Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Corinne LeVayer et la cocaïne

Posted by Ysengrimus sur 12 novembre 2012


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Ysengrimus: Corinne LeVayer, vous publiez, chez ÉLP éditeur, un remarquable recueil de cent cinquante poèmes érotiques lesbiens intitulé GOUINES COQUINES DE CE MONDE. Cette œuvre magnifique, polymorphe, torride et bigarrée, est intéressante d’une foule de points de vues mais vous avez eu la gentillesse de vous restreindre ici, pour le bénéfice du segment du Carnet d’Ysengrimus portant sur les drogues récréatives, à la facette de votre exploration poétique évoquant l’usage et l’impact physique et émotionnel de la COCAÏNE. Vous consommez ou avez déjà consommé cette drogue?

Corinne LeVayer: Bien sûr que non, Ysengrimus. Voyons donc! Vous vous doutez bien qu’une personne dotée d’un sens moral aussi élevé que le mien ne s’adonnerait pas à une telle activité qui est illégale et qui me mettrait nos gouvernants conservateurs, bigots, bleus-blêmes et pense-petits sur le dos… Non, non, non, TOUT CECI EST PURE SPÉCULATION CRÉATIVE, UNE ŒUVRE DE FICTION ET LES COMMENTAIRES QUE JE VOUS APPORTE AUSSI ICI, NE SONT QUE PURES ÉLUCUBRATIONS DE POÉTESSE.

Ysengrimus: Bien sûr. Indubitablement. Assurément. Je comprends parfaitement. Mais ne ressentez-vous pas, justement, une sorte de dilemme moral à évoquer, dans votre fiction poétique, une consommation, banalisée et, ma foi, souvent enthousiaste, de drogues illégales?

Corinne LeVayer: Cette question me fait toujours bien rigoler, mon cher. Dans les romans, le cinéma, et les feuilletons télévisuels contemporains, on torture, on estropie, on tue, on flingue, on mitraille, on massacre, on poignarde, on étripe, on assassine, on empoisonne, le tout souvent en un traitement incroyablement graphique et pervers, confinant au sadisme le plus ostensible et le plus insensible. Vous convenez avec moi, cher Ysengrimus, que la torture, le tabassage et le meurtre, individuels et collectifs (incluant les massacres de villages et guéguerres ensanglantées de toutes farines) sont des comportements totalement illégaux et immoraux?

Ysengrimus: Absolument.

Corinne LeVayer: Et pourtant, on les évoque en fiction en toute impunité, massivement, et sans complexe (des têtes éclatent, des tripailles dégoulinent – je ne vais pas vous faire un dessin) et ce, sans que nos conservateurs bigots n’y trouvent à redire. Il y a des bibliothèques entières de romans (policiers ou autres) qui sont de véritables vade-mecum de toutes les techniques de meurtres, assassinats et règlements de comptes imaginables, des plus grossières aux plus raffinées, des plus feutrées aux plus imprudentes. Vous passez ensuite à la vidéothèque, pour prendre connaissance des exemples pratiques d’assassinats en visuel, 3D, quadravox et toutim, toujours sans le moindre complexe. Et on me ferait chier parce que je raconte une petit peu, dans ma fiction, quelques malheureuses bouffées d’extase chimio-récréatif? Allons, allons, avouez avec moi qu’il y a là une hypocrisie singulièrement scabreuse et incohérente de la culture bien-pensante contemporaine.

Ysengrimus: Je n’avais jamais vu la chose sous cet angle, assez probant, il faut l’admettre.

Corinne LeVayer: Je ne vous le fais pas dire. Vous-même êtes un promoteur explicite (et aussi fort méritoire) d’une description la plus impartiale possible de l’impact physiologique, émotionnel et sociologique des drogues récréatives. C’est bien pour ça que je vous ai approché avec cette idée de sujet.

Ysengrimus: Et vous avez fichtrement bien fait. Adoncques, madame LeVayer, que nous dit votre monde de fiction sur la cocaïne?

Corinne LeVayer: D’abord que c’est une drogue dure qui a perdu au fil des années beaucoup de ses qualités euphorisantes. Je vous assure qu’il y a vingt ou trente ans c’était autre chose. Aujourd’hui, c’est coupé de trente-six éléments neutralisants (une ligne de cocaïne contemporaine sent toujours un petit peu le bicarbonate de soude – ce n’était pas comme ça avant) et il faut constamment en reprendre pour que l’effet perdure. C’est rendu aussi bien trop cher pour ce que c’est.

Ysengrimus: C’est donc, comme le pain, les nouilles et les bagnoles, un produit de consommation qui a perdu en qualité, en une petite génération, tout en voyant son prix gonfler à l’excès.

Corinne LeVayer: Totalement.

Ysengrimus: Mais que nous fait la cocaïne?

Corinne LeVayer: C’est un euphorisant et un déshinibiteur. On ressent des bouffées d’extase très agréables, qui sont à la fois relaxantes et stimulantes (ce qui est savoureusement paradoxal) et qui ont un impact aphrodisiaque tout à fait passable. Pour que l’effet perdure de façon satisfaisante, il faut renifler une ligne par heure environ.

Ysengrimus: Vous compareriez son impact à quoi, disons, dans le monde connu.

Corinne LeVayer: Imaginez l’effet bien pompette et bien sympa de trois ou quatre bons petits verres de cognac mais sans les nausées, ni la lourdeur d’estomac, ni la somnolence. Et unissez ça, le plus intimement possible, au coup de fouet de six cafés que vous n’avez pas bus non plus, donc qui sont, eux aussi, sans impact aucun sur votre estomac ou votre vessie. À cela s’ajoute un élément magiquement indéfinissable qui ne ressemble à rien de familier.

Ysengrimus: Pas d’hallucinations?

Corinne LeVayer: Aucune hallucination, du moins à ma connaissance.

Ysengrimus: Et il y a des effets secondaires immédiats, pendant l’usage?

Corinne LeVayer: Cela donne soif (il faut bien s’humecter les lèvres et la gorge d’eau fraîche), coupe la faim et le sommeil. Si votre soirée est cocaïno-euphorique, votre nuit sera mauvaise. C’est le prix à payer. Autre effet secondaire inattendu (en m’excusant pour le parler cru)…

Ysengrimus: Allez-y. N’hésitez pas.

Corinne LeVayer: Cela vous laisse de drôles de crottes de nez beigeasses dans les naseaux. Si, si, ne riez pas. Vous allez passer la journée suivante à vous moucher et à vous tirer du nez des boulettes gluantes (carrément collantes, en fait) particulièrement dégueus. Devenue inerte, la poudre vous encombre lourdement le nez et il faut parfois sciemment curer avec les doigts ou un coton-tige pour s’en débarrasser.

Ysengrimus: Oh, oh… On la voit pas souvent au cinéma, celle-là.

Corinne LeVayer: Non, bien sûr. C’est pas assez glamour… Pour éviter cet encombrement nasal du lendemain, il faut placer la paille un peu plus loin au fond de la narine, avant de renifler, pour bien atteindre les muqueuses (dans le feu de l’action, on n’y pense pas toujours). Mais il ne faut pas enfoncer la paille trop loin non plus, sinon la reniflée passe en trombe et vous déboule alors directement dans la gorge. Le goût est amer, presque suffocant mais surtout, vous perdez de l’effet, comme ça, parce que vous finissez par avaler la flopée, ce qui est bien moins performant. Il faut apprendre à doser ces deux désavantages. Et il ne faut pas trop forcer le tout, sinon, là, c’est le saignement de nez qui vous guette. Renifler de la poudre est un art bien plus subtil qu’on ne le pense de prime abord.

Ysengrimus: Apparemment. Je m’en avise. Et l’accoutumance, la dépendance?

Corinne LeVayer: Attention, cher Ysengrimus, il ne faut pas confondre ces deux notions. L’accoutumance, c’est le fait qu’il faille prendre une quantité toujours croissante de la substance pour maintenir grosso mode l’effet récréatif initialement ressenti (qui est celui qu’on recherche toujours). L’organisme s’accoutume, donc, il lui en faut graduellement plus (ce qui entraîne inévitablement des coûts métaboliques, sociaux et financiers). La dépendance, c’est le fait qu’on est pris avec le besoin de cette drogue, qu’on ne peut plus contrôler cette satanée soif qu’on ressent pour elle, qu’on y pense tout le temps (comme le fumeur sa cigarette, par exemple). On reconnait de plus en plus qu’une portion significative de la dépendance, est de fait psychologique (et variera donc significativement en fonction des phases de votre vie sociale). Tandis que l’accoutumance est mécaniquement physiologique. Vous pigez bien la distinction?

Ysengrimus: Parfaitement. C’est limpide. J’imagine qu’il faut toujours l’avoir à l’esprit pour ne pas se mettre à raconter n’importe quoi.

Corinne LeVayer: Absolument. Et alors pour décrire ces deux phénomènes (qui, insistons là-dessus, sont distincts et séparables) en ce qui concerne la cocaïne, c’est encore l’analogie avec l’alcool qui est la plus efficace. La cocaïne, comme l’alcool, est une drogue à accoutumance. Il faut en prendre graduellement de plus en plus pour monter vers l’effet récréatif attendu. Il parait que les deux ont aussi en commun de se nicher dans le foie, d’ailleurs. Vous suivez?

Ysengrimus: Je suis.

Corinne LeVayer: Et puis, d’autre part, comme l’alcool toujours, la cocaïne PEUT mener à une dépendance, mais, contrairement à ce que disent les propagandistes, cela n’est pas automatique.

Ysengrimus: Des gens peuvent prendre un verre, quelques bonnes cuites mêmes, mais, l’ayant fait, ne deviendront pas irrémédiablement, ou fatalement, ou automatiquement alcooliques.

Corinne LeVayer: Voilà. Exactement. Par contre, d’une cuite à l’autre, il leur en faudra un peu plus pour flipper, ce qui, inévitablement, tend à leur imbiber l’organisme et peut ouvrir la porte à un lent dérapage. Mais c’est strictement une tendance. La nuance est capitale.

Ysengrimus: L’histoire de: tu renifles une fois et, vlan, c’est fini, tu viens d’entrer dans l’univers infernal de la drogue et ta vie est foutue. C’est de la fadaise.

Corinne LeVayer: De la pure fadaise. C’est un mythe propagandiste ayant mené à de grossier préjugés. De moins en moins de gens informés prennent cette rhétorique au sérieux, d’ailleurs.

Ysengrimus: Ces préjugés forment justement ce que vous avez appelé dans votre poésie la narco-discrimination.

Corinne LeVayer: Oui, exactement.

Ysengrimus: On va jeter un coup d’œil sur le poème introduisant cette notion. Je voudrais que vous nous en parliez un petit peu. Le voici.

NARCO-DISCRIMINATION

 Quand elle m’a vu tirer une ligne de cocaïne,
Je vous en passe un papier, elle s’est mise à me faire grise mine.
Pendant que la brutale extase montait en moi
Et submergeait mes sens.
Elle s’est mise à dégoiser contre l’abus de substances
Et pour la tempérance…
 
J’ai voulu l’embrasser.
Elle a dit que j’avais les pupilles dilatées.
Je lui ai pris ses petits seins replets.
Elle s’est plainte du fait
Que je titubais,
Que je divaguais.
Que j’étais déséquilibrée.
 
J’ai voulu me calmer,
Me contrôler,
Écraser le coup,
Faire la morte.
 
Elle s’est fâchée,
M’a engueulée
En me lançant des regards fous.
Et puis elle a claqué la porte.
 
Je suis retournée danser,
Me trémousser,
Ma faire tripoter,
Presque molester
Jusqu’à la complète inanition.
 
Cherchant à oublier,
À refouler,
À me dévider,
À éliminer
Ce fort navrant moment
De narco-discrimination.

Corinne LeVayer: Voilà. Des personnes consommant avec modération des drogues récréatives vous expliqueront qu’elles sont constamment confrontées à ce problème de la condescendance des abstinents. On vous traite comme une camée foutue simplement parce que vous vous amusez un petit peu, en bonne méthode, et sans excès réels. Il suffit de vivre cette expérience pour toucher du doigt le mur dur et opaque que rencontreront, dans la société civile, les personnes véritablement atteintes de toxicomanie.

Ysengrimus: En un mot, on vous traite subitement de poivrote simplement parce que vous avez pris deux ou trois coupes de champagne.

Corinne LeVayer: Exactement. Il faut vivre cette expérience. Quand votre petit sachet de poudre apparait, le changement d’attitude est incroyablement spectaculaire. C’est terriblement brutal et probant. Pour tout dire: atterrant.

Ysengrimus: C’est très intéressant et utile, cette notion de narco-discrimination. On n’en parle jamais.

Corinne LeVayer: Absolument jamais. Et pourtant, tout toxicomane avancé ayant —fatalement— d’abord commencé comme usager occasionnel de la drogue (exactement comme pour l’alcool), il ou elle a subit son lot de narco-discrimination le long de sa route, longtemps avant que sa dépendance ne soit devenue un problème effectif. Tant et tant qu’une bonne partie du désespoir et de la panique socialement insécure du toxicomane avancé tient à l’héritage de narco-discrimination qu’il transporte en lui et dont on ignore tout dans l’intervention prétendant mener à une cure.

Ysengrimus: On accuse uniquement la substance de tous les maux en cause et on rate le rendez-vous avec une autocritique sociologique du phénomène.

Corinne LeVayer: Voilà. Demandez-vous après pourquoi ces gens se méfient de tout le monde et récidivent. Une bonne partie de leur isolement du monde est en fait fabriqué sociologiquement par la muraille des préjugés bigots, d’ailleurs brutalement suractivés par la bonne grosse propagande anti-stupéfiants (qui, elle, ne fait pas de complexe et ne s’encombre pas de rectitude, politique ou autre). La pression de tout ceci est gigantesque. Il ne faut pas nécessairement condamner ce fait discriminatoire (ou l’excuser). Mais il faut le voir.

Ysengrimus: Cette pression sociale de l’abstinent sur la personne qui consomme la cocaïne revient souvent dans votre poésie. Vous l’évoquez aussi dans le texte POUR UN PEU DE POUDRE:

POUR UN PEU DE POUDRE

Mon amoureuse
Me traite de menteuse.
Elle veut savoir si j’ai repris de la cocaïne,
La petite fouine coquine.
Pourquoi j’en reprendrais.
Je lui fais.
Elle me fait:
Parce que t’es une petite pute de toxico.
En un mot, nous avons des mots.
Je lui jure, sur ma main à couper,
Je lui jure que je n’ai pas touché
La fameuse drogue dure,
Si pure,
Si dangereuse,
Si merveilleuse.
Mais mon amoureuse
Ne me croit pas. Elle rage,
Elle pleure. Les larmes dégrafent son beau visage.
Elle veut que je démissionne du Lutin rouge
Elle dit que c’est un sale trou à gouines toxicos. Un bouge.
Démissionner de l’orchestre? Is that a joke?
Abdiquer mon amour, infini, insondable, pour la coke?
Ramasse tes cliques, tes claques et ta morale de toc,
Amoureuse à la noix.
Remballe ton amour.
Dix dollars que, dès demain au petit jour,
Je te remplace par une tribade en cheveux qui la bouclera,
Baisera mille fois mieux que toi
Et reniflera de longues lignes langoureuses, avec moi
Au lieu de me juger
Pour un peu de mauvaise poudre
Saupoudrée…

Ysengrimus: Il faut expliquer que Le Lutin rouge est le bastringue lesbien où votre personnage principal est musicienne de jazz. Et c’est dans ce contexte social qu’elle consomme la cocaïne. C’est bien ça?

Corinne LeVayer: Exactement. Et ici on a la petite bêcheuse bourgeoise qui vous demande de changer de style de vie d’un coup sec, pour ses beaux yeux, en vous regardant de haut, et sans compensation émotionnelle aucune, autre que l’exigence axiomatisée de la confirmation sereine de ses tenaces préjugés de petite bigote. Non mais, je rêve…

Ysengrimus: Fin abrupte d’une idylle…

Corinne LeVayer: Eh comment! Le principe est le suivant. Je suis une adulte responsable qui sais doser ses plaisirs. Je ne conduis pas ma voiture en état d’ébriété. Je ne fais pas du tir à la carabine dans une zone scolaire. J’espace ma consommation de cocaïne suffisamment pour éviter l’intoxication. Je suis expérimentée. Je sais ce que je fais. J’ai pas besoin de la police ou de cette nénette pour m’assommer avec leur répression abstraite, ignare, en gros sabots.

Ysengrimus: Je comprends.

Corinne LeVayer: Pensez aux sports extrêmes, escalade, deltaplane, parachutisme. Personne n’irait intimer les gens qui s’y adonnent de cesser ces pratiques sous prétexte qu’il y a un risque, bien réel, bien tangible, d’y laisser la vie.

Ysengrimus: Oui mais, malgré ma déférence pour cette analogie qui est astucieuse, je dois faire observer que, dans ces sports, des dispositifs de sécurité perfectionnés sont bien en place pour réduire le risque mortel.

Corinne LeVayer: J’affirme fermement que, dans la consommation de cocaïne, il y a aussi moyen de mettre en place des dispositifs de sécurité tout aussi perfectionnés, maintenant une qualité récréative adéquate tout en évitant de tomber dans des excès nuisibles pour la santé ou la vie.

Ysengrimus: Quels dispositifs?

Corinne LeVayer: Des choses toutes prosaïques, encore une fois, comme pour l’alcool. Espacer et stabiliser les périodes de consommation, restreindre celles-ci à des contextes favorables, circonscrits et spécifiques, éviter de conduire la voiture, éviter les bains de foule. S’amuser avec modération et en conscience. Penser à ce qu’on fait, prospectivement et rétrospectivement, comme en gastronomie ou en sommellerie. Toujours bien calculer son coup. Ne rien laisser au hasard. Les drogues récréatives, c’est comme le chocolat, le vin fin ou le ski alpin, il faut assumer le risque encouru et, ensuite, assouvir.

Ysengrimus: Peut-on vraiment finir par assouvir?

Corinne LeVayer: Mais bien sûr. Si vous procédez correctement, en vous donnant le temps et la méthode, la cocaïne, comme quoi ce soit d’autre, finira par tout doucement perdre sa magie explosive des débuts. Et l’insidieuse —mais saine— lassitude s’installera en vous, à son sujet.

Ysengrimus: Vous évoquez cela d’ailleurs explicitement dans le dernier poème que vous partagez ici avec nous.

Corinne LeVayer: Oui.

Ysengrimus: Lisons plutôt.

STIMULANTS

Me revoici, gavée de stimulants,
Survoltée et épuisée en même temps.
Comment voulez-vous que je joue mon instrument?
Dans un état pareil, ça n’a aucun bon sens.
 
Me voici, submergée de narcotique,
À me dandiner, devant une salle neurasthénique
De gouines endiablées à qui je voudrais faire la nique.
Mais pour ce qui est de jouer correctement, ben alors là, bernique!
 
Me voici, bien cernée par l’artificielle euphorie,
Et après le concert, je vais me lever une houri.
Qui risque de trouver que je déconne et que je balbutie,
Que j’ai la pupille dilatée, que je sursaute à rien comme une petite souris.
 
Me voici en train d’encore renifler ma dernière der des der illusion.
Poudre aux yeux de poudre au nez. Toujours la même chanson.
Pour la fornique, c’est oui. Pour l’amour passion c’est non.
Je suis une tare urbaine, un sociologique comédon.
 
Me revoici, gavée de stimulants,
Survoltée et épuisée en même temps.
Je pers de plus en plus les atouts euphorisants.
Me reste que la dépendance,
Atroce, intense,
Ce vide sensuel,
Cette soif  cruelle
De neige éternelle.
Les stimulants, c’est vraiment pas marrant.

Ysengrimus: On le sent bien, là, l’effet de lassitude. C’est comme un joueur de hockey qui trouve qu’il commence à avoir mal aux genoux et n’a plus autant de fun qu’avant à courir après le disque.

Corinne LeVayer: Voilà. Exactement. Voyez combien l’analogie avec les sports (extrêmes ou non) est opératoire. Ici, notre contrebassiste prouve, par cette fatigue de fond exprimée, que, de fait, elle ne tombera pas dans la dépendance, qu’elle se lassera de la consommation et de ce mode de vie bien avant. Ce cas de figure est massivement attesté.

Ysengrimus: Les gens font un trip de drogue à un moment de leur vie puis passent à autre chose. Ils en reviennent, tournent la page, grow out of it. C’est une sorte d’étape.

Corinne LeVayer: Oui, voilà. Et… euh… est-ce qu’on explique ici ce qui finira par faire notre contrebassiste arrêter de consommer de la cocaïne, assez subitement d’ailleurs?

Ysengrimus: Non, non, Corinne, s’il vous plait, ne le faite pas. Je veux laisser cette délicieuse surprise à vos futurs lecteurs et lectrices. Disons simplement qu’un changement majeur des conditions psychologiques de notre dite contrebassiste opérera ce petit miracle, au demeurant, vieux comme le monde…

Corinne LeVayer: Vous l’avez très bien dit tout en n’en disant pas trop…

Ysengrimus: Justement. Mais revenons plutôt au poème intitulé STIMULANTS. On observe ici, en plus, que la contrebassiste semble trouver qu’elle joue mal son instrument quand elle est sous l’effet immédiat de la cocaïne. Charlie Parker et Éric Clapton innervant leur créativité artistique à la coke, c’est de la foutaise, donc?

Corinne LeVayer: De la pure foutaise, alors là… Essayez de jouer Turkey in the straw à la contrebasse ou à la flûte à bec rond comme une bille, vous m’en reparlerez. Vous risquez surtout de faire tomber votre instrument par terre et de bien l’estropier. Les musiciens qui montent sur scène ivres ou gelés (habituellement au grand dam du reste de l’orchestre qui, lui, est sobre) ne feront que de la merde (en se croyant très fort — ce qui est pure illusion toxicologique). Par contre…

Ysengrimus: Par contre?

Corinne LeVayer: L’honnêteté m’oblige à nuancer un petit peu cette notion de la corrélation entre consommation de cocaïne et créativité artistique ou intellectuelle, si vous me permettez.

Ysengrimus: Je vous écoute.

Corinne LeVayer: Prenons la Corinne de mon recueil de poésie, qui n’est pas moi, je vous le redis (Corinne LeVayer est d’ailleurs un nom de plume).

Ysengrimus: C’est entendu et bien compris.

Corinne LeVayer: Elle joue son concert disons le samedi soir, prend ensuite de la coke toute la nuit (environ six lignes — une par heure). Elle a un dimanche merdique et ne touchera pas la coke avant le samedi suivant. Vous suivez?

Ysengrimus: Je suis. Elle consomme une fois par semaine.

Corinne LeVayer: Voilà, ce qui est encore un peu trop (l’idéal c’est une nuit le nez dans la poudre aux deux semaines — là vous tiendrez des années et débarquerez du fourgon quand bon vous semblera). Une fois par semaine, c’est un petit peu trop. T’as pas vraiment le temps de récupérer. Enfin bref… Concert le samedi soir, nuit du samedi au dimanche aphrodisiaque, paradisiaque et euphorique, dimanche merdique, lundi et mardi, de moins en moins barbouillée. Aux environ du mercredi ou du jeudi, l’effet de la cocaïne est fort atténué mais toujours sensible.

Ysengrimus: Oui?

Corinne LeVayer: Oui, oui… Et c’est là, quatre ou cinq jours après la consommation, qu’une sorte de période de clarté et de vive stimulation mentale semble bel et bien s’installer. Et elle est très favorable, disons, à la composition musicale. Comme on se sent aussi très légèrement hyper-active, c’est le moment idéal, disons, pour tailler ses rosiers. L’œil est vif, le geste alerte. Toute la haie de rosier y passera, et ce sera superbement fait. On a ici un fait original, spécifique et, par exemple, totalement différent, cette fois-ci, de ce que peut faire l’alcool.

Ysengrimus: Intéressant.

Corinne LeVayer: Oui, ça existe, mais pas sur le coup, plus en ressac distant disons. Dans le flux hebdomadaire, si je puis dire… Inutile de dire que si vous en reprenez trop vite, vous foutez complètement en l’air cette subtile qualité de vieillissement graduel de l’effet.

Ysengrimus: Bon. C’est bien noté.

Corinne LeVayer: Le mercredi et le jeudi, on est intense, il y a une tension, comme avec les cordes de l’instrument (notez que des petites poussées agressives peuvent apparaître aussi — vaut mieux rester seule). Il est impossible de nier qu’il y ait là une stimulation cérébrale très spécifique qui favorise la créativité artistique ou intellectuelle. C’est la sérotonine ou je sais pas trop quoi qui fait ça. Ceci dit, le temps passe un peu plus et cette micro-euphorie sereine et créative de deux jours cède assez vite la place à des poussées dépressives alors associées au manque (là, par contre, il ne faut plus rester seule. Ceux et celles qu’on aime nous manquent alors aussi, parfois cruellement). Il est alors bien temps que la semaine finisse et que l’euphorie chimique reprenne. Voilà.

Ysengrimus: On voit superbement le tableau des pour et des contre que vous nous peignez là. C’est magnifiquement impartial, original et nuancé ces observations, Corinne. Cela aide vraiment à bien se faire une idée.

Corinne LeVayer: Mais merci. Je m’efforce de respecter le souci d’impartialité de votre vision de la description des drogues récréatives.

Ysengrimus: Et vous le faites impeccablement. Et cela reste la façon idéale de se faire le plus adéquat des jugements. Je ne saurais trop vous remercier. Vous nous fournissez ici un lot remarquable d’avenues de réflexions fort fécondes.

Corinne LeVayer: Ce fut un vif plaisir. Merci à vous, Ysengrimus, de donner l’opportunité à la pensée et à la parole libres de s’exprimer ouvertement et impartialement.

Ysengrimus: Maintenant, on va relire tout ça… surtout les poèmes (qui, mentionnons-le au passage, parlent d’amour, de sorties en ville, de prostitution, de copinage entre filles, de musique et d’homosexualité féminine bien plus qu’ils ne parlent de drogue)…

Corinne LeVayer: Voilà. Encore merci, cher ami.

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Corinne LeVayer (2012), Gouines coquines de ce monde, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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15 Réponses to “Corinne LeVayer et la cocaïne”

  1. Égérie said

    Ouf, dites donc, la drogue la plus capiteuse, c’est cette Madame LeVayer elle même…

  2. Sophie Sulphure said

    Wow… Cela donne envie d’essayer et de ne pas essayer en même temps. Je suis complètement déchirée…
    Soso

    [C’est la vive dialectique du réel qui s’instille, Soso – Ysengrimus]

  3. LiseNY said

    Une seule question, et je vous jure que c’est uniquement par raisons d’information: une ligne par heure, c’est OK, je comprend parfaitement jusque là, mais ce qui me taraude, moi, c’est au bout de combien d’heures on en meurt?
    ________
    ps : je comprendrai que mon commentaire ne soit pas publié, cher Ysengrimus.
    ________

    [Remarquez, Lise, la question n’est pas sans mérite. On pense à ces gros balèzes, bûcherons ou autres, qui font des concours de buvage de bière et qui, après avoir ingéré une pleine baignoire de mousseuse tiède, crèvent au petit jour. Voyons ce que madame LeVayer en dira… – Ysengrimus]

  4. Je ne connais pas la réponse à la question posée par Lise mais je crois malheureusement possible un résultat navrant du type de celui évoqué dans l’analogie imagée faite par Ysengrimus (sous l’intervention de Lise). Le fond de la question est que les drogues récréatives -surtout les dures- ne sont pas pour les excessifs… Il faut toujours rester prudent(e), modéré(e), circonspect(e).

    Notez qu’une partie de cette prudence s’impose à vous pour des raisons extérieures, socio-économiques par exemple… Ici, vous aller vider votre petite pochette de poudre bien avant d’en crever et vous aller récupérer bien avant d’avoir les moyens ou l’envie d’aller en acheter une autre. C’est comme pour les fringues, les chaussures, le cognac ou le chocolat fin: on paye pour ça, et on y pense en permanence…

  5. Catoito said

    Moi, l’émotion du poème STIMULANTS m’a beaucoup fait penser à mon rapport à… la boustifaille. Ado, je me goinfrais. Adulte, je me suis mis à avoir des problèmes de poids qui n’ont réellement diminué que quand le me suis mis littéralement à me lasser de la nourriture, de la cochonnaille, des pâtisseries (surtout des portions de Gargantua). Il y a comme quelque chose de mental dans cela. Oui, on peut se lasser d’un comportement épicurien excessif…

    [Surtout, justement, si on l’assouvit. le laisse monter et crever comme un pétard de fête. Comme disait le groupe québécois Beau Dommage « C’est le fun qui s’use »… – Ysengrimus]

  6. Lucy said

    Curieux quand même… Dans cette société de consommation à outrance, où la consommation est devenue simultanément une morale (voir la fameuse exhortation post-911 de l’ancien président G.W. Bush « go shopping »), un principe et une fin, où la consommation est en train de nous détruire… on restreint notre indignation, notre critique, à la seule forme de consommation qui, comme par hasard, nous permet de transcender, même momentanément, un ordre social si inhumain.

  7. J’ai sniffé de la coke pendant six mois straight du temps que j’étais jeune et immortel. Je l’avais gratuite. Je demeurais chez un pote qui l’écoulait pour un gang de motards. Chaque jeudi soir il rentrait avec une petite montagne de poudre. Mate, la poudre. On prenait notre cut, suffisamment pour nous garder high toute la semaine, ensuite on la coupait avec de la poudre d’aspirine et, tenez-vous bien, de verre. La coke, comme j’ai dit, était mate. Elle ne brillait pas dans la lumière. Mais les consommateurs et les consommatrices s’imaginaient qu’elle devait scintiller, sinon a l’était pas bonne. Alors mon pote, après l’avoir aspirinisée, frottait deux cendriers de verre cul contre cul au-dessus de la montagne pour la cristalliser. Vous vous rendez compte des dommages causés dans l’organisme par cette poussière de verre? Terrible, terrible!
    « Osti qu’ c’est chien, c’ que tu fais là! » lui disais-je.
    « Ben oui, mais qu’est-ce tu veux que j’ te dise, l’ monde veut qu’ ça brille, crisse! » répliquait-il.
    Cela fait, on mélangeait bien le tout et on l’ensachait en petits paquets prêts pour la revente.
    Un bon matin, me zyeutant dans le miroir, je me suis dit:
    « Ça, c’est une drogue vicieuse en osti. T’as pas l’air stone, tu fonctionnes normalement comme si de rien n’était. Mieux même. T’es au top du monde, tu peux tout faire, y a rien à ton épreuve. Mais t’es déménagé du cerveau. Tu évolues dans un univers parallèle. T’es déconnecté de la réalité. Quelle réalité, tu demandes? Celle des émotions. Ben oui. Tu produis, tu imagines, tu performes comme jamais, mais dans le vide de l’absence de l’autre, même entouré. T’es devenu le suprême, le boutte du boutte, la mer à boire. L’autre ne compte plus. Une osti de drogue vicieuse. »
    J’ai lâché la cocaïne ce jour-là. N’y ai jamais retouché depuis. Me suis jamais piqué non plus. J’avais beau être jeune et immortel, j’étais quand même pas débile.

    Non, moi, ma drogue de prédilection, c’était l’acide, une drogue électrique. Les trips que j’ai faits sur l’acide! Des plus effrayants aux plus éblouissants, tous merveilleux! J’ai voyagé jusque dans le coeur de la Voie Lactée, c’est pour vous dire. Je suis littéralement devenu Jimmy Hendrix, mon frère spirituel, sur les pistes de danse dans les bars où, gelé comme une balle, je buvais comme un trou. J’ai arpenté de nuit comme de jour les rues et les ruelles de Montréal, ma ville à moé, fébrile, paranoïaque et survolté. Trips magnifiques, mais c’est une autre histoire.

  8. LiseNY said

    Cette autre histoire, Jean, vous nous la raconterez un jour, bientôt ?

    [Peut-être sous forme d’entrevue avec Ysengrimus… – Ysengrimus]

  9. Tourelou said

    De nos jours, il est vrai que le diamant ment contrairement aux gouines exposées dans nos vies. Elles sont d’une grande amitié vraie.

  10. Ysengrimus said

    Un bon ami français, lecteur assidu du Carnet d’Ysengrimus, m’écrit ceci:

    Coucou Paul,

    Restant fidèle à mon vieux « Si tu n’aimes pas, n’en dégoûte pas les autres », j’utilise le courrier électronique plutôt que le commentaire pour te dire tout le mal que je pense de l’article « Corinne LeVayer et la cocaïne », heureusement chassé depuis par Spinoza. Aborder une œuvre par le seul biais des références faites à l’usage de drogue me parait un peu étroit, mais bon, s’il fallait trouver un « angle » et que vous étiez d’accord sur celui-là, admettons. L’argument « je peux bien parler de drogue sans en prendre puisque je peux parler de torture sans la pratiquer » me parait un peu court. On ose croire qu’avant d’écrire sur un sujet sur lequel il n’a pas d’expérience personnelle directe, un auteur prenne le soin de se documenter, histoire de ne pas raconter trop de conneries mais là, références personnelles ou extérieures font défaut, ce qui rend peu crédible l’exposé technique qui suit. En poussant le bouchon trop loin on pourrait se demander si la différence faite entre accoutumance et dépendance n’est pas également une fiction. Bref, pour résumer, soit madame LeVayer prend ou a pris de la cocaïne et ne pas le dire me parait manquer de courage, soit elle connait, par ses recherches ou son entourage, des gens qui en prennent ou en ont pris et ne pas le dire est stupide. Par ailleurs, qu’elle use de sa très légitime liberté d’inventer ce qu’elle veut est une chose, mais renvoyer comme ça le produit et ses consommateurs dans la seule fiction me parait relever du n’importe quoi.

    Du coup, on est très impatient de lire ses fameux poèmes mais hélas, ce faisant, la consternation continue. Indépendamment du fait qu’on puisse en goûter ou non le contenu, leur qualité littéraire peut en être apprécié, avec les critères habituels d’originalité, d’inventivité, de maitrise etc. et là, le constat est accablant: ils sont nuls. Les rares provocations langagière ne sauvent rien. C’est creux, vide, mal rimé et ça se voit.

    D’où la question: c’est un canular, ou quoi?

    Amitiés.

    Ma réponse:

    Je ne sais pas en France, mais il est impossible, au Canada, d’avouer publiquement avoir consommé des drogues illégales sans se retrouver avec la GRC sur le dos. J’impose donc aux gens qui ont le courage de témoigner de nier le caractère non fictif de leurs propos. Tous mes témoins sur les drogues récréatives l’ont fait. Cette consigne s’applique aussi aux messages privés donc n’en attend pas plus sur la « toxicomanie fictive » de madame LeVayer… Tu vas devoir te contenter de lire entre les lignes. Personnellement je trouve son recueil de poésie magnifique. [Mon ami s’étant d’autre part procuré le recueil de Madame LeVayer, j’ajoute:]. Tu jugeras sur pièce, c’est toujours préférable…

    Sinon, je ne comprends pas très clairement ce que tu reproches à cet entretien.

    J’attends encore la teneur explicite de ces reproches et la portion de contenu (sur la consommation de cocaïne notamment, sans ambivalence le sujet du billet) qu’ils ciblent. Cela viendra certainement à un moment ou à un autre. Et, en saine dialectique, ces critiques sont les bienvenus en cette enceinte (même sous anonymat).

  11. Ysengrimus, tu écris dans ta réponse à ton bon ami français: « Je ne sais pas en France, mais il est impossible, au Canada, d’avouer publiquement avoir consommé des drogues illégales sans se retrouver avec la GRC sur le dos. ». Donc, avec mon commentaire où j’avoue avoir consommé des drogues illégales, je me suis mis dans de beaux draps! Ouh la la! Tu ajoutes: « J’impose donc aux gens qui ont le courage de témoigner de nier le caractère non fictif de leurs propos. » Et moi j’ajoute que je nie catégoriquement le caractère non fictif de mes propos. Hin hin!

    [Et, en toute cohérence, vous ne semblez pas spécialement intéressé de témoigner dans un billet. Cela laisse votre liberté d’expression ici parfaitement intacte puisque seuls les billets tombent sous le coup de ma contrainte « texte de fiction ». Les commentaires restent des initiatives de lecteurs. Remarquez, si vous envisagiez de reconsidérer votre option, j’envisagerais certainement de reconsidérer ma contrainte… – Ysengrimus]

  12. Ysengrimus said

    Suite de l’échange avec mon bon amis français. Il a maintenant lu le recueil de poésie de Madame LeVayer:

    J’avoue: y’a quelque chose. C’est à dire que l’ensemble vaut mieux que l’idée que je pouvais m’en faire à partir des extraits publiés chez toi. Mais du coup, ça me renforce dans l’idée que présenter le recueil « sous l’angle drogue » n’est pas lui rendre justice, ni celui de la fiction d’ailleurs puisqu’il s’agit à l’évidence, au fond, d’une autobiographie.

    Amitiés.

    C’est un aveu qui t’honore. Oublie mon papier sur la coke (c’est la drogue qui te braques je pense. Mais je respecte ça. Ce sont pas des sujets faciles…) et console toi (sur cette question) avec ceci:

    http://les7duquebec.org/7-au-front/une-poesie-lesbienne-authentique/

    Rhô! Alors là, me voilà complétement consolé! Très bel article!

    Amitiés.

  13. Je voudrais faire une petite mise au point car il y eu pas mal de critiques au sujet de cet entretien. Paul Laurendeau est un personnage et ce qu’il fait avec son forum « Ysengrimus » est méritoire. Cette entrevue, ici, sur la cocaïne, c’est de ma faute en fait. J’avais lu avec intérêt la section « drogues récréatives » et adoré l’idée balancée de sa présentation des drogues. Monsieur Laurendeau aurait préféré un entretien sur mon recueil et c’est moi qui ai avancé les poèmes présentés ici et ai insisté pour parler spécifiquement de la drogue. Monsieur Laurendeau s’est prêté au jeu avec sa générosité habituelle et le résultat vivra sa vie. J’ai été toxicomane et cet échange m’a soulagée de certains des sentiments ambivalents que j’en garde. Je comprends parfaitement qu’il puisse susciter mépris et colère. et je remercie tous les commentateurs et commentatrices de leur honnêteté. Donc, ne parlons pas que de drogue ici, si vous voulez bien. Parlons aussi poésie.

    Quand j’ai lu le descriptif fait par Laurendeau de mon recueil, j’ai pleuré. Cet homme est un éditeur, au sens pur. Il comprend ses auteurs et les aime. Lui et son comparse Ducharme sont de véritables animateurs de vie littéraire. Je leur dois même d’avoir été lue par un blogueur français respecté qui me haïssait et me trouvait mauvaise versificatrice au départ. Je suis immensément reconnaissante à tous ceux et celles qui me lisent. Je ne peux pas leur dire le soulagement et le bien-être que cela m’apporte. Je suis bien moins insécure comme compositrice de musique que comme poétesse, croyez-moi.

    Je répugne à parler directement de mon recueil, en fait parce que je trouve le timing de sa parution effroyable. Laurendeau et Ducharme ont manqué d’attention face au fait que mon recueil sort en pleine tempête du mariage pour tous en France J’ai bien peur que « Aude » (qui représente mon épouse) et « Corinne » (qui me représente), comme de vraies amoureuses de la poésie (et de la vie) voient leur union durable malmenée ou méprisée dans le flux d’une conjoncture contraire. Et elle risque de ne rien arranger, la scène un peu bouffonne du mariage à la fin entre « Doudou » et « DeeDee » (j’ai assisté à des scènes de ce genre au Canada et dans les états de la Nouvelle-Angleterre qui ont déjà le mariage pour tous – c’est toujours bien amusant et touchant à la fois). L’actualité donne à mon recueil une tonalité inattendue qui m’inquiète pas mal. Bon, c’est fatal, je suppose.

    Enfin, tout ça pour vous dire que je suis angoissée et terrifiée. Vos commentaires me font le plus grand bien. Vraiment, je vous en remercie du fond du coeur.

    [Personnellement, je trouve parfaitement adéquat que votre œuvre apparaisse au moment du débat sur le mariage pour tous en France. Je parle justement de ce dernier ici, tiens … – Ysengrimus]

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