Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Mais pourquoi les musulmans ne veulent pas qu’on représente physiquement le saint prophète?

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2013

Allah

Comprenons-nous bien, je suis athée mais je ne suis pas ignare. Le petit journalisme contemporain occidental est, lui, par contre, particulièrement sot, nunuche et baveux et il ne rate jamais l’occasion de faire passer les musulmans pour des irrationnels, des boutefeux et des incohérents. Ça m’agace au plus haut point. Ça n’explique rien et ça sème la confusion intellectuelle, la pire de toutes. Le refus par les musulmans de voir le saint prophète (j’utilise ici la désignation française musulmane usuelle pour ce personnage historique – simple question de déférence élémentaire) représenté matériellement fonctionne selon une logique interne simple, parfaitement articulée et qui pose des problèmes spécifiques (y compris des problèmes logiques menant à une critique intellectuelle respectueuse). Voyons l’affaire dans sa limpide cohérence. L’Islam organise son système de représentations d’abord et avant tout dans un cadre de croyances hautement codé. C’est là une chose très spécifique qui n’échappe pas aux détails des contraintes historiques. On dira donc, plus précisément, que le religion musulmane est un monothéisme abrahamique et, comme tel, qu’elle est très soucieuse de précision sur son inscription dans une continuité améliorée des deux autres monothéismes abrahamiques majeurs que sont le judaïsme et le christianisme. Ceci est capital et encore bien mal compris des occidentaux.

UN RIGOUREUX MONOTHÉISME. L’Islam est la version la plus achevée et la plus cohérente des grands monothéismes ayant eu un impact de masse significatif. En cela, l’Islam formule des exigences qui frappent par leur simplicité, leur clarté et, disons le mot, leur rigueur. Il y a un seul dieu, c’est Allah et il faut s’abandonner totalement à la foi en lui. C’est un être immatériel, intemporel, spirituel, éternel assurant la cohérence de l’univers matériel et social. Je vous assure que le plus modeste musulman vous dira que la foi en dieu est l’unique exigence de l’Islam et que tout le reste est facultatif, ancillaire, subsidiaire, ajustable et conjoncturel. Or, il faut absolument comprendre que le monothéisme de la tradition abrahamique s’extirpe par bonds du polythéisme ancien qu’il subvertit. Dans la Genèse, dieu est souvent désigné au pluriel (Les Élohims). Je ne vous parlerai pas des anges, des diables, des dieux des peuples ennemis (Moloch, Baal etc), des veaux d’or, des djinns et de toute une fournée d’êtres intermédiaires qui brouillent le monothéisme depuis ses origines. Le cas chrétien pose des problèmes encore plus épineux (sans calembour), sur cette question de la rigueur simple et dépouillé du monothéisme. Voici un culte qui s’embarque avec une trinité incorporant un esprit saint (en anglais Holy Ghost – je vous laisse méditer et gamberger l’explication de ce concept moyenâgeux particulièrement fumeux), un fils de dieu divinisé (thaumaturge hocus-pocus ressuscité après supplice dont la magie, hautement sensuelle et terrestre, répugne particulièrement à la logique systématisante, abstraite et universalisante de la foi islamique) et une nuée de saints plus ou moins surnaturels eux aussi. Tout ça, pour les musulmans, c’est du fatras superstitieux et la notion de fils de dieu est une pure et simple injure intellectuelle. Dieu est un être spirituel immortel, il ne peut pas engendrer un être charnel mortel. Point final. On est pas dans les galipettes hédonistes et sautillantes de la mythologie gréco-romaine ici. Pas de demi-dieu, au sens fort du terme. Pas de trinité non plus: dieu est un. L’exigence de rigueur monothéiste de l’Islam ne transigera pas là-dessus. C’est une question de simple cohérence élémentaire dans la formulation des caractéristiques définitoires de dieu. Ajoutons, pour la bonne bouche, que des penseurs modernes ont introduit des monothéismes encore plus systématiques que celui de l’Islam (Thomas Paine, Spinoza, Voltaire, les Francs-maçons – ils rompent carrément le contact entre l’humain et le divin. Ils retirent les anges et la prières par exemple, intermédiaires indispensables en Islam pour que la transmission du Coran au saint prophète ne soit pas trop intime avec dieu mais aussi pour que tout le monde puisse se raccorder au divin). Ces théologies hyper-abstraites de francs-tireurs, ce sont les déismes. Ils sont bien beaux et bien logiques, mais leur impact de masse est resté beaucoup plus restreint (le passage direct à l’athéisme prenant vite le dessus sur la foi déiste de Thomas Paine ou le dieu-nature de Spinoza). Restons lucides ici. Quand le dieu de Voltaire aura défini en profondeur la culture et la vision du monde d’un milliard et demi de personnes (ce qui est le cas de l’Islam), eh ben, on en reparlera… C’est quand même pas demain la veille.

UNE RELIGION ABRAHAMIQUE. C’est ici qu’on entre au cœur de notre problème. Contrairement au déisme justement, l’Islam n’est pas juste un monothéisme comme ça, en l’air. C’est un monothéisme révélé. C’est délicat ça, parce que qui dit révélation dit point de contact entre dieu et les humains. L’Islam est en plus révélé dans un cadre très spécifique: le cadre prophétique abrahamique. Partant d’Abraham (Ibrahim) puis d’Ismaël (Isma’ïl), une succession de prophètes, dont Jésus (Îsâ, être humain et prophète de l’Islam), gueulent, luttent et s’efforcent de faire avancer deux causes: la moralité publique (sexuelle, comportementale, politique et militaire notamment) et la rigueur de la foi monothéiste. Or une des exigences cardinales de la foi en un dieu unique, c’est le rejet de toutes autres divinités, idoles, totems, fétiches, panthéons, saints, lutins, héros fabuleux, ou icônes. Le Coran est très clair là-dessus. Citons pour exemple ce passage, attribué au prophète Joseph (Yusuf):

Ceux que vous adorez en dehors de lui
ne sont que des noms
que vous et vos pères, vous leur attribuez.
Dieu ne leur a concédé aucun pouvoir.
Le jugement n’appartient qu’à Dieu.
Il a ordonné que vous n’adoriez que lui:
telle est la Religion immuable;
mais la plupart des hommes ne savent rien!
(Le Coran, Sourate 12, Joseph. verset 40, traduction D. Masson)

Pas de concession. En toute cohérence, donc, cette consigne stricte et cruciale s’applique aussi à tous les prophètes sans exception, incluant le ci-devant dernier prophète, le saint prophète de l’Islam. C’est très délicat parce que, dans le cadre des religions abrahamiques, les prophètes sont des personnages explicitement raccordés au divin MAIS qu’on ne peut pas simplement rejeter (on bazarde tout simplement –autoritairement– les djinns et les icônes – les prophètes, c’est bien plus délicat à encadrer). Le saint prophète est donc juste un messager humain, mort à soixante-cinq ans d’une courte maladie et incarnant, comme les premiers califes, la modestie humaine et limitée d’un simple serviteur de dieu. Or, les musulmans ont eu le pif d’observer rapidement (notamment dans les territoires sur lesquels leur rayonnement fulgurant s’effectua, sous les quatre premiers califats) que l’idolâtrie n’était en rien une manifestation de religiosité exclusivement polythéiste. Les cultures ayant accepté le pacte avec dieu (pour reprendre la formulation coranique) en étaient lourdement infestées, non plus, alors, envers les idoles de jadis mais envers les saints d’aujourd’hui. Voyant dans cela (d’ailleurs à raison, je les seconde ici pleinement, en tant que rationaliste) une régression tendancielle vers des formes de religiosité plus sensuelles et sensorielles, moins abstraites ou générales, les musulmans ont vu, avec la fermeté requise, à mettre, sur cette question, de l’ordre dans leur propre demeure. Ils ont vu à ce que le grand amour, profond et tangible, qu’ils ressentent pour le saint prophète ne bascule pas en dévotion. Déférence obligée envers l’absolue priorité monothéiste. L’iconolâtrie (représentation des saintetés sur supports matériels et adoration subséquente, souvent délirante, de ces supports – partez-moi pas sur le christ en croix, les reliques médiévales, les icônes des vieux croyants russes ou les images de la vierge dans des taches d’huile ou du christ dans des croque-monsieurs) fut donc explicitement prohibée dans la culture islamique. The rest is history…

UN PROBLÈME FONDAMENTAL DE COHÉRENCE. Adoncque, cet interdit de représenter le saint prophète matériellement, ce n’est pas à cause de la peur de la dérision ou des caricatures qu’il fut initialement formulé. C’est plutôt à cause du contraire: l’amour débordant et intense des musulmans pour le saint prophète. On refusait que le saint prophète se fasse fétichiser et adorer (comme Jésus ou encore Bouddha), alors qu’il n’est qu’un modeste porte-paquet de la révélation divine. Le rejet des représentations matérielles initiales du saint prophète était donc un rejet de l’iconolâtrie complètement INTRA MUROS (contrainte de culte INTERNE à la foi musulmane). Or une caricature est le pur contraire de l’iconolâtrie. C’est de l’iconoclastie, venue de non-coreligionnaires, en plus (les derniers à risquer de diviniser le prophète, donc). En ruant dans le bacul, ici, ainsi, nos pauvres amis musulmans prouvent, avec leur ardeur usuelle (ils sont les bouillants héritiers du calife Omar, que voulez-vous, et pourquoi pas…), qu’ils ont quand même un petit peu perdu le sens des priorités fondamentales de leurs propres directives de cultes. Pas fort, la foi dans ça… Insécure… Mais la plupart des hommes ne savent rien! disait Yusuf. Eh bondance, méditons tous ensemble son message… Seuls les musulmans sont tenus de ne pas transformer leur saint prophète en statuette de chapelle ou en grigri tribal. Ce que les non-musulmans font dans leurs canards, leurs ordis, leurs cinémas et leur propagande de merde, le culte islamique s’en tape souverainement… normalement. Sauf s’il dérape dans la cruelle et violente perte de repères dont souffrent tant certaines diasporas mondiales… Restons logiques, restons cohérents. Cultivons l’abstraction adéquate et le sens approprié des causalités. Gardons ainsi à l’esprit la signification doctrinale effective de tout ceci: ce n’est pas la représentation matérielle du saint prophète que l’Islam a combattu. C’est la divinisation et l’adoration que ces mises en images risquaient de déclencher, notamment chez les petits esprits du type de ceux qui contrariaient tant le prophète Yusuf. Il y en a dans tous les camps…

Moi, ici, tout ce que je demande à mes concitoyens et concitoyennes musulmans et musulmanes du monde c’est de rester cohérents dans la logique interne de leur propre culte. Dieu est miséricordieux (y compris pour les connards, occidentaux ou autres) et son saint prophète est un messager qui ne doit pas être divinisé. Le reste, c’est de la bagarre de taverne d’intérêt mineur. Dans ce cabotinage grossier et vulgaire de films crétins et de caricatures faciles (souvent, elles aussi, de fort mauvais goût – comme le disait un de nos plus éminents caricaturistes québécois: Ça donne rien de plus de montrer Mahomet les fesses à l’air), absolument personne ne divinise le saint prophète et, par la force de leur bêtise ignare et ethnocentriste, les ennemis les plus virulents de l’Islam observent ici, plus que quiconque et sans même le savoir, cette exigence fondamentale de la foi islamique (ne pas diviniser le saint prophète!). Alors, restons dignes, cohérents et cessons une bonne foi de mordre à tous ces hameçons imbéciles tendus par l’appareil hyper-perfectionné du discrédit médiatique (et politique) occidental.

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Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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18 Réponses to “Mais pourquoi les musulmans ne veulent pas qu’on représente physiquement le saint prophète?”

  1. Un ami en Christ said

    Bonsoir Ysengrimus,

    Ce texte ne cherche pas à faire œuvre d’unification, il n’est pas tourné vers le bien. L’idolâtrie n’est pas ce que vous croyez, ce n’est pas un amour des saints et des prophètes. La plupart des idolâtres de nos jours le sont par leur amour de leur personne, de l’argent, du pouvoir et des plaisirs de ce monde. Vous êtes idolâtre de votre personne car vous vous regardez sans modestie – comme le montre votre façon de rédiger.

    Je constate que Dieu vous reste inaccessible. Ce qui est bien normal car Dieu est inaccessible à l’intelligence orgueilleuse, quelle qu’elle puisse être – y compris la vôtre donc. Il est d’ailleurs étonnant que votre intelligence n’arrive pas à comprendre ce principe de base, cette réflexion élémentaire. Cette lumière pourrait pourtant vous être donnée si vous la demandiez humblement dans la prière mais cela est contre vos principes. Ne pouvant atteindre l’essentiel, la vie, le bonheur, la compréhension et la lumière, … vous vous rabattez sur les rites et les religions que vous cherchez à opposer. Or, Dieu ne regarde que la droiture et la pureté des cœurs et vous le savez bien. Les rites pratiqués par chacun n’ont pas d’importance (même si je considère que son message le plus subtil est celui des évangiles et des messages révélés aux saints chrétiens postérieurs). Mais les messages ne sont pas essentiels car Dieu enseigne directement toute personne qui l’aime. Par conséquent les cœurs purs n’ont pas besoin de textes, il suffit de voir les petits enfants.

    Pourquoi ne parlez-vous pas du soufisme, soit la partie mystique ou spirituelle de l’Islam. Si vous avez lu des écrits du Soufisme vous avez certainement pu constater que ces personnes rapportaient la même expérience mystique que les saints chrétiens. Il est étonnant que vous n’abordiez pas ce constat d’unité et de vérité. Pourtant Dieu a bien précisé qu’il fallait l’adorer en esprit et en vérité (et non en restant au niveau de la lettre des textes). Or, vous, vous restez définitivement bloqué au niveau de la lettre. Il est vrai que la lettre est le seul niveau que votre cartésianisme appréhende et cela constitue son horizon. Et dans ce si petit horizon vous tournez en rond – et cela vous fâche – comme en atteste votre vocabulaire. Et cela est bien normal. Espérons que vous ayez la force un jour de vous mettre à genoux et de lancer un cri du cœur à Dieu dans la prière et dans la sincérité en lui disant « aide-moi ». Il n’attend que cela.

    Votre ami en Christ

    [En voici un maintenant en train de me dire ce que dieu attend! Mais justement puisqu’on en parle, à quoi sert, mon cher ami en ta, ce nouvel étalage théogoneux… sinon à permettre à un gogo de plus de s’ériger en porte-parole imparable et infaillible de son dieu-cornet-vocal-creux, dont l’inexistence, de fait fort commode pour vous, laisse le champ libre à tous les développements auto-justificateurs cent fois rebattus des cultes en faillites et de leurs thuriféraires fétides, dont visiblement, fort ouvertement, vous êtes. Soyons candides (sans calembour): les musulmans sont incohérents quand ils s’enragent devant ces caricatures inanes, pas humoristiques pour deux sous, et ethnocentristes, du saint prophète. Ils confondant la lettre myope du culte avec son esprit de principe, prouvant de ce fait la perte d’une perspective rationalisante et abstractrice de dieu, qu’ils avaient pourtant eux-mêmes formulée, non sans un certain mérite d’époque. Vous réagissez de la même façon qu’eux, pour le coup, au niveau du principe toujours, en faisant (comme les musulmans, du reste – et pas seulement les soufistes) la promotion de la prière. La ligne téléphonique directe avec votre zinzin-dieu l’anthropomorphise à ce degré de grossièreté infantile qui confirme bien ce que l’on sait limpidement depuis Feuerbach et Marx: l’être dit suprême n’est jamais qu’un reflet grossier et boursouflé de l’être humain même, de ses hantises étroites du moment historique et de ses inepties autoritaires de la petite heure – ces dernières n’étant pas peu nombreuses et, trois fois hélas, futilement tenaces et crispées, comme vous le confirmez lamentablement. – Ysengrimus]

  2. Je vais vous dire: les croyants, quelle que soit leur dénomination, franchement, je m’en balance. Mon attitude envers eux est la même que celle de Nadine (Kim Basinger), dans le film du même nom, qui, à son ex Vernon (Jeff Bridges) qui lui fait remarquer que les bougies d’allumage (je pense que ce sont les bougies, m’en rappelle plus) de sa voiture font un bruit malséant, réplique:

    « You know me, Vernon. They don’t bother me, I don’t bother them. »

    Je suis athée. L’idée de la divinité, la croyance en une entité suprême ou en un panthéon d’entités à la suprématie diverse et variable, c’est que de l’imaginaire humain; vaste, certes, comme qui dirait à grand déploiement, ancré dans les millénaires, qui pousse ses racines dans l’inconscient collectif (peut-être y a-t-il, sous-tendant cet inconscient collectif humain, un inconscient universel ou disons galactique qui nous relierait par le fond à toute forme de vie extra-terrestre, mais ça, c’est une autre histoire), et qui fleurit dans toutes les cultures, mais que de l’imaginaire. Un miroir. Quant à moi, je préfère les dieux idiots, méchants et grotesques de Lovecraft. Y sont plus le fun.

    Tiens: l’irremplaçable Calvin. Pouvais pas m’en empêcher, celle-là.

    [Preuve par Nadine et preuve par Calvin qu’on peut ouvertement et cocassement caricaturer dieu et les religions sans faire de l’agression ethnocentriste sur une culture mondiale spécifique… Votre grand esprit galactique collectif, par contre, bonjour la fadaise crypto-déiste. – Ysengrimus]

  3. Sophie Sulphure said

    Et le mot en arabe de ton entête, Ysen, c’est quoi?

    [ALLAH – Ysengrimus]

  4. Lounis said

    Salut tout le monde,

    Monsieur Laurendeau! Vous avez bien compris le cœur même de l’islam. Voilà, ce n’est pas si difficile. Je rappelle que l’article s’intitule “Mais pourquoi les musulmans ne veulent pas qu’on représente physiquement le saint prophète?”. L’article est une vraie réponse au “Pourquoi?” indépendamment de sa valeur de vérité. Peut-être, outre quelques musulmans qui ont conscience de celà, c’est le premier non-musulman que j’ai vu comprendre bien ces concepts si simples. Après on peut ne pas être d’accord. Mais l’honnêteté de dire les choses comme elles sont, est très importante. Que souvent, les interprétations faites à ce sujet sont compliquées et mensongères.

    L’affaire des saints soufis, excusez-moi, c’est un tout autre propos. Mais j’aimerais bien faire quelques observations. Est-ce que c’est l’invention de la caméra qui marque la fin des miracles? Les soufis, qui sont une minorité, sont souvent accusés de magie par les autres musulmans. Les miracles et la prophétie sont finis avec Mahomet. Quel que soit le contexte, l’islam à travers son message nous invite à raisonner dans les deux sens. On peut partir de l’islam pour arriver à la raison et partir de la raison pour arriver à l’islam. L’unique point, à ce sujet, qui fait débattre tout le monde, c’est l’existence de Dieu. Les autres mythes sont automatiquement exclus par la raison et par la religion. La contradiction des soufis réside dans le fait de reconnaitre À UNE CRÉATURE DES POUVOIRS QUE SEUL LE CRÉATEUR POSSÈDE. Implorer un saint, dire qu’il peut changer le destin ou connaitre le futur, est parfaitement contradictoire avec le fait que seul Dieu sait tout, peut décider pour notre futur sans miracles et est digne d’être imploré.

    [L’unique point qui fait débattre tout le monde, c’est l’existence de Dieu. Je seconde. Notre objection radicale est là. Je suis athée, vous êtes croyant mais, votre intervention le prouve ici, notre dialogue inter-culturel reste entier, et serein, même devant un débat aussi fondamental. – Ysengrimus]

  5. Critique said

    L’auteur de ces lignes nous montre une fois de plus que la haine athée n’est tournée, en définitive, que contre le christianisme. Il suffira, pour s’en convaincre, de se rapporter aux descriptions du christianisme comme d’un truc moyenâgeux et fumeux par opposition à l’éloge de pseudo-cohérence du mahométisme et de son prétendu saint-prophète.

    Pour rétablir quelques points sur le monothéisme. N’oublions pas, d’abord, que dans l’Islam, dieu, c’est le chiffre un. Une idole, un concept mathématique qui n’a, en effet, rien à voir avec le Dieu vivant et Amour (Jean 4. 8), donc, relation éternelle, ou trinité, du christianisme. Que le dieu de l’islam ne puisse pas être représenté de façon picturale n’est qu’une manière de dissimuler l’imposture, car allah n’est que la représentation (idéelle) que l’homme se fait de la divinité: un dieu-concept-mathématique capable de tenir tout entier dans une cervelle, par opposition au Dieu vivant dont le Mystère (le Dieu un et trine) dépasse toute possibilité de réduction à une (fausse) représentation, de l’ordre des idées ou des arts plastiques.

    Enfin, après avoir superficiellement évoqué les problèmes que posent la rencontre du divin et de l’humain (et comment résoudre ce problème en effet, après avoir renié l’Emmanuel?), vous voilà qui affirmez que les prophètes ne doivent pas être divinisés, ce qui dans le langage de l’islam, correspondrait sans doute à une association. Pas de bol, pourtant, car dans la Shahada, c’est bien le nom de l’homme Mahomet qui est associé à celui de dieu, comme quoi le christianisme, qui ne connait Dieu (le Père) que par Dieu (le Fils) reste quand même plus cohérent et moins suspect d’idolâtrie.

    Bien cordialement, un esprit critique.

  6. Ysengrimus said

    L’auteur de ces lignes «critiques» nous montre une fois de plus que la haine occidentale contre l’islam n’est, en définitive, que de la petite croisade chrétienne étroite, mal déguisée, et ne tenant aucun compte de l’héritage rationaliste moderne. L’islam intéresse au plus haut point l’athéisme en ce sens que l’islam se donne comme une continuité rectificatrice du monothéisme révélé. Les religions, dans leurs phases d’expansions, produisent toujours une critique savoureusement rationnelle des cultes antérieurs. On trouve des analyses très fines des limitations intellectuelles de l’animisme et du polythéisme chez les premiers zélateurs chrétiens. C’est souvent sidérant de sérieux rationnel et de précision. À chaque fois qu’une religion se raboute historiquement pour prendre la place d’une autre, l’athéisme tendanciel et une rationalité fruste mais juste lui sert habituellement de pelle à fossoyer. Or l’islam est le grand monothéisme rabouté et, conséquemment, la qualité rationnelle de sa critique du christianisme est lumineuse et, permettez-moi le mot, universelle. Elle s’applique d’ailleurs justement à l’islam même, y instillant fatalement la perspective athée, la seule valide. Car excusez-moi, si, en vrai monothéiste puriste, on refuse à dieu tous les comportements humains ou terrestres, il devient bien inadéquat de prétendre qu’il a envoyé un ange (un être intermédiaire? Dieu est un, il devrait faire ses commissions lui-même) dicter le texte divin dans la langue de dieu, l’arabe (dieu parle une langue? Pas avec un appareil phonateur j’espère). La rationalité méthodique -et foncièrement valide- avec laquelle l’islam anéantit des croyances chrétiennes éclectiques et délirantes comme la trinité, la résurrection et la notion de «fils» de dieu, se retourne implacablement contre l’islam, et corrode avec force les notions d’«ange», de «prophète», de «parole de dieu», de «révélation» et de «prière». Pas de quartiers en rationalité. J’ai pas besoin de pesamment m’étaler. Dieu recule d’une autre grande coche. Il continue de s’abstraire, de se distancier, d’avancer dans les esprits vers la confirmation intellectuelle de son inexistence. C’est captivant et hautement stimulant pour l’athéisme, ces débats interconfessionnels (quand ils préservent leur qualité logique en ne basculant pas dans l’iconoclastie imbécile, dois-je insister là dessus). Voir de l’islamophilie nunuche et de l’antichristianisme primaire dans mon analyse des religions est d’un simplisme désarmant. La déréliction est une flamme qui fait brûler tous ses combustibles et, comme la flamme d’Héraclite, elle vit de cette course en avant qu’est sa propre mort.

  7. jimidi said

    Je suppose que les mêmes arguments justifient l’interdiction de représenter toute créature ?

    [Dans l’islam? On sait effectivement qu’ils ont un art abstrait remarquable. Mais pourtant l’islam ne manque pas de peintres figuratifs… – Ysengrimus]

    • jimidi said

      Ah oui, tiens ? Encore une connerie apprise qui s’envole heureusement.

      [Mais t’es pas complètement dans le champ. Les commentateurs de l’aniconisme musulman parlent bien d’une « réticence à représenter des êtres vivants ». Mais c’est pas directement interdit, à ce que je sache. On peut en plus aussi présumer que la consignes prévenant contre la représentation icônisante du saint prophète a pu se répercuter sur une indifférence méthodique aux fresques d’inspiration religieuse ouvrant la voie royale à leur magnifique art pictural et fresquier non-figuratif. Cette autre idée reçue tiens la route, j’ose croire… – Ysengrimus]

  8. Femme avec voile qui a si peur de l'Occident said

    Inch Allah,

    Monsieur, vous êtes un athée tranchant, mais je vous rejoins du fond du cœur sur l’inutile de nous agresser parce que nous refusons de traiter notre prophète comme un petit (faux) dieu. Partout dans le monde occidental, on présente le saint prophète comme un homme vulgaire et niais mais c’est faux et on sent, en vous lisant, que vous trouvez cela faux vous aussi. Inch Allah. Vous niez Dieu mais je vois dans votre générosité et votre droiture la force de Dieu…

    [Madame, vous êtes une croyante, mais je vous rejoins sur la rationalité de votre lecture de mon propos. Je le dis en toute candeur, je suis un respectueux admirateur de l’intelligence, de la droiture et de la sagesse d’un certain Abu al-Qasim Muhhammad ibn’Abd Allah ibn Abd al-Muttalib ibn Hachim… Respectueuseent – Ysengrimus]

  9. Allie Dillard said

    Moi, ici, tout ce que je demande à mes concitoyens et concitoyennes musulmans et musulmanes du monde c’est de rester cohérents dans la logique interne de leur propre culte. Dieu est miséricordieux (y compris pour les connards, occidentaux ou autres) et son saint prophète est un messager qui ne doit pas être divinisé. Le reste, c’est de la bagarre de taverne d’intérêt mineur. Dans ce cabotinage grossier et vulgaire de films crétins et de caricatures faciles (souvent, elles aussi, de fort mauvais goût – comme le disait un de nos plus éminents caricaturistes québécois: Ça donne rien de plus de montrer Mahomet les fesses à l’air), absolument personne ne divinise le saint prophète et, par la force de leur bêtise ignare et ethnocentriste, les ennemis les plus virulents de l’Islam observent ici, plus que quiconque et sans même le savoir, cette exigence fondamentale de la foi islamique (ne pas diviniser le saint prophète!). Alors, restons dignes, cohérents et cessons une bonne foi de mordre à tous ces hameçons imbéciles tendus par l’appareil hyper-perfectionné du discrédit médiatique (et politique) occidental.

    Totalement d’accord!

  10. trex58 said

    Revenons aux fondements : à quoi sert une religion ? À plein de choses ! À trop de choses… surtout dans les religions monothéistes, qui veulent tout contrôler de la vie des hommes ; alors que, dans d’autres civilisations, il y a une claire séparation entre les lois, la sagesse, Dieu(x). Elles servent aussi à asservir, voire écraser, les femmes, sous-être humain dans nombre de religions.

    Une religion peut être analysée par le filtre du Darwinisme : les tribus dont la religion était forte ont survécu ; les autres ont disparu ou ont été assimilées. Une religion sert à TENIR un groupe humain, pour qu’il ne se disloque pas. Alors, tout est bon… Et la morale n’est qu’un outil pour éviter que la discorde et la haine poussent les « frères » à se battre et à mettre le groupe ethnique en danger de se disloquer. Le monothéisme est une horreur, qui divise le monde en deux parties : les bons, et les mauvais. Cette vision binaire du monde est un poison. Et, partout dans le monde, les religions se sont souvent accoquinées avec le pouvoir, avec la noblesse, pour asservir le bas-peuple et le tenir abruti. Même le Bouddhisme n’y échappe pas.

    Mais ce temps-là est révolu. Les religions sont nées pour expliquer le monde, pour essayer d’aider les hommes à supporter la mort. C’était avant. Avant l’explosion de nos connaissances sur le monde et sur nous-mêmes. Je veux bien admettre qu’on puisse croire en une sorte de Dieu mais, aujourd’hui, il est impossible de continuer à croire en toutes ces fadaises, toutes ces conneries, qui ont été inventées à une époque où l’Homme ne comprenait rien au monde. Brûlez tous ces vieux livres, oubliez tout ce qui a été écrit, et construisez une nouvelle religion qui accepterait l’évidence : notre connaissance du monde va continuellement évoluer, alors il est débile de vouloir figer le monde dans un livre, de vouloir y mettre toutes les explications. Ce qui me fait le plus hurler dans les religions, c’est cette insupportable volonté qu’elles ont d’affirmer que tout est dit et que plus rien ne changera, sinon à la marge. Et, le pire, dans ces religions (chrétienne, islam), c’est que la raison fondamentale de leur création a été complètement oubliée aujourd’hui : le Coran est un livre pour que les hommes vivent ensemble avec respect l’un pour l’autre, le message de Jésus (ou celui qui l’a inventé) c’est que, face à la mort qui nous prendra tous, il n’y a qu’une solution : s’aimer les uns les autres. Mais ces messages, comme le « Tu ne tueras point », ne s’appliquent qu’aux membres de la religion ! Les autres, ils ne sont rien, il peuvent donc être tués, ou convertis, surtout les athées, qui sont la pire engeance qui soit !

    Bref, j’en ai rien à foutre de toutes les considérations des religions et de leurs pantins. Ceux qui croient en Dieu sont des victimes, des victimes de leur société, et de leurs parents, eux-mêmes victimes de leurs parents, et ainsi de suite. Pour arrêter ce cycle infernal, il faut renoncer à la religion de ses parents et créer la sienne, propre, ou ouvrir les yeux et accepter que nous, Hommes, existons par … hasard. Nul Dieu ne nous a créés. Une chaîne d’évènements a fait que la vie, puis la vie complexe, puis le cerveau, puis l’intelligence, puis la conscience de soi (et de notre propre mort), naissent. Être obtus et continuer, au XXIème siècle, de croire en un Dieu créateur du monde et qui se serait intéressé aux fourmis que nous sommes, c’est de la folie et de la connerie pures. Je suis totalement intolérant envers les religions parce qu’elles sont intolérables, incurables, insupportables, définitivement mortes et agonisantes. Elles n’étaient qu’une étape ; il est temps de passer à la suivante !

    Mais ne réagissez pas en disant du mal des athées. Nous, athées, avons bien conscience que l’on ne peut pas vivre sans spiritualité, sans rites, sans réflexion, sans penser à la mort, à notre propre mort. Et, pour cela, il y a d’autres chemins que les religions : la philosophie. La philosophie ne réunit pas les Hommes comme des moutons autour d’idées mortes et figées. La philosophie pousse chacun de ses adeptes à continuellement réfléchir au sens de la vie, et au sens de sa vie, à se remettre en cause, à douter et à ne jamais accepter comme définitif les connaissances qu’on a sur un sujet.

    Bref, Mohammed a inventé une nouvelle religion en s’inspirant de la Bible, dans le seul but de permettre à sa tribu, et aux tribus arabes, de sortir du bordel dans lequel elles vivaient en cette lointaine époque. Son livre, il ne l’a conçu que pour aider un peuple pour mieux vivre. Hélas, les hommes ont utilisé ce livre pour assoir leur pouvoir, et pour, de nouveau, faire de la femme un sous-être humain, ce qui est inacceptable. Aujourd’hui, ceux qui disent croire en Allah et essayent d’imposer leur « foi » ne font que piocher dans le Coran et les Haddiths pour y trouver ce qui les arrange pour appuyer leur désir immense de pouvoir et de richesses, ou parce qu’ils ont perdu la tête, ou par connerie.

    Donc, je suis athée, mais je ne suis pas ignare non plus, mais j’ai cessé de considérer les religions comme devant être respectées : les (vieilles) religions sont un poison, dont les Hommes doivent se libérer. Même le bouddhisme est insupportable, car plein de magie. Il est temps de passer à autre chose. Donc, savoir pourquoi les musulmans sont contre la représentation humaine, c’est un point de détail, ça ne change rien à l’essentiel : les Hommes doivent se libérer des religions basées sur l’existence d’un Dieu (ou de plusieurs). Mais il est bien plus facile de continuer à ronronner et à répéter docilement ce qu’on vous a entré dans le cerveau pendant l’enfance que de s’arrêter et de réfléchir et d’arracher une à une toutes les idioties qu’une culture vous a inculquées sans vous demander votre avis ni vous permettre de les remettre en cause. Se défaire de son héritage, pour définir par soi-même ce que l’on veut être, voilà qui est bien plus difficile.

    [Savoir n’est jamais un détail et ce n’est pas la représentation humaine mais celle du saint prophète qui est en cause ici. Le fait que la déréliction soit solidement en marche ne légitime pas de la jouer sur le modus du néo-obscurantisme hyper-laïc. Une phase de laïcité ouverte reste indispensable. Je partage totalement votre contrariété mais je ne prône pas le remplacement de l’ignorance par l’ignorance. Je rejette toute religion comme cadre intellectuel et ne rejoins ici que votre athéisme (vos développements sur « une forme de religion » ou « croire en un certain dieu », j’y vois des concessions argumentatives, sans plus). Il reste qu’ici, vous prêchez à des convertis. – Ysengrimus]

    • M said

      Je pense que la religion peut être vue comme une sorte de justice, mais qui est mise en place avant que le mauvais acte ne soit commis, et c’est ce qui est compliqué à comprendre par la plupart des gens. Le système judiciaire créé par les Hommes ne permet de punir qu’une fois l’acte commis, car il est plus simple de punir que d’empêcher l’acte de se faire. On imagine mal quelqu’un se faire punir pour quelque chose qu’il n’a pas fait ou qu’il n’a pas encore fait. Or, la religion instaure des codes, des codes différents chez chacun, mais des codes. Ce sont à la fois des codes moraux, « tu ne tueras point, traite ton prochain comme de ta famille », etc, mais en même temps des codes pour éviter les mauvais actes de se produire, par exemple l’habillement des femmes musulmanes qui doit être ample (si en 2015, vous ne comprenez toujours pas cette utilité, sachez qu’aujourd’hui, quand une femme se fait violer et va porter plainte, la police a tendance à lui demander de quelle manière elle était habillée au moment où ça s’est fait).

      Aujourd’hui on a tendance à parler des croyants d’une religion en généralisant. Par exemple, si l’on pose une question à un musulman sur sa croyance et une de ses habitudes et de ses convictions, on va alors conclure que c’est pareil pour tout le monde, que tout le monde pense de la même manière.
      Mais la religion n’est pas censée former des robots, sinon il n’y aurait aucun « fun » (pardonnez moi l’expression). En ce qui me concerne, il y a toujours une infinité de manière de comprendre une phrase. Imaginez alors les possibilités infinies de comprendre une religion à partir d’un texte ou d’un Livre tout entier?

      Voilà où je voulais en venir. Je vais prendre une phrase très célèbre qui a été souvent tirée du Coran et désignée comme la preuve que l’Islam est violent: « coupe la main du voleur ».

      Mais en partant du principe que j’ai cité plus haut, que la religion est une forme de justice qui prévient et non qui punit, on en arrive à des compréhensions très différentes. Pour ma part, je suis croyante, et je visualise cette citation comme ceci: « empêche le voleur de voler ». Bien entendu, pour ce faire, il faut s’intéresser au voleur en lui même: qu’est-ce qu’il cherche à voler? Pourquoi? Qu’est-ce qui le lui permet? Le système judiciaire gouvernemental d’aujourd’hui ne fait pas tout cela, ou alors ne le fait que trop en retard. Ainsi, empêcher le voleur de voler signifierait « le mettre dans les conditions possibles pour l’empêcher de commettre le vol ». Alors il est vrai que nous ne sommes pas devins, et que nous ne pouvons pas prédire ce que chacun fera. Mais qui n’a jamais vu quelqu’un en train de mal agir et fuir ensuite? Le fait que la religion divise la population en gens bonnes et mauvaises me semble faux, justement, car un religieux préférera aider que punir.

      La conception faite de la religion est donc différente chez chacun. Pour ma part, je ne crois pas qu’une religion veuille contrôler le monde entier, parce que la religion n’est pas une personne (un homme ou une femme), mais un ensemble de normes que l’on se crée à nous-même. Or, on est réellement libre qu’en respectant nos propres normes, celles que l’on s’est construites. Dans la mesure ou quelqu’un d’autre nous contraint à croire, là ce n’est évidemment plus du tout une religion, c’est une agression qui se fait appeler à tort « norme » ou « religion » par la personne qui contraint.

      Si on définit nos propres normes, notre propre religion, il est évident que nous en choisissons la valeur que l’on veut lui donner. Allez interroger deux musulmans sur une norme qu’ils ont tous les deux, il est fort probable que leurs explications divergent. Par exemple, un décidera de ne pas boire d’alcool parce qu’il n’en aura pas envie, un autre dira que Dieu a interdit de le faire et qu’il Lui voue une fois telle qu’il Lui obéit aveuglément (car Dieu est Celui qui protège l’Homme), un troisième vous dira qu’il ne veut pas prendre le risque de perdre le contrôle de sa personne.

      Je comprends le fait que l’on veuille arrêter les contraintes, les personnes qui veulent imposer leurs normes aux autres, car il s’agit seulement d’agression. Mais je ne comprends pas comment on peut désigner les normes que les gens choisissent de se donner comme « devant ne pas être respectées ». Selon moi c’est une idée absurde et contraire à l’entendement humain. Il y a des personnes qui considèrent que prier dans les rues consiste en un acte qui peut être comparé à l’Occupation tout de même! Il est important de définir ce qu’est la contrainte, et quand est-ce que l’on en est victime. Quand je vois un juif ou un chrétien dans la rue, je n’ai pas l’impression d’être envahie ou agressée, ni quand ces gens m’adressent la parole pour me parler de leur religion et de la comparer à la mienne. Tant que je suis d’accord, tout va bien. Si par contre je décide de m’éloigner, et que ces braves gens me suivent, là c’est une agression.

      Trex58, tu parts de l’idée que les religions sont imposées dans les familles. Ainsi, on peut apprendre à un enfant à être religieux et à être athée. Mais les Hommes sont susceptibles de changer: un chrétien peut du jour au lendemain vouloir devenir athée, un athée peut du jour au lendemain vouloir devenir chrétien. Les cas se sont déjà vus: certains croyants changent de religions ou bien l’abandonnent, tandis que des non croyants finissent par croire. Je suis sûre que tu dois connaitre au moins une personne dans ce cas là, ou bien qui se met à douter de l’existence ou de l’inexistence de Dieu. Je veux bien admettre que durant l’enfance, un parent athée enseignera à son enfant à être athée et un parent religieux enseignera à son enfant à être religieux, car lorsque l’on est enfant, on respecte et on applique les mêmes normes que les parents. Mais par la suite, il est toujours possible de changer.

      Tu n’as pas compris que ne pas respecter les religions impliquaient aux religions de ne pas respecter l’athéisme. Or, si l’un respecte l’autre, l’autre doit en faire autant.

      Enfin, pour finir en répondant à la question posée, pourquoi les musulmans ne veulent pas que l’on représente le saint prophète, je ne peut que vous donner une partie de la réponse, la mienne.
      Tout d’abord, pour rester fidèle à ce que j’ai dit, je vais tourner la question comme ceci: pourquoi DES CROYANTS ne veulent pas que l’on représente le saint prophète?

      En premier lieu, je sais très bien que d’autres religieux ne voient aucun mal à le faire. Je ne vise pas seulement les chrétiens, il y a de nombreux croyants qui le font, même des croyants que l’on désignerait comme musulmans. Je ne sais pas pourquoi ils jugent bon de le faire. D’ailleurs, si quelqu’un pouvait apporter une lumière sur ce sujet (« Pourquoi certains croyants représentent leur prophète? »), cela serait très intéressant de comparer avec les réponses que l’on a ici.

      En second lieu, je ne suis pas d’accord avec cette pratique (j’ai bien dit que je n’était pas d’accord, pas qu’il fallait l’occire de ce monde pour rendre le monde plus pur!), et je ne le suis pas pour une raison que j’appellerais ‘respect’, et que d’autres appelleraient surement autrement… Les prophètes sont des messagers et ne sont pas Dieu, mais il y a quand même un récit épique rattaché à eux, ce qui les rend mythique. Je comprend que l’on veuille rendre un récit illustré, et Dieu sait que j’aime beaucoup les illustrations. Mais premièrement, on risque de fausser la réalité. Je m’explique: certaines populations affirment que Jésus avait la peau noire, ce qui contredit ou est contredit par les peintures qui le montrent habituellement de peau blanche. Ce que je veux dire, c’est qu’il y possibilité de se tromper chez tout le monde. Pour ma part, la représentation habituellement faite de Jésus me semble improbable, en vue de la région dans laquelle il est né.

      Or, se tromper sur des petites choses comme celle là me parait inutile. De même, représenter des scènes des Livres me parait n’avoir aucune utilité. L’imagination humaine a été assez développée pour que l’on se dresse le paysage.

      Secondement, je trouve cela plus important de garder en tête les actions faites par les prophètes, et non leurs apparences. Si on les représente, leur apparence risque de devenir une référence, et non les actes qu’ils ont fait. Or, leurs actes sont les plus importantes. Par exemple, il est beaucoup plus élogieux de se souvenir de Sidna Mussa/Moïse comme étant celui qui a écarté la mer et sauvé des peuples esclaves que de le désigner comme « l’homme barbu en robe rouge ». Je pense que c’est la même chose pour tout le monde: quelqu’un qui a accomplit un grand acte mais qui est jugé par la population comme étant beau ou ayant un énorme défaut ne veut pas rester dans les mémoires à cause de son apparence, mais bien par ses actions. Il est vrai qu’aujourd’hui, on aime beaucoup accrocher un visage à une personne, histoire de le reconnaître d’emblée. Mais dans un contexte aussi moral que la religion, l’apparence n’est clairement pas ce que l’on doit retenir.

      Voilà, c’était ma vision de la religion et mes réflexions sur ce qui a été dit sur ce site.

      [Grand merci. Une femme a parfaitement le droit de se vêtir comme bon lui semble (voile inclu) sans se faire demander par la police comment elle était vêtue au moment d’un acte violent (agression de femmes voilées inclue). Quelle sorte d’autorité, constabulaire ou autre, irait demander à quelqu’un ayant subit un vol: « mais pourquoi avez vous des richesses, aussi? ». Une telle attitude postule insidieusement la légitimité du bandit, dans le cas de votre exemple: du violeur. Sinon, il est assez juste de faire observer que tant qu’à représenter le Christ comme un occidental aryen, barbu comme un prêtre byzantin, autant se contenter d’un crucifix vide dont la force symbolique (souvenir du fait que ce personnage fonde une religion par un supplice, ses sectateurs diraient: par un sacrifice), elle non plus, ne se dément pas. – Ysengrimus]

  11. Oscar Fortin said

    Moi, je suis croyant. Ma foi a ceci de particulier qu’elle est en quelque sorte en rupture avec toute religiosité dont le culte est autre que celui de servir l’humanité dans ses aspirations de justice, de vérité, de solidarité, de compassion, de beauté. Dans ma foi, la volonté du Père c’est que nous nous aimions tous et toutes les uns les autres sans discrimination de couleurs, de races, de religions… Le Dieu en qui je crois ne se laisse découvrir qu’à travers les hommes et les femmes que nous côtoyons, tout particulièrement à travers les humbles de la terre.

    Le niveau de conscience auquel l’humanité est arrivée met à l’épreuve tout autant les croyants que les non-croyants. Cette conscience interpelle tous les dieux qui alimentent les religions du monde, mais aussi toutes les idéologies qui s’appuient sur diverses rationalités. Que font-ils et que font-elles pour répondre prioritairement aux grandes aspirations de justice, de vérité, de bonté, de compassion des hommes et des femmes d’aujourd’hui ? Jusqu’à quels points transforment-elles leurs adeptes en de véritables artisans au service d’une humanité nouvelle ?

    Dans ma foi, le visage de Dieu se laisse découvrir dans le visage des hommes, des femmes et des enfants, créés à son image et ressemblance. Plus l’humanité deviendra humaine, plus nous découvrirons ce visage de Dieu. Ce ne sont pas ceux qui disent Père, Père qui entreront dans le royaume des cieux, mais ceux qui font sa volonté : nous aimer les uns les autres.

    [Vous êtes déiste – Ysengrimus]

  12. Charles Tremblay said

    Mon impression personnelle sur l’origine de cet interdit de représentation du prophète de l’Islam, c’est que cela vient d’une peur que les premiers musulmans avaient que les femmes juives tentent de porter atteinte à leur chef par envoûtement sur dagyde (alias « poupée vaudou »), ou autre représentation visuelle. Il y avait une pratique à l’époque qui consistait à fabriquer une représentation en argile de la personne visée, de lui passer une cordelette au cou et de tirer dessus pour en faire tomber la tête, de manière à ce que la personne visée se fasse décapiter, ou devienne folle, ou tout autre façon de « perdre la tête ». C’était le genre de pratique auxquelles s’adonnaient les femmes juives de Médine à l’époque où Mohammed est entré en conflit avec les tribus juive de l’endroit. Alors on a interdit toute représentation pour être sûr d’empêcher cette pratique, on a prononcé des paroles de bénédiction à chaque fois qu’on prononçait le nom du prophète pour que cela fasse une protection magique (« que la paix soit sur lui »), le tout s’est figé en tradition où on a oublié l’origine exacte de la chose et aujourd’hui c’est devenu loi immuable. Je ne suis pas islamologue mais je partage mon hypothèse (pas un modèle, pas une théorie, une hypothèse)

    Il est à noter que cet interdit de représentation ne s’est pas fait partout dans le monde musulman. J’ai chez moi une magnifique tapisserie iranienne où en son centre Mohammed est bien représenté, avec la barbe, le turban, le visage, les mains. Il a un livre entre les mains, est assis sur une peau de lion et autour il y a la représentation de cette bataille où les musulmans avaient creusé des fosses anti-cavalerie autour de Médine, sur le conseil d’un Perse.

    [Je note ce détail intéressant et vous en remercie. Il a la qualité historique indéniable de faire sentir que l’effort monothéiste n’est pas achevé, d’un bloc, mais qu’il s’arc-boute sur une irrationalité antérieure qui habite partiellement même les innovateurs, qui restent inévitablement des penseurs de leur temps. À rapprocher des éléments pré-islamiques maintenus/concédés par le Saint Prophète (pèlerinage à la Mecque, pierre noire, références au culte lunaire). Vraie ou non, il reste cependant que cette cause originale que vous envisagez est perdue. La raison contemporaine de l’interdit de représentation est aujourd’hui exclusivement doctrinale… – Ysengrimus]

  13. MusulmanEtPuisQuoi said

    Bonjour,

    Tout d’abord je voulais vous dire merci. Merci de comprendre le point de vue des musulmans. Merci de ne pas être un pantin des médias occidentaux qui tentent tant bien que mal pour je ne sais quelle raison d’accuser l’Islam de 1001 malheurs qui affligent (supposément) le monde entier. Le problème, ce n’est pas l’Islam, le problème c’est ce que les gens en font. Le message véhiculé par l’Islam est d’aider les gens qui sont dans le besoin. Dès que tu as quelque chose en trop, donne le à quelqu’un qui en a besoin. Le message véhiculé par l’Islam c’est aussi: une seule vaut plus que La Mecque. Ce qui veut dire que quelqu’un qui enlève une vie commet un plus grand péché que s’il détruisait La Mecque. De nos jours, certains jeunes qui se retrouvent dans des tonnes de magouilles qui sont dans la rue et qui ne veulent que faire du mal se retournent vers l’extrémisme, car il leur est payant (ils se font payer par Daesh pour commettre ces atrocités, soit dit en passant). Les deux jeunes hommes de Charlie Hebdo ont tués un musulman (le policier). Le pire dans cette histoire c’est que les musulmans condamnent ces atrocités commises mais se font tout de même critiquer! Alors NOUS devenons des « bunch of terrorists », « tamoules », « criss de terroristes », etc. Parce que certains individus ont commis des gestes que l’on condamne? Bref, malgré le fait que nos croyances soient divergentes, vous avez mon plus profond respect, car Dieu a dis « J’ai créé plusieurs ethnies pour qu’elles s’entraident » . Bonne soirée!

    [Je seconde pleinement ce développement. Merci et respect à vous. Si des gens faisaient des capotages au flingue sur les rues en criant « Vive Karl Marx! », je me sentirais fortement agressé dans mes positions philosophiques et je nierais fermement avoir quoi ce soir à faire avec tout cela. Je comprends parfaitement la situation. On vous prends en otages de guerres de théâtres qui sont aussi extérieures à vous qu’à moi. Notre responsabilité sur ces questions existe bel et bien mais elle est fort différente de la vindicte arbitraire qu’on fait subir à nos compatriotes musulmans sous le coup de la colère entretenue. Gardons la tète bien froide. – Ysengrimus]

  14. Jimidi said

    Un texte ô combien nécessaire en cette période !

    [Oh, que oui… – Ysengrimus]

  15. Lien vers cet article du Carnet d’Ysengrimus.

  16. Amina Amicale said

    Timidement on avance dans la compréhension de cette question dans les médias conventionnels…

    http://rue89.nouvelobs.com/2015/01/16/peut-representer-prophete-mahomet-257141#comment-4401800

    Mais c’est encore bien sommaire.
    Amina Amie

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