Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Élections québécoises d’avril 2014. Le retour des capitaines de milices…

Posted by Ysengrimus sur 7 octobre 2014

Dans les dernières années, l’immense glacier poreux du Parti Québécois s’est lézardé. Il a perdu quelques lamelles sur sa gauche, notamment avec la fondation du petit parti monocéphale Option Nationale, mort-vivant minimaliste qui continue de vivoter. Les pertes à gauche au Parti Québécois sont moins parlementaires qu’électorales, en fait. Les électeurs gauchisants du Parti Québécois sont doucement, au compte-goutte mais inexorablement, ponctionnés, par la formation de centre-gauche Québec Solidaire qui, graduellement, se parlementarise. À gauche du grand glacier quadragénaire du Parti Québécois, on a donc un écoulement, une fuite chuinteuse, une liquéfaction pleureuse qui, de plus en plus perceptiblement, le mine.

Sur la droite du Parti Québécois, la fracture interne a été beaucoup plus abrupte. Le député ex-péquiste François Legault lève et mène la fronde d’une poignée de transfuges droitiers, quitte le Parti Québécois avec eux, d’un coup sec, et part fusionner avec ce petit parti de mouches du coche bombinantes de droite qu’avait été l’Action Démocratique du Québec. La bande des transfuges péquistes droitiers à Legault dissous et absorbe l’ADQ, en peu de mois, s’arrogeant, dans le mouvement, le nouveau nom, largement surfait, pompeux et insignifiant (du moins, pour le moment) de Coalition Avenir Québec. Son ambition n’est ni modeste ni implicite. De fait, la jubilation rassembleuse des droites pousse désormais Francois Legault à sereinement comparer son parti à l’Union Nationale (de Duplessis).

Dans ce dispositif d’équilibristes, passablement malsain et hostile au demeurant, le Parti Québécois représente de plus en plus le Centre étriqué et cerné de la politique parlementaire québécoise. En cela, il reflète de moins en moins la société civile (toujours passablement survoltée par les luttes récentes ayant mobilisé toute une génération au sens critique de plus en plus en alerte), qu’il croit pourtant encore représenter. Pour compenser la plus empirique des pertes subit par sa lente dissolution, le Parti Québécois a cherché, pendant son court mandat minoritaire, à ratisser à droite. Tel fut le but exclusif, délétère et minable de la Charte des Valeurs Ethnocentristes et Démagogiques qui fit avancer la perte péquiste de plusieurs crans. Cet appel du pied des droites idéologiques (sinon fiscales) fut, de fait, un échec cuisant, fermement sanctionné par l’électorat, et qui a, implacablement, entrainé la démission de la cheffe de cette formation, Madame Pauline Marois.

La fragmentation idéologique péquiste prend donc désormais de plus en plus corps politiquement (la gauche d’un bord, les droitiers de l’autre, les hyper-nationaleux dans leur petit coin, le centre-droite qui s’enfonce). Il est hautement improbable que cela soit réversible. L’effritement de cette vaste formation politique, qui marqua l’imaginaire d’une génération, est si important en proportion qu’il ne fut pas sans impact parlementaire. Les législatures québécoises, depuis la confédération canadienne (1867) avaient été, dans leur quasi totalité, constituées de gouvernements majoritaires. Si on excepte l’accident historique de 1878 (marquant l’ouverture de la transition libérale), on peut dire que les gouvernements québécois, une fois élus, n’eurent pas trop de problèmes de conciliation et/ou de copinage parlementaire entre les partis. On observe cependant, depuis 2007, l’accélération sensible de la mise en place insidieuse d’une culture des gouvernements minoritaires à l’Assemblée Nationale. Voyons un peu la liste historique des gouvernements minoritaires au Parlement de Québec:

1878 (durée de vie de vingt mois)
Premier ministre: Henri-Gustave Joly de Lotbinière
Gouvernement (minoritaire): Parti Libéral
Second parti de coalition: Conservateurs indépendants
Opposition: Parti Conservateur

2007 (durée de vie de vingt et un mois)
Premier ministre: Jean Charest
Gouvernement (minoritaire): Parti Libéral
Première opposition: Action Démocratique du Québec
Seconde opposition: Parti Québécois

2012 (durée de vie de dix-huit mois)
Première ministre: Pauline Marois
Gouvernement (minoritaire): Parti Québécois
Première opposition : Parti Libéral
Seconde opposition : Coalition Avenir Québec

Il est clair que cet impact parlementaire minorisant de la nouvelle porosité friable du Parti Québécois a fait l’objet à cette élection-ci d’un rejet. Patapoliticistes comme ils le sont toujours un peu désormais, les québécois de souche voulaient stabiliser les effets perturbateurs du mouvement de fonte du gros glacier bleu et blanc et en revenir à une chambre majoritaire. Plus politiciens au sens traditionnel, les québécois de branche ont rejeté en bloc (à raison – je les seconde pleinement) l’ethnocentrisme péquiste qui, lui, a enfin osé s’afficher ouvertement (et paya pour). Le vote actuel fut, l’un dans l’autre, bien plus caméral que militant. On a voulu remettre un peu d’ordre sur le tréteau du théâtre. Et, pour ce faire, on vient donc de remettre en selle le Parti Libéral,  les vieux capitaines de milices.

Ce sont des petits intendants méprisables et la force apparente de leur victoire actuelle ne doit en rien laisser croire qu’ils se soient spécialement crédibilisés ou rafraichis. C’est le retour par ressac de la fédérastie pense-petit et veule (le Canada anglais, qui n’y comprend rien, ne verra que le prisonnier strié de blanc et de bleu se résignant derechef et ne brassant plus sa cage), de la droite ordinaire qui, tout tranquillement, se croit propriétaire du pouvoir, du copinage impudent, et des grandes magouilles d’infrastructures. Mais… bon… hein… les électeurs ne retourneront pas aux urnes dans vingt mois mais, en bonne tradition ronron, dans quatre ou cinq ans. Ils ont maintenant la paix électorale jusqu’à la fin de la décennie. Pour ce qui est de la paix sociale, par contre, là, c’est une toute autre chose. Le troc pourrait s’avérer assez aride à terme. C’est qu’on assiste bel et bien ici à un retour bien abrupt et bien rapide aux conditions politiciennes de 2012… l’année du sommet de la crête de la lutte des carrés rouges. C’est donc à suivre.

Rappel du résultat des élections du 7 avril 2014 au Québec

Nombre de sièges à l’Assemblée Nationale: 125
Nombre de sièges requis pour détenir une majorité parlementaire: 63
Nombre de sièges au Parti Libéral: 70
Nombre de sièges au Parti Québécois: 30
Nombre de sièges à la Coalition Avenir Québec: 22
Nombre de sièges à Québec Solidaire: 3
Nombre de sièges à Option Nationale: 0
Nombre de sièges au Parti Vert: 0

Gouvernement majoritaire du Parti Libéral avec le Parti Québécois formant l’Opposition Officielle et la Coalition Avenir Québec formant la Seconde Opposition.

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Nota Bene: « Une représentation strictement proportionnelle à l’Assemblée nationale aurait donné les résultats suivants: 52 députés au lieu de 70 au Parti libéral; 33 députés au PQ au lieu de 30; 30 députés à la CAQ au lieu de 22 et 10 députés à Québec solidaire au lieu de 3. »   [LE DEVOIR]

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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21 Réponses to “Élections québécoises d’avril 2014. Le retour des capitaines de milices…”

  1. Tuquon bleu said

    Bonjour, Un début…?

    [Le problème c’est qu’on chante cette lire là à chaque élection et chaque fois, ça retombe avec l’émulsion électorale même. La fresque électoralesque est la quintessence de la fausse démocratie bourgeoise. – Ysengrimus]

    • Le Boulé du village said

      Un lien pas mal intéressant, H… Ceci dit, les élections québécoises ont eu lieu il y a six mois flush. Le buzz est bien retombé pour cinq ans. Qui parle de vote à la proportionnelle maintenant? Les vieilles matantes pis les vieux mononcles dans leurs tombes!

  2. Miranda Delalavande said

    Cela fait un bon bout de temps que le P.Q. envoie des petites piques xénophobes. Il y en avait déjà du temps des admirateurs de Lévesque. Et le «vote ethnique» avait déjà un peu raison de se méfier au référendum de 1995. Les péquistes ont ôté leur masque de fausse ouverture avec la charte et les québécois ont étampé leur face hypocrite dans la poussière. Bien bon pour eux. Une bonne chose de faite. Vive le Québec non-ethnocentriste.

    Aussi: s’en prendre aux femmes voilée, quelque part, c’est s’en prendre à toutes le femmes…

    • Vanessa Jodoin said

      Je seconde.

      Toute cette affaire de charte, c’était de la misogynie appliquée. Ça me fend le cœur que ça se soit tripoté sous notre première première ministre femme.

      [Bien regrettable, en effet. Minable, en fait. Et les séquelles sociales de cela seront durables. – Ysengrimus]

    • Brigitte B said

      Et pour compléter le gâchis, ils vont maintenant aller mettre un millionnaire briseur de grèves à la chefferie. Ils sont vraiment socialement finis.

      [Je seconde. Ysngrimus]

  3. Cougio said

    @Miranda

    La spécificité ethnique de droite est une marchandise sociale qui semble bien se vendre ici au Québec tant pour les québécois que pour les autres ensembles ethniques.

    [En tout cas là, pour le PQ, ça a pas vendu fort fort… – Ysengrimus]

    • Denis LeHire said

      Moi, je suis plus proche de l’analyse d’Ysengrimus que de celle du cynisme droitier exprimé ici… Vouloir sanctionner la dérive xénophobe du P.Q. tout en évitant l’agaçant effritement caméral. Sans conviction, il ne reste, pour ce faire, qu’à renvoyer le libéral faire le plombier pendant que ça se tasse.

      Le P.Q. s’est sabordé avec la Charte. C’est vraiment criant. Ils ont singé les Français une fois de trop.

      • Catoito said

        Singé les français? Sur quoi?

        [Sur la question du voile. On s’en fichait du voile ici mais le ressac de la crise du foulard a fini par nous rejoindre, en une décennie environ et ce, de façon largement artificielle et franco-mimétique. – Ysengrimus]

      • Vernoux said

        Exactement. On singe trop souvent les français dans leurs réflexes de droite. La France de Jean Ferrat, on la connait bien mal au Québec et c’est un gros manque.

  4. Cougio said

    La marchandise anti-québécois francophobe va très bien se vendre. Do you know what I’m talking about, Paul?

    [Oh c’est ben facile de jouer les victimes «francophones» ex post, C’est quand même pas des «francophones» qu’on allait renvoyer faire les servantes dans leurs cuisines pour des histoires de fichus sur la tête. Il ont salit leur idéal dans l’ordure ethnocentriste et bassement démago. Je ne voterai plus jamais P.Q. Terminus, les électeurs rationnels descendent ici… – Ysengrimus]

    • Fridolin said

      Dis donc, ils te le font payer longtemps, les petits ethnocentristes lys, lys, lys, d’avoir eu le malheur de bosser à Toronto pour faire bouffer ta famille. C’est puant et bas.

      Monsieur Cougio, sachez qu’Ysengrimus comprend bien mieux le Québec que vous, qui faites l’apologie de la droite cynique en affectant maladroitement de regretter un impact qu’elle aurait et qu’en plus, vous surestimez.

      [Oh oui, et, Québécois bleu poudre moi même, je leur répond CECI. – Ysengrimus]

  5. Aucune gouvernance n’est aussi inepte, corruptible et manipulable – et donc intrinsèquement néfaste – qu’une démocratie proportionnelle.

    Pierre JC Allard

    http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/11/158-non-a-la-representation-proportionnelle/

    [Elle est un des fleurons, mais pas le seul, du tout de la faillite électoralesque, comme le montre bien le patapoliticisme contemporain… – Ysengrimus]

    • Magellan said

      Le vieille chanson crypto-autoritaire du danger d’effritement parlementaire lié à la proportionnelle. Crispation conservatrice purement spéculative…

  6. Pierre Desautels said

    Le Parti Québécois est en train de donner (malheureusement) raison à Pierre-Elliott Trudeau qui clamait haut et fort que le nationalisme finit toujours par virer à droite…

    [Je seconde. Et comme Trudeau a aussi dit, circa 1961, « Les libéraux sont tous des caves », cela fait de lui un petit visionnaire local passablement méritoire. – Ysengrimus]

  7. Ysengrimus said

    Informations complémentaires sur le premier ministre Philippe Couillard et sur les six premiers mois de gouvernement libéral au Québec:

    business-cat-je-suis-le-chat-couillard-les-petites-souris-se-mirent-dans-mon-regard
    business-cat-avant-les-elections-je-vais-moccuper-de-lemploi-apres-les-election-il-le-fait-il-congedie
    business-cat-affirme-faire-preuve-de-transparence-tricote-des-couvertes-opaques-en-poils-de-petits-copains
    business-cat-pretend-introduire-un-nouveau-style-de-gouvernance-mais-bon-il-reste-quun-chat-est-un-chat-hein
    business-cat-priorite-affectee-leconomie-priorite-effective-les-economies
    business-cat-priorite-affectee-stimuler-priorite-effective-sabrer
    business-cat-se-dit-respectueux-et-empathique-sen-fiche-et-fait-sa-petite-affaire-en-fait
    business-cat-dans-lambivalence-et-la-malice-le-chat-couillard-reste-un-capitaine-de-milice

  8. Pierre Lapierre said

    Des élections pas trop chères, en tout cas…

    http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201410/07/01-4807123-scrutin-davril-les-depenses-electorales-loin-du-plafond-fixe.php

  9. Tourelou said

    Y a rien de plus indépendant qu’un chat… mauvaise analogie hum! Les québécois sont en mutation drastique.

    [Ah, il est indépendant en nasse… de toutes contraintes démocratiques. I fait sa tite affaire, on a dit… – Ysengrimus]

    • Sissi Cigale said

      Madame ou Monsieur, votre chat ne se préoccupe pas de vous (qui pourtant le nourrissez). Les déterminations de ses actions sont ailleurs… comme dans un autre pays…

  10. Tourelou said

    Et le glacier qui craque encore avec la poignée de CF18 en guerre contre les musulmans. Nous sommes des minets mondiaux.

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