Le Carnet d'Ysengrimus

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Catherine McKenna en moi

Posted by Ysengrimus sur 1 novembre 2019

Catherine McKenna (Photo: Boris Minkevich)

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Il y a quelque chose d’important qui m’arrive à propos de Catherine McKenna. C’est quelque chose d’indéfinissable, de passablement envoûtant et de particulièrement difficile à saisir. C’est complexe, en tout cas, et c’est véritablement important. J’écoute madame McKenna attentivement, notamment quand elle intervient à la Chambre des Communes du Canada. Pour mes lecteurs et lectrices européens, je signale que Madame McKenna, née en 1971, est députée de la circonscription d’Ottawa-Centre et Ministre de l’Environnement et de la lutte aux changements climatiques du Canada (2015-2019).

Ce que je ressens, plus précisément la portion de Catherine McKenna qui vibre en moi, n’a rien à voir avec une quelconque harmonie des visions politiques ou une toute éventuelle communion idéologique. Au plan intellectuel et doctrinal, madame McKenna (comme madame Freeland, comme Justin Trudeau lui-même) me suscite plutôt des objections que des accords. Que fait madame McKenna au sein du cabinet de centre-droite (Parti Libéral du Canada) de Justin Trudeau? Eh bien, elle développe des considérations à rallonges sur l’urgence des changements climatiques, pour mieux dissimuler les effets environnementaux directs et indirects du foutoir pétrolier canadien. Comme ministre, Catherine McKenna sert la ligne de son parti, qui, l’un dans l’autre, est celle de sauver le gros des apparences de progrès consensuel pour mieux dissimuler au grand public le fait que les politiques mises en place par le parti qu’elle représente (et sert avec rectitude, tonus et discipline) sont des politiques de droite. Ce point est limpide dans mon esprit. Ce n’est pas politiquement ou intellectuellement que Catherine McKenna me travaille de l’intérieur.

Comme individu, sauf son respect, je m’en fiche un petit peu aussi, d’une certaine façon. Mère de trois enfants, dont deux filles, elle fait du cyclisme et de la natation. Bon. Anglophone de langue première, son français est passable, sans plus. C’est la grande canadienne anglaise athlétique et tonique, comme il y en a tant. C’est une avocate de formation qui a varnoussé dans l’international. Rien d’extraordinaire, ni dans les fonds ni dans les combles. Elle a du charisme, par contre. Un bon charisme, en plus. Un charisme frais et sain. Un charisme qui chante. Elle a une façon de se communiquer qui me fascine à chaque fois. Un style tribun, un petit peu, la voix rauque, un sens indéniable de l’effet de manches, mais sans excès. Jolie femme, elle ne flirte pas son interlocuteur. Lindsay Abigaïl Griffith, qui connaît bien la mode et le style, me confie que Catherine McKenna n’en joue pas, qu’elle s’y perd peut-être un peu, même. Tout en elle fait franc, droit et simple. Une canadienne du cru, en somme. Elle est une bonne communicatrice et elle survit passablement aux difficultés incroyablement épineuses des bobards climato-environnementaux qu’elle doit communiquer, redire, marteler, ânonner presque.

Syllogisme. Catherine McKenna travaille les hommes, je suis un homme donc… etc… Elle travaille les hommes, en effet, comme le corrobore une anecdote bizarre qui remonte déjà à quelque temps. Des réacs (masculins naturellement) se sont amusés à la surnommer Climate Barbie (Barbie environnementale ou Barbie climatique) et, pas achalée, elle leur a tenu tête avec brio et intelligence. Elle ne s’est pas laissée faire… sans pour autant trop en faire. Elle a expliqué qu’elle avait deux filles et que, comme modèle maternel, elle jugeait que si ses filles envisageaient une carrière politique, ce ne serait pas pour aller se faire parler de leurs cheveux ou de leur apparence. C’est après cette anecdote, hautement significative du point de vue sociétal, que Catherine McKenna s’est mise à vraiment remuer en moi. De fait, c’est seulement après ça que j’ai commencé à vraiment m’intéresser à sa signification philosophique, si on peut dire.

Les femmes en politique, notamment au siècle dernier, ont du, au début, se masculiniser et plus ou moins devenir one of the boys. Je ne vais pas épiloguer sur cette question, bien connue. On sort graduellement de cette culture transitoire d’ajustement et on commence à voir émerger des femmes politiques qui féminisent nos espaces de représentations, sans trompette et sans façon. Je me suis donc remis à observer Catherine McKenna, dans l’éclairage biscornu et inattendu qu’ont jeté sur elle ces ineptes masculinistes avec leurs insultes faiblardes crûment révélatrices d’une androhystérie d’époque. C’est la communicatrice (plus que le contenu convenu qu’elle communique) qui ressort, au bout du compte, en madame McKenna. Sans faire ni la chieuse ni la sinueuse, elle dégage un charme indubitable. Dosage de fermeté éloquente et de vulnérabilité non dissimulée. Ça me rappelle quelque chose, mais quoi donc? Je fouille dans ma mémoire encombrée pour essayer de retrouver quelle personnalité publique canadienne ou québécoise cela me ramène en mémoire. Je trouve, finalement: René Lévesque. Oh, oh, Catherine McKenna, quand elle se communique, me fait penser à René Lévesque. Pas simple, ça! Une sensibilité interpersonnelle souple et liante, presque à fleur de peau, côtoyant efficacement un sens oratoire juste, qui frappe net et qui répond à la susdite sensibilité de base, en la répercutant comme un efficace et symétrique effet d’harmoniques.

Comparer cette grande gigue anglophone, blonde et tonique de ce siècle à un René Lévesque, petit bonhomme québécois, chafouin et ratoureux du siècle dernier, est une saillie hautement inattendue. Vous me le concéderez. Mais c’est ça aussi, le Canada, la rencontre percutante et imprévue entre deux solitudes qui ne s’étaient pas trop vues au départ. L’analogie est d’ailleurs fort féconde, dans les deux sens. Il y avait, l’un dans l’autre, quelque chose de très féminin dans René Lévesque et je suis prêt à admettre, sans trop trembloter, qu’il annonçait hier les Catherine McKenna de demain. Dans cette rencontre, il y a bien la cigarette du vieux nationaliste qui vieillit assez mal. Catherine McKenna ne s’envelopperait pas de ces volutes là.

Ce que j’essaie de dégager, à coup d’analogies maladroites, de rapprochements hasardeux, et de tâtonnements empiriques et exploratoires, c’est qu’il y a quelque chose chez Catherine McKenna, femme publique, qui est à la fois ordinaire, banal, pris pour acquis et extrêmement important, beaucoup plus important que les petites lignes politiques qu’elle dessine et schématise du mieux qu’elle peut. Ces dernières, elles, resteront emberlificotées dans son temps historique (comme les lignes politiques de René Lévesque sont restées emberlificotées dans le sien). Ce qu’il y a de si suavement crucial dans cette femme politique, si je peux finir par mettre le doigt dessus, c’est du naturel. Voilà. Catherine McKenna est une femme politique et elle l’est de façon toute naturelle. Elle reste elle-même. Elle reste femme. Elle se domine comme telle, sans résidu. Elle est femme en politique comme Barack Obama fut noir en politique. On oublie la femme et le noir et on fait de la politique, tout naturellement, sans flafla.

D’autres femmes du peloton Justin Trudeau de 2015-2019 représentent aussi une telle réalité. On va pas toutes les nommer. C’est là un trait transversal d’époque, de toutes façons. Du côté des réacs aussi (les conservateurs parlementaires), il y a des femmes calibrées comme ça, tout autant. Au NPD et chez les Verts aussi. C’est bien d’une tendance sociétale qu’on parle. La tendance: femme en politique au naturel. Mais je trouve que, de ce peloton 2015-2019, c’est indubitablement Catherine McKenna qui remue le plus profondément en moi. Encore une fois: pourquoi? Elle est d’une intelligence moyenne, d’une cohérence politique assez étroite mais elle tient parfaitement. Non seulement elle est une femme politique mais elle est une femme politique ordinaire. Elle banalise inexorablement la féminité en politique. Toute la féminité, sans résidu et sans concession ni sur le centre ni sur la périphérie de la culture intime en cause. C’est important. Comme tous les événements ordinaires d’un progrès historique tranquille, c’est crucial, capital.

Nos androhystériques réactionnaires ne s’y sont pas trompés, finalement. Cochons qui s’en dédit, ils ont flairé les truffes du progrès social fondamental porté de façon toute ordinaire par Catherine McKenna. C’est elle qu’ils ont attaquée. Ils ont senti, en elle, le danger pour l’ordre patriarcal contre lequel ils se recroquevillent encore. C’est bien pour ça qu’ils se sont mis à farfouiller en s’énervant. Ils ont essayé de remettre Catherine McKenna dans une petite boite de carton et de cellophane. Oh, la futile tentative. Je leur dédis ici un petit mème, tiens, pour qu’ils ne se sentent pas pleinement inutiles, au sein du processus qui continue d’inexorablement se déployer.

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Catherine McKenna qui remue en moi, c’est la féminisation ordinaire de nos représentations politiques et politiciennes, finalement. La fin des token women, la fin aussi des wonder women. Pour être une femme en politique, il n’est plus nécessaire ni de faire le service ni de faire des merveilles. Il s’agit tout simplement d’être une citoyenne et de fréquenter l’agora.

Il nous faut plus de femmes comme Catherine McKenna en politique. Elle incarne ce que nous tendons à devenir collectivement, dans nos bons coups comme dans nos nunucheries. Il faut l’écouter parler, l’observer se dire. Ce sera pour constater que se manifeste en elle une profonde aptitude à représenter ce que nous sommes, sans malice et sans extraordinaire. Le fait est que 52% de ce que je suis manquait et manque encore largement à la Chambre des Communes. C’est bien pour ça que Catherine McKenna remue si fortement en moi, finalement. C’est qu’elle œuvre à sortir de cette prison archaïque que je lui suis, bien involontairement.

Catherine McKenna

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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La dérive budgétariste du souverainisme québécois

Posted by Ysengrimus sur 15 novembre 2016

Vive-Pays-Basque-Quebec-libre

Il y a quarante ans pile-poil, le Parti Québécois prenait le pouvoir au Québec et tout semblait possible. J’avais tout juste dix-huit ans, je votais pour la toute première fois de ma vie, et on avait fait rentrer Parizeau dans l’Assomption avec vingt milles voix de majorité (son adversaire libéral, un dénommé Comtois, vissé là depuis des lustres, avait perdu son dépôt, cette fois-là). Que de temps passé, que de temps perdu… Salut, solidarité et amitié de la part d’un québécois internationaliste. Je vous convoque ici, sans complexe, à une petite relecture cynico-argentière de l’histoire politicienne québécoise du dernier demi-siècle. On va se donner comme postulat que l’aphorisme suivant, attribué à Maurice Duplessis, est la clef de bien des choses dans une confédération comme la nôtre: Il faut rapatrier notre butin.

On va ensuite froidement envisager que René Lévesque et ceux qui le suivirent dans le demi-siècle agité qui succéda à la fondation du Mouvement Souveraineté-Association en 1968 n’ont jamais vraiment cru à l’idée d’une indépendance nationale viable du Québec. Avec le recul, tout converge en direction de cette hypothèse. Le délai de quatre ans (1976-1980) entre l’élection éclatante du parti souverainiste et le premier référendum sur la souveraineté, le caractère mou, conciliant et brumeux de la première question référendaire, puis l’étapisme, la mythologie des conditions gagnantes, jusqu’à la dérive-distraction xéno-chartiste du gouvernement Marois. Une seule période laisse, avec le recul, l’impression que les ténors du mouvement souverainiste ont pu se prendre un peu au jeu de leur propre propagande, ce sont les années précédant le second référendum sur la souveraineté (1993-1995). Là, la tête a pu leur chauffer passablement, un temps. Mais le cynisme crypto-provincialiste reviendra bien vite.

Il est limpide, depuis un moment, à quiconque procède à l’analyse adéquate de la situation politique dans les sociétés de classes que ces chicanes de souveraineté nationale sont des chicanes de bourgeois, relayées par des partis bourgeois opérant dans un cadre de représentations bourgeois et vivant, en parallèle, en synergie, la crise contemporaine de ce cadre de représentations, de plus en plus assisté économiquement. À partir du moment où on postule que personne, côté québécois, ne croit vraiment à la possibilité effective d’une réalisation concrète de la souveraineté (chez les décideurs bleu-et-blanc, hein. Vous et moi, c’est autre chose. On y a cru. On en a rêvé du pays. On dormait profondément), le souverainisme québécois change subitement de visage. De «projet de société» (pour reprendre le mot du temps), il devient épouvantail pour faire peur au gros voisin bourgeois d’en face. Graduellement le souverainisme a cessé d’être une anticipation programmatique pour devenir, plus prosaïquement, un lobbying au ras des mottes, et au présent.

Attention, important. Je ne crois pas qu’il y ait eu là-dedans quelque chose d’occultement orchestré ou de sciemment et/ou cyniquement décidé. Je crois bien plus que c’est venu, par effet de repoussoir colonial, de la poussée réactive des fédéraux qui, involontairement (puis, eux aussi, de plus en plus volontairement), ont joué du soufflet sur le feu de camp souverainiste. Les Burns, Landry, Lazure, Laurin, Payette, Parizeau et Lévesque en bois brut de 1969-1979 ont pu, un temps, vouloir mettre en place une sorte de souveraineté-association bizarre avec le reste du Canada. Récolte maigre et difficultueuse, sur fond de «il y a pas d’argent pour ça dans le contexte de crise actuelle» (elle date d’un bon moment maintenant, la bien commode rhétorique de la crise). Mais le déraillement et l’apparition du vrai développement de la péréquation perverse sont apparus lors de la mise en place du premier référendum sur la souveraineté. C’est alors et alors seulement que les torrents de fric Pro-Can et Pro-Non ont submergé le Québec. Soudain l’esprit ratoureux du colonisé s’est pris dans la gueule et dans le cerveau l’angle d’approche qui allait torvement s’imposer dans les vingts années suivantes (1980-2000). La négociation de bon ton n’attire que de l’austérité et de la pingrerie budgétaire. C’est le danger d’une manœuvre politique de grande envergure adéquatement démagogisée (en italique ici: la définition du mot «référendum» dans le cadre anti-citoyen de la politique bourgeoise) qui subitement a ouvert les puissantes vannes à fric du Canada. Car, effectivement autant que perversement, l’argent Pro-Can et Pro-Non fut, l’un dans l’autre, de l’argent «pour le Québec», déversé au Québec et dont toute une faune québécoise profita largement, si ta tunique était de la bonne couleur naturellement. C’est ainsi que, dès 1980, implicitement du moins, tout fut dit. Après la défaite du référendum de 1980, le pli budgétariste du souverainisme québécois était pris. Oh, regarde donc ça! Quand le gros gorille bleu brassait sa cage assez solidement, le geôlier en rouge se mettait à lui jeter des bananes pour qu’il se calme un moment.

L’alternance politicienne québécoise de la période 1980-1995 fut marquée au coin de cette dynamique veule. Voter pour le Parti Québécois tendait, fantasmatiquement ou réellement, à augmenter les possibilités de péréquations fédérales. Voter pour le Parti Libéral du Québec correspondait à une accalmie fiscale dont le Canada anglais profitait pour récupérer partiellement sa mise tant financière que politique. Le summum de cette mesquinerie politico-budgétaire fédérale fut le fameux échec de l’accord du Lac Meech en 1990, trahison perfide menée de main de maître hypocrite par le Canada fédéraste sous le nez pointu et blêmissant d’un Robert Bourassa ouvertement flouzé par les limitations intrinsèques de sa propre conciliance fédéraliste. Le référendum de 1995 marqua à la fois une culmination et une fracture de cette solution fédérale du Throw money at the problem. Effectivement, les coûts pour casser ce second référendum furent si pharaoniques et les malversations furent si virulentes que cela déboucha frontalement sur le ci-devant Scandale des Commandites. La perversité budgétaro-souverainiste du colonisateur et du colonisé ouvertement coalisés contre leurs populations culmina, mais aussi déborda, en 1995. Après ça, effectivement, quelque chose se cassa dans la machine de péréquation perverse des nationaleux et des fédérastes subtilement collusionnés. Une autre phase se préparait.

C’est que, quelque part à Ottawa, s’installa la conscience politicienne du fait que ce qui était coûteux en pognon de transferts pervers et réactifs ce n’était pas le souverainisme comme émanation philosophico-fantasmatico-culturelle du peuple québécois mais bien le référendum comme action politico-démagogique effective d’un certain parti québécois spécifique. C’est donc le référendum qu’il fallait verrouiller, pas le souverainisme. On lança donc, circa 1997, depuis Ottawa, la Loi sur la Clarté référendaire (parachevée en 2000), une limpide obligation zigouillant à la fois les libellés de questions et les pourcentages recevables de réponses favorables. Québec contesta cette doctrine mais un fait reste. Statistiques en main, il est désormais impossible pour le mouvement souverainiste québécois de remporter un référendum qui rencontrera les critères «légaux» de «clarté» des fédéraux. Un troisième référendum sur la souveraineté est conséquemment une cause foutue. Perdu, il assommera le mouvement souverainiste pour toujours. Gagné, selon les critères québécois, il ne rencontrera pas les critères de clarté des fédéraux et débouchera sur une absence de reconnaissance par Ottawa, débouchant elle-même éventuellement sur un rapport de force qui finirait à l’avantage du Canada anglais, quitte à faire entrer l’armée canadienne dans les grandes villes québécoises, comme lors de la crise-prétexte d’Octobre 1970. La merveilleuse démocratie mythico-démago ronron des grandes causes coûte finalement trop cher à étrangler en affectant de jouer le jeu (et en le trichant de facto au fric). Vaut mieux désormais, pour les fédéraux, restreindre la susdite démocratie par de la législation corsetant solidement les référendums du futur. C’est plus autoritaire mais bien moins coûteux en pognon et en scandales de combines de financement occulte Pro-Non (coûts et saletés politiciennes dont même la population du Canada anglais commençait à s’émouvoir). Le référendum comme serrure ouvrant les vannes à fric fédéral est désormais une option solidement verrouillée. Ou alors la clef est cassée, ou cachée, ou elle a été gobée par Stéphane Dion. Choisissez votre métaphore. La propagande des capitaines de milice, notamment sous Pauline Marois, fit ensuite le reste pour bien présenter, abstraitement et comme axiomatiquement, le référendum comme un comportement coûteux, démobilisateur, diviseur, bâdrant, encombrant et inutile. Finalement, le principe reste: un peuple occupé ne se libère pas pacifiquement de son occupant. Et… pour ce qui est de se libérer «belliqueusement», rien ne s’est arrangé non plus sur cette avenue là depuis 1837-1838.

Ceci dit, la dérive budgétariste du souverainisme québécois ne s’arrête pas là. Elle continue de se déployer, mais désormais en une dynamique insidieusement inversée. Sur fond de désaffectation souverainiste de la jeunesse (jeunesse qui, de fait, est plus sociale que nationale, ce que j’approuve totalement), les fédéraux la jouent maintenant dans le sens contraire, un peu comme avec un oléoduc dont on inverserait la direction du flux. On vous inondait de fric pour vous garder dans la fédération quand votre fond populaire était souverainiste, on vous impose l’austérité budgétaire maintenant que votre fond populaire ne vous suit plus et qu’on vous tient. Les partis fédéralistes provinciaux, le Parti Libéral du Québec (actuellement au pouvoir à Québec) et la Coalition Avenir Québec (seconde opposition) sont donc profondément fiscal conservative. Pendant que le gouvernement fédéral canadien se prépare sans broncher à payer un milliard de dollars (ou plus) pour le brise-glace Diefenbaker (et fricote d’autres dépenses pharaoniques, surtout dans les secteurs militaires, dont je vous épargne le lassant détail), le Québec ne doit pas attendre trop de la péréquation contemporaine. Alors que le capitalisme occidental en crise se financiarise chroniquement et devient de plus en plus un glorified assisté budgétaire, sur la scène fiscale québécoise c’est: plus de référendum souverainiste plus de brasiers socio-politique à éteindre, plus de brasier socio-politique à éteindre plus de fric déversé en urgence dans la bucolique vallée du majestueux Saint Laurent. Bien circonscrit dans cette dynamique bourgeoise sans solution radicale, François Legault compare de plus en plus, sans complexe, son parti à l’Union Nationale de Duplessis. Il entend très ostensiblement la jouer sur le ton du Il faut rapatrier notre butin post-duplessiste face à un Parti Libéral du Québec, fiscalement plus docile envers les fédéraux. En même temps et du même souffle, la Coalition Avenir Québec veut paraitre plus à droite que la droite pour bien plaire à la bourgeoisie affairiste des deux nations. Elle fait donc co-exister son post-duplessisme de ton avec un discours très abruptement fiscal conservative. On a pas peur des paradoxes doctrinaux à droite… si ça paie. Et puis, est-ce vraiment si paradoxal, finalement, que d’allier nationalisme et conservatisme?

Le gorille bleu va continuer de brasser sa cage coloniale flacotante quoique bien verrouillée. Le tapage, les grognements et les (quelques) bananes y seront encore. Dans le cerveau embrumé du gros singe ahuri, seule la souveraineté nationale va passer graduellement de grand espoir bourgeois à grand rêve bourgeois oublié. Le déclin parlementaire du Parti Québécois (je lui donne encore dix ans de survie. Il pourrait même retourner niaiser au pouvoir) symbolisera graduellement la mort lente d’une idée qui, depuis le départ, était, au pire mensongère, au mieux illusoire… en tout cas colonialement fallacieuse. Corse, Écosse, Catalogne, Guadeloupe, Pays Basque, Québec, prenez acte. L’Occident ne s’intéresse à la «souveraineté nationale» que si cela sert localement ses intérêts crasses, sans plus (Ukraine, Sud-Soudan… n’épiloguons pas, ça deviendrait vite parfaitement grotesque).

parti-quebecor

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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