Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Qu’est-ce que le stalinisme?

Posted by Ysengrimus sur 5 mars 2013

Staline par Picasso (1936)

Staline par Picasso (1953)

.

Il y a soixante ans aujourd’hui mourrait Staline et, rantanplan ritournelle, ses détracteurs ignares continuent encore de bêler et de se lamenter en faisant trop ostensiblement semblant de bien trembler comme des feuilles. Dictateur brutal, assassin livide, génocidaire inflexible. On continue d’ériger Staline en monstre. On fantasme sur ses portraits de mairies et sur ses cyclopéennes images d’Épinal parcheminées, sans même s’aviser du fait que, ce faisant, on continue tout simplement de poissonner dans la propagande soviétique post-stalinienne d’autrefois ou ce qu’il en reste. On transforme la dévotion de jadis en démonisation d’aujourd’hui, en en perpétuant, parfaitement intacte, l’irrationalité frileuse. J’ai de moins en moins de patience pour cette constante propension contemporaine à remplacer l’analyse historique effective, et même la description factuelle la plus élémentaire, par un espèce de petit manichéisme crétin de boutiquier, montrant les bons et les méchants et jugeant l’histoire, sans recul, ni relativisme, ni perspective, ni vision. On commente toujours dans le même sens ce qui nous déplaît dans l’histoire, selon des petits critères arriérés de père et de mère de familles étroits, plutôt que de chercher le moindrement à la comprendre dans sa logique propre, pour s’enrichir effectivement de ses si cuisantes leçons. L’injure intellectuelle suprême consiste à assimiler niaiseusement stalinisme et hitlérisme sous prétexte qu’il y a eu de l’autoritarisme et des morts en pagaille. N’importe quoi, confusionnisme, ineptie. Cessons une bonne fois de cerner notre compréhension factuelle dans le saindoux des bobards moralistes. Deux générations nous séparent de ces drames. Les morts on enterré leurs morts et sont morts eux aussi. Notre modeste tâche est de faire la synthèse, de comprendre ce qui s’est passé au maximum, sans constamment enchevêtrer opinion et description. Posons donc la question froidement: qu’est-ce que le stalinisme? Chose certaine, ce n’est pas une doctrine ou un programme politique formulés. C’est un résultat factuel, historique, immense, collectif. Résumons-en le tableau descriptif, très spécifique.

.
.

Inflexibilité objectiviste. Le stalinisme résulte d’une révolution, d’une révolution majeure. Des événements titanesques, profondément supérieurs en complexité et en magnitude par rapport aux personnalités qui les animèrent, ont porté le stalinisme, lui ont donné ses contours, sa forme particulière, sa raison d’exister. Émanation des faits explosifs, le stalinisme garde, très intimement imprimées en lui, une conscience et une soumission envers ces faits supérieurs. Hyper-conformisme inavoué, le stalinisme sait foncièrement que l’histoire se fait à travers l’immense masse de ses acteurs et que chercher à la dévier ne peut résulter qu’à l’écrapoutissement d’un certain acteur et son remplacement par un rouage plus solide, plus inflexible, plus gyroscopique, mieux coulé. Staline c’est un surnom. Cela signifie «l’homme d’acier». L’acteur staliniste est froid et ferme mais c’est parce que la phase historique qu’il sert est implacable. Et il est insensible non par cynisme, opportunisme, arrivisme ou indifférence, mais par pure et simple solidité. La république de Géorgie et les géorgiens ne bénéficieront jamais du fait que Staline (cela s’entend même à son accent quand il parle russe) est un compatriote, un gars du pays. Le fils de Staline, officier capturé et pris en otage par les Allemands pendant la guerre, ne sera pas échangé contre un Reichfeldmarschall (les Allemands exécuteront l’otage). Ce genre d’arrangement, de traitement de faveur de l’ordre de la combine, ne fait pas partie du dispositif intellectuel et mental de ce qu’est l’intentance staliniste. L’acteur staliniste sent que les forces objectives de l’histoire agiront, que les petites républiques se soumettront à la grande, que le peuple soviétique ne cédera pas au chantage de ceux qui prennent un grand nombre de ses enfants en otage. Le staliniste est calculateur mais, au fond, la soumission machinale aux forces colossales de l’histoire en marche, c’est là le seul calcul qu’il fait vraiment. Quand il se met à croire qu’il peut infléchir les faits à son avantage ou à l’avantage de quiconque, ou les dominer, ou les décrire sans risque, il n’est plus staliniste. Il devient subjectiviste, alors que le stalinisme est fondamentalement un objectivisme.

Crypto-pouvoir (de par l’appareil). Le stalinisme est un pouvoir. Mais ce n’est pas le pouvoir-spectacle emplumé, usurpé et cabot d’un Mussolini ou hystérique, revanchard et mystifiant d’un Hitler. Les présidents de conseils, les commissaires du peuple, les ministres, les tribuns révolutionnaires, les bavards, les agités, les têtes d’affiches, les publicistes… le stalinisme laisse ces rôles à d’autres. Le stalinisme est la quintessence historique et politique la plus achevée de l’éminence grise. Staline garde longtemps un rôle effacé, discret, peu visible. Il occupe un poste pas trop prestigieux au début de son positionnement: secrétaire général du parti communiste. C’est une fonction de plombier, d’intendant, de coordonnateur, de chef de pupitre journalistique classant et sélectionnant des articles écrits par d’autres. Et au lieu de hisser sa personne vers les plus hauts pouvoirs, le staliniste tire les plus hauts pouvoirs vers sa personne. Les plus hauts pouvoirs, disons: les pouvoirs les plus profonds, les leviers, les grands mécanismes, les vecteurs informés d’un appareil qui s’organise comme autorité, par delà les modes, les tendances, les folliculaires et le blablabla. Le stalinisme ne domine pas l’appareil bureaucratique. Il en émane et, éventuellement, l’incarne. Orateur froid, lent, laconique, prosaïque, exempt de pathos ou de passion, Staline fait parler le pouvoir bureaucratique par sa bouche, sur un ton calme. La force faussement tranquille de Staline c’est la trace empirique de la puissance de l’appareil. Par conséquent, il est absolument crucial de se rentrer dans le crâne une bonne fois que quand Staline se met à cultiver des tics de dictateur mentalement délabré (parano, infaillibilisme, cynisme de satrape, scientisme de tocade, antisémitisme), il devient un despote conventionnel et, alors, en soi, il n’est plus intrinsèquement staliniste. Eh oui, les amis, le vieux Staline s’est, en fin de course, passablement déstalinisé lui-même. Khrouchtchev n’aura fait que parachever cette petite œuvre là.

Dédouanement subjectiviste méthodique (de par les adversaires). Le stalinisme est une manœuvre, un louvoiement, un surfing, une survie. Le stalinisme n’est pas une pratique politique d’années calmes ou d’années fastes. C’est un savoir-faire et une action qui opèrent dans le danger majeur permanent. Guerre civile (plombée d’importantes incursions internationales), faillite rurale, famines urbaines, crises de la productivité industrielle, guerre mondiale. Le stalinisme combat certes l’ennemi extérieur. Mais, dans sa facette (inter)subjective, il mène surtout la charge autocritique. Il développe une excellence consommée dans l’art délicat d’encadrer des crises intérieures en les laissant tapageusement fleurir, puis de les faire se solder en l’autodestruction subjective… des autres. Important: les victimes les plus solennelles du stalinisme s’autodétruisent au nom de la cause et de la purification de la cause par la plus radicale et terminale des autocritiques publiques. Le stalinisme joue les droites contre les gauches, les gauches contre les droites, il tire des alliés au centre, les réduit puis les élimine. Le stalinisme corrode et détruit toute compétition, tout vedettariat, toute insoumission frondeuse, toute alternative, surtout les alternatives personnelles, individuelles. On rapporte qu’Hitler enviera la soumission machinale bien huilée de l’armée soviétique, soigneusement purgée avant guerre de milliers d’officiers tête enflée et décorés aux multiples chamarres du temps d’Octobre. Le stalinisme est le contrepoison souverain contre toutes les déviations. Il place la ligne. Les procès de Moscou furent l’exercice de relations publiques suprême de la portion subjectiviste, «dialectique», «autocritique» et infailliblement auto-protectrice du stalinisme.

Fidélité doctrinale de façade. Le stalinisme est une attitude de fausse soumission doctrinale. C’est la posture veule du pseudo-disciple, du vicaire huileux, du thuriféraire ostentatoire, de l’épigone torve, du théoricien tricheur, du tacticien pragmatiste camouflant soigneusement ses initiatives. C’est la scolastique des lendemains qui chantent continuée par des moyens politico-militaires. C’est le mixage internationaliste des nationalités sous haute surveillance des minorités russes des républiques. C’est le stakhanovisme comme déguisement socialiste du fordisme et du taylorisme. C’est la duplicité permanente de la consolidation post-révolutionnaire dans un seul pays. C’est surtout Platon, le modeste lutteur de foire, faisant malicieusement parler le sage Socrate et se cachant sciemment derrière lui. Le principal ouvrage de théorie socio-politique de Staline s’intitule Questions du léninisme. Personne n’a jamais écrit un traité qui se serait intitulé Questions du stalinisme… Dans ce genre d’exposé doctrinal, Staline ne fait avancer ses idées qu’en affectant d’exposer celles de Lénine. Staline embaume Lénine sans lui avoir préalablement demandé son avis. C’est pas simple, intellectuellement, cette affaire là, parce que pour se rendre compte qu’il y a eu déviation, biais pragmatique, distorsion, triche, truc, astuce, révisionnisme (pour reprendre le mot consacré), le penseur de base, le théoricien discipliné, le lecteur assidu, le stakhanoviste honnête, eh bien il doit forer à travers l’épais linceul léninien avant de se taper contre la petitesse et l’absence de vision staliniste… Drôle de dictateur qui s’efface derrière l’étendard d’un maître. Drôle de rouage bureaucratique qui restitue subrepticement l’autocratisme, sans s’allouer la visibilité monarchique ou présidentielle dudit autocratisme. C’est bien qu’il faut apparaître comme le serviteur de la révolution, pas comme son maître. Impérial mais aventurier, Bonaparte a pu dire: La Révolution Française est terminée. Apparatchik quand même lourdement déterminé, Staline n’a pas eu cette latitude.

Fausse faiblesse, souplesse élastique de la trame des rets. Le stalinisme est une grande force hypocrite. C’est une posture radicalement stoïque et faussement flexible. C’est un gigantesque bluff au poker du monde et ce, de droite comme de gauche. Au moment du déclenchement de l’Opération Barbarossa, il y a trois millions de soldats allemands aux frontières de l’URSS. Staline ne dit rien, il semble laisser faire, regarder ailleurs. On a prétendu qu’il ne croyait pas à l’imminence d’une invasion et qu’il s’en tira par la suite, par simple chance. La chance n’a rien à voir avec des événements de cette magnitude. Jamais. Le fait est que Staline avait donné toutes les apparences de la souplesse, de la faiblesse presque, devant l’Allemagne nazie, notamment de par le très calculateur Pacte Germano-Soviétique, si mystérieux et si déroutant pour toutes les gauches (après coup, hein, car sur le coup il fut en fait secret). Les Allemands avancent jusqu’aux portes de Moscou. Ils croient marcher sur du velours. Ils s’empêtrent dans des rets. Froid, indifférent à la somme colossale de destructions subies par son propre pays, Staline vainc incontestablement, imparablement, et c’est d’avoir été sous-estimé. Il n’évacue pas Moscou et finira par prendre Berlin. Il devient l’homme crucial de l’immédiat après-guerre. Et, sur la photo de la conférence de Yalta, il a l’air d’un gros somnambule un peu distrait, presque placide. Ne le croyez surtout pas. It’s an act… Cet homme d’état a feint la faiblesse, la souplesse, la niaiserie, la bonhomie paterne (souvenons nous du surnom vernaculaire de Petit Père des peuples), la modestie ou la distraction, pendant le gros de sa vie de politique. Trotsky le prenait pour un petit joueur. Il détruira Trotsky. Lénine le prenait pour un brutal. Byzantin et subtil, il donnera, à l’aube de la Guerre Froide, au pouvoir «internationaliste» soviétique, une étrange flexibilité caoutchouteuse qui en déroutera plusieurs, à droite comme à gauche, donnant le change pour un bon moment encore. L’URSS ne s’affaissera finalement qu’en vertu du fait que les post-staliniens, Brejnev notamment, subiront comme une sorte de contrainte impondérable l’accalmie mondiale qui fera graduellement ressortir l’armature rouillée, rigide et archaïque, du dispositif néo-impérial post-stalinien. Le stalinisme meurt des scléroses de ses successeurs mais il ne se rend pas, et il n’est pas vaincu. Il n’y a qu’un penseur politique de pacotille comme George Bush Senior pour s’imaginer qu’il a gagné la Guerre Froide! La Guerre Froide (qui ne fut jamais qu’une paix armée) n’a pas été gagnée, elle s’est résorbée. La disparition du stalinisme c’est l’obsolescence des crises révolutionnaires et guerrières du siècle dernier. Hitler et Mussolini furent abattus. Churchill et Truman furent relégués. Staline s’effilocha.

L'homme de l'année du magazine TIME pour 1944

L’homme de l’année du magazine TIME pour 1942

.

Alors faut-il croire en Staline? Faut-il être stalinien? La question est désormais aussi bizarre que si on se faisait demander: faut-il croire en Cromwell, en Robespierre, en Bonaparte? Faut-il être cromwellien, robespierriste, bonapartiste? Ou alors faut-il conchier Staline? Faut-il être convulsivement antistalinien? La question est désormais aussi injurieuse que si on se faisait demander faut-il conchier Cromwell (qu’on déterra quelques années après sa mort pour pendre son cadavre), Robespierre (qu’on guillotina), ou Bonaparte (qu’on exila)? Faut-il être anticromwellien, antirobespierriste, antibonapartiste? Oh, ce n’est pas d’hier qu’on utilise le discrédit personnel des figures révolutionnaires pour salir l’idée de révolution, ternir son importance, minimiser son urgence. Pas de ça entre nous. S’il-vous-plait, cessons une bonne fois de jouer au foot avec l’histoire… Cromwell, Robespierre, Bonaparte, Staline, ces personnages liges, ces lanternes translucides, ces éléments poreux et labiles furent des émanations révolutionnaires. Comprendre en profondeur ce qu’ils sont, c’est comprendre adéquatement les conséquences reçues des révolutions connues. Sans plus. C’est immense, oui, mais aussi, c’est limité.

Faut-il être révolutionnaire alors? Oui, il le faut. Et oui, il faut attaquer sans faillir les pense-petits ès histoire qui laissent entendre que toutes révolutions, mes petits, débouchent fatalement, providentiellement sur un stalinisme. Ayons la décence de voir combien le stalinisme est quelque chose de profondément spécifique, particulier, concret, conjoncturel. Les particularités d’une conjoncture historique concrète ne sont exploitées pour promouvoir l’immobilisme social que par les éléments voués de toutes façons aux choix de classe réactionnaires. La leçon de l’histoire n’est pas là. L’histoire est un développement asymétrique. C’est aussi une mémoire, une mise en annales des révolutions et contre-révolutions, des crises et des mutations qui ne sont pas «passées» mais plutôt acquises. La leçon de l’histoire est dans l’irréductibilité qui transperce et corrode l’arabesque de ses lois. Il y a eu, il y aura des révolutions. Mais il n’y aura eu qu’un seul stalinisme. Des millions de gens l’engendrèrent et le perpétuèrent, tous ceux et celles qui, sans trop le savoir mais en y croyant toujours un peu (même comme grand pis-aller de protection sociopolitique et de consolidation sociale), mirent en forme historique le développement d’une des grandes phases de passage de la féodalité au capitalisme, celle dont la tête de lecture et la pointe de nef fut, un temps aussi, en Europe Orientale et dans le monde, le ci-devant camarade Staline (1878-1953).

.
.
.

CHRONOLOGIE SOMMAIRE DU STALINISME

Staline a identifié la survie et la sécurité de la révolution avec sa propre survie. Emmanuel d’Astier

.

1905-1921: LÉNINISME – Révolution de 1905 (1905). Naissance de Brejnev (1906). Première guerre mondiale (1914-1918). Révolution d’Octobre (1917). Guerre civile avec profondes incursions internationales (1917-1923). Staline au comité éditorial de la Pravda (1917). Staline commissaire du peuple aux nationalités (1917), puis aux transports et à l’approvisionnement; dans le cadre de ces fonctions, Staline, le seul des grands chefs révolutionnaires bolchevistes à avoir tué quelqu’un des ses propres mains, est appelé à jouer un rôle de commandement militaire de terrain lors de la guerre civile (1918-1922). Nouvelle Politique Économique, dite aussi «capitalisme d’état» (1921-1928).

1922-1949: STALINISME – Staline secrétaire général du parti communiste (1922-1953). Mort de Lénine (1924). Exil de Trotsky (1927, 1929). Lancement des plans quinquennaux et de la collectivisation des campagnes (1928). Naissance de Gorbatchev (1931). Assassinat du tribun populaire Kirov et premières purges (1934). Procès de Moscou (1936-1938). Pacte Germano-Soviétique (1939). Assassinat de Trotsky au Mexique par un agent stalinien (1940). Opération Barbarossa (1941-1943). Défense victorieuse de Moscou (1941-1942). Victoire soviétique à Stalingrad (1943). Prise de Berlin par les Soviétiques (1945). Stalinisation accélérée des pays satellites (1946-1955). Rupture entre l’URSS et la Yougoslavie de Tito, accusée de dérive nationaliste (1948-1949). Premier essai nucléaire soviétique (1949). Révolution chinoise (1949).

1950-1979: POST-STALINISME – Le charlatan Lyssenko incarne la biologie soviétique (1948-1964). Culte de la personnalité, infaillibilisme, scientisme de toc; devenu le Colonel Sanders soviétique, Staline ne gouverne plus vraiment; habituellement vêtu de blanc, il est un emblème pour les statues et les pancartes remplacé fréquemment par des sosies dans les grands événements officiels (1950-1953). Mort de Staline à 74 ans (1953). Assassinat/exécution de son grand sbire Beria (1953). Mise en place du Pacte de Varsovie (1955). Déstalinisation de surface par Khrouchtchev; seul le culte de la personnalité post-stalinien est vraiment affecté (on bazarde statues et pancartes), la structure bureaucratique étant encore trop puissante (1956-1964). Révolte en Hongrie (1956). Rupture avec la Chine, qui juge l’URSS post-stalinienne «révisionniste» (1961). Kossyguine et Brejnev déposent Khrouchtchev (1964). Néo-stalinisme brejnevien, plus rigide parce que moins puissant (1964-1982). Printemps de Prague (1968). Troubles islamistes dans les républiques musulmanes et invasion subséquente de l’Afghanistan pour en soutenir le parti communiste vacillant (1979).

1980-1985: VRAIE DÉSTALINISATION – Solidarność en Pologne (1980). Mort de Brejnev (1982). Ultimes tiraillements entre les post-staliniens et les déstalinisateurs au sommet (Tchernenko, Andropov, Gromyko etc). Michael Gorbatchev, secrétaire général (1985-1991).

1985-1991: DÉMANTELEMENT DE L’URSS – Gorbatchev, devenu secrétaire général en 1985, syndic de faillite officieux de l’URSS, instaure la Glasnost, la Perestroïka puis assure l’intendance forcée du démembrement de l’union des république et le retrait de la référence au «communisme». Le PCUS et la fonction de secrétaire général disparaissent du pouvoir au profit d’une douma multipartite de type bourgeois pour chacune des républiques. La Fédération de Russie occupe désormais les positions qu’avait occupé l’URSS dans les grands forums et sur les grands comités internationaux. Retrait soviétique d’Afghanistan (1989). Dissolution du Pacte de Varsovie et réunification de l’Allemagne (1991).

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Publicités

10 Réponses to “Qu’est-ce que le stalinisme?”

  1. Caravelle said

    Je suis roumaine et, en vérité je vous le dis, ni apologue, ni démoniseur, vous nous faites mieux comprendre un des aspects les plus difficiles de l’histoire récente de mon pays et des pays limitrophes. Merci, merci, merci. Vous êtes aussi froid que Staline, mais au moins c’est pour faire œuvre intellectuelle utile.

    Carava

  2. Catoito said

    Qu’est-ce qu’il s’est donc tant passé en 1949 pour imposer le passage du stalinisme au post-stalinisme?

    [Oh, le conclusion victorieuse de la Révolution chinoise de 1911-1949. Elle marqua la grande fin historique de l’exclusivisme soviétique en matière de marxisme révolutionnaire. Staline bousculé au haut du haut par le camarade Mao, en un mot. De plus, 1949, c’est aussi l’année de l’explosion très officielle de la première bombe nucléaire soviétique, dans le cadre d’un programme de recherche-production dont les historiens s’accordent pour dire que Lavrenti Pavlovich Beria (et non Staline) en était le discret dirigeant. C’est ce même Beria qu’on zigouille pronto-rapido en 1953, à la fin du règne, vu qu’il était devenu plus ou moins la colonne vertébrale du Staline post-stalinien des derniers milles… – Ysengrimus]

  3. Sophie Sulphure said

    « …le stalinisme est fondamentalement un objectivisme. »

    Ysen, c’est quoi ça l’objectivISME. En quoi ça se distingue d’une pure et simple objectivITÉ?

    Soso

    [Objectivisme: Doctrine faisant la promotion du primat des catégories objectives sur celles mobilisées par la subjectivité connaissante ou agissante (le ***ISME est toujours une doctrine. C’est le ***ITÉ qui est une praxis, souvent ordinaire, souple, pas nécessairement encadrée). L’objectivisme peut être conséquent (il prévoit alors le rôle agissant de la subjectivité) ou unilatéral (il devient alors réifiant et/ou mécaniste). L’objectivisme staliniste tendait fortement vers l’unilatéralité. – Ysengrimus]

  4. Robert bibeau said

    Merci pour ce papier, Paul. Il est agréable de constater que certains ne sacrifient pas à la doxa bourgeoise terrorisée –et de bon droit– par la seule évocation du nom de l’homme de fer.

    As-tu songé cependant que le terme même de STALINISME était une concoction bourgeoise et n’avait pas lieu d’être. Tu passes tout prêt de le réaliser dans ton papier quand tu expliques que cette période historique dont a fait partie ce grand leader ouvrier commence avec Lénine et la Révolution d’Octobre et va jusqu’à la mort de Staline. Le tout fut suivi du coup d’État de Khrouchtchev (dont il n’est pas certain qu’il n’aurait pas assassiné Staline) et du Congrès du PCUS où Khrouchtchev a complété son oeuvre.

    Staline fut le continuateur de Lénine et le dirigeant de l’URSS à l’époque de la dictature du prolétariat (oui, oui, il y a bien le mot dictature) et Staline fut le dictateur soviétique frappant de son poing les reliquats de la bourgeoisie des républiques soviétiques. Malgré tous ses efforts sincères et pertinents, Staline échoua dans son œuvre de continuation de l’édification socialiste en URSS. Voilà la plus grande énigme de ce siècle. Voilà la problématique sur laquelle les historiens et les théoriciens socialistes devraient se pencher au plus tôt.

    Je te signale, entre autre et notamment, une petite erreur (et ce n’est pas la seule, Paul). Ceci: « le principal ouvrage de théorie socio-politique de Staline s’intitule Questions du léninisme« . Faux. Staline a, entre autres, piloté, l’écriture du Nouveau Traité d’économie politique (1955 – après sa mort oui, oui), 444 pages très étoffées, un classique en économie-politique marxiste, et d’autres écrits également, dont l’Histoire du Parti bolchévique.
    😉

    Tu as un petit peu trahis ton serment Paul, dans cette phrase ci-dessous et, d’une analyse froide basée sur les faits, tu te laisses entrainer vers l’approximation, la doxa bourgeoise et l’amateurisme historique: «post-staliniens, Brejnev notamment, subiront comme une sorte de contrainte impondérable l’accalmie mondiale qui fera graduellement ressortir l’armature rouillée, rigide et archaïque, du dispositif néo-impérial post-stalinien.» Un conseil, pour analyser l’histoire, les faits historiques, y compris concernant Staline, souviens-toi que l’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes. Reprend la fin de ton étude sur Staline et illumine-la de la lumière de la lutte des classes. D’abord tu verras que Brejnev ne fut pas un stalinien, surtout pas un marxiste-léniniste. Regarde quelle était la configuration de la lutte des classes dans le monde en 1960-1989, disons… Puis pense maintenant à la situation présente -2013-. Tu as raison: être ou ne pas être staliniste, n’est pas la question. Ne pas être bonapartiste est par contre très important!
    😉

    Robert

    [Spasiba Tovaritch (Merci camarade)… Le débat est donc lancé. Qui procède à la description matérialiste de l’histoire et qui bascule dans l’aventurisme de la superficialité des analyses? Autocritique, vrille ton chemin vers les lendemains qui (dé)chantent… – Ysengrimus]

    • Robert Bibeau said

      J’écrirais autre chose aujourd’hui face à ton texte PAUL (que ce que j’ai écrit ci-haut –il n’y a pas si longtemps pourtant– preuve que la pensée –la compréhension– peut et doit évoluer).

      Ainsi, j’avais écrit que Staline avait été un grand leader ouvrier –cette vision était une erreur– due à ma fréquentation de sectes figées–dogmatiques dont je me suis affranchi depuis.

      Mais un fait demeure – ta présentation objective – censée – mesurée – rigoureuse est une belle contribution historique au débat matérialiste sur la question du stalinisme (que tu présentes correctement comme une tendance idéologique et non comme un démon [sic] même si tes lecteurs sont pour la plupart hantés par ce démon).

      Bon texte. Merci.

      [Il faudra un jour que tu nous ponde un papier témoignage sur ta trajectoire personnelle de militant. Il y a là indubitablement une richesse à méditer. Témoigner de son vécu de combat et de l’impact qu’il a eu intellectuellement et émotivement, c’est ça aussi l’analyse concrète de la situation concrète. — Ysengrimus]

  5. Merci à Paul pour cet article et à Robert pour son intervention. Chaque certitude qu’on ébranle est une chance offerte à la vérité… même si nous savons bien que chacun ne tirera de cette vérité que les pierres qui lui serviront à bâtir les mythes dont nous avons besoin aujourd’hui.

    Staline, vous en convenez tous deux, était une manifestation de l’esprit du temps et des circonstances. Mais qui au monde aujourd’hui aurait la stature de tenir ce rôle? … et ne me faites pas dire que j’attends un homme providentiel! Mais, même en acceptant que l’homme se subordonne au rôle, peut-on imaginer un de nos leaders actuels qui serait apte à accueillir une grâce d’État?

    PJCA

  6. Bombshell in a nurshell said

    Ysengrim, do you believe that Stalin orchestrated the mass starvation of ukrainians, otherwise known as the Holodomor or the Ukrainian Genocide?

    [I have my issues with the volontarist-subjectivist anti-stalinist description of the Holodomor. I see more, in that tragedy, the incompetence of the revolution to convert smoothly the agrarian sector of the breadbasket of Eastern Europe (Ukraine) from feudalism to « collectivism » (or state capitalism). Mao Zedong had starvations killing millions of peasants as well… without ukrainians to read the crisis in an nationalist angle. To destroy feudalism starve the peasants. Two major revolutions taught us at least that. Even an outdated historical framework has human lives intimately stuck to it. Modes of production cannot be abstracted from social existence. You destroy them, you kill their actors… – Ysengrimus]

    Ysengrim, crois-tu que Staline a orchestré la famine de masse ukrainienne, connue comme le Holodomor ou Génocide Ukrainien?

    [J’ai des problèmes avec la description volontariste-subjectiviste anti-staliniste de l’Holodomor. Je vois plus, dans cette tragédie, l’incompétence de la révolution à faire passer sans heurts le secteur agraire du grenier à blé de l’Europe Orientale (l’Ukraine) de la féodalité au « collectivisme » (ou capitalisme d’état). Mao Zedong a eu, lui aussi, des famines tuant des millions de paysans… sans avoir des ukrainiens pour lire la crise dans un angle nationaliste. Détruire la féodalité affame les paysans. Deux révolutions majeures nous ont enseigné au moins cela. Même un cadre historique suranné a des vies humaines intimement engluées tout contre lui. On ne peut pas abstraire les modes de production de l’existence sociale. Vous les détruisez, vous tuez leurs acteurs… – Ysengrimus]

  7. Chloé said

    Si je comprends bien, vos idées se rapprochent de celles de Domenico Losurdu dans STALINE: HISTOIRE ET CRITIQUE D’UNE LÉGENDE NOIRE (Aden éditeur, 2011).

    [Oui… – Ysengrimus]

  8. Le boulé du village said

    Ben voilà. Staline et Chavez partagent désormais « à vie » un anniversaire: celui de leurs morts!

  9. Tourelou said

    Dire que le parti communiste a reproché au camarade Picasso d’avoir produit un reflet trop modeste de Staline, un portrait inférieur à la réalité, disait-il… sensible à la classe ouvrière, Pablo n’a jamais regretté son geste.

    [Les cocos qui pensaient ça étaient dans les choux en pas pour rire. Réalisme socialiste mon fion… – Ysengrimus]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s