Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

À propos de la combinatoire dans les arts sensoriels

Posted by Ysengrimus sur 7 octobre 2018

parfum

   Les enchaînements. On ne peut, et donc on ne sait enchaîner les parfums. Si on le pouvait et savait, quelle musique!
   Pour l’ouïe la variation est perçue — et il y a enchaînement, prolongement possible, musique.
   Comment se peut-il?
   Une succession d’odeurs ne donne qu’une pure succession d’idées (au plus). Mais une succession de sons peut définir un être nouveau, parce qu’elle peut correspondre à un acte complexe.
   Un son isolé est plus nul (en général) qu’une odeur isolée.

Paul Valéry, Analecta (1926), analecte numéro XCIX (99), DES SONS ET DES ODEURS, dans Tel Quel,  Folio Essai, pp.435-436.

Une des participantes les plus articulées du Carnet d’Ysengrimus, Sylvie des Sylves, nous a tout spontanément proposé en 2014 (ICI, commentaire numéro 5) une fort pertinente typologie des arts, distinguant les arts des sens (musique, cuisine, parfumerie, sculpture et peinture non-figuratives) et les arts de la représentation (photo, peinture et sculpture figuratives, cinéma et théâtre, roman, bande dessinée). Dans les arts de la représentation, l’objet d’art vaut moins pour lui-même que pour l’ensemble des représentations qu’il nous installe dans la tête. C’est un message. Il a un contenu. Il traite des thèmes. Il disserte. Il cogite. Doté d’une syntaxe (cinéma et théâtre, roman, bande dessinée) ou non (photo, peinture et sculpture figuratives), l’art de la représentation est, en tout cas, toujours doté d’une sémantique. Il vaut pour ce qu’il signifie, pour ce qu’il dit.

L’art des sens ou art sensoriel peut lui aussi avoir une syntaxe (je préférerais parler de combinatoire — je m’en explique dans une seconde) mais il est sans sémantique. Il ne signifie pas et il ne dit rien. Il vaut pour lui-même, concrètement, décorativement, sensuellement, pleinement. Il ne transpose pas, ne communique pas. Il est, sans plus. Du fait de cette caractéristique, encore fort mal dominée, l’art des sens est souvent bien involontairement trahi. C’est pour cela qu’une pièce musicale vous fait souvent penser au soir d’été où vous avez découvert à la fois qu’elle était alors à la mode et que vous ne l’oublieriez plus jamais (c’est le fameux phénomène du succès souvenir musical). C’est pour cela aussi qu’une odeur spécifique vous ramène aussi toutes sortes de réminiscences anciennes auxquelles elle est corrélée, de façon souvent parfaitement fortuite. À défaut d’avoir une sémantique imbriquée en eux par choix artistique, comme un discours, les arts sensoriels s’en font souvent assigner une intempestivement, parasitairement, sur le tas, par la trajectoire de vie de ceux et celles qui les appréhende.

Arrivons-en à cette affaire de combinatoire. Les enchaînements, dit Paul Valéry en ouverture d’analecte. Or, quand on pense à la combinaison des éléments dans une œuvre d’art, il faut bien comprendre qu’il y a deux grands types de combinatoires: la syntaxe, c’est-à-dire la succession des éléments sur la ligne du temps, comme dans une phrase ou un phrasé musical, et la modularité, c’est-à-dire la co-existence immédiate d’éléments distincts, indépendamment du temps, comme dans un mobile ou dans un tableau. Syntaxe: il est impossible pour une danse ou une pièce musicale d’apparaître sans temps. Elle exige les enchaînements en successions liées pour exister. Elle a un déroulement dans la durée et il faut prendre le temps de l’appréhender dans son ordre de disposition. Modularité: un tableau ou une sculpture est formé d’éléments fixes combinés mais non linéarisés. Ils apparaissent d’un bloc. Qu’on les appréhende pendant quinze minutes ou quinze heures, c’est la combinatoire fixe qui compte. Son déploiement dans le temps est inerte artistiquement. Je peux dire que je connais mieux la sculpture La Joute de Jean-Paul Riopelle (voir ICI, notamment commentaire 12 de Sissi Cigale) que Les bourgeois de Calais de Rodin simplement parce que j’ai tourné plus souvent autour du Riopelle à Montréal que du Rodin à Paris. Pour lire un roman, écouter un concert ou appréhender une sculpture ou un tableau, il faut toujours du temps. Mais les premiers (roman, concert) incorporent l’enchaînement linéaire ou syntaxe dans leur fonctionnement comme œuvre tandis que les seconds (sculpture, tableau) jouent plutôt de spatialité mais se donnent tout d’un coup et, alors, le temps de découverte est strictement dans la subjectivité de l’observateur. Une personne avec une mémoire photographique captera tout de La Joute de Riopelle plus vite que moi, si, mettons, on la visite ensemble. Tandis que, pour elle comme pour moi, le premier mouvement de la Cinquième Symphonie de Beethoven durera le même temps exactement, si nous sommes assis au même concert. On notera aussi qu’une portion de syntaxe s’appelle un fragment (fragment musical) et qu’une portion de modularité s’appelle un détail (détail d’un tableau). La syntaxe (enchaînement linéaire se déroulant dans le temps) se distingue donc de la modularité (combinaison intemporelle formant module ou ensemble) sur l’axe crucial du temps. Mais les deux ont en commun d’être des combinatoires. Je retiens donc ce terme de combinatoire pour désigner l’ensemble des associations d’éléments dans l’œuvre d’art.

Les enchaînements, dit Paul Valéry. Il restreint donc fatalement la réflexion, déjà fort riche et fulgurante selon sa manière, de ce court analecte à la syntaxe requérant un déroulement dans le temps. Consciente ou non, cette restriction descriptive amène le poète philosophe à s’aviser du fait que la musique est impossible sans syntaxe (Un son isolé est plus nul qu’une odeur isolée) et que la parfumerie est impossible avec syntaxe (On ne peut, et donc on ne sait enchaîner les parfums). L’analecte numéro C (100) qui suit celui cité supra dit la chose tout aussi nettement: Les odeurs s’ignorent entre elles. Musique et parfumerie semblent donc avoir en commun d’être des arts sensoriels et semblent s’opposer sur le fait que seule la musique requiert une combinatoire séquencée pour exister. Notons —et c’est crucial— que Paul Valéry se formule dans le cadre d’une réflexion spontanée n’ayant pas opéré la grande distinction fondatrice des combinatoires, celle entre syntaxe et modularité.

Or justement, si on mobilise cette distinction, la tension problématique s’établissant entre musique et parfumerie gagne tout à coup en richesse et en subtilité. Considérons tous les cas de figure:

Syntaxe de la musique: Elle s’impose. Un son unique, c’est nul dans tous les sens du terme et ce n’est musique que dans je ne sais quelle composition exploratoire, légitime certes, mais pété et railleuse. C’est une iconoclastie improbable taquine et anecdotique qu’une pièce musicale qui serait composée d’un son unique, même long. Long, s’allongeant, ce son unique est déjà entré en syntaxe, d’ailleurs. Non, il n’y a pas d’esquive possible, la syntaxe est une particularité constitutive de la musique. Conséquemment, toute pièce musicale a une durée.

Modularité de la musique: La syntaxe du langage ordinaire évite soigneusement la modularité. Les gens ne parlent pas en même temps et, dans une conversation ou une conférence conjointe, les tours de paroles se succèdent soigneusement. La syntaxe absolue sans aucune modularité, c’est pour la langue parlée. Or, contrairement au langage ordinaire, la musique a incontestablement une modularité. C’est aussi simple que de dire que celle-ci apparaît aussitôt que deux instruments ou plus jouent ensemble. Les instruments rythmiques et mélodiques, la voix et les instruments sont en modularité. Seul un instrument ou une voix solo sera sans modularité. Ces faits (syntaxe obligatoire et modularité très solidement intégrée en composition et en improvisation) font de la musique l’art le plus radicalement combinatoire qu’on puisse imaginer.

Modularité des parfums: dans sa fixation syntacticienne involontairement réductrice, Paul Valéry n’en parle pas. Mais elle est là. Enfin c’est simple comme bonjour et beau comme la beauté même. Une femme se parfume. Un homme se parfume. Une mixture olfactive s’établit alors entre leur odeur corporelle personnelle et la fragrance qu’ils ont retenue. Il s’étreignent et font l’amour. Les deux odeurs déjà malaxées se combinent entre elles. Plusieurs odeurs existent alors ensemble, s’unissent, fusionnent, se croisent et nous interpellent, nous émeuvent. Ne cherchez pas la modularité des parfums dans les musées. Elle est dans nos alcôves… et la formule valérienne les odeurs s’ignorent entre elles devient subitement moins valide et moins heureuse quand la modularité intime des parfums entre dans la danse.

Syntaxe des parfums: Je pourrais chercher à étirer mon exemple de ci-haut et suggérer que, parce qu’ils font l’amour intensément et longtemps, l’odeur parfumée fusionnée de mes deux protagonistes change avec le temps. Mais ce serait là une astuce. On parle ici d’art donc d’action volontaire pondérable, pas d’effets aléatoires du torrent de la vie. Si de la friture apparaît sur votre station de radio, elle ne fait pas partie de la musique qui joue. On est plutôt dans cet ordre de phénomène ici. Il semble bien que Paul Valéry, sur ceci, voit juste. On ne peut, et donc on ne sait enchaîner les parfums. Si on le pouvait et savait, quelle musique!

Mais, oh, oh, ne capitulons pas trop vite. Quand un art a un manque, un autre art vient souvent l’accompagner pour suppléer au manque. C’est bien pour cela qu’on danse et chante sur de la musique et qu’on expose des tableaux et des statues dans un dispositif architectural. Faisons donc entrer le troisième grand art sensoriel dans notre affaire, l’art du gustatif, la gastronomie. Établissons d’abord sa petite fiche ès combinatoires.

Modularité de la gastronomie: Elle s’impose. Les plats sont organisés dans une combinatoire modulaire des goûts. C’est aussi simple que de dire que la viande est épicée et qu’on a toujours plusieurs entités s’accompagnant et se complétant entre elles dans une assiette unique. Et ne parlons pas des gratins, des soupes, des sauces et des vins. Quand j’étais petit, je mangeais mon steak et mes deux ou trois légumes en ordre. Tout le steak, puis tous les haricots, puis toutes les pommes de terre, puis toutes les carottes. Cette syntaxe linéaire infantile du plat unique en succession froide est remplacée aujourd’hui par la modularité semi-aléatoire d’une dégustation harmonieusement combinée de la viande et des légumes. J’ai vraiment pas besoin d’épiloguer.

Syntaxe de la gastronomie: Elle y est. Mazette la syntaxe canonique du dispositif gastronomique français est même désormais classé au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO (les plats sont matériels, leur syntaxe est abstraite). Entrée, plat(s) de résistance, fromage, dessert. La quintessence du syntagme gastronomique français percole en nous tous, armaturé, linéarisé et pérennisé pour la culture mondiale. J’en ai la bave aux lèvres et, ici aussi, j’ai pas besoin de m’étendre dedans.

Alors, ceci posé, observons que les odeurs sont un compagnon de route indispensable du gustatif, en gastronomie. Ça, tout le monde le dit. Aussi, même en situation de dépendance culinaire, si vous me passez le mot un peu biscornu, on est obligé de s’aviser du fait que s’il y a syntaxe des plats et des gustations en gastronomie, il y aura aussi, fatalement, syntaxe des odeurs. L’odeur d’escargots, c’est pour le début du repas. L’odeur de chantilly, c’est pour la toute fin. Les choses doivent se disposer dans le bon ordre. La syntaxe des odeurs sciemment décidées est dictée par l’ordonnancement des choses et des mondes à l’intérieur d’un autre art, la gastronomie… de la même façon que le rythme de la danse est fatalement dicté par la musique. Une succession d’odeurs ne donne qu’une pure succession d’idées (au plus) dira alors Paul Valéry. Mais avait-il vraiment la gastronomie à l’esprit quand il a formulé ceci? Oh, c’est pas dit… Et puis une succession d’idées dans un art sensoriel, ma foi, non. Une succession de sensations, en fait. Et, hmmm… hmmm… elle sera sublime et finement construite ladite succession, car nos cuistots savent ce qu’ils font par ici, tant sur Montréal que sur Paris.

Ceci n'est pas une légende...

Les plats sont organisés dans une combinatoire modulaire des goûts…

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15 Réponses to “À propos de la combinatoire dans les arts sensoriels”

  1. Tourelou said

    Nous recherchons les sensations fortes en combinant les effets sur TOUS nos sens. La technologie 4DX est au stade expérimental mais nous pouvons déjà dire d’un film qu’il sentait bon, ou qu’il donne des vertiges, des chaleurs, des douleurs… au sens figuré. De même, pour un souper dans le noir, ça vous provoque la routine gustative.

    Et moi, j’adore voir mon chum avoir envie de lécher un Riopelle. Quel délice!

    • Caravelle said

      Les sensations sont partout, naturellement. Comme le temps. Mais certains arts parlent plus aux sens, d’autres plus à l’esprit. Un roman philosophique fait planer des notions. Un solo de piano fait planer des sons. Cela se distingue, tout de même…

  2. Sylvie des Sylves said

    Une des participantes les plus articulées du Carnet d’Ysengrimus, Sylvie des Sylves…

    Merci, Ysengrimus. Je suis très touchée par ce commentaire. je trouve ton analyse excellente. Elle développe superbement sur mon idée initiale et me fait comprendre beaucoup de choses sur cette question complexe des combinatoires en art.

    • Sissi Cigale said

      Il me cite aussi (notamment commentaire 12 de Sissi Cigale) à propos du petit film amateur, court mais joli, sur la sculpture LA JOUTE que j’avais posté. C’est pas aussi perfectionné que ce que disait Sylvie des Sylves mais je trouve gentil qu’Ysengrimus se soit souvenu de ça aussi.

      • Sylvie des Sylves said

        Ah, il rend à César(ine) ce qui est à César(ine), notre Ysengrimus…

  3. Bertolt said

    Cher Ysengrim, bonjour.

    Tout d’abord, j’ai des réserves avec le vocabulaire: pour l’ingénieur que je suis la modularité est la capacité d’un artefact à accueillir différents modules que l’on organise en nombre et en fonction pour obtenir le résultat voulu. Supposons qu’un peintre crée cinq toiles mais n’en utilise que trois simultanément pour obtenir plusieurs triptyques, nous avons là une ouvre modulaire. Il me semble que simultanéité serait plus approprié pour indiquer la « coexistence immédiate d’éléments distincts ».

    [Il y a pas de chicane de mots. Ce sont des débats d’idée, toujours. Simultanéité, c’est factuel. Ça renvoie au contemporain dans le monde. Deux choses se passent en même temps, comme ronfler en dormant (simultanéité concomitante) ou lire dans son bain (simultanéité durative). Modularité implique une intervention de l’artiste pour obtenir un résultat d’agencement. De fait, ta définition technique est pas trop loin de ce que je dis. On est dans une combinatoire fixe, agencée, dont la disposition spéciale prime sur la durée. J’ai rien à redire sur ce que tu dis sur le triptyque pictural. Applique la chose à un tableau unique et on y est. Exemple, pensons au fameux Maisons à l’Estaque de Braque, le tableau qui fonde le cubisme. Les cabanes cubisées sont enchâssées et combinées à une végétation fluide. Le cubisme naît de cette mise en contraste et il en vivra. Il est net que ces deux principaux éléments synchrones se manifestent dans une coexistence et que c’est de cette dernière qu’on obtient le résultat voulu, pour reprendre ton mot. Le cubisme s’impose par une combinaison modulaire entre cabanes cubiques et décors fluide. Ce ne sont pas deux éléments qui se combinent en se suivant dans le temps (syntaxe) mais en coexistant et s’agendant (modularisation). Longtemps avant l’informatique, les modules c’étaient des petits mobiles synchrones agencés pour amuser les babis… — Ysengrimus]

    • Bertolt said

      Il me semble que le temps intervient dans tous les cas. La série Les Nymphéas de Monet est déployée dans le temps pour le peintre comme pour le spectateur, qui ne peut les appréhender toutes simultanément. Et pourtant elle et considérée comme une seule œuvre, où l’on commentera le dialogue entre parties.

      Et surtout l’œuvre en tant qu’objet n’existe pas sans sujet. Tous ces films, tableaux et musiques que l’on revisite au cours du temps pour appréhender nos changements intérieurs, nos évolutions… L’œuvre est fixe, en ce sens elle constitue une référence pour le sujet.

      D’autre part, même l’œuvre la plus minimale est composite. Un son qui n’évolue pas dans le temps et une sorte de tableau (visible grâce à un analyseur de spectre) où les composantes sont les différentes harmoniques et leur énergie respective. C’est surtout notre difficulté naturelle à percevoir distinctement ces composantes qui nous rend ce son sans intérêt.

      Bon, il me semble que je dirige ma lorgnette sur d’autres aspects que toi…

      [Mutin, tu allonges le tableau. Évidemment que le regardeur, trop petit, va devoir se déplacer et alors, la temporalité (celle de la vie) s’impose. Mais ton observateur peut partir du centre ou d’un ou de l’autre des bords… ou de n’importe où. Il peut même zigzaguer… Sa trajectoire est une démarche subjective de découverte. Elle ne s’impose pas du tableau qui, lui, est fixe. Si tu me prouves le contraire, c’est plus un tableau, c’est une bande dessinée et là, la syntaxe est restaurée. La narration figurative aussi. Dans le premier mouvement de la cinquième symphonie de Beethoven, le PO-PO-PO-POM s’impose dans un ordre syntaxique intégralement imposé par l’artiste. Toi et moi assis au même concert, le recevons dans la gueule de la même façon. La syntaxe (configuration sur la ligne temporelle) prime. On ne peut pas zigzaguer dans le PO-PO-PO-POM, pas au concert en tout cas. — Ysengrimus]

  4. Casimir Fluet said

    Donc La Joconde est un art de la représentation tandis qu’un Riopelle, c’est de l’art sensoriel. Il y a donc deux peintures?

    [Plusieurs, en fait. En tension constante entre figuration et décoration. Histoire racontée par un tableau (ou territoire décrit) et force rétinienne des couleurs. Il y a aussi bien des intermédiaires entre ces pôles, sur toutes ces toiles. — Ysengrimus]

  5. Mirmille Marbre said

    Moi, ce que je peux dire en ce qui me concerne, c’est que je ne me pose pas de questions concernant mes goûts en matière d’art… J’aime bien ou j’aime pas et ça peut changer au cours du temps… c’est valable pour la musique, le cinéma, la peinture. D’ailleurs, je ne suis pas sûre que tous les artistes peuvent expliquer leur démarche ou en ont envie.

    Concernant l’odorat, c’est le sens qui, chez moi, est le mieux développé et je suis hyper sensible aux odeurs. Par exemple je ne sors jamais sans être parfumée, sinon j’ai l’impression d’être un peu nue…

    Et c’est probablement la gastronomie qui allie le plus de sens à la fois… j’adore manger et faire à manger.

    [Moi, je suis un intellectuel en matière d’arts et je ne m’en excuse pas. L’art qui m’intéresse le plus c’est celui qui me fait réfléchir (ce qui n’est pas nécessairement le cas de l’art que j’aime le plus). Je vous seconde sur la multiplicité des sollicitations sensorielles dans le culinaire. L’oreille est certainement la moins sollicitée en gastronomie, mais encore, je suis certain qu’un fin marmiton écoute attentivement ses chaudrons bouillir et ses cocottes siffler. — Ysengrimus]

    • Catoito said

      Je trouve, Mirmille Marbre, que vous captez l’essence du texte grimusien parfaitement. Bertolt aussi mais différemment. Il s’est intéressé à la question de la combinatoire. Vous touchez plutôt celle, plus essentielle, de l’art sensoriel. L’essence de l’argument d’Ysengrimus, qui part d’ailleurs de la remarque de Paul Valéry, peut se résumer en deux petites phrases:

      1- On ne peut pas (dit Valéry) faire se suivre dans le temps des odeurs en un tout artistique comme on fait se suivre dans le temps des notes de musique.

      2- Oui, monsieur Valéry, on peut. Mais pas en parfumerie: en gastronomie. L’art des odeurs supporté (supporté par la cuisine comme la danse est supportée par la musique) permet d’ordonner les odeurs sur la ligne du temps.

      [Excellent résumé, Catoito. Je vais m’en servir dans mes discussions futures sur la question. — Ysengrimus]

  6. Line Kalinine said

    Une remarque complémentaire du développement très intéressant d’Ysengrimus ici. Imaginons que je suis en train de manger une salade de fruits, en dessert. Un quidam se présente et mange un cornet de pommes frites, à ma table, devant moi. l’odeur grossière et dense de ses frites me gâche complètement l’odeur subtile et ténue de ma salade de fruits. Ces frites qui m’auraient certainement tentée au milieu du repas me répugnent grave en cet instant, principalement à cause de l’odeur.

    Mauvaise syntaxe des odeurs gustatives? Fausses notes gastronomiques? Cafouillage des combinaisons? Mauvais module involontaire?

    [Tout cela, absolument. Votre exemple est excellent. — Ysengrimus]

  7. Hibou Lugubre said

    Curieusement, à peine reposé d’une long débat tiré par les cheveux sur la communication, je jette un coup d’œil sur le dernier billet d’Ysengrimus que je lis en entier en plus des commentaires… que tout ceci me replonge en plein dedans !… en parlant d’art sensoriels, de musique, de gastronomie…

    je m’explique. Je venais juste de raccrocher au téléphone non sans maux de tête avec un ami (diplômé en linguistique et communication) qui s’obstinait à me prouver depuis quelque temps que les aliens ou extra-terrestres ou ovnis n’existaient pas 🙂 … en prenant comme référence et bible à ses yeux le livre d’un certain John Durham Peters Speaking into the air… qu’il m’a fait connaître… sans doute une œuvre académique importante sur le thème de la communication, et dont le dernier et sixième chapitre traite de la question des aliens entre autres… et de communication à l’ère moderne. Je dois avouer que la théorie du type m’a tellement secoué que je me demande maintenant si l’unique communication authentique chez nous les êtres humains ne serait pas justement ces arts sensoriels, cette musique, cette gastronomie, ou ce couple qui fait l’amour aussi passionnément que décrit Ysengrimus, le sexe harmonieux quoi!

    Bref, désolé d’être hors sujet Ysen, mais connaissant déjà mon style ampoulé, j’ai tout de même envie de gratter un plus profond la question! qu’en penses tu? ma foi, ce John Durham Peters mérite qu’on s’y attarde!

    Sinon, y a des fois en te lisant sur l’art en général, j’ai envie d’être milliardaire, te prendre par la main et t’emmener au marché aux puces du Paris que j’ai connu jadis te faire plein de cadeaux d’œuvres de toutes sortes que j’y ai vu et qui hantent mon esprit à ce jour! Tout simplement magnifique et innombrable… me demande si c’est encore pareil aujourd’hui… ça m’étonnerait… et puis bien sûr on ira aux meilleurs tables nous soûler aux vins millésimés et délicats et s’empiffrer de bonne vielle gastronomie française… et puis tiens… on se laissera draguer par les plus jolies femmes qui tomberaient sous nos charmes… 🙂

    Bon ben je vais rejoindre Morphée qui m’attends dévêtue, les cheveux lâchés, souriante et sauvage sur mon lit, sa silhouette promet des ébats sulfureux… faudrait juste que je ronfle pas ni que je pète et réduire ce tableau à néant! 🙂

    [Superbe programme, le Hibou. Morphée est un garçon mais cela ne change strictement rien au charme sauvage de ton évocation et de la choses évoquée. — Ysengrimus]

    • Hibou Lugubre said

      Sacré Ysengrimus! c’est la deuxième fois que quelqu’un me ramène à la dure réalité d’un Morphée couillon, macho et probablement poilu moi qui ne cesse de l’idéaliser en superbe créature féminine, sensuelle et objet de tous mes fantasmes ! 🙂

      Sinon, merci aussi pour la correction du nom de l’auteur John Durham Peters, dont Wikipédia, je trouve, ne rend pas justice au livre en question que très partiellement… je recommande plutôt cette revue rapide d’un universitaire Américain.

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