Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Il y a cinquante ans: VIVE LE QUÉBEC LIBRE!

Posted by Ysengrimus sur 24 juillet 2017

Daniel Johnson et Charles de Gaulle

Daniel Johnson et Charles de Gaulle

Je ne suis pas devenu Président de la République
pour faire la distribution des portions de macaroni…

Commentaire attribué à Charles de Gaulle

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C’était il y a cinquante ans, pilepoil. On a dit bien des choses, compliments onctueux et autres sombres quolibets, sur cet événement spectacle. Les pour et les contre se sont amplement polochonnés. On va pas remettre ça, justement quand on est en train de se dire combien le temps a passé. Faudrait en venir un petit peu au recul historique, si tant est. Alors, bien, on va laisser les émotions frémissantes des anglo-canadiens un petit peu en dehors du truc, ici (ils étaient furax, c’est reçu. On va pas en faire une tartine). On va plutôt, si vous le voulez bien, concentrer notre attention sur les objectifs de Daniel Johnson (Premier Ministre du Québec) et les objectifs de Charles de Gaulle (Président de la République Française) en cette année là de rencontre, entre toutes, sur Montréal. Ils sont fort disjoints, ces deux bouquets d’objectifs… jusqu’au malentendu, presque. Il va bien falloir finir par un peu s’en aviser.

Nous sommes en 1967, l’année de l’Exposition Universelle de Montréal. De Gaulle (1890-1970), il lui reste trois ans à vivre. Johnson (1915-1968), il lui reste un an à vivre. Sans vraiment s’en aviser, ce jour de gloire, pour ces deux hommes, est un petit peu aussi leur chant du cygne à chacun et, en même temps, le point final d’une certaine conception et de la France et du Québec. Pourtant ces deux hommes politiques semblent ouvrir une ère, plutôt que de fermer une époque. Ils se retrouvent autour de la priorité commune de renforcer les liens entre le Québec et la France et tout cela semble se tourner ostensiblement vers demain. Sauf qu’en fait, ces deux figures conservatrices des Trente Glorieuses servent des objectifs moins futuristes qu’on ne le croit. On va regarder un petit peu tout ça.

Commençons par le texte intégral de l’allocution de l’Hôtel de ville de Montréal. On observe alors que, dans ce court discours, trop souvent charcuté et édité dans les bandes d’actualité, le Général mentionne très explicitement le gouvernement du Québec, [celui] de mon ami Johnson. Lisons plutôt, à froid.

Discours de De Gaulle sur le balcon de la mairie de Montréal (intégral)

C’est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal française [acclamations]. Au nom… au nom du vieux pays, au nom de la France, je vous salue [acclamations]. Je vous salue de tout mon cœur [acclamations]. Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas [acclamations et rires]. Ce soir, ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération [acclamations]. Et tout le long… et tout le long de ma route, outre cela, j’ai constaté quel immense effort de progrès, de développement et par conséquent d’affranchissement vous accomplissez [acclamations]… vous accomplissez ici. Et c’est à Montréal qu’il faut que je le dise, parce que [acclamations]… parce que s’il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c’est la vôtre [acclamations]. Je dis, je dis c’est la vôtre et je me permet d’ajouter, c’est la nôtre [acclamations]. Si vous saviez quelle confiance la France, réveillée après d’immenses épreuves, porte maintenant vers vous [acclamations]. Si vous saviez, si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada [acclamations]. Et si vous saviez à quel point elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès. C’est pourquoi elle a conclu, avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson [acclamations] des accords… des accords pour que les Français de part et d’autre de l’Atlantique travaillent  ensemble à une même œuvre française [acclamations]. Et d’ailleurs, le concours que la France va tous les jours un peu plus prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires qui feront l’étonnement de tous et qui, un jour j’en suis sûr, vous permettront d’aider la France [acclamations]. Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir, en ajoutant que j’emporte de cette réunion inouïe de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend ce qui se passe ici. Et je puis vous dire qu’elle en vaudra mieux. Vive Montréal. Vive le Québec [acclamations]. Vive le Québec libre [acclamations]. Vive… vive… vive le Canada Français et vive la France [acclamations].

Les objectifs de Daniel Johnson (Premier Ministre du Québec). Alors qui donc est ce Johnson qui reçoit, ce fameux soir là, ce coup de képi un peu oublié du Général. Malgré son nom anglais (irlandais, en fait), c’est un francophone pur poudre. Il avait été le principal homme lige du Premier Ministre Maurice Le Noblet Duplessis (1890-1959), dont le parti, la très conservatrice Union Nationale avait régné sur le Québec entre 1936 et 1939 puis entre 1944 et 1960. Évincée du pouvoir en 1960 par le fédéraliste Jean Lesage, l’Union Nationale de Johnson faisait figure de chien crevé archaïque quand, contre toutes attentes, elle reprend le pouvoir en 1966. La formule du Général, on le notera, sonne un peu comme un le gouvernement de mon ami Johnson, à l’exclusion de tout autre… Ceci est l’occasion de signaler qu’on assiste, de fait, en 1967, à la DEUXIÈME VISITE du Président De Gaulle au Québec (et au Canada). Lors de la première visite (entendre: première visite de De Gaulle comme président. Il est aussi venu au Canada comme gars ordinaire, si tant est), survenue, elle, en 1960, le Général était tombé sur le fédéraliste Jean Lesage et l’accueil avait été beaucoup plus froid et surtout, moins configuré, moins théâtral. Le Jean Lesage de l’impétueuse Révolution Tranquille et le Charles de Gaulle de l’archi-emmerdante Guerre d’Algérie s’étaient un peu regardés en chiens de fusils, cette fois-là. Et le passage à Ottawa (qui avait alors eu lieu, ce qui ne sera pas le cas en 1967) chez Lester B. Pearson avait été tout aussi frigorifique. On ajoutera que, dès 1959, le gouvernement De Gaulle avait approché le gouvernement Duplessis pour mettre en place des collaborations Québec-France. De Gaulle avait de la suite dans les idées sur ses affaires québécoises (comme sur toute sa politique internationale d’ailleurs). Et surtout, il préférait les unionistes nationalistes québécois aux libéraux fédéralistes canadiens.

Il y a donc une compatibilité idéologique profonde entre Johnson et De Gaulle. Ce sont des populistes, des nationalistes, des conservateurs, d’ardents cocardiers de la chose française. Ajoutons, et l’affaire est alors piquante, qu’il y a, chez Johnson, petit lombric effacé, une véritable attitude de sbire. Il a vécu sa longue maturation politique dans l’ombre d’un chef autoritaire (Duplessis) et, en regardant les images de ce spectacle de 1967, il est patent à tout québécois d’une certaine génération que, dans le regard pieux et servile de Johnson envers le Général, perdure le fait que cette ample figure oratoire française, matoise et tonitruante, est enveloppée, pour le petit québécois moustachu et pour une portion importante du reste de l’audience canadienne-française du temps, du suaire fantômatique éthéré mais encore implacable de Maurice Duplessis.

Quoi qu’il en soit de la fantasmatique interne de Johnson et de ses compatriotes face au Général, il reste que l’Union Nationale, même mourante, peut encore faire sentir son imprégnation sur le Québec moderniste naissant. Le parti de Johnson, tentaculaire, réactionnaire mais autonomiste, reste solidement implanté dans les campagnes. Il y fonctionne depuis l’après-guerre comme une sorte de pègre. Un jour de congé ad hoc a été décrété pour la visite du Général (qui a lieu un lundi). Le petit peuple patronal et syndical a suivi. Tout a été organisé au ratapoil. Il est évident, criant, que les communes traversées par la grande décapotable du Général ont été décorées, pavoisées et achalandées, par la vieille machine campagnarde de l’Union Nationale. En brimballes (des arcs de triomphes en branches de sapins avec des fleurs de lys géantes, je vous demande un peu), en êtres humains le long des routes (brandissant le fleurdelysé, ce drapeau nostalgique donné au Québec moins de vingt ans auparavant par Duplessis) et en fanfares (chaque harmonie de village est tenue par l’Union Nationale, bien au fait de l’impact populiste des flonflons de la fête), on acclame le grand visiteur, le long du Chemin du Roy, dans une couleur locale et une liesse populaire parfaitement orchestrées. Il s’agissait, pour Johnson, cette fois-ci, de ne pas rater son coup dans le rendez-vous ostensible avec la francophilie de tête.

C’est que tout va mal, en fait, pour l’Union Nationale. Sa carène vermoulue vient de se prendre deux torpilles qui vont, à très court terme, lui être fatales. Première torpille: la Révolution Tranquille de Jean Lesage (1960-1966), ostensiblement appuyée par les fédéralistes (notamment par les ci-devant Trois Colombes), fait maintenant apparaître le parti de Johnson comme ce qu’il est effectivement: un dispositif rétrograde, autoritaire, ruraliste et de plus en plus inadapté aux progrès en cours (ces élites, ces usines, ces entreprises, ces laboratoires dont parle justement le Général). Seconde torpille: le nationalisme québécois, fond de commerce classique de l’Union Nationale, est en train de prendre un solide virage socialisant. Un puissant tonnerre de gauche et de centre-gauche roule en effet de plus en plus fort sur l’horizon politique fleurdelysé: fondation de l’Union des Forces Démocratiques (1959), de l’Action Socialiste pour l’Indépendance du Québec (1960), du Rassemblement pour l’Indépendance Nationale (1960), du Mouvement Laïc de Langue Française (1961), du Nouveau Parti Démocratique (doté alors d’une remuante aile québécoise — 1961), de la revue Parti Pris (1963), du Mouvement Souveraineté-Association (1966), puis plus tard du Parti Québécois (1968). Début des actions directes violentes du Front de Libération du Québec (de 1963 à 1970). Le souverainisme québécois est à son comble. Il se démarque vigoureusement du vieux nationalisme traditionaliste, immobiliste et réactif, à la papa. Malgré les Johnson et les Lesage, voici donc que l’affirmation québécoise, embrassée par toute une jeunesse, déborde à gauche. Le tumultueux Mai 68 des québécois se fait au nom de l’émancipation nationale. Il y a eu et il y aura encore, jusqu’en 1970, des attentats terroristes. Le Québec veut se libérer. C’est Vive le Québec libre all the way, certes, mais plus du tout selon la doctrine sociale de l’Union Nationale. Il faut absolument tout faire pour chercher à se redonner l’initiative, sur la lancinante question nationale.

 Le coup de poker de la visite du Général est donc, dans le corpus des objectifs de Johnson, un moyen un peu intempestif pour reprendre le nationalisme québécois en main et ce, à droite. C’est que si le progressisme des Trente Glorieuses colle au fédéralisme, et si le nationalisme québécois, lui, se barre à gauche, notamment en devenant souverainiste, l’Union Nationale va se retrouver devant rien à défendre. Son passéisme est discrédité par les libéraux, son nationalisme est pillé par le R.I.N (dont les pancartes seront très visibles dans la foule acclamant le Général sur Montréal… pas en région, par contre). Le souverainisme, (appelé séparatisme par ses adversaires), ce nationalisme programmatique, émancipateur et gauchisant, ne faisant pas partie de la palette politique de Johnson, il faut tenter de faire gigoter devant les québécois un intervenant international prestigieux, francophone, dominateur mais libérateur… populaire mais conservateur. De Gaulle assurera, le temps d’un court été, ce rôle semi-conscient de flageolant funambule idéologique. Johnson, on le voit à sa sale trogne sagouine lors de la fameuse montée de la décapotable du Général sur le Chemin du Roy, boit littéralement du petit lait. Il s’illusionne largement d’ailleurs. Ça ressemble à un triomphe. C’est, en fait, un baroud. Après la mort subite de Johnson en 1968, son parti politique foutu, dirigé par un sbire de sbire, est battu aux élections de 1970, ne reprendra plus jamais le pouvoir, et disparaîtra en 1989. Si aujourd’hui, en France, un demi-siècle après la mort du Général, il est encore possible de se prétendre Gaulliste, il ne fait plus bon, au Québec, un demi-siècle après la mort de Daniel Johnson, de se dire Duplessiste…

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Les objectifs de Charles de Gaulle (Président de la République Française). Le Général, lui, pour sa part, évolue dans de toutes autres sphères. Et mes compatriotes québécois dorment aux gaz ben dur s’ils commettent la boulette hautement naïve d’interpréter son action de cabot à Montréal dans une perspective excessivement localiste. De Gaulle est un régalien. Avec lui, il faut savoir prendre de la hauteur pour suivre la manœuvre. En plus, et corollairement, il est essentiel de comprendre que tout ce qu’il bricole sur le continent nord-américain concerne au premier chef… les Américains, et personne d’autre. Ses visites au Québec en 1960 et en 1967, sa visite au Mexique en 1964, tout ça c’est pour picosser les Ricains, principalement sinon exclusivement. C’est assez turlupiné mais rien n’est improvisé. Il faut bien suivre. Aussi arrêtons nous une seconde à ce qui définit le De Gaulle de 1958-1970. Ce sont, en politique extérieure, principalement deux choses: le Paradoxe de la décolonisation et le Fantasme de la Troisième Voie. Détaillons ceci.

Le Paradoxe de la décolonisation. De Gaulle revient aux affaires en 1958, dans des conditions complexes (pour tout dire: dialectiques) quoique trop oubliées. C’est la Guerre d’Algérie. La France a déjà décolonisé l’Indochine (suite à une brutale défaite militaire), la Tunisie et le Maroc. La puissance militaire française, excessivement excentrée, se concentre donc alors en Algérie. Il souffle sur Alger une sorte d’ambiance para-franquiste. Souvenons-nous que le dictateur espagnol Francisco Franco avait lancé son putsch de 1936 depuis le Maroc espagnol, où il était en garnison en compagnie de ses factieux. Des généraux franco-algériens menacent, vingt ans plus tard (vers 1956-1958), de faire pareil si le gouvernement faiblard et constamment effrité de la Quatrième République ose chercher à décoloniser la dernière possession française d’Afrique du Nord. Sur Alger, parmi les Pieds-noirs, on crie Algérie française! mais aussi L’Armée au pouvoir! Les factieux d’Alger jugent qu’il faut remilitariser tout le pouvoir français, pour que de sains objectifs coloniaux perdurent. Pour ce faire, ils réclament le retour du Général De Gaulle aux commandes. Beaucoup plus politicien que soldoque, ce dernier va, assez perversement, se laisser porter par la vague factieuse des militaires d’Algérie. Bon, je vous coupe les détails. De Gaulle finit par mettre en place cette Cinquième République qu’il préconisait déjà en 1946 (il a de la suite dans les idées, on l’a déjà dit). Il fait plébisciter sa nouvelle constitution par référendum, se fait solidement élire président de la république, puis… il ne renvoie tout simplement pas l’ascenseur aux factieux d’Alger. Général-président, il leur ordonne de rentrer dans leurs casernes et engage, sans états d’âme, la décolonisation de l’Algérie. Bordel et bruits de bottes, O.A.S., attentats contre le Général, anti-gaullisme durable à l’extrême droite. Complications ruineuses et sanglantes (un million de morts algériens entre 1954 et 1962). De Gaulle œuvre, par étapes, à se débarrasser de ce problème ruineux pour son budget militaire et pour son image. Il veut commencer au plus vite à circuler dans le monde. Mais il est encore couvert du sang algérien quand il vient niaiser au Canada, en 1960. Cela légitime Lesage et Pearson de le regarder d’un drôle d’air et ils ne s’en priveront pas. De Gaulle se dépatouille finalement du drame colonial en lâchant l’Algérie, en 1962. C’est alors et alors seulement que devient perceptible le feuilleté subtil et un peu couillon du tout de sa doctrine coloniale. Malgré la lourde parenthèse algérienne, il s’avère que le Général n’est pas si décolonisateur que ça, finalement. Plus finasseur que décolonisateur, pour tout dire. Il faut se recycler. Il faut maintenir des rapports avec les anciennes colonies. Les dorloter plutôt que de les réprimer, les flirter, se faire aimer d’elles, et la jouer copain-copain. C’est une sorte de Vatican II du colonialisme, en somme. Ce délicat paradoxe de la décolonisation cherchera vraiment, chez le Général, à fonctionner comme une méthode, carrément. Un système strict et uniforme… à généraliser d’ailleurs à toutes les anciennes colonies franchouillardes, MÊME CELLES PERDUES DE LONGUE DATE, NOTAMMENT DANS LES AMÉRIQUES (clin d’œil, clin d’œil). La décolonisation-recolonisation dialectique gaullienne (que le vent de sable algérien rendait passablement invisible, entre 1958 et 1962) nous concerne nous aussi, donc, tout à coup. Comme il ne s’agit plus de conquérir militairement mais de séduire politiquement, le Général jouera désormais de l’héritage français se perpétuant de par le monde. Ce sera: je décolonise militairement d’un coup assez sec ET rapido-rapido je recolonise par la coopération internationale, d’un coup assez doux, avec tout ce qui parle français au monde. Avez-vous dit: ballet diplomatique? Cela inclura évidemment, sans s’y réduire, ceux qu’il appelle, sans se complexer ou s’enfarger dans nos nuances, les français du Canada. Voyons, sur ce point, quelques courts fragments de discours, lors du fameux crescendo oratoire de la montée en décapotable sur le Chemin du Roy (les italiques gras sont de moi mais ils correspondent à des accentuations fort appuyées du Général):

Discours de De Gaulle à la mairie de Québec (extraits)

De tout mon cœur… de tout mon cœur, je remercie Québec de son magnifique accueil, de son accueil français [acclamations]. Nous sommes liés par le présent, parce qu’ici, comme dans le vieux pays, nous nous sommes réveillés. Nous acquérons toujours plus fort les moyens d’être nous-mêmes. Nous sommes liés par notre avenir… Mais on est chez soi, ici, après tout [acclamations].

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Discours de De Gaulle à la mairie de Trois-Rivières (extraits)

Nous sommes maintenant à l’époque où le Québec, le Canada français, devient maître de lui-même [acclamations]. C’est le génie de notre temps, c’est l’esprit de notre temps que chaque peuple, où qu’il soit, et quel qu’il soit, doit disposer de lui-même [acclamations].

On goûtera le sel fin du paradoxe de la décolonisation, notamment dans le second extrait. Dans l’esprit de notre temps, je vous fais disposer de vous-même par rapport à l’occupant anglo-canadien… tout en vous recolonisant tout doucement, gentil-gentil, comme si on relevait, nous tous, d’un seul et même pays (comme dans le vieux pays). C’est pousse toi de là, Lester, que je m’y (re)mette, en somme. Ces effets français rendent tout autant leur sonorité dans le discours de Montréal, cité supra: en voyant devant moi la ville de Montréal française. On y souhaite explicitement que les Français de part et d’autre de l’Atlantique travaillent  ensemble à une même œuvre française. La recolonisation en douce et l’idée que tu t’en pousse et que je m’y (re)mette y est bien sentie elle aussi, presque de façon lourdingue: s’il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c’est la vôtre. Je dis, je dis c’est la vôtre et je me permet d’ajouter, c’est la nôtre. Explicite dans l’art de s’inviter. Mais on est chez soi, ici, après tout…

Donc De Gaulle sera très fort pour, une fois sa propre décolonisation bouclée (après des guerres de théâtres ruineuses et sanglantes), se retourner sur un mouchoir de poche et prôner la décolonisation chez les autres, notamment British (conférer le discours de Montréal) et Ricains (conférer le discours de Phnom-Penh). Cela va nous amener à son ultime grand fantasme.

Le Fantasme de la Troisième Voie. Après la Guerre d’Algérie (1954-1962) va donc apparaître le De Gaulle 2.0. Dépatouillé de la crise grave qui l’a mis en selle, comme une ogive bien débarrassée de son propulseur, il va maintenant déployer la courbure autonome de sa vision de la politique internationale. Guerre Froide oblige, on pourrait la résumer, sans rire, comme ceci: Les Américains, les Russes et Nous. Au plan symbolique, tout commence avec la mort de Kennedy. Ce dernier, qui, on l’oublie trop souvent, ne fut président que deux ans (1961-1963), se laissait un peu paterner par De Gaulle. Il admirait en lui la dernière grande figure du temps de la seconde guerre mondiale gnagnagnagna. De Gaulle a donc pu s’imaginer un temps que les Ricains verraient en lui une sorte de grand sage européen, oscillant, bonhomme, au juste milieu des choses. Cette illusion tombera raide quand il se heurtera à Lyndon B. Johnson (président de 1963 à 1968), sudiste baveux et cassant qui va le remettre à sa place, l’espionner, lui intimer de se mêler de ses affaires sur le Vietnam et l’enguirlander quand De Gaulle va aller voir les Russes. De Gaulle va donc se particulariser (…nous nous sommes réveillés. Nous acquérons toujours plus fort les moyens d’être nous-mêmes) et il va engager la ci-devant Troisième Voie. Il va tout simplement jouer au Grand. Il va sortir de l’OTAN, se doter de la bombe nucléaire et ne pas laisser sa diplomatie dormir sous le parapluie ricain. Il retardera l’entrée de la Grande Bretagne dans le Marché Commun Européen, la jugeant trop atlantiste. Une ligne idéologique assez crue se dessine ici aussi, de fait, car, en 1969-1970, Kissinger et Nixon, réacs tonitruants, seront bien plus indulgents envers la doctrine extra-atlantiste gaulliste (sortie de l’OTAN, politique nucléaire, etc) que les démocrates américains. En un mot, des libéraux anglo-saxons, amerloques ou assimilés (genre Lyndon B. Johnson, son paronyme Lester B. Pearson et dans le mouvement, Jean Lesage), c’est pas trop son truc, à De Gaulle.

Furthermore… il faut, selon De Gaulle, pas juste se démarquer,  à la française, de ces Ricains et de leurs laquais. Il faut aussi les enquiquiner, les picosser, les invectiver, leur jouer le jeu incessant de la mouche du coche. De Gaulle fera ça, entre autres, au Mexique, en 1964, et… au Québec, en 1967. Son incartade québécoise et montréalaise n’avait absolument rien de spontanéiste ou de maboule. Elle faisait modestement partie de la scénarisation d’un bouquet d’objectifs très précis, dans l’ambitieuse politique internationale gaullienne. Même la formule Vive le Québec libre ne venait pas de nulle part… observateur matois des hinterlands qu’il dragouille, le Général l’avait tout simplement lue sur les affiches des manifestants l’ayant accueilli dès sa descente du navire de guerre le Colbert, dans le port de Québec… car notre illustre visiteur a préféré venir sur un croiseur, justement pour mouiller l’ancre directement à Québec, dans les pattes de Daniel Johnson, plutôt que de prendre la Caravelle et d’atterrir à Ottawa, dans les pattes de Lester B. Pearson. C’est dire… Rien n’était laissé au hasard et peu de choses étaient spécifiquement orientées québécoises dans tout son tintouin, en fait.

De Gaulle fut un as dans le jeu de cartes rogné de la politique intérieure du courtaud Johnson. Et Johnson fut un pion sur l’échiquier international chambranlant du longiligne De Gaulle. Cinquante ans plus tard, tout ceci est fort défraîchi, racorni… déformé aussi, par les fantasmatiques laudatives et dépréciatives des uns et des autres. Et aujourd’hui, que voulez-vous, la France ne représente plus la moindre troisième voie internationale et le Québec n’est pas plus libre qu’avant. Il faut bien finir par admettre que les avancées sociales et civiques se feront par d’autres acteurs politiques et par d’autres moyens collectifs. Chou blanc et gros Jean comme devant, en somme. De tout ceci, il nous reste le souvenir affadi d’un grand spadassin inimitable d’autrefois donnant, un peu malhabilement mais avec cet insondable panache, un ample coup de croix de Lorraine dans l’eau bleue et glauque d’un fleuve Saint-Laurent scintillant et largement illusoire, cet été là, l’été de toutes les rencontres, à la hauteur de Montréal…

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Dossier complémentaire

Le chemin du Roy (Luc Cyr et Carl Leblanc)

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De Gaulle au Québec en 1967 (présentation didactique, très efficace)

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La véritable histoire du «Vive le Québec libre» de De Gaulle (suavement mythifiant)

https://www.youtube.com/watch?v=1nmnvAvGnYc

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Discours intégral du balcon de l’hôtel de ville de Montréal

https://www.youtube.com/watch?v=0l1EYNoHY1A

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De Gaulle parle du Québec lors de sa conférence de presse régulière, le 28 novembre 1967

https://www.youtube.com/watch?v=atulwu6uAOI

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Voyage de De Gaulle au Québec (fresques de l’INA)

http://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00136/voyage-du-general-de-gaulle-au-quebec.html

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Il y a quarante ans, de Gaulle au Québec (journal français de droite Le Figaro)

http://www.lefigaro.fr/international/2007/07/23/01003-20070723ARTFIG90209-il_y_a_quarante_ans_de_gaulle_enflammait_le_chemin_du_roy_au_quebec.php

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De Gaulle et «Vive le Québec libre» (Encyclopédie canadienne)

http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/de-gaulle-et-vive-le-quebec-libre/

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La visite du Général De Gaulle au Canada en 1960 dans l’ombre de la crise algérienne

http://quod.lib.umich.edu/w/wsfh/0642292.0036.022/–visite-du-general-de-gaulle-au-canada-en-1960-dans-lombre-de?rgn=main;view=fulltext

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De Gaulle au Mexique (1964)

http://fresques.ina.fr/de-gaulle/fiche-media/Gaulle00091/voyage-au-mexique.html

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johnson-de-gaulle-3

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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28 Réponses to “Il y a cinquante ans: VIVE LE QUÉBEC LIBRE!”

  1. Catoito said

    Je suis français et je puis le dire: voici une présentation informée et équilibrée des motivations de De Gaulle au sujet de cette question. Et sur Johnson, j’apprends tout. Je crois qu’Ysengrimus capture parfaitement l’essence reluisante et moins reluisante de cet événement fameux.

    De Gaulle fut un as dans le jeu de cartes rogné de la politique intérieure du courtaud Johnson. Et Johnson fut un pion sur l’échiquier international chambranlant du longiligne De Gaulle. Cinquante ans plus tard, tout ceci est fort défraîchi, racorni… déformé aussi, par les fantasmatiques laudatives et dépréciatives des uns et des autres.

    Dans le mille…

  2. Casimir Fluet said

    Il faut garder à l’esprit, comme Ysengrimus nous le fait ici comprendre, que De Gaulle a, entre 1962 et sa mort, fait un grand nombre de voyages de ce genre, discourant sur ce ton, notamment dans les anciennes colonies d’Afrique et d’Asie. C’était un pèlerin néo-colonialiste, incontestablement.

  3. Denis LeHire said

    Donc, quand Pierre Bourgault, fondateur du R.I.N. valorise De Gaulle et le mot de De Gaulle, il fait preuve de duplicité?

    [Totalement. Pierre Bourgault est un très incohérent homme de gauche quand il présente, mème allusivement ou insidieusement, le Général comme un libérateur des peuples. Se laisser (re)coloniser par ça, ça aurait été très ouvertement remplacer la peste anglo-canadienne par le choléra gaulliste. Tout, dans ce tintouin de 1967, n’était que hocus-pocus d’illusionnistes. La distance historique prouve surtout qu’il n’y avait rien à y prendre. Quand à la réponse du Canada anglais, ce fut la réponse du berger sot à la bergère idiote. Zéro partout. Moment spectaculaire dans la forme mais minable dans le fond… — Ysengrimus]

    • Serge Morin said

      Ce meneur exalté comme bien d’autres de sa fournée faisait primer une soif de reconnaissance internationale, maladive et un peu bébé, du Québec par dessus toutes autres considérations (considérations sociales notamment). Il fallait que papa vienne nous dire qu’on était correct. J’ai pas besoin de me faire dire que je suis correct par le Franco Français.

      • Freluquet du Dimanche said

        Le Franco Français! Est bonne, Serge!

        [Oui. Très subtile et très juste. — Ysengrimus]

  4. Marie Verne said

    C’est épouvantable comment Lester B. Pearson parle mal le français. Insultant.

  5. Line Kalinine said

    Donc, ce que tu nous dis c’est qu’en juillet 1967, Montréal a été plus ou moins envahie par la chienlit…

    [Oui absolument. Et, niaisage pour niaisage, il aurait été fort amusant que Lester B. Pearson se rende dans une des mairies de Paris, en Mai 68, et y éructe, dans son français de minus si pertinemment critiqué ici par Marie Verne: SOUS LES PEEVEEES, LE PLEEGE. Ça aurait été la réponse de la chienlit à la chienlit et au moins Pearson, ce faisant, se serait rendu un peu marrant (ce qu’il n’était guère). — Ysengrimus]

  6. Fridolin said

    Un qui voyait assez clair, sur le coup, dans ce temps là, parmi les politiciens straights, c’est René Lévesque. Sur Johnson il disait qu’il était le politicien le plus vomissant du Québec et sur De Gaulle il disait, nous ne deviendront pas les petits imitateurs du Général, non merci. Bien vu, avec le recul…

    • Fridolin said

      Ysengrim, pense vite. C’est quand le première fois de ta vie que tu as vu ou entendu le slogan VIVE LE QUÉBEC LIBRE?

      [En lettres noires, dans le dos du gaminet bleu Québec d’un de mes compagnons de classe, en 1969 (j’avais onze ans). Et toi?— Ysengrimus]

      • Fridolin said

        À la fin du discours court et contrit d’un felquiste chien battu qui venait de se faire pogner par les cochons. J’avais douze ans.

        [Vive notre jeunesse libre, sti… — Ysengrimus]

  7. Sophie Sulphure said

    De Gaulle, au Mexique, en 1964 (dans l’hyperlien du dossier d’Ysengrimus):

    Voici la France, actuellement de nouveau en pleine ascension qui est essentielle à l’Europe en train de s’organiser. La France qui n’attend la paix et l’équilibre du monde, qui attend la paix et l’équilibre du monde, non point des surenchères idéologiques dont se couvrent les candidatures à la domination, mais qui les attend de la personnalité et de la responsabilité des États. La France qui par instinct et par raison, tend à se tourner vers l’immense potentiel et les réalités croissantes de l’Amérique latine, et puis voici d’autre part le Mexique qui a su prendre en ses seules mains son sort et s’affranchir de toutes les entraves que lui laissait un dur passé. Le Mexique qui parmi tous les États latins de l’Amérique donne l’exemple d’une solidité politique d’un développement économique, d’un progrès économique social éclatant. Le Mexique qui sans méconnaître aucunement ce qu’il y a de fécond et de naturel dans les relations massives qu’il entretient avec son grand voisin du nord, se sent par toute sorte d’affinités attiré en même temps vers les États européens et en particulier, j’ose dire: vers le mien.

    En effet, c’est un ajustement du même baratin publicitaire pour enquiquiner les américains. Vraiment très intéressant, ce genre de mise en perspective.

  8. Le Boulé du Village said

    Le reportage De Gaulle au Québec en 1967 (présentation didactique, très efficace) est EXCELLENT. Je le recommande à tous nos amis européens. Attention, il y a une grossière erreur dedans, par contre. On y appelle Daniel Johnson le ministre du Québec, le ministre de la province, le ministre Johnson alors qu’il est en fait le Premier Ministre du Québec (ce terme est utilisé correctement une seule fois, la première). C’est la seule erreur, je pense.

    • Jujubelle said

      Il faut aussi signaler à nos amis que Québec (la ville) est la capitale provinciale du Québec (la province). Le prestigieux visiteur préfère donc la capitale provinciale (française) à la capitale fédérale (anglaise), pour accoster.

      Quand monsieur de Gaulle va à l’Expo, il a remis son costume. C’est déjà fini, la libération. Et la GRC (les flics en rouge) le serrent de près.

  9. Piloup said

    Il est important d’expliquer une chose pour clarifier la nature du malentendu entre De Gaulle et son public québécois du 24 juillet 1967. Les nord-américains, gens du Nouveau-Monde, ont une habitude (et cette habitude était encore plus accentuée il y a cinquante ans). Ils se définissent par leur origine ethnique de souche, sans la sentir comme une affiliation nationale directe. Ainsi, au Canada, un irlandais, un polonais, un italien, un algérien, un anglais, un français, c’est pas une personne venant directement d’Irlande, d’Italie, de Pologne, d’Algérie, d’Angleterre, de France (et détentrice, disons, d’un passeport de ces pays). C’est plutôt un canadien ou un américain de souche (souvent assez ancienne) irlandaise, polonaise, italienne, algérienne, anglaise, française. Exemple, dans la phrase de Jujubelle: Le prestigieux visiteur préfère donc la capitale provinciale (française) à la capitale fédérale (anglaise), les deux capitales mentionnées ici par implicite (Québec et Ottawa) n’ont rien à voir avec la France ou l’Angleterre au sens strict ou direct.

    Aussi, quand De Gaulle dit français, son auditoire montréalais décode de souche française ou francophone (comme on dit aujourd’hui) et, inversement, quand De Gaulle voit un écriteau qui revendique un Québec français (pour lui revendiquer sa souche ethnoculturelle française, notamment sa langue), lui, il s’imagine que c’est là l’expression d’une volonté ouverte de soumettre le Québec à l’administration politique de la France. Les débats tumultueux ayant suivi le 24 juillet 1967 ont contribué, entre autres, à commencer à doucement dissiper ce malentendu sémantique très important (et qui persiste et peut toujours réapparaître dans les débats).

    [Information cruciale que je seconde totalement. — Ysengrimus]

    • Jujubelle said

      Je seconde Piloup aussi et je confirme que son analyse de ma phrase est correcte. J’aurais peut-être du dire: Le prestigieux visiteur préfère donc la capitale provinciale (francophone) à la capitale fédérale (anglophone).

      [En faisant cette correction, vous facilitez la compréhension de votre propos par la sensibilité moderne. Par contre, votre phrase initiale épouse plus intimement la façon dont De Gaulle lui-même fantasmait les deux capitales, lors de sa visite. — Ysengrimus]

      • Jujubelle said

        Rien n’est parfait.

        [Mais tout se complète, notamment dans le dialogue. — Ysengrimus]

    • Sismondi said

      Excellent, Piloup. Absolument vrai. Je me souviens d’avoir dit à des français d’une de mes copines qu’elle était une CANADIENNE ANGLAISE D’ORIGINE ÉCOSSAISE. Cela leur était apparu comme un clash absurde entre trois nationalités incompatibles. Ils sentaient les canadiens comme des francophones (donc pas anglais) et sentaient aussi une vive incompatibilité entre anglais et écossais. C’est qu’ils pensaient en termes de nationalités strictes (genre Vieux-Monde) alors que je me formulais dans des teintes d’origines ethniques en cumul (genre Nouveau-Monde). Ce malentendu apparaît souvent. Quand on regarde les reportages ici, on comprend vite que De Gaulle y soit tombé, en faisant peut-être un petit peu la sourde oreille aussi, en passant…

      • Odalisque said

        J’aurais réagi comme vos amis français sur ceci, Sismondi. CANADIENNE ANGLAISE D’ORIGINE ÉCOSSAISE, ça me fait vraiment très bizarre.

  10. Tuquon Bleu said

    Ça fait drôle de le voir mettre ses lunettes pis se surveiller les pieds pour descendre les marches de l’hôtel de ville. En tout cas, il reste que s’il a vu les pancartes VIVE LE QUÉBEC LIBRE des manifestants, il devait pas être si coque-l’œil que ça, le vieux ratoureux…

    [Bien vu, Tuquon Bleu. — Ysengrimus]

  11. Boris Szmulcynski said

    Selon certains, ce seraient les partisans enthousiastes du Rassemblement pour l’indépendance nationale (RIN) qui lui auraient soufflé les mots de sa fameuse déclaration. Qu’en pensez-vous?

    [On ne soufflait pas vraiment ses lignes à De Gaulle. Mème ses sbires français les plus proches ne savaient pas vraiment ce qu’il allait dire ou faire. VIVE LA FRANCE LIBRE était un des nombreux slogans du temps de la résistance. Il a fait la transposition. Il n’avait pas besoin des RINeux pour ça. Il pouvait le faire par lui-même, comme un grand cabotin sans complexe. Ceci dit, une chose est certaine: c’est parce qu’il sentait la force approbative de l’hinterland qu’il l’a dit. Il leur a resservi ce qu’il avait vu d’eux. — Ysengrimus]

  12. Sissi Cigale said

    Le Chemin du Roy de Jean-Pierre Ferland. Hymne évoquant cet événement.

    LE CHEMIN DU ROY (paroles)

    Il n’est plus du Roy, le Chemin du Roy

    La mer joue de la trompette
    Des galets ou du clairon
    On attend une corvette
    Au creux de l’Anse-au-Foulon
    Mais voilà que se dessine
    Un tout autre bâtiment
    Ma foi, c’est la Grande Hermine
    Que nous ramène le vent
    Par le Chemin du Roy, le Chemin du Roy

    C’est le vent mélancolique
    Qui vient après tant d’années
    Mêler un peu d’Atlantique
    Et de Méditerranée
    Et la vague qui l’emporte
    D’où la mer s’est arrêtée
    N’est pas une vague forte
    C’est une forte marée
    Par le Chemin du Roy, le Chemin du Roy

    Les hommes ont mis leurs cravates
    Ma mère a mis son chapeau
    Le Chemin du Roy s’exalte
    Même les poteaux sont beaux
    En ouvrant les forteresses
    On ouvre les sentiments
    Les trois rivières renversent
    Capitaine, il était temps
    Par le Chemin du Roy, le Chemin du Roy

    Tout ce qui grouille et scribouille
    Depuis tant et tant d’années
    D’un seul bon coup se dérouille
    Pour se joindre à la marée
    Et quand tu montes à la vigie
    Qu’on fait face à l’abordage
    Ce n’est pas juste un équipage
    Mais tout un peuple qui suit
    Par le Chemin du Roy, le Chemin du Roy

    D’un océan jusqu’à l’autre
    C’est la houle et le remous
    Le vent qui longeait la côte
    Vient de tourner bout à bout
    Et plus claque la vaillance
    Plus retentissent les mots
    Non, le général de France
    N’ira pas à Waterloo
    Par le Chemin du Roy, le Chemin du Roy

    Et se réveille la sève
    Et s’enracine l’idée
    Que plus le chemin s’achève
    Et que moins il ne finit
    Moi, qui n’ai jamais eu l’âme
    D’un soldat de régiment
    Hier, à la Place d’Armes
    J’ai crié comme un sergent
    Mon général…

    Il n’est plus du Roy, le Chemin du Roy

  13. Tourelou said

    J’y étais, sur le bord du Chemin du Roy. J’ai le souvenir d’enfance d’avoir attendu son passage sur le coin de ma rue en fin de journée… Le grand général Français qui traversait de Québec à Montréal. Avec, en plus, l’immersion sur l’ouverture internationale que nous offrait l’Exposition universelle de 1967. Voilà de quoi sculpter les illusions indépendantistes et linguistiques de ma jeunesse.

    [Voilà. Magnifique synthèse-souvenir d’une époque, Tourelou. — Ysengrimus]

  14. Camarade said

    Analyse pénétrante.

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