Le Carnet d'Ysengrimus

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Bravo et touché pour le football américain, et ce… malgré le bien drôle de nom qu’il porte

Posted by Ysengrimus sur 10 octobre 2016

football-noir-et-blanc

En voici une petite autre en souvenir de mon cher papa, qui fut un grand amateur de ce sport. Le football américain est un sport qui intègre profondément, intimement une unité de mesure explicite dans le fonctionnement interne de ses règles. L’équipe offensive a, en effet, quatre essais pour faire parcourir un minimum de dix verges (ten yards, environ 9.1 mètres) au ballon, en direction de l’équipe défensive. S’ils n’y arrivent pas au ratapoil, le ballon change de mains. Les arbitres, au football américain, ont donc de longs rubans à mesurer pour régler les cas litigieux. Inutile de vous annoncer que tout ce beau monde, y compris le public (et le public du Super Bowl, bien, c’est littéralement l’Amérique entière) intériorise très profondément le système de mesure (anglais, non métrique) sur lequel ce divertissement de masse passionnant repose. Convertir tout ça au métrique serait impossible, sans endommager irrémédiablement le fonctionnement de ce sport, sa perception empirique, ses performances, son héritage centenaire, ses statistiques, etc. Or dans le système de mesure anglais, il y a le pied (en anglais foot). Les taquins qui, à raison, ne pigent pas trop la dénomination de ce grandiose descendant du rugby, diront que c’est de là que vient le nom tellement non avenu de ce sport épique! La balle au pied (comme unité de mesure). Euh… faux, faux pas, non, même pas! C’est pas ça du tout…

Bon, on s’entend pour dire, sans ironie ou avec, que ce sport est aussi bien joué que mal nommé. Mais, que voulez-vous, il faut savoir payer ce coût étymologique «sportivement». Au 19ième siècle, les mêlées, terribles, ne progressaient pas très vite sur le terrain et, conséquemment, le botté de placement avait plus d’importance pour marquer des points. Le nom du jeu s’est implanté dans ce temps là. En 1905, Teddy (bear) Roosevelt a exigé des fédérations de football qu’elles réduisent l’incroyable brutalité d’origine du jeu ou sinon, il deviendrait illégal (il y avait eu un bon lot de morts violentes…). On instaura alors la fameuse passe avant (jadis interdite, comme au rugby) pour réduire les empoignes au sol, et le ballon se mit alors à monter plus souvent au lancé, moins souvent au botté. Conséquence aussi inattendue qu’implacable, l’étymologie devint alors inévitablement plus obscure. Les pays romans nommèrent ensuite le «soccer», football et cela augmenta encore l’absurdité du produit lexical final pour les coureurs de calebasse. We park on a driveway, we drive on a parkway. Allez donc chercher de la rigueur intellectuelle dans le vieux nom des choses…

Oublions un peu le nom et traitons de tout cœur, la chose… Je vibre ardemment à la beauté remarquable de ce sport, métamorphosé et aérianisé donc, depuis environ cent-dix ans. Quand la calebasse oblongue traverse le ciel, comme une fusée rectiligne en une courbe si belle et, surtout, si ample, puis quand un gogo galopant se retourne en courant, juste au bon moment, et la cueille derrière lui, comme si elle lui pendait dans le dos depuis le début, va la poser onctueusement derrière la ligne des buts, dans une symphonie de défenseurs en débandade, c’est pur, c’est sublime, c’est beau. La couleur de son jersey compte alors pour bien peu dans l’équation. Que le plus inspiré et le plus élégant gagne… Je ne suis pas spécialement amateur de sport (et à la télé, je suis plus baseball que football), sauf que, pour la simple curiosité ethnoculturelle, avez-vous déjà tenu une calebasse de football ou de rugby dans vos mains? Cet objet oblong, incongru et bizarre semble doté d’une vie propre. Il bondit dans toutes les directions sauf la bonne, ne se dribble pas, ne rebondit pas directement, ne roule pas effectivement et est particulièrement difficile à manipuler. Les gens qui transforment cette coquille de tortue revêche en un objet volant bien identifié et tempéré ont énormément de mérite. Ils donnent un spectacle qui se vaut parfaitement, de virtuosité et d’adresse. Ce n’est pas plus bête que des danseurs, des joueurs de billard ou les trapézistes d’un cirque.

Notons finalement la curiosité suivante. L’impérialisme culturel américain, bouteur ne faisant habituellement pas dans la dentelle, s’est planté lamentablement dans l’exportation d’un de ses objets culturels pourtant majeurs: ses sports. Le baseball, le football américain, le hockey sur glace, même le basketball, immenses pour les ricains, le reste de la planète s’en tape totalement ou quasi-totalement. Et le foot/soccer, qui est désormais LE sport universel, les ricains y perdent leur latin et s’y mettent tardivement et sans joie réelle. C’est quand même curieux, ça, quand on y songe une minute. De fait, une part significative de la spécificité intellectuelle (notez ce mot) américaine se canalise dans ses sports. Ils sont un trait tellement typiquement américain… bien plus que la musique, la littérature et le reste. Le sportif américain est voué à sa non-universalité, ce qui place sa spécificité (folklorique inclusivement) en un singulier et saisissant relief. C’est bien pour ça, entre autres, que quand ils dénomment leurs sports favoris, ils se footent —alors là!— plus que jamais souverainement du monde entier.

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Les JEUX OLYMPIQUES DE VANCOUVER, y pensez-vous encore?

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2012

Des MITAINES OLYMPIQUES ou des OLYMPIQUES MITAINES?

Eh, sicroche de diablotin de plâtre, barbez-moi! Encore une de ces foutues années olympiques. La dernière, au fait, c’était en 2010. Vous vous souvenez? Les Jeux Olympiques de Vancouver (Canada), y pensez-vous encore? La bassinade les concernant est déjà vieille, elle, de trois ans, en fait. En effet, la couverture médiatique des Jeux Olympiques de Vancouver s’amorce dès octobre 2009, et on nous explique alors (vous en rappelez-vous?) que les athlètes canadiens devraient se faire vacciner contre la notoire grippe H1N1. Des développements amphigouriques et soporifiques sont alors aussi servis sur le bilinguisme promis de ces vingt-et-unièmes Jeux Olympiques d’hiver. Puis, à partir de décembre 2009, on se met à suivre le trajet de la flamme olympique. Parfois, comme en Montérégie (au Québec), des résistants autochtones menacent de bloquer le parcours de ladite flamme olympique. On évoque le souvenir des Jeux Olympiques d’été de Montréal, en 1976 (le maire du Montréal de 2009 affirme ne pas vouloir ravoir les Jeux) et on porte une attention particulière aux athlètes qui se blessent à l’entraînement et rateront ainsi les Olympiques. On analyse en long et en large les «espoirs» canadiens et québécois. On évalue (et hypertrophie hyperboliquement) ce que les Jeux feront pour l’image mondiale du Canada. À partir de janvier 2010, on commence à solliciter l’attention des lecteurs et des auditeurs, beaucoup plus assidûment. On conditionne. On chauffe au rouge, on chauffe à blanc. La publicité emboîte alors le pas. La Société des Transports de Montréal parle de sa présence à Vancouver (ils y transportaient quelque chose. Je ne suis pas certain quoi exactement). Bell Canada et un bon nombre d’autres entreprises canadiennes bon-ton-bon-teint utilisent l’image d’athlètes olympiques dans leurs encarts publicitaires. La Fondation David Suzuki donne une «médaille de bronze» environnementale aux préparatifs des Jeux. À partir du 7 février 2010, une chronique spéciale sur les Jeux Olympiques est ouverte dans la section des sports des principaux quotidiens canadiens. L’aspect touristique n’est pas négligé non plus. On décrit ostensiblement les atouts récréatifs et paysagers de Vancouver et de Whistler. Tout démarre officiellement au 14 février 2010. Le Canada apparaît vite comme un arriviste compétitif insensible, qui veut gagner à tous prix. Trente athlètes d’autres pays se font pincer pour du dopage avant que tout ne commence. Mort tragique d’un lugeur géorgien (pourriez-vous me dire son nom?) sur une piste trop rapide et insécuritaire. On le fera passer pour un maladroit et un inexpérimenté. Gloire d’Alexandre Bilodeau (dans quelle discipline déjà? Perso, j’ai mis l’hyperlien parce que je ne m’en souvenais pas). Drame du deuil et de la médaille de bronze de Joannie Rochette. Victoire de l’équipe masculine et de l’équipe féminine de hockey. On observe (sans pourtant y mettre l’analyse socio-hisorique requise) la supériorité athlétique des femmes canadiennes, notamment des hockeyeuses et des patineuses de vitesse. Tout retombe abruptement, et sort vivement de l’actualité, aussitôt que les Jeux Olympiques d’hiver sont terminés. On nous annonce encore, le 16 mars 2011, que Joannie Rochette ne participera pas aux championnats du monde de patinage artistique. Le fait est que, sans complexe aucun (civilisation marchande means civilisation marchande et ce, pour la quasi-totalité des vétérans du spectacle olympiques), elle réfléchit sur son avenir de patineuse et elle diversifie ses activités à plus long terme. Notons, en toute impartialité critique, justement pour mémoire, que Mademoiselle Rochette a totalement eu raison de continuer sa quête olympique malgré un deuil. Je ne cite pas souvent Jésus, mais là, ça s’impose: Laisse les morts enterrer les morts et occupe toi des vivants. Aussi: Enfin cela introduisit un peu de vibrato dans ces Olympiques de Vancouver, autrement largement soporifiques (cette seconde citation est à considérer comme apocryphe)… Et… bon… pour ce qui en est de sa performance (sa médaille de bronze), ce serait un peu le temps de rappeler le fameux aphorisme des Olympiques de grand-papa: «L’important, c’est de participer». Oh, mais excusez-moi, faites excuses… L’Olympisme Stéroidal Néo-Libéral Contemporain a pulvérisé ce point de doctrine parcheminé. Il n’existe tout simplement plus. Tant pis pour nous tous, hein. Le deuil Rochette, c’est celui-là aussi… pourtant… Oh et, j’allais presque oublier, le 21 mars 2011, on mentionne discrètement trois médailles d’or canadiennes aux Jeux Paralympiques de Vancouver…

« ALLEZ CANADA »  …………………..    « LE C.I.O. EST UN PARASITE GLOBAL »

Maintenant, une simple petite question. L’intox promotionnelle canadienne vous rejoint-elle encore, deux ans plus tard? Allons, admettez avec moi, quand on se repasse le ruban en accéléré, avec le recul, que c’est chiant en grande et que la magie de toc s’est quand même un peu pas mal racornie. La malhonnêteté des médias en matière de couverture des Jeux Olympiques n’est plus une nouveauté. Les Olympiques sont une foire ouverte de propagande que chaque pays utilise pour se faire mousser. Les médias canadiens n’ont pas couvert la chose autrement. Chauvinisme crasse et partialité veule. Gros titres pour les victoires canadiennes, entrefilets pour les défaites canadiennes et les victoires des autres. Promotion de soi. Mutisme sur les autres. Impossible de relativiser la position du Canada dans le concert musclé-dopé des nations, avec ce genre de couverture. Lyrisme et faux héroïsme, «courage», «persévérance», tous ces fallacieux mérites de l’industrie du sport-spectacle sont hypertrophiés. Il y a vraiment peu d’informations utiles pour une véritable compréhension critique du monde, des politiques sportives canadiennes, de l’impact social du sport professionnel et de l’industrie multinationale du sport, dans ces événements et leur couverture contemporaine. Il est passé dans quel goulot d’évacuation, le journalisme, bondance de la vie!

« En finir avec la pauvreté, ce n’est pas un jeu »

Et ce cirque inique et pharaonique se déploie désormais mécaniquement, aux deux ans (hiver, pause, été, pause, hiver, pause, été, etc). La barbe, la barbe, c’est reparti…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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