Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Il y a soixante ans: les MÉMOIRES D’UNE JEUNE FILLE RANGÉE (Simone de Beauvoir)

Posted by Ysengrimus sur 1 janvier 2018

Memoires-Beauvoir

Me souciant moins de juger que de connaître, je m’intéressais à tout…
Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, Folio, p. 156.

.

Madame de Beauvoir est mon aînée de cinquante ans (elle est de 1908, je suis de 1958). Elle aurait donc aujourd’hui cent dix ans et ses Mémoires d’une jeune fille rangée ont cette année soixante ans, comme moi. C’est une écriture de soierie, de napperons et de faïences. Madame de Beauvoir ne dit pas poubelle mais caisse à ordures. Elle ne dit pas femme de lettres mais bas-bleu. Elle ne dit pas suffragette mais féministe. Elle ne dit pas devenir athée mais perdre la foi. Elle ne dit pas écriture mais littérature. Elle ne dit pas non plus puberté mais âge ingrat et d’une jeune femme qui tarde à se trouver un mari, elle dit qu’elle est montée en graine. En un mot, ce livre est vieux. Aussi, il faut prendre bien soin de ne pas lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Ceci n’est PAS l’essai Le deuxième sexe et on ne trouvera ici ni le secret de sa genèse (quoique…) ni un brouillon de son dispositif. C’est que, avec une honnêteté qui ne se refait pas, madame de Beauvoir joue pleinement le jeu autobiographique, sans artifice. Elle va nous servir ici, point par point, la vie d’une jeune bourgeoise déclassée devenue femme de lettres, de zéro à vingt-et-un ans (de 1908 à 1929). Mobilisant une remarquable richesse de détails, elle procède prosaïquement, sans concessions, avec une candeur et une précision qui n’assure indubitablement pas l’intendance d’une image de marque. Madame de Beauvoir fait ici, on l’a dit et redit, œuvre de mémorialiste. C’est pour cela aussi que ce livre est vieux. Il faut le voir comme un petit traité intimiste de l’ethnographie parisienne (bourgeoise) des premières décennies du siècle dernier. Les idées neuves de Madame de Beauvoir, on ne les trouvera pas articulées ici. Ici c’est le recueil du feuilleté de ses idées vieilles, celles qui firent bruisser son enfance et qui, finalement, craquèrent comme un œuf.

Par exemple. Entre six et treize ans, quand la petite Simone voulait lire un livre, elle devait vérifier auprès de son père ou de sa mère s’il était un ouvrage convenable. Et même s’il l’était, il arrivait souvent que son père ou sa mère verrouille certains segments du livre avec une pincette, prohibant l’accès de la petite Simone à ces portions du contenu de l’ouvrage. Vers la fin de l’enfance, Simone dissimulait les livres qu’elle lisait pour simplement s’éviter la conversation qui l’aurait forcée à admettre qu’elle connaissait «les choses de la vie» plus que les convenances de l’entre-deux-guerres ne l’autorisait. Comme, petite fille, elle fréquentait une école pour jeunes filles tenue par des bigotes archi-catholiques (critiquant la Sorbonne sur sa droite, si vous vous rendez compte de l’énormité) et sans envergure intellectuelle particulière, être adéquatement comprise ne faisait pas partie des possibilités immédiates fournies par le cadre de l’enfance.

D’autre part, Élizabeth Mabille (dite Zaza. De son vrai nom Élizabeth Lacoin — 1907-1929), une camarade d’école, va ni plus ni moins que devenir la Japhy Ryder de madame de Beauvoir. Et on va voir s’installer littéralement une manière de biographie dans l’autobiographie. Les deux jeunes filles se vouvoient, s’écrivent des lettres que leurs mères lisent avant de les leur remettre. Mais la passion qui les unit est fulgurante, amoureuse, en fait, profondément sentie. Et… «nous étions en deçà même de la pudeur, persuadées, toutes deux, que notre intime vérité ne devait pas ouvertement s’énoncer» (Folio, p. 164). C’est profondément touchant et relaté avec beaucoup de fraîcheur. D’ailleurs, je considère perso que les très ténus moments lesbiens de ce copieux ouvrage sont, de loin, les plus émouvants (voir notamment le fugitif épisode d’amitié intime avec une certaine Clotilde, son aînée de cinq ou six ans, Folio, pp. 206-207). Pour ce qui en est, d’autre part, de sa tentative d’idylle durable avec son cousin Jacques Laiguillon, elle, barbante, lourdingue, longuette, gorgée de pathos et forcée, elle m’a bien semblé n’être qu’une version subconsciemment involontaire du fameux modèle du mariage de raison ou arrangé dont le milieu social d’origine de madame de Beauvoir faisait si pesamment la promotion, surtout après la ruineuse guerre de 14-18. Fadaises bourgeoises sans lendemain dont se libéra bien involontairement notre mémorialiste éclairée.

Ceci dit, toutes choses égales d’autre part, il est indubitable que le mérite de madame de Beauvoir est fort grand. Malgré un contexte intellectuel et idéologique (familial et scolaire) viscéralement réac, rétrograde et indubitablement contraire, elle est droite dans ses bottes, solidement rationaliste et, ma foi, elle a une bonne tête. Dès l’âge de seize ans, elle s’intéresse à la philosophie et ce, pour les bonnes raisons. «Ce qui m’attira surtout dans la philosophie, c’est que je pensais qu’elle allait droit à l’essentiel. Je n’avais jamais eu le goût du détail; je percevais le sens global des choses plutôt que leurs singularités, et j’aimais mieux comprendre que voir; j’avais toujours souhaité connaître tout; la philosophie me permettait d’assouvir ce désir, car c’est la totalité du réel qu’elle visait; elle s’installait tout de suite en son cœur et me découvrait, au lieu d’un décevant tourbillon de faits ou de lois empiriques, un ordre, une raison, une nécessité. Sciences, littérature, toutes les autres disciplines me parurent des parentes pauvres» (Folio, p. 220). Je la seconde entièrement sur ceci (quoique…). Et, adolescente, l’auteure de l’opus philosophique Le deuxième sexe pointe déjà l’oreille en plus, factuellement à tout le moins. «Les femmes qui avaient alors une agrégation ou un doctorat de philosophie se comptaient sur les doigts de la main: je souhaitais être une de ces pionnières» (Folio, p. 222). Option parfaitement autonome et intérieure. De fait, les philosophes Raymond Aron et Jean-Paul Sartre, pour leur part, ne font leur apparition, furtivement, qu’à la page 381 (puis de plus en plus, dans le cas de Sartre, à partir de la page 433, sur 503 pages). Au premier degré et épidermiquement, madame de Beauvoir, jeune fille, est, l’un dans l’autre, fort irritée d’observer que les mecs peuvent courir le guilledou sans représailles aucune et faire tout ce qui est marrant tandis que les filles se tapent tout ce qui est chiant et sont vouées au ghetto matrimonial et à sa fatale indigence intellectuelle. C’est pas encore une lutte explicite pour l’égalité professionnelle des sexes mais c’est indubitablement la rage sourde qui lui servit de ferment, chez cette cruciale génération de femmes universitaires.

Et l’Existentialisme? Oh, il vrille son chemin lui aussi, de façon spontanée, fraîche et frustre, mais tout entier, comme d’un bloc. «Je refusais les hiérarchies, les valeurs, les cérémonies par lesquelles l’élite se distingue; ma critique ne tendait, pensais-je, qu’à la débarrasser de vaines survivances: elle impliquait en fait sa liquidation. Seul l’individu me semblait réel, important: j’aboutirais fatalement à préférer à ma classe la société prise dans sa totalité» (Folio, pp. 263-264). Individualisme bourgeois déraciné et honteux, le programme existentialiste en devenir trouve déjà très explicitement ses racines vénéneuses et critiques chez la jeune fille rangée. «J’étais tombée dans un traquenard; la bourgeoisie m’avait persuadée que ses intérêts se confondaient avec ceux de l’humanité; je croyais pouvoir atteindre en accord avec elle des vérités valables pour tous: dès que je m’en approchais, elle se dressait contre moi» (Folio, p. 264). Tôt, madame de Beauvoir sent l’aporie matérielle et intellectuelle qui l’enferre… «mais je croyais possible de dépasser la médiocrité bourgeoise sans quitter la bourgeoisie» (Folio, p. 261). Le mot existentialisme n’apparaît pas dans l’ouvrage, mais la chose y rode, intimement amalgamé au reste.

Et, finalement, le féminisme? Eh ben, lui aussi, il jaillit de la vie, par bordées erratiques, densément anti-patriarcales, et dans des formulations, vieillottes certes, mais magistralement couperosées de priorités féminines singulièrement modernes. «Je n’admettais pas qu’un des deux époux ‘trompât’ l’autre: s’ils ne se convenaient plus, ils devaient se séparer. Je m’irritais que mon père autorisât le mari à ‘donner des coups de canif dans le contrat’. Je n’étais pas féministe dans la mesure où je ne me souciais pas de politique: le droit de vote, je m’en fichais. Mais à mes yeux, hommes et femmes étaient au même titre des personnes et j’exigeais entre eux une exacte réciprocité. L’attitude de mon père à l’égard du ‘beau sexe’ me blessait. Dans l’ensemble, la frivolité des liaisons, des amours, des adultères bourgeois m’écœurait» (Folio, p. 263. Voir aussi p. 454, ainsi que, d’autre part, p. 412 sur son sentiment serein d’égalité avec ses confrères masculins sorbonnards). Quoi de nouveau sous le dieu-mec-soleil, finalement?

À propos du marxisme et du communisme qui, avec la révolution bolcheviste et la grande guerre civile soviétique (1917-1924) dominaient intellectuellement l’époque, madame de Beauvoir, étudiante directe de Léon Brunschvicg (1869-1944), tient des propos décalés et dépités, singulièrement analogues à ceux qu’on retrouvera sous la plume de son ami Paul Nizan (mentionné furtivement p. 405, puis de plus en plus à partir de la p. 433) dans son célèbre «pamphlet contre la philosophie officielle» (selon le mot même de madame de Beauvoir, p. 469) Les chiens de garde (1932). Elle dit: «À la Sorbonne, mes professeurs ignoraient systématiquement Hegel et Marx; dans son gros livre sur ’le progrès de la conscience en Occident’, c’est à peine si Brunschvicg avait consacré trois pages à Marx, qu’il mettait en parallèle avec un penseur réactionnaire des plus obscurs. Il nous enseignait l’histoire de la pensée scientifique, mais personne ne nous racontait l’aventure humaine» (Folio, p. 318). Elle en arrive ainsi à prendre le cul-de-sac insoluble de sa propre vision réactionnaire abstraite du monde pour la crise de l’intégralité de la philosophie. «Le sabbat sans queue ni tête que les hommes menaient sur terre pouvait intriguer des spécialistes: il n’était pas digne d’occuper le philosophe. Somme toute, quand celui-ci avait compris qu’il ne savait rien et qu’il n’y avait rien à savoir, il savait tout. Ainsi s’explique que j’aie pu écrire en janvier: ‘Je sais tout, j’ai fait le tour de toutes choses.’ L’idéalisme subjectiviste auquel je me ralliais privait le monde de son épaisseur et de sa singularité: il n’est pas étonnant que même en imagination je n’aie rien trouvé de solide à quoi m’accrocher» (Folio, p. 318). Franche, louable et respectable lucidité autocritique, madame…

Les Mémoires d’une jeune fille rangée sont vraiment un passionnant snap shot d’époque. L’œuvre complète de mémorialiste autobiographe de madame de Beauvoir se déploie comme suit: Mémoires d’une jeune fille rangée (1958), La Force de l’âge (1960), La Force des choses (1963), Une mort très douce (1964), Tout compte fait (1972), La Cérémonie des adieux (1981). Des milliers de pages. Et ensuite?… et ensuite, quelques petites années plus tard, à Paris, mon épouse Dora Maar et moi-même entrons discrètement en scène (nous qui résidions aux résidences Robert Garric à l’époque — madame de Beauvoir, qui vibra ardemment un temps pour cet homme de lettre et militant social-catho aurait adoré ça). C’est que nous avons croisé bien drolatiquement la route de la grande jeune fille rangée d’autrefois…

Miniature parisienne IV

Il y a quelque chose là dedans qui n’est pas mort.
Aussi, quand nous vous avons rencontré
(Enfin rencontré, c’est beaucoup dire)
Quand nous vous avons croisé
Madame, dans votre jolie tire.
Vous nous avez langoureusement frôlé
Dans cette drôle de voiture noire justement,
Lentement.
Le drapeau était, cette fois-ci, à l’intérieur de la boite.
Et c’était vous, madame,
Madame Simone de Beauvoir,
Étendard
Des existentialistes.
Où sont donc les susdits existentialistes?
En ce moment, poignant, de votre dernière balade.
Elles ne restent que des femmes.
Quand votre lent corbillard nous a longé,
Le féminisme, elle,
Était là, ce qu’il n’y a pas de morte.
Il y a quelque chose là dedans qui n’est pas mort.
Rectification, faites pardon.
Il y a comme une chose là dedans qui n’est pas morte.

(tiré de mon recueil L’Hélicoïdal inversé, 2013)

Simone d eBeauvoir (1908-1986)

Simone de Beauvoir (1908-1986)

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41 Réponses to “Il y a soixante ans: les MÉMOIRES D’UNE JEUNE FILLE RANGÉE (Simone de Beauvoir)”

  1. Tourelou said

    Merci pour ces mots retentissants de sensibilité. Votre magnifique poème donne un sens à la mesure de cette immense existentialiste. Quel bon disciple philosophe vous faites. Bonne année 🌹.

    • Sismondi said

      Je doute fortement qu’Ysengrimus soit un disciple de l’existentialisme. Il est trop orienté action des forces objectives des masses pour ça…

      • PanoPamoramique said

        C’est quoi l’existentialisme, de toutes façons…

      • Sismondi said

        C’est une phénoménologie de l’existence humaine, abstraite des conditions sociales fondamentales de l’existence. Sartre à Paris ou Woody Allen à New York sont existentialistes. Des poissons dans leur bocal qui prennent leur bocal pour tout l’univers.

        [Excellente définition et excellents exemples, Sismondi. — Ysengrimus]

      • Line Kalinine said

        Moi, Sartre, c’est le BHL du siècle dernier. Simone de Beauvoir, c’est un petit peu plus compliqué. Je trouve qu’elle continue de croître à mesure que Sartre continue de diminuer… Ysengrimus en témoigne justement très bien ici.

      • Tourelou said

        Un philosophe ça philosophe sur tout.

        Et ici Ysengrimus (que je désigne «disciple philosophe», non pas existentialiste), son sujet est Simone…
        Qui je pense bien était, elle, une existentialiste? Je tenais à préciser.

      • Freluquet du Dimanche said

        T’es estourbi, mon Sismondi. En relisant la première intervention de Tourelou, on voit bien que s’y retrouve la distinction qu’elle revendique dans sa seconde intervention… et que tu avais opinément aplatie… La leçon de sagesse est pour toi, aujourd’hui, cher ami Sismondi.

      • Sismondi said

        Poil aux sourcils…

  2. Caravelle said

    Oh, je ne vais pas vous dire mon âge à mon tour mais je me souviens, quelques années après sa sortie, je lisais, en français, ce livre magnifique, sur la plage du Lac Morii (Bucarest). Je l’enveloppais dans un grand foulard pour qu’on n’en voie pas la couverture. Je ne comprenais pas tout mais cela m’exaltait. Merci du rappel. Soixante ans déjà. Je ne veux pas le croire.

    • Sophie Sulphure said

      À lire Sismondi, vous étiez existentialiste sans le savoir, Madame Carava. À Bucarest… Ça fait rêver…

      • Caravelle said

        Sans le savoir est le mot… Et Bucarest ne faisait pas tellement rêver, dans ce temps là. Enfin, j’étais jeune et, oui par contre, cela nous laisse toujours avec de beaux souvenirs rêveurs…

      • Sophie Sulphure said

        Vous êtes éternellement jeune, madame Carava. Votre présence ici le confirme.

        [Je seconde. — Ysengrimus]

      • Caravelle said

        Vous êtes bien gentils, avec votre belle mansuétude. Une bonne année à tous et à toutes…

      • Emma Riveraine said

        Bonne année aussi. Je voudrais aussi dire que je trouve la photo de Madame de Beauvoir retenue par Ysengrimus superbe.

  3. Val said

    J’ai lu Mémoires d’une jeune fille rangée il y a presque seize ans, et malgré le fait que je ne l’ai pas compris tout, Madame de Beauvoir a illuminé mon petit monde. D’un seul coup, elle m’a montré le féminisme et la littérature d’une façon tout à fait différente des séminaires universitaires parfois plats et qui manquent de force. C’est avec ce beau poème et ce billet bien détaillé dans l’esprit, que commence une relecture de ce livre, et une nouvelle année. Merci, Ysengrimus. Bonne année à vous.

    [Pareillement, Val, pareillement. — Ysengrimus]

    • Brigitte B said

      Vous avez raison. Ysengrimus le dit aussi. Ce livre est riche et concret. Il fait comprendre la condition féminine mieux que bien des essais. La voix d’un temps.

  4. Catoito said

    Lecture (sans image) du début de l’ouvrage, par une jeune voix moderne. Touchant.

    • Odalisque said

      Houlà. Ça donne vraiment envie de lire la suite…

      • Val said

        Oui, et aussi de rencontrer la femme de cette voix, forte et articulée… J’aime tant qu’on me lise à haute voix, surtout quand j’ai le texte à suivre. Quelle merveille. Merci pour ça.

      • Catoito said

        À votre service, Odalisque et Val…

  5. Marie Verne said

    Vous dites qu’elle avait une bonne tête mais je pense qu’elle avait aussi une tête dure, pour passer à travers toutes ces strates de conformisme social et devenir ce qu’elle est devenue. Admirable.

    • Vanessa Jodoin said

      Je seconde. Et, aussi, enfin un auteur homme (Ysengrimus est masculin, faut-il le rappeler?) qui discute ouvertement la condition bourgeoise de Simone de Beauvoir sans en faire automatiquement un argument pour salir le féminisme…

      [Je dois dire que je suis assez fatigué de tous ces Drieu Larochelle qui se transforment subitement (et très temporairement) en Karl Marx, le temps de pouvoir traiter Simone de Beauvoir de bourgeoise et ce, pour bien perpétuer un pseudo masculinisme prolo parfaitement toc et suranné. — Ysengrimus]

  6. La Reine said

    Pouvez-vous expliquer le petit poème.

    [Que dire, Votre Majesté? Au moment de la mise en terre de Madame de Beauvoir en 1986, il y avait des femmes partout. des hétéros, des lesbiennes, plusieurs costumées de couleurs voyantes, de hauts de formes, de perruques bleues et oranges, ou même en clowns, etc. L’existentialisme était nulle part. La féminisme était partout. La seule présence masculine notable, c’était la pierre tombale de Sartre devant laquelle on enterra la dame (son nom à elle ne figurait pas encore sur la pierre tombale). Je ne me demande même pas de quel côté il y a le plus de fleurs aujourd’hui. — Ysengrimus]

  7. Égérie said

    En tout cas, ils se font bien bécoter. La tombe est au cimetière de Montparnasse (cliquer pour agrandir).

  8. Lys Lalou said

    L’essai Le deuxième sexe date de 1949. Cet ouvrage-ci, de 1958. Pourtant vous semblez vous comporter comme si Les Mémoires d’une jeunes fille rangée était plus ancien que l’essai philosophique classique de Madame de Beauvoir.

    [Exactement. Madame de Beauvoir base son autobiographie sur des documents contemporains aux événements qu’elle évoque. Journaux intimes, notes de travail, lettres… même des albums de photos de famille, pour la petite enfance. Il est patent que son autobiographie est un grand-œuvre produit au quotidien, et que 1958 est plus une date de mise au net et de publication que de rédaction. Madame de Beauvoir est la reporter de sa vie. Elle ne se corrige pas rétrospectivement. C’est amplement ce qui fait sa force d’évocation, et ce ton si vieillot aussi. Malgré les datations de surface, on doit traiter cet ouvrage de 1958 (le grand-œuvre) comme rapportant et colligeant le contenu de matériaux antérieurs à 1929, vingt ans, donc, avant la rédaction de Le deuxième sexe (le chef d’œuvre)… — Ysengrimus]

    • Lys Lalou said

      Par cette distinction entre GRAND-ŒUVRE et CHEF D’ŒUVRE vous me faites mieux voir la subtilité de la situation. Grand merci.

  9. Esmeralda la Gitane said

    Tu devrais lire les MÉMOIRES D’UNE JEUNE FILLE DÉRANGÉE. C’est le récit de la nana juive avec laquelle les notoires Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre avaient eu une relation et qu’ils ont larguée comme une merde en pleine occupation. De quoi faire réfléchir sur l’authenticité des philosophies bateau de ces deux…

    [Je prends bonne note. — Ysengrimus]

    • Mura said

      Je voudrais faire observer que les aléas de la vie personnelle de madame de Beauvoir (et de celui qui de plus en plus est en train de devenir son nouveau faire valoir, en une saine inversion des choses, Bouffon Sartre) ne discréditent en rien sa philosophie, foireuse d’autre part mais bel et bien pour des raisons philosophiques, pas pour des raisons privées ou politico-mondaines…

      Le marxisme reste le marxisme même si Mister Citoyen Karl Marx buvait du porto, fumait des cigares, jouait à la roulette, donnait des bals et a eu une escapade extra-maritale avec sa bonne. Marre du salissage bourgeois de la pensée au moyen de niaiseries de mœurs et d’anecdotes scabreuses d’intérêt mineur.

      Nous sommes des intellectuel(les), pas des potineurs et des potineuses Facebook… L’autobiographie mémorialiste nous intéresse ici pour ce qu’elle révèle de sociologique, d’historique, de philosophique (Ysengrimus le montre très bien dans son billet) pas comme croustilles d’anecdotes mondaines.

      • Gudule said

        Sa philosophie foireuse, c’est le Féminisme?

        [Non, c’est l’Existentialisme. Le Féminisme est une idéologie, dont, par sa réflexion intellectuelle et son militantisme (autant que par sa trajectoire de vie), madame de Beauvoir est devenue, aime aime pas, l’une des emblèmes iconiques, aux yeux de la culture mondiale. L’Existentialisme est un courant philosophique assez confidentiel qui ne semble pas importer désormais autant que le Féminisme, idéologie ordinaire qui, elle, a une solide présence dans les masses. — Ysengrimus]

  10. Esmeralda la Gitane said

    Sordide quand même, cette histoire avec la jeune fille dérangée!

    [Je ne suis pas le conseiller juridique de Beauvoir et de Sartre. Tant pis pour eux, ils ont ce qu’ils méritent. Il y a peu de personnalités historiques qui échappent au salissage ex post, surtout de nos jours. Ceci dit, les grands atermoiements moraux comme leviers théoriques, un peu pas trop non plus. Je suis avec Mura, sur ceci. L’Existentialisme est faiblard pour des raisons philosophiques, certainement pas parce que Beauvoir faisait n’importe quoi et autres choses avec des lycéennes… — Ysengrimus]

    • Esmeralda la Gitane said

      Les deux se gargarisaient un peu trop à mon avis. Ils adoraient s’exhiber et ils étaient pathétiques dans leurs déballages publics à mon avis…

      [Indubitablement. C’étaient des individualistes bourgeois parfaitement ostensibles et tributaires d’un vedettariat qui allait faire école… — Ysengrimus]

      • Esmeralda la Gitane said

        Oui, qui a fait école, comme tu dis. Sartre appelait de Beauvoir « témoin de ma vie », on peut pas faire plus mégalo…

        [Sauf que l’histoire a quand même jugé. Qui lit Sartre aujourd’hui, ou s’en réclame? Beauvoir, son ancien chien de poche, a fini par lui passer devant. Et, pour ma part, je n’ai pas d’objection à ça, au contraire. Avec le recul, Beauvoir grandit et Sartre ratatine. Je considère même un peu suranné désormais de penser Sartre et Beauvoir ensemble. Je ne relis que Beauvoir… Elle écrit bien mieux que lui, de toute façon… — Ysengrimus]

      • Casimir Fluet said

        Jean-Paul Sartre devient de plus en plus le petit gros sorbonnard avec une pipe dont Simone de Beauvoir parle dans sa longue chronique du siècle dernier. Il se transforme tout doucement en personnage, comme Cyrano de Bergerac chez Edmond Rostand. Sartre ne sera plus bientôt qu’un grillon gesticulant silencieusement dans la grosse bouteille narrative d’une certaine mémorialiste qu’on lit encore, vu qu’elle anticipait quelque chose comme des temps nouveaux, pour les femmes en général et les femmes de lettres en particulier…

        [Je seconde. — Ysengrimus]

      • Esmeralda la Gitane said

        Je ne lis pas leur philosophie que je trouve bateau et hypocrite. Par contre leur fiction est géniale. Sartre était un excellent conteur et ses romans et pièces de théâtre restent des classiques incontournables…

        [Je vais reparler, un peu plus tard, de Sartre romancier… — Ysengrimus]

      • Esmeralda la Gitane said

        Les Mots, par exemple, c’est génial. Il y a dans cette autobiographie romancée un humour délicieux et une autodérision assez atypique du Sartre arrogant et prétentieux des essais philosophiques. Huis clos reste aussi une pièce qui dépote et qui ne vieillira jamais.

        [Je seconde. — Ysengrimus]

    • Herbe et Neige said

      Esmeralda la Gitane est en feu, faites passer… Ceci dit, je comprends pas exactement c’est quoi ça, une philosophie hypocrite.

      [Moi non plus, pour tout dire. BATEAU, par contre, s’applique vraiment très bien à la pensée sartrienne. Je déplore par contre qu’on ramène encore Beauvoir à Sartre. Je maintiens que les deux œuvres sont distinctes. Je ne claironne pas encore ici le HORS SUJET (sartrien), mais je suis bien proche… — Ysengrimus]

  11. Sissi Cigale said

    Je déplore par contre qu’on ramène encore Beauvoir à Sartre. Je maintiens que les deux œuvres sont distinctes.

    Je seconde.

    Il est, en plus, bien triste de constater que le gars (Ysengrimus) introduit le sujet Beauvoir et lutte pour le maintenir… et que c’est la fille (Esmeralda la gitane) qui lui jette Sartre dans les jambes. Triste époque.

    • Emma Riveraine said

      Je seconde.

      Le rapprochement entre féminisme et hypocrisie me contrarie pas mal. Cette auteure n’a en rien besoin d’être toujours sincère ou géniale dans ses choix. Sa vie est un acte féministe tout simple et c’est cela qui compte devant l’histoire…

  12. Miranda Delalavande said

    Un entretien (en français) avec Madame de Beauvoir, un an après la parution des Mémoires d’une jeune fille rangée… On y parle de l’ouvrage du jour à partir de 19:35…

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