Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Posts Tagged ‘terrorisme’

Je suis Charlie l’Occidental… et ce qu’il me faudrait c’est un moratoire sur la guerre au Moyen-Orient

Posted by Ysengrimus sur 7 janvier 2016

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Il y a tout juste un an, un crime circonscrit spécifique était commis à Paris et, subitement, tout le monde s’écriait: Je suis Charlie. Ben moi, je suis Charlie l’Occidental. Je suis éclairé, confortable, bien-pensant, mais malléable, myope et peu enclin à bien comprendre ce qui arrive, tout subitement, à mes médias d’informations sous propagande de guerre. Je suis encore costaud et riche et je ne contrôle pas vraiment les envolées de mes finances. C’est pour cela qu’une portion exagérée de mes biscotos pécuniaires servent à faire la guerre, par pur bellicisme affairiste. Mais je néglige cela. Je me fais politiciennement distraire et me laisse entraîner dans des querelles de caricatures. Comprenons-nous bien: je suis POUR les caricatures de Mahomet. Ceci dit si des gens faisaient des capotages au flingue sur les rues en criant «Vive Karl Marx!», je me sentirais fortement agressé dans mes positions philosophiques et je nierais fermement avoir quoi ce soit à faire avec tout cela… Or on prend nos compatriotes musulmans ordinaires en otages de guerres de théâtres qui sont aussi extérieures à eux qu’à vous et moi, Charlie. Ma responsabilité d’occidental sur ces questions existe bel et bien mais elle est fort différente de la vindicte arbitraire qu’on fait subir à mes compatriotes musulmans sous le coup de la colère entretenue. Il faudrait pourtant essayer de garder la tête bien froide, si on pouvait. Bon, répliquons à la tuerie de Charlie Hebdo par des caricatures si on veut mais comprenons adéquatement l’impact de ce que nous faisons… et ne faisons pas. Un retrait d’Irak et de Syrie (où nous tuons des enfants depuis des décennies) en ferait bien plus pour cette cause que d’agresser, avec des petits dessins railleurs, nos compatriotes musulmans ordinaires qui n’y sont pour strictement rien et qui ont leurs raisons d’en souffrir. Bien occidentalement, on me dit parfois: «les catholiques et autres chrétiens ont tout autant souffert d’attaques contre leur religion au fil des années.» Alors quoi, c’est le talion chez Charlie? Non. Quand moi, occidental, je me moque des cathos que j’ai eu sur le dos toute mon enfance, je sais ce que je fais. La critique que j’en fais est interne, documentée, subversive. Quand j’agresse les musulmans, sans savoir ce que je glandouille, sur la base de connaissances sommaires, propagandistes, truquées, américanisées, je fais de l’ethnocentrisme. La ressemblance de surface des deux comportements ne doit pas occulter ce qui les distingue radicalement, dans le fond. Paix en Irak. Paix en Syrie. Normal. Je suis Charlie l’Occidental.

Et Charlie l’Occidental, ça le met en colère qu’on tue des caricaturistes, qui, eux, ne sont pas des soldoques ou des bellicistes. Il bouille, il voit rouge. Contemple-la bien attentivement, ta petite colère courroucée, frimée, vengeresse, mon Charlie, mon occidental, mon bien-pensant du premier monde. Le terroriste ET le pouvoir occidental (si tant est qu’ils soient à distinguer), acolytes en ceci comme tous belligérants guerriers CONTRE leurs sociétés civiles respectives, te veulent juste là, Charlie, sautillant dans l’obscurité opaque et obscurantiste de cette petite colère là. Bien cerné, au milieu de la mire concentrique de l’agit-prop du fascisme ordinaire et du bellicisme d’affaire. Très peu de ce genre d’union sacrée pour moi… On me ment, on me sert de la propagande de guerre. Bon, si on la résume à ce point-ci, cette escarmouche de commando sur Paris. Ce sera pour constater qu’on se contente, sans rire, de ceci. Les terroristes soigneusement abattus sont les «vrais» parce qu’ils ont laissé traîner leur carte d’identité dans une bagnole volée (ah bon – un autre passeport du onze septembre!) et/ou ont été reconnus par un témoin à Charlie Hebdo (un témoin qui peut voir à travers les cagoules, bon!). Sitôt eux morts, au top-chrono, un site américain a dit que ça venait du Yémen (pas de l’État Islamique du Levant, hein, ça les ferait paraître bien trop fort — dans la propagande de guerre, l’ennemi n’est jamais fort). Les pantins morts l’ont d’ailleurs déclaré eux même en une entrevue radio limpide digne des années Mesrine. Ils sont entre-temps passés en Picardie (aperçus là-bas par un employé de station service, bien ostensibles avec encore cagoules et lances-roquettes etc, bon), puis retour de Picardie à la banlieue de Paris avec (quoi?) les hélico du GIGN au dessus de la tête, mais sans se faire cueillir sur la route… Suggestion, toute modeste suggestion: plusieurs pantins meurtriers se sont soulevés en différents points (meurtre de la policière de Montrouge, etc) juste après l’attaque de Charlie Hebdo pour couvrir la disparition discrète du vrai commando. On le saura jamais. Tous ceux qui pouvaient parler sont bien opinément morts pour soi-disant protéger des otages qui sont morts aussi (les quatre du commerce cachère) où n’étaient pas vraiment des otages (le planqué de l’imprimerie du baroud final). Où vont nos taxes?

Après ce genre de choc meurtrier et le nuage malodorant d’intox confirmationniste qui le cerne bien serré désormais, il y en a qui vont encore aller raconter que les terroristes sont des haineux abstraits sans buts précis qui se battent pour des raisons idéologiques (ou religieuses). C’est là un argument confusionniste, jouant d’amalgames sommaires et servant la guerre en en faisant un prétexte civilisateur. Vieux truc colonial. Oh Charlie, va dire aux gents du Levant qui tiennent les gros sites pétrolier d’Irak (leur pays, au fait) qu’ils se battent pour de l’idéologie. Ils vont se payer ta poire. On dira ensuite, pour se dédouaner, qu’ils oppriment leurs femmes (ce qu’ils font certainement d’autre part, quoique…). Sauf que le coup argumentatif des femmes musulmanes opprimées ne change rien au fait qu’on bombarde (nous, oui nous, toi et moi, l’homme Charlie) leurs femmes avec des F18 canadiens et des Rafales français… Aussi, pour tout dire, les femmes afghanes, justement, on a mis trente milliards de dollars CAN (sans compter le fric ricain que y a plus de chiffres pour le dénombrer) soit disant pour les libérer, les femmes afghanes, et rien ne s’est passé. Faut croire que nos bons soldoques et leurs commanditaires d’affaire préfèrent dépenser la grosse argent de tes taxes entre gars, hein, Charlie… Et, finalement, la mauvaise foi ethnocentriste ne connaissant pas de frontières, on continue d’éructer que c’est l’immigration qui est la cause du terrorisme. Non, non, non. C’est elle, juste elle, l’erreur ethnocentriste fatale. Nous sommes en guerre ici et l’agresseur, c’est nous. Résistance n’est pas terrorisme. Ils se défendent comme dans: la guerre c’est la guerre. C’est pas juste engraisser l’industrie de l’armement et canarder des pays lointains, la guerre… C’est fesser et se faire fesser… Plus de guerre plus de terrorisme. Sauf que va dire ça à nos financeurs de soldoques. Pourquoi tuer des caricaturistes plutôt que du soldoque? Guerre psychologique, mon ami. Ces gens se font tuer des centaines de milliers d’enfants par des coalitions occidentales. Les détails genre civil occidental/militaire occidental sont inexistants pour eux. Ils sont entrés depuis un bon moment en guerre totale et ce, à cause de nulles autres que nous. C’est la guerre, Charlie. Pas une partie de hockey où il faudrait respecter des règles de coups de sifflets et de couleurs de chandails. Et celui qui a le moins de ressources dans une guerre (eux) frappe pour avoir un impact psychologique amplifié. Je te le redis. J’insiste. Faire passer les terroristes pour des nihilistes ou des absurdistes, c’est de la propagande d’intox. Ces gens sont des guerriers méthodiques. Et, en janvier 2015, ils ont su capter l’attention des millions de petits Charlies en Occident, qui financent tout ça de leurs taxes sans y voir bien clair…

Moi, Charlie d’Occident, moi, moi, je fais la guerre dans ces pays pour leurs voler leur ressources. Je pille et je tue, massivement et c’est CELA qui victimise donc favorise les extrémismes combattants. Ces derniers sont de toute pièce ma créature et tout le monde les subit, même les civils de ces pays. Quand j’en sortirai, ces civils prospèreront et ce sera la paix, toute simple. Comme au Vietnam. On va voir cela de notre vivant. Tu sauras me le dire, Charlie. Il faut quitter ces guerres de théâtres ruineuses en vies et en ressources. La façon de se débarrasser de leurs guerres de commandos c’est de les débarrasser de nos guerres et bombardements d’agressions dont on parle peu ici mais qui tuent leurs enfants, par milliers, dans leurs villes et leurs campagnes. C’est Charlie l’Occidental écœuré qui vous le dit. Il faut parfois savoir perdre la guerre du Vietnam. Car c’est en la perdant qu’on la gagne, en prenant enfin conscience du comédon de notre aliénation post-coloniale criminelle qui croupissait en elle.

Tu veux la fin immédiate du terrorisme, Charlie? MORATOIRE IMMÉDIAT, ILLIMITÉ ET SANS CONDITION SUR TOUTES ACTIVITÉS GUERRIÈRES OCCIDENTALES DANS LE GRAND MOYEN-ORIENT. Tu vas voir que ça sera pas long que les autres, après ça, vont allouer leurs ressources à autre chose qu’au terrorisme (pour t’effrayer et te résister). Un jour viendra. Comme ce matin là, en 1975, à Saigon

Congo-silence

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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Versée aux profits et pertes de la paix (essai-fiction)

Posted by Ysengrimus sur 11 septembre 2011

Mon nom est Sylvia Jeanjacquot. C’est un nom oublié, comme le nom de tous ceux (et toutes celles!) qui n’ont été qu’effleuré(e)s par une actualité implacablement elliptique. Je n’incarne rien d’autre qu’une des multiples et menues pertes collatérales qu’on s’autorise, en toute bonne foi, pour s’assurer l’obtention de la paix. La courte et brutale guerre qui m’emberlificota dans ses séquences aléatoires se joua vers 1978-1979 entre une sorte de vil Rocambole des temps modernes et les dragons en blousons et denims de la police française. Mon nom, je le répète pour mémoire, est Sylvia Jeanjacquot. Je fus la dernière petite amie en titre du malfrat français Jacques Mesrine.

Jacques, on s’en souviendra, s’adonnait à de multiples activités criminelles: braquages, rapts avec demandes de rançons, évasions organisées. Mais il déployait surtout ses talents de Mandrin et de Latude en se consacrant à une pratique inique avec laquelle ce début de siècle renoue en grande: la provoque meurtrière. Mesrine menaçait l’ordre public, blessait ou tuait, cabotinait dans les médias, se faisait capturer puis écrouer en bénéficiant de la complaisance objective et involontaire d’une justice miraude, s’évadait, allouait clandestinement des entrevues glaciales dans de grands hebdomadaires sur papier glacé, puis recommençait la séquence. Inutile de dire qu’à chaque tour de toron, les pouvoirs publics s’exacerbaient un peu plus contre lui. Si bien que, par bonds inexorables, les autorités en vinrent à glisser sur le terrain de l’action de Mesrine: la guéguerre urbaine en marge des lois, de l’éthique, du civisme et… de la paix apathique des affaires courantes. Familier, n’est-ce pas? Terriblement familier. Bien plus familier que mon nom oublié…

Pour mémoire, notons toujours aussi que le mot terrorisme, à cette époque, avait un chic laudatif et héroïque bien suranné aujourd’hui. Jacques le revendiquait tapageusement. Perpétuel évadé, il se donnait comme le champion de la lutte contre les conditions cruelles de détention. Disons–le tout net: Jacques Mesrine mentait. Il faisait baigner en permanence le public et ses complices dans le faux autopromotionnel. Outrageusement malhonnête, il cherchait à se faire passer pour un activiste terroriste. Naturellement, personne, pas même les petits journalistes complaisants qui le flagornaient, n’était dupe de ses causes de toc.

Aujourd’hui, étrange retour des choses, ce sont les pouvoirs publics qui qualifieraient Jacques Mesrine de terroriste… et qui, leur tour venu, mentiraient au public. Jadis le terrorisme n’était nulle part, les pouvoirs publics ramenant toute désobéissance civile à du banditisme de droit commun. Aujourd’hui, le terrorisme est partout… et tout trublion, du chapardeur de pommes à l’objecteur de conscience, est promptement étiqueté terroriste. Matois, faquin, roublard, charmeur comme il l’était, Jacques flairerait ce vent nouveau, comme il sut le faire autrefois. Obséquieusement et ostentatoirement, il nierait aujourd’hui être un terroriste, revendiquerait ouvertement sa sidérale absence de cause politique, se réclamerait du banditisme le plus éthéré et continuerait sans broncher son duel acrobatique contre les pouvoirs publics.

Duel à deux. Les tiers dans tout ça, je suis justement ici pour en témoigner, son hors du coup. Plus la guéguerre s’intensifie, plus elle dérape vers la der des ders attendue de tous, plus les tiers sont relégués au statut de ces menues pertes collatérales nécessaires à l’obtention de la paix. Ici aussi, plus que nulle part ailleurs, terrorisme et banditisme, c’est la même tambouille!

La der des ders pour moi eut lieu le 2 novembre 1979, à la porte de Clignancourt à Paris. Jacques était au volant d’une BMW qui ne doubla jamais une fourgonnette bâchée de la Brigade Anti-Gang d’où jaillirent, sans sommation, les vingt et une balles de carabines de quatre tireurs d’élite. Le bandit, braqueur de juges, meurtrier, provocateur de flics ne reçut dans le buffet que dix-neuf de ces projectiles.

Les deux balles perdues furent pour moi. Grièvement blessée, je me souviens vaguement d’avoir eu le réflexe absurde d’ouvrir la portière de la voiture immobilisée. Je me suis ensuite tout doucement déversée sur le pavé. On m’y retrouva par après, dans une mare de mon bon sang de personne ordinaire. C’est pour cela que, maldonne capricieuse de la gloire, je ne figure pas sur la photo finale d’un ultime Jacques Mesrine, la tête ensanglantée, penché pensivement sur le retour abrupt de la tranquillité publique.

Mon nom est Sylvia Jeanjacquot. Je suis détruite. J’ai simplement été versée aux profits et pertes de la paix. Résurgence religieuse oblige, veuillez prier bien fort dans vos chapelles, vos mosquées, et vos synagogues pour la multitude, présente et à venir, de mes semblables…

L’ENNEMI PUBLIC #1 (2008). Jacques Mesrine (Vincent Cassel) et sa conjointe du temps, Sylvia Jeanjacquot (Ludivine Sagnier)

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Résistance n’est pas Terrorisme

Posted by Ysengrimus sur 29 juillet 2008

Occupation de Kaboul

On envahit ces gens, on les massacre, les occupe, les spolie, détruit durablement leurs vies, chez eux, dans leur pays, leur monde, leur espace social et familial…

Bon, assez c’est assez. Je trouve particulièrement inacceptable et foncièrement malhonnête qu’on traite de terroristes –la fichue insulte bateau de ce temps- les petites gens qui combattent l’occupation des armées occidentales dans leur propre pays. Ces résistants se battent dans leur univers de vie pour la préservation de leur existence humaine la plus profonde. Mao disait: “respectez l’hinterland”. Ce n’est pas ce qui se passe en Irak et en Afghanistan, l’hinterland y est foulé au pieds, avec un mépris et une brutalité inégalés. Conséquemment, la guerre y perdure et il est vraiment temps que nos soldoques et leurs suppôts se rendent compte qu’ils ne sont pas les hérauts/héros du Souverain Bien dans ces portions du monde, loin s’en faut… Les combattant(e)s qui résistent, avec les moyens du désespoir, aux occupations occidentales dans nos conflits de théâtres sont à terme les plus puissants guerriers de ce temps. C’est parce qu’ils ont la puissance du cœur et des entrailles et l’opposent sans transiger à notre quincaillerie bureaucratico-militaire ronronnante, inerte, insensible. Ces résistants sont ceux qui gagneront au bout du compte. Je respecte profondément ces hommes et ces femmes. Ils incarnent la faillite et l’absurdité pharaonique des ultimes guerres impérialistes. Cessons une bonne fois de jouer les Tartuffes sanglants. Mais enfin, on envahit ces gens, on les massacre, les occupe, les spolie, détruit durablement leurs vies, chez eux, dans leur espace social et familial. Ils ne se laissent pas faire, défendent leurs villes, leurs maisons, leurs enfants et nous jouons encore les grands moralistes bêlants par dessus le tas sanglant de leurs morts, que nous avons-nous même empilé au bouteur kaki dans leur segment congru de ce monde cruel. Nul. Inepte. Fou. Inacceptable.

Et il se trouvera encore des propagandistes locaux de bas calibre pour dire que ces résistants sont manipulés par la cause ceci et la cause cela. Oh, la sacro-sainte foire aux manipulations. Il est bien vrai que moi, on m’a manipulé à tuer, sans me salir les mains, 100,000 irakiens, dont les intimes de ces hommes et de ces femmes qui «nous» résistent aujourd’hui. Mon crime, le monde entier le sait, fut perpétré pour des raisons strictement et exclusivement militaro-industrielles, sous des prétextes défensifs ouvertement mensongers. Je trouve cela en effet fort effrayant, révoltant et manipulateur, ce qu’on me fait faire en permanence sans que je bouge de chez moi… Il faut en somme les tuer ou vouer notre mode de vie à la faillite. Tuez-les donc, pour le coup, je vote pour… Je suis un impérialiste ordinaire (qui s’ignore). Je suis compromis à fond dans la mort violente et atroce de ces hommes et de ces femmes, comme tout occidental se baladant ou se faisant livrer des biens dans des véhicules à carburant fossile. Ne pas décrire les faits comme cela, c’est tout simplement les occulter servilement… Il faut bien un jour ou l’autre être lucide sur la totalité de cette tragédie humaine contemporaine. Il n’y a aucun auto-dénigrement là dedans. La guerre d’Irak est une guerre de pétro-pillage, nous n’allons certainement pas nier une évidence aussi massive et frontale. Nous sommes donc tous responsables, en utilisant ce qui y est pillé, en vacances comme au boulot. Cela ne m’amuse pas plus que quiconque d’admettre cela… Notre insensibilité confortable dans notre portion du monde engendre conflits, violences et crimes dans l’autre portion. Le nier c’est mentir froidement. C’est cela aussi, la ci-devant mondialisation.

Sauf qu’un fait historique demeure, clair et net: la lutte de résistance est une des lois de la guerre (toutes les guerres, sans distinctions spécifiques). Si on n’en veut pas, bien, il faut rester chez soi. Dans les conditions iniques de ce temps, je seconde de tout cœur la résistance des peuples opprimés du monde. Leur idéologie, ronflante et limitative, ne m’est rien. Leur action modeste, abnégative, absolue dans l’idéal d’un monde meilleur, m’est tout. Quiconque veut l’interruption de ces résistances doit tout simplement rappeler la troupe, faire cesser les bruits de bottes de la soldatesque et respecter la diversité fondamentale de notre tout petit petit monde. Ceci n’est pas une question de conjoncture mais de principe.

On nous raconte aujourd’hui, barda de citations de pseudo experts de l’OTAN à l’appui, que les Afghans ont désormais un gouvernement élu dont l’occupant occidental assure une «supervision technique». Un peu facile, en effet, le coup de l’empilade de citations tirées du Dictionnaire Électronique des Idées Recues (au mot clef: Taliban). Sauf qu’il faudrait quand même expliquer pourquoi, si «l’Afghanistan est un état souverain, que ce pays dispose d’un gouvernement et d’un président élu», les États-Unis d’Amérique, son occupant de plain pieds en fait, malgré vos dénégations rampantes, ont dû faire alliance avec les brigands semi-factieux de la ci-devant Alliance du Nord pour se tenir en selle. Le baratin des faux experts de l’OTAN., n’ont qu’une seule fonction: confirmer et légitimer intellectuellement et mentalement les salades intoxidentales du journal du matin. C’est de la propagande pure. Ces « spécialistes », suppôts de la ci-devant OTAN ricaine, vous mentent ouvertement et vous, vous mordez et vous relayez docilement. C’est que l’Afghanistan est en train de battre un drôle de petit record absurde et sanglant. Celui d’être le seul pays de miséreux à avoir sorti de son territoire les deux superpuissances de la Guerre Froide de jadis. Il va falloir expliquer cela aussi un jour… en évitant préférablement les analyses ressassées par la cause externe et l’abstraction creuse et malhonnête des « terribles souffrances« … L’occupation occidentale ne débarasse pas cette société de ses éléments extrêmes de tous barils, elle légitime leur emprise, elle perpétue leur tiraillage, elle les érige en héros. C’est un ratage intégral.

On nous chante donc sur tous les tons que les Afghans n’ont pas élu ces «talibans» qui résistent. Sans me mettre à chipoter trop avant dans de tels postulats électoralistes et autres, je ne veux poser ici qu’une simple question, un peu perfide: de quelles sources (autre que celles de la sacro-sainte intoxidentale) tenons-nous que la résistance afghane actuelle est talibane? Croyant une fois de plus à sa propagande sans nuance sociopolitique, l’Occident étiquette aujourd’hui «taliban» tout ce qui lève une arme contre lui, dans les montagnes afghanes. La résistance afghane n’est pas talibane, elle est intégrale. L’instance profiteuse en sera sans doute éventuellement talibane, mais ça c’est autre chose. C’est la politique politicienne qui suit après le recroquevillement des questions fondamentales. Et la question fondamentale ici c’est ceci: une occupation étrangère sépare-t’elle l’hinterland de ses éléments belliqueux et fascisants? Réponse: non. Au contraire, elle les unit, les fusionne, les joint intimement, les amalgame et transforme l’hinterland en maquis de martyrs pour une cause qui ne mérite probablement pas cette solidarité nationale artificielle qui est le principal artéfact résistant de toute occupation. L’occupation fascise tout le monde, y compris ceux qui la combattent. Elle ne se gagne rien et sert la cause qu’elle croit contenir. Je ne comprends pas que la dure leçon de l’histoire ne porte pas encore, sur une question aussi documentée dans la violence et le sang. Résistance n’est pas terrorisme. Résistance est ce que deviendra l’hinterland métal dans la forge de l’envahisseur.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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