Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Sur le PACTE D’OMAR comme cadre «multiculturaliste» en Islam

Posted by Ysengrimus sur 7 novembre 2014

L'Islam sous Omar (an 644)

L’Islam sous Omar (an 644)

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Il y a 1,370 mourrait le calife Omar ibn al-Khattâb. Ah que les hagiographes musulmans sont terribles (voir, pour exemple, la fiche hagiographique du calife Omar). Ils en tartinent bien épais à propos du Saint Prophète et des ci-devant Califes Bien Guidés (les Rachidun, les quatre premiers successeurs, ou califes, de Mahomet, selon le sunnisme) et il faut vraiment forer longtemps dans le crémage pour trouver quelque chose d’éclairant. Et pourtant, on trouve. La légende du Pacte d’Omar est, comme bien des légendes, fausse (ou mieux: erronée) mais le message objectif qu’elle nous laisse aujourd’hui est fort curieux et, osons le mot, éclairant.

Omar ibn al-Khattâb (584-644) dirigea la oumma (la communauté originelle des musulmans} pendant dix ans (634-644). C’est une figure à la fois passionnée et passionnante et l’imagerie hagiographique le concernant offre une version puissante et torride du mythe de la conversion abrupte de Saint Paul. D’abord ennemi virulent du Saint Prophète, qu’il prend pour un fauteur de troubles et un diviseur des tribus arabes, Omar se convertit abruptement (vers 617), impressionné par la dévotion de sa sœur envers la nouvelle foi. Il devient alors un des plus solides compagnons de Mahomet. C’est lui qui, faisant valoir que la vérité n’a pas à rester secrète, sera le promoteur initial le plus ferme d’une visibilité, d’une tonitruance même, de la foi musulmane naissante. Deuxième calife de l’Islam (selon le sunnisme), Omar est aussi un personnage capital pour la plus moderne des raisons: la raison multiculturelle. Le Saint Prophète (570-632) et son premier successeur Abou Bakr As-Siddiq (573-624) finalisèrent l’islamisation de la péninsule arabique. Ce faisant, ils assimilèrent au monothéisme islamique des tribus arabes polythéistes à la fois éparses et voisines linguistiquement et ethno-culturellement. Avec le Saint Prophète et son premier calife, l’Islam est encore une affaire strictement arabo-arabe et consiste encore exclusivement à faire avancer des tribus polythéistes passablement désordonnées vers la simplicité configurée et plus dépouillée du monothéisme. Le second successeur du Saint Prophète, le calife Omar, sera le premier chef (spirituel, politique et militaire) musulman à implanter l’Islam chez des peuples majoritairement non-arabes et/ou déjà monothéistes. Il est rien de moins que le calife du tout premier vrai choc multiculturel (pratique et intellectuel) des musulmans. Il le paiera d’ailleurs très cher (il sera assassiné par un de ses esclaves perses).

Voyons la carte présentant l’expansion de l’Islam à la mort d’Omar en 644. La grande péninsule arabique est intégralement islamisée et les musulmans ont commencé à installer leur influence sur deux cultures majeures de l’époque: Byzance (au nord et à l’ouest – Palestine, segments de la Syrie, de la Turquie et de l’Égypte actuelles) et la Perse (à l’est – grosso modo l’Iran actuel). En Perse, la conquête, amorcée sous le calife Omar, se parachèvera trente ans après sa mort (vers 674). Les Perses sont zoroastriens. Un des plus anciens dogmes connus du dieu unique, ce monothéisme de type manichéen, doté de textes sacrés et d’un clergé, crée un corps de conditions d’assimilation religieuse parfaitement distinct de ce qui avait prévalu lors de l’islamisation des tribus polythéistes de l’Arabie. Il est reconnu que la profondeur d’influence du zoroastrisme dans les masses perses, juste avant l’invasion musulmane, se compare sans problème avec l’impact et la prégnance du christianisme dans le Moyen-Âge européen. Les Perses mettront environ deux siècles à s’islamiser. Ils deviendront aussi, ultérieurement, les principaux dépositaires du chiisme. Il a souvent été suggéré que le chiisme iranien pourrait puiser ses déterminations fondamentales dans le substrat zoroastrien des Perses. Effectivement le zoroastrisme, comme hiérarchie religieuse, se coulait très intimement autour de la dynastie sassanide perse, elle-même solidement héréditaire et nobiliaire. Or les Imams chiites, personnages hautement éminents (contrairement à l’iman sunnite qui est un simple intendant de mosquée) sont obligatoirement des descendants d’Ali, neveu du Saint Prophète. On retrouve donc ici une dynamique de hiérarchie héréditaire, chose fort peu commune ailleurs en Islam (qui lui, fonctionne habituellement selon le mode non héréditaire du califat) et possiblement d’inspiration politico-religieuse typiquement persane. Les iraniens musulmans suivent aussi encore les fêtes zoroastriennes, même de nos jours.

Dans l’empire byzantin (sous Omar, en seront islamisées: la grande Palestine et des portions de la Syrie, de la Turquie et de l’Égypte actuelle), encore solidement perçu, à l’époque, comme l’empire «romain», la pénétration musulmane sous la califat d’Omar se fit aussi par les armes. Les syriens romains sont des chrétiens monophysistes qui (par opposition aux chrétiens nestoristes de Constantinople/Byzance) jugeaient l’essence du Christ exclusivement divine (à l’exclusion de sa dimension humaine – un contexte intellectuel qui sera partiellement compatible avec le rejet de la divinisation des figures humaines préconisé en Islam). Pour des raisons de culte et d’affinités des réseaux commerciaux, les monophysistes et les juifs de Syrie romaine seront hautement favorables à la pénétration arabe. Les Arabes, sous Omar, prennent Jérusalem en 637 et se lancent à la conquête du Maghreb. À la mort d’Omar, une portion importante de l’Égypte est conquise. Ici, les avis divergent sur la position adoptée par l’hinterland égyptien. Les Coptes, chrétiens mais en révolte larvée contre le pouvoir romain de Constantinople, pourraient avoir favorisé la conquête arabe de l’Égypte. Mais d’autres voix font aussi valoir que les Coptes d’Égypte comptent au nombre des plus anciens et des plus solides résistants à l’islamisation. C’est en référence directe à eux qu’on se mettra à parler un jour du Pacte d’Omar. Il reste que, doctrinalement parlant, pour les musulmans, les juifs et les chrétiens sont beaucoup moins emmerdants à conquérir que les zoroastriens. Cela tient au fait que, confronté tôt aux monothéismes juif et chrétien en Arabie même, et profondément influencé par eux, le Saint Prophète a formulé, de par la «voix de dieu» dans le Coran, une doctrine d’ajustement hautement perfectionnée avec ceux que les musulmans nomment les Gens du Livre.

Ne discute avec les gens du livre
que de la manière la plus courtoise.
-Sauf avec ceux d’entre eux qui sont injustes-
 
Dites:
« Nous croyons à ce qui est descendu vers nous
et à ce qui est descendu vers vous.
Notre Dieu qui est votre Dieu est unique
et nous lui sommes soumis».
 
Nous avons ainsi fait descendre sur toi le Livre.
Ceux à qui nous avons donné le Livre croient en lui.
Il en est, parmi ceux-ci [selon certains exégètes: les Arabes], qui y croient.
Seuls, les incrédules nient nos Signes.
 
Tu ne récitais aucun Livre avant celui-ci…

(Le Coran, Sourate 29, L’araignée, verset 46 à 48, traduction D. Masson)

Les conditions, tant dans la doctrine que dans l’hinterland des deux grands territoires monothéistes fraîchement conquis par les Arabes, sont en place pour des accommodements. Il est clair que ces populations ont résisté à l’islamisation, ne voyant pas trop l’intérêt du remplacement d’un monothéisme par un autre. Omar va composer. Il va notamment renoncer à la conquête de l’Ifriqiya, qui ne se fera qu’après sa mort. On lui impute la formulation originelle du Pacte d’Omar. Bon, c’est un malentendu historique, en fait, qui fait qu’on impute le Pacte d’Omar au second calife de l’Islam. De fait, les premiers éléments de sa mise en forme dateraient plutôt de Omar II (682-720) et s’étaleraient jusqu’au douzième siècle. La légende est erronée donc. Cela ne la rend pas moins intéressante. Et pour cause.

Le Pacte d’Omar est la toute première entente entre les autorités musulmanes et les non musulmans des territoires qu’elles occupent. Fondamentalement, c’est l’entente d’un occupant envers un conquis. C’est aussi l’entente d’un commandement sectateur envers une communauté d’ouailles qu’il ne considère ni mécréante (et, conséquemment pas athée non plus), ni idolâtre mais monothéiste comme lui, donc, par principe: tolérable. On y formule des procédés assez classiques d’encadrement coercitif des populations (interdiction du port d’armes et de la chevauchée, imposition de signes distinctifs, taxes spéciales, déférence affichée) mais, en échange, et ce n’est pas mince, les cultes non musulmans sont préservés et protégés par les autorités. La version la plus ancienne qu’on connaisse du Pacte d’Omar se formule comme suit (ce sont les occupés qui formulent le texte du pacte que l’occupant entérine par une courte introduction donnant le cadre):

« Au Nom d’Allah, le Bienfaiteur miséricordieux! Ceci est une lettre adressée par les Chrétiens de cette ville, au serviteur d’Allah, Omar ibn al-Khattâb, commandeur des Croyants.

   Quand vous êtes venus dans ce pays, nous vous avons demandé la sauvegarde pour nous, notre progéniture, nos biens et nos coreligionnaires.

   Et nous avons pris par devers vous l’engagement suivant:

   -Nous ne construirons plus dans nos villes et dans leurs environs, ni couvents, ni églises, ni cellules de moines, ni ermitages. Nous ne réparerons point, ni de jour ni de nuit, ceux de ces édifices qui tomberaient en ruine, ou qui seraient situés dans les quartiers musulmans.

   -Nous tiendrons nos portes grandes ouvertes aux passants et aux voyageurs. Nous donnerons l’hospitalité à tous les Musulmans qui passeront chez nous et les hébergerons durant trois jours.

   -Nous ne donnerons asile, ni dans nos églises ni dans nos demeures, à aucun espion.

   -Nous ne cacherons rien aux Musulmans qui soit de nature à leur nuire.

   -Nous n’enseignerons pas le Coran à nos enfants.

 -Nous ne manifesterons pas publiquement notre culte et ne le prêcherons pas. Nous n’empêcherons aucun de nos parents d’embrasser l’Islam, si telle est sa volonté.

  -Nous serons pleins de respect envers les Musulmans. Nous nous lèverons de nos sièges lorsqu’ils voudront s’asseoir.

   -Nous ne chercherons point à leur ressembler, sous le rapport des vêtements, par la calotte, le turban ou les chaussures, ou par la manière de peigner nos cheveux.

   -Nous ne ferons point usage de leur parler; nous ne prendrons pas leurs noms.

   -Nous ne monterons point sur des selles.

   -Nous ne ceindrons pas l’épée. Nous ne détiendrons aucune espèce d’arme et n’en porterons point sur nous.

   -Nous ne ferons point graver nos cachets en caractères arabes.

   -Nous ne vendrons point de boissons fermentées.

   -Nous nous tondrons le devant de la tête.

  -Nous nous habillerons toujours de la même manière, en quelque endroit que nous soyons; nous nous serrerons la taille avec une ceinture spéciale.

   -Nous ne ferons point paraître nos croix et nos livres sur les chemins fréquentés par les Musulmans et dans leurs marchés. Nous ne sonnerons la cloche dans nos églises que très doucement. Nous n’y élèverons pas la voix en présence des Musulmans. Nous ne ferons pas les processions publiques du dimanche des Rameaux et de Pâques. Nous n’élèverons pas la voix en accompagnant nos morts. Nous ne prierons pas à voix haute sur les chemins fréquentés par les Musulmans et dans leurs marchés. Nous n’enterrerons point nos morts dans le voisinage des Musulmans.

   -Nous n’emploierons pas les esclaves qui sont échus en partage aux Musulmans.

   -Nous n’aurons point de vue sur les maisons des Musulmans.

   Telles sont les conditions auxquelles nous avons souscrit, nous et nos coreligionnaires, et en échange desquelles nous recevons la sauvegarde.

   S’il nous arrivait de contrevenir à quelques-uns de ces engagements dont nos personnes demeurent garantes, nous n’aurions plus droit à la dhimma et nous serions passibles des peines réservées aux rebelles et aux séditieux. »

(Wikipédia, article Le Pacte d’Omar)

Cette version du texte daterait de l’an 1,100 environ. Vous ne me direz pas. Toutes les grandeurs et les petitesses du multiculturalisme contemporain s’y retrouvent synthétisées. On croirait une version moyenâgeuse, mais pas mal ficelée du tout quand même, de mes critères de communautarisme civique. Y sont promis par les musulmans: l’obéissance aux lois, la perpétuation communautaire, la liberté de culte, la diglossie, les droits d’assimilation et de non-assimilation. Les autres, pour leur part, s’engagent à rester distinctifs sans ostentations trop tonitruantes (même les cloches des églises doivent sonner pas fort, si tant est).

À une époque où la pure et simple mise en esclavage de peuples conquis en rébellion larvée permanente était chose commune, obligatoire presque, on a ici un véritable morceau de mutuelle bravoure dans l’effort de coexistence pacifique. Ce texte devrait être l’objet de réflexion par excellence entre musulmans et non musulmans devant s’ajuster au sein d’une société civile commune. Devenus importantes minorités dans de nombreuses sociétés occidentales, nos compatriotes musulmans sont respectueusement invités à redécouvrir leur culture politique et administrative en relisant sereinement le Pacte d’Omar. Il est un instrument historique incontournable pour se donner des moyens à la fois fermes et déférents pour comprendre le point de vue de l’autre sur les questions multiculturelles. Inutile de dire, pour reprendre le bon mot du Saint Prophète, qu’il ne faudrait discuter toutes ces délicates questions que de la manière la plus courtoise…

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Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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25 Réponses to “Sur le PACTE D’OMAR comme cadre «multiculturaliste» en Islam”

  1. Caravelle said

    C’est captivant, Ysengrimus. Beaucoup plus frais et impartial que les discours fétides que nous donnent les médias actuels sur la culture musulmane. En tant que juive je me sens profondément touchée par ce Pacte d’Omar.

  2. Le Boulé du village said

    Le Moyen-Age barbare, chrétien et musulman qui nous apprend à nous comporter de façon civile et courtoise. J’en tombe sur le cul.

  3. Catoito said

    Et la citation du Coran est fort parlante aussi. Que ceux qui présentent nos compatriotes musulmans comme des sectareurs énervés relisent leur prophète sur ce point. On ne connait rien de tout cela, Ysengrimus. Merci à toi.

  4. Magellan said

    Cette question des compatibilités ou incompatibilités syncrétiques est très intrigante. Tout le contraire de l’image qu’on nous donne de l’intégrisme.

    [De tous temps les religions s’accommodent. C’est d’autant plus aisé qu’on ne se l’imagine du fait qu’elles manipulent, matériellement et intellectuellement, un ondoyant, flexible et gélatineux corpus de fictions. – Ysengrimus]

  5. Vanessa Jodoin said

    Il est très « mec », ce Pacte. L’être humain était un homme dans ce temps là, hein (An 1,100). Rien sur les tenues vestimentaires des femmes ou même sur les mariages inter-culturels. Ça devait être rare, littéralement inconcevable, en fait.

    [Bien vu, Vanessa. Je seconde. – Ysengrimus]

    • Gudule said

      Je seconde aussi. Y a ce rasage du devant de la tète qui est pas marrant, en plus. C’est quasi certain que ça s’applique qu’aux « êtres humains » du temps (les mecs, donc). Je vois pas les femmes faire ça. Ça ferait vachement trop France libérée…

  6. Denis LeHire said

    Est-ce que je raconte de la chnoute en disant que ça me fait penser aussi à l’Acte de Québec (pacte de concession fait par les britanniques aux canadiens-français vers 1774). Vous flagossez vos cossins coutumiers dans vos cabanes et nous on vous tient dans un cadre large.

    [T’as pas tort. Ce sont des modalités d’occupation. Les transpositions d’époques faites, il y a effectivement une analogie. Cela donnerait aux Arabes environ 600 ans d’avance mais on va pas chipoter, hein. – Ysengrimus]

    • Fridolin said

      « nous nous serrerons la taille avec une ceinture spéciale. »

      Pis alors ça, ça correspondrait à nos ceintures fléchées, peut-être?

      [Sans doute pas littéralement… mais la métaphore que tu files ici n’est vraiment pas sans mérite, mon Fridolin! Très amusante aussi… – Ysengrimus]

  7. Sissi Cigale said

    Ces deux clauses semblent presque contradictoires:

    -Nous n’enseignerons pas le Coran à nos enfants.
    -Nous n’empêcherons aucun de nos parents d’embrasser l’Islam, si telle est sa volonté.

    Une explication?

    [Elles sont solidement organiques en fait. Les occupés obtiennent de ne pas avoir à prêcher l’Islam à leurs enfants. Ils peuvent continuer de promouvoir leur religion. Les musulmans obtiennent que ces enfants ne seront pas contraints par les pressions communautaristes s’ils veulent embrasser l’Islam. Chacun a donc sa chance de vendre sa salade à la génération suivante et personne ne risque de distordre le culte de l’autre en l’enseignant du bout des lèvres. Match nul en fait. Équilibre des options. Le duo de clauses est bon. Le principal problème fut probablement que cela ne fut pas toujours symétriquement respecté par les uns ou les autres. – Ysengrimus]

  8. Mura said

    « ce sont les occupés qui formulent le texte du pacte que l’occupant entérine par une courte introduction donnant le cadre »

    C’est une sorte de « lettre circulaire » aux modalités très précises. Les occupés s’expriment dans le texte mais on leur a solidement guidé la main en fait. Hope everybody got the memo!

    [Absolument exact. On dirait presque un de nos nombreux textes actuels cherchant à se donner un « look » démocratique et/ou collégial et/ou mutuellement consenti (look de toc, en fait). Très bizarrement moderne, tout ça. – Ysengrimus]

  9. PanoPanoramique said

    Chers compatriotes musulmans,
    Du temps du Pacte d’Omar les musulmans disaient aux sectes minoritaires de leurs nouveaux territoires: nous respectons explicitement la perpétuation de vos valeurs MAIS si vos enfants embrassent nos valeurs, il ne faudra pas vous interposer et les empêcher de s’islamiser. Sur le même modèle, issu directement de la culture juridique musulmane, nous pourrions dire, courtoisement: nous respectons, ici, en occident, l’Islam dans vos familles et vos vies privées MAIS si vos enfants choisissent de s’occidentaliser, nous entendons à ce que vous respectiez leur choix. Ça vous va?

    [Moi ça me va parfaitement, Pano. Tu captes finement une des importantes applications contemporaines de l’héritage intellectuel et juridique du Pacte d’Omar. Tu as saisi, ce faisant, l’essence de ma démarche, ici, avec ce billet. – Ysengrimus]

    • Caravelle said

      Bien vu, Monsieur Panoramique. Ceci est, de loin, une de vos meilleures interventions à ce jour!

      • PanoPanoramique said

        Merci beaucoup, Madame Carava. Ouf, ça m’est venu comme un flash. Ça doit être le prof Ysengrimus qui commence à m’instruire la tête.

        [Ça prend une tête bien faite pour pouvoir l’instruire, Pano. ne minimise surtout pas ton mérite. – Ysengrimus]

  10. Brigitte B said

    Pourquoi c’est plus facile pour des monothéistes de convertir des polythéistes que d’autres monothéistes?

    • Ysengrimus said

      Curieux, hein. On imaginerait le contraire, en effet, Brigitte. On penserait les monothéistes plus compatibles avec leurs semblables monothéistes. Mais ne voyez pas le monothéisme et le polythéisme comme des corpus autonomes, indépendants des groupes croyants. Voyez-les plutôt comme des indicateurs de progrès historiques. Le fait, pour, disons, des Arabes, d’être devenus monothéistes, indique qu’ils se sont unifiés plus solidement, qu’ils se sont organisées sur une base stable, commune, qu’ils ont aplani leurs antagonismes, qu’ils ont, en un mot, accédé à un degré de civilisation supérieur, plus cohérent, plus performant (que celui de leur cadre polythéiste antérieur, qu’ils ont rejeté par eux-mêmes, selon une crise dialectique interne, sans qu’on les force). Le monothéisme de ces Arabes là est à la fois l’indice et le résultat de ces progrès de leur vie matérielle. Les tribus arabes éparses qui croient encore en des dieux distincts et éparpillés se battent encore entre elles, n’ont pas d’écriture commune ou de structures architecturales en dur. Leurs armées ne sont pas sous le commandement unique (du représentant terrestre unique du dieu unique). Ce sont des agrégats de phalanges de seigneurs de guerres distincts. Ils sont voués à s’islamiser, s‘assimiler ou mourir. Tandis qu’un autre monothéisme national (celui de Byzance ou de la Perse) est au même niveau civilisationnel que le monothéisme de son envahisseur. Là, l’intervertissement est beaucoup plus coton. Le dieu est le même, dites-vous, justement? Alors pourquoi je changerais mes coutumes? Le grand ratage propagandiste de l’Islam fut de se poser en continueteur «logique» des juifs et des chrétiens. Les autres ont jamais gobé ça. La coexistence, armée ou non, fut la seule solution viable à terme.

      Des gogos qui vont à cheval ou en bicyclette sont partant, une fois les conditions historiques réunies, pour passer à l’automobile. Mais des pays ou les automobiles roulent à droite ne se mettront pas à imiter des pays ou les automobilistes roulent à gauche. Pourquoi le feraient-ils? Nous sommes identiques. Mon dieu sur mon côté de la route vaut bien le tien!

      • Catoito said

        Excellent développement. On a vu cela aussi en Occident. Au Haut Moyen-Age, le pape préféra faire affaire avec Clovis, roi de Gaule païen, encore convertissable donc, qu’avec les Visigoths du sud de la France, déjà christianisés mais selon les vues de la secte de l’Arianisme, non-valides selon le pape. Clovis, converti devint un des hérauts du Moyen-Age catholique et les Visigoths arianistes finirent, eux, par mourir, dans leurs bottes, sans jamais se convertir.

        C’est de là que vient la notion d’“hérésie”. “Ils” sont chrétiens comme nous, mais adhèrent à des principes afférents distincts (notamment ils rejettent le pouvoir papal). Ils sont par principe inconvertissables (contrairement aux païens ou aux polythéistes, plus mous, plus civilisables, plus “mécréants” selon le discours du temps – des cruches qu’on peut encore remplir, quoi). Une seuls solution face aux chrétiens, monothéistes hérétiques, trop solides parce que trop semblables: lever une croisade et les pulvériser…

        [Excellent complément d’information, Catoito. Je seconde. – Ysengrimus]

  11. Un grand nombre de ces stipulations, il me semble, sont axées sur la mise en distinction des musulmans et des non-musulmans. En quoi une telle politique de désassimilation aurait-elle servi le conquérant musulman?

    [C’était la seule façon de résorber les résistances de ces peuples. Ne pas assimiler leur permettait d’occuper. La formule s’est avérée gagnante. L’islam influence aujourd’hui un milliard deux cent millions d’humains… – Ysengrimus]

    • Serge Morin said

      Dans certains cas ce fut remplacer l’assimilation brutale, rapide, feu de paille (genre: invasions macédoniennes ou mongoles) en assimilation graduelle et assurée. Les Fous de Dieu travaillaient dans le long terme. Et effectivement, ils ont souvent gagné. Le principal exemple historique des limitations de leur approche fut l’Espagne. Dans le cas de cette dernière l’approche graduelle joua finalement contre les musulmans.

      [Exact. Aujourd’hui seulement 15% des musulmans sont arabes. Le commerce et un cadre juridique souple genre Pacte d’Omar les a rendu hautement performants dans l’art d’influencer et de rayonner. – Ysengrimus]

  12. Tourelou said

    Est-ce par la peur des autres tribus que se développe les pactes? Les religions sont des pactes castrant de notre liberté. Je me demande souvent pourquoi tant d’hommes ont peur de la liberté.

  13. Hibou Lugubre said

    Brillant et admirable ! comme à l’habitude mon cher Ysengrimus! ce sacré « Pacte d’Omar » l’est tout autant qu’il est moderne comme vous dites! Alors que nous en sommes encore à vouloir définir comment doit se faire l’intégration de tel ou tel communauté religieuse, culturelle etc! il y a cependant un préjugé de « ghettoisation et persécution de l’occupé » qui en ressort de ce manifeste, et qui pourtant serait questionnable par le fait que Perses, Juifs, Chrétiens, et parfois Bouddhistes ont souvent contribué à l’essor de cet empire musulman ayant « su exploiter » l’apport de ces communautés à l’époque… Apports scientifique, économique, culturel… bien entendu, ceci s’étant dégradé au fil de l’histoire… jusqu’au déni et fanatisme selon les époques!

    Par ailleurs, et au contact de païens convertis, les musulmans ont-ils entretenus une ségrégation raciale? l’exemple de l’esclavage a certes fait noircir l’histoire des conquérants musulmans en Afrique Noire, mais rappelons que c’était aussi pour remplir les soutes de cargo Européens qui destinaient « la marchandise » aux Amériques… l’histoire n’est pas assez connue ou documentée pour en établir les faits avec exactitude… on retiendra hélas que chrétiens et musulmans ont ensemble laissé la même Afrique sur la paille si on peut dire…

    Sur une note plus moderne, un net décalage entre ce que nous percevons et faisons au Québec et ce qui se fait déjà en Ontario, aux États-Unis et même au Royaume-uni… on dirait que l’esprit du « Pacte d’Omar » `y a l’air de fonctionner à plein régime! résultat: une intégration plus facile, un apport des immigrants de tous horizons, cultures et religions plus positif et bien plus productif que la moyenne, avec les conséquences économiques et sociales plus avantageuses on dirait!

    Merci Ysengrimus pour cet admirable mise en lumière!

    [Ceci dit, la « Charte de Drainville » nous a bien fait regresser sur toute cette affaire. – Ysengrimus]

    • Cymbale said

      un préjugé de «ghettoisation et persécution de l’occupé»

      On est bien obligée d’y penser, en ce jour anniversaire de la Nuit de Cristal, en constatant tout les signes distinctifs vestimentaires obligatoires mentionnés dans ce Pacte…. De bien sinistres souvenirs…

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