Le Carnet d'Ysengrimus

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Les six aphorismes électoraux du Situationnisme Patapoliticiste

Posted by Ysengrimus sur 7 avril 2014

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Nous sommes entrés, depuis un bon moment déjà, dan l’Ère Patapoliticienne. Le «politique» est profondément, durablement et irrémédiablement discrédité. La «vie démocratique» contemporaine se réduit à la conformité électorale myope puis à la vie parlementaire somnolente des gras durs éligibles dans leur bocal à banquettes. Il faut donc faire avec cette situation en la jouant, justement, situationniste. Le Situationnisme Patapoliticiste s’impose. Ni cynique, ni défaitiste, ni arriviste, ni triomphaliste, cette posture philosophico-politique se donne l’heure juste, sans rêver ni renoncer. Nous dégageons ici les six aphorismes clefs du segment électoralesque de la pensée patapoliticiste. La référence situationniste situationnelle est ici le Québec (et le Canada) mais nous nous formulons dans des termes suffisamment généraux pour que la transposition se fasse sans trop de difficulté et ce, pour partout dans le monde patapolitisé contemporain.

1-     Il faut aller ne pas s’abstenir de voter. Il faut aller (ne pas s’abstenir de) voter, tout simplement parce que ne pas aller voter c’est laisser la bourgeoisie bénéficier de notre silence. Quel que soit le taux d’abstention électoralesque, la bourgeoisie continuera toujours de rouler dans son système pseudo-consultatif. Il faut donc caraméliser le moteur en agissant plutôt que de croire pouvoir le mettre à sec en ne faisant rien. Oui, oui, abstentionnistes qui vous voulez de gauche, notez le bien que le fait de ne pas voter, c’est ouvertement donner son silence-lobby à la bourgeoisie (que toute élection auto-légitime) et/ou abandonner son vote aux petits escrocs chapardeurs de voix qui sont bien loin d’avoirs quitté le service depuis le duplessisme. Il faut occuper intégralement son espace patapoliticiste et bien aller boucher la coche avec notre croix ou notre point noir. C’est pas une si grosse perte de temps, surtout de nos jours avec le vote anticipé et tout et tout. Une abstention est une manifestation de servilité hargneuse sans aucune valeur situationniste effective. Au siècle dernier, Ronald Reagan fut élu sur les plus hauts taux d’abstentions de l’histoire de son temps. L’abstention sert la réaction. Toujours.

 2-     Il faut voter pour ce qui est le plus à gauche sur son bulletin, sans fidélité particulière. Votez Marxiste-Léniniste, Communiste, Trotskyste, Maoiste, Ho-Chi-Ministe, Situationniste, Gauchiste, Guévariste, Gramsciste, même Solidariste ou N-Pédalo-Socialo. Prenez ce qui est le plus à gauche sur la feuille, sans tergiverser, et cochez. Le fait est que voter pour le genre de gauche molle qu’on nous propose dans le coin est mieux, mille fois mieux, statistiquement notamment, que de s’abstenir. S’abstenir c’est donner son vote à l’ennemi de classe, sans rien prendre en retour. Voter pour la gauche-bouffon, c’est au moins s’amuser un petit peu aux dépends de l’ennemi de classe… Il faut agir en se gaussant mais froidement et sans complexe. Vote durablement protestataire et politique du pire-moins-pire à fond le caisson, histoire de bien foutre les choquottes de la gauche au reste du camembert… Les partis politiciens (ceux d’extrême-droite inclusivement, naturellement) servent la bourgeoisie de façons fort analogues sinon identiques. De fait, savoir qu’ils travaillent tous ensemble, telle est la Loi Un de la saine conscience patapoliticiste contemporaine. Tous les partis politiciens perpétuent de concert la mythologie parlementaire… Le seul vote valide désormais n’a plus rien à voir avec le théâtre de marionnettes de la chambre: c’est celui qui fait pencher la barque à gauche. Il faut bouger dans l’isoloir pour leur rougir la vessie statistique un petit brin et tirer les pourcentages à gauche. C’est la seule chose à faire et ça les fait bien blêmir et cesser de nous prendre pour une petite populace de buveurs de bière et d’écouteurs de tribuns.

 3-     Il ne faut jamais militer pour un parti politicien. Militer pour un parti politicien (même un se voulant de gauche), quelle fadaise archaïque. Des pas et des pas, des portes claquées au nez, pour envoyer un autre trèfle dormir au parlement. Plus informés, plus rétifs aussi, nos concitoyens ne changent plus d’avis aussi facilement qu’avant, en matière politicienne. C’en est ainsi surtout parce que, patapoliticisme oblige, la politique politicienne n’est plus prise au sérieux autant qu’avant. Les positions sont donc relativement cantonnées… tant et tant que militer dans le giron électoralo-politicien, c’est un peu jouer du pipeau sous la pluie en faisant la manche dans une ruelle déserte. Ainsi, par exemple, le vote de gauche au Québec n’est pas un vote de protestation ad hoc mais bien de conviction stabilisée. La sensibilité de gauche est bien présente dans notre société. Souvenons-nous de la marée NPD, au fédéral en 2011, qui fut largement d’inspiration patapoliticiste et qui ne surprit vraiment que les Tartuffes médiatiques qui voudraient tant pouvoir prendre nos compatriotes pour des amateurs un peu épais de sport professionnel, sans plus. Le pépin contemporain c’est pas vraiment avec notre adhésion aux valeurs de gauche… c’est bien plutôt qu’on croit encore bien trop aux institutions parlementaires. Là, on dort au gaz pis pas à peu près… Si l’Assemblée Nationale et la Chambre des Communes sont des espaces de mythologisation, elles ne sont certainement pas des espaces de pouvoir. «Gauche parlementaire», c’est la formule soporifique par excellence, le nouvel opium du peuple progressiste. Militer pour ça, c’est du mauvais situationnisme et du vrai de vrai somnambulisme. S’il vous plait, éviter de le faire. Mobiliser l’énergie militante autrement et, surtout, ailleurs. Il faut militer social fondamental, pas politicien restreint.

 4-     Il ne faut jamais voter «contre» ou «pour punir» des politiciens. Le vote «stratégique» (dit aussi vote «utile») est une fadaise affligeante dans laquelle les partis bourgeois vous encouragent copieusement parce qu’elle les aide dans leur petit dispositif complice d’alternance, dont la veulerie faussement compétitive ne fait que s’accentuer de par la logique croissante des chambres minoritaires que nous vivons de nos jours. Savez-vous comment on guérissait un patient atteint de la syphilis avant les antibiotiques? On lui injectait la malaria. Les intenses poussées de fièvre des accès de malaria tuaient le syphilicoque… Une des maladies disparaissait mais une autre la remplaçait, non fatalement mortelle mais fort dangereuse et emmerdante quand même. Tel est le pis-aller politicien du voter «contre» ou «pour punir». En 1984, les canadiens ont voté pour sortir Pierre Trudeau (ou son souvenir falotement incarné en John Turner) et ils ont rentré le conservateur Brian Mulroney. Syphilis/Malaria, je ne vous dis que ça. Il ne faut pas entrer dans leur logique d’alternance, de baratin de balancier, de fausses crises politiques en ritournelles. Le patapoliticisme contemporain sait parfaitement que la crise politique fondamentale, la vraie, la cruciale, la seule, c’est l’existence intégrale de la politique politicienne. Voter «utile contre» c’est la perpétuer dans sa jubilation pendulaire, sans lui faire sentir la virulence du moindre message utile. Il ne faut pas faire ça. Pour savoir ce qu’il faut faire voir le # 2.

 5-     La politique politicienne est un spectacle. Le vivre comme tel en n’oubliant surtout pas de s’en amuser. C’est un show. C’est un zoo esti. Voyons et rions. N’oublions jamais que la grande bourgeoisie alimente la caisse électorale de tous les partis politiciens de façon tendanciellement uniforme. Premier Ministre Lambda ou Première Ministre Epsilon, les vrais décideurs d’officines s’en tapent totalement. Les nuances introduites par l’un politicien et par l’autre politicienne sont les tressautements aux couleurs clinquantes des calicots rapiécés d’un petit tréteau de guignol en déglingue. La continuité de l’état est la seule notion patapoliticiste qui vaille à ce jour, et le cynisme qui la constate est bel et bien celui de la bourgeoisie (pas de la société civile) et ce, depuis des décennies. Observons aussi que la procédure de la grande-cause-sociétale-distraction est désormais au cœur du spectacle en place. Circa 2010-2012, Jean Charest a absorbé l’attention sociétale avec sa raideur parlementaire et policière devant la crise des grèves étudiantes et la lutte des carrés rouges. Lui succédant sans vraiment le refaire, Pauline Marois a artificiellement déchaîné les passions avec sa Charte des Valeurs Ethnocentristes et Démagogues. Pendant que la société civile se distrayait avec ces grandes causes brasiers, allumées et éteintes juste à temps, pile-poil pour les échéances électorales, les deux grands partis parlementaires québécois travaillaient discrètement ensemble sur la question des scandales de corruption dans les grands travaux d’infrastructures et sur la braderie des ressources minières, pétrolières et gazières d’Anticosti et du grand nord, sans que le public ne se prenne trop à discuter ces questions là. Au fédéral, on a fait du guignol parlementaire avec les centaines de milliers de dollars gaspillés par des sénateurs inutiles à Ottawa pour bien éviter de parler des dizaines de milliards de dollars flaubés par des soldoques canadiens tout aussi inutiles (mais beaucoup plus coûteux et nuisibles) à Kaboul (Afghanistan) circa 2002-2014. Les marchands de sable politiciens font mumuse dans leur bac à sable politicien et ils endorment qui, vous pensez?

 6-     Il faut surveiller la politique politicienne non pour ce qu’elle dit mais bien pour ce dont elle est le symptôme. Il faut agir et bien voir ondoyer le mirage baratineur. Il ne faut surtout pas se retirer du monde patapoliticiste et/ou rentrer bouder dans ses terres pour autant. Il faut assurer, les yeux bien ouverts, l’intendance méthodique de notre vaste démobilisation politicienne. Certains partis politiciens se veulent plus mythologiques-lyriques. Ils font rêver et fantasmer. D’autres sont plus réalistes-cyniques. Ils (in)sécurisent et flagornent au ras des mottes. Il faut suivre les fluctuations clinquantes du show car elles sont autant de rides et de vaguelettes évocatrices sur la surface du cloaque bourgeois. Le vrai Situationnisme Patapoliticiste n’est pas abstraitement indifférent à la politique politicienne: il s’en moque, ce qui est, de fait, la suivre très attentivement et voir à lui faire révéler tout ce qu’elle n’admet que de fort mauvaise grâce. Il faut suivre (observer) et ne pas suivre (ne pas marcher à la suite de)…

À suivre donc…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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«Haine d’Arabe»

Posted by Ysengrimus sur 21 février 2014

Une citation d’Objectif Tintin  — le site interactif des amis de Tintin

Haine d’Arabe: Titre d’un film, en cours de tournage par la firme « Cosmos Pictures » qui a nécessité la reconstitution, en plein désert, d’une ville entière. Ces moyens, considérables, s’expliquent par le fait que « Cosmos Pictures » est une entreprise de l’empire du célèbre milliardaire Rastapopoulos. Tintin, ignorant qu’il s’agissait d’un film, intervient malencontreusement lors du tournage d’une scène.

(Dans « Les cigares du pharaon »).

CMJN de base

De toniques Arabes de mon voisinage, dans la jeune vingtaine, me posent la question en toute spontanéité: l’image négative des Arabes et des musulmans remonte t’elle aux attentats du 11 septembre 2001? Je réponds sans hésiter que non. Et de détailler la chose, pour mes jeunes compatriotes d’origine arabe. Dans le demi-siècle avant le onze septembre, un des principaux vecteurs récurrents de l’image intoxidentale négative des Arabes fut le conflit palestinien. Éléphantesquement hypertrophié dans les médias, ce lancinant abcès de fixation était toujours analysé et décortiqué dans le même sens. Je ne m’étends pas sur cette question archi-connue dont personnellement, par solidarité pour des causes plus graves et moins médiatisées, je ne parle jamais. Passons, donc. L’avant onze septembre vit aussi les belles années du discrédit de l’Irak. Saddam Hussein (1937-2006) s’étant emparé du Koweït (1991), on le démonise subitement, l’accusant de gazer son peuple et de commander «la troisième armée du monde». La légitimation de sa capture, de sa mascarade de procès et de sa pendaison hâtive fut amplifiée par le onze septembre, certes. Le meurtre antérieur de ses fils (les fameux personnages de cartes à jouer recherchés par les forces d’occupation américaines) aussi, indubitablement. Mais, un bon moment avant le détournement de la crise du ci-devant 9/11 par George Bush Junior vers l’Irak, son père, George Bush Senior, ancien vice-président de Ronald Reagan, oeuvra méthodiquement à détruire l’image antérieurement positive de Saddam Hussein. L’enjeu était d’autant plus sensible que, circa 1991, le syndrome vietnamien jouait encore fortement sur la psychologie de masse américaine. Il s’agissait donc, en faisant d’une pierre deux coups, de montrer que Hussein était un mauvais gars, un voyou passablement costaud MAIS AUSSI que le vaincre était jouable. Il fallait de nouveau vendre crédiblement la notion lancinante et peu populaire de guerre de théâtre. Ce fut la grande réalisation belliciste et militariste de George Bush Senior d’imposer, dans la conscience occidentale, cette idée des guerres sectorielles jouables, en guise de substitut conflictuel de la guerre froide. Pour ce faire, on joua à fond les Arabes contre les Kurdes (d’Irak). Antérieure au cap intox mis sur l’Afghanistan/Pakistan (changement de cap intox justement lancé par le onze septembre), on peut dire que la décennie 1990-2000 fut la grande décennie du salissage médiatique (et de la préparation à la destruction matérielle) de l’Irak. L’incident Jessica Lynch (2003) en marqua une sorte de point d’arrêt ou de hoquet temporaire, sans pour autant que l’image des Arabes ne s’en rehausse vraiment durablement.

Alors, poursuivons ce petit recul dans le temps. 1980-1990 fut, elle, la décennie du salissage de l’Iran, donnée comme l’archétype théocratique. Les Iraniens NE SONT PAS Arabes mais Perses, sauf que le confusionnisme sur leur ethnicité est perpétué en permanence dans le discours d’intox, dont l’ethnocentrisme crasse et primaire dans lequel on maintient les masses nord-américaines reste le vivier les plus purulent. L’Iran des ayatollahs du début de la période deviendra d’ailleurs subrepticement, au cours de la décennie, l’Iran des mollahs, de façon à ce que la rhétorique islamoclaste ratisse plus large, plus ample, plus général. Cette période commence en force et en grandeur: révolution iranienne (1979), crise des otages de l’ambassade américaine de Téhéran (1979-1980), passation de Jimmy Carter à Ronald Reagan, avec cette crise internationale majeure en toile de fond. Il y a bien alors encore des continuateurs de la guerre froide qui présentent les étudiants islamistes preneurs d’otages comme des «agents de Moscou» mais cette doctrine déjà vieillissante se résorbe lors du déclenchement compradore de la très meurtrière guerre Iran-Irak (1980-1988). L’image de Saddam Hussein est alors positive et laudative (c’est dans ce temps là qu’on lui remit les clefs de la ville de Détroit, entre autres) et on nous raconte que les irakiens sont des musulmans sunnites (ce qui est un mensonge d’intox) et que les iraniens sont des musulmans shiites (ce qui est vrai). Il y a donc «encore» des bons musulmans et des mauvais. Les iraniens sont les mauvais. La prise d’otage de 444 jours du début de la période et les éructations grossièrement antisémites du président iranien Ahmadinejad de la fin de la période n’arrangent rien pour l’image de l’Iran. Pour mémoire, c’est aussi l’époque où, subitement, on ne dit plus Golfe Persique mais Golfe Arabo-persique pour faire sentir, si possible, que le hautement pétrolier Détroit d’Ormuz est à tout le monde (pas juste aux Perses). Inutile de dire que le Arabo- a derechef disparu de cette désignation depuis le temps… C’est que, de fait, si ces faux Arabes que sont les Perses en prennent pour leur grade pendant cette décennie, les vrais Arabes ne sont pas, eux non plus, en reste. Notamment en France. C’est que ce sont aussi les années Mitterand/Le Pen. Souvenons-nous bien. Soit par électoralisme myope soit par crypto-pétainisme convaincu, soit les deux, le «socialiste» François Mitterand (1916-1996), potentat fétide s’il en fut,  laisse fleurir le Front National de Jean-Marie Le Pen qui, lui, est au zénith de sa xénophobie militante et qui emmerde la droite française, la ratatine et la divise. Ce sont les années de l’évocation en ritournelle de «Charles Martel arrêtant les Arabes à Poitiers». Le mouvement Touche pas à mon pote et des franc tireurs pathétiques et émotifs genre Harlem Désir feront tout pour freiner la surchauffe croissante d’un hystérie ethnocentriste qui, on peut le dire avec le recul, fut française avant que de devenir occidentale.

1970-1980. Cette décennie est dominée par le premier (1973) et le second (1979) chocs pétroliers. En 1973, le pétrole brut se vend 1 (UN) dollar le baril. En peu de mois l’OPEP (un sigle qu’on va vite apprendre à connaître) fait passer ce prix de 1 à 3 (TROIS) dollars le baril, en disant très explicitement que ça va faire, l’abus compradore post-colonial en matières énergétiques. Panique inflationniste en Occident. Tout un mode de vie joyeux et folâtre est ouvertement compromis, menacé, condamné. La faute à qui? La faute aux Arabes. L’Arabe devient alors un personnage durablement caricatural. C’est un scheik en tenue ample, genre Saoudien, milliardaire, arrogant, somptuaire et cassant, viscéralement commerçant, qui dit, en roulant les orbites: «Ti vé ti di pétrole… dé tapis…» Je ne plaisante absolument pas. Revoyez les bandes passantes du temps. On lance aussi, dans le discours d’intox, la notion pseudo-économique de pétro-dollars. Les pétro-dollars, c’est des dollars identiques aux miens et aux vôtres, gagnés en suant sang et eau, comme les miens et les vôtres, mais la propagande du temps donne vraiment l’impression que c’est de l’argent de Monopoly. La notion de pétro-monarchie, beaucoup plus pertinente du strict point de vue socio-historique, ne sera mise en circulation que plus tard. Les Arabes, dans ce temps là, «ne vivent pas» dans des monarchies rétrogrades qui freinent le progrès social et oppriment les femmes. Les Arabes, dans ce temps là, bénéficient de la protection des avions AWACS américains. Et surtout, ils «sont riches». Pendant cette période, les Arabes sont tous arrogants, ricanants, faussement obséquieux et riches. Il n’y a que des Arabes cons et riches. On pourrait leur vendre la tour Eiffel. Ils importent même du sable fin (sic) pour les filtres des piscines de leurs palais somptuaires…

1960-1970. La version guerre froide du conflit palestinien culmine dans les très traumatique Guerre des Six Jours (1967) et Guerre du Yom Kippur (1973). L’Arabe est alors un inquiétant Fedayin pro-soviétique avec une mitraillette et un keffieh en nappe de maison de campagne rouge et blanche, genre Arafat. Yasser Arafat (1929-2004) lui-même est évidemment, justement, un fort mauvais gars (pas encore Prix Nobel de la paix, il s’en faut de beaucoup). Il est rien de moins que le Fidel Castro du Moyen-Orient. Les seul bons Arabes sont Abdel Nasser (1918-1970) et son (futur) successeur Anouar el-Sadate (1918-1981) parce qu’ils se fringuent en costards et embrassent ouvertement les valeurs occidentales. Plus tard, de vilains pro-iraniens tueront Sadate, mais pour le moment, moi (né en 1958) je lis des Tintin et je prend pensivement connaissance des inoubliables séquences du film de la Cosmo Pictures du méchant et ricanant millionnaire grec Rastapopoulos, dont le titre, syntaxiquement ambivalent, me laissera longtemps dubitativement rêveur (notamment sur le thème de grande portée contemporaine du malentendu): Haine d’Arabe.

Alors, pour tout dire, en fait, quand je cherche, dans ma trajectoire personnelle ou dans notre histoire intoxico-médiatisée récente, quelque chose de positif qu’on a pu éventuellement me raconter un jour au sujet des Arabes, je ne trouve que quelques pets de nuées philosophiques. Ils ont inventé les mathématiques et ont permis à la sagesse d’Aristote (si tant est) de passer à travers le Moyen-âge. C’est à la fois beaucoup et peu. Et surtout, notez bien que c’est ancien, que c’est vénérable, qu c’est du passé, que ce n’est pas contemporain. Car justement, il y a cette boutade incroyablement probante (et odieuse) au sujet de Star Trek et des Arabes. Vous la connaissez? Elle va comme suit:

— Sais-tu pourquoi il y a pas d’Arabes dans la série télévisée Star Trek?
— Non…

— Parce que c’est un feuilleton qui se passe dans le futur…

«Hilarant» non? Cela me colle dans le visage le rictus crispé de Rastapopoulos, tiens. Et pourtant, c’est tout juste le contraire. Les Arabes et les musulmans, c’est tout ce qu’il leur reste, le futur. Et le futur, eh ben, ça vient vite, de nos jours. Tant et tant qu’à leur sujet, il serait peut-être un peu temps de changer de disque…

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Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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