Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Faites-vous du journalisme citoyen de type TÉLEX?

Posted by Ysengrimus sur 1 janvier 2014

Bon, c’est déjà tendance de dire que le cyber-journalisme citoyen piétine. On cherche ostentatoirement des explications. On ne se gène pas pour le dénigrer dans le mouvement, ça fait toujours ça de pris. On suggère qu’il est trop de la marge et de la basse fosse. Qu’il fait dans la crispation systématique et la résistance par rejet en bloc. On lui reproche son sempiternel périphérisme. Personnellement, je pense que si le cyber-journalisme citoyen piétine et végète (ce qui reste encore en grande partie à prouver au demeurant), ce n’est pas à cause de son périphérisme, ou de sa marginalité, ou de sa résistite aiguë. Je crois plutôt que c’est le mimétisme qui, lentement, le tue.

Formulons la chose concrètement, sans apparat. Tout commentateur citoyen lit le journal du matin. C’est fatal. On s’informe à l’ancienne aussi. Nos coutumes ordinaires ne se déracinent pas comme ça. Y a pas de mal à ça, au demeurant. On parcoure les titres, on lisotte nos chroniques (honteusement) favorites. On se laisse instiller l’air du temps d’un œil, en faisant au mieux pour dominer la situation. On tressaute, comme tout le monde, au fait divers sociologiquement sensible du moment (il nous fait inévitablement tressauter, c’est justement pour ça qu’il est sociologiquement sensible). Alors, de fil en aiguille, entre la poire et le fromage, on accroche l’ordi portable et on commente à chaud. C’est si doux, si fluide, si facile. Comme on a du bagou et peu de complexes, première affaire que tu sais, un billet est né. Quelques clics supplémentaires et zag, le voici, sans transition, dans l’espace public. Se rend-on compte seulement de ce qui vient de nous arriver, en rapport avec le journal du matin? On vient tout simplement de lui servir la soupe en le glosant gentiment, en le répercutant, sans malice et sans percutant.

J’appelle cyber-journalisme de type TÉLEX l’action d’un repreneur de titres qui répercute la nouvelle du moment en croyant, souvent de bonne foi, l’enrober d’un halo critique. Ce susdit halo critique, bien souvent aussi, est une simple redite clopin-clopant des éditos conventionnels que notre journaliste de type TÉLEX n’a, au demeurant, pas lu. Les carnets de type TÉLEX existent depuis un bon moment (voir à ce sujet ma typologie des blogues de 2009) et certains d’entre eux sont de véritables exercices-miroirs de redite perfectionnée des médias conventionnels. Gardons notre agacement bien en bride, sur ceci. Plagiat parfois, la redite ne l’est pas toujours. Les Monsieur Jourdain de la redite sont légions. Que voulez-vous, on ne lit pas tous les éditos, fort heureusement d’ailleurs. On les redit bien souvent sans le savoir. Et le fait de s’y substituer, sans les lire, ne fait pas moins de soi la voix d’un temps… de la non-avant-garde d’un temps, s’entend.

La propension TÉLEX en cyber-journalisme citoyen rencontre d’ailleurs un allié aussi involontaire qu’inattendu: les lecteurs. Vous parlez du sujet que vous jugez vraiment crucial, sensible, important, vous collectez trente-deux visites. Vous bramez contre l’ancien premier ministre du Québec, prudemment retourné à la pratique du droit, Jean Charest (qui, au demeurant, ne mérite pas moins, là n’est pas la question), vous totalisez en un éclair sept cent cinquante sept visites, dans le même laps de temps. Ça prend de la force de caractère pour ne pas, à ce train là, subitement se spécialiser dans le battage à rallonge du tapis-patapouf. Give people what they want, cela reste une ritournelle qui se relaie encore et encore sur bien des petits airs. Automatiquement accessible, dans une dynamique d’auto-vérification d’impact instantanée, il est fort tentant, le chant des sirènes du cyber-audimat. Beaucoup y ont graduellement cédé, dans les huit dernières années (2006-2014). Et la forteresse cyber-citoyenne de lentement caler dans les sables actualistes rendus encore plus mouvants par ce bon vieux fond de commerce indécrottable de nos chers Bouvard & Pécuchet.

Je ne questionne pas les mérites intellectuels et critiques de la résistance tendue et palpable du polémiste cyber-journalistique. Il est sain, crucial même, de nier (au sens prosaïque et/ou au sens hégélien du terme) la validité du flux «informatif» journalier. C’est exactement au cœur de ce problème que mes observations actuelles se nichent. À partir de quel instant imperceptible cesse-t-on de critiquer le traitement ronron de l’actualité et se met-on à juste le relayer? À quel moment devient-on un pur et simple TÉLEX? Le fond de l’affaire, c’est que l’immense majorité des commentateurs citoyens n’est pas sur le terrain et c’est parfaitement normal. Tout le monde ne peut pas être en train de vivre à chaud le printemps arabe ou la lutte concertée et méthodique des carrés rouges québécois. Le journaliste citoyen n’est donc pas juste un reporter twittant l’action, il s’en faut de beaucoup. C’est aussi un commentateur, un analyste, un investigateur incisif des situations ordinaires. On notera d’ailleurs, pour complément à la réflexion, que les luttes, les rallyes, les fora, les printemps de toutes farines ne sont pas les seuls événements. Il est partout, l’événement. Il nous englobe et il nous enserre. Il nous tue, c’est bien pour ça qu’on en vit. Et le citoyen est parfaitement en droit universel de le décrire et de l’analyser, ici, maintenant, sans transition et sans complexe, dans ce qu’il a de grand comme dans ce qu’il a de petit. Il y a tellement énormément à dire. La force de dire est et demeure une manière d’agir, capitale, cruciale, précieuse. La légitimité fondamentale de ce fait n’est nullement en question. Ce qui est mis ici à la question, c’est le lancinant effet d’usure journalier, routinier. Le temps a passé et continue de passer sur la cyberculture. Les pièges imprévus de la redite chronique de la chronique vous guettent au tournant. Les échéances éditoriales vous tapent dans le bas du dos, que vous soyez suppôt folliculaire soldé ou simple observateur pianoteur de la vie citoyenne. Le premier éclat cyber-jubilatoire passé, ne se met-on pas alors à ressortir le vieux sac à malices journalistique, en moins roué, en moins argenté, et surtout en moins conscient, savant, avisé?

Retenez bien cette question et posez-là à votre écran d’ordi lors de votre prochaine lecture cyber-journalistique. Ceci est-il juste un TÉLEX, relayé de bonne foi par un gogo le pif étampé sur le flux, soudain intégralement pris pour acquis, du fil de presse? Que me dit-on de nouveau ici? Que m’apprend-on? Que subvertit-on en moi? Où est le vrai de vrai vrai, en ceci? Comment se reconfigure mon inévitable dosage d’idées reçues et de pensée novatrice dans cette lecture? Suis-je dans du battu comme beurre ou dans du simplement rebattu, ici, juste ici? Les impressions qu’on m’instille sur l’heure sont-elles des résurgences brunâtres hâtivement remises à la page ou des idées procédant d’une vision authentiquement socialement progressiste? Le fait est que, tous ceux qui on les doigts dansottant sur les boutons résultant du progrès ne sont pas nécessairement des agents de progrès… Il s’en faut de beaucoup.

La voici ici, justement (puisqu’on en cause, hein), mon idée force. Je vous la glose en point d’orgue et, pour le coup, n’hésitez pas à ne pas l’épargner. Mirez la sans mansuétude et demandez-vous si je la relaie, ouvertement ou insidieusement, du journal du matin (ce qui est la fonction essentielle d’un TÉLEX, gros être machinal, déjà bien vieillot et qui ne se pose pas de questions). Le cyber-journalisme citoyen ne piétine pas quand il résiste et se bat. Le cyber-journalisme citoyen se met à piétiner quand, entrant imperceptiblement en mimétisme, il se met à relayer ce qu’il aspirait initialement à ouvertement contredire, nommément la ligne «informative» des grandes agences de presse qui, du haut de leurs ressources perfectionnées et de leurs pharaoniques moyens, continuent d’ouvertement servir leurs maîtres. Le problème central, existentiel (n’ayont pas peur des mots), du cyber-journalisme citoyen n’est pas qu’on le marginalise (par acquis technique, rien sur l’internet ne se marginalise vraiment), c’est qu’on le récupère, en le remettant, tout doucement, dans le ton-télex du temps…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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20 Réponses vers “Faites-vous du journalisme citoyen de type TÉLEX?”

  1. Tourelou said

    Et que cherche-t-on? Mensonge ou vérité? Tout écrivain devrait répondre. Qu’importe l’outil utilisé, les mots nourrissent l’esprit.

  2. Catoito said

    Très juste analyse. Bonne année, Ysengrimus.

  3. Gudule said

    Un exemple hurlant de ce qu’Ysengrimus explique. Un petit fier-pet écrit, sur une plate-forme de journalisme citoyen:

    « Je suis heureux de vous informer que l’article du même nom [sur l’humoriste Dieudonné et sa quenelle] – mais de contenu modifié – que j’ai publié sur Agoravox y a été le bestseller hier et a recueilli plus de 100 commentaires ainsi que 74 %, d’approbation. »

    Donc la voici la clé de succès, sur le voxpop Agora Vox et sur des plate-formes citoyennes analogues. Aller exprimer servilement de l’admiration pour Dieudo le fascho et bien insister sur ses convictions dans les discussion. Notre petit fier-pet devrait remercier Dieudo, lui-même, en fait. Il est porteur. Il tire ses groupies vers le haut du marigot… la partie la moins profonde (dans tous le sens du terme) et la plus polluée.

    L’trip «tout pour s’faire cliquer», avec ça, comme le dit le billet ici, on finit par payer en se remettant tout doucement au service des causes douteuses.

    [Excellent exemple, Gudule. Vous avez tout à fait raison de le reprendre ici. Il est absolument crucial de préférer l’expression vive à l’audimat ronflant, chiffré et monocorde. S’il y a une leçon que Dieudonné, ce raciste explicite et fétide, nous donne quand même un peu, c’est bien encore celle-là. Il la donne de plus en plus a contrario d’ailleurs, mais bon, je vais pas m’étendre sur ce lit de provoque, c’est pas mon affaire… (moi Dieudo, un peu, pas trop). – Ysengrimus]

  4. Denis LeHire said

    Fait-il donc se censurer. Éviter certains sujets?

    [Pas se censurer: se discipliner. Pas éviter des sujets: documenter nos sujets. Les seuls sujets qu’il faut (temporairement) éviter, Denis, sont ceux qu’on ne peut pas renouveler par un savoir critique. Nous sommes ici pour subvertir, pas pour nous faire remorquer en cherchant à nous faire remarquer. Il est donc préférable d’avoir quelque chose d’incisif à dire sur un sujet, avant de le traiter. C’est ce qui est promu ici. Et, oui, oui, tant pis si le suivisme actualiste ET l’audimat en souffrent un peu… On fait du journalisme citoyen, pas du journalisme populaire. – Ysengrimus]

  5. Sophie Sulphure said

    Ce texte et ces commentaires sont tellement importants. C’est ça le bobo, c’est exactement ça. Merci de me le faire comprendre si clairement.

    • Piko said

      Je suis d’accord. Cessons de suivre comme des moutons. Un cyber-mouton c’est encore un mouton. Disons ce qu’il faut dire, pas ce qu’ils veulent qu’on dise.

  6. Fridolin said

    Victime de son succès, le Huffington Post est devenu un journal straight comme les autres. Un vendeur d’intox de plus, qu’est-ce que tu veux que ça crisse dans nos vies?

    [Excellent exemple. – Ysengrimus]

    • Serge Morin said

      Et Rue89 qui se fait manger tout rond par le Nouvel Observateur. « Succès » pour ses fondateurs-investisseurs-crosseurs. Perte pour nous, perte pour l’info alternative, perte pour le libre journalisme…

      [Je seconde – Ysengrimus]

  7. Miranda Delalavande said

    L’image du « télex » est excellente. On fait suivre de l’info niaiseusement, comme des robots au gros égo ou des tweets (dans les deux sens du mot), pour se faire lire. Le télex était finalement plus honnête. Il se contentait d’envoyer l’info quelque part, comme un téléphone ou le radio… Il diffusait l’info mécaniquement. Nous autre, on la pique pour se faire voir…

    • PanoPanoramique said

      C’est quoi le problème, si l’info est intéressante?

      [C’est quoi l’intérêt de la répercuter/dédoubler, si l’info est déjà diffusée. Tout l’internet est accessible. C’est pas comme dans le temps du télex justement qui, lui au moins, compensait les limitations effectives des journaux régionaux/nationaux. – Ysengrimus]

  8. Demian West said

    Je reste persuadé que le journalisme citoyen sera sauvé par le méta-journalisme-citoyen, comme nous pouvons en lire dans cet article, et le style et le vocabulaire sont en plus si variés et riches que c’est un sermon comme un neuf Bossuet. Ca ne peut jamais faire de mal et j’en reprendrai bien, je ferai diète demain…

    Bonne Année Ysengrimus de la part du rusé Demian de la fable… 😀

    [Pareillement, mon prince, pareillement. Longévité et prospérité. – Ysengrimus]

  9. PanoPanoramique said

    On fait des concessions tactique et on devient Huffington-Monde ou on reste inflexible et on reste Ysengrimus dans son petit coin?

    [Je ne transigerai pas. Qui m’aime me suive et que la multitude progresse ou aille se faire voir dans la cyber-foire. – Ysengrimus]

  10. Je fais ici un tout petit peu de télex… Mais c’est pour dire et appuyer qu’à mon goût ce billet tire dans le mille et fait réfléchir sur le sens du dialogue, la responsabilité de la prise de parole si humble soit-elle dans le plus confidentiel des médias. À lui seul, mais il y en a certes bien d’autres, ce texte donne raison à Dominique Garand (et aut.) qui cite votre blogue en exemple dans Un Québec polémique, Éthique de la discussion (Hurtubise), entendu aujourd’hui, 4 février, à l’émission littéraire de Radio-Canada Plus on est de fous, plus on lit. Bravo!

    [Merci. L’entrevue avec Monsieur Garand est fort intéressante. Il est effectivement crucial de commencer à sérieusement réfléchir à ces questions. – Ysengrimus]

  11. Ysengrimus said

    On exemplifie ici ce cher buzz d’AgoraVox… Notons ou rappelons, en toute déférence, qu’un relai télex sur un sujet actualiste porteur attire du traffic, quel qu’en soit l’auteur… Voir, donc, le second commentaire de ce cyber-télex:

    LE DRAME DE L’ÉCRASEMENT DU BOEING 777 DE MALAYSIA AIRLINES

    Et, bon, la fonction d’Agoravox sera la fonction d’AgoraVox. Tant que la soif d’audimat ne prend pas le dessus sur la priorité critique, tout est bon… le cas échéant…

  12. Sismondi said

    Donc, Ysengrimus, t’es pas trop chaud pour la promotion du copier-coller?

    [Pour tout dire: non. – Ysengrimus]

  13. Sam said

    Quoi en dire sauf que le monde a vachement changé du lancement d’internet à aujourd’hui! Si hier les lecteurs de journaux papiers étaient bien plus nombreux à posséder une certaine rigueur et un respect dans le choix de ce qu’ils lisent et dans la recherche de qualité, d’objectivité et de rigueur journalistique ou simplement en termes d’affinités idéologiques un peu plus consistantes que ce qu’on retrouve aujourd’hui… eh bien lors du lancement des blogs internet, on s’est tous rués sur les blogs en premier, on voulait tous découvrir et interagir cette fois avec une approche plus personnelle et plus libre des opinions, de l’interprétation de l’actualité et ce, sur tous les sujets possibles et imaginables… ce qui a fait que nous avons tous déchanté assez vite lorsque nous nous sommes rendu compte que les blogs deviennent au final des espèces de sanctuaires de la pensée unique ou presque… sauf quelques exceptions, et que ce sont les blogs littéraires et intellectuels un peu plus rigoureux qui ont survécu à tout ceci… naturellement ils étaient les seuls à pouvoir survivre… mais en même temps, nous voyons venir une autre vague à laquelle nous n’étions pas préparé, celle d’une presse électronique soit reliée à des journaux papiers, ou alors exclusivement électronique. Celle-ci, je vous dirais, fait des ravages dans les pays arabes surtout et se compte par centaines dans chaque pays, en se spécialisant dans les faits divers, reprenant aussi le concept de tabloïd, exploitant les niches du tabou social, ou alors diffusant la propagande des pouvoirs politiques et cachant une autre réalité celle des règlements de comptes entre politiciens ou commerçants et exploitant du sensationnalisme à outrance! Aujourd’hui, cette presse est taillée sur mesure pour ceux qui ne lisent pas, ne pensent pas et se contentent de titres souvent racoleurs ou propagandistes… Une telle presse n’a d’ailleurs pas vraiment d’équivalent en occident en terme de quantité et de présence!

    Le journalisme est un métier noble certes, et on a cru que ce serait aussi le quatrième pouvoir, comme on nous a suggéré il y a de ça belle lurette… et si nos rapports au journalisme en tant que citoyens ont de longtemps été un mélange d’amour et de haine, de confiance ou de méfiance, on se laissait à rêver d’un journaliste parfait, un journalisme professionnel, un journalisme qui va droit au but et qui informe sans parti pris… alors qu’en fait, et en réalité, la neutralité ne nous a jamais intéressée et l’objectivité non plus, et c’est là que se situe la crise et le nœud auxquels font face les journalistes professionnels… dans ce domaine, si vous voulez vendre ou avoir une base de lecteurs qui explosent et battent tous les autres, vous devez faire preuve de populisme, de parti pris et de partialité… d’ailleurs si je devais vous donner des exemples des seuls journalistes qui ont cartonné dans un bled comme le mien vous n’en reviendriez pas. Le plus célèbre d’entre eux et le plus prospère n’a jamais eu de formation de journaliste, ou terminé ses études de premier cycle universitaire. C’est un type qui présente bien qui a commencé sa vie comme jeune désœuvré et miséreux qui a rejoint l’Espagne sur une pateras de fortune, a travaillé dans les champs et écrivait le soir son calvaire et sa mauvaise fortune sur un journal. Il finira par prendre pour épouse une espagnole, et faire demi-tour au bled en se trouvant un job de chroniqueur du dimanche sur un journal à gros tirage dans une rubrique de chronique matinale hebdomadaire sous le titre «Café du matin»… dans lequel ils lâche toute sa verve contre le système, et contre la misère… chronique qui devint quotidienne et hyper lue par le peuple… et en même temps, il se dégote un autre job de chroniqueur pseudo littéraire dans une émission radio où il raconte dans une voix douce et mielleuse des histoires à l’eau de rose et des déboires des exilés sans papiers… Et lorsqu’on découvrira que les lecteurs du quotidien à fort tirage en question ont plus que quadruplé à cause de lui… tenez-vous bien… le bonhomme se transforme en capitaliste hyper-efficace et au fait des tracs administratifs et financiers et il fonde son quotidien. Et il ne se contente pas de cela, il révolutionne la distribution de son quotidien et le fait atteindre les trous perdu du bled en boycottant la principale société de distribution de presse qui distribue des milliers de titres, et fonde la sienne en utilisant une compagnie d’autocars et de transport de voyageurs en plus qui se charge elle de convoyer ses journaux, avant d’être distribués par des correspondants sur place… Bref, il révolutionne la logistique de distribution, et en seulement deux ans, il est attesté comme le plus grand quotidien du pays à très gros tirage, laissant les pionniers du métier bien derrière et la presse partisane hier majoritaire à la traine et en déroute…. Le type finira par devenir un gros PDG en moins de deux ans, employant des centaines de journalistes, et exploitant le filon du populisme et de ce que la populace révoltée veut lire. Il excelle particulièrement dans les scandales des politiciens et expose leur vie privée, leurs déboires et leurs possessions, surtout et avoirs ou acquisitions… au point de devenir l’ennemi du système et se faire d’abord agresser plusieurs fois par des inconnus avant d’être coffré un an pour une multitude de plaintes contre lui et par vengeance des services qui cherchent à l’éduquer… un an plus tard, il en ressort victorieux et sera accueilli à la porte de la grande prison comme un héros… avant de se faire conduire par son chauffeur dans sa voiture de luxe à sa villa… Et il aura en tout cas montré la voie à une ribambelle de pseudo-journalistes pour faire fortune dans le secteur qui l’imiteront jusqu’à la nausée… bien entendu, à sa sortie de prison, il avait parfaitement normalisé avec le pouvoir, et changé le ton et le contenu de fond en comble, mais le peuple écervelé de fanatiques qui le suivent ne le lâchent pas pour autant… il finira par fonder une chaine de télévision et pour lui garantir un semblant d’indépendance (plutôt pour une histoire de fisc et de facilités), il la fera en Espagne pour le public du bled…. et depuis… le mec, continue de cultiver une fausse image de modeste fils de peuple qui s’habille en jeans et en casquette…. mi-conservateur, mi-ouvert d’esprit… alors qu’il roule sur l’or et continue de diversifier la distribution en rejoignant Youtube, Facebook, Twitter et le reste… après avoir créer son site électronique aussi… Et il continue de vendre son journal papier comme des petits pains à près de 300.000 exemplaires par jour! Qu’y a t-il la-dedans, en fait? Rien d’autre qu’une manière originale de critiquer le pouvoir, en fait la critique est virulente mais elle est orientée cette fois et épargne les gros bonnets et les méchants qui ont du pouvoir, mais là encore, il arrive à entuber son lectorat de semi-analphabètes et il arrive à se maintenir en tête!

    On nous dit aujourd’hui que Elon Musk a acheté Twitter pour 44 milliards de dollars… et ceci donne une idée sur l’ampleur du phénomène du faux journalisme, cette fois perso et bien encadré… du grand n’importe quoi… Qu’est ce que Twitter en fin de compte, vous ou moi serions d’accord pour dire que ce n’est rien d’autre qu’une plateforme pour spéculer, se moquer, convoyer et rapetisser l’information de toute nature… et entre deux tweets sur un sujet sérieux, on trouvera bien un autre avec les grosses fesses d’une star des réseaux sociaux… et tout ceci fait que c’est le genre de communication qui est dans l’air du temps… aujourd’hui, on veut consommer de l’information, comme on consomme des chips, des bières, des shooters, des clips de musique, ou du rap… etc. C’est d’ailleurs là une sorte de «rap» de l’info et rien d’autre… avec toutes les subtilités, les incohérences et tous les défauts que l’on connaît du rap et de ce mode d’expression «révolutionnaire» qui brasse des millions lui aussi… et sur lequel vous ou moi ne cultiveront jamais l’idée de raccourcir le propos à ce point et de se croire malin ou profond ou chais pas moi …. 🙂

    Que reste t-il des blogs aujourd’hui… pas grand chose je dirais… sauf un agglutinement comme on peut voir dans les réseaux de l’extrême droite et l’extrême gauche autour de quelques «îlots de propagande»… pour esprits secs et radicaux… et quelques irréductibles story tellers … qui pour l’instant ont la cote et qui parfois au lieu de blogueurs, vont jusqu’à devenir des fake journalistes et des «analystes» sur Youtube qui prennent la pose, s’habillent en harmonie avec les sujets qu’ils exploitent, et se destinent au même public de décérébrés et autres boutefeux…. tout en gagnant de l’argent aussi!

    Que reste-t-il de notre monde en fait, sauf une large escroquerie commerciale menée cette fois par des millions de particuliers et des entrepreneurs qui n’ont pas peur de mentir ou tromper ou induire en erreur et exploiter leur «public» de mille et une façons… et que le journalisme classique peut aller se rhabiller ou fermer et descendre le rideau…. tellement il n’a plus rien à raconter ou ne trouve à raconter que ce qui se passe sur le plan officiel et qui n’attire pas grand monde, ni qu’on comprenne sa signification ou ses conséquences pourtant centrales!

    J’ai adoré le défunt blog francophone d’un autre ressortissant de mon bled, un avocat qui vit en Suède, et je crois que je vous l’ai déjà dit… un juriste qui parle cinq ou six langues et qui vous décortiquait l’actualité, les lois passées ou les phénomènes sociaux ou politiques via une analyse strictement juridique et satirique aussi… et savante. Il se prénommait Ibn Kafka obiter dicta (le fils de Kafka) avec une solide base socialiste et anti-impérialiste et qui vous servait les plus savoureuses moqueries tout en propos juridiques de nos politiciens du bled… et j’ai adoré le vôtre aussi depuis que je commençais à perdre espoir de trouver dans ce monde encore des esprits sensés et raisonnables ou rationnels… et heureusement que je vous ai trouvé sacré Ysengrimus!

    Ceci dit, pour tout dire, je me méfie de ce concept de «journaliste citoyen», et je me demande jusqu’à quel point on peut valider ce concept et le nommer ainsi journalisme citoyen ou le créditer de la sorte… puisque et pour la simple raison que face à la polarisation extrême de l’opinion qui, elle, a marqué l’évolution chaotique du monde, et celle qui est postérieure à la publication de ce billet de votre part, disons que depuis les printemps arabes et dans le monde entier, il s’est passé quelque chose de fondamentalement différent, on a basculé dans la polarisation malgré nous, et nous devions donc nous ranger d’un côté ou dans l’autre… et de devoir «magasiner» l’information dans plusieurs sources, comme des cueilleurs de champignons ou de cèpes dans la forêt… puisque la mondialisation, la complexité, et le chaos du monde nous y contraindra tous sans exception… et au point de nous retrouver depuis, dans une espèce de champs de ruines, ou alors dans un monde bourré de pièges et de fausses infos qui circulent, en plus des tendances nouvelles qui sont apparues comme le «complotisme» à outrance, ce dernier n’émanant plus que de «marginaux» ou de parfaits inconnus… mais émanant parfois de gens connus, de personnalités publiques, et recevant l’appuis et la bénédiction de médias connus, de radios, de journaux et autres sources d’info bien établies… et depuis aussi, que la Russie de Poutine décidera elle aussi d’y mettre son grain de sel et vouloir opposer aux médias mainstream occidentaux, et à travers un plan diabolique et une offensive médiatique bien étudiée… une lecture contraire à celle qui soit dominante de l’actualité tout en confortant les outsiders et les mécontents et autres radicaux et complotistes… et en veillant a caresser tout ce beau monde dans le sens du poil, et les transformer en ce qu’on connaît aujourd’hui comme étant «le front commun de résistance à l’hégémonie occidentale»… une sorte de melting pot de tous les mécontents, des plus respectables et respectueux, aux plus sauvages et analphabètes!

    Ce concept de journaliste citoyen a donc fini par disparaître presque et se diluer dans le tas… et ne devenir au fond qu’un fragment parmi d’autres qui concerne des micro-circuits ou micro bulles de l’information et de l’opinion partagées, elles, entre initiés et dans des cliques bien connues sur internet et twitter … et isolées des autres… pendant que face à ces bulles citoyennes, la vague complotiste et n’importequoitiste, elle, prenait du volume et de l’ampleur, année après année, ne cessant de s’organiser, de grossir, de «recruter» aussi… puisant son carburant autant dans les faits véridiques de l’actualité ou de l’histoire que dans l’intox et les pires révisionnismes et radicalismes de type extrême droite!

    Par exemple et que pour vous puissiez saisir ce que je tente d’expliquer ici… sur Twitter, et en ce qui me concerne, je ne fais confiance qu’à certains groupes ou certains individus qui sont capables de fédérer autour d’eux d’autres twitteurs connus pour leur fiabilité, leur objectivité et leur esprit critique, souvent en étant des journalistes de talent aussi ou des associatifs ou des militants de causes réelles… et que je suis sûr de trouver sur la page twitter de untel ou un autre… comme par exemple l’ex blogueur du bled qui est juriste… et qui est resté très actif sur twitter, mais cette fois non pas pour analyser quoi que ce soit, mais pour la qualité des intervenants et des nouvelles sur sa page ou celles et ceux qu’ils choisi de rajouter lui-même… et qui couvrent autant l’actualité du Proche et Moyen-Orient, que des débats qui déchirent la Suède ou l’Allemagne, la France ou la Belgique, et souvent postés bruts dans toutes ces langues (que lui maîtrise) et reçoit des échanges de la part d’autres dans ces mêmes langues etc… mais sans jamais que moi-même ne décide de devenir actif dans tout ceci, car je n’en ai ni le temps ni l’envie, mais que je consulte une fois de temps a autre car je sais que j’y trouverai une sélection de nouvelles quotidiennes qui vont de l’analyse la plus pointue (en liens) sur tel ou tel sujet de l’actualité, que la dernière moquerie contre BHL, ou une autre contre Marine Le Pen, ou contre un ministre marocain parvenu, ou la dernière décision de nos gouvernements de clowns au Maroc…. sans oublier de commenter le résultat du dernier match entre l’Ajax d’Amsterdam contre Chelsea…. ou commenter la dernière déclaration tonitruante d’un leader d’extrême droite en Europe, et plein de petits trucs savoureux qui vous remettent d’aplomb et vous permettent de croire que vous êtes encore sur la «bonne voie» et que vous n’avez pas encore perdu les pédales et la raison! 🙂 … et ce n’était la qu’un exemple parmi d’autres… il y a aussi sur LinkedIn le réseau professionnel, un flot de nouvelles qui, lui, concerne le monde des entreprises, de la technologie, des nouvelle économiques qui peuvent m’intéresser, et donc le fait de cliquer sur «suivre» pour telle ou telle entreprise, personalité, source d’info etc… me permet de recevoir sur twitter un flux continu de nouvelles et de m’informer «modestement» tout de même de ce qui se passe du côté économique… globalement et de manière assez généraliste certes… mais ne pas mourir idiot comme on dit!

    Car aujourd’hui justement, c’est le flux d’info tellement nombreuses et diversifiées qui a forcé les gens aussi, il faut l’admettre, àadopter ce genre de modes «télex» comme twitter et les réseaux sociaux… et qui permettent aux gens qui n’ont pas le temps de toute façon de rester informés d’interagir avec l’info de loin, et sans jamais y participer ou avoir le temps ou l’envie de le faire!

    Enfin, sur les blogs qui subsistent aujourd’hui… il est et sera toujours difficile de trouver une couverture assez étendue de l’actualité et de tous les sujets qui nous intéressent, les blogs étant devenu des sortes de cantines ou l’on va se restaurer et parfois se faire plaisir… et d’ailleurs ils n’ont jamais été rien d’autre que cela.. et ne peuvent prétendre a plus… même lorsque hier en plein boom des blogs, il y en eut quelques uns détenus par de parfaits inconnus pouvant attirer jusqu’à des milliers de visiteurs par jour et avoir un succès retentissant sur la toile… ce sont encore ceux qui se préoccupaient de politique le plus souvent qui y arrivaient… au point que certains l’ayant parfaitement compris ont fini par lancer des journaux électroniques avec des millions de visiteurs par jour, devenant des «incontournables» lieux de l’actualité qui ciblent un public donné (arabophone par exemple)… et tente tous les jours de les garder attaché à la formule … et jusqu’à faire de leurs formules des cas d’école dans ce créneau… Et d’ailleurs ce sont devenu des entreprises prospères eux aussi, qui emploient des «journalistes», et reçoivent des sommes importantes en revenu publicitaires non seulement dans les marchés locaux pour des produits locaux pour leur public dans un pays donné…. mais aussi des recettes publicitaires de Google, Adsens et autres… lorsque leur public se trouve dans d’autres pays… en affichant la pub pour d’autres produits dans le pays ou le site est consulté…

    Morale de l’histoire… il faut savoir sacrément naviguer et nager aujourd’hui pour pouvoir vous en sortir et ne pas sombrer et couler! Et pour des exilés comme moi, la chose devient encore plus complexe et enrichissante certes, mais chaotique tout autant et qui aurait de quoi vous donner le cancer si vous vous y attardez trop la dessus!

    Merci pour le billet!

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