Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Lettre ouverte à la Gouverneure Générale du Canada

Posted by Ysengrimus sur 26 mai 2008

tous des noirs

Madame la très honorable Michaëlle Jean, C.C., C.M.M., C.O.M., C.D. Gouverneure Générale du Canada

Excellence,

J’aimerais vous dire haut et fort que j’ai été très profondément heurté, indigné et commotionné par les propos injurieux et inacceptables tenus à votre endroit par Monsieur Victor Lévy Beaulieu en mai 2008, et j’aimerais partager avec vous et les lecteurs et lectrices de mon carnet la réplique que je leur donne. Elle vous est respectueusement adressée.

Voici qu’on veut faire allusion au colonialisme et à l’esclavage? Très bien. À la fin du film SPARTACUS de Stanley Kubrick (1960), quand le plus grand soulèvement d’esclaves de tout l’Empire Romain vient d’être brutalement écrasé, un centurion crie dans la vallée ou agonisent des milliers de gladiateurs révoltés en demandant autoritairement: LEQUEL D’ENTRE VOUS EST SPARTACUS? Tous les esclaves encore valides se lèvent l’un après l’autre, lentement, dignement, sereinement et répondent à pleins poumons, un par un, comme en un écho infini: JE SUIS SPARTACUS!

Voici qu’on veut conjecturer sur les origines étrangères et nationalités multiples des uns et des autres? Tout bon. Pendant les événements de Mai 68, dont nous évoquons ces temps-ci le quarantième anniversaire, un notable français du temps alla dire, pour légitimer l’extradition vétillarde, abrupte et arbitraire de Daniel Cohn-Bendit, l’énormité suivante (citation libre): «Les troubles étudiants sont le fait de petits groupes dont un des meneurs est le juif allemand Cohn-Bendit». Les protestataires étudiants se levèrent alors tous d’un bloc à Paris et produisirent collectivement un des plus puissants de tous les slogans de Mai: NOUS SOMMES TOUS DES JUIFS ALLEMANDS!

Dans cette double ligne d’inspiration et avec la plus ferme et la plus profonde des solidarités humaines envers vous, comme figure institutionnelle, comme compatriote et, par dessus tout, comme personne, voici donc ma réponse. Je la formule au nom de tous les canadiens et de toutes les canadiennes qui pensent comme moi. Le plus grand nombre possible j’espère.

MADAME JEAN, JE SUIS UN NÈGRE, NOUS SOMMES TOUS DES NÈGRES, ET VOUS ÊTES NOTRE REINE.

Paul Laurendeau

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Sur notre «civilisation» québécoise…

Posted by Ysengrimus sur 2 mai 2008

ChateauFrontenac

Le Château Frontenac, construit en 1897 par un architecte américain et qu’on prend pour un château français…

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Une civilisation fondée sur son patrimoine agricole, ruraliste et cléricaliste, ghettoisée dans un dispositif socio-économique et colonial où l’agriculture n’a jamais été un secteur économique porteur, engendre inévitablement le type de sentiment mi-misérabiliste mi-triomphaliste qui semble l’affectation la plus inévitable de nos compatriotes. Avec nos pommes de terres et violonistes irlandais, nos giques écossaises, notre parlementarisme et notre cheddar anglais, nous prouvons que la civilisation française n’est en rien une humeur transcendante, et peut se contenter de devenir la lie d’une culture de résistance plus apte à dériver vers le populisme que vers le socialisme, au moment de sa phase d’urbanisation. La France sans république, l’Angleterre sans marine, le presbytère sans bibliothèque, la plaine à fourrage recouverte de neige.

Oh, on essaie bien d’avoir nos villes bien à nous, notre folklore urbain. Voyez la ville de Québec. Voyez son Château Frontenac, construit en 1897 par un architecte américain, dans un style qui foisonna sur toute l’Amérique du Nord à l’époque, mais qu’on prend envers et contre tous pour un château français. Et admirez ses remparts, qu’on prend pour des remparts français aussi mais qui furent érigés par les Britanniques en 1775, par peur de la Révolution Américaine (le vieux mur français fut détruit après la Conquête – il n’en reste rien). Et visitez le restaurant LES ANCIENS CANADIENS, qui sert une nourriture chic gorgée de faux folklore mais qui a la pure beauté simple d’être situé dans une des dernières vraies maisons datant du Régime Français encore debout (le reste des si belles maisons du vieux Québec est britannique – eh oui). D’ailleurs, pendant tout le 19ième siècle, Québec était une ville de garnison à majorité anglophone (vous avez bien lu). C’est seulement vers 1870 que les canadiens-français descendant des campagnes inversèrent le rapport démographique de cette ville portuaire, ville ouverte où, on l’a vu encore lors des cérémonies de son ci-devant 400ième anniversaire, l’armée d’occupation peut parader quand bon lui semble. Pas à dire, on revient de loin… Enfin bref, la ville de Québec est bel et bien un de nos traits civilisationnels forts, parce que c’est l’un dans l’autre un espace réapproprié, reconquis, le témoignage de la survivance qui s’enrichit de son héritage lancinant, parfois peu avouable à ses fantasmes présents, même en les déformant un peu des fois… ça aussi, c’est le mythe et la force du mythe dont se sustente une «civilisation»…

On cite bien, comme trait «civilisationnel», notre très grande sagesse antireligieuse contemporaine, vraie et effective au demeurant. Il faudrait pourtant se donner les moyens d’observer de quoi elle sort… Le clergé fut, surtout de 1840 à 1960, le relai servile de l’occupant anglais. L’athéisme militant québécois, pour reprendre certaines formulation en vogue, est aussi une sorte de matérialisme philosophique au ras des mottes, en ce sens qu’il plonge ses racine dans un anticléricalisme dont la cuisante virulence échappe à maint citoyens de pays souverains. Le cléricalisme compradore québécois a cherché à perpétuer l’idée mensongère qu’il était «gardien» d’une foi foutue et d’une langue qui, elle, a survécu. Ce qui fit ce qui fut, c’est simplement l’explosion démographique due à des conditions socio-économiques similaires à celles du tiers monde et à la circonscription, par l’occupant, des québécois sur un territoire restreint (vallée du Saint Laurent) et dans un secteur socio-économique paupérisant (agriculture – trop pauvre pour payer son propre prolétariat agricole, il fallait le procréer). Charpente intime, conservatrice et réactionnaire de ce cadre colonial en capilotade, l’église fut laminée avec, quand il s’effondra, et sa camelote spirituelle tomba avec elle, quand cette population, dense, concertée et homogène par pur artefact colonial, entra, à la presse car fort en retard, dans la modernité. Oh, que oui…

Oh, on essaie bien d’avoir des auteurs bien à nous. Des trèfles aussi pesants que prolixes comme -par exemple- le glauque et tendancieux Victor Lévy Beaulieu, qui, de nos jour, débloque plus souvent qu’à son tour. Pour parler franchement, j’ai lu seulement un de ses romans: LES GRANDS-PÈRES. Une estie de platitude foireuse qui se passait chépuquand sur une vieille ferme branlante, avec de la zoophilie et de la déchéance dans tous les racoins. Phrases interminables, gros vasage, longues parenthèses niaisantes dont certaines même pas fermées. Ça va pas passer à l’Histoire ce genre de verbiage auto-édité. Le mérite d’éditeur de ce gogo dépasse de loin son mérite d’auteur, justement, en fait. J’ai bien aimé son feuilleton MONTREAL P.Q., par contre… si c’est lui qui l’a vraiment faite… Oh et, en y repensant, il y avait bien aussi un court essai intitulé MOMAN, POPA, L’JOUAL PIS MOÉ publié sous forme d’article chépuoù du temps de la Querelle du Joual. Pas mal du tout, un essai en joual, pensez-vous… Contenu un peu creux mais passablement hurlant à lire. Civilisationnel en diable… Parlant, pour tout dire… Bien tartiné, dans le genre Joual en révolte au ton infantile. Bien exempt des inepties racistes qu’il dégobilla par la suite. Du temps qu’il avait de quoi à dire, en gros. Enfin toutes ces merveilles à prendre de fort haut…

Au moins -cependant, il faut le dire- nous avons un peintre: un certain Paul-Émile Borduas, dont j’ai vu un jour une oeuvre intitulée L’ÉTANG RECOUVERT DE GIVRE. C’était ailleurs, dans le musée continental quelconque qui l’avait pillée… Saisissant. Il y a de l’art américain là-dedans ou je m’y trompe. Nous avons aussi, l’un dans l’autre, un roman. Il s’intitule L’AVALÉE DES AVALÉES et est de Réjean Ducharme. Sublime et, c’est le cas de le dire: unique.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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