Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Cette gluante tolérance positiviste qui gangrène notre temps

Posted by Ysengrimus sur 1 mars 2013

Auguste Comte: un buste de pierre planté devant ce cardinal cénotaphe intellectuel qu’est la Sorbonne…

.

Pour n’offenser personne, il ne faut avoir que les idées de tout le monde. L’on est alors sans génie et sans ennemi…

Claude-Adrien Helvétius, De l’homme, [1773], tome premier, Fayard, Corpus des oeuvres de philosophie en langue française, p. 440.

.

Les prises de conscience les plus virulentes ont souvent les sources intellectuelles les plus éthérées. La théorie qui s’empare des masses, ce n’est pas un vain mot et ce n’est pas obligatoirmenent une si jolie chose… Oh que oui, on pense être dans l’abstrait savant et loin du monde et soudain, vlan, on se tape la gueule sur l’omniprésence pesante et gluante d’un concept. Herbert Marcuse (1898-1979), dans la section intitulée La philosophie positive de la société: Auguste Comte de son traité de 1939 (traduit en français en 1968) sur la naissance de la théorie sociale, cloue justement Auguste Comte (1798-1857), le ci-devant fondateur de la sociologie, sur la porte de la grange. Effectivement, en affectant de faire de l’étude de la société une science «positive», Comte s’avère ériger l’irrationalité délirante de l’ordre social des choses en objet empirique sacralisé et fixe, comme le seraient le cosmos, les plantes ou les animaux. Ce faisant, il marche directement à la formulation d’une virulente apologie de l’ordre (bourgeois) existant, sans plus. Il y a un bon lot de pognes méthodologiques dans la conception positiviste des sciences sociales issue d’Auguste Comte et on peut sans complexe laisser de côté cette procédure scientiste faussement rigoureuse, ce faux relativisme scientifique de toc. Les Poubelles de l’Histoire sont un dépotoir fort spacieux et le POSITIVISME (la philosophie sociologique faussement scientifique d’Auguste Comte) pourrait s’y enfouir doucereusement, en compagnie d’un solide tapon de doctrines spécialisées, biscornues et sans impact de masse réel. Pour sa part, Auguste Comte ne serait plus alors qu’un buste de pierre planté devant ce cardinal cénotaphe intellectuel qu’est la Sorbonne et tout serait dit. Le granit serré du crâne comtien répondrait au vide sidéral du dôme sorbonnard, et la page serait tournée, sans rififi excessif.

C’est pas si simple, malheureusement. Le positivisme de Comte s’avère en effet bien moins hors d’ordre qu’il n’y parait initialement, quand on s’aperçoit avec horreur (merci à Herbert Marcuse de nous le signaler – ça ne tombait pas sous le sens) qu’une des importantes notions sociologiques du susdit positivisme du susdit Comte s’est solidement engluée dans les masses, du moins dans les masses occidentales bien chic et bien proprettes de notre temps si poli et si neutre. C’est le concept de TOLÉRANCE. Matez-moi un peu ça. Marcuse:

Le respect de Comte envers l’autorité établie se concilie aisément avec une tolérance universelle. Les deux attitudes ont la part égale dans ce type de relativisme scientifique où il ne reste aucune place pour la condamnation. «Sans la moindre altération de ses propres principes», le positivisme peut rendre «une exacte justice philosophique à chacune des doctrines actuelles»; c’est une qualité qui le fera accepter «des différents partis existants».

La notion de tolérance telle que le positivisme la développe change de contenu et de fonction. Pour les philosophes français des Lumières qui combattaient l’absolutisme, l’exigence de tolérance ne tenait pas de quelque relativisme, mais constituait un élément de leur combat général pour instaurer une meilleure forme de gouvernement, «meilleure» ayant ici précisément le sens que Comte rejette. La tolérance ne se proposait pas de rendre indifféremment justice à tous les partis existants, elle signifiait en fait l’abolition de l’un des partis les plus influents, le clergé allié à la noblesse féodale, qui faisait de l’intolérance un instrument de domination.

Lorsque Comte entre en scène, sa «tolérance» se présente comme un slogan à l’usage non pas de ceux qui s’opposent à l’ordre établi, mais bien de leurs adversaires. En même temps que le concept de progrès se voit formalisé, le concept de tolérance se trouve détaché du principe qui lui a donné son contenu au XVIIIe siècle. Alors, les positivistes prenaient pour règle une société nouvelle et leur tolérance signifiait intolérance envers ceux qui s’opposaient à ce principe. Le concept de tolérance, une fois formalisé, revient au contraire à tolérer également les formes de régression et de réaction. La recherche d’une telle indulgence découle de la renonciation à tous les principes qui vont au-delà des réalités données, apparentés aux yeux de Comte à ceux qui se règlent sur l’absolu. Dans le cadre d’une philosophie qui entend justifier le système social en place, l’appel à l’indulgence a servi de plus en plus l’intérêt des bénéficiaires du système.

Herbert Marcuse (1968), Raison et révolution – Hegel et la naissance de la théorie sociale, Les éditions de Minuit, Collection le sens commun, pp 402-403 (cité depuis l’ouvrage papier – les segments entre guillemets citent le Discours sur l’esprit positif d’Auguste Comte [1842]).

.
.
.

Allez-y démêler l’écheveau de ce qui est régressant et nuisible, de ce qui est progressiste et légitime, dans une nasse pareille…

.

Maquis idéal de toutes les réactions anti-civiques et de toutes les doctrines factieuses d’intérêts spéciaux (comme le disent trop pudiquement les ricains) que cette tolérance molasse et omnidirectionnelle contemporaine. Allez-y démêler l’écheveau de ce qui est régressant et nuisible, de ce qui est progressiste et légitime, dans une nasse pareille… Le piège à con, en mondovision. Oh que oui, on pense être dans l’abstrait savant et loin du monde et soudain, vlan, on se tape la gueule sur l’omniprésence pesante et gluante d’un concept. Cette fichue tolérance positiviste qui gangrène notre temps, qui niera l’avoir rencontrée? On se fait regarder de nos jours comme Jack l’Éventreur si on ne déroule pas ostentatoirement le tapis rouge devant tout ce qui freine, tout ce qui bloque, tout ce qui minaude dans le conformisme, la soumission, la baillonnade, la veulerie institutionnalisée et postulée. Au jour d’aujourd’hui, il faut tolérer les religions et l’intégralité de leur lot bringuebalant de singeries comportementales et de points de doctrines délirants, les carriérismes cyniques, les arrivismes véreux, les régressions sociales de toutes tendances, les arriérations mentales individuelles et collectives, les monogamies compulsivement dogmatico-axiomatiques, l’anti-syndicalisme primaire et diffamant, les «droits individuels» (de saboter toutes les causes sociales), le «droit de parole» des apologues du brun et du facho, la parlure aseptisée des petites gueules bégueules bien savonnées, les résurgences réacs et néo-réacs de tous tonneaux, les simili-militantismes de toutes farines. Comme il est interdit d’interdire, eh ben il est interdit de ne pas tolérer les intolérants, hein… Coincés, plantés, niqués, piégés dans notre jolie logique! Elle me fait bien gerber, cette aspiration, faussement impartiale, à rendre indifféremment justice à tous les partis existants. Devenue positiviste, conformiste, apologue, droitisée, la tolérance contemporaine s’est transmutée en la gadoue idéale pour bien caraméliser toute prise de partie critique, subversive, progressiste, révolutionnaire. Nos beaux Rocamboles des Lumières nous ont bien légué là un paradoxe inextricable, un piège à homard, un gluau à rouge-gorge, un concept à deux tranchant. On est bien pris avec et on est bel et bien en train de se lobotomiser, avec les deux susdits tranchants. Tolérance des suppôts et des tartuffesques cancrelats sociaux, relativisme absolu du nivellement faussement impartial, immoralité morale et/ou moralité immorale, «libre» pensée contrainte, que faire pour te redonner ta vigueur rouge sang, négatrice et négativiste (non-positiviste) d’antan? Sibylline aporie. Pot de glue innommable. Ah, mais regardez-le, regardez-le bien, le buste d’Auguste Comte sur la place de la Sorbonne. Je serais prêt à parier qu’il ricane…

.
.
.

12 Réponses to “Cette gluante tolérance positiviste qui gangrène notre temps”

  1. Tourelou said

    La tolérance, c’est si décomplexant dans un monde de désordre. Je tolère les impatients, et ce qui annule mon mauvais caractère, c’est ma patience. Tout se transforme mais tous ne se transforme pas. Quel monde de fou… quelle vie d’orgie, comme le disait Jean Pierre Ferland. Pas de quoi trop ricaner… Vous avez de ces sujets pas facile surtout que c’est le temps de payer nos impôts au Canada, grrrrrrrrrogne, seuil de tolérance presque atteint.

    • Boissel said

      Bonjour.
      Le positivisme est une philosophie beaucoup plus complexe que ce qui est présenté dans votre article. Il part tout simplement du principe que tout ce que l’on observe, ou ce que l’on affirme, doit faire l’objet d’une évaluation rationnelle sur une base observable, expérimentale et empirique, en excluant tout ce qui relève de la métaphysique ou de la conjecture. Comte n’a jamais rejeté la religion ou la métaphysique qu’il associe à l’altruisme, ou au sentiment. Il considérait, et je suis d’accord, que ce qui relève de l’inobservable est hors du champ de la connaissance humaine. Bref il fait preuve, d’une certaine manière, de beaucoup d’humilité, du moins dans ce domaine précis. Sa pensée est très complexe, contradictoire, voire confuse aussi et, sûrement, dépassée pour une partie, surtout concernant la science. Mais sa vision rationnelle me semble toujours actuelle à travers sa loi des « Trois états » qu’il serait nécessaire de rappeler en nos temps de retour forcené des religions qui ont la grande prétention de « démontrer » « scientifiquement » que Dieu existe!

      • Ysengrimus said

        C’est bien de ne pas rejeter la religion, avec un cadre « scientifique » pareil, que Comte prouve que sa rationalité était fort mal ficelée et encore passablement « philosophique » (sciemment dans le mauvais sens du terme, ici). La tolérance que, fermement, je lui reproche, celle que vous confirmez ici, est de fait son grand tort. Il est bien clair que les positivistes ne se sont occupés de sciences humaines et sociales que pour y plaquer un scientisme des sciences de la nature abstrait, triomphaliste et réducteur. La religion, diront-ils alors, est un comportement animal, il est là, on observe, on encadre, on garde. Pas fichu de se rendre compte qu’une science dont on est soi-même intégralement l’objet ne peu plus chanter la chanson de l’absence de prise de parti sociohistorique.

        Non à comte. Oui à Marx. Une rationalité mais plusieurs objets d’observation. Plusieurs méthodes scientifiques, donc…

  2. PanoPanoramique said

    Et la solution c’est quoi? Ne plus tolérer la tolérance?

    [Plutôt ne plus ABSOLUTISER la tolérance. Il faut, justement, tolérer… sans plus. Mais surtout, le fait qu’un gorlot quelconque réclame de la tolérance ne doit pas, comme on le fait trop souvent, lui faire obtenir de facto une anesthésie automatique de notre regard critique. On nuance la liberté d’expression (un anti-gai canadien vient de l’apprendre à ses dépends), on peut parfaitement nuancer la tolérance aussi, au cas par cas. Le devoir est de le faire dans une perspective progressiste, évidemment. Les religions qui soumettent la femme à l’homme (par exemple) devront se faire dire que ce point spécifique de leur doctrine ne mérite aucune tolérance, comme dans: absolument aucune. Une secte raciste ou antisémite se ferait remettre à sa place par les lois qui sont déjà en place. Il s’agit simplement d’appliquer ce principe dans le concret (plutôt que dans l’abstraction généraliste). La tolérance, mon cher Pano, c’est comme la musique de concert: c’est dans la nuance qu’elle prend toute sa valeur, sa finesse, son subtil. Trop forte, unilatérale, absolue, automatique, et totale, cela devient de la musique de pompiers, qui ne sert que nos chers petits cuistres droitiers-friqués qui se font mousser en tenue de soirée sans vraiment écouter… – Ysengrimus]

  3. Caravelle said

    C’est bien vrai, quand on y pense un peu, que si la société civile ne craque pas la coquille des cultes faisant diaspora en elle, elle en gobe implicitement le dogme et il lui reste sur l’estomac. Il faut sélectionner ce qui se mange, pour un gosier moderne, et jeter les scories…

    Carava

    [Exactement. Dans le mille, Caravelle. On m’excusera une imagerie robespierriste (moins nuancée que la vôtre, donc): que les prêtres réfractaires prêtent serment à la république. Qu’ils deviennent modestement jureurs ou sinon… – Ysengrimus]

  4. Le boulé du village said

    C’est pas juste une affaire de religion, ct’affaire. Moi, être obligé de tolérer Paris Hilton ou Madonna juste parce qu’elles ont assez d’argent pour s’maint’nir à bout de bras d’vant ‘es caméras. Pu Kapabe.

    [Bien vu. Mon seuil de tolérance est rendu bien bas pour les nouvelles du sport qu’on nous fourgue à la radio vite vite après les vraies infos pour essayer de garder l’intérêt. Qu’est-ce que j’en ai ma dose. On en tolère-tu des fadaises. mon pauvre Boulé, juste parce que ce système inique nous les force contre les tempes… – Ysengrimus]

  5. Catoito said

    Je résume. Le 18ième siècle (les philosophes des Lumières) dit: il faut répondre au parti dévot par le « parti philosophe » (athée et religieusement tolérant). Au 19ième siècle, Auguste Comte (positivisme) dit: il faut tout tolérer abstraitement y compris les dévots et les réacs. L’idée de tolérance s’inverse en un siècle. Récupérée, elle passe de progressiste à conformiste. C’est ce que tu nous dis?

    [C’est ce qu’Herbert Marcuse nous dit (et je seconde). La lutte contre le dogmatisme sert maintenant les adversaires disséminés du progrès social. Et comme il n’est pas légitime ou possible de redevenir dogmatiques (jacobins ou soviétiques, par exemple), ben c’est la mélasse idéologique grand cru de notre temps… Le piège logique… Le paradoxe tolérant… – Ysengrimus]

  6. Dans une veine similaire, que pensez-vous du principe du relativisme culturel? Considérez, par exemple, l’assertion suivante:

    « Il n’y a peut être aucun jugement de valeur qui soit vrai, c’est-à-dire, objectivement justifiable, indépendant des cultures spécifiques » (Schmidt 1955).

    Merci.

  7. La première chose qu’il faut dire du relativisme culturel est qu’il n’est aucunement incompatible avec l’existence ou la vérité. Certaines cultures ont des gratte-ciels, d’autres n’en ont pas. Cela ne rend pas les gratte-ciels subitement inexistants parce que non-omniprésents. Les indiens jouent du sitar, d’autres peuples n’en jouent pas, cela ne rend pas la sonorité du sitar moins audible ou moins établie culturellement. Le fait que les italiens mangent plus de tomates que d’autres peuples ne rend pas les valeurs nutritives de la tomate supérieures ou inférieures. Ces valeurs nutritives, comme la vérité même, existent indépendamment des peuples ou des chefs-coqs qui les mobilisent ou s’en privent dans leur art. Le relativisme culturel n’est pas juste affaire de croyances. Il est aussi affaire de connaissances objectives et, dans ce cas, certaines cultures sont tout simplement plus avancées que d’autres, à certains moments historiques donnés, dans la connaissance adéquate de certaines facettes données du monde. Le cœur de l’affaire ici, c’est d’arriver à discerner ce qui est croyance (inter)subjective et ce qui est connaissance objective, dans l’écheveau. Les chinois (ou les étrusques, c’est débattu) ont inventé les nouilles. Ils avaient raison: c’est comestible. Ils ont aussi inventé la poudre à canon. Ils avaient aussi raison: elle éclate. Et surtout, ceci n’empêche pas tous les peuples du monde de se faire péter les culottes avec. C’est que la poudre à canon, ce n’est pas son origine culturelle et historique chinoise qui porte sa vérité… mais bien ses vertus explosives, confirmées, elles, par tous les peuples et utilisées pour percer des routes ou pour se taper sur la gueule (ce qui exclut tout jugement abstraitement laudatif ou péjoratif sur la poudre en canon – en se rappelant du fait que trop de pâtes alimentaires fait grossir, on transposera aisément ce raisonnement sur les nouilles). Pour continuer de gloser Helvétius, il reste que le lait est blanc dans toutes les cultures et que la croyance (fausse) en Dieu ou au Père Noël n’instaurera pas subitement leur existence. Toutes les cultures errent, certes, mais toutes les culture tendent aussi vers la connaissance objective du monde et s’empruntent entre elles sans hésitation tout instrument y contribuant. La connaissance est une activité vaste et collective et les cultures du monde ont toutes à y apporter. Tant et tant que le seul «relativisme» qu’il faut contester, quelle que soit son origine culturelle, c’est celui qui prétendrait que la poudre à canon n’est pas explosive, que les tomates et les nouilles sont sans valeurs nutritives, ou que le sitar n’est pas un instrument de musique…

    Sur le jugement de valeur, tout change, par contre. Des jugement de valeur ce sont des conceptions comme: le sitar joue de la belle musique, les tomates sont agréables au goût (surtout avec des nouilles), la poudre à canon est finalement plus nuisible qu’utile parce que les humains sont plus méchants que bons. Le relativisme culturel prend alors tout son sel. C’est que le jugement de valeur ne décrit pas le monde. Il y instille les choix de l’affect. Ceux-ci sont intégralement marqués au coin d’une culture, d’une position de classe, d’une époque, d’un biais en sexage, d’une orientation idéologique, d’une maturité de l’oreille ou du palais etc…

  8. trex58 said

    Il faudrait revenir au sens premier du mot « tolérance », dont le sens commun actuel signifie bien autre chose.

    La tolérance, c’est tolérer quelque chose qu’on juge mauvais tant qu’on pense que le combattre serait plus nuisible que de le laisser tranquille. Devenir intolérant envers quelque chose, c’est prendre conscience que ce quelque chose est devenu très dangereux. Trouvant que les religions monothéistes (et quelques autres aussi !) sont nuisibles à l’Homme, je suis intolérant envers elle.

    Lire ce que j’ai déjà écrit sur ce mot qui nous pourrit la vie :

    https://trex58.wordpress.com/2009/03/11/tolerance/
    https://trex58.wordpress.com/2009/12/06/tolerance-2/
    https://trex58.wordpress.com/2010/01/24/tolerance-3/
    https://trex58.wordpress.com/2012/09/27/tolerance-4/

    [Subtil et utile. Grand merci. – Ysengrimus]

  9. jimidi said

    Tiens ? Je suis surpris que tu n’aies pas trouvé à caser le fameux

    « La tolérance, il y a des maisons pour ça ! » (autrement dit : des bordels)

    que le Net attribue un peu à Clemenceau et beaucoup à Claudel. Sinon, merci de cette nouvelle plongée rafraîchissante et instructive dans l’histoire des idées.

    Rien à voir mais tu as employé trois mots faisant exception à la règle du doublement de la lettre p après le a. Comme je partage ton goût de l’exception, en voici une liste, à toutes fins utiles pour de prochains articles.

    Verbes : apaiser, apercevoir, apitoyer, aplanir, aplatir, aposter, apostropher, apurer
    Adjectifs : apeuré
    Noms : apache, apanage, apathie, apatride, aparté, aperçu, apéritif, apesanteur, aplomb, apocryphe, apoplexie, apostat, apôtre, apogée, apologie, aporie, apostrophe, apothéose, apothicaire, apiculture, aphone, apnée, apocalypse, âpre, après.

  10. La Chômeuse Décomplexée said

    Si je ne me suis pas trompée, ce qui a frappé Marcuse était comment, malgré l’absence de répression ouverte, la pensée critique et le contre-discours opposé à l’ordre établi étaient, en fait, encore moins évidents dans les sociétés libérales démocratiques que dans les sociétés sous régimes autoritaires où la liberté d’expression est activement restreinte par l’état. Paradoxalement, la tolérance, bien qu’elle soit un des éléments essentiels et constitutifs de la doctrine libérale, peut aussi servir à maintenir un statu quo répressif. La tolérance faisait pour les régimes dites libéraux, selon Marcuse, ce que la répression faisait pour les sociétés de l’autre côté du rideau de fer. La tolérance rend impotente la critique. De façon analogue, je me demande si la démocratie, ou au moins le système électoral qui en est devenu synonyme, peut aussi fonctionner au détriment des idéaux démocratiques.

    Moins évident pour moi sont les mécanismes par lesquels la tolérance devient son contraire, comment un instrument de libération devient un moyen de répression, un obstacle au progrès social. De plus, si la tolérance est plus efficace pour briser la dissidence que la répression ouverte, si c’est justement la répression de la pensée critique qui la rend si puissante, dans une société où règne la tolérance, les mouvements de résistance, ne sont-ils pas voués à l’échec de l’avance ? Comment résister de façon effective dans une telle société ?

    [C’est comme pousser de toutes ses force contre un mur de gadoue. Il enfonce, absorbe, englue et rien ne change vraiment… – Ysengrimus]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s