Le Carnet d'Ysengrimus

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  • Paul Laurendeau

  • Intendance

La nouvelle cocaïne du capitalisme: l’écologisme

Posted by Ysengrimus sur 15 décembre 2009

Caricature de Fañch Ar Ruz représentant Daniel Cohn-Bendit, rouage flottant au centre-gauche

Réflexion, toute écolo quand même, sur Daniel Cohn-Bendit comme indicateur sociologique et historique…

En 1920, Lénine écrit un ouvrage intitulé La maladie infantile du communisme: le gauchisme. Il y analyse l’antiparlementarisme de la gauche européenne de l’entre-deux-guerres en expliquant que les parti communistes pro-bolchevistes doivent fermement se positionner entre une ligne doctrinaire trop rigide et un «gauchisme» révolté, trublion et, finalement, trop mou, friable et inutile. Lénine fait comprendre à son lecteur attentif que c’est la rébellion «populaire» et «syndicaliste» qui, de fait, maintient la mouvement des forces sociales progressistes solidement enfermé à la gauche de l’hémicycle parlementaire bourgeois, ce qui perpétue la charpente mentale de ce dernier et paralyse toute possibilité de révolution effective. Être «à la gauche» d’un dispositif politique, c’est se maintenir en son cadre et cela ne le révolutionne pas. Ironisant sur ce titre de Lénine, Daniel Cohn-Bendit écrit, en 1968, un ouvrage intitulé Le gauchisme: remède à la maladie sénile du communisme. Le jeune tribun populaire de Mai 68 cultive alors une analyse inverse de celle de Lénine. Devenus les doctrinaires rigides et hippopotamesques que Lénine avait jadis dénoncés sur sa droite, les «séniles» eurocommunistes, plus précisément ceux du Parti Communiste Français, dirigés, à partir de 1972, par l’insupportable George Marchais (1920-1997), paralysent tous les mouvements trublions, révoltés et réformistes de la gauche libertaire et/ou anarchisante de 1968-1973. La réplique que servit alors Cohn-Bendit à l’eurocommunisme se résume en une phrase remède, un cri primal panacée, jamais écrit, mais souvent prononcé par lui lors des tonitruants débats de Mai: Ta gueule, crétin de stal! Daniel Cohn-Bendit, et la sensibilité libertaire qu’il représente encore, darde, sans complexe et avec la vivace fermeté du cabot assumé, tout communisme institutionnel (incluant naturellement le soviétique, celui des autres pays de l’est du temps, et de la Chine, et du Vietnam, et du PCF, et du PCI et etc…) en le condamnant et le stigmatisant d’une impitoyable monosyllabe: stal (pour stalinien). Incarnant et valorisant haut et fort ce gauchisme tant décrié par Lénine, Daniel Cohn-Bendit combat ouvertement et farouchement le communisme depuis sa toute prime jeunesse politique. (Et, si tu es contre nous, tu es contre la jeunesse, un vieux stal). On analyse classiquement (et un peu superficiellement) Dany le Rouge (en référence exclusive à la couleur… de ses cheveux), cette importante figure historique française, comme un vireur de veste opportuniste, suiviste et un peu incohérent (Dany le Rouge devenu Dany le rose pâle ou l’orange ou le Vert ou même le kaki, lors de son appui à la guerre en Bosnie, etc). Depuis son autre ouvrage symptomatique Nous l’avons tant aimée, la révolution (1992), il aurait changé son fusil d’épaule, retourné sa veste et, tel Jerry Rubin et tant d’autres de la génération des babyboomers, il renierait ses idéaux d’autrefois et se redéfinirait sur le tas et sur le tard. Cette analyse est inexacte en ce sens que ce n’est pas du tout à un changement d’opinion subjectif mais bien à un mouvement sociologique objectif qu’on assiste ici, en Dany et de par Dany. En toute systématicité, Daniel Cohn-Bendit a TOUJOURS combattu le communisme avec acharnement et a cru, dès l’époque de Mai, sans malice ni calcul alors, à la possibilité effective d’une mise en place d’un gauchisme non-communiste. La tourte s’est peut être faisandée dans l’assiette, mais elle ne s’est pas retournée… Cohn-Bendit a cheminé sur son rail en conformité avec ses axiomes de départ. Ce faisant, sa trajectoire politique s’est déployée, avec une implacable cohérence, comme la confirmation de l’analyse, faite jadis par Lénine, du sort socio-historique (et parlementaire) du gauchisme. Cohn-Bendit n’est, en fait, jamais sorti de l’hémicycle… Il y est resté cerné, s’y est hyperspécialisé, et y a circulé, rouage flottant vif et matois, comme un gros rat dans quelque vaste et labyrinthique cage. Mais, systématique toujours, dans son rejet des dispositif nationaleux frileux traditionnels, son hémicycle s’élève, lévite, flotte, se sanctifie. Ce n’est pas un parlement étroitement national mais le parlement européen, qu’il habite et hante comme le plus crédible des bi-patrides. Cohn-Bendit est donc, tout naturellement, toujours installé dans l’espace supérieur, avancé, progressiste, éclairé, qui est celui d’une saine cause à défendre, à vendre: l’Europe (Et, si tu es contre nous, tu es contre l’Europe, un euro-sceptique). Il est important, capital même, de ne surtout pas analyser Daniel Cohn-Bendit comme un renégat, un tourneur de veste, un vire capot, comme on dit au Québec. Ce serait lui imputer un éclectisme de vision qu’il n’a pas, occulter une sourde sincérité qu’il a, et minimiser son importance comme indicateur sociologique. Bille de Ouija historique, c’est en toute systématicité intellectuelle et sociale que Cohn-Bendit suit sa courbe évolutive, son arabesque déterminative, et roule tout doucement vers l’autre bord de l’hémicycle. Il vit, incarne et maximalise la logique d’évolution naturelle des gauchismes. À ce moment-ci de son parcours, Dany est désormais le centre-droite vendable. Sa trajectoire « libertaire » et anti-communiste se poursuit logiquement, comme mécaniquement. Les slogans, la faconde, la bonhomie de Mai continuent de se mettre en scène en lui, toujours sans risque révolutionnaire réel. Ses ardeurs de jadis l’animent toujours, pour la galerie mais aussi pour le coeur, et il continue de donner à ses toutes cryptiques questionculae de président de groupe euro-parlementaire, l’ampleur tonitruante des grandes causes. La différence d’avec l’époque de Mai, c’est que maintenant, il devient graduellement le BHL de l’euro-parlementarisme et, ce faisant, il se crispe plus souvent, s’énerve, panique, calcule, compose. Quand les régimes de l’est, déjà bien putréfiés en dedans, jetèrent bas leurs ultimes obligations socialistes et basculèrent bel et bien, eux, fleur au fusil, dans l’explicite des vireurs de vestes virulents, décryptocapitalisés, les chutes du mur, « révolution » de velours, «révolution» orange et autres fleurirent et Cohn-Bendit fit modestement sa part, devant le gros comédon «stal» de cette société dans la société que fut si longtemps le mouvement communiste français institutionnel… Maintenant, évidemment, le Dany actuel doit vivre avec cela et c’est moins facile et jubilatoire à porter qu’en un certain novembre 1989 (chute du mur de Berlin)…

Pendant ce temps, justement, se mettent graduellement en place les changements « générationnels » que Cohn-Bendit rend perceptibles et ce, à travers et par delà le brouillard des modes politiciennes et des scandales de salissages mesquins à l’américaine. Cohn-Bendit percole lumineusement, comme le durable phare sociologique qu’il est, fut et reste, depuis quarante ans. Le mouvement vert miroite et se reflète en lui. Les ententes écolo-capitalistes s’esquissent déjà solidement… Tant et tant qu’on pourrait en écrire un nouveau, de pamphlet lénino-cohn-benditien. Il s’intitulerait: La maladie dépressive de l’écologisme: le capitalisme. L’écologisme, c’est de plus en plus patent, n’est plus un monopole à gauche. Alors là, il s’en faut de beaucoup. Dany n’en est pas le champion pour rien… C’est désormais un mouvement adaptatif, à cause circonscrite. Il est solidement installé dans le tiraillement bien tempéré de la hautement compétitive dynamique de promotion cyclique, qui n’est rien d’autre que celle d’un type spécifique de publicité culpabilisatrice. L’écologisme, aujourd’hui mainstream jusqu’au trognon, fonde le fameux paradoxe des éoliennes qui veut que, désormais, le projet de société fondamental, crucial, cardinal consiste à aspirer à remplacer les fournaises au mazout surannées et salissantes de nos grosses cabanes de petits bourgeois par des fournaises alimentées par des éoliennes propres mais panoramiquement laides et susceptible de causer des malaises électrostatiques encore mal élucidés. La pulsion politique écolo est déjà bien fragilisée, fragmentée et poussive (s’il reste des « verts » anticapitalistes, pas de problème. Dany les déboulonnera en douce. Ta gueule, crétin d’anticapitaliste. Si tu es contre nous, tu es un démobilisateur, diviseur, ou mieux, encore plus simple, un minable…). Le mouvement écologiste est atteint d’une maladie dépressive qui le ronge et le dégauchise inexorablement: le capitalisme aux abois, en mal de pérennité et de recyclage (de soi). Qu’on soit fourgueur de la crasse des sables bitumineux ou de l’inquiétante houille blanche d’Éole, il va sans dire qu’on vend son jus en faisant son beurre et qu’on enrichit des groupes privés en baratinant les masses sur les vertus quasi-mystiques et bien auto-sanctifiantes d’une alternative énergétique ou d’une autre. L’axiome marchand ne bouge pas d’un pouce, sous la chambranlante charpente du derrick écolo. L’écologisme n’est pas un anticapitalisme. Ce n’est même pas un programme social effectif, malgré le lot clinquant de ses généralités autoproclamées et les divers grigris de ses affectations doctrinales sur le sociétal, l’immigration, l’impôt, etc… La dépression capitaliste pend donc inexorablement au cou du mouvement écologiste comme une meule fatale tirant ce dernier directement au fond du cloaque fétide. Puis, pour le coup, l’antifataliste et anticonformiste Dany ne se laissant pas bastonner comme ça sans réagir, et l’encrier des Danaïdes ne se vidant jamais vraiment, on pourrait y aller encore d’une quatrième brochure, promotionnelle et crypto-électorale celle là. Converse logique de la précédente, elle s’intitulerait: La nouvelle cocaïne du capitalisme: l’écologisme. C’est bel et bien que le capitalisme en faillite, qui ne cessera vraiment jamais de vouloir nous vendre ce que nous avons envie d’acheter et absolument rien d’autre, gagnera (peut-être…) momentanément une seconde vigueur artificielle, boostée, tétanisé, stimulée par l’écologisme. La nouvelle cocaïne du capitalisme: l’écologisme. C’est une brochure que la grande bourgeoisie industrielle lirait d’ailleurs avec attention. Elle la lit déjà fort scrupuleusement, en fait. Il faut bien dire qu’Obama et Cohn-Bendit ont en commun de savoir en quelles officines s’insinuer pour émerger et se nicher solidement au centre…

Entre Gavroche et Vaclav Havel, Daniel Cohn-Bendit, est un anti-communiste non-primaire, un pro-américain non-atlantiste, un crypto-libéral non-passéiste, que la droite s’amuse de plus en plus à taper sur les cuisse, comme on le ferait avec un solide copain un peu foufou du bon vieux temps, dans le bac à sable de toutes nos collusions. Il est, de facto, un compagnon de route fondamentalement néo-réac, doucement monté en graine et de moins en moins discret. Roublard, charmant, direct, novateur dans les formes communicatives sinon dans le fond programmatique, Dany, et ceux qu’il fait toujours un peu rêver, perpétuent, chantent et re-jouent la chute du mur de Berlin et les différentes « révolutions » oranges et de velours de notre temps. Sa tonitruante virulence anti-chinoise n’est rien d’autre que la version de son Ta gueule, crétin de stal! (Si tu es contre nous, c’est que tu lorgnes vers les immense Marchés chinois en négligeant l’Homme chinois) pour un siècle nouveau, en toute cohérence et systématicité, dans la tradition pure et directe du si superficiel, si auto-sanctifiant et si chaleureux gauchisme non-révolutionnaire de Mai.

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Paru aussi (en version légèrement remaniée) dans Les 7 du Québec

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16 Réponses to “La nouvelle cocaïne du capitalisme: l’écologisme”

  1. EDF soutient la fondation Hulot. En 2007, Hulot fait signer un pacte aux principaux présidentiables, incluant la taxe carbone. En 2009, la taxe carbone est votée et … EDF en est exempté. Est-ce une surprise?

  2. Slovar said

    Bonjour et merci de votre passage et commentaire sur Slovar les Nouvelles.

  3. Moa said

    L’expression gauche plurielle se réfère à la période 1997-2002, et à l’alliance ps/pc/vert/divers-gauche, au pouvoir en France à cette époque. Le MoDem a été fondé en 2007. La caricature montrant un drapeau du MoDem, elle ne peut donc dater du temps de la gauche plurielle. C’est juste un détail, mais autant le signaler.

    Me voila soulagé, je vais pouvoir lire l’article😉

    [Merci de cette correction. C’est hautement apprécié. Merci aussi à Fañch Ar Ruz pour son autorisation implicite à utiliser cette superbe caricature mise en ligne en août 2009 – Ysengrimus]

  4. PaulVirtuel said

    Vous parlez de phare, en voici un, qui me porte depuis un moment :

    C’est mon premier commentaire ici, je crois. Alors, juste en passant: vous lire est un ravissement.

    (PS: mon blog à moi appartient à une typologie très particulière: il n’intéresse, et n’a vocation à intéresser personne… il me permet de fixer mes errances et me permet de profiter d’un hébergement gratuit, c’est un peu du cloud computing bancal)

  5. said

    Il eut été intéressant d’avoir la date du numéro de l’Humanité dont est extrait le début d’article… ♣

  6. Bien vu.

  7. Arfinet said

    Bon article; Dany le Bouffon! Comment peut-on être rouge quand on est roux… on est forcément au milieu de la rivière et on coule parce qu’à cet endroit on a plus pied :))

  8. said

    Plein de bonnes choses à toi Ysengrimus et à tes proches, pour cette nouvelle année 2010. Perso, je me réjouis à l’avance de venir ici te lire régulièrement. ♣

    [Grand merci, cher ♣. Ce sera un plaisir de vous lire aussi – Ysengrimus]

  9. geache said

    (j’ai toujours été élu par une majorité de cons)

    Voir la vidéo sur YOU TUBE broadcast yourself.

    [Superbe en effet. Cynique, « réaliste » mais incroyablement pur et vrai – Ysengrimus]

  10. sylvain said

    Que des industriels se fassent du beurre avec la houille blanche d’éole d’accord, et c’est bien sûr que les capitalistes qui s’intéressent à l’écologie le font pour leurs poches. Mais le discours des écologistes s’accompagne souvent de propos sur la consommation et une réflexion sur sa mesure, avoir des réflexes d’économies, qu’il faut changer à la baisse quantitative notre mode de consommation, et qu’en plus en agissant ainsi on aurait peut-être pas besoin de souffrir autant au boulot. Je ne suis pas sûr que ce discours soit très pro-capitalisme, mais il est vrai qu’il n’est pas non plus très pro-létariat, du coup, les capitalistes ont peur de perdre leur poule aux œufs d’or et les communistes leurs travailleurs à la chaine.

  11. Coccinelle said

    Je suis écologiste et aussi anti-capitaliste. Je ne peux pas m’empêcher d’être d’accord avec vous mais en même temps je me questionne: l’écologisme mal placée n’est elle pas mieux que pas d’écologisme du tout? Vous me répondrez: çela dépend et c’est vrai! mais la conscience écologiste qui augmente chez le commun des mortels peut vraiment être nuisible? Peut-être que je fais seulement m’illusionner mais je refuse de croire que c’est seulement une mode qui passera.

    [Nuisible, non. Récupérable, si vous excusez le calembour – ysengrimus]

  12. ysengrimus said

    Tiens, tiens, voici qu’il faut casser du Mélanchon. Qui s’extirpe de sa serre pour le faire, Dany, naturellement. C’est tellement dans sa logique…

    http://www.lemonde.fr/election-presidentielle-2012/article/2012/04/09/m-cohn-bendit-la-vie-ce-n-est-pas-aussi-simple-qu-un-discours-de-melenchon_1682565_1471069.html

  13. Jimidi said

    Il n’y a pas loin, de Dany le rouge à Dany le rouage, en effet.

  14. Robert Bibeau said

    Bien des mots, trop de mots, pour faire le tour d’une marionnette –opportuniste– une girouette politique prêt à jouer DANY le fou et le saltimbanque pour avoir sa planque dans l’hémicycle de la bourgeoisie. Je n’ai pas le temps de développer ici le pourquoi et le comment de la non-participation léniniste aux élections bourgeoises.

    Paul je me serais attendu de ta part à plus de vigilance. Que le porno Dany l’écervelé confonde à dessein communiste et révisionniste et opportuniste et anarchiste et trotskyste, je tolère –cet homme m’indiffère – mais TOI tu es plus cultivé que ça, il me semble.

    J’avais posé une question dans un texte récent POURQUOI LES PSEUDOS GAUCHES DE MAI-68 ONT-ILS TOUS MAL TOURNÉS ? Parce qu’ils ressemblaient tous –CEUX EXPOSÉS SUR LES ÉCRANS TÉLÉS, COMME UN DÉNOMMÉ BUREAU-BLOUIN– à Dany le démagogue.

    Salut d’un vieux stalinien que ne fermera jamais sa gueule. Crétin de Cohn-BANDIT.

  15. Mura said

    Il a vécu. On se le refera jouer, comme un vieux disque… un vieux disque… un vieux disque…

    http://rue89.nouvelobs.com/2014/04/16/cohn-bendit-quitte-leuroparlement-meilleurs-coups-sang-251534

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