romans qui étonneront.

Je crois que ceci requiert explication. Je suis un quinquagénaire discret et bien peu formidable. Je ne suis pas Casanova, mademoiselle, mais Landru. Comment pensez-vous que j’ai pu convaincre si vite ces dames respectables de quitter la vie à mon avantage? Pensez-y, il n’y a qu’une seule solution. C’est qu’elles étaient consentantes. Leurs procurations m’étaient salaire. Si je finis sur la guillotine pour un tel acte d’abnégation déférente, ce seront elles qui auront, post-mortem, commis un crime. Mais je ne regrette pas d’avoir contribué à les départager de cette vie étouffante pour une femme moderne quand elle croule sous ce carcan ancien de conventions que la guerre a bien trop peu ébranlé. N’ayant pas la verve littéraire du bon Chevalier Margueritte, je suis contraint à… l’action directe.

Pour commettre un crime parfait, il faut encore se vouer à une vocation criminelle. Je ne produis, pour ma part, que du suicide assisté moyennant rétribution. DIALOGUS n’a pas consenti à me révéler ce que sera mon sort. Mais je me doute que des démêlés avec la justice sont à venir. Il parait même qu’ils me prendront par surprise, alors j’attends. Si vous en savez plus, toute information est bienvenue.

Et… je n’ai pas peur de vous, Nathalie. Je vous admire plutôt, avec votre style revêche et survolté. Vous êtes en plein mon «genre», comme disent les petits jeunots démobilisés de ce temps. Je suis corps et âme à votre service.

Respectueusement vôtre,

Henri-Désiré Landru

.

9- EN MAL D’INSPIRATION

.

Landru, dit-on, gérait avec minutie sa correspondance et écrivait remarquablement bien.

Auriez-vous des extraits de courriers?

Odegivry , un admirateur

.

Cher admirateur,

Le maigre monceau de correspondance que j’ai pu entretenir se trouve rangé soigneusement dans un garage dont je fais location, à Clichy. Un plumitif parisien, philosophe bohème qui se nomme, je crois, Botul, m’a écrit trois ou quatre fois en référence insistante à une conversation de troquet que nous eûmes jadis. Rien là pour combler les nuits esseulées de Sophie Volland, comme vous voyez.

Je crois que l’échantillon épistolaire le plus sûr sera encore celui que nous produirons ensemble vous et moi au cours du présent échange. À vous donc.

Respectueusement vôtre,

Henri-Désiré Landru

.

10- RACINE

.

Monsieur Landru,

Avant sa carrière d’écrivain mondial, le jeune Georges SIMENON, journaliste à La Gazette de Liège, écrivait en 1921 (il n’avait que 18 ans): «(…) Des gens qui critiquent les autres, pour n’être pas soupçonnés d’agir comme eux, clament qu’il est monstrueux de se passionner de la sorte au sujet d’un criminel, d’un assassin, de Landru. (…) Quoi de plus légitimement attirant pour les foules, que la tragédie ou le drame? Or, la tragédie, fut-elle classique et écrite par un Racine austère nous édifie-t-elle toujours en représentant des héros et des saints? Quel est le dénouement de Britannicus, sinon le lâche assassinat par l’hôte, de son convive? Et le sujet de Phèdre oserait-il être conté par le plus hardi feuilletoniste? Parlerai-je d’Iphigénie, où du sang coule encore et où un père est prêt à immoler sa fille? (…) Mais peut-on en vouloir au peuple (…) de s’intéresser aux actions extraordinaires, là où il les rencontre? De quoi est faite l’histoire, sinon de crimes, de luttes, de conspirations, de lâchetés? Quel est le fond de la littérature, sinon des crimes, ou pis, de l’immoralité. (…)»

Mes questions :

– Monsieur Jean Racine mérite-t-il de vous être associé?

– Britannicus, Phèdre et Iphigénie ne seraient-ils pas rien d’autre que des Landru bavards?

– Ne seriez-vous pas plutôt un héros de roman, de littérature ou des temps modernes?

– Quels sont vos liens de filiation avec Son Excellence Lucius Domitius Claudius Nero, dom Tomas de Torquemada, Saint Dominique, Monsieur le Chancelier Adolf Hitler, Son Altesse Jean Bedel Bokassa, Monsieur le Président George Herbert Walker Bush et le bras droit de mon contrôleur d’impôts?

– N’êtes-vous pas irrité de l’ombre que vous fait Marc Dutroux (un Belge, en plus!)?

Joseph-Macchabeus Branlu

.

Monsieur,

Britannicus, Phèdre et Iphigénie sont des coupables fictifs. Je suis un innocent réel. Hitler, Saint Dominique, Bush et Dutroux tuent des enfants arabes, juifs ou belges et de jeunes rousses aux yeux verts terrorisés, qui n’ont rien fait. Je libère de la vie des compagnes adultes, consentantes et libres qui en ont plus sur la conscience que vous ne pourriez le croire. Votre percepteur d’impôt et ses sbires vivent décemment, je vis dans une grande maison délabrée, et vais peut-être un de ces jours palper de la paille du cachot et du fil de la guillotine…

Il me semble qu’il y a là un distinguo qui va bien plus loin que l’étrange paronymie entre votre signature et la mienne. Ne trouvez-vous pas, Monsieur Dubois-Branlu? Ajoutons, puisque vous faites un tel cas du drame racinien, que force est de constater que c’est moi qui le vis, dans sa version moderne, pas vous.

Vôtre,

Henri-Désiré Landru

.

11- CE TYPE DE CHAUFFAGE

.

Monsieur Landru,

Ne soyez point gêné par l’admiration que je voudrais vous témoigner, sachez seulement que votre œuvre peut se flatter de ma plus grande estime: a-t-on déjà vu un tel courage, une telle assiduité dans ce projet (ma foi fort louable!) de mener à terme ce que nous soufflent en secret nos convictions? Quelle inspiration inouïe pour agir de la sorte, sans commune mesure avec l’exiguïté désolante de votre cuisinière… Encore une fois, que de raffinement dans votre dérision! Allons bon, je m’enflamme et je vous sais impassible, ce pourquoi je préfère vous laisser à vos affaires, en vous rappelant cette réalité qui, je l’espère, ne sera pas sans vous conforter dans votre entreprise: les veuves pleurent seulement le plaisir qu’elles avaient à tromper leur mari. Je veux vous quitter sur une question, je vous l’accorde un peu technique, qui me brûle les lèvres. Eu égard au prix du bois qui ne fait qu’augmenter chaque hiver, je conçois facilement l’avantage d’un combustible humain dont le coût défie toute concurrence. Mais je demandais si, du point de vue calorifique, ce type de chauffage (avec ce taux adipeux qu’on connaît à l’organisme féminin) l’emportait doublement.

Je vous remercie d’avance pour vos précisions en vous saluant bien cordialement.

Aurélien Merini

.

Cher Aurélien,

Poser la question, surtout comme vous le faites, c’est un peu y répondre. L’être humain est un fort mauvais combustible, et Saint Dominique ne s’y était pas trompé, qui était très pointilleux sur la teneur igniphile des san-benito dont il faisait emballer les victimes innocentes d’une Inquisition aussi sourcilleuse que dévoratrice. C’est —soit dit par aparté— pour me protéger des excès de l’équivalent républicain de ce Moloch autoritaire que je suis bel et bien réduit à empuantir le ciel déjà peu avenant des Yvelines. Mais passons sur ceci…

Je crois détecter un petit filet grivois dans le ton que vous tenez en parlant des veuves. Les veuves souffrent, cher Aurélien, et il n’y a vraiment rien d’humoristique à cela. Le pis de l’affaire est qu’elles souffrent moins d’être veuves que d’avoir été mariées. Cela les engonce dans un jeu de convenances dont les effets grèvent ce veuvage qui les prive désormais des maigres et fugitifs avantages que leur instillait parcimonieusement la maritalité. Et même la fortune héritée ne soulage pas les piqûres incessantes du nid d’oursins paradoxal qu’entretiennent les conventions sociales étriquées de notre temps sur ces matières.

Alors il y a la solution Landru…

Henri-Désiré Landru

.

12- LAURE DELATTRE

.

Salut Landru,

J’ai ouï-dire que tu aimais les femmes au foyer? Connais-tu Laure Delattre?

Ibozou

.

Monsieur,

J’ai consulté tous mes calepins. Ce nom n’y figure pas. Mais si cette demoiselle est en moyens, je ne dirais pas non à l’idée de la rencontrer. Si, qui plus est, elle est prête à rester enfermée un temps dans une espace forclos pour en tirer quelque bénéfice, nous serons certainement compatibles.

Le bénéfice sera pour moi par contre…

Henri-Désiré Landru

.

Dis donc Landru,

J’ai l’impression que tu n’as pas saisi mon jeu de mot: Laure de l’âtre, femme au foyer, eh eh eh…

Ibozou

.

Vous admettez donc qu’il est légitime de tirer l’or de l’âtre…

Henri-Désiré Landru

.

Monsieur Landru,

Quelle belle leçon d’humour vous me faites là. On apprécie encore mieux ce genre d’humour quand on porte des lunettes à double foyer!

Ibozou

.

Ou des lunettes fumées…

Vous savez, j’en sais un peu plus sur mon avenir à force de côtoyer tous ces braves gens de DIALOGUS. Imaginez-vous donc que je vais me retrouver à la Cour d’Assises… Et, me dit-on, le public viendra à mon procès pour écouter mes plaisanteries. C’est vous dire combien je prends l’humour au sérieux…

Henri-Désiré Landru

.

13- SÉDUIRE QUAND ON EST LANDRU

.

Monsieur Landru,

Il est étonnant qu’avec un look pareil vous emballiez tellement. Au 21ième siècle, vous n’auriez aucun succès, et ce serait la ruine pour vous, ce qui serait dommageable à un flambeur tel que vous!

Ibozou

.

Le «look» comme vous dites, mon brave, n’est jamais qu’un des paramètres de l’équation complexe de la séduction. Le mystère est bien plus attirant que le «look» dans un grand nombre de cas. L’intelligence, la gentillesse, la délicatesse sont aussi des atouts majeurs, car fondamentalement la femme aime de tête.

Écoutez une femme attentivement. Écoutez-la pour vrai, sans faire semblant et elle finira par vous tomber dans les bras. Négligez-la, ne lui portez pas l’attention qu’elle requiert et, tout Adonis que vous êtes, vous finirez au bazar.

La femme est subtile, articulée, complexe. C’est dans cette horlogerie délicate que palpite tout le potentiel séduisant d’un Landru…

.

Monsieur Landru,

Ça vous va bien à vous de donner des leçons de séduction. Je pense que la gent féminine se serait volontiers passée d’un galant homme dans votre genre!

Bien à vous!

Ibozou

.

Ne vous érigez donc pas en porte-parole autoproclamé de la gent féminine, jeune freluquet. Laissez-la simplement me juger par elle-même en votre temps, comme elle le fit si bien au mien.

Je ne vous salue pas,

Henri-Désiré Landru

.

Monsieur Landru,

Quand je pense à toutes ces femmes qui avaient le feu aux fesses et qui rêvaient de vous rencontrer mais qui ont finalement succombé après de brûlantes étreintes et dont toutes les économies sont parties en fumée, je sens comme un malaise diffus, qui m’envahit et me consume…

Bonne nuit éternelle

Ibozou

.

Elles étaient consentantes. C’est leur argent qui leur brûlait les doigts.

Adieu

Henri-Désiré Landru

.

Landru,

Je suis extrêmement étonné de voir la dose de mauvais esprit qui s’était réfugié sous votre crâne chauve au nez et à la barbe de votre auguste moustache.

Tant de propos fumeux, je trouve ça sidérant.

Au plaisir,

Ibozou

.

14- N’EN FAITES PAS UNE SCÈNE DE MÉNAGE

.

Monsieur Landru,

J’espère ne pas vous déranger dans vos lourdes tâches ménagères. Il m’est très agréable de pouvoir vous questionner. En effet d’où je vous écris vous êtes une référence en matière de «gestion domestique des déchets», dirons-nous. Me permettrez-vous, même si comparaison n’est pas raison, d’évoquer un cas actuel pour éclairer vos actes? Voici une dépêche afin de vous mettre au parfum…

Le cannibale de Rothenburg condamné à huit ans et demi de prison.

[agence AFP, le 30.01.2004]

Le cannibale de Rothenburg, Armin Meiwes, jugé pour le meurtre en 2001 d’un ingénieur berlinois qu’il avait dépecé et en grande partie consommé, a été condamné vendredi à huit ans et demi de prison par le tribunal de Cassel (centre). Le tribunal n’a pas suivi les réquisitions du Parquet, qui avait exigé la détention à perpétuité pour «meurtre par plaisir sexuel», ni le plaidoyer de la défense, qui avait estimé que l’accusé n’avait commis qu’un «meurtre sur demande» passible d’un maximum de cinq ans de détention, sa victime étant consentante. Armin Meiwes, 42 ans, avait avoué avoir tué et mangé en mars 2001 l’ingénieur berlinois Bernd Juergen Brandes, 43 ans, une scène qu’il avait enregistrée sur cassette vidéo. Brandes s’était rendu à son domicile de Rotenbourg, près de Cassel, à la suite d’une annonce postée sur internet par Armin Meiwes: «Cherche homme prêt à se faire manger».

Qu’en pensez-vous? Vos motivations personnelles sont-elles pécuniaires ou culinaires?

J David Théodoros

.

Du mal. N’importe quel ethnologue sérieux vous dira que l’anthropophagie est un acte rituel et non gastronomique. Ce sont pour des raisons psychologiques que l’on dévore certaines parties spécifiques du corps d’une victime. On bouffe des symboles plus que du nanan…

Je ne suis pas un anthropophage, monsieur. Je suis un simple assassin. Les corps satinés de mes victimes n’avaient une signification pour moi que lorsqu’elles étaient vivantes. Mortes, elles me laissent des écorces encombrantes dont je dois disposer pour me protéger de la mesquinerie ambiante.

Ainsi, ce terme «gestion domestique des déchets» me décrit bien plus adéquatement que cette citation oiseuse et ces références pesantes à des coutumes dont je suis aussi distant que vous.

Vôtre,

Landru

.

15- VOS CERTITUDES

.

Monsieur Landru,

Je ne sais trop de quelle manière vous aborder; je ne voudrais surtout pas que vous me regardiez venir comme une peste à votre porte, comme tous ceux qui viennent demander des comptes, cherchent dans tous les coins des preuves d’absence de vertu, pillant les secrets comme des truffes; je ne suis pas, monsieur, de cette sorte. Je laisse à d’autres l’étrange plaisir de jouer les juges. Je voudrais que vous mettiez de côté l’univers entier et me parliez comme à une inconnue perdue dans le néant.

Ce sont vos certitudes les plus intimes que je vous demande de me livrer. Vos certitudes sur la nature de la vie, l’essence pure de l’existence à vos yeux. Les émotions qui vous accompagnent à chacune de vos inspirations, les pensées qui vous assaillent dès que le silence s’étend, l’impression que vous avez de ce monde.

Est-ce trop demander? Suis-je trop gourmande de ce qui ne me regarde pas du tout?

Catherine

.

La douce, la bonne et honnête question, Catherine, chère, chère Catherine. Cela me change vraiment de tous les cabotins ineptes qui m’écrivent d’ici… Eh bien voici:

Le monde est petit, gris, mesquin, désespérant. Nous sortons d’une guerre mondiale absurde qui a ruiné l’Europe. Les valeurs se déglinguent. La France part en quenouilles. De vieilles fortunes familiales pourrissent et se dévaluent comme le blé rouille dans les champs. Il pleut. J’ai un petit rhume. Quel sale temps!

Je marche dans la ville. J’aperçois soudain la dernière manifestation de la beauté, assise sur un banc de fer. C’est une femme, Catherine, une femme comme vous. Belle, avec son petit chapeau à fleurs en perchoir latéral et ses jambes croisées et bien dessinées sous ses jupes aux gros traits oranges et noir. Je la salue poliment, lui parle d’une voix douce, m’assied auprès d’elle. Mon attitude d’un autre siècle la rassure et la change de tous ces jeunes goujats démobilisés qui lui susurrent des grossièretés à l’oreille. Je ne susurre rien. Je l’écoute. Je l’écoute pour vrai, car elle m’intéresse pour vrai. Et ça, c’est si rare, Catherine: être vraiment écoutée… Et que pensez-vous qu’elle me raconte? De quelle façon vous imaginez-vous qu’elle se vide le cœur?

Croyez-le ou non elle me dit: «Oh Monsieur, le monde est petit, gris, mesquin, désespérant. Nous sortons d’une guerre mondiale absurde qui a ruiné l’Europe. Les valeurs se déglinguent. La France part en quenouilles. De vieilles fortunes familiales pourrissent et se dévaluent comme le blé rouille dans les champs. Il pleut. J’ai un petit rhume. Quel sale temps!»

Quand elle sent à quel point je la comprends, nous franchissons doucement le rideau vaporeux de la confidence. Elle dit alors, l’œil moins sec: «Je suis déprimée. J’en ai tellement marre. Que me reste-t-il à faire de cette fortune en charpie? Me remarier avec un de ces ex-poilus, abrutis par le tonnerre des shrapnells? Mais j’en ai par-dessus la tête de faire la bonniche pour un molosse malodorant qui me boit mon avoir. Ah si j’avais le courage de quitter cette vie inutile, à l’horizon obstrué et borgne.»

Vous comprenez, Catherine, je n’ai pas plus de courage qu’elle, mais je suis tout aussi déprimé. Alors de fil en aiguille nous nous levons, elle prend mon bras, je l’amène faire un petit tour unilatéral à ma villa. Si nous signons quelques papiers, c’est vraiment parce qu’elle insiste. Je vous jure que j’ai souvent agi ainsi sans être dédommagé. La suite de ce minutieux processus, je crois qu’il est bien connu de vos historiens.

Il y a une chose de bien plus déprimante que d’être un homme dans l’Europe croupissante de 1919: être une femme dans l’Europe croupissante de 1919. Elles ne veulent plus de l’ordre ancien et ne peuvent joindre l’ordre moderne. Elles sont vraiment bien piégées. Je fais donc mon petit effort pour éviter un tel piège à certaines de nos belles. Elles sont si tristes de cette platitude de creux de vague de transition historique qui traîne sans fin.

Telle est ma vision de mon monde, chère Catherine. Pardonnez-en l’étroitesse. Je ne suis qu’un homme de ce temps qui respecte le désespoir insondable des femmes de ce temps. Je les aime. Je suis leur féal. Elles sont déprimées. Il faut ce qu’il faut…

Respectueusement,

Henri Désiré Landru

.

Je crois bien, cher Henri-Désiré, que je vous aurais suivi moi aussi à une certaine époque de ma vie. On a tous notre petite année 1919, j’imagine.

Mais dites-moi, et gardez bien à l’esprit que je ne juge rien et ne catalogue rien en posant cette question, êtes-vous bien certain que les morts de toutes ces femmes étaient désirées par les femmes en question? Était-ce réellement une sorte de suicide assisté? Vous les aidiez à mourir, mais désiraient-elles vraiment mourir ou voulaient-elles seulement dormir un bon coup et se faire réveiller par un petit café au lit? Car votre tendresse, et vous l’évoquez vous-même, aurait pu illuminer cette Europe croupissante, non?

Je vous remercie de m’avoir livré si poétiquement votre pensée, je vous suis infiniment reconnaissante…

Catherine

.

La question que vous posez, Catherine, est terriblement légitime et d’un plausible épais et poisseux qui m’inquiéterait presque si mon cynisme n’était pas là pour faire blindage. Je ne peux vous répondre. Car enfin, ni l’ombre ni l’ectoplasme d’aucune d’entre elles ne sont revenus me hanter pour me réclamer le caoua du bidasse anonyme mort dans l’oubli, dans son trou d’obus boueux et bête.

Il va donc vous falloir spéculer…

Henri Désiré Landru

.

Mon cher Henri-Désiré,

Suite à votre invitation à le faire, j’ai spéculé. Mais pas au sujet de ce que vous pourriez croire. J’ai spéculé, imaginez-vous donc, sur les conséquences d’une éventuelle spéculation. En bout de ligne, j’ai préféré m’abstenir. Monsieur, je vous annonce donc que j’abandonne les «si». Pardonnez-moi même de vous avoir suggéré ces hypothétiques cafés au lit.

Parlez-moi plutôt, très cher, de votre relation avec Fernande, dans la mesure où vos confidences ne menaceraient pas la pudeur de votre fiancée.

En passant, savez-vous que mon deuxième nom est Fernande? Je n’en suis pas particulièrement fière, mais bon, on ne choisit pas son nom…

Amicalement,

Catherine

.

Il n’y a pas plus saine spéculation que l’investigation empirique, bonne amie. D’avoir spéculé excessivement en spirale, vous vous seriez en effet fort possiblement étourdie et cela vous aurait sans doute fait tomber dans la toile.

Allons-y donc gaiement avec votre propos neuf…

J’ai donc connu six Fernande, une Fernande-Amélie et une Ferdinande. Pour compléter, j’ai connu sept Catherine et quatre Marie-Catherine, dont Madame Marie-Catherine Landru née Rémy, ma cousine et épouse qui m’a fait des enfants qui ont eu des enfants. Nos premiers ébats furent furtifs et vifs tant et tant que j’ai bien peur que nos fiançailles aient été bien courtes, pour de tristes raisons tenant au cintre étriqué de la morale ambiante…

Il faudrait donc me clarifier un peu sur quelle Fernande vous jetez si unilatéralement le dévolu de votre curiosité aussi incisive que légitime.

Vous avez un fort joli prénom, Catherine Fernande. Restez avec moi. Vous me captivez et m’inspirez.

Votre Henri-Désiré

.

Cher ami, puis-je me permettre une si familière appellation?

Pardonnez mon délai à vous répondre, mais de grandes transformations chez moi m’ont beaucoup occupée. Je suis certaine que vous ne m’en tiendrez pas rigueur.

Je parlais bien entendu de Fernande Segret, cette blonde pâle avec qui vous entretenez une relation depuis deux ans, si je ne me trompe pas. Comment est-elle, qu’aimez-vous chez cette femme? Comment vous sentez-vous lorsque vous êtes avec elle, avez-vous des moments d’inconfort?

J’attends votre réponse et j’espère qu’elle ne tardera pas autant que la mienne.

Amicalement,

Catherine

.

Fernande, bien sûr, «ma» Fernande. Ah, allez donc donner le change avec ces correspondantes du futur. Il semble qu’il n’y ait pas un traversin de votre alcôve qu’elles n’aient retourné. Forcément, vous n’êtes plus là pour émettre le jet d’encre du poulpe, alors elles en profitent. C’est inexorable. Enfin c’est là le côté sursaut de la gloire historique, je suppose…

Fernande, donc, puisque vous êtes si bien informée, chère Catherine, eh bien figurez-vous que Fernande me fait rire. Nous rions ensemble, nous nous amusons de tout, surtout du dérisoire, du mondain, du moderne. Je me sens joyeux avec elle, badin, folâtre. C’est d’un inhabituel étourdissant qui m’exalte, Elle m’est comme une drogue hilarante. Mon anti-narcotique d’amour et de vie.

Des moments d’inconfort avec Fernande? Que le Rabouin me hante, je n’en ai absolument jamais et je ne comprends pas ce qui vous amène à poser une question si biscornue, vous qui me semblez pourtant ne pas manquer d’astuce. Pourriez-vous vous expliquer sur cette portion insondable de votre interrogation, bonne amie? Vous m’en obligeriez immensément.

Votre Henri Désiré qui, en ce moment, pense bien moins à Fernande qu’à vous…

.

Cher Henri-Désiré,

Ainsi donc, Fernande vous fait rire? Et vous trouvez cela inhabituellement délassant… Comment cela se fait-il? Aucune autre femme ne vous avait fait rire avant?

Que faites-vous lorsque vous êtes ensemble? Où allez-vous? De quoi parlez-vous? Que mangez-vous? Que buvez-vous? Combien d’heures dormez-vous?

Je crois que toutes ces questions sauront vous occuper pendant au moins une petite heure, bien assis au coin du feu. J’espère surtout que vous n’y verrez pas une curiosité déplacée.

Votre amie,

Marie Fernande Catherine

.

J’y vois surtout une de ces vieilles combines de fuyardes qui me font bâiller ample. En effet, je me languis de vous, Catherine Fernande. Et vous me jetez Fernande dans les jarrets, en vous imaginant je ne sais quoi… me distraire, me meubler l’esprit, me rappeler à mes devoirs, me doucher, me faire lâcher la proie pour l’ombre. Quelle billevesée que l’illusion qu’entretient l’esquive féminine! Sur sa dérisoire capacité à faire déraper nos idées fixes d’ardents foutriquets, avec du bavardage sur nos femmes du moment.

Bon, je m’exécute, puisque vous insistez. Les autres femmes ne me font pas rire surtout quand elles me traitent comme vous me traitez. Nous jouons aux cartes et au tric-trac. Nous allons au Jardin des Tuileries et nous nous asseyons sur des chaises de fer en regardant voguer les petites frégates dans le bassin. Nous parlons du temps qu’il fait et de rubans. Fernande a une fort jolie collection de rubans. Nous mangeons des frites et des moules dans un vaste troquet au coin Saint-Michel et Soufflot qui s’appelle le Maheu. Nous buvons du blanc avec les moules et une petite anisette dans l’après-midi. Nous dormons entre cinq et sept heures par nuits. Et vous avouer ceci m’a occupé pendant exactement quatre interminables et lassantes minutes.

Si on parlait de vous et moi maintenant. Vous aimez les aquarelles de Watteau?

Landru

.

Henri-Désiré,

Je vous ai peut-être fait bâiller, mais vous, vous ne m’avez pas ennuyée et j’ai grandement apprécié ces petits détails de votre vie. Et si je me suis divertie à lire votre réponse, cela ne peut que vous apporter plaisir, n’est-ce pas?

Ainsi donc, vous voulez parler de nous? Fort bien. Parlons de nous.

J’aime beaucoup la peinture et justement, je possède quelques tableaux de valeur que je souhaiterais écouler contre de l’argent liquide. Peut-être pourriez-vous m’être utile en la matière? Nous pourrions nous fixer un rendez-vous sur un banc de parc, par exemple, d’où nous irions grignoter un morceau avant de passer chez moi pour l’examen de mes possessions revendables.

Sachez que j’aime les fleurs et les bijoux et que mon anniversaire approche. Sans vouloir mettre de la pression, si vous désirez qu’il y ait un «nous», il vous faudra songer sérieusement à me cajoler avec plus d’application.

Aussi, je déteste les rivales. Êtes-vous prêt à laisser tomber votre blonde lavasseuse et vos promenades aux Tuileries en sa compagnie?

J’attends votre réponse avec impatience,

Marie Fernande Catherine

.

Ah chère amie, je suis prêt à éliminer toutes vos rivales de la manière la plus radicale imaginable…

Notre hiatus spatial ne devrait pas poser de problème particulier, quitte à prendre un navire. J’ai bien peur, par contre, d’être prisonnier sous la coupole brumeuse de l’année 1919, comme un mauvais grillon sous un ballon à rouge. J’irais même de plus jusqu’à hasarder que l’année 1922 m’est une muraille chronotopique cruellement infranchissable.

Il va vous falloir trouver, pour mirer vos croûtes et les caser, un vendeur de vélocipèdes placide et hirsute qui vous soit moins anachronique… Croyez que j’en suis suprêmement contrit.

Votre Riri

.

Riri,

Vous avez raison, comme toujours. Mais sachez que je ne trouverai pas un autre barbu hirsute. C’est inutile, je n’en connais aucun et je doute qu’il ait votre charme.

Puisque nous devrons nous contenter de nos échanges via DIALOGUS, voudriez-vous passer le temps en me racontant des souvenirs d’enfance peut-être?

Vôtre toujours.

Catherine

.

Il y a un souvenir d’enfance particulièrement vivace, qui revient bien souvent me hanter.

Nous sommes aux environs des années 1880, j’ai dix ou onze ans et mon jeu favori est le cerceau. Vous connaissez certainement cette amusette ancienne. Elle consiste banalement à pousser devant soi un grand cerceau métallique en le guidant avec un petit manche. Un pur bonheur. J’adore pousser le cerceau mais aussi, plus originalement, j’affectionne de le lancer comme un grand lasso et d’y capturer des gens.

Surtout des femmes.

Des femmes adultes, élégantes, provinciales, un peu guindées déambulent sur la petite place au kiosque de notre patelin. La majorité connaît mes parents. Je les entoure de mon cerceau par surprise et elles rient aux éclats à chaque fois. Il faut dire que je suis très adroit. Le cerceau vole haut, s’abat joliment et s’entoure autour d’elles sans jamais les toucher. C’est un art. Ah, ces amusements badins auxquels tous et toutes se prêtaient pendant les vertes années!

Il y avait une exception: Madame Du Pas. Une belle dame avec une jolie coiffe praline et une crinoline aussi frémissante que l’écume océanique. Chaque fois que je lançais mon cerceau vers elle, elle le parait adroitement de sa fine ombrelle refermée. Il y avait un petit «cling!» et mon tendre piège retombait dérisoire sur le gazon près de la promenade. Mille fois, j’ai cru capturer Madame Du Pas. Mille et une fois sa diablesse de rapière d’ombrelle m’a frustré de cette proie cardinale, qui aurait bien été le clou de ma collection. J’en pleurais de rage en secret.

Puis un jour, un jour sans aspérité, comme tous les autres jours, un jour d’été au soleil banal, Madame Du Pas se plante devant moi, pointe mon cerceau de son ombrelle refermée et dit:

Jette-le par terre.

J’obéis sans crainte. Madame Du Pas s’avance, majestueuse et… se pose juste au milieu du cerceau. Le choc moral! Je crois en mourir d’ardente jubilation. Elle dit alors:

Capturée! Voilà, Henri-Desiré, tu me tiens! Parfois il faut savoir attendre que femme soit consentante. Mais de femme consentante tu feras tout, absolument et intégralement tout.

Je la revois encore, souriante, radieuse, superbe, avec coiffe et ombrelle dans l’enceinte de mon petit cerceau aussi tenace que fallacieux. Une pure merveille ineffable. Cet extraordinaire consentement, Catherine, je le cherche depuis ce jour fatal. Je n’ai jamais pu en retrouver une version aussi intégrale.

À vous. Un souvenir d’enfance…

Landru

.

16- CHANSON DE FRANCIS BLANCHE

.

Cher Henri-Désiré,

Je cherche désespérément les paroles de cette ravissante chanson écrite par Francis Blanche qui vous est consacrée. J’en connais une grande partie, ce qui me vaut toujours des grands succès dans les «noces et banquets», mais hélas, il m’en manque un couplet. Savez-vous où l’on peut trouver les paroles de cette bluette?

Amitiés, malgré tout, en reconnaissance du succès que vous me procurez.

Claude Sainte-Cluque

.

Monsieur,

La seule chanson émise à mes modestes dépens, à ma connaissance, est de la plume labile d’un monsieur charmant qui est ici en ma compagnie à DIALOGUS, Charles Trenet. En voici toujours infra le texte pour mémoire.

Bien à vous

Landru

 
Monsieur le Procureur, je regrette de n’avoir à vous offrir que ma tête,
Oh!… Silence ou je fais évacuer la salle
Landru, Landru, Landru, vilain barbu
Tu fais peur aux enfants
Tu séduis les mamans
Landru, Landru, ton crâne et ton poil dru
Ont fait tomber bien plus d’un prix d’vertu
C’était, je crois, en mill’ neuf cent vingt-trois
Que ton procès eut le succès qu’l’on sait
Landru, Landru, dommage qu’elles t’aient cru
Tout’s cell’s qui sous ton toit
Brûlèr’nt pour toi
Tu leur parlais si bien lorsque tu leur disais
Venez ma douce amie, allons vite à Gambais
J’ai une petite villa, rien que monter descendre
Hélas elles montaient et descendaient en cendres
Landru, Landru, de quel bois te chauffes-tu
Ton four fait d’la fumée
Sous la verte ramée
Landru, Landru, un ramoneur est v’nu
Il a dans ta ch’minée trouvé un nez
Calciné
Pendant l’verdict, pas un mot, pas un tic
Énigmatique, tu restas hiératique
Landru, Landru en jaquette en bottines
Y a un’ veuve qui t’a eu,
La Guillotine
Landru, Landru, on prétend qu’on t’a vu
En bon p’tit grand-père
Vivant à Buenos-Aires
La barbe rasée et la moustache frisée
Plus rien de l’homme d’alors,
C’est ça la mort
Disons, tout d’suite, qu’en mill’ neuf cent vingt-huit
Ce genre d’histoire était facile à croire
Landru, Landru, tout passe avec le temps
À présent, tu n’fais plus peur aux enfants
Mais tu séduis pourtant bien des grand’mamans
Et d’Plougastel à Tarbes
Elles rêvent de ta barbe
Et de son poil dru, vieux Landru.

.

17- PROBLÈMES DE CHAUFFAGE

.

Bonjour cher Monsieur!

Connaissant moi aussi des problèmes de chauffage suite à l’augmentation de 3,8%, je vous serais obligé de bien vouloir me faire connaître si votre chaudière a été encrassée et si vous arrivez à avoir 20° dans votre maison.

Chaleureusement vôtre.

Jean-Pierre Sabbadini

.

Contrairement à ce qu’un effet biscornu de l’histoire a longuement et pesamment laissé supposer, je ne m’y connais pas beaucoup en matière de chaudières, chauffage & assimilés. Si vous souhaitez que notre interaction se poursuive, il va falloir aborder des questions… disons… moins techniques, thermiques, mécaniques…

Henri-Désiré Landru

.

18- QUESTION TECHNIQUE

.

Cher Monsieur Landru.

Sans détour, aidez-moi! En combien de temps disparaîtra un corps de 56 kg, dans un honnête fourneau?

Amicalement,

Joel

.

Trois jours et quatre nuits. Commencez la nuit, les volutes les plus patents, tant à l’oeil qu’à la narine, se manifestant dans les huit premières heures.

Ceci entre nous, naturellement.

Courage.

Henri-Désiré Landru

.

19- GRATTIEZ-VOUS VOS VICTIMES?

.

Cher Monsieur,

Est-il exact que vous grattiez vos victimes avant de les mettre dans votre cuisinière, et que vous auriez ainsi inspiré le slogan du Tac-O-Tac: «Une chance au grattage, une chance au tirage?»

Un flambeur

.

C’est inexact. Pour tout dire, je ne les gratte pas, je les débite. Je les débite parce que, pour ce qui en est de cramer en un seul morceau, elles n’ont plus aucun crédit. D’où plutôt l’expression: «Votre débit est supérieur à votre crédit»

Henri-Désiré Landru

.

20- ADRESSE ACTUELLE

.

Cher Monsieur Landru, bien que connaissant votre extrême discrétion, il me serait agréable de savoir où se trouve votre dernière demeure. Où vous cachez-vous depuis le 25 février 1922? Il y a tant de cimetières en France que je ne peux pas les visiter tous!

Une réponse de votre part me serait fort agréable. Recevez, cher Monsieur Landru, mes chaleureuses salutations.

Jean-Paul Vivier (de Versailles, ville qui ne vous est pas indifférente!)

.

Monsieur,

J’ai toujours eu l’âme versaillaise, dans tous les sens du terme, ce qui vous confirme que je peux, à mon heure, cultiver l’évocation historique tout autant que l’anachronisme piquant. Mais il faut pour cela que l’heure vienne… et pour ce qu’il en est de répondre à votre interrogation, macabrement suave, l’heure n’est pas venue. Je vous signale ou vous rappelle que je vous écris depuis l’année 1919 et, surtout de vous avoir lu, je m’en porte —holà!— très bien.

C’est qu’il me semble que vous m’enterrez bien vite. Fluxion? Coup de pistolet d’une veuve moins engoncée que les autres? Ou intervention plus intempestive d’une autre veuve, celle qui facilite l’abord des cigares et de nos petits tournants thermidoriens?

Dites-moi tout, surtout. Nous sommes entre nous.

Henri-Désiré Landru

.

21- FAN

.

Bonsoir!

Je souhaiterais savoir s’il existe un fan club de Landru. Si oui, comment puis-je le contacter?

Merci d’avance,

Claris

.

Un…? Ah vous voulez sans doute dire un cercle d’admirateurs. Désolé, mais, à ma connaissance, je n’ai que les ovales de mes admiratrices et j’ai bien peur que leur… contact soit quelque peu… exclusif.

Mais tenez-moi donc au courant de vos recherches, mon brave. Un cercle d’admirateurs futuristes de ma modeste personne aurait toute ma mansuétude.

Vôtre,

Henri-Désiré Landru

.

22- ERREUR OU MANIPULATION JUDICIAIRE

.

Cher Monsieur Landru,

Il me semble que vous avez toujours clamé votre innocence, en ce qui concerne les onze assassinats dont vous êtes accusé.

Se pourrait-il que ce soit le système judiciaire français qui ait manipulé les preuves et les faits? Tout cela dans le but de créer un procès-spectacle destiné à faire de vous une attraction. Juste pour détourner l’attention du public des vraies questions politiques du moment. Et particulièrement de l’odieux Traité de Versailles conçu pour humilier l’Allemagne vaincue et qui provoquera dans moins de vingt ans ou presque, une nouvelle guerre mondiale?

En effet, vous n’êtes que soupçonné sur des preuves inconsistantes et sur des présomptions pour le moins hasardeuses. Votre procès, qui rassemble tous les médias de votre époque, traite exagérément le moindre détail de l’enquête de votre culpabilité présumée.

Monsieur Landru, la France ne se sert-elle pas de vous comme d’un bouc émissaire?

Gérard Lison

.

Holà, holà, holà. En voilà des révélations fracassantes en un seul trait de plume, Monsieur mon bon petit maître!

Disons, pour faire court, que je n’en suis pas encore là. Je n’ai jamais tué personne, d’abord. Tenons cela pour acquis. Ensuite, et bien… pour dire… exploiter des bobards, des petits potins de la mondaine, des ragots de mauvais plumitifs, des mésaventures d’artistes, des histoires de cœur d’actrices, du scandale scabreux, du fait divers grand-guignol pour distraire l’attention du public des enjeux socio-politiques d’une époque, ça… ça ne me paraît pas très sport, pour tout vous avouer.

Vous croyez à cela vous? On pourrait tomber si bas? Il n’y aurait alors vraiment plus de sens moral, plus de… plus de galanterie…

Henri-Désiré Landru

.

Oui, j’y crois, ne soyons pas naïf. Enfin, la guerre a fait 17 millions de morts absurdes et inutiles à cause d’enjeux imbéciles et de calculs cyniques. Nicolas Machiavel n’a-t-il pas écrit: «Mieux vaut une petite injustice qu’un grand désordre»? On braque les feux d’actualité sur votre procès tandis qu’en coulisse des enjeux politiques d’importance sont joués et leur diffusion par les médias étouffée. Ils vous sacrifient sur l’autel de la raison d’État…

Gérard Lison

.

Abstraitement, et en naviguant parfaitement à vue, je suis obligé de vous dire que vous me voyez peut-être un peu plus enflé que je ne le suis effectivement, dans l’imaginaire populaire ainsi que dans la mignardise combinarde de nos politiques.

Je ne suis flatté par ceci qu’en y mettant la petite dose de cynisme, requise par l’ambiance quand même un peu glauque de ma ci-devant notoriété à venir.

Vôtre,

Henri-Désiré Landru

.

23- NOUS SOMMES SUR DES CHARBONS ARDENTS

.

Nous savons bien que ce serait directement contraire à vos habitudes, mais vous pouvez nous sauver la vie: notre professeure d’histoire, madame Rose de Gambais, est une dame tellement exécrable que nous deviendrons folles avant la fin de l’année si nous la conservons; on assure d’ailleurs que son mari a préféré mourir plutôt que de devoir la supporter. Mais justement, à cause de cela elle pourrait vous intéresser car elle a hérité de lui une somme coquette et nous la voyons tous les jours au Café du Lycée en train de lire les cours de la Bourse.

Vous pourriez l’aborder sous un prétexte quelconque (ne nous dites pas que vous ne savez pas y faire) et lui proposer de venir se balader avec vous dans l’antique Seine-et-Oise. La difficulté serait évidemment de pouvoir sauter dans notre époque, mais nous sommes sûres que monsieur Dumontais a déjà trouvé le moyen, même s’il ne veut pas le dire. Faites du charme à madame Guélikos et certainement elle vous confiera le secret.

Il est possible que notre professeure se méfie et qu’elle décide brusquement de rompre, mais cela ne fait rien: une fois que vous l’aurez transportée au début du siècle dernier, il suffit de ne pas lui indiquer le chemin du retour; et alors, si un jour nous la revoyons, elle aura largement dépassé l’âge de la retraite. Ne vous inquiétez pas de ses moyens d’existence: il lui suffira de s’établir comme voyante et de prédire les années vingt et les années trente: elle nous en parle comme si elle y avait vécu.

Veuillez croire dès maintenant à toute notre reconnaissance,

Béatrice, Catherine, Claire, Évita, Martine, Mia et Nicole, malheureuses élèves de Seconde Littéraire au Lycée de Jeunes Filles de Romorantin

.

Mesdemoiselles, mes hommages,

Je suis transporté par la finesse de votre propos et par votre aptitude cardinale à solliciter, l’un dans l’autre, le bon braque aux fins de la bonne chasse. Je dois cependant, à ma très grande contrition, émettre quelques réserves qui risquent de tempérer radicalement la juvénile astuce de votre subtil programme.

En imaginant que le voyage extra-temporel soit possible, ce qui est un axiome dont nous aurons tous la pudique décence de taire l’énormité, il restera des anicroches insurmontables. J’en dénombre deux. D’abord, j’imagine mal Rose de Gambais (nom sublime, c’est un fait-exprès suave) me tirer sur 1919 une traite opérant sur un compte bancaire de 2005. Nos ronds-de-cuir locaux en auraient des attaques. Surtout si la notion de «franc», solidement nationale, se trouve sur ladite traite magnifiée en «euro». Il y aurait là un internationalisme que nos plisseurs d’assignats locaux jugeraient indubitablement suspect. Or, quand on sait l’importance cruciale de la dimension pécuniaire dans l’intégralité de mon commerce avec le monde féminin, on s’avise imparablement du fait qu’il y a là un os de taille. Que voulez-vous, je suis Landru, pas Casanova. J’ai donc un loyer, des priorités et des contraintes.

Second pépin: à vous lire, Rose apparaît comme «exécrable au point de rendre folle». Ce genre de tempérament est habituellement solidement chevillé à la vie et fort peu enclin au vague à l’âme. Rose n’est certainement pas dépressive, neurasthénique, cafardeuse ou languissante. Je l’imagine tonique, pécore, fougueuse, dragonesque. Vous avez la droiture de le signaler: elle fait des veufs… Or, comme le dit un de mes adages favoris, qui fut veuve le sera. Je suis parfaitement incompétent avec ce genre de personnalité. Je n’écrabouille que la cigale en fin d’été, façon pudique de dire que je ne tue que ce qui consent à mourir. Que voulez-vous, encore une fois, je suis Landru, pas Jack L’Éventreur. J’ai donc une ambiance à maintenir et… encore des contraintes.

Je décline donc ce beau projet, au milieu de la tumultueuse tempête de mes regrets les plus ostentatoires. Merci pour cette fraîcheur et cette beauté qui émanent de vous toutes et qui me font rêver sans trêve.

Henri-Désiré Landru

.

24- POLICE SCIENTIFIQUE

Monsieur Landru.

Sachez qu’aujourd’hui, votre poêle aurait parlé et que vous auriez eu à répondre de bon nombres de vos crimes. En effet les progrès ont permis aux enquêteurs de faire appel à ce que nous appelons la police scientifique. Savez-vous qu’aujourd’hui, nous avons découvert la carte d’identité de chaque individu? Savez-vous qu’aujourd’hui, il est possible d’identifier quelqu’un par l’empreinte génétique? De biens curieux mots pour vous sans doute. Monsieur LANDRU, de nos jours vous êtes appelé un «serial killer», un tueur en série. J’ai bien des choses à vous apprendre.

CRIMINELLEMENT VÔTRE.

Vanichoe

.

Moi aussi. Et cela se résume en quatre mots: elles étaient toutes consentantes.

Henri-Desiré Landru

.

Vous avez des choses à m’apprendre? Sans doute. De là à dire qu’elles étaient toutes consentantes… consentantes pour vivre un moment de leur vie avec un homme sans aucun doute charmant et fort sensible aux yeux d’une femme comme tous les serial killers mais sans doute pas consentantes pour finir dans un poêle. Je vous accuse et vous vous défendez. Ok? Que pensez-vous du commandement: tu ne tueras point. Engageons si vous le voulez bien un procès entre nous deux. Vous avez bien reconnu, face aux preuves accablantes de l’époque, votre culpabilité, non?

À très vite.

Vanichoe

.

Que les calotins et leurs ci-devant commandements bénéficient en abondance de mon mépris le plus copieux. Ils ont eux-mêmes suffisamment égorgé, massacré et mis au bûcher pour ne pas trop pouvoir faire la leçon à la petite population laïque en ces matières.

Pour le reste, en cet an de grâce 1919, je n’ai aucune idée de ce que peut bien être ce procès dont vous me parlez. Mettez-moi donc un peu au parfum.

Henri-Désiré Landru

.

Vous mettre au parfum! Un bien sublime mot pour vous que le mot parfum. Je pense plutôt que vous êtes empli de l’odeur de la mort, de la mort brûlée. Que cette odeur ne vous ait jamais quitté, quelle tristesse! Lorsque vous allez être exécuté, vous n’en mènerez pas large. En demandant lors de votre procès; «montrez-moi les cadavres», vous avez signé votre condamnation, et vous le savez maintenant, monsieur Tartempion! Il est vrai qu’aujourd’hui Internet vous aurait permis de chatter aisément avec bon nombre de victimes potentielles, quel dommage d’être en l’an 1919, n’est ce pas. Aujourd’hui un rapide historique de vos e-mails nous aurait permis de boucler votre dossier, bien que plus rapide au niveau procès criminel, ce n’est pas donné. Sachez que vous n’êtes qu’une faible référence aujourd’hui et que seuls quelques pointillistes vous nomment et vous n’intéressez pas la génération actuelle.

Allez sans rancune, Henri Désiré, votre procès est en cours. Tenez-vous bien aux poignées, vous aurez droit à la dernière cigarette, mais pas d’allumettes de grâce!

Vanichoe

.

Si vous le prenez sur ce ton là, peu me chaut de vous rendre des comptes. Sachez simplement que les petites annonces des journaux du bon vieux temps sont aussi efficaces que vos tonitruants électro-plis et bien plus indétectables…

Henri-Désiré Landru

.

Je suis tout de même surpris que tu n’aies pas la curiosité de savoir qui je suis. Que tu ne m’as pas demandé ce que je pouvais faire dans mon existence. J’aime me retrouver devant des sujets de ton acabit. C’est mon métier, avec ses outils, les interprétations de chaque mouvement, le raisonnement de toute constatation. Landru, je vais te faire la peau car tu as violé la loi pénale et les législateurs ont prévu tes actes, et des hommes ont été nommés pour te présenter devant la loi.

Par contre, quand ton procès sera terminé, promets-moi de me filer un petit coup de fil, juste un petit coup de fil que l’on puisse désamorcer cette situation, un petit coup de fil à part de DIALOGUS, juste pour que le jour où comme toi, j’irai glisser de l’autre côté et où chacun de tes crimes te fera frémir, je puisse me souvenir de ces instants passés avec toi et qu’ils me fassent sourire, juste sourire.

Bien le bonsoir monsieur LANDRU

Vanichoe

.

C’est un rendez-vous. Bonsoir petit constable.

Henri-Désiré Landru

.

25- ADMIRATEUR

.

Bravo Riton, c’est toi le meilleur! Vive la femme au foyer!

Ton plus grand fan,

Antoine Chapelle

.

Mon brave Chapelle,

Votre générosité pétulante envers mon humble œuvre me rappelle celle (de générosité) du bon Docteur Guillotin. Républicain bon teint, il déplorait que la décapitation, exécution expéditive, soit réservée aux nobles. Il exigea et obtint un instrument permettant de démocratiser l’abrègement des souffrances d’un condamné. Le tout partait naturellement d’un excellent sentiment.

Il en est autant de ce que vous appelez fort pudiquement «la femme au foyer». La différence est que votre bruyante admiration ici présente ne vous coûte rien, alors que mon action, amplifiée ainsi par vous et vos semblables, risque de finir par m’amener à tâter de la générosité du bon médecin conventionnel évoqué supra…

Henri-Désiré Landru

.

26- DEMANDE DE RENSEIGNEMENT

.

Cher maître Henri,

Avez-vous, comme Lacenaire, nuisible divin et remarquable, publié quelque ouvrage vous concernant? Ou bien quelqu’un d’autre, peut-être? Merci de me renseigner. Étant écrivain à mes heures sous le pseudonyme de Markus Selder, je cherche évidemment des sources d’inspiration qui me seraient très utiles, je l’avoue.

Très respectueusement.

Antoine Chapelle

.

Mon brave,

Ces gaillards du futur ont fini par me concéder qu’on avait publié en plaquette une portion de ma correspondance (future, elle aussi!) avec cet hurluberlu de métaphysicien de troquet de Jean-Baptiste Botul (1). Il semble bien qu’on laisse entendre dans l’édition critique de ladite publication tout le bien que je souhaite authentiquement et sans artifice aux femmes de notre triste monde.

Juste retour des choses.

Salutations,

Henri-Désiré Landru

——————————–

(1) Note de DIALOGUS: Monsieur Landru fait référence à l’ouvrage suivant: Henri-Désiré Landru; Jean-Baptiste Botul (2001), LANDRU, PRÉCURSEUR DU FÉMINISME – CORRESPONDANCE INÉDITE, Éditions Mille et une nuits, 103 p.

.

27- DEMANDE DE PHOTOGRAPHIE

.

Cher maître Henri:

Vous serait-il possible de m’envoyer quelques portraits de vous? J’ai celui où vous êtes au tribunal et où la grande Colette vous a décrit avec talent. Vous aviez, je cite: «l’oeil de l’oiseau». Saisissant.

Très respectueusement,

Antoine Chapelle

.

Désolé, mon bon Chapelle, mais je suis exempt de la moindre ressource picturale ou photographique.

 Vôtre,

Henri-Désiré Landru

.

28- EN RÉPONSE À VOTRE ANNONCE

.

Bonjour Monsieur,

Ce matin, je lisais comme chaque jour les petites annonces, et par hasard, je suis tombée sur la vôtre. Tout de suite, elle m’a charmée. Vous me semblez être un homme attirant et un parti intéressant.

Mais je vais commencer par me présenter (je suis tellement excitée que j’en oublie de dire qui je suis!). Je m’appelle Florence, j’ai 23 ans, je suis célibataire, et je recherche un homme avec qui je puisse passer de bons moments, et plus si entente. Je manque de chaleur humaine, et je suis sûre que nous trouverons un terrain d’entente… Peut-être rirez-vous, mais je fais partie de ces femmes qui aiment jouer avec le feu. C’est la raison pour laquelle je me suis aussi inscrite depuis deux mois dans l’agence matrimoniale de notre ville, ce qui ne m’empêche pas également de consulter aussi quelques annonces. On ne se défait pas de ses bonnes habitudes… Ce serait dommage de passer à côté de l’âme sœur…

Seriez-vous d’accord pour une rencontre avec moi? Que diriez-vous de demain, vers les 11 heures au café du Commerce? J’ai cependant oublié de vous préciser que je suis indépendante financièrement, et cela, grâce à un héritage que ma vieille grand-mère m’a légué avant de mourir. Inutile de vous dire que je n’aurai pas besoin de vous pour m’entretenir, au cas où mutuellement nous nous plairions et déciderions de passer aux étapes suivantes.

Au plaisir vous lire.

Je brûle de vous connaître.

Florence

.

Captivant, Florence, captivant; le fait que votre missive me parvienne via DIALOGUS m’oblige, oh, ah, hélas, à une petite vérification d’usage de trois fois rien. Vous… habitez en quelle époque, belle jeune dame? Moi je suis de 1919.

Henri-Désiré Landru

.

Moi de même cher Monsieur… Je suis du 4 novembre 1896… Alors, ce rendez-vous? Intéressé?

 Florence

.

Partant.

Henri-Désiré Landru

.

Vous ne me semblez guère un homme causant… Vous voulez me parler un peu de vous?

Florence

.

J’évite de causer par trop avec une femme charmante quand je la soupçonne ouvertement d’être… une indicatrice de la Brigade Mondaine. Vous êtes trop parfaite, trop irréelle. Des rencontres comme cela n’arrivent pas dans notre petite vie de grisaille. Jamais. Alors vous me comprendrez d’avoir mes petits doutes.

Vous allez devoir présenter patte blanche, douce Florence.

Henri-Désiré Landru

.

En voici un homme direct. J’aime les gens tels que vous. On évite de prendre un mauvais départ…

De la même manière que vous l’avez été avec moi, je vais être franche avec vous. Mon père est le policier qui vous a arrêté. Je sais donc parfaitement à qui j’ai affaire, mais je trouvais beaucoup plus «classe» de me présenter ainsi en inventant cette histoire de petite annonce. Je connais votre histoire, les procès qui ont eu lieu, les reproches qui vous ont été adressés.

Je n’ai pas la prétention de vouloir vous changer, ni même de vous tendre un piège. Vous savez, j’ai toujours aimé le risque… Quand je dis que vous m’intéressez, c’est vraiment le cas. Même si je sais pertinemment comment finissent vos maîtresses et amantes, pour ma part, moi, je suis partante.

Alors?

Florence

.

Tiens! Je le savais bien que cela fleurait la Mondaine! Vous étiez trop ficelée, trop parfaite, trop belle d’entre les belles. Une vraie veuve en maraude est plus frémissante, plus intermittente, plus couperosée de ces petits états d’âme en aporie qui crépitent… Belle prestation, mais… je ne vous sentais pas complètement.

J’ai dit «Brigade Mondaine», c’était, j’en suis contrit, vous complimenter trop et me surestimer sinistrement du même souffle. Si on me met la main au paletot, ce sera probablement ce foutriquet de Jules Belin qui procédera à la chose. Il s’agite passablement ces temps-ci, non avec la Brigade Mondaine, vieillotte, périmée et agioteuse, mais avec ces nouvelles Brigades Mobiles, dites «du Tigre». Je sens qu’il va faire mousser sa minuscule carrière à mes dépens, ce bougre d’âne bâté de constable mesquin de décrotteur de chiottes préfectorales. Si vous m’excusez ce ton vif, je vous épargnerai, en échange, la logorrhée vénéneuse et contrite que me suscite intérieurement le fait que nous revoici entre petites gens. Vous y gagnerez. Enfin… Ah, peste fétide de ce Jules Belin.

Je ne sais rien de tout cela, évidemment, Mademoiselle. Je suis dans le noir cardinal. Ces événements sont futurs pour moi. Je gamberge dans la mélasse spéculative. J’éructe un triste bouillonnement verbal qui tombe à plat en barbotant.

Ah, l’aubaine que vous me donneriez! Je pourrais vous prendre en otage et faire s’asticoter ce Jules Belin de tortillements vermiculaires au bout de son bâton merdeux de constable obtus. Mais hélas, il y a cette barrière extra-temporelle. Enfin, n’y pensons plus et… causons sans remords.

Vous êtes suicidaire en plus? Je puis concevoir qu’être la progéniture de Jules Belin, cela doit faire rouler à un petit cercle familial son lot de fantasmes auto-génocidaires. Je vois parfaitement le topo. Vous avez besoin de conseils éclairés sur la matière, ou vous êtes du genre à qui il faut Landru et rien d’autre?

Landru (… et rien d’autre)

.

Quel véhémence, mon cher, quelle franchise! Votre prose est appréciée à sa juste valeur. Trève de plaisanterie. J’espère que vous m’aurez pardonné mon entrée un peu particulière… Je vois avec joie que vous ne refusez pas le dialogue. Alors… causons, vous me tuerez plus tard.

Vous avez su deviner qui était mon paternel… bravo. Il m’a raconté avec beaucoup d’enthousiasme tous vos exploits, et, contrairement à ce que vous pourriez penser, je n’ai eu aucun sentiment de peur ou de rejet vis-à-vis de ses propos. Peut-être une légère excitation à la pensée que je pourrais un jour côtoyer de plus près un homme tel que vous, mais rien d’autre. Je ne suis pas une femme gouvernée et dirigée par la peur. Ma vie m’est à la fois chère, tout aussi bien qu’elle m’indiffère. Vous me comprenez, Landru? Je peux aimer, et détester quelques minutes plus tard.

Vous me demandez si je suis suicidaire. Je suppose que mes propos précédents répondront clairement à cette question. Mais j’ai très envie de retourner la question dans l’autre sens, et j’ose espérer de votre part une franchise réelle. Auriez-vous le même plaisir à me tuer, sachant que cela m’indiffère et que je suis consentante? Ah ah. Je suis curieuse de vous lire à ce sujet.

Et puis, concernant ce qu’il me faut, je dirai: Landru. Dans toute sa pudeur, sa folie, sa vision de la vie. Je vous ferai part de la mienne par la suite. Vous n’avez rien à craindre, je ne vous trahirai pas.

Florence

.

Florence,

Je vous tuerais sans plaisir. Vous êtes bien trop captivante vivante. Je tue comme on va au charbon, pour arrondir le malingre pécule de la vie. C’est mesquin, mais c’est moi. Pour les grands élans sanguinolents, il faut vous adresser à l’autre là, l’Éventreur de jeunes innocents…

Henri-Désiré Landru

.

Eh bien, mon cher Landru,

Je prendrai votre réponse comme le plus beau des compliments que l’on pouvait me faire. Vous êtes un homme franc, puissiez-vous le rester encore longtemps…

Bye cher ami, je vous souhaite longue vie.

Florence

.

Vous ironisez, mais je m’en accommode. Tout de vous a un goût plus doux.

Bons baisers de Gambais,

Henri-Désiré Landru

.

Mon cher Landru…

Ironie de ma part? Voyons… Je n’oserai pas! Dites-moi… un goût plus doux par rapport à quoi?

Florence

P.S. Et puis, je mettrai ma main au feu (plus, si affinités!) que vous appréciez mon ironie… n’est-ce pas? Elle est toujours très agréable cette sensation de jouer au chat et à la souris

.

Un goût plus doux par rapport à la vie, Florence, ma petite grisette, ma petite souris…

Henri-Désiré Landru

.

Voyons Landru, vous pensez sincèrement que dans notre aimable conversation, c’est moi la souris?

Florence

.

Il serait bien trop cru de vous traiter comme si vous étiez la chatte…

Henri-Désiré Landru

.

Vous pensez me faire croire que vous prendriez des gants avec moi? Et comment me traiteriez-vous si effectivement j’étais la chatte? J’en suis bien curieuse…

Allez Landru, nous sommes entre nous, exprimez-vous, personne ici n’a peur des mots, et au vu des accusations portées contre vous, je crois que vous pouvez envoyer la sauce, j’assumerai.

Florence

.

Simple.

Je vous tue et je vous crame. Antérieurement, vous mettez ce que vous pouvez dans le chapeau. Et si vous vous dégonflez, ce que vous me semblez bien le genre à faire à tout moment, eh bien on laisse tomber et je vous laisse devenir invisible à votre guise. Je ne suis pas une brute, Florence, juste un modeste artisan très très servile.

Henri-Désiré Landru

.

Je vous demande pardon pour tout ça, Landru. Mais parfois, la seule solution, est de se rayer soi-même de la carte, pour éviter trop de souffrance. Je m’en veux déjà suffisamment de toujours tout gâcher, mais qu’y puis-je?

Êtes-vous médecin? Avez-vous une potion magique? Vous savez bien que non. Et il ne suffit pas de mettre en pratique certains dires pour effacer les cicatrices et les blessures qui meurtrissent l’âme.

À votre égard, j’aurai à jamais d’éternels regrets, croyez-moi, je ne mens pas.

Florence

.

Je ne pardonne jamais, c’est bien ce qui fait que je pardonne toujours.

Adieu, Florence.

Henri-Désiré Landru

.

29- ENFIN, JE PEUX PRESQUE VOUS RENCONTRER

.

Bonjour Mr Landru,

Je me permets de vous écrire… enfin j’essaie d’y croire! J’ai travaillé des années sur votre histoire, et j’ai effectué tellement de recherches à votre sujet, Versailles, Vernouillet, Gambais, Paris, que cette lettre sera la touche finale à un travail de longue haleine.

Je me souviens d’un certain mardi d’hiver à Gambais, les premiers pas à l’intérieur de celle qui fut votre maison (encore mille mercis Mr et Mme Chicha), il y planait encore une ambiance quelque peu pesante.

J’ai toujours essayé de vous comprendre, et quand le doute m’envahissait quant à votre culpabilité, je me mettais à penser à Fernande Segret, quel Amour il y a eu entre vous, Monsieur… donc quand on est capable d’aimer comme cela, on ne peut faire preuve de manque de sentiments avec les femmes.

Voilà, je termine sur ces mots, en espérant une réponse de votre part.

Cordialement.

Cécile Mozart

.

Mais Cécile, chère Cécile,

Quelle petite conformité bourgeoise vous instille l’idée fallacieuse voulant que je puisse avoir manqué d’égard envers toutes les femmes que j’ai connues? Mais le fait est que je fus leur féal. Tout ce qui leur arriva de par moi fut le résultat de leur volonté sourde. Absolument tout.

J’aurai donc donné ma vie sur l’autel de leur compulsion à abréger la leur!

Ne doutez pas de ma droiture et parlons.

Henri-Désiré Landru

.

30- TUER

Tuer… Dites-moi Landru, pouvez-vous me parler de ce sentiment qui s’est emparé de vous à chaque fois que vous avez tué vos victimes? Est-ce possible que ce soit également un sentiment de jouissance de donner la mort, ou n’était-ce seulement que par appât du gain?

Florence

.

Une jouissance sublime, Florence, une sensation et une émotion enivrante, orgastique, exaltante, une indescriptible pâmoison à la fois si folle et si calme, si bestiale et si humaine, une extase inégalée. Le venin du cobra se change en nectar dans votre bouche tremblante au moment suprême. Et rendue là, vous chercherez à en retrouver le goût encore et encore, pour toujours.

Henri-Désiré Landru

.

La pression de mes doigts sur sa gorge Le sang qui bat dans mes veines Tel un aliéné que l’action perd L’étreinte qui peu à peu se resserre. Impitoyable, bestial. Ce sentiment de plaisir fou qui envahit l’être. Cette lave qui coule et qui ravage ce qui, en nous, reste d’humain. Cette vie qui s’évapore sous nos yeux. Cette respiration qui n’est plus que râle. L’existence dès lors n’est plus qu’un jeu. Où se distinguent le bien et le mal. Jouissance infinie du maître qui donne la mort ou épargne la vie. La main qui tue peut être celle qui caresse. Ou abat, la seconde qui suit.

Peut-être vous y reconnaîtrez-vous Landru….

Florence

.

Du baratin, Florence, de la phrasidote difficultueuse et creuse. Tuez quelqu’un pour vrai. Vivez pour vrai. Et vous verrez combien votre rimaillage sur cette question, comme sur tout autre, n’est que fade flatulence.

Henri-Désiré Landru

.

31- DESCRIPTION

.

Monsieur Landru,

Je voudrais savoir si le fait de découper des corps ne vous écœurait pas trop et par quelle partie commenciez-vous?

Au plaisir de vous lire,

Johana Brunel, une jeune demoiselle

.

C’est répugnant et horripilant. J’ai toujours abordé ce pensum d’équarrisseur avec la plus haute révulsion. Je commence en séparant la tête, les bras et les jambes du tronc. Vous… vous tenez vraiment à lire la suite? Si c’est le cas, c’est que vous fixez vraiment trop sur la portion inerte et bassement légaliste du processus, celle de l’escamotage du cadavre…

Il me serait pourtant tellement plus doux et suave de vous décrire comment je tue.

Henri-Désiré Landru

.

32- ALCOOL ET TABAC

.

Cher Monsieur Landru,

Je crois qu’avant que l’on ne vous coupe la tête, vous avez refusé le traditionnel verre de rhum et la cigarette. Je pense que vous avez eu raison de cette bêtise humaine. Est-ce que le bonheur sur notre planète Terre ne dépend que de l’alcool et des cigarettes de tabac?

Et, de votre temps, il n’y avait pas de Sécurité Sociale, laquelle nous met constamment en garde contre le tabac et l’alcool. Tristes époques!

J’espère qu’on vous pardonne là où vous êtes.

Terrien Djed Ramose

.

Je suis à Gambais en 1919 et on n’a absolument rien à me pardonner. Et, comme le dira Picasso dans cinquante-quatre ans qui sonnent (ce seront ses dernières paroles): buvez à ma santé.

Henri-Désiré Landru

.

33- JACK L’ÉVENTREUR EN PERSONNE!

.

Cher Monsieur Landru

Je trouve que ce que vous avez fait est tout simplement sidérant! Vous êtes Jack l’Éventreur en personne!

 Bien à vous,

Déborah Vaissac

.

En voilà une giclée de venin vexatoire!

Ce malotru londonien méconnu étripait en pleine nuit de pauvres filles de vie hagardes qu’il capturait comme des proies terrorisées. Au grand jour et sans le moindre coup fourré, j’ai guidé modestement et respectueusement un certain nombre de suicidaires endémiques vers le culminement serein de la conclusion de leurs objectifs. Si vous ne voyez pas la différence, jeune foutriquet, c’est que vous ne comprenez strictement rien à ce qu’est une femme.

Henri-Désiré Landru

.

Mon cher Landru,

Vous pouvez dire que vous avez plus d’expérience en ce qui concerne la gente féminine de 1919 qui est plus naïve qu’aujourd’hui mais soyez réaliste et voyez la vérité en face: vous avez tué des femmes qui, je suppose, n’étaient pas consentantes pour être dépecées et brûlées dans un four alors je vous prie de faire réfléchir votre conscience.

D’une part, sachez que je suis une femme et que je ne suis pas dupe et non un jeune foutriquet, je vous prie d’avoir plus de respect envers moi, comme moi j’en ai envers vous.

Déborah Vaissac

.

Déborah, vous voilà moins rétive et mieux disposée, comme on l’est toujours quand on dévoile finalement son sexe à Landru. Déborah, chère Déborah, mes victimes consentantes étaient des françaises bien modernes et bien cartésiennes. Du haut de votre insolent vingt-et-unième siècle, ne mésestimez pas la sagacité de ces respectables dames d’après-guerre. Vous me trouveriez sur votre chemin. Athées, rationalistes, déprimées et indifférentes, elles se souciaient comme d’une guigne du sort post-mortem de leur frêle et roide cadavre. Elles revendiquaient fermement une mort douce et me laissaient me dépatouiller avec le reste. Docile, j’obéissais et tout était dit.

Pour faveur, renseignez-vous d’abord. Pérorez ensuite.

Henri-Désiré Landru

.

Je vous en prie, mon cher Landru, sachez que du haut de mes 16 ans, je ne suis pas ce que vous vous représentez de notre XXIe siècle, d’une part les mentalités ont évolué et la justice aussi.

Sachez que si j’avais été juge de votre temps, donc du temps de mes arrières-grands-parents, vous auriez eu le même traitement de faveur que vos victimes. Sachez que je respecte toutes les personnes de quelque époque qu’elles soient et je vous prie de parler autrement de notre XXIe siècle et de modérer vos ardeurs concernant certains termes. Je ne doute certes pas de votre intelligence et de la ruse dont vous avez fait preuve, mais jamais je ne vous pardonnerai d’avoir entaché cette partie de l’histoire de France, vous auriez bien pu tuer quelqu’un de ma famille!

Déborah Vaissac

.

Votre siècle, mademoiselle, je le roule dans la farine et le jette aux ratons du caniveau fétide où l’Histoire de France croupit déjà.

Ça vous va comme ça?

Henri-Désiré Landru

.

34- L’HONNEUR, SAVEZ-VOUS CE QUE C’EST?

.

Mon cher Landru,

Vous devez être heureux, vous êtes désormais aussi célèbre que la personne dont nous avons parlé au début de notre correspondance. Je tiens à vous dire que le châtiment que vous avez subi n’est à ma conscience pas assez douloureux. Vous qui étiez un honnête père de famille, vous avez entaché l’honneur de vos enfants et de votre propre famille. Comment vous sentez-vous après avoir fait cela?

Déborah Vaissac

.

Mademoiselle Vaissac,

Disons la chose comme elle est, je me sens inexorablement voué à l’enquiquinade sempiternelle des péronnelles dans votre genre, ce qui est fort loin d’être un sort bien enviable.

Henri-Désiré Landru

.

35- LES FEMMES

.

Tu as aimé les femmes que tu as tuées?

Gérard Leboulch

.

Je les ai respecté et admiré. Je ne les ai jamais ni méprisé ni honni. Je leur ai toute trouvé un charme indéfinissable, une beauté flétrie, une ardeur déprimée. Chacune des femmes que j’ai aidées à quitter la vie devint et resta une amie.

Mais aimer d’amour, non. Tuer ce qu’on aime, c’est bon pour les meurtriers en série de basses ruelles, animaux sauvages hirsutes qui éventrent leurs victimes dans des pulsions irrépressibles d’amour fou et de luxure féroce, plutôt que de doucement les introniser dans le cénacle de la mort. Ce n’est là ni mon genre ni ma manière.

Henri-Désiré Landru

.

36- MON CHER COLLÈGUE

.

Modeste employé de bureau de son état et escroc à la petite semaine, Henri-Désiré n’employait en aucune manière le ton ampoulé que vous lui prêtez. Il convient de na pas confondre le 18ième siècle avec le 19ième… Je vous félicite néanmoins de votre initiative de faire perdurer sa mémoire.

Bien à vous

Dhilou-Lespes

.

Oh saperlotte!

Vous êtes terriblement mal renseigné à mon sujet, bon bougre. Lisez un chouia de ma correspondance au lieu de faire le butor. Cela vous édifiera un brin sur la culture des modestes employés de bureau et le rayonnement intellectuel inattendu des escrocs à la petite semaine…

Henri-Désiré Landru

.

Ventrebleu!

Justement là est le problème, de construction trop elliptiques, vos phrases nuisent à l’information de la population de ce siècle. Oserais-je vous suggérer de vous consacrer par exemple à des descriptifs plus complets des lieux et conditions de vie de l’auguste personnage?

bien à vous,

Dhilou-Lespes

.

Mais mon tout petit monsieur, je ne suis pas un folliculaire. Si vous êtes si fasciné par les autobiographies, tartinez-nous toujours la vôtre. Ça vous fera au moins un lecteur, qui ne sera pas moi, et ça me laissera le loisir de me consacrer à la partie cruciale de mon artisanat, exempte de verbiage.

Je ne vous salue pas,

Henri-Désiré Landru

.

37- QU’AIMERIEZ-VOUS?

.

Très cher monsieur Landru,

Je m’appelle Julie, je suis en quatrième. En ce moment, j’ai une recherche à faire sur vous; je voudrais savoir ce que vous voudriez que j’y mette?

Merci,

Julie Giuly

.

La vérité, Julie, la vérité pure sur mon compte! Que je suis un innocent livide et un grand incompris. Tout m’a échappé, tout, tout. Et s’il y a une chose qui m’échappe plus que le tout du tout, c’est bien que les petites écolières du 21ième siècle fassent des recherches sur moi!

Amicalement,

Votre Landru

.

38- ROLANDE A-T-ELLE EXISTÉ

.

Monsieur Landru,

Dernièrement, un téléfilm a été diffusé à la télévision où l’on relatait vos macabres entreprises; vous n’étiez guère présenté sous un jour très glorieux et pourtant votre personnage reste ambigu. Peut-être grâce au duo que vous composez avec la douce Rolande, cette jeune fille que vous avez séduite et qui semblait avoir touché votre cœur, puisque dans ce portrait, vous disiez qu’elle était votre unique amour.

Rolande a-t-elle vraiment existé, et l’avez-vous vraiment aimée? En plus, elle semblait être la seule à vous croire innocent, pourquoi l’avoir trompée à ce point, son amour ne vous suffisait-il point? N’auriez-vous pas pu vivre auprès d’elle ou est-ce que l’appât du gain était plus fort que son amour?

Avez-vous des regrets vis-à-vis de cette jeune femme qui vous aimait pour ce que vous étiez?

Christelle François

.

Enfin ma douce, de qui parlons-nous ici? J’ai connu sept Rolande, une Yolande et trois Marie-Rolande. Et, pour l’amour de tous les mécréant que je respecte (et ils sont légion), qu’est-ce donc qu’un «téléfilm»? Une de ces nouvelles esbroufes de folliculaire gazetier pour me discréditer? Je vous préviens que je ne vais pas me laisser beurrer au noir comme cela sans parer. Il y a quand même encore des lois.

Henri-Désiré Landru

.

39- RÉPONDEZ-MOI, S’IL-VOUS-PLAIT

.

Bonjour,

Je suis en train de faire une rédaction sur Henri Désiré Landru et je voudrais si possible avoir une réponse au plus vite, je voudrais poser des questions, pourquoi s’est-il lancé à tuer des femmes et pas des hommes? Pourquoi avec une cuisinière? Comment s’est passée son enfance?

Merci de répondre à ce petit message au plus vite si possible.

Au revoir!

CeNdRiLLOn

.

Ah, ma petite bonne-femme, il va falloir marcher la longue route. Vous documenter, potasser, faire des fiches. Je ne suis pas votre secrétaire, que diable.

L’histoire de ma vie est suffisamment morose pour que je ressente un grand ennui à la seule idée de la raconter. Je vais donc avoir séant le joie de m’épargner ce pensum à moi-même. Pourquoi des femmes? Mais parce que les femmes sont merveilleuses et que je ne peux qu’accéder à leur requête de suicide assisté. Pourquoi une cuisinière? Quoi. Après tout le mal que je me suis donné, vous auriez voulu en plus que je les évapore à la chandelle?

Ah, mais…

Henri-Désiré Landru

.

40- SALUT DÉSIRÉ

.

Je veux me marier avec toi! Et aussi aller dans la cuisinière.

Écris-moi!

Marianne

.

Non Marianne, non. Vous vous insinuez comme une petite aiguille crochue dans le mécanisme délicat de mon paradoxe. Pas de cela entre nous, en un si sain et si vif départ. Il faut OU BIEN qu’on se marie OU BIEN que vous alliez dans la cuisinière. Je ne suis pas un conjuncticide, voyons.

Il vous faut choisir. J’attends.

Votre Réré

.

Quel cruel dilemme m’imposez-vous, cher Désiré! Me marier avec vous ou visiter la chaudière? Et si je m’unissais à vous, qu’attendriez-vous de moi? Que seulement je mitonne pour vous de bons petits plats sur ladite cuisinière, ou que je vous aide avec application dans vos combustibles desseins? Car sachez que j’excelle dans la découpe de poulets et autres dindes. Voudriez-vous m’initier à la chasse d’un gibier plus imposant, mais ô combien plus excitant? Pardonnez ma hâte, mais je brûle de vous rencontrer, cher Désiré.

Chaleureusement,

Marianne

.

Merci, Marianne. Merci d’exemplifier brillamment ici qui est ce pauvre petit moi de Landru et la provenance du fourneau de forge qui me chauffe à blanc dans le crime: Vous! Vous et la multitude des aigres-douces de votre calibre. Le fait est que les femmes les plus fascinantes de ce triste petit monde se synthétisent en Vous.

Henri-Désiré Landru

.

41- UN SIMPLE SERVICE

.

Cher monsieur Landru,

Feriez-vous dans la grillade de jeunes filles? En effet, quelques demoiselles de mon lycée en ont fort besoin, je le crains.

Cordialement,

Aymeric

.

Jeune homme,

Je ne fais pas dans la grillade abrupte, intempestive, indésirée et surtout non commanditée. De plus, je ne calcine que des chairs majeures, éclairée, consentantes.

Adressez vos prières à Saint Laurent, patron des rôtisseurs. Légendaire et vaporeux, ambivalent, fumeux et mal étayé, il est pourtant bien plus susceptible de se rendre à vos petites requêtes misogynes de circonstances que moi.

Henri-Désiré Landru

.

42- ÊTES-VOUS LANDRU?

.

Êtes-vous véritablement Landru? Répondez-moi.

Worms the warrior

.

Oui, c’est moi Landru. Que puis-je faire pour vous, mon brave?

Henri-Désiré Landru

.

43- UNE JEUNE VICTIME

.

Bonjour Désiré,

Veuillez excuser la hardiesse de ma question, mais j’aurais voulu savoir, avez-vous ouï du téléfilm retraçant votre destin? Interprété par: Patrick Timsit (bluffant), le réalisateur vous décrit comme un être sensible, doux, affectueux et pardonnez-moi «érotique»! Vous me troublez Désiré! Encore une petite question: pourquoi vous qui aviez pour mission d’écouter des femmes plutôt proches de la quarantaine, cinquantaine… pourquoi votre présumée deuxième victime en avait 19?

Je vous adresse mon respect et mes salutations cordiales!

Rim

.

Rim,

J’ignore ce qu’est un «téléfilm» mais les qualités que vous semblez en dégager me correspondent assez. Sinon, ce n’est pas une question de nombre d’années. Si la demoiselle est déprimée, langoureuse et consentante, nous avons notre affaire…

Henri-Désiré Landru

.

44- UNE QUESTION ME BRÛLE LES LÈVRES

.

Bonjour cher Monsieur,

Permettez-moi de vous poser une question qui me brûle les lèvres, au sujet de votre arrestation. Je ne pense pas qu’à votre époque l’individu était moins intelligent qu’aujourd’hui, cependant je n’arrive pas à expliquer que vous ayez commis vos actes au même endroit durant tout ce temps sans vous méfier du cocher qui vous déposait à la porte ni des relations de vos «compagnes».

Il semblait évident qu’en réfléchissant un peu, vous auriez eu la possibilité d’intervenir dans des endroits différents et surtout si votre motivation première était l’argent et non le meurtre (ce que je ne pense pas).

Il était vraisemblablement possible de penser à une arnaque tout autre sans pour autant tuer des gens. En résumé, je ne pense pas, cher Monsieur, que votre intelligence soit particulièrement brillante mais je reste persuadé de votre perversité morbide.

Puisse-t-il subsister dans les limbes un policier tel Vidocq ou un sadique pervers susceptible de vous couper en tranches de façon définitive.

Cordialement,

Jean-Michel (20 septembre 2005)

.

L’abnégation, Jean-Michel. L’abnégation sans mélange expliqua et expliquera toujours mes menues maladresses de criminel. Je n’ai que glandouiller du crime parfait et autres strangulations en arabesques considérées comme un des beaux-arts. Je veux libérer une jolie veuve aux yeux si