Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Le paradoxe de l’étalement urbain circum-montréalais

Posted by Ysengrimus sur 7 septembre 2013

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Paris ne s’est pas fait en un jour, Terrebonne non plus.
Charles Laberge (dans Conte populaire, 1848)

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Autour de la Grande Tripote autour de notre belle Montréal, autour, autour, autour… Le fameux Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD), proposé par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), un regroupement des quatre-vingt-deux municipalités du territoire métropolitain, rencontre des résistances dans un certain nombre de villages d’Astérix spécifiques, comme Terrebonne et Saint-Eustache. Il est important de noter que ces résistances sont les plus vives dans le beau pays d’Ysengrimus, les Basses-Laurentides. On va essayer un peu de comprendre pourquoi. Le chef d’orchestre de la ci-devant Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), l’administration municipale montréalaise elle-même, telle qu’en elle-même, excelle dans l’art fin et pervers de se poser en dépositaire exclusif de l’angélisme planificateur, laissant les petites cornes cyniques et marchandes sur la tête des autres. L’argument angélique est donc ici le suivant, simplet et fatal. Le développement domiciliaire des villes de ceinture est un étalement urbain qui gruge et bouffe nos bonnes terres agricoles (il est hurlant d’ironie de voir le maire de Montréal se poser en champion protecteur du champ de patates fondamental de nos ancêtres, comme s’il ne voyait subitement que lui jour et nuit dans sa soupe). Les villes de ceinture, dicte toujours Montréal, doivent faire comme nous et se densifier. Le Sort de la Terre en dépend. Ah, cette bonne vieille uniformisation coloniale par alignement docile sur la “métropole”… Et pourtant Saint-Eustache n’est pas Saint-Henri, il s’en faut de beaucoup. Il y a des différences qualitatives majeures entre ces deux espaces. La densification urbaine proposée des Basses-Laurentides, c’est en fait la montréalisation d’un environnement encore en grande partie villageois, beaucoup plus intime avec la vie sauvage, et dont on détruit irrémédiablement la proximité à la nature sous prétexte de protéger des terres “agricoles” largement mythologiques… Ce qui marche pour l’île de Montréal ne vaut plus pour l’île Bigras (dont la condoisation serait une absurdité cynique totalement non écologique, bétonneuse et désastreuse).

Les citoyens des Basses-Laurentides deviennent de plus en plus remuants, sur cette question. Pas de condos dans mon microclimat fragile, disent-ils… Cessez, montréalais uniformisateurs, de prendre Deux-Montagnes, Pointe-Calumet et Saint-Eustache pour Montréal-Nord, Montréal-Est ou Repentigny… L’ignorance myope et condescendante du patrimoine historique et naturel de la ceinture nord (nord de l’île de Laval inclusivement) ne peut aucunement tenir lieu d’analyse d’urbanistique pour yuppies urbain mal renseignés sur ce qui n’est pas leur fond de cours et leur living chic. Il y a, dans cette petite résistance nordiste, l’introduction de nuances qui ne sont pas sans mérites au sein de toute cette réflexion, encore largement unilatérale. Bon, alors, allons-y, causons densification des villes de ceinture. Voyez Pointe-Calumet, petit bled lacustre de la ceinture nord, de 7,000 âmes. Le bord de l’eau, inexploitable agricolement, était constitué de semi-cloaques, viviers et frayères pour toutes sortes d’espèces d’oiseaux et de poissons inusités, le tout, proche de vieilles résidences aux terrains en semi-jachère, datant de deux générations, dans un dégradé parfaitement intégré, vernaculaire, semi-sauvage, harmonieux. Il y avait de la place entre la berge et les premières maisons, surtout après qu’on ait démoli stratégiquement les plus vieilles au bord de l’eau, graduellement, en hypocrite. Alors on a densifié, hein, on a construit intra-muros, au cœur de Pointe-Calumet, sur la bande de terre qui restait entre le vieux bled et la rive. On a tout remblayé solide et on a érigé une ligne de manoirs tocs, colossaux et affreux, aux terrains immenses, gazonnés, solidement clôturés. Vue sur la rive pour grands bourgeois ostensibles, micro-dispositif écologique désormais pulvérisé et/ou inaccessible, McManoirs comme ceux que dénoncent les montréalistes à la périphérie para-rurale des villes de ceinture, le tout défigurant désormais durablement le point de raccord d’un de nos petits villages patrimoniaux avec sa berge fragile de jadis. Adieu parc naturel et accès citadin aux berges. Bonjour villégiature privée pour néo-rupins socialement insensibles.

C’est à ce genre de densification absurde et destructrice que les maires et les mairesses de la ceinture nord, sous la pression de plus en plus militante de leurs citadins et citadines, s’objectent, attendu les particularités historiques et naturelles des Basses-Laurentides. Écoutez un peu leurs arguments. Au moins, quand la même hideur est construite à la périphérie de la ville (comme c’est partiellement le cas à Deux-Montagnes, justement, par exemple) sur du terrain vide, le patrimoine villageois du «vieux» Deux-Montagnes ou du «vieux» Pointe-Calumet, intimement implanté dans la nature et harmonisé avec ladite nature par l’histoire, est préservé. On n’écrapoutit alors que les patates hypothétiques et les carottes théoriques de l’UPA qui, d’ailleurs, notons le au passage, n’y poussent même pas, dans ce territoire périphérique… Or le fait est qu’on ne reconnaît pas et ne prend pas en compte le souci des citadins des Basses-Laurentides de protéger un patrimoine villageois. On les présente simplement, unilatéralement, comme des cyniques qui veulent servir la soupe à leurs promoteurs immobiliers locaux, en étalant sans contrôle. On leur demande alors, la bouche en cœur, en faisant bien scintiller l’auréole de son petit angélisme planificateur: «Mais si les couronnes n’acceptent pas de s’urbaniser un minimum à leur tour, où se fera le développement?». Réponse: sur l’île de Montréal de mes rêves, pardi. Une île bien gérée, avec un transport collectif efficace et du logement durablement abordable. Il reste immensément de place sur l’île de Montréal et la portion sud de l’île de Laval. Transformer Saint-Eustache, le site historique des Patriotes, avec certaines de ses maisons datant de 1780, en Ville-Legardeur-bungalow-boites-à-beurre, C’EST DÉJÀ basculer dans l’étalement pavillonnaire excessif que dénonce, ou affecte de dénoncer, la planification montréaliste qui prétend tant vouloir préserver nos belles campagnes. Il n’y a pas que des campions à parquer, il y a aussi un patrimoine historique et naturel à gérer. Alors, bon, une île densifiée, une ville densifiée, si je puis dire… Surtout que, quand elles le peuvent, les bourgades de la ceinture nord font terriblement et implacablement leur part. Sainte-Marthes-sur-le Lac est un ancien village des Basses-Laurentides devenu, et ce, strictement de par sa densification, la ville canadienne ayant connu la plus forte croissance de sa populations dans les cinq dernières années. Ils se sont enlaidis en masse mais on peut pas leur reprocher de ne pas avoir docilement obéi aux consignes densifieuses de la CMM. Il est cependant capital de noter que, comme ce village spécifique n’engage pas des frais de démolition ruineux et garde ses taxes foncières rigoureusement basses, il se trouvera bien des montréalistes pour qualifier cette densification non destructrice et bon marché d’étalement. Comme dans tout paradoxe, ces notions sont fort élastiques.

C’est que, derrière le territorial angélique se profile le commercial cornu. Voyons la bien, la charpente du paradoxe que la CMM dicte ouvertement au bled nordiste construisant des condos. Si tu fais monter les frais domiciliaires, bravo, tu densifies. Si tu les maitiens bas, haro, tu étales! Les montréalistes disent à la ceinture nord qu’elle est un facteur d’étalement et lui impose de cerner ses limites et de se densifier. En se densifiant, la ceinture construit des gros manoirs roses aussi nombreux, aussi ruineux, inabordables et affreux qu’en sa périphérie mais, de surcroît, elle détruit sciemment du patrimoine écolo-ethnographique dans le processus et en paie les frais (refilés ensuite aux citadins). Les montréalistes mondains, avec leur sens chronique de l’écologie ajustable, se fichent bien de cela. Le but fondamental de l’administration montréalaise est de freiner la fuite vers les banlieues, pour forcer les familles à se ruiner dans des logements insulaires archi-coûteux ou exigus (à partir de deux enfants, vivre sur Montréal, soyez Crésus ou faites une croix dessus – c’est principalement des trois pièces pour yuppies sans enfants ou, plus grand, ça coûte un million). La densification que Montréal n’arrive pas à assurer adéquatement chez elle, elle l’impose aux autres pour que le cheptel (et le cheptel ici, c’est nous) refoule et cesse de fuir en direction du logement plus abordable des ceintures. Plus on y regarde avec l’attention requise et plus on constate que ce n’est pas de l’organisation urbaine qu’on exige mais bien des parts du marché immobilier domiciliaire qu’on s’arrache. Densifier dans les Basses-Laurentides, c’est obligatoirement détruire un cottage unifamilial de 1929 et le remplacer, plus à l’étroit sur son lopin, par un condominium à quatre familles où chaque famille paie plus que ne payerait l‘acheteur du cottage déglingué initial, avant de le rénover à son rythme. Il faut obligatoirement démolir des résidences encore habitables pour densifier, quand on le fait dans la ceinture nord, parce que ce sont des anciens espaces villageois qui sont investis ici, pas des parcs de stationnements défoncés, des bretelles abandonnées, des terrains vagues d’usines démolies ou des centre commerciaux en faillite. C’est pour ça que c’est surtout dans la ceinture nord qu’on crie contre le Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD)…

Si Montréal voulait vraiment faire revenir la petite populace en son sein, elle subventionnerait le prix du logement non-locatif, y compris celui des condos neufs, comme dans certains pays, on subventionne le prix du pain. La ville, alors, cesserait de se vider, d’un seul coup d’un seul. Le défaut que Montréal reproche aux cabanes des municipalités de ceinture, ce n’est pas de gruger la terre agricole, c’est plutôt de coûter moins cher. Coûtant moins cher, ces cahutes de l’entre-deux-guerres grugent le marché de la consommation domiciliaire de la susdite CMM. Montréal veut que les condos neufs poussent partout et coûtent cher partout, uniformément, point final. La seule façon d’y arriver, c’est d’étrangler la fragile et délicate stratégie d’urbanisme des anciens villages des ceintures, en les accusant démagogiquement de faire de l’étalement et de menacer nos bonnes terres. L’ange montréaliste est un démon, dans cette affaire. Bien cernées dans leurs magouilles et combines d’un autre âge, les mairies des municipalités de ceinture, pour leur part, ne valent pas mieux, qui encouragent le construction condoistes coûteuse et grand-bourgeoise manoireuse sur les sites qu’elles détruisent hypocritement, intra-muros. Le démon foncier n’est pas un ange écolo, dans cette affaire. Le paradoxe de l’étalement urbain circum-montréalais, c’est celui, tout simple, de l’inversion téléologique du capitalisme commercial, devenu usuraire. Tant que le logement devra prioritairement enrichir les promoteurs et les villes plutôt que de servir de cadre pour la vie civique, on continuera de tourner en rond dans le susdit paradoxe, en bizounant durablement notre cadre de vie urbain et suburbain et en se renvoyant la balle en pleurnichant comme des tartuffes.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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7 Réponses to “Le paradoxe de l’étalement urbain circum-montréalais”

  1. Jean-Marie De Serre said

    Je ne m’y connais pas trop en urbanisme, mais à Tingwick voilà quatre ou cinq ans, le maire du temps était fier d’annoncer une baisse de taxe. Par contre depuis cette affaire d’urbanisme là, les taxes ont augmentée chaque année. L’an dernier 30% (réserve). On parle de les augnementer de 40% encore. C’est quoi l’affaire de faire des grosses cabanes dans le bois près d’un mont avec un chemin où ça monte comme dans la face d’un cheval? Je ne pourrai demander des explications à la DG , elle vient de me dire de parler à leur avocat à l’avenir. Est-ce que la deuxième fois que je vais m’adresser à leur avocat, la DG va encore m’accuser de harcèlement criminel et m’envoyer encore en prison?

    Le nouveau Code d’éthique et de Déontologie des Élus et employés Municipaux parle de respect, d’intégrité et de transparence. Est-ce que c’est cela que l’on appelle de la transparence ne pas passer une lettre d’avocat qui date de février 2011 et une plainte récente contre un voisin que ses entrés chartière ne sont pas conformes? Les grosses villes peuvent bien être corrompues, c’est Tingwick qui leur en a donné l’exemple et ce n’est même pas de la faute de Monsieur le maire.

    Quand c’est rendu que six conseillers sont obligées de dire comme la DG à cause du Code d’Éthique, c’est triste pas mal. Grand bien leur fasse s’ils trouvent ça le fun jouer dans leur merde.

    Jean-Marie De Serre

  2. Elyan said

    On a laissé aux mains des profiteurs, pardon des spéculateurs, le soin de rattraper le marché, cette chose intangible qu’on manipule avec grand soin. Le pire c’est qu’ils y parviennent parce qu’ils ont réussi à faire de nous des entités monnayables et stupidement esclaves, comme s’il fallait s’exécuter à tout prix lorsqu’on nous demande de sauter dans le vide.

    Nous devons payer beaucoup plus pour les mêmes choses au profit d’une réorganisation structurée de nos vies dans lesquelles nous agissons de plus en plus à titre de simple figurants, cédant nos biens en les aliénant et repayant pour voir le même soleil. Le PIB est un prétexte, l’inflation une vaste blague, la surpopulation une heureuse défaite en bien des lieux (et nous n’échapperons d’ailleurs pas à ce concept puisqu’on nous emmure au sud entourés d’espaces financièrement protégés) l’endettement un exutoire salvateur.

    Et toute cette puanteur s’active, comptant l’or qu’il engrange dans le haut côté. Au nom du progrès on fait pleurer nos vies.

  3. Olivier Roy-Baillargeon said

    Monsieur Laurendeau, je n’ai, par la présente, que des félicitations de la plus grande sincérité à vous adresser!

    Votre article, qui constitue tout sauf l’indigeste produit d’une mauvaise foi sans bornes écrit dans un style dont il serait de la plus grande fausseté de dire qu’il est aussi suranné qu’alambiqué, donne à penser que votre incommensurable masturbation lexicale a vraisemblablement comme salutaire effet secondaire de vous faire voir des théories du complot anti-laurentiennes partout où les méchants «montréalistes» ont le malheur de poser le regard. Il est vrai, après tout, que tout ce que ces vils impérialistes résidents de la grande ville veulent, c’est détruire massivement la beauté des Basses-Laurentides et troubler irrémédiablement la quiétude de leurs résidents à grands coups de PMAD foudroyants et de TOD paralysants. Vous les avez enfin démasqués – chapeau! C’est toutefois une sacrée chance, mon cher Watson, que vous ayez noyé les stupéfiantes conclusions de votre délectable rapport d’enquête sous les innombrables circonvolutions de votre grammaire élastique à géométrie variable, parce que sinon, ces pauvres bougres étaient fichus. Ils s’en sortent indemnes cette fois-ci, mais ils ne perdent rien pour attendre…

    Qui plus est, votre mirobolant portrait de la couronne nord transpire tout sauf un dangereux déni de la réalité, de telle manière qu’il ne retire définitivement aucune crédibilité à vos propos d’une justesse désarmante et d’une lucidité sidérante. À vous lire, on comprend bien à quel point chaque centimètre carré de la deuxième ceinture de banlieues de Montréal, de Lanoraie à Grenville, est un indescriptible paradis bucolique d’une pureté cristalline. Merci, MERCI de rectifier le tir d’aussi belle manière et de balayer admirablement du revers de la main les allégations mensongères des mesquins insulaires selon lesquelles Blainville et Repentigny, pour ne nommer que celles sur lesquelles ils déversent constamment leur fiel, constituent en fait des monstruosités urbanistiques. Vous avez entièrement raison: les smart centres entourés de mers de stationnement asphalté et de bretelles d’autoroutes sont en fait des merveilles sans pareil pour l’œil comparés auxquels même les plus majestueux récifs coralliens australiens font bien piètre figure et les océans de cottages isomorphes construits en PVC bon marché sur des milieux humides asséchés sont après tout des révélateurs absolus de tout le chemin fantastique parcouru par l’Homme du vingt-et-unième siècle dans les traces mêmes de l’oeuvre urbanisatrice du curé Labelle. Il faut en effet admettre d’emblée, comme vous le faites avec panache et bravoure, que le tout Saint-Eustache est en vérité un joyau villageois sans égal à l’échelle de ce système solaire, car on y trouve en effet, caché au milieu de minuscules milliers d’hectares de suburbanité Mathers qui n’est en aucun cas proprement déshumanisante, un immensément vaste kilomètre carré d’édifices patrimoniaux relativement bien préservés. Une chance que la vaillante population résidente de cet éden ruralo-champêtre pousse ses courageux édiles à s’opposer à ce que la maléfique CMM vienne transformer tout ça en un enfer de densité de style montréalais! Néanmoins, l’honneur est sauf, en bonne partie grâce à votre vigilance bienfaitrice.

    Pour toutes ces raisons, Monsieur Laurendeau, je vous serai éternellement reconnaissant. Et je suis sûr que les centaines de milliers de nouvelles familles qui viendront s’installer dans la région métropolitaine de Montréal au cours des prochaines décennies sauront vous remercier comme il se doit d’avoir ainsi contribué à assurer le respect de leur droit le plus fondamentalement inaliénable d’acheter à prix modique une maison préfabriquée dans un quartier si paisible qu’on le dirait désert et situé à moins de trois heures d’automobile du centre d’emploi le plus près. En fait, je crois même que c’est l’ensemble de la population du Grand Montréal qui vous adulera à tout jamais pour vos efforts incessants à promouvoir un mode de développement territorial noble qui garantit à tous et toutes la possibilité d’aller vivre où bon leur semble à l’abri des diktats insensés de la clique à Morial, au mépris totalement justifié des coûts sociaux, économiques et environnementaux astronomiques que leurs décisions individuelles imposent fort heureusement à l’ensemble de la méprisable collectivité. Grâce à vous, l’individu-roi, en sa foi de valeureux payeur de taxes, peut enfin dormir sur ses deux oreilles dans son pavillon climatisé en styromousse brossé puisque son triomphe absolu sur la vulgaire société et son soi-disant «bien commun» est enfin confirmé! Votre inqualifiable contribution à l’avancement de l’humanité mérite amplement d’être soulignée. Qu’on vous remette immédiatement un gigantesque trophée!

    Admirativement vôtre,
    Votre disciple en état de grâce devant tant de vérité sacrée

    [Le remerciement ironique m’attriste toujours. Enfin, c’est le ton du temps, il faut donc faire avec. Votre énervement manifeste me donne quand-même envie de vous signaler que vous pouvez vous objecter au premier degré, que ce n’est pas interdit… Enfin que vous ironisiez ou pas, il faudrait faire un effort pour être moins opaque, notamment en répondant à une petite question toute simple. Qu’est-ce que j’ai dit de faux? – Ysengrimus]

  4. Olivier Roy-Baillargeon said

    Cher Monsieur Laurendeau,

    Énumérer point par point tout ce que vous avez dit qui était selon moi équivoque, exagéré, déformé ou accusateur (mais pas à proprement parler «faux») pour répliquer à votre article serait à la fois une perte de temps considérable et une utilisation malhabile d’un moyen conventionnel de jouer votre jeu et de vous conforter dans vos positions et vos croyances selon lesquelles les Montréalais sont des envahisseurs bien-pensants qui auront votre peau coûte que coûte.

    Je sais déjà pertinemment que vous êtes on ne peut plus fondamentalement convaincu de la justesse et de l’acuité de tout ce que vous avancez… «sinon, pourquoi l’auriez-vous fait?», me demanderais-je. Vous contredire systématiquement ne ferait ainsi que renforcer votre impression que quelqu’un quelque part cherche à penser à votre place et à vous imposer ce qu’il croit bon pour vous sans avoir même pris le temps de vous demander votre avis.

    Par mon commentaire ironique, j’ai donc seulement cherché à atteindre deux objectifs. D’abord, reprendre votre style inutilement empesé pour en révéler la lourdeur injustifiée: je crois qu’en surfant sur un vocabulaire aussi démesurément académicien (que vous utilisez toutefois de manière inappropriée à quelques occasions), vous cherchez à entourer votre propos d’une aura d’irréfutabilité professorale pour vous éviter de faire face à la critique ou à la remise en question, alors j’ai cherché à faire de même, par dérision. Ensuite, faire la preuve par le contraire de la pertinence de vos élucubrations que je considère inutilement accusatrices: j’ai l’impression qu’en appuyant essentiellement votre rhétorique sur l’angélisation de l’un opposée à la diabolisation de l’autre (ou, dans ce cas-ci, le recours sarcastique au procédé inverse) plutôt que sur l’énumération de constats confirmés et de faits vérifiables, vous cherchez à vous présenter en défenseur de la veuve et de l’orphelin contre leurs méchants agresseurs, alors j’ai essayé de vous vouer ironiquement un culte pour pousser ce processus d’auto-béatification à un niveau dont il n’est plus possible de douter du caractère ridicule.

    En somme, j’ai joué à «oeil pour oeil, dent pour dent», pour tenter de vous déstabiliser en utilisant contre vous vos tactiques et en vous servant votre propre médecine, parce que j’avais l’impression que vous prendre à parti et vous répondre, en ma foi de Montréalais, vous convaincrait d’autant plus dans votre analyse d’un prétendu rapport de force intellectuel et politique que le centre essaierait supposément d’exercer sur sa périphérie.

    Ainsi, je suis probablement ce que vous qualifieriez de «montréaliste» impérialiste, centralisateur et densificateur à outrance, mais, en fait, je suis originaire de Québec, j’ai fait mon cégep à Jonquière et j’ai vécu à Gatineau de 2006 à 2011. Je ne suis donc installé à Montréal que depuis le mois d’août dernier. Par contre, je suis présentement en train de faire une thèse de doctorat en aménagement sur le PMAD et je pense en connaître assez sur la question pour être capable d’avoir une discussion calme et posée avec vous sur les considérations que vous mettez de l’avant dans votre article. Vous avez mes coordonnées dans vos bases de données. Voyez donc ceci comme une invitation à dialoguer intelligemment autour de l’aménagement et du développement métropolitains grand-montréalais, en public (sur cette tribune) ou en privé (par courriel), selon votre préférence.

    Au plaisir!

    [« Par contre, je suis présentement en train de faire une thèse de doctorat en aménagement sur le PMAD et je pense en connaître assez sur la question pour être capable d’avoir une discussion calme et posée avec vous sur les considérations que vous mettez de l’avant dans votre article […] en public (sur cette tribune) ou en privé (par courriel), selon votre préférence. » Je choisis ici, dans cet espace public, pour que tout le monde profite de vos critiques de contenu (qui se font quand même un petit peu attendre)… La phase de dérision est bien passée, spectaculaire et assumée, comme une vesse bien sentie. Maintenant je propose: moins de dérision, plus de discussion. Une discussion calme et posée, comme vous dites. Démontez mes « élucubrations » sur cette question. Je vous écoute. – Ysengrimus]

  5. Olivier Roy-Baillargeon said

    M. Laurendeau,

    En vous invitant à une «discussion calme et posée» et à «dialoguer intelligemment», je n’attendais absolument pas à recevoir en retour une invitation «démonte[r vos] élucubrations», mais puisque c’est ce que vous semblez vouloir…

    1) «rencontre des résistances dans un certain nombre de villages d’Astérix spécifiques, comme Terrebonne et Saint-Eustache» Terrebonne n’est pas un village: c’est la dixième ville la plus populeuse du Québec. Quant à Saint-Eustache, à 43 809 habitants, on peut aussi assez difficilement dire qu’il s’agit d’un village. Vous utilisez malgré tout ce terme à deux fins: 1) pour donner l’idée qu’ils «résistent encore et toujours à l’envahisseur» (c’est-à-dire à l’empire montréalais), dans l’esprit de la célèbre formulation d’Uderzo et Goscinny, comme pour accréditer votre thèse de la domination des couronnes par la CMM et l’hôtel de ville de Montréal; et 2) pour construire dans la tête de vos lecteurs l’idée selon laquelle ces villes de banlieue sont en fait des villages afin qu’ils y associent de manière méliorative tous les aspects bucoliques et idylliques de la vie villageoise (petite taille, paysage à caractère champêtre, édifices patrimoniaux, tissu social serré, esprit communautaire fort, population charmante, bonhomie légendaire, etc.) alors qu’en-dehors de leur petit noyau villageois pittoresques (dont je ne remets aucunement en cause l’existence), ces deux villes sont essentiellement caractérisées par d’affreux boulevards, des océans de stationnement, des centres commerciaux monstrueux et des maisons sans âme à perte de vue.

    2) «l’administration municipale montréalaise elle-même, telle qu’en elle-même [sic], excelle dans l’art fin et pervers de se poser en dépositaire exclusif de l’angélisme planificateur, laissant les petites cornes cyniques et marchandes sur la tête des autres» MON analyse de la gouvernance métropolitaine grand-montréalaise est plutôt que le maire y est d’une faiblesse incroyable face à ses collègues des autres villes et qu’il ne dispose d’aucun rapport de force face aux maires de Terrebonne, de Bois-des-Filion, de Deux-Montagnes et de Vaudreuil-Dorion, entre autres, qui sont parvenus, en se concertant en coulisses, à imposer leur ordre du jour à la CMM en y orientant systématiquement les audiences publiques tant sur le projet de PMAD que sur le financement du transport collectif en fonction de leurs récriminations. Par ce passage, vous démontrez d’ailleurs très bien que vous avez parfaitement assimilé leur discours de victimisation systématique face au bourreau du développement métropolitain que constitue la CMM. En somme, s’il est un corps de gouvernance qui parvient à imposer sa vision des choses dans la conduite des affaires de la région depuis quelques années, il me semble que c’est bien davantage la Table des préfets et élus de la Couronne Nord que la garde rapprochée du maire de Montréal. Et je fais l’impasse sur l’enflure verbale, la diabolisation outrancière et la mesquinerie navrante dont vous faites preuve en procédant à cette dénonciation.

    3) «il est hurlant d’ironie de voir le maire de Montréal se poser en champion protecteur du champ de patates fondamental de nos ancêtres, comme s’il ne voyait subitement que lui jour et nuit dans sa soupe» Nulle part ailleurs dans votre texte l’exagération sans nuance et la démagogie ridiculisante est-elle aussi visible que dans ce passage. Trouvez-moi plus d’une journée où les médias ont rapporté des propos du maire de Montréal en faveur de la protection des terres agricoles! Il a fallu que plus de 100 000 citoyens montréalais se prémunissent de leur droit d’initiative pour que l’administration municipale montréalaise soit forcée de donner à l’Office de consultation publique de Montréal le mandat d’organiser une série de consultations publiques sur l’agriculture urbaine à Montréal, alors vous ne ferez certainement pas croire à qui que ce soit que le maire de la métropole est soudainement complètement obnubilé par les champs de pommes de terre de la couronne nord.

    4) «Les villes de ceinture, dicte toujours Montréal, doivent faire comme nous et se densifier. Le Sort [sic] de la Terre en dépend. Ah, cette bonne vieille uniformisation coloniale par alignement docile sur la “métropole”…» Oui, les villes des couronnes doivent se densifier, mais ce n’est pas le «Sort de la Terre» qui en dépend: c’est notre sécurité alimentaire, notre objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, notre mobilité et notre qualité de vie! Demandez aux résidents du dernier quartier de banlieue qui vient de pousser sur une ancienne terre agricole à Mirabel s’ils préféreraient aller travailler à pied ou à vélo au sein même de leur quartier ou en train vers le centre-ville plutôt que coincés en voiture dans les bouchons de la 15 deux heures par jour et s’ils aimeraient pouvoir faire leurs courses au coin de la rue plutôt qu’à Saint-Jérôme ou à Boisbriand. Demandez à leurs adolescents s’ils apprécient le calme plat constant de leur communauté et s’ils affectionnent particulièrement ces innombrables moments où ils doivent «quêter un lift» à leurs parents pour aller voir un film ou sortir entre amis. Non, ils ne vous répondront pas qu’ils aimeraient tant que leur quartier soit aussi dense et vivant que le Plateau-Mont-Royal ou Côte-des-Neiges et non, ils ne s’ennuient probablement pas des nids de poule, des cônes oranges et des itinérants de Montréal, mais je suis sûr et certain qu’ils aimeraient avoir une fruiterie, une maison de la culture et un arrêt de tramway tout près de chez eux, eux aussi. Or, tant que l’on ne construira pas les quartiers de manière plus dense et multifonctionnelle, leur si beau rêve sera noyé sous le bruit des tondeuses et des filtreurs à piscine. Est-ce là ce qu’il convient d’appeler de la «bonne vieille uniformisation coloniale par alignement docile sur la “métropole”» comme vous le faites? Je ne le crois absolument pas. Je crois en fait plutôt que le refus catégorique des décideurs locaux et provinciaux ainsi que des promoteurs d’offrir à ces gens un milieu de vie à l’image de leurs espérances s’apparente davantage à une regrettable uniformisation suburbaine par alignement docile sur l’“American way of life” dépassé, pour vous paraphraser.

    5) «La densification urbaine proposée des Basses-Laurentides, c’est en fait la montréalisation d’un environnement encore en grande partie villageois, beaucoup plus intime avec la vie sauvage, et dont on détruit irrémédiablement la proximité à la nature sous prétexte de protéger des terres “agricoles” largement mythologiques…» J’éviterai de revenir sur cet «environnement encore en grande partie villageois», car je crois avoir ajouté la nuance que je crois nécessaire à votre propos à cet égard, mais permettez-moi de vous prendre à parti quant au fait que cet environnement soit «beaucoup plus intime avec la vie sauvage» comme vous l’avancez. Si pour vous être «intime avec la vie sauvage» signifie conduire sa voiture pour aller marcher dans un parc plusieurs kilomètres plus loin, je ne vois aucunement en quoi les Montréalais sont moins «intimes avec la vie sauvage» que les Lavallois ou les Eustachois. Si par contre cela signifie tondre sa pelouse et installer un faux hibou en plastique sur le toit de sa maison pour empêcher les oiseaux de venir chier sur son perron, là, vous avez entièrement raison. Sinon, permettez-moi de ramener à votre attention qu’il n’est plus à démontrer que les milieux suburbains ne sont absolument pas plus «naturels» que les milieux urbains. Les milieux RURAUX, oui, mais pas les banlieues. Alors faites-nous grâce de la «proximité à la nature» que vous brandissez comme une baguette magique pour vanter les avantages la banlieue, car elle totalement imaginaire. Du reste, j’aimerais bien que vous m’expliquiez par quelle pirouette sémantique vous en êtes venu à comprendre que l’objectif de la densification des banlieues est la destruction de la proximité à la nature pour protéger les terres agricoles! Ne font-elles donc pas partie de la «nature», selon vous? J’en perds mon latin… Enfin, quant à leur caractère «largement mythologique», je vous invite à vous tourner vers vos voisins agriculteurs pour aller vérifier s’ils font bel et bien pousser des légumes fictifs. Si ce n’est pas là un grossier mensonge, c’est que, de deux choses l’une, vous êtes soit payé par un lobby anti-UPA pour proférer de telles âneries, soit incapable de distinguer un champ en culture d’une terre en jachère ou d’un terrain vague.

    6) «Cessez, montréalais uniformisateurs, de prendre Deux-Montagnes, Pointe-Calumet et Saint-Eustache pour Montréal-Nord, Montréal-Est ou Repentigny…» Je vous mets au défi de trouver un Montréalais auquel cette injonction s’appliquerait! Ces fabulations sont à mon avis une autre manifestation de votre fâcheuse propension à vous poser en victime devant un bourreau imaginaire qui vous réserverait un sombre destin pour son pur plaisir personnel. Quel intérêt aurions-nous à transformer Pointe-Calumet en Montréal-Nord? Vous êtes-vous même demandé au nom de quel principe élémentaire d’aménagement et de développement un Montréalais pourrait se donner un tel objectif incompréhensible et injustifiable?

    7) «L’ignorance myope et condescendante du patrimoine historique et naturel de la ceinture nord (nord de l’île de Laval inclusivement) ne peut aucunement tenir lieu d’analyse d’urbanistique pour yuppies urbain [sic] mal renseignés sur ce qui n’est pas leur fond de cours et leur living chic.» Quelle démagogie, quel mépris, quelle généralisation injustifiée que voilà! Vous pouvez bien parler d’ignorance myope et de condescendance! Passons sur le caractère réel et généralisé du «patrimoine historique et naturel de la ceinture nord», dont je ne suis vraiment pas convaincu, pour mieux nous concentrer sur l’irresponsabilité de la dernière partie de votre phrase. À vous lire, on croirait que la ville de Montréal toute entière est peuplée de jeunes professionnels richissimes qui vont d’un jugement à l’emporte-pièce à l’autre sur tout ce qu’ils ne connaissent pas intimement en sirotant un verre de cognac, confortablement assis au milieu de leur gigantesque terrain entouré de barbelés ou dans leur somptueux fauteuil en cuir, entre deux bouchées de caviar au coin du feu de foyer. Vous semblez toutefois occulter le fait qu’une proportion malheureusement très importante de Montréalais vit sous le seuil de la pauvreté et que la très grande majorité de ceux qui, chanceux, arrivent sans trop de peine à joindre les deux bouts sont tout à fait ouverts d’esprit et capables de s’abstenir de formuler des jugements infondés sur la banlieue. Que diriez-vous si je laissais aussi mesquinement entendre, en contrepartie, que «Montréal en a assez que ses routes et son administration municipale soit la cible constante des railleries néandertaliennes des pitoyables banlieusards incultes nourris au chlore à piscine hors-terre et à la télé-réalité abrutissante», par exemple? De telles affirmations n’ont pas leur place dans un débat civilisé et vous devriez vous abstenir d’en écrire si vous souhaitez être écouté.

    8) Sur la regrettable transformation de Pointe-Calumet, laissez-moi seulement vous dire que si vous croyez que le PMAD sera à l’origine de la généralisation, partout sur le territoire de la couronne nord, du processus que vous décrivez en détail et déplorez à juste titre, vous faites erreur, car la protection des espaces verts et bleus, du patrimoine historique et naturel ainsi que des paysages emblématiques y figure on ne peut plus explicitement: c’est essentiellement là la dernière de ses trois orientations!

    9) «On n’écrapoutit [sic] alors que les patates hypothétiques et les carottes théoriques de l’UPA qui, d’ailleurs, notons le au passage, n’y [sic] poussent même pas, dans ce territoire périphérique…» Cf. 5)

    10) «on ne reconnaît pas et ne prend pas en compte le souci des citadins des Basses-Laurentides de protéger un patrimoine villageois» Cf. 8)

    11) « »Mais si les couronnes n’acceptent pas de s’urbaniser un minimum à leur tour, où se fera le développement? ». Réponse: sur l’île de Montréal de mes rêves, pardi. Une île bien gérée, avec un transport collectif efficace et du logement durablement abordable. Il reste immensément de place sur l’île de Montréal et la portion sud de l’île de Laval» Là-dessus, vous avez absolument raison! Il y a tellement de place que l’île de Montréal pourrait à elle seule accueillir absolument toute la population (500 000 personnes, selon les estimations de l’ISQ) qui viendra s’installer dans la région d’ici à 2031. Elle s’en porterait d’ailleurs considérablement mieux, après coup… mais c’est là un tout autre débat.

    12) «Transformer Saint-Eustache, le site historique des Patriotes, avec certaines de ses maisons datant de 1780, en Ville-Legardeur-bungalow-boites [sic]-à-beurre, C’EST DÉJÀ basculer dans l’étalement pavillonnaire excessif que dénonce, ou affecte de dénoncer, la planification montréaliste qui prétend tant vouloir préserver nos belles campagnes» S’il-vous-plaît, expliquez-moi comment vous avez compris du PMAD qu’il entraînera la transformation de ces noyaux villageois patrimoniaux en banlieues pavillonnaires supplémentaires (que vous ne semblez pas affectionner plus que moi, au demeurant…) et non la densification de ces quartiers de banlieue pour y ajouter des transports collectifs structurants et des services de proximité abondants. Par moments, j’ai l’impression que nous n’avons pas lu le même document!

    13) «Sainte-Marthes-sur-le Lac [sic] est un ancien village des Basses-Laurentides devenu, et ce, strictement de par sa densification, la ville canadienne ayant connu la plus forte croissance de sa populations [sic] dans les cinq dernières années. Ils se sont enlaidis en masse mais on peut pas leur reprocher de ne pas avoir docilement obéi aux consignes densifieuses [sic] de la CMM» Curieux, quand même, qu’«ils» aient obéi depuis cinq ans à des «consignes» de la CMM auxquelles «ils» ne doivent se conformer que depuis l’entrée en vigueur du PMAD, le 12 mars 2012…

    14) «Les montréalistes disent à la ceinture nord qu’elle est un facteur d’étalement et lui impose [sic] de cerner ses limites et de se densifier. En se densifiant, la ceinture construit des gros manoirs roses aussi nombreux, aussi ruineux, inabordables et affreux qu’en sa périphérie mais, de surcroît, elle détruit sciemment du patrimoine écolo-ethnographique dans le processus et en paie les frais (refilés ensuite aux citadins)» Que vous puissiez qualifier de densification un processus de construction de «gros manoirs» et de destruction de patrimoine naturel aussi directement associé à l’étalement urbain me dépasse complètement. Dites-oi, quand vous pensez à un quartier récemment densifié, pourquoi ne voyez-vous pas Hammarby sjöstad (Stockholm, Suède), Vauban (Freiburg, Allemagne) ou le Pearl District (Portland, Oregon)? Ce que vous décrivez là est absolument tout sauf de la densification!

    15) «Le but fondamental de l’administration montréalaise est de freiner la fuite vers les banlieues, pour forcer les familles à se ruiner dans des logements insulaires archi-coûteux ou exigus» Pour la première moitié de la phrase, vous avez absolument tort, mais c’est extrêmement dommage, car ce devrait être là un objectif prioritaire des élus du parti du maire et ça ne l’est malheureusement encore que pour ceux des deux partis d’opposition; pour la seconde moitié, vous exagérez, mais vous avez raison sur le fond, car ce regrettable état de fait est le corolaire de l’absence de volonté affirmée du maire et de son équipe de freiner l’hémorragie suburbaine. Si la Ville avait comme priorité absolue de présenter ses quartiers comme des milieux de vie propices pour les familles, elle dicterait aux promoteurs immobiliers de construire des logements abordables et suffisamment spacieux en nombres importants à proximité des parcs, des écoles, des hôpitaux et des stations de métro. Et les familles les achèteraient plutôt que d’obéir à la triste règle du «drive ’til you can buy», ce qui les amène le plus souvent dans des déserts suburbains à l’image de Repentigny ou de Vaudreuil-Dorion. Il importe toutefois d’ajouter que la pensée magique économique du «court-termisme» dicte fort malheureusement le plus souvent la marche à suivre des familles en ce qui concerne leurs stratégies de localisation, très fortement influencées par les milliers de publicités de «chars» et de maisons neuves dont on les bombarde constamment depuis plus de soixante ans. Ainsi, puisqu’elles agissent en fonction de leur constat simpliste et réducteur selon lequel une maison neuve à Beauharnois coûte la moitié du prix d’une maison similaire dans l’arrondissement montréalais de LaSalle (disons 200 000 $ au lieu de 400 000 $), elles sont forcées d’acheter deux voitures (qui leur coûtent chacune 10 000 $ par année) plutôt qu’une seule et un laissez-passer de train de banlieue. Or, nonobstant toutes les considérations associées aux différentes répercussions du fait de vivre à l’un ou l’autre de ces deux endroits sur leur qualité de vie (auxquelles je pourrais consacrer des paragraphes entiers si telle était la question à l’ordre du jour), à long terme, il s’agit d’une bien mauvaise décision d’un point de vue strictement économique. D’abord, le fait d’économiser 10 000 $ par année en ne possédant qu’une voiture (dans LaSalle) plutôt que deux (à Beauharnois) leur permettrait déjà de toute façon de récupérer au bout de vingt ans la différence entre le prix d’achat de ces deux maisons, en plus de centaines d’heures par année passées à travailler, à dormir ou à se divertir en famille plutôt qu’à s’impatienter dans des bouchons de circulation. Ensuite, la valeur des maisons montréalaises augmentant plus rapidement et plus durablement que celle des banlieues, au bout de ces vingt années, le retour sur investissement de la famille de LaSalle sera beaucoup plus grand que celui de la famille de Beauharnois. Enfin, et c’est là un facteur qu’il ne faut surtout pas négliger, le fait que le pic pétrolier soit désormais derrière nous n’augure rien de bon quant au fait que le prix de l’essence demeure d’ici vingt ans à un niveau aussi bas qu’au cours des dernières décennies, tant et si bien que les probabilités que cette donnée exacerbe les disparités économiques entre ces deux scénarios en faveur de la famille de LaSalle sont assez élevées. Le caractère «archi-coûteux» des logements de l’île de Montréal auquel vous faites référence mérite ainsi d’être relativisé dans une grande mesure. CQFD.

    16) «Plus on y regarde avec l’attention requise et plus on constate que ce n’est pas de l’organisation urbaine qu’on exige mais bien des parts du marché immobilier domiciliaire qu’on s’arrache» Là-dessus aussi, vous avez malheureusement entièrement raison, mais ce qui m’afflige, c’est que vous semblez tenir les Montréalais et leur conseil municipal pour seuls responsables de ce regrettable état de fait, alors que c’est l’ensemble des acteurs du marché immobilier métropolitain qui sont à blâmer, en vérité.

    17) «Densifier dans les Basses-Laurentides, c’est obligatoirement détruire un cottage unifamilial de 1929 et le remplacer, plus à l’étroit sur son lopin, par un condominium à quatre familles» Cf. 12) et 14)

    18) «Il faut obligatoirement démolir des résidences encore habitables pour densifier, quand on le fait dans la ceinture nord, parce que ce sont des anciens espaces villageois qui sont investis ici, pas des parcs de stationnements défoncés, des bretelles abandonnées, des terrains vagues d’usines démolies ou des centre commerciaux en faillite» J’ignore de quelle «ceinture nord» vous parlez, parce que je me suis allègrement promené entre Deux-Montagnes et Charlemagne au cours des dernières mois et j’y ai vu un paysage suburbain à plusieurs endroits moribond et proportionnellement peu de noyaux villageois d’intérêt par rapport à l’omniprésence des affres de la suburbanisation commerciale et autoroutière. Peut-être trouverez-vous ma vision de la couronne nord du Grand Montréal exagérément négative, mais la vôtre me semble à tout le moins excessivement positive et romancée.

    19) «Si Montréal voulait vraiment faire revenir la petite populace en son sein, elle subventionnerait le prix du logement non-locatif, y compris celui des condos neufs» Vous avez encore une fois entièrement raison, à un détail près: ce n’est pas tant le prix du logement non-locatif que les logements en général, surtout ceux qui sont occupés par des familles à faible revenu, qui devraient être subventionnés. Je crois néanmoins que vous auriez quand même pu vous abstenir de parler de «petite populace», car c’est là une locution hautement condescendante et inutilement méprisante à l’égard de gens qui méritent qu’on les traite beaucoup mieux que ça. Il s’agit toutefois encore là d’un de vos déplorables stratagèmes pour dépeindre les décideurs et citoyens de Montréal comme de méchants impérialistes colonisateurs qui traitent les résidents de la périphérie comme des citoyens de seconde classe, des membres d’une quantité négligeable qui ne valent pas même le respect d’être qualifiés d’humains à part entière. Il est navrant de vous voir nous décrire sournoisement et pernicieusement de cette manière, mais je vous donne le bénéfice du doute et présume que vos paroles ont une fois de plus dépassé vos pensées.

    20) «Le défaut que Montréal reproche aux cabanes des municipalités de ceinture, ce n’est pas de gruger la terre agricole, c’est plutôt de coûter moins cher» Merci de toute la considération que vous avez pour nous! Ça fait chaud au cœur de réaliser que vous nous avez en aussi haute estime! Après tout, il est vrai que nous nous préoccupons bien davantage de la compétitivité économique de notre marché immobilier local que de la stabilité et de la pérennité de l’approvisionnement en produits agroalimentaires de l’ensemble de la population québécoise… Votre mauvaise foi vous déshonore, quand vous écrivez de telles sottises, monsieur.

    21) «Montréal veut que les condos neufs poussent partout et coûtent cher partout, uniformément, point final.» Ici, vous confondez «veut» avec «accepte, faute de moyens suffisants,».

    22) «La seule façon d’y arriver, c’est d’étrangler la fragile et délicate stratégie d’urbanisme des anciens villages des ceintures, en les accusant démagogiquement de faire de l’étalement et de menacer nos bonnes terres.» Si vous preniez le temps de mettre de côté votre haine et votre mépris de la CMM et de l’administration de la Ville de Montréal, vous réaliseriez que la stratégie du PMAD ne prend pas appui sur la démagogie et l’étranglement des municipalités des couronnes, contrairement à ce que vous affirmez. Certes, l’adoption dudit plan a nécessité que quelques orteils soient écrasés au passage («on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs», dit-on), mais je crois que vous exagérez inutilement en criant au loup de la sorte. Malheureusement, voilà une autre preuve du fait que la victimisation constitue un de vos réflexes rhétoriques de base, alors ce n’est plus si surprenant de lire de telles choses de votre part.

    23) «L’ange montréaliste est un démon, dans cette affaire» Cf. 22)

    24) «Bien cernées dans leurs magouilles et combines d’un autre âge, les mairies des municipalités de ceinture, pour leur part, ne valent pas mieux, qui encouragent le construction condoistes coûteuse et grand-bourgeoise manoireuse sur les sites qu’elles détruisent hypocritement, intra-muros. Le démon foncier n’est pas un ange écolo, dans cette affaire» Une fois de plus, vous avez entièrement raison. Dommage, par contre, que vos rares critiques -tout à fait justifiées- des maires de la couronne nord ne fassent absolument pas le poids face à vos innombrables attaques contre les Montréalais.

    25) «Tant que le logement devra prioritairement enrichir les promoteurs et les villes plutôt que de servir de cadre pour la vie civique, on continuera de tourner en rond dans le susdit paradoxe, en bizounant [sic] durablement notre cadre de vie urbain et suburbain et en se renvoyant la balle en pleurnichant comme des tartuffes.» Au moins, vous concluez votre coup de gueule à l’aide d’un mot d’esprit particulièrement bien inspiré. Dommage que vous n’ayez pas fait preuve de la même rigueur et d’une telle pertinence tout au long de votre texte. Souhaitons que vous vous reprendrez, si vous choisissez de me répondre.

    Quant à vous, M. De Serre, j’espère que vous m’avez enfin compris et je vous invite à me formuler vos questions, auxquelles je me ferai un plaisir de répondre afin que vous saisissiez enfin le fond de ma pensée et le sens de mon propos.

    [Merci (non ironique) pour cette argumentation intéressante sur un certain nombre de points généraux et de détails. Les lecteurs et lectrices sauront faire la part de votre apport impartial et de vos prises de parti politiciennes dans ce lot fort utile. Hautement significative pour moi est votre approbation sans réserve (ou avec) sur les points suivants: 16) «Plus on y regarde avec l’attention requise et plus on constate que ce n’est pas de l’organisation urbaine qu’on exige mais bien des parts du marché immobilier domiciliaire qu’on s’arrache» Là-dessus aussi, vous avez malheureusement entièrement raison, mais ce qui m’afflige, c’est que vous semblez tenir les Montréalais et leur conseil municipal pour seuls responsables de ce regrettable état de fait, alors que c’est l’ensemble des acteurs du marché immobilier métropolitain qui sont à blâmer, en vérité. [ne confondons pas montréalais et montréaliste. Je ne le fais pas.- Y.] et 19) «Si Montréal voulait vraiment faire revenir la petite populace en son sein, elle subventionnerait le prix du logement non-locatif, y compris celui des condos neufs» Vous avez encore une fois entièrement raison, à un détail près: ce n’est pas tant le prix du logement non-locatif que les logements en général, surtout ceux qui sont occupés par des familles à faible revenu, qui devraient être subventionnés. [je ne seconde pas ce détail, justement, et ignore vos commentaires de style qui sont oiseux et flagorneurs – Y.]. Notez qu’en m’approuvant ici, vous m’approuvez sur l’essentiel. Pour le reste votre amour de la CMM et du PMAD et votre connaissance intime des groupes grenouillants qui noyautent l’administration municipale de Montréal fait de vous, sans conteste, un des montréalistes que je dénonce. Vous vous débattez fort vigoureusement, et utilement d’ailleurs, car vous les défendez non sans brio. On notera aussi que vous confirmez le paradoxe densification/étalement que j’ai introduit en qualifiant d’étalement une densification qui, tout simplement, ne fait pas votre affaire… Notons que vous faites encore un peu trop de sémantique (Village d’Astérix, populace, etc) mais, l’un dans l’autre, le débat se noue enfin. Il était temps, j’ai failli attendre… Pour vous, donc, c’est pas la faute à Montréal, c’est la faute des autres. Bien, bien. – Ysengrimus]

  6. Olivier Roy-Baillargeon said

    Merveilleux! Ainsi donc, de ma réplique systématique en 25 points détaillés, vous déduisez trois choses: que je vous approuve sans réserve, que je suis un montréaliste adorateur des politiciens montréalais et que je rejette toute faute sur tout le monde sauf Montréal? Voilà une dernière preuve, si tant est que nous en avions besoin, de votre jugement irréprochable, de votre grande ouverture d’esprit et de votre bonne foi. Non, vraiment, je ne perds pas mon temps ici, moi.

    [Non, vraiment, je ne perds pas mon temps ici, moi. Non vraiment. sans ironie, encore une fois. Moi non plus d’ailleurs. Vous apportez la cruciale portion dialectique du débat. Votre argumentation sera lue et convaincra des lecteurs et des lectrices. The name of the game dans un débat. J’approuve sans condition la présence de votre réponse en 25 points ici, tout en continuant de fermement la combattre. Encore un exemple, si vous me permettez. Vous dites J’ignore de quelle «ceinture nord» vous parlez, parce que je me suis allègrement promené entre Deux-Montagnes et Charlemagne au cours des dernières mois et j’y ai vu un paysage suburbain à plusieurs endroits moribond et proportionnellement peu de noyaux villageois d’intérêt par rapport à l’omniprésence des affres de la suburbanisation commerciale et autoroutière. Peut-être trouverez-vous ma vision de la couronne nord du Grand Montréal exagérément négative, mais la vôtre me semble à tout le moins excessivement positive et romancée. Pour ma part, je ne me « promène » pas dans les Basses-Laurentides. J’y vis. Je vois parfaitement que ce patrimoine est (« proportionnellement », comme vous dites, dans votre indifférence déjà gestionnaire) sciemment défiguré. Mais je juge en conscience que cela ne légitime pas de le défigurer d’avantage. La remarquable beauté naturelle et historique des Basses-Laurentides (son « intérêt », comme vous dites, sur un ton un peu touristique) est fragile et si les administrations municipales y sont trop magouillardes (vous escamotez « allègrement », le fait que je trouve les intendants régionalistes aussi véreux que les montréalistes dont vous exemplifiez si bien l’insensibilité distante, non réaliste) pour veiller au grain, les citadins vont finir par le faire eux-mêmes. Nous ne sommes pas des lotissements pavillonnaires sans âme ici, monsieur le petit doctorant qui se promène et qui, effectivement, « ignore de quelle «ceinture nord» » je parle… Je vous signale la chose à bon entendeur. – Ysengrimus]

  7. Jean-François Belliard said

    Une question de même. Existe-t-il un instrument dans la science de l’urbanisme qui sert à mesurer l’exode des familles à cause de la répression policière, perçue.

    [Pas que je sache – Ysengrimus]

    Et tapons-nous les cuisses, ils disent que les canayens ont sauvé « leur » pays britannique de l’envahisseur de Boston en 1812-14… Ils abusent de notre altruisme et nous ne sommes mêmes pas malveillants !

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