Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée

Publié par Ysengrimus le 1 décembre 2009

En misant sur nos paniques, infantiles ou dubitatives, nos tyrans du pèse-personne ne se conforment pas à la charte pour une image saine et diversifiée…

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La Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée, adoptée en 2009, dans une perspective intégralement «non cœrcitive» par le gouvernement du Québec et une poignée d’entreprises flagornoïdes, se formule, textuellement, comme suit:

Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée

L’image corporelle véhiculée dans l’espace public et médiatique a une influence sur l’image personnelle, sur l’estime de soi et, indirectement, sur la santé de la population. Nous reconnaissons que les idéaux de beauté basés sur la minceur extrême peuvent nuire à l’estime personnelle, particulièrement chez les filles et les femmes. Nous croyons que les comportements alimentaires et les pratiques de contrôle du poids sont influencés par des facteurs tant biologiques que psychologiques, familiaux et socioculturels. Nous préconisons l’engagement des partenaires de tous les milieux, gouvernementaux, associatifs et corporatifs pour, ensemble, contribuer à faire diminuer les pressions socioculturelles au bénéfice d’une société saine et égalitaire. Nous avons la conviction que les secteurs de la mode, de la publicité et des médias peuvent assumer un véritable leadership par leur vitalité et leur créativité afin d’exercer une influence positive sur le public. Nous désirons suivre le courant international du milieu de la mode dans ses initiatives de conscientisation sur les problèmes liés à la préoccupation excessive à l’égard du poids, à l’anorexie nerveuse et à la boulimie. Nous avons résolu, à l’instigation de la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, de participer collectivement à la rédaction de cette charte et de lancer un appel à l’action pour transmettre, dans notre collectivité, une image corporelle saine et diversifiée.

En conséquence, nous souscrivons à la vision d’une société au sein de laquelle la diversité des corps est valorisée et c’est pourquoi nous, personnes soussignées, dans le cadre de nos missions respectives, nous engageons à:

1. Promouvoir une diversité d’images corporelles comprenant des tailles, des proportions et des âges variés.

2. Encourager de saines habitudes autour de l’alimentation et de la régulation du poids corporel.

3. Dissuader les comportements excessifs de contrôle du poids ou de modification exagérée de l’apparence.

4. Refuser de souscrire à des idéaux esthétiques basés sur la minceur extrême.

5. Garder une attitude vigilante et diligente afin de minimiser les risques d’anorexie nerveuse, de boulimie et de préoccupation malsaine à l’égard du poids.

6. Agir à titre d’agents et d’agentes de changement afin de mettre de l’avant des pratiques et des images saines et réalistes du corps.

7. Faire connaître la Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée auprès de nos partenaires, de nos clientèles et de nos relations professionnelles tout en participant activement à l’adhésion à ses principes et à leur respect.

Commentaire critique d’Ysengrimus: Passable. J’ai effectivement signé. C’est timide mais honorablement méritoire et je suis plutôt pour. De toute façon, bon, une charte c’est un corps de recommandations générales qui “décolle” si (et seulement si) elles correspondent à des priorités sociales effectives. Or, ces priorités sont indubitablement dans l’air aussi, en ce moment, un peu partout dans le monde occidental. La mayonnaise pourrait donc bel et bien se solidifier adéquatement et prendre. On en parle, on en débat. On enrichit la réflexion critique, ici et là, dans les coins. Aussi, sans surestimer son impact, je crois que nos consciences seront plus stimulées sur la question avec une charte que sans… Et, maintenant qu’elle est écrite, sauf si on me prouve clef en main qu’elle déconne complètement, pourquoi s’en priver?

Évidemment les ci-devant «partenaires corporatifs» (les entreprises privées) qui s’y associent le font ici par pur opportunisme cynique. La colère des femmes face à cette lancinante tyrannie des apparences précède la Charte et l’engendre, pas le contraire. Que les entreprises qui prennent ce train en marche ne cherchent pas à nous faire croire ledit contraire a posteriori, en se lavant subitement plus blanc et en se donnant tout à coup comme dévouées corps et biens à l’élévation de la conscience esthético-diététique des masses… Leur «véritable leadership» n’est que pure fadaise. Leur implication, si tant est, n’est ici rien d’autre qu’un signe fétide, un symptôme purulent de plus du fait que ces commerçants insensibles sentent le vent tourner sur ces questions au sein de la société civile. Et… oh… il faut leur tenir la dragée haute. C’est qu’ils vont aussi ostensiblement ignorer la charte si cette dernière fait baisser leurs ventes de merdasses diverses pour maigrasses abstraites aux courbes asymptotiques. Mais bon, je trouve que l’un dans l’autre la ci-devant Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée c’est un peu comme le Guide alimentaire canadien. C’est là, c’est formulé, c’est désormais installé avec nous. On n’aura pas toujours le nez dedans mais au saura désormais qu’elle existe. Tant et tant que ceux et celles qui ignoreront cette discrète compagne de route éthique, ou la trahiront, seront bien redevables un jour ou l’autre devant leurs commettants, clients, chalands, ou victimes. On pourra leur dire qu’en misant sur nos paniques, infantiles ou dubitatives, nos tyrans du pèse-personne ne se conforment pas à la charte… On pourra ouvertement invoquer la nouvelle notion phare d’image corporelle saine et diversifiée. J’en parle d’ailleurs ici, et j’insiste sur cette modeste initiative parce que, franchement, je trouve que nos folliculaires ont chié copieux sur cette charte, notamment, et c’est parlant, dans les pages dites «féminines». Ils ne la citent pas explicitement et la criticaillent tataouineusement avec, ma foi, une mauvaise foi particulièrement revêche. J’en suis sorti avec le net sentiment que toute une industrie de l’angoisse et des peur des femmes (de concert avec les thuriféraires journaleux et journaleuses de ce totalitarisme consumériste) se sent directement menacée par l’émergence, même timide, d’une perspective critique sur ces questions d’esthétiques corporelles, bien moins superficielles qu’il n’y parait, au demeurant. C’est indubitablement une affaire ethnologique de la toute première importance. Une affaire à suivre attentivement. Le loup de garde Ysengrimus y verra.

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7 Réponses à “Charte québécoise pour une image corporelle saine et diversifiée”

  1. Tourlou a dit

    Charte pour la santé mentale?

    La promotion et le comité de cette charte est surtout centré sur les retombées économiques de la sacro sainte industrie de la mode, et elle vise principalement la femme, votre photo de deux mignonnes petites filles le reflète bien… Mais la plupart des facteurs à l’origine du trouble alimentaire ne sont-ils pas similaires chez les deux sexes?

    Le vrai défi doit cibler les problèmes souvent reliés à l’estime de soi, au besoin d’être accepté, à la difficulté à gérer ses émotions, et les problèmes familiaux. L’image corporelle c’est la représentation mentale que l’on a de son corps vis-à-vis l’image véhiculée et déformée dans le miroir des médias, du monde de la mode, c’est vrai. Mais ce sont aussi les images et activités mettant en jeu le corps, tels que piercing, tatouage, sports, arts, peinture, etc…

    Quand on a régulièrement l’impression d’être trop gros, laid, différent, les pensées négatives face à son corps porte souvent à nous comparer à ces ‘images’ trop souvent de provenance et de tendance internationales. L’insatisfaction croissante et indomptable de son corps malgré les commentaires positifs de l’entourage, ou d’une charte, et ce, malgré un poids jugé "normal", est un domaine plus complexe. Le gouvernement confirme qu’il nous faut bouffer l’éléphant une bouchée à la fois, et à la petite cuillère.

  2. Jullien a dit

    JE NE PEUX QUE VOUS SOUTENIR ET VOUS REJOINDRE POUR VOTRE ARTICLE, MALHEUREUSEMENT.

    UN SCANDALE AU SUS ET VU DE TOUT LE MONDE. MERCI D’EN PARLER.

    Didier Jullien

  3. Beatrice a dit

    There are aspects of Tourlou’s intervention with which I agree, but to say that men experience body consciousness as women do is patently false. Yes, there are men with eating disorders: 1 in 10 anorexics are male. Yes, there are men who obsess over their physical appearance, but it is irresponsible and dishonest and, indeed, dangerous to wipe away the very significant differences between the sexes in this regard. Men’s bodies are not objectified, men are not confronted daily to an unattainable standard of male beauty, it is not the insecurities of men that support a colossal weight-loss industry. Body dissatisfaction is gendered! There is inequality in the physical representation of the genders in our culture. I developped anorexia as a 9 year old girl. Canadian studies indicate that around 50% of 13 year old girls are dissatisfied with their weight. I strongly doubt that your average 13 year old boy cares much about the fit of his jeans or the size of his waist. The role of gender inequality cannot and must not be ignored.

    [Il y a certains des aspects de l'intervention de Tourlou avec lesquels je suis en accord. Mais dire que les hommes vivent une angoisse corporelle identique à celle des femmes est nettement une fausseté. Oui, certes, il y a des hommes vivant des désordres alimentaires. Un anorexique sur dix est de sexe masculin. Oui, certes, il y a des hommes qui font une fixation sur leur apparence physique. Mais il est irresponsable, malhonnête et, de fait, dangereux d'escamoter la cruciale différence entre les sexes, sur cette question. Le corps de l'homme n'est pas chosifié. Les hommes ne sont pas confrontés en permanence à quelque standard de beauté masculine. Ce n'est certainement pas l'insécurité des hommes qui fait vivre la colossale industrie de la minceur. L'insatisfaction corporelle est spécifique en sexage! Il y a une inégalité de la représentation physique des sexes dans notre culture. J'ai développé de l'anorexie quand j'étais une petite fille de neuf ans. Des études canadiennes révèlent qu'environ 50% des petites filles de treize ans ne sont pas contentes de leur poids. Je doute fortement que la moyenne des gamins de treize ans se soucie tant que cela de comment leur denim s'enfile ou des rondeurs de leurs formes. Le rôle des inégalités en sexage ne peut pas et ne doit pas être ignoré.]

  4. cdlarousse a dit

    Opportuniste, comme vous l’avez dit, pour les entreprises qui s’y associeront.

  5. Liza Peninon a dit

    Je vous ai trouvé via le blog de mon ami Didier Jullien chez qui vous avez laissé un commentaire. J’adhère totalement à votre article. J’ai 25 ans d’anorexie "derrière moi" et le combat continue. Je ne connais que trop les ravages de l’anorexie, je suvis mais je suis une rescapée… et je tente toujours de faire de la prévention en témoignant, j’ai écrit un livre dont j’ai mis de nombreux extraits sur un autre blog que je tiens à votre disposition si besoin est:

    http://le-cri-du-papillon.over-blog.com

    Cette Charte… disons que c’est déjà ça… Hélas en France on est loin d’en être là. Rien n’avance et ça me rend malade de voir l’ampleur des dégâts auprès des plus jeunes, mais aussi de femmes de tout âge. J’ai fait mes propres vidéos dont plusieurs sur mon blog Lizablues (adresse ci-dessus) et si jamais elles pouvaient vous être utiles du moment qu’y figure mon nom, je ne demande qu’à aller dans votre sens, celui du "bon sens" et de la Vie, tout simplement. Il y aurait beaucoup à dire. Mais je tiens à vous remercier pour votre article. Cordialement.
    Liza Peninon

  6. Michel Langlois a dit

    Très bonne initiative. J’espère que les autres provinces canadiennes suivront votre exemple.

  7. ysengrimus a dit

    Ce commentaire relatant un fait effarant, envoyé privément à Ysengrimus (reproduit ici avec autorisation de l’auteure, que je remercie de sa générosité):

    Cher Monsieur Laurendeau,

    Triste constat en effet… Une prise de conscience générale a cependant émergé. Le changement des mentalités sera long car le diktat de la minceur est ancré dans notre réalité depuis de nombreuses années. Pour ma part, j’ai grandi avec. Et confidence pour confidence, je n’ai pas du tout la taille mannequin. Je ne suis ni grosse, ni maigre mais voilà je ne corresponds pas aux critères de beauté que nous montrent les magazines. Et j’avoue avoir été très complexée plus jeune. Mais lorsque je me regarde dans un miroir, je vois aussi une jeune femme épanouie et heureuse. Une épouse, une mère, une amie… Je ne cesserai certainement jamais de prendre soin de mon corps et de mon apparence, c’est devenu comme une hygiène de vie. Et je n’éprouve aucune honte à cela car je n’en fais pas non plus une obsession. Le plus gros problème passe par l’acceptation de soi et non par celui que la société pose sur vous. Une femme qui se sent belle le transmettra inévitablement.

    Le plus effrayant est que ce diktat touche TOUTES les femmes et toutes les tranches d’âge. Ma propre maman s’est lancée dans une lutte acharné contre ses kilos. En quelques mois, elle a perdu 25 kilos! On lui avait alors prescrit cette nouvelle molécule: l’Acomplia. Les effets secondaires furent terribles: vomissements, vertiges, tremblements… Mais elle était si heureuse de se voir maigrir. Jusqu’au jour où cette cochonnerie fut interdite. Travaillant dans l’industrie pharmaceutique, elle a réussi à s’en procurer jusqu’en en avril 2009. Puis plus rien. Maman s’est suicidée en juillet 2009. Elle avait 53 ans.

    L’histoire s’est arrêtée là…

    Bien à vous,
    Clémentine

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