Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Réal Laurendeau (1923—2015)

Posted by Ysengrimus sur 5 octobre 2016

Réal Laurendeau ouvrant la marche pour ses quatre enfants. De gauche à droite: Source-Vive, Coupe-Feu-de-Choc, Éminence-des-Fleurs et Ysengrimus. On a tous bien rit, tout au long des belles années de cette portion de vie derrière Réal.

Réal Laurendeau ouvrant la marche pour ses quatre enfants. De gauche à droite: Source-Vive, Coupe-Feu-de-Choc, Éminence-des-Fleurs et Ysengrimus. On a tous bien rit, tout au long des belles années de cette portion de vie derrière Réal.

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Il y a un an mourrait mon père, Réal Laurendeau. Je pense à lui dans la joie ordinaire du souvenir tendre et simple. Et je vous en touche un mot, surtout pour ceux et celles qui en redemandent constamment au sujet des émotions d’Ysengrimus.

UNE GÉNÉRATION DE PETITS BONHOMMES QUI ÉTAIENT DES GÉANTS. Quand je pense à mon père, Réal Laurendeau (1923—2015), dans mon esprit, il se corrèle infailliblement aux hommes de sa génération qui étaient des figures et qui lui ressemblaient tellement, sous maintes facettes. On peut d’abord mentionner le receveur de baseball et philosophe vernaculaire Yogi Berra, né en 1925 et mort quelques jours avant Réal. Je pense aussi à l’ècrivain Jack Kerouac (né en 1922), qui ressemble tellement à un mononcle des États, surtout dans cet entretien avec Fernand Séguin (lui aussi né en 1922, et qui fut lui-même un confrère de classe de Réal). Quand Réal voulait nous faire mousser ses valeureuses aptitudes de matheux, il citait toujours ce grand concours d’algèbre semi-mythique, dans son école montréalaise de l’entre-deux-guerres, où il était arrivé glorieusement deuxième, tout de suite derrière le futur chroniqueur scientifique Fernand Séguin. On peut encore mentionner René Lévesque (né en 1922) que Réal admirait en secret parait-il, le hockeyeur Maurice Richard (né en 1921) qui patinait presque aussi bien et aussi vite que Réal. Je pense aussi, inévitablement, au peintre et sculpteur Jean-Paul Riopelle (né en 1923, comme Réal), au poète Claude Gauvreau (né en 1925), et au si discret mais si incisif chroniqueur journalistique Albert Brie (né en 1925). C’était des tit-bouttes mais c’était des géants. Et on s’entend-tu qu’encore aujourd’hui, si on voit si haut et si loin, c’est qu’on est bel et bien confortablement assis sur leurs immenses épaules abstraites… Ils nous ont fait entrer dans la vie moderne, parfois en restant eux-mêmes sur le pas de la porte, sans bruit. Ils ont fait ce qu’ils avaient à faire, sans pandémonium et sans flafla. Mon papa, c’était tous ces gars là. Il y avait un peu d’eux en lui mais surtout, c’est eux qui, sans le savoir, lui doivent immensément, à mon vieux qui fit l’histoire.

L’APPORT HISTORIQUE DE RÉAL. Bon, justement, un mot de l’apport historique de Réal, ça se résume assez simplement. Deuxième Guerre Mondiale. Le vieux s’est porté volontaire, explicitement pour aller combattre le nazisme, dès l’entrée du Canada en guerre. Il l’a fait en restant dans ses fonctions de machiniste sur un cargo de navire marchande réquisitionné par la marine de guerre de l’Empire Britannique. Il y a entendu de ses oreilles entendu les observations radiophoniques perfides de Lord Haw-Haw et les quatre premières notes de la Cinquième Symphonie de Beethoven en forme de V de la victoire répétées ad infinitum. Il a surtout vu le feu et pas un petit peu. Sa trajectoire de guerre peut donc se subdiviser comme suit:

Bataille de l’Atlantique (Angleterre). Il s’agissait d’approvisionner l’Angleterre par convois de navires de surface. C’est que c’est une île, hein, et que son immense dispositif d’approvisionnement avait été complètement chambardé par l’ennemi. Les USA et le Canada fournissaient donc de l’approvisionnement chargé sur des cargos civils réquisitionnés, surtout canadiens, qu’on équipait sommairement de canonnières et qu’on faisait escorter par la marine de surface (des destroyers et des contre-torpilleurs, principalement). Les pertes furent énormes et les navires civils en étaient les victimes quasi exclusives car ce sont les cargaisons qu’on visait. Ajoutons, pour ne rien arranger, qu’à cette époque, les sous-marins allemands (U-boats) devaient obligatoirement faire surface pour pouvoir mouiller les torpilles, ce qui les rendait, eux-mêmes, des cibles faciles pour les navires d’escortes et leur aviation. C’était donc du tir fatalement finement ciblé, sélectif, sur les cargos prioritairement. Le vieux nous expliquait qu’un sous-marin est inaudible depuis la soute du cargo. C’est quand ils entendaient la déflagration des grenades sous-marines mouillées par «nos» avions que les machinistes de soute savaient qu’il y avait danger. Le vieux s’est fait torpiller. Le cargo a disparu sous lui, en un rien de temps. Il s’est retrouvé sur un canot pneumatique dans la houle glaciale de l’Atlantique Nord à attendre les secours. Il a eu la présence d’esprit de rester dans l’eau, en se tenant proche du canot, sans chercher à grimper sur celui-ci. Les hommes montés dessus ont eu des engelures majeures aux membres à cause du vent coupant et se sont fait amputer des bras et des jambes. Le vieux s’en est tiré quitte pour la peur. La grande peur.

Bataille de l’Atlantique (Russie). Les convois de l’Atlantique seront aussi éventuellement chargés d’approvisionner l’Union Soviétique en armes et en matériel. On prend les mêmes (cargos civils réquisitionnés, destroyers, contre-torpilleurs, U-boats allemands) et on recommence, cette fois en direction du grand nord russe, en faisant face exactement aux mêmes dangers, sur des trajets maritimes plus longs et par des températures polaires. S’ajoutent au topo ces fort ambivalents alliés qu’étaient les Soviétiques. Le point de contact secret où s’effectuait l’accostage et le déchargement du matériel était une banquise du grand nord russe totalement et intégralement déserte, nue, vide. Pas d’installations portuaires, pas de cabestans, pas de lieux d’entreposage. Rien. Les mariniers jetaient les câbles directement sur le glacier et ceux-ci étaient montés sur des troïkas russes bigarrées tirées par des chevaux qui se perdaient sur l’horizon, comme à l’infini, sans qu’on sache exactement comment ou où étaient arrimées les amarres. Le mauvais souvenir ici, c’est le suivant, un des plus cuisants traumatismes de guerre pour le vieux. Les mariniers canadiens qui sont sur le pont du cargo sont éblouis par la beauté grandiose et insolite du spectacle de ces magnifiques carrioles à patins russes, colorées et mobiles, sur la neige immaculée. Un collègue du vieux, qui est à côté de lui sur le bastingage, sort un appareil photo pour immortaliser le moment. Un des soldats soviétiques se trouvant sur la troïka la plus proche le couche en joue sans sommation et l’abat. Raide mort, le gars. Pas de photo, on dirait… il s’agit de ne faire circuler ni chez les alliés, ni chez l’ennemi l’image mal lunée du total dénuement des installations portuaires soviétiques. Le vieux (qui, rappelons-le, malgré son surnom, a environ vingt ans à l’époque), n’a vraiment pas apprécié ça, et n’est pas devenu trop trop pro-soviétique après ce coup là.

Débarquement de Sicile. La guerre avance. Le général Montgomery a fini par reprendre l’Afrique du Nord en se débarrassant de la terrible difficulté stratégique et tactique représentée par l’AfrikaKorps de Rommel. Il ne faut pas maintenant que les troupes britanniques d’Afrique soient cantonnées et gambergent. L’action doit se poursuivre. C’est le fameux coup de la bicyclette qui doit avancer pour ne pas tomber. Et il y a justement ce cher front de l’ouest que Churchill promet à Staline depuis des mois. L’Italie est fort affaiblie, notamment par ses pertes en Afrique. Churchill consulte Montgomery sur la possibilité de l’envahir. Montgomery, un maniaque total de la logistique fine, un hyper-planificateur quasi morbide, formule ses exigences. Il va me falloir cela, il va me falloir ceci, il va me falloir des cargos pour transporter les blindés amphibies, il va me falloir autres choses encore et on commence par la Sicile. Churchill va tout concéder à son tacticien étoile à la maniaquerie gagnante. Il va gratouiller partout dans les racoins de la flotte de l’Empire pour fournir ce qui a été exigé. Et le cargo du vieux va se retrouver en Sicile, à l’intérieur de l’immense dispositif d’invasion de Montgomery. L’opération se décrit alors comme suit. Les cargos s’approchent aussi près que possible de la côte et jettent à l’eau, au cabestan, un par un depuis le bastingage, les véhicules blindés amphibies qui démarquent. Il faut ensuite se replier rapidement, la protection des escortes de surface étant réservée en priorité aux cargos effectuant le déchargement des véhicules en train de débarquer, pas à ceux ayant terminé de le faire. Le tout se jouait fatalement sous le tonnerre de fer et de feu de l’artillerie côtière italienne. Yogi Berra fut au Débarquement de Normandie. Réal Laurendeau fut au Débarquement de Sicile. On peut dire que, grosso modo, ça s’équivaut.

Libération du port belge d’Anvers. Plus la victoire approche, plus les alliés deviennent graduellement têtes enflées. C’est justement en Italie que le phénomène des victoires bâclées va commencer à se manifester. Un général dont j’oublie le nom, qui aurait en fait du nettoyer tactiquement certains secteurs précis et peu spectaculaires de l’Italie profonde, a préféré prendre Rome pour s’octroyer la parade triomphale et le garrochage de barres de chocolat aux foules en liesse de la capitale italienne. Pendant ce temps, l’hinterland ennemi mal nettoyé se replie en méthode, se regroupe plus haut, se ressaisit, s’approvisionne, et reste opérationnel. Cela retarde l’issue de la guerre d’autant, pour des raisons de priorité de gloriole toc et cela rend l’approche des villes «libérées» peu sûre. Une de ces victoires bâclées les plus renommées de la Seconde Guerre Mondiale fut justement la libération d’Anvers (Belgique). Anvers, dont les campagnes avoisinantes restaient grevées d’unités de soldats allemands encore actives, fut un des ports les plus mal libérés de la guerre. Cela prit des mois pour le rendre de nouveau opérationnel et exploitable. Qui pensez-vous se retrouva sur le tout premier navire allié civil à entrer dans Anvers «libérée»: le vieux. Tout était là encore, les barbelés, les mines, les booby traps, les tirailleurs planqués, les saboteurs. Quand les mariniers descendirent en permission (car officiellement on n’était plus en zone de guerre), ils constatèrent que certains des segments de la ville étaient des zones interdites intégrales. Quiconque franchissait ces limites se faisait abattre à vue par les forces d’occupation alliées. Prendre du friendly fire en fin de conflit, après toutes ces épreuves, ça aurait fait dur quand même. Le vieux se le tint pour dit et rien ne lui arriva. Mais il fallut jouer de prudence sur les docks d’Anvers, en cet après-guerre encore passablement mal assuré.

Voilà. Tout ça, avec la froideur distante du recul, comme vous le voyez, ça tiens sur une main. Une grosse main, hein. Quand t’as fait ça, t’as fait ta journée. La chose est simple et puissante. Je le redis: on doit immensément aux hommes de la génération de Réal. Ils sont modestes mais ce sont effectivement des géants. Nous leur devons tout simplement notre mode de vie. Je suis en train d’expliquer ici pourquoi je suis fier de mon vieux. C’était mon papa, mon proche mais, lui et sa génération, ce sont aussi des figures qui font parti d’un important héritage. Un homme simple en plus, le vieux… et qui la ramenait pas. Pas belliqueux pour deux sous, au demeurant. Il était plutôt, comme la suite de cet hommage vous le fera sentir, orienté vers la communication et l’amusette verbale.

POÈME POUR RÉAL. Aux funérailles de mon père et de ma mère, qui furent communes, j’ai voulu surtout retrouver le vieux justement dans sa verbalité, et aussi sa corporalité, sa sensualité. Aussi, avec l’aide inestimable de Reinardus-le-goupil, on a récité un petit poème pour lui. Nous y revoici… ce fut comme ceci…

J’ai d’abord expliqué à une assistance assez nombreuse qu’au nombre des personnes se regroupant ici autour du souvenir de Réal, figuraient des personnalités portant des noms typiquement irlandais. Cela nous plaçait de plain pied et en toute légitimité dans l’esprit du wake irlandais. Les Irlandais nous ont laissé en héritage de leur culture un rapport très spécifique à la chose funéraire. Et de poursuivre. Dans l’esprit des Irlandais, ceci, ici, est un événement festif, commémoratif. On y exprime notre jubilation et notre joie que des personnes aient vécu et qu’on ait eu l’immense privilège de les côtoyer. Dans cet esprit joyeux et festif du wake irlandais, j’ai l’immense plaisir de faire appel aux générations montantes. Applaudissez-le, un petit peu, pour l’encourager… [Reinardus-le-goupil vient alors rejoindre Ysengrimus à l’avant sous les applaudissements]

J’ai le plaisir et l’honneur de vous présenter mon fils Reinardus-le-goupil. Dans une percutante eulogie de son grand-père posée, il y a quelques temps, sur la liste Laurendeau, Reinardus-le-goupil a mentionné la remarquable capacité qu’avait Réal de solliciter notre imaginaire dans la miniature. Reinardus-le-goupil a même écrit qu’il lui semblait que son grand-père avait fait pousser une jungle dans la cours de sa maison. Ceci n’est pas factuel, naturellement. Nous savons tous que la pelouse à l’arrière du petit domaine parental a toujours été nette et bien brossée. C’est une métaphore, naturellement. Mais cette image de Reinardus-le-goupil capte superbement cette dimension de ce que nous apportait Réal: la force du déploiement de l’imaginaire sur miniature.

Maintenant, les gens qui ont eu la grande chance de voir Réal de proche auront observé qu’il portait deux tatouages. Un Christ en croix sur une épaule et une rose épanouie sur un avant-bras. Le poème que nous vous proposons aujourd’hui vise justement, dans l’esprit de la miniature signalée par Reinardus-le-goupil, à vous dévoiler rien de moins que le secret de la rose de Réal. C’est un poème de Gilles Vigneault, paru l’année de la naissance de ma sœur Source-Vive… que nous tairons ici. Il est paru dans le tout premier recueil de Gilles Vigneault, intitulé Étraves, ce qui donne quand même une petite idée de l’âge de Source-Vive… et du mien, vu que je la suis de seulement un an. Le poème s’intitulait initialement Chanson. Il fut parfois ré-intitulé Miniature. Mais aujourd’hui, pour nous, il s’intitule: Le secret de la rose de Réal. [Ysengrimus et Reinardus-le-goupil récitent ensemble le poème, en s’alternant d’un vers à l’autre]

J’ai fait mon ciel d’un nuage
Et ma forêt d’un roseau.
J’ai fait mon plus long voyage
Sur une herbe d’un ruisseau.
D’un peu de ciment: la ville
D’une flaque d’eau: la mer.
D’un caillou, j’ai fait mon île
D’un glaçon, j’ai fait l’hiver.
Et chacun de vos silences
Est un adieu sans retour,
Un moment d’indifférence
Toute une peine d’amour.
C’est ainsi que lorsque j’ose
Offrir à votre beauté
Une rose, en cette rose
Sont tous mes jardins d’été.

(Gilles Vigneault, tiré du recueil Étrave, 1957, p. 86)

[Applaudissements tandis que les deux réciteurs se serrent la pince]

L’ÉNIGME DE RÉAL. Et finalement, pour conclure. Il faut absolument que nous vous laissions avec l’énigme de Réal. On dit que la vie est parsemée d’énigmes et que la mort les résout toutes. Mais dans le cas de Réal, il y a une énigme qui est restée totalement irrésolue. Il nous l’a léguée. Il nous l’a dit et redit tellement souvent qu’elle ne pourra jamais vraiment disparaître de nos mémoire. Je vous la livre ici. Attention. Recueillons-nous.

Si un homme prend trois semaines pour marcher un mois,
Combien y a-t-il de bananes dans un baril de pommes?

Merci. [Reinardus-le-goupil et Ysengrimus se retirent sous les applaudissements]

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Un cargo allié coulé par un sous-marin allemand (U-boat) lors de la Bataille de l’Atlantique

Un cargo allié coulé par un sous-marin allemand (U-boat) lors de la Bataille de l’Atlantique

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20 Réponses to “Réal Laurendeau (1923—2015)”

  1. Jimidi said

    Quel bel hommage. Longue vie à nos souvenirs !

  2. Tourelou said

    Magnifique et touchant. J’aurai aimé rencontrer et discuter longuement avec votre vieux. Une mémoire vive pour vous et vos fils, voilà un inestimable héritage.

  3. Caravelle said

    Très touchant. Le mérite de feu votre père est immense.

    • Catoito said

      Je seconde. Merci à ton papa, Ysengrimus. En tant que français je te rappelle que notre reconnaissance envers ces courageux canadiens qui sont sorti de leur confort lointain pour venir libérer l’Europe est éternelle.

  4. Denis LeHire said

    …les quatre premières notes de la Cinquième Symphonie de Beethoven en forme de V de la victoire répétées ad infinitum.

    C’est quoi ça, Ysengrimus?

    [Bien voici. Un jour, sur recommandation d’un disquaire avisé, ma maman, pour élever mon niveau culturel des masses, m’avait fait cadeau, un peu dans l’abstrait, d’un disque de musique classique fiable, la Cinquième Symphonie de Beethoven. Un beau soir, j’installe ça sur le bon système de son du sous-sol, ajuste un volume significatif et fait résonner en grande le Po-po-po-pom séculaire dans toute la cabane. Le vieux, qui lisait son journal dans la cuisine, retontit dare-dare et me demande qu’est-ce que c’est que ça… avec la tête d’un gars qui vient de voir une mouffette dans sa cours. Comme on élevait notre niveau culturel des masses en famille et sans complexes dans ce temps là, je lui réponds: premier mouvement de la Cinquième Symphonie de Beethoven. Il me raconte alors que les quatre premières notes, le Po-po-po-pom donc, correspond à …- soit la lettre V, en code morse. Le V churchillien, pour Victoire. Aussi, sur tous les navires de l’Empire Britannique, on faisait jouer ces quatre notes (pas la symphonie ou le mouvement, hein, juste les quatre premières notes, en boucle) pendant des heures, dans les radios des soutes et des ponts, pour marteler en tous le V de la Victoire. Cette hantise musicale a d’ailleurs été fort artistiquement reprise dans la bande sonore du film The longest Day (1962). Ça s’invente pas, ça. — Ysengrimus]

  5. Chloé said

    Quelle magnifique ode à votre papa à ses pairs.

  6. Gudule said

    Voici le fameux extrait de The longest Day quand les guetteurs allemands découvrent the invasion. L’effet musical beethovenien signalé par Ysengrim et son papa apparaît variablement entre 3:13 et 4:25.

    [Superbe, Gudule. Merci. — Ysengrimus]

    • Sismondi said

      En tout cas, il y en a un qui s’en est souvenu dans un traitement plus moderne…

      [Magnifique. Quelle bonne idée. — Ysengrimus]

  7. Sissi Cigale said

    C’est très beau la commémoration avec ton fils. Il avait quel age?

    [22 ans — Ysengrimus]

  8. Odalisque said

    Dans l’esprit des Irlandais, ceci, ici, est un événement festif, commémoratif. On y exprime notre jubilation et notre joie que des personnes aient vécu et qu’on ait eu l’immense privilège de les côtoyer.

    Ils ont tellement raison, ces Irlandais. J’aimerais pouvoir commémorer comme eux (et Ysengrimus qui, ici, visiblement nous parle de son papa joyeusement et fièrement). Mais c’est tellement dur de perdre un être cher…

    [Remarque, Odalisque, pour l’autocritique, que mon beauf irlandais est venu, lors du buffet après la rencontre funéraire, discrètement et avec un minois matois, me glisser à l’oreille qu’il manquait séant un élément primordial pour que l’esprit du wake soit pleinement rencontré: le whisky… Chacun sa façon de laisser filtrer un peu de tristesse. — Ysengrimus]

  9. Julien B. said

    Ton papa parlait souvent de ces souvenirs?

    [Oui mais souvent dans un angle biscornu, étrange, inattendu, incroyablement authentique autant qu’insolite. Il nous annonçait un jour qu’il avait mangé de la soupe à l’intestin de bœuf. Quand il développait, il expliquait que pendant la Bataille de l’Atlantique, pour des raisons évidentes de sécurité, il fallait souvent attendre des semaines avant de reprendre la mer, en direction du Canada. Ils devaient donc vivre, dormir et bouffer dans le Londres rationné. Et c’était ça son souvenir du blitz de Londres, de la soupe à l’intestin de bœuf coupés en anneaux fin et soigneusement rationnés, consommée dans un abri sous les bombardements. — Ysengrimus]

    • Julien B. said

      Terrible.

      [Oui, mais ils nous parla bien plus encore de ses souvenirs de marinier d’après-guerre. (1945-1955). Et la c’était joyeux, picaresque et passionnant. Un puit aux merveilles. — Ysengrimus]

  10. Mura said

    Malgré la douleur paradoxale et révoltante vécue en Russie par l’homme commémoré aujourd’hui, n’oublions surtout pas les Soviétiques. C’est que 80% des Russes nés la même année que ton père (1923) sont morts entre 1941 et 1945.

    [Je seconde. — Ysengrimus]

    • Caracalla said

      Churchill et son V de la Victoire.

      churchill-v-for-victory

      Une légende raconte que la première fois que les Soviétiques ont vu cette photo, ils ont cru que ça voulait dire DEUX pour ON VA VOUS L’OUVRIR, LE DEUXIÈME FRONT. Ils furent bien déçus de devoir encore attendre…

  11. François Laurendeau said

    Enfant de la crise, jeune adulte du Second Conflit Mondial, jeune parent de la Révolution tranquille, retraité des  »internets », Merci P’pa!

    Réal m’a tout enseigné… du changement d’huile aux rapports géopolitiques du monde moderne.
    Je pense à lui à chaque interventions… Mes 32 ans directement exposé à la détresse humaine me confirme à quel point la souffrance et le courage ont forgés mon père lors de la bataille de l’Atlantique. Son revenu augmentait par décret à chaque passage au phare du Bic. Luciole lointaine que j’ai encore aujourd’hui le luxe de regarder scintiller dans la nuit… Toutes ces nuits, lors de mes insomnies, je regarde cette lumière rouge …qui brille et je pense à lui.

    Merci Paul pour cet hommage.

    [Bravo pour cette puissante intervention. — Ysengrimus]

    • Cymbale said

      Poignant. Vous me tirez les larmes aujourd’hui. C’est monsieur votre frère?

      [Oui, c’est Coupe-Feu-de-Choc, le benjamin du peloton, aidant naturel de Réal Laurendeau, avec sa conjointe et Source-Vive — Ysengrimus]

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