Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Posts Tagged ‘Québec’

Il y a longtemps, les animaux parlaient aux hommes

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2021

Denis Thibault (Namun), Il y a longtemps, les animaux parlaient aux hommes, 2019.

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Il y a longtemps, les animaux parlaient aux hommes
Et ils leur écrivaient aussi, avec leurs pas
Dans la neige et dans la mousse. En somme
C’était des temps où on ne se taisait pas.

C’était l’époque où on s’amenait des nouvelles
Au sujet des grands vents et des pistes de chasse
Pas de contrats alors, pas de profits, pas de gabelles
Seulement les paroles libres, celles que le vent efface.

Les animaux sauvages parlaient à l’homme de leur chair
Et l’homme leur parlait des premières cuissons
Les animaux en forêt sifflaient à l’homme leurs petits airs
Et ce dernier ne répondait pas encore: domestication.

Puis, il a fallu que la peau du castor et du loup
Devienne une pelleterie, objet de convoitise.
L’homme et les animaux ne se parlent plus, du coup.
Désormais, entre eux, le silence étranglé du collet est de mise.

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Tiré de Namun et Ysengrim, L’IMAGIAIRE TSHINANU, Denis Thibault éditeur, 2019.

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SUR MON CORPS INCERTAIN (Jean-Pierre Bouvier)

Posted by Ysengrimus sur 7 janvier 2021

Je suis inquiet et surmené par la bohème
J’ai trouvé un mot une tournure de phrase
J’ai trouvé le mot celui de demain
J’ai senti le temps j’ai perdu le mien
(p. 27)

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À l’instar de son préfacier, notre respecté camarade le Poète Prolétaire, le poète, acteur et musicien Jean-Pierre Bouvier (qu’il ne faut pas, d’autre part, confondre avec le comédien français homonyme) est avant tout et par-dessus tout un baladin social. La date de parution de ce recueil (2012) n’est pas anodine. Le grand conflit étudiant du début de la dernière décennie est une des sources d’inspiration directes de la poésie de Jean-Pierre Bouvier. Il y fait allusion à plusieurs reprises au sein de cet opus. Mais la réflexion de critique sociale de ce slammeur et guitariste tonique et solide prend aussi de la hauteur. C’est que l’homme est aussi philosophe. L’homme est donc un critique pour l’homme…

Singe ou sapiens?

Applaudir le singe
Qui se met debout
Il marche dans la steppe
Se cache dans les houx

Applaudir sapiens
Qui grogne comme il peut
Il ramasse du bois
Il sait faire du feu

Applaudir l’homme
Qui sait faire la guerre
Avec des avions
Des bombes nucléaires

Applaudir les financiers
Qui spéculent sur le blé
Ils affament les terriens
Avec des liasses virtuelles
(p. 59)

Le ton est donné. Et en ce qui concerne la référence militante à notre vie sociale, on découvre ici le travail d’un citoyen planétaire. Soucieux d’une modification radicale et méthodique des replis du monde, la quête poétique s’y associe. Comme avait dit Plume Latraverse autrefois: Y a plus de frontières, y a que la planète. Et la planète, c’est nous tous, modestement, et intimement.

De petits jours

Sur ma planète il y a
Un feu de bois
De petits doigts
Comme les miens,
Et une femme.

Sur ma planète il y a
De petits jours,
Pour mes vieux jours,
De petits pas,
Et de l’amour.
Sur ma planète nous faisons,
Simplicité avant tout,
Pour les poupons de la nuit,
Qui ne dorment pas dans nos lits,
Sur cette Terre.

Sur ma planète nous sommes,
Tous entre nous,
Dans une danse,
Aux alentours,
Sainte famille.

Dans nos villages assis,
Contre les uns et les autres,
Nous désirons la même chose.
C’est le velours d’une rose,
Et c’est ainsi.
(p. 73)

Tourné vers le monde, le travail du poète est aussi ici tourné vers le soi. Introspectif, atteint profondément par la crise intérieure qui est l’effet en retour permanent de la crise du monde, le poète parle souvent de soi, de son vécu, de son parcours, pour articuler les éléments d’analyse sociale qu’il mobilise et revendique. Ancien chimiste, diplophore bardé et chamarré, dépositaire sereinement renégat des poncifs de la recherche bon teint, il nous laisse à lire, avec une originalité peu commune, cette saine critique de la ci-devant recherche et des ci-devant savoirs, qui fait tant sentir que l’université mène à tout… pourvu qu’on en sorte.

Je savais tout sur rien

C’était ma vie
C’était mon
Pain je savais
Tout mais
Tout sur rien
J’en ai trop
Fait j’étais
Trop pris
Dans des
Détails
Sciatiques
J’ai fait le
Fou sur
Le chemin
De la
Recherche
Empirique
Hors d’elle
Point de
Salut croyais-je
Je dois faire
Comme si
Je n’en
Avais pas
Fait.
(p. 49)

Sur la base de ce regard vif —et, notons-le au passage, assez peu fréquent dans le champs poétique contemporain ou hérité— le poète penseur produit aussi une expansion armaturée et configurée vers une corrosion philosophique de l’être fondamental et de la gnoséologie implicite. Nous continuons tant et tant de vivre des temps profondément irrationalistes. Nous continuons tellement de barboter dans l’obscurité intellectuelle et la crosse mentale permanente et omniprésente. Tout s’y oppose pourtant: avancées scientifiques, développement des technologies de l’information, mémoire collective et intelligence artificielle, unification politique, pacifisme implicite, critique immanente de plus en plus virulente du capitalisme. Et pourtant une poisseuse pulsion endémique d’obscurantisme et de sottise constitutive fleurit impitoyablement. La raison n’est vraiment pas au zénith, par les temps qui courent.

 L’hiver de la raison

C’est la mort de la pensée
C’est l’hiver de la raison
Je croyais pouvoir aimer
Malgré toutes ces tensions
Quand je me fais des reproches
Quand mes attentes sont élevées
Tout mon être s’effiloche
Et je perds mes qualités
Quand s’enfilent les minutes
Et que rien ne m’apparaît
Mon cœur amortit la chute
Et le verbe disparaît
Non je n’ai plus rien à dire
Toutes mes idées ont fui
Il ne me reste qu’à chérir
La nature qui me séduit
(p. 22)

Cette irrationalité de système, rampante, vernaculaire, sentie, charrie fatalement son lot d’indigences intellectuelles et d’incuries diverses et éparses. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés… Toutes les activités mentales et savantes en sont affectées. L’art n’est pas épargné. La poésie n’échappe donc pas non plus au cloaque. Elle s’enlise dans le magma des idées vagues et convenues, incompréhensibles, prétentiardes et songées, dont le roulement s’intensifie au cœur de l’usine à saucisses bourdonnante et convulsionnaire des élucubrations absconses.

L’An de 5 à 7

Éclosion d’idées vagues
De mots innocents
Début difficile
Chemin de labeur
Effort culminant
Quelque part
Dans l’avenir
Au coin du feu
De l’intensité
Du goût de vivre
Malgré l’auteur obscur
Cercle restreint
Regards hautains
Élucubrations absconses
Poèmes austères
Critères verbeux
Crevaison critique
Image de marque
Concert de louanges
—L’incompréhension
Est payante—
Vers amers
Adulé [sic]
(p. 48)

Portons le chapeau s’il nous épouse le crâne percolant. Sans hypertrophier l’ego et ses stigmates tourmentées, Jean-Pierre Bouvier reste un poète qui dit Je et ne s’excuse pas de le faire (voir notamment ci-haut, notre exergue). Rythmée, heureuse en oralité, sa poésie, diverse et innervée, est fluide dans ses canaux d’inspiration. Et elle émet une solide exploration formelle. Le travail d’écriture est, toutes sommes faites, résolument moderniste. Il construit par touche une textualité particulièrement originale.

Chemin incolore

Dans la noirceur flétrie
Des fins de jour abîmées d’habitudes
Je grisaille contre les murs éternels
Comme l’ennui
Le tapage du néant
Me pèse et les sons
Étourdissent ma moisissure de vie
Accroupi
Croupissant
Angoissé
Fainéant
Je brûle une dernière phase
Vidé par maître Réel
Qui roule en bobine de film
Vidé par les voisins qui me raillent
Je dessine du nonchalant
Dans le sable
Un autre vaccin
Pour un chemin incolore
(p. 62)

La poésie concrète est aussi au rendez-vous, ainsi que notre fond intertextuel canadien et québécois. Le poète mobilise ce dernier avec beaucoup de fraîcheur et de joie, donnant à lire des moments d’une singulière authenticité d’outre-ville. Avec les vieux mots, les anciennes rimes, j’arrive trop tôt, j’arrive trop tard… avait dit Gilles Vigneault…

Vers seize heures

Je cherche un coin
Où je pourrais faire un jardin
Y travaillant en chansons
La mémoire de mes ancêtres
Et l’hiver…? Je serais
Ébahi par l’étonnante musique
De la chute des flocons

Vers seize heures à l’orée du soir
Les deux pieds près du poèle [sic]
Dans la chaleur suave
D’un petit chalet
Nous trinquerons à la fraternité!
(p. 67)

L’ancien et le moderne se rejoignent toujours un petit peu, quand l’action et la réflexion touchent du bout des doigts ce qui est fondamental. Le recueil de poésie Sur mon corps incertain — Slams, Brefs, Poèmes, Rotrouenges et chansons contient 48 poèmes. Il se subdivise en cinq petits sous-recueils ou parties: Sur mon corps incertain — Slams (p 17 à 32), Cœur battant — Brefs (p 33 à 52), Le blé de mon âme — Poèmes (p 53 à 62), Une Nouvelle Nouvelle-France — Rotrouenges identitaires (p 63 à 67), Donne-moi une cible — Chansons (p 69 à 87). Ils sont précédés d’une citation d’exergue (p. 7), de remerciements (p. 8), d’une dédicace (p. 9), d’une table des matières (pp 10-11), d’une préface de John Mallette, le Poète Prolétaire (p 13), et d’une introduction de Richard de Bessonet (p 15). L’ouvrage se conclut sur un Épislam (p. 89), une Annexe contenant la retranscription avec notes de musique pour guitare d’une des chansons du corps du texte (p. 91), et de douze notes de fin de texte (pp 93-94). La quatrième de couverture renseigne succinctement sur la biographie du poète et sur les motivations de son travail. L’image de couverture est un montage visuel incorporant une photographie en couleur du poète à la guitare. Une seconde photographie en couleur du poète figure sur la quatrième de couverture. Les deux rabats du rebord de couverture sont décorés de deux textes figurant dans le corps de l’ouvrage (les poèmes Cœur battant et Fresque).

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Jean-Pierre Bouvier, Sur mon corps incertain — Slams, Brefs, Poèmes, Rotrouenges et chansons, Les Éditions Poèmes et Slams, 2012, 94 p.

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De nos nuits de Noël

Posted by Ysengrimus sur 25 décembre 2020

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De nos nuits de Noël
 
François, t’en souvient-il de nos nuits de Noël
Quand l’âtre dévorait les papiers de cadeaux,
En pleurant ses reflets vifs, chauds et irréels
Sur le sapin de fer et sur les vieux rideaux?
 
François, t’en souvient-il de ces nuits fantastiques,
En poussant tes camions tout neufs et tout chromés?
T’en souvient-il alors combien pouvaient s’aimer,
Dans cent salons vieillots, cent familles uniques?
 
Et Louise et Hélène et maman et papa
Arrachaient l’emballage des quotidiens débats
Pour trouver des présents d’aimance intemporelle.
 
Puis le matin venu, mon frérot, on croisait
Nos grands yeux embués et puis on chuchotait:
Dis voir, t’en souvient-il de la nuit de Noël?

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BLANCHEUR INOUÏE (Diane Boudreau)

Posted by Ysengrimus sur 7 novembre 2020


Soleil
Si jamais le soleil s’éteint dans ta vie
Bouge d’un pas, change ton point de vue
Tu verras
Il était caché mais pas disparu
(p 51)
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Avec le travail dense et velouté de cette poétesse, on est probablement dans la blancheur mais on est surtout, indubitablement, dans l’inouï. La poésie de Diane Boudreau se présente comme une suite de courts textes jouant de sobriété et de dépouillement. Les thèmes abordés touchent le quotidien et la concrétude. Ce sont des poèmes calmes. Un optimisme ambivalent les caractérise. Il s’en dégage une solide harmonie entre poéticité et écriture ordinaire. Les choses se jouent donc souvent entre nos temps et nos espaces à nous.

Janvier à St-Jovite

Neige, neige
Tassée lentement sous le vent
Et sous les longs élans
Des skieurs du dimanche

Douce, douce neige
Feutrée de silence
Accrochée aux grands conifères
Et aux versants les plus secrets de la vallée

Et nous deux
Silencieux
Comme en un sanctuaire
À l’orée du boisé
Si pur

Attentifs
En ces haltes d’azur
Habitées de mésanges
Aux battements d’ailes si vifs
Aux frôlements si légers
Que je n’ose bouger.

(p. 26 — typographie et disposition modifiées)

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Nous voici donc ensemble face aux éléments. Rien ne se nie mais rien ne se donne. Il faut agir mais il faut percevoir aussi, appréhender, ondoyer, ressentir. Il n’est pas question de postuler le lisse ou le facile. L’écriture semble facile. Le monde qu’elle évoque le sera fatalement moins. C’est qu’un rapport problématique spécifique s’établit envers les forces contraires.

Dans la nuit

Je ris et je danse
Ô délice

Mais il se meurt.

Je t’aime, tu m’aimes
Ô bonheur

Mais elle est seule.

Hier c’était moi
Aujourd’hui c’est lui

Et demain…?

Quand donc y aura-t-il assez de soleil
Que personne ne soit dans la nuit?

(p. 15 — typographie et disposition modifiées)

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Optimisme ambivalent. Le monde porte une souffrance et la vibrato de cette souffrance revient sur la poétesse qui, par empathie naturelle mais aussi par harmonie intellective, partage la souffrance appréhendée. C’est pas drôle, c’est pas marrant, c’est lancinant mais la poésie qu’on découvre ici n’aspire pas à se lamenter. Il y a du difficile, du douloureux, du tyrannique même. Mais la sensibilité optimiste de la poétesse la pousse à affronter les forces contraires et à les tourner à son avantage. Aussi c’est: à nous deux, les intempéries.

Promenade au bois

Il pleut… Bon.
Déçu…? Non.

C’est la fête
Aux feuilles

C’est la fête
Aux écureuils.

Bottes, impers
…et hop là!

Les marmottes
Nous voilà!

(p. 31 — typographie et disposition modifiées)

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La poétesse est, de fait, phénoméniste. L’existence est une affaire assumée. On la modifie dans sa périphérie mais on l’assume pleinement en son centre. C’est un traitement non fataliste de la fatalité qui se donne à lire ici. Une joie devant le fait qui s’impose. La poétesse ne plie pas devant ce qu’elle regarde et contemple. Elle tire sa force des particularités définitoires et réjuvénantes de l’existence. Elle le sait: il faut continuer.

Je continue

Un chêne est tombé
C’était mon ami
Ma vie était liée à lui.

Elle l’est encore…

À travers le temps et l’espace
Il sera là
Il veillera sur moi
À se façon.

Je sentirai la force
Revenir en mes membres
En mon cœur rejaillit
Une source nouvelle

Il m’habite déjà
Reprend racine en moi
Et me fera aller plus haut
Plus loin
Je continue pour lui.

(p. 29 — typographie et disposition modifiées)

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La force vient du monde, bien sûr. Mais un regard femme sur ce monde reste un enjeu de première importance. Le travail de l’écriture féminine s’articule depuis les profondeurs tranquilles, les soubassements ordinaires, chez Diane Boudreau. Elle tire sa force de son appréhension personnelle de la nature, du monde, des faits. Mais viennent des moments où cela ne suffit pas. La poétesse se ressource alors au sein du collectif humain. Elle tire sa force de l’humain. Elle tire aussi sa force des particularités cruciales de la sororité. C’est le stable et solide chemin de Talie.

Talie

Femme-flamme
Yeux de braise

Talie
D’où que tu viennes

Toutes les femmes
Mère fille fée
Fière Indienne

Fille du vent et de la terre

Toutes les femmes
Sont en toi

Talie
Toute la vie…
Scellée.

Précieux cristal
Au jardin de lumière.

(p. 52 — typographie et disposition modifiées)

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Le jardin de lumière se centre sur ce précieux cristal qui est femme. C’est ainsi que la constellation femme s’installe sans tambour ni trompette au sein de la poéticité fondamentale de Diane Boudreau. C’est ainsi que la poétesse alloue une attention soutenue à ses amitiés féminines.

À la source

Un oiseau de lumière
À la source même s’abreuve.

Notes neuves,
Cristallines

Se répandent dans l’espace
En poussière de lune

Pénètrent jusqu’au cœur de l’être
Y chassant l’amertume.

Claudine

Ton chant
Puissant et pur
Étrange et doux

Nous ravit,
Tel un oiseau du paradis
Venu jusqu’à nous.

(p. 35 — typographie et disposition modifiées)

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Et ceci nous emporte, comme verte tempête des sens et des émotions, au sein de la si virulente et si contemporaine problématique des genres. Le miroir ne se casse pas. Il se gondole, il pleure aussi mais l’un dans l’autre, il se regarde, se voit et s’assume. Avec la femme c’est la communion, le raccord pacifié et ancien de la sororité spéculaire. Le miroir n’est pas en tesson, il est en lagon, en embruns et en guirlandes boréales. Avec l’homme, les résultats sont plus aléatoires. Parfois le verbe se grippe dans le rapport de force sous-jacent et alors, oh, oh, ça ne fonctionne pas fort.

Conversation

Tu retrousses mes phrases, les fait culbuter
Leur donne crocs-en-jambe.

Tu me dépossèdes
De moi

M’étourdis
Me réduis à néant

Comme si la vie
S’enfuyait
De toutes parts
En t’écoutant.

Qui es-tu
Pour me lacérer ainsi?

Et moi
Que suis-je devenu?

Casse-tête oublié
«Modèle à recoller»
Pour tromper
Ton ennui?

(p. 43 — typographie et disposition modifiées)

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Quoi de nouveau sous le soleil et quoi de sec sous la rivière? Mais tout n’est pas perdu et on peut tout de même suggérer que la Guerre des Roses n’aura pas lieu. En effet, le sens de la rencontre chez la poétesse arrive à mieux préserver ses atouts, quand les enjeux se densifient. Il s’agit —vieille lune fatale— de détecter le bon gars. Parfois donc, ça gaze pas fort. Et d’autres fois, ça fonctionne bien mieux.

Avec lui

Avec lui
Point n’est besoin de dire
Ou de chercher…

Tout est là

Dans la simplicité heureuse
Du sublime ordinaire

Enfin mon cœur repu
Suis arrivée au puits
Je bois
Mon infini perdu.

(p. 27 — typographie et disposition modifiées)

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C’est avec la mise en place du sublime ordinaire que se rapatrie mon infini perdu. C’est là un aphorisme de sagesse. Le recueil de poésie Blancheur inouïe contient 33 poèmes. Il se subdivise en quatre petits sous-recueils: Voyage (p 11 à 21), Jusqu’au puits jusqu’à la source (p 23 à 37), M’ancrer à la vie (p 39 à 53), et Avec le temps dans ma main (p 55 à 72). Ils sont précédés d’une dédicace (p 7) et d’un texte liminaire de deux pages (en manuscrit ronéo) intitulé Les mots viendront danser (p 8 et 9), et suivis d’une table des matières (p 74 et 75) et de remerciements en page finale. Le recueil est illustré d’une page couverture ainsi que de douze dessins de type encres et fumées (dont la teinte intégrale vire volontairement au verdâtre). Ces illustrations sont de Céline G. Lapointe.

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Extrait de la quatrième de couverture:
Des mots simples, du quotidien, qui, ordonnés à leur manière, transforment les choses, les êtres, et viennent nous rejoindre là où notre âme trouve sa source. Une fois de plus, les encres et fumées de Céline G. Lapointe accompagnent de façon remarquable cette poésie chaude, sereine et d’une grande sensibilité. De très beaux moments de paix et d’harmonie intérieure à vivre et à partager.

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Diane Boudreau, Blancheur inouïe, Diane Boudreau, 1993, 76  p.

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Clément Monaye (essai-fiction)

Posted by Ysengrimus sur 30 octobre 2020

Age is a matter of feeling, not of years…
Washington Irving

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On rapporte, dans la Repentigny d’autrefois, l’histoire biscornue et curieuse, d’un certain Clément Monaye, le bon gars du village du temps. Notre récit débute en juillet 1975. Clément Monaye a alors environ cinquante ans. C’est un petit commissionnaire interlope qui transporte, sur son vélo triporteur, de menus paquets précieux, parfois de bonne tenue, souvent hautement suspects. L’homme ne pose jamais de questions sur ses transports et tout le monde du monde souterrain lui fait confiance parce qu’il est discret, peu loquace et qu’il a une bonne bouille d’honnête citoyen, du genre suavement insondable.

Monaye ne s’intéresse qu’à ses petites commissions. Évidemment, la voix de sa conscience lui susurre souvent qu’un homme de sa stature et de sa génération devrait plutôt se trouver un boulot régulier et cesser de transporter ainsi des colis de haute valeur pour les petits patibulaires du coin de pays. Eh oui, Monaye est un peu comme le vieux Socrate. Il entend une voix dans sa tête, qui le tourmente et lui suggère en permanence de changer de vie. Il n’écoute pas cette voix, pour le coup. Mais ne pas écouter c’est souvent entendre encore plus fort.

Ce jour-là, Monaye commence sa journée, décalée comme à l’ordinaire, vers quatre heures de l’après-midi en se rendant, en triporteur, à la brasserie La Sarcelle. Là, il retrouve les habitués qu’il y fréquente. Des quinquagénaires de sac et de corde dans son genre. Il y a là Norbert Caisse qui parle fort, selon son habitude, Guy Tardivel, Maya du Bélize, Burrough Pelletier et aussi la Traviata de Fond de Cours. Ils sont tous et toutes attablés devant de grosses chopes de bière bien blondes et bien mousseuses. Et ça jacasse sérieusement politique. Tout le monde râle contre le régime Bourassa, crépusculaire, corrompu, magouilleur, indéracinable et insupportablement fédéraste. L’ambiance fataliste est généralisée. Tout le monde, sauf Monaye (qui, lui, aime bien monsieur Robert Bourassa, même s’il ne le dit pas trop fort), juge en conscience que rien ne bougera avant un bon moment et que la vie politique de notre cher Québec séculaire est bien coincée, profondément engoncée, enfargée, dans le béton des compagnies de ciment qui sont de collusion ouverte avec ce gouvernement provincial fendant. La conclusion collective est universelle. Rien ne change. Et conséquemment, il n’est de paradis ici-bas que les paradis artificiels.

Aux vues de ces vues fatalement fatalistes, Monaye se dit qu’il est déjà six heures du soir et qu’il va devoir se mettre sur sa partance s’il ne veut pas complètement perdre sa journée, comme il le fait si souvent. Il quitte donc ses pairs de la brasserie La Sarcelle et se lance sur son vélo triporteur de commissionnaire en direction de son autre lieu de détente favori, le Plessis aux Cèdres Souples. C’est une belle fin de journée de juillet et la soirée s’annonce fort agréable. Arrivé en vue du Plessis aux Cèdres Souples, Monaye saute la chaine de trottoir avec son véhicule et roule sur le gazon raboteux en direction des grands arbres ondoyants. Arrivé sous le couvert des amples cèdres touffus, il laisse son vélo triporteur derrière lui et fait quelques pas en direction de la partie la plus dense du grand plessis, qui, lui-même, trône comme une sorte de bouquet rectangulaire gigantesque, au centre d’un parc urbain encore plus vaste que lui. Le soleil descend déjà sur l’horizon et Monaye se sent comme somnolent. Il s’assoit au pied d’un cèdre et étale ses jambes croisées sur le sol, les mains posées derrière la tête. Il sent qu’il va s’assoupir quand il entend une voix aigre qui lui crie: Monaye, Monaye, arrive icitte, Monaye. J’ai affaire à toé.

Monaye s’avance plus loin dans le plessis aux cèdres et il avise un petit escogriffe en tenue de pilier de discothèques. Le type a les cheveux à la fois gominés et bombés, un complet trois pièces couleur saumon et une cravate fleurie au nœud strangulatoire proéminent. Monaye ne reconnait pas le petit perso mais il s’approche de lui sans crainte. Le type revendique son aide pour convoyer une charge délicate: une enveloppe de buvards d’acide. Le petit pilier de discothèques montre à Monaye deux enveloppes de buvards d’acide. Il en empoche une et tend l’autre à Monaye qui l’empoche aussi. Monaye retourne sur ses pas, enchaine et cadenasse son vélo triporteur au tronc d’un des cèdres du plessis et emboite le pas au petit pilier de discothèques. Ce dernier ne pipe pas mot mais Monaye comprend clairement la manœuvre. Il s’agit de convoyer chacun son enveloppe de buvards d’acide vers un point précis, décidé par le petit pilier de discothèques. Si un des deux convoyeurs se fait capturer, eh bien, au moins la moitié de la cargaison demeure sécurisée. Le vieux truc des navires messagers du Roy Soleil, en somme. De toute façon, en cette soirée estivale magnifique, la ville est déserte. Tout le monde est à la plage ou devant son poste de télé, en train de mater langoureusement la partie de balle aux buts du moment. Le petit pilier de discothèques entraine Monaye vers un endroit que ce dernier ne connait pas, un sombre et patibulaire immeuble rectangulaire.

De l’extérieur, l’immeuble ressemble à un vaste entrepôt. Seule une affiche tapageusement lumineuse épingle un minimum de dégaine festive au lieu. L’affiche dit: La Roulathèque. Monaye entre dans l’endroit inconnu et il est aussitôt frappé par une explosion de la savante combinatoire lumière et son. Une chanson disco à la mode joue à tue-tête. Honte, honte, honte, honte, honte, honte, honte… honte à toi, si tu ne danses pas… et une centaine de garçons et de filles en tenues multicolores font du patin à roulette sur un anneau de béton laiteux, lisse et luisant, illuminé de projos laser en dispersions aléatoires. L’ambiance est tonitruante et tous ces petits farfadets de 1975 donnent nettement l’impression que leur culture disco triomphante confine à l’éternel. Monaye suit le petit pilier de discothèques qui l’entraine dans le bureau de l’ambivalent gérant de la Roulathèque. Les deux enveloppes de buvards d’acide sont déposées sur le bureau de ce patron de gang de vendeurs de rêves qui, goguenard, distribue un buvard d’acide à chaque personne présente. Tout le monde se met à intensivement chiquer du buvard d’acide, y compris Monaye.

L’effet récréatif du sympathique hallucinogène se fait à peine sentir que la voix intérieure de notre Socrate repentignois se remet à vociférer. Elle explique à Monaye que quand il fait ainsi le commissionnaire patibulaire, il doit absolument éviter de se faire payer en nature, car, habituellement, il y perd au change. Monaye veut donc se mettre à expliquer au gérant de la Roulathèque qu’il va devoir lui régler ses services en argent comptant mais le taulier psychédélique vient tout juste de se transformer en crapaud rieur bleu fluo. Deux de ses sbires qui, désormais, ressemblent comme deux gouttes d’acide à des brocolis vert vif agités par des vents contraires, saisissent Monaye par les aisselles et le jettent promptement dehors. Malgré le fait que Monaye se retrouve tout seul dans les ténèbres, le dispositif son et lumière de la piste de patin à roulettes disco continue de le suivre dans sa nuit et de résonner tout autour de lui comme si notre expulsé intoxiqué girait en son centre. Honte, honte, honte, honte, honte, honte, honte… honte à toi, si tu comprends pas…

Monaye va se remettre en marche en direction du Plessis aux Cèdres Souples. Cela lui sera toute une aventure. La Repentigny qu’il traverse maintenant est un univers polychrome, bigarré, onirique, ondoyant. Ce qu’il vit, c’est un voyage, dans tous les sens du terme. Il mettra plusieurs heures à couvrir une distance qui se fait, à pieds, en conditions non récréatives, en cinquante minutes environ. Il finira par percuter son vélo triporteur, toujours enchainé à son arbre au cœur du plessis de cèdres et il s’effondrera dans le vaste bosquet, sous le poids d’un sommeil lourd, encombrant, agité et durable.

Les rayons du soleil matinal papillonnant sur ses paupières closes réveillent subitement Monaye. Il sort de son bosquet et regarde tout autour de lui. Tandis qu’il tourne la tête de gauche et de droite, sa barbe s’encombre dans les branchages du bosquet, qui, lui, semble singulièrement agrandi, comme magnifié. Sa barbe? Monaye se palpe le menton et découvre qu’il porte, en effet, une barbe de trente centimètres de long. Ce n’est pas une postiche, en plus. Quand il tire dessus, elle ne joue pas du tout. Renonçant à s’expliquer ce phénomène post-hallucinatoire, il avise son triporteur. La chaine qui le lie au cèdre est rouillée et le cadenas est si bouffi de rouille, lui aussi, que Monaye ne peut plus y enfoncer la clef. Son véhicule est prisonnier à l’attache. De toute façon, bizarrement, ce zinzin tombe en ruine. Les pneus sont à plat, le panier de bois est vermoulu et fendillé et la chaine et le pédalier sont desséchés et eux aussi bouffés par la rouille. Qu’est-ce qui se passe ici exactement? Mystère. En tout cas, il faudra revenir plus tard avec un sécateur pour sectionner ce cadenas inopérant.

Comme la matinée est déjà assez avancée, Monaye décide d’aller deviser de sa mésaventure vespérale avec ses compagnons et compagnes de la brasserie La Sarcelle, qui sont déjà certainement attablés. Il se rend à pied au point de rencontre des bons amis de toujours. Mais il a l’impression de littéralement continuer d’halluciner, comme hier soir. La ville a grossi. Les anciens bungalows de briques rouges sont recouverts d’un fatras de revêtements modernes, prétentiards et toc, qui semble aspirer à les embellir. Les façades se bombent de baies vitrées bizarres, se compliquent de balcons à rallonges. Les automobiles ont rapetissé et les arbres ont grandi. Qu’est-ce que c’est que ce carnaval? Monaye rencontre des gens mais il ne reconnait personne. Il va de surprise en surprise et ça ne va pas s’arranger.

Arrivé à l’adresse de la brasserie La Sarcelle, il tombe en arrêt devant un terrain vague. Le souvenir esquissé de ruines y perle de ci, de là, entre les herbes folles. Une petite brise ironique met en relief le caractère parfaitement désertique de l’endroit. Approche une jeune élégante, habillée fort étrangement et qui promène un petit chien d’une race extraterrestre. Monaye lui demande ce qu’il est advenu de la brasserie. La jeune dame lui explique patiemment que l’établissement a passé au feu il y a six ou sept ans, un feu de pègre probablement, dit-elle, d’un petit air entendu. Elle explique aussi à Monaye qu’il peut se rendre à la brasserie La Nouvelle Sarcelle, sur le Chemin du Roy. L’ambiance de l’ancien établissement y est reproduite fort honorablement, croit-elle. Monaye remercie la jeune personne, si polie de cette politesse qu’on réserve aux bons caciques ramollis… et il décide de suivre ce conseil avisé.

Se rendre à pieds à la brasserie La Nouvelle Sarcelle, sur le Chemin du Roy, ne sera pas de tout repos. La circulation automobile semble avoir triplé, en une nuit. Ces voitures incongrues sont plus menues mais elles sont aussi plus nombreuses. Sur le Chemin du Roy, c’est pare-chocs à pare-chocs. La brasserie La Nouvelle Sarcelle est bondée. Il y a là une sorte de rallye politique incompréhensible. Tout le monde n’a qu’un nom à la bouche: Lucien Bouchard. Un grand escogriffe portant un gaminet bleu sur lequel est écrit en blanc le mot OUI mène le bal. Il avise Monaye et, pour couvrir le brouhaha agité de tous ces militants politiques, il crie: Toi, le petit vieux fringué comme Elvis Gratton là, tu es fédéraste ou nationaleux? Monaye, qui ne comprend rien du tout à tout ce dualisme tonitruant, semble y déceler comme une baisse de l’hostilité envers son premier ministre provincial favori. Il hasarde donc un: Moi, j’aime bien monsieur Robert Bourassa. Il passe alors à deux doigts de se faire proprement écharper.

Dans la bousculade qui s’ensuit, le gaillard au gaminet bleu au OUI blanc s’avise du fait que l’homme à la barbe blanche de trente centimètres de long ne semble pas avoir toute sa tête. Il lui demande alors d’où il vient. Le vieil homme, que personne ne connait, répond: De Repentigny. Il ajoute: Je cherche mes amis. Le gaillard au gaminet bleu Québec poursuit: Mais qui sont vos amis? Norbert Caisse, répond Monaye. Toutes les personnes présentes secouent la tête légèrement, affichant la plus totale ignorance de qui peut bien être ce Caisse. La Traviata de Fond de Cours, poursuit Monaye. Même silence interloqué. Guy Tardivel… un vieil homme s’approche alors. Guy Tardivel, je l’ai bien connu. Il s’est tué dans une collision frontale sur le Chemin du Roy il y a douze ou treize ans environ. Flottement dans la petite foule. Qui d’autre? Monaye s’approche du vieil homme qu’il ne connait pas: Burrough Pelletier. Le vieil homme: Ah, Burrough Pelletier, le vexillologue, oui… il a quitté Repentigny depuis un bon moment. Il est à Québec. Il travaille aux archives de l’Assemblée Nationale. Atterré, Monaye termine en disant: Maya du Bélize. Je la connais, dit une jeune femme, elle n’est plus jeune jeune elle non plus, un peu comme vous. Elle tient un salon de coiffure à l’intersection des boulevards Brien et Iberville.

Monaye commence tout doucement, inexorablement, à comprendre ce qui lui arrive. Le gaillard au gaminet bleu frappé d’un OUI blanc lui demande, plus poliment: Qui êtes-vous donc monsieur, qui êtes-vous exactement? Un peu paniqué, Monaye répond: Je le sais plus, je le sais plus qui je suis. Je sais surtout pas s’il m’est possible de continuer d’être celui que j’ai été. Puis, devant la douceur croissante de ce groupe de jeunes militants inconnus, il s’enhardit: Quelqu’un ici sait-il qui est… Clément Monaye? On lui répond: Ben, Clément Monaye, c’est le fils de Maya du Bélize, justement. C’est aussi le député provincial péquiste de la circonscription locale. Il est pas ici, ce soir, il milite à l’Assomption. Tout le monde se détend. Le vieil homme mystérieux semble finalement disposer de son assez fiable lot d’affinités péquistes, ce qui est de fort bon augure pour lui en ce beau jour de… juillet toujours. On montre une affiche électorale de Clément Monaye au vieil homme. Il a l’impression de s’y discerner lui-même, en plus jeune, en trentenaire, disons. Il est fort ému d’apprendre qu’il a un descendant dans le coin, un fils, sans doute (si ses souvenirs sont bons, concernant certaines petites batifoles nocturnes avec Maya du Bélize, dans les temps lointains d’Expo 1967). Mais le problème de Monaye reste entier. Il exige alors qu’on lui parle de Clément Monaye, père. Le vieil homme qui avait connu Guy Tardivel et Burrough Pelletier, reprend la parole: Clément Monaye père, on l’a jamais revu. Il a participé à des transactions louches avec la petite pègre des vendeurs de rêves de la Roulathèque, aux temps de l’âge d’or du disco psychédélique et il a fini par disparaitre sans laisser de traces. Ils ont du le calisser dans le fleuve, le pauvre. Monaye s’efforce ensuite de rectifier ces croyances extrêmes, excessives, amplement exagérées le concernant, en les remplaçant au mieux par son histoire extravagante, extraordinaire et pourtant si vraie.

Dans les jours qui suivent, la voix intérieure de Clément Monaye, père, lui dicte de se rendre impérativement à l’intersection des boulevards Brien et Iberville, au salon de coiffure Chez Maya du Bélize. Quand Monaye y entre, son ancienne flamme secrète le reconnait tout de suite et elle établit sa jonction avec lui, sans hésiter une seule seconde sur quoi que ce soit, même pas sur la véracité de son conte crépusculaire fantastique. Le bon Clément a fait une sieste de vingt ans dans le Plessis aux Cèdres Souples et tout est dit. Il y a des lutins et des feux follets dans ce plessis, ça fait longtemps que ça se dit, à Repentigny. Bonjour. Merci. Peu de temps après, Monaye fait la connaissance de son fils, une sorte de commissionnaire lui aussi mais, en sa qualité de député provincial, chargé de commissions bien plus hallucinantes encore et concernant une petite pègre de vendeurs de rêves de bien plus haute volée. Le père et le fils deviennent rapidement des amis inséparables. Le vieil homme ne se rasera plus jamais la barbe et entendra bien moins souvent ses tyranniques voix intérieures.

Et… oui… quelques trois mois plus tard, Clément Monaye père, votera OUI, au référendum malchanceux mais glorieux d’octobre 1995, sur la souveraineté du Québec.

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OÙ VA LE VENT (Raymonde Cloutier)

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2020

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Raymonde Cloutier (2017), Où va le vent, À compte d’auteur, Laval, 336 p [Édition originale: 2007].

On nous présente ici la Grande Noirceur par le petit bout de la lorgnette. Michel Cloutier a une terre, une carrière de pierres et un moulin à scie à Saint-Octave-de-Métis, dans le Bas Saint-Laurent. Il est marié depuis 1910 à Eugénie Charest. C’est un mariage rural tout ce qu’il y a de plus conforme, dans le dispositif traditionaliste du Québec d’antan. Ils seront mariés trente ans. Mais le mariage est infécond et, imperceptiblement, cela le mine. Arrive, à la toute fin des années 1930, une jeune fille engagée de vingt printemps, Marguerite Proulx. Entre la jeune femme fraîche, vive et déliée, qui respire déjà une modernité encore à venir, et son employeur de trente ans son aîné, ce sera le coup de foudre. Ils vivront de beaux et doux moments bucoliques inoubliables… dont l’effet se fait vite sentir. Marguerite est amanchée (enceinte).

Il s’agit donc ici de l’histoire véridique de Michel Cloutier et de Marguerite Proulx, un couple en union de fait, relocalisé de Saint-Octave-de-Métis à Grand-Remous (non pas en Outaouais mais bien toujours sur la rivière Métis, en Gaspésie). Or grand remous, c’est bien le mot car nous sommes maintenant dans les années 1940, dans le vaste diocèse de Rimouski, sous l’autorité unilatérale et ouvertement rétrograde de Monseigneur Georges-Alexandre Courchesne. Vite, le curé de Saint-Octave-de-Métis, le chanoine David Michaud, établira la jonction idéologique et pratique avec son évêché. Il faut dissoudre, intercepter, détruire ce couple illégitime. Il faut convaincre la jeune épivardée de donner son enfant en adoption, convaincre le cultivateur austère de chasser son employée, faire taire les rumeurs villageoises et, pour ce faire, mobiliser toutes les ressources sociologiques du bras ecclésiastique, afin de parvenir à ces fins fatales de rectifications conformistes. Une machine sinistrement huilée se met en marche.

Amour fou, prospective subconsciente, impunité élitaire, anticléricalisme rampant ou soucis désespéré de s’assurer une descendance (ce qui n’est plus possible avec une épouse quinquagénaire et inféconde), il est difficile de se représenter le corps de motivations de Michel Cloutier. Homme en bois brut de son temps, personnage terrible à sa manière, patriarche buté en devenir, il parle peu, n’écrit pas et reste insondable. Il est durablement désavantagé par le fardeau compromettant de ce lien extra-marital, qui est un fort facteur de discrédit, dans l’univers communal forclos de l’époque. Mais, en contrepartie, ce propriétaire terrien industrieux et actif reste partiellement avantagé par la force tranquille du patriarcat dogmatique de ce temps-là. Contre toutes attentes, il garde Marguerite Proulx, enceinte, dans sa maison de campagne. Un étrange ménage à trois, feutré et douloureux, s’instaure. Michel Cloutier, la rage au ventre, est catégorique. Il n’est pas question que son enfant, que ses enfants à venir (il en aura neuf avec Marguerite, entre 1941 et 1953) ne se retrouvent éparpillés, en adoption. Surtout, il n’est pas question d’occulter la réalité cruciale de sa paternité.

Discrétionnaires et discriminatoires, les blattes ecclésiastiques vont alors riposter, en méthode, de façon implacable, insidieuse et durable. Tout le dispositif bureaucratique de l’église catholique va se mettre en branle. Même le pape sera impliqué. Il confirmera très officiellement l’excommunication de cet illicite couple gaspésien. Le banc Cloutier dans l’église du village sera verrouillé. L’accès du couple stigmatisé et de leurs enfants aux sacrements (eucharistie, communion, mariages, funérailles) sera prohibé. Les documents baptismaux des susdits enfants seront systématiquement bizounés (on les enregistrera parfois sans noms de famille ou avec des mentions inanes comme née de parents inconnus et en grappillant des parrains et marraines de sac et de corde pour signer le registre). Tous les espaces de pouvoir que le clergé parasite de sa pesante emprise seront engagés dans l’action ostracisante systématique: chapelle, clinique, école, état civil. La vie du couple illicite en sera durablement perturbée. Ils seront forcés à vivre leur vie maritale et familiale au ban de la société. Pendant des années, le curé Michaud rencontrera périodiquement Michel Cloutier au sommet et le sommera de quitter Marguerite Proulx, de mettre ses enfants en adoption, de se confesser, et de rentrer dans le rang. L’homme et sa solide conjointe ne céderont pas. Ils finiront brisés, non pas par la calotte, instance infâme mais flageolante qui, elle aussi, marche graduellement à sa perte. Ils finiront plutôt brisés par la vie rude de ces temps difficiles et terribles, où gagner sa vie c’était souvent le pire moyen de la perdre.

Cet ouvrage poignant, dont l’écriture d’une grande fraîcheur respire la sincérité autobiographique la plus authentique, est une sidérante promenade au sein du contexte social de cette époque déterminante allant de l’entre-deux-guerres à la Révolution tranquille. Un passionnant regard crucialement féminin jeté sans concession sur une importante et douloureuse portion de l’histoire du Québec.

L’ouvrage contient aussi, en appendice, un petit recueil de 38 courts poèmes abordant notamment des thématiques de critique sociale (pp 310-331).

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Fiche descriptive tirée de l’argumentaire de l’ouvrage:

Où va le vent? L’histoire de Michel et de Marguerite, un couple ayant osé donner naissance à des enfants hors des liens du mariage. Témoignage révélateur de la réalité socio-économique québécoise au temps de la grande noirceur et de l’emprise du clergé catholique sur la vie quotidienne de la Gaspésie, il révèle les démarches de l’évêque de Rimouski, Georges Courchesne, et du curé, David Michaud, pour parvenir à l’excommunication de Michel et de Marguerite, le couple maudit. Toutes les histoires du monde ont leur zone d’ombre et le Québec n’y échappe pas.

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 Raymonde Cloutier (2017), Où va le vent, Édition à compte d’auteur, Laval, 336 p.

Ouvrage disponible chez l’auteure

r-cloutier@videotron.ca

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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CONTRE VENTS ET MARÉES (Mariette Théberge)

Posted by Ysengrimus sur 15 septembre 2020

On ne jette pas des mots sur une feuille de papier
Uniquement pour jeter des mots sur une feuille de papier
(p. 34)

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La poésie de Mariette Théberge se présente comme une suite de courts textes mobilisant une versification libre, déliée et naturelle. Toute prosaïque, elle sonne parfois presque comme de la prose (d’où le sous-titre du recueil: Poésie et prose) La palette est, l’un dans l’autre, diversifiée car, sur un ensemble de thèmes volontairement restreint et dans un style sobre, sciemment convenu mais sans excès archaïques ou académiques, la poétesse avance un travail textuel proposant une fort intéressante jonction entre tradition et modernité. On sait très honnêtement pondérer le lyrisme et le vibrato des émotions.

État d’âme, état d’amour

Entre l’ombre et la lumière
Entre chien et loup
Mon âme vagabonde
Rejoint la rivière

État d’âme, état d’amour
Traîner la nuit
Saisir le jour
Et tout soudain s’évanouit

Pas de deux ou valse des fleurs
Sous l’alcôve se glisse
Le corps de l’amant
Éperdu de tant de liberté

Apprécier la douceur du moment
L’envelopper de sa folie
Consoler sa peine
En prolongeant la nuit
(p. 45)

On sait aussi, tout aussi finement, jouer de poésie concrète, en allant chercher des présentations combinant avec bonheur naïveté picturale, couleurs primaires, mouvements fondamentaux, et tendresse simple de l’évocation.

Vie de quartier

Dans sa cour près de la margelle
Une petite fille joue à la marelle
Allez va! Saute jolie sauterelle

Devant la grande maison blanche assise sur le gazon
Une jeune demoiselle attend son compagnon
Sous le grand érable, presque centenaire
Des petits garçons chahutent sans raison

Des amoureux heureux de se retrouver
Main dans la main vont se promener
Il fait si bon dans le vieux quartier

Sur le pont jonchant la rivière
Maître héron vient se poser
Comme il a l’air fier sur un seul pied
Sur la grande rue et de chaque côté
De magnifiques petites maisons colorées
Qu’elles soient anciennes ou victoriennes
Toutes ont une histoire à raconter

Celle du médecin, du quincaillier
Du forgeron ou du boulanger
Sans laisser en reste le vieux moulin et son meunier
(p. 33)

Le concret, tout comme l’intime, ne prive en rien la poétesse d’un sens assuré du grandiose et de la gravité. C’est que ses thèmes portent une douleur immanente, languissante et cuisante. Cela vous force nécessairement, au moins dans certains cas, à prendre de la hauteur, ou de la distance, ou du recul (historique ou géographique). Il faut savoir souffrir tout en ne geignant pas inutilement et ce… quitte à s’expatrier thématiquement, de temps en temps.

À Frédéric (Hommage à Frédéric Chopin)

Un piano pleure sa mélodie
Triste complainte du temps qui fuit
Une sérénade alourdie par la pluie
Chante le piano, chante sous ses doigts agiles
Comme elle est douce sa mélodie

Joue, Frédéric, joue encore
Joue plus fort encore
Joue les moi tes préludes
Comme jadis du temps de mes études

Le temps est gris à Varsovie
Voici que l’allemand surgit
Va Frédéric, joue encore plus fort
Fais-moi oublier cette guerre et tous ses morts
(p. 38)

Les pleurs nous remplissent le ventre. Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit. Mais la poétesse voit vite à retrouver ses déterminations profondes (la socio-historicité de son peuple, avant celle des autres peuples). Elle retrouve les regards et les cris qui sont ceux de sa terre, de ses berges, de son eau. Le monde naturel est celui auquel Mariette Théberge reste intimement chevillée.

Contemplation

Elle est là devant moi
Je la regarde et je l’observe
Quand elle se berce elle me berce aussi
Si elle tangue je tangue à mon tour
Je la contemple immobile dans la pâleur du jour
Je l’attends, je l’attends
C’est mon ami, ma sœur, c’est la mer
(p. 15)

De fait, dans le travail de Mariette Théberge se fait sentir très calmement, très sereinement, la fameuse touche néo-terroir dont on parle tant, en ce moment. C’est le souvenir, sa prégnance, sa charge purifiée d’évocation qui porte une portion significative des envolées.

Souvenir de ma mère (extrait)

Dans la maison une odeur enivrante
Une odeur d’enfance, un parfum de bonheur
Celui du pain qui cuit qui me ramène au temps de jadis
Alors que je n’étais qu’une jeune écolière
Toutes les semaines, le vendredi matin
Maman cuisait son pain
(p. 25)

Mais aussi (notamment de par l’évocation de la fatalité des cycle saisonniers, un des thèmes centraux de ce recueil) on assiste à la mobilisation dudit néo-terroir dans la manifestation de la lancinance et de la permanence de la douleur. Et, encore une fois, l’intimité avec la nature, le retour en elle, pourrait peut-être un petit peu, ici, nous guérir.

Visions automnales (extrait)

Je regarde immobile et blafarde
S’envoler les oies blanches et les outardes
Emmitouflée dans mon châle de laine
Oh! Comme j’aimerais qu’elles m’emmènent
Pour m’éviter une fois de plus
Que le froid d’octobre me prenne
(p. 58)

On cherche le soleil, on cherche sa chaleur, son ardeur. On ne trouve que le froid. Le livide frisson qui est en nous, tout comme celui que nous impose fatalement l’implacable irréversibilité de l’avancée de la vie en ce monde.

Mars sur terre (extrait)

Je cherche éperdument le soleil
Afin qu’il m’apporte le bienfait tant souhaité
Je continue ma route, avançant lentement
Les arabesques du vent ralentissent mes pas
Mais encore et toujours je défie le froid
(p. 56)

Mais alors quelle est donc cette douleur qui cherche tant à se dissoudre et se perdre dans le flux naturel, à y retourner, en aspirant tant à s’y abstraire, s’y éthérer, s’y apaiser. Une formulation un peu absconse (justement le type de formulation rebattue dont Mariette Théberge a la fine adresse de se tenir bien loin), parlerait peut-être de traumatisme infantile. On évoque plutôt ici la blessure d’un petit oiseau.

L’oiseau blessé

Un petit oiseau à l’aile brisée
Quelqu’un lui a volé son enfance
Brisé son âme et son innocence
Quelle profondeur a donc sa blessure?
Petit être sans défense et sans armure

Petit papillon, toi si gracile
Pourquoi tant de méchanceté, toi pourtant si fragile
Image parfaite de l’insouciance et de la beauté
Petit cœur pur désormais écorché
(p. 27)

Cette cuisante blessure, bon, au mieux, on l’apprivoise, on l’intériorise, on se la fait vibrer dans le ventre. La nature (toujours la nature) nous y aide, crucialement. Cette envie presque viscérale qui nous tourmente finit par faire son chemin en nous, s’y installer, y perdurer, s’y étendre.

La fille de la mer (extrait)

Elle est la fille de la mer
Elle la connaît du plus profond de ses entrailles
Une envie presque viscérale la tourmente
Combien de fois elle a voulu la retrouver
Danser avec elle, laissant porter son âme
Sur les flots mordorés de la lune pleine de l’été
(p. 17)

Mais, au bout du compte comme au bout de la péninsule, il ne faut surtout pas s’illusionner. Tout passe, tout est déterminé, comme condamné, frappé de mort. C’est l’avancée des saisons qui nous fournit, dans sa simplicité atavique, sûre, si parlante, la mise en forme de la conscience acérée de l’infaillibilité du fatal.

Visions automnales (extrait)

Octobre fait déjà apparaître
Ses gouttes d’eau aux parvis des fenêtres
Balayant tout sur son passage
Jusqu’aux derniers soubresauts de l’été
(p. 58)

Devant un tel inexorable (le vieux clown auguste quitte les enfants, le cirque flétri part pour ne plus revenir…), c’est dans une forme fraîche et vive d’entendement abstrait qu’émergera, assez simplement, la sagesse. Ça va, ça va les saisons. On a compris. Les petits oiseaux blessés vont devoir, tourmentés autant qu’enquiquinés, vous traverser jusqu’au moment de terminer leurs trajectoires les pattes en l’air dans le neige. Bien compris, l’inexorable des saisons. Tout bon. Mais, hé, hé, regardez-moi donc ça… il y  a aussi le hors-saison!

Hors-saison (extrait)

Ils [les petits oiseaux — P.L.] s’apprêtent à quitter pour leurs quartiers d’hiver
Refaisant ainsi le chemin à l’envers
Saison morte ou de transition
Tout simplement hors-saison
(p. 59)

Il n’y a pas à chipoter. La sagesse s’extirpe de la roue des saisons. Oui, oui, la voici bel et bien hors-saison. En voilà une solide méthode d’encadrement thérapeutique (si vous me passez le mot) des douleurs de la vie. En voulez-vous une autre? Eh bien, pourquoi pas la profondeur d’un regard plein d’amour?

Profondeur

De la profondeur de ton regard
J’ai saisi la douceur de ton cœur
La grandeur de ton âme
Tel un soleil levant
Sur l’aurore de mon existence
(p. 48)

Dans le cercle sobre, en cheveux mais bien coiffé, de ces quelques éléments thématiques, en tranquillité, en force, Mariette Théberge nous convoque à une rencontre simple, fraîche, unifiée. Une rencontre où la rusticité de vie touche la sagesse des nations tout autant que le bonheur de formulation s’articule dans une langue simple, pour une poéticité bien tempérée. La langue, elle aussi, ici, porte un châle en attendant l’hiver et —surtout— en parlant parlure… Sur ce point, justement, avez-vous votre préférence?

Les mots (extrait)
Préférez-vous des mots de tous les jours?
Au revoir à bientôt merci ou bonjour
Sans les mots nul écrit
Sans eux que deviendrait la poésie?
(p. 34)

Rien à redire qui ne soit redit. La poésie est ici. Vu que ce qui se dit se dit. Il faut tout juste lire. Le recueil de poésie Contre vents et marées — Poésie et prose contient 41 poèmes. Il se subdivise en cinq petits sous-recueils ou Parties: Vivre en ce pays (p 11 à 17), À ma famille (p 21 à 30), À mes amis poètes (p 33 à 38), États d’âme (p 41 à 51),  et Les saisons de ma vie (p 55 à 61). Ils sont précédés d’une préface de John Mallette intitulée Lueur de printemps (p 5) et d’un texte de remerciements (p 6-7). La quatrième de couverture renseigne succinctement sur la biographie de la poétesse et sur ses influences premières en poésie. L’image de couverture est une photographie prise par Léona Gauthier et représentant le quai des Escoumins. Une photo en noir et blanc du grand-père de la poétesse apparaît dans le corps de l’ouvrage (p 22).

Mariette Théberge, Contre vents et marées — Poésie et prose, Mariette Théberge, 2014, 63 p.

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Il y a trente ans, CORMORAN

Posted by Ysengrimus sur 7 septembre 2020

Raymond Legault dans le rôle de Pacifique Cormoran

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Il y a trente ans (1990-1993), je me délectais d’un excellent téléroman traditionnel, mes Belles Histoires des Pays d’en Haut à moi. Il s’agit de CORMORAN de Pierre Gauvreau. Je dis traditionnel, c’est notamment à cause du rendu visuel de la chose. Filmé en prise réelle, sur les rives du fleuve Saint-Laurent, à la hauteur de Kamouraska, le feuilleton multiplie les scènes extérieures ainsi que les tableaux de la vie quotidienne traditionnelle. Les portes s’ouvrent et se ferment en claquant, on y mange pour vrai, les chevaux tirent des carrioles l’été et des traîneaux l’hiver. Un peu comme dans les tableaux de Cornelius Krieghoff, on y expose méticuleusement les scènes de vie domestique, de travail et de loisirs d’autrefois.

Nous sommes dans les dernières années de l’entre-deux-guerres (1936-1939) et nous suivons la vie ordinaire (quotidienne, sociale et politique) des citadins de la petite commune (fictive) de Baie d’Esprit. Ce village riverain, dont la croissance s’accélère tout doucement, semble avoir été initialement fondé autour du Domaine Cormoran, grande propriété terrienne riveraine dont la famille héritière, les Cormoran, dirige une seigneurie à l’ancienne, contrôlant un certain nombre de fermes avoisinantes s’adonnant principalement à l’élevage du mouton. L’origine de cette famille Cormoran, l’équivalent le moins incertain d’un rameau aristocratique dans ce beau et immense voisinage colonial, est cependant fort obscure. Une hypothèse veut que l’ancêtre s’appelait Corcoran (nom irlandais assez usuel, commun même) et qu’il ait été une sorte d’aigrefin des battures. Écumeur de grève, il aurait accumulé son capital primitif en pillant les navires en perdition qui s’échouaient sur les hauts-fonds rocheux du fleuve. Des langues plus fourchues encore (il n’en manque pas dans les environs) vont même jusqu’à susurrer que le forban Cormoran d’origine aurait fabriqué de faux phares pour provoquer sciemment l’échouage desdits navires en perdition. Quoi qu’il en soit, tout cela se perd un peu dans les brumes de la légende.

Ce qu’on a aujourd’hui, c’est un grand domaine foncier un peu vermoulu tenu par les trois membres survivants de la descendance Cormoran, dont la trajectoire de vie entre 1936 et 1939 forme l’armature principale de la trame du feuilleton. Mademoiselle Bella Cormoran (Nicole Leblanc) est la sœur aînée du trio. C’est la noblaillonne coloniale guindée type, arrogante et cassante au possible avec son personnel de maison comme avec les membres de sa famille et ses concitoyens du village. Bella Cormoran est rien de moins qu’une sorte de duchesse des battures et son attitude roide et hautaine autant que le prestige encore vivace de sa maison impose aux alentours un respect parfois béat parfois grincheux mais, l’un dans l’autre, assez solide. Mademoiselle Cormoran est célibataire et montée en graine, ce qui n’empêche pas certains partis de conséquence de continuer de rêver, dans le voisinage, de la faire un jour convoler. Sa sœur puînée Angélique Cormoran-Lafond (Mireille Thibault) est une boulotte effacée aux grands yeux papillonnants, qui ne cultive en rien les allures d’aristo guindée de sa sœur. Mariée à un roturier local du nom de Germain Lafond (Guy Mignault), Angélique vit dans un des logis du Domaine Cormoran et est largement terrorisée par la tyrannie de Bella, qui la traite, elle, comme une de ses fermières et son mari comme un de ses journaliers. Le seul atout dont dispose Angélique pour se supérioriser auprès de Bella, c’est l’intendance de la sensualité. Angélique est une bonne vivante qui mange copieusement et baise allègrement, dans l’intimité sacrée du mariage, et qui ne se gène pas pour rappeler à Bella (que maints démons secrets dévorent d’autre part) les joies de la vie maritale, notamment dans sa facette nuptiale. Le frère cadet des Cormoran c’est Pacifique Cormoran (Raymond Legault). Cumulant les fonctions de médecin et de dentiste du village de Baie d’Esprit et du Domaine Cormoran, Pacifique est le digne dépositaire de la pensée rationaliste et progressiste dans le village. Astronome amateur, il dispose, sur le Domaine Cormoran, d’un petit observatoire avec télescope dans lequel il se retire fréquemment et passe souvent la nuit, en harmonie avec le cosmos. Cette harmonie cosmologique du très respecté (et un tout petit peu condescendant) Docteur Cormoran se complique d’un facette plus trouble. C’est que, la nuit, dans son observatoire, il retrouve souvent, pour de grands ébats passionnels, Mariette Savard (Margot Campbell), intendante, servante et bonne à tout faire du Domaine Cormoran. La servante Mariette est vingt ans plus vieille que le Docteur Cormoran (Madame Campbell, une routière des téléromans québécois, tient, à 55 ans le rôle avec brio. Elle est magistrale et sa beauté sobre, roide et digne est inaltérée). L’idylle est secrète et fait jaser à mi-mots tant sur le Domaine que dans le village. Pacifique Cormoran est un amant honteux. Il n’a jamais voulu assumer cette relation au grand jour et cela suscite beaucoup d’acrimonie chez Mariette qui, sporadiquement, essaie au mieux de s’extirper de ce piège sans issue de l’affect. Un des personnages clefs de ce feuilleton, Mariette Savard vit dans une frustration permanente. Elle se fait traiter ostensiblement comme une soubrette par la très dédaigneuse Bella Cormoran et furtivement comme une houri thérapeutique par Pacifique Cormoran. Mariette Savard ronge son frein à Cormoran mais la roue de l’histoire fera éventuellement tourner les choses à son imprévisible avantage.

C’est qu’à partir de la Guerre Civile Espagnole (1936) la roue de l’histoire va se mettre à furieusement girer, au village de Baie d’Esprit. On a maintenant des camions de transport, des automobiles, le téléphone et la radio, au village. On s’intéresse de plus en plus au rythme effréné des tensions internationales. Le vieux journal hebdomadaire n’est plus la seule source d’information sociale et politique. Le susdit journal du village s’intitule L’Idée. Il est tenu par un vieux libre penseur à l’ancienne, Flamand Bellavance (René Caron) qui cumule, un peu poussivement, les fonctions de journaliste d’investigation et de typographe. Son épouse (qui assume aussi les positions de cheffe du bureau de poste et de secrétaire médicale du Docteur Cormoran), son fils et sa fille l’aident avec ce travail journalistique toujours patient et intensif. Ladite fille, Flavie Bellavance (Danielle Leduc), jeune jouvencelle moderne et faussement naïve, tirera elle aussi son épingle du jeu fort astucieusement, dans toute cette aventure. Doucement, tout se précipite. Les nouvelles locales circulent désormais plus rapidement que ne parait le journal. Certains prolos du village envisagent de joindre le Bataillon Makenzie-Papineau, en Espagne. La politique mondiale imprime graduellement sa marque de fer sur la vie villageoise. Ainsi Clément Veilleux (Raymond Bélisle), boucher de son état, est un ancien lutteur de foire et sosie passable du dictateur Benito Mussolini. Il n’en faut pas plus à ce personnage bravache et narcissique pour se mettre à se prendre pour rien de moins que le Mussolini du Bas Saint-Laurent. Il lance une organisation de chemises bleues et entreprend d’implanter localement les idées d’Adrien Arcand et de la Ligue Fasciste du Canada. Cela fait branler dans le manche un autre notable du village, Hippolyte Belzile (Normand Lévesque). Ce dernier est un commerçant matois, enrichi par la crise de 1929 (il y en a eu) et propriétaire, entre autres, de l’Hôtel du Grand Cormoran ainsi que du bistrot attenant. Financier discret et investisseur foncier en moyens, Hippolyte Belzile rêve de racheter le grand domaine fermier à la famille Cormoran, attendu qu’il juge qu’il pourrait le rentabiliser bien plus efficacement que ne le font les petits aristos crispés de la batture. Donatienne Belzile (Francine Ruel) son épouse, est une snobinarde se voulant mondaine mais qui connaît mal le gestus et qui, un peu pataude, malgré les ressources financières bien réelles de son mari, n’arrive pas à vraiment jouer sa carte, face à l’arrogance fielleuse et rodée de Bella Cormoran. Celle-ci n’aime pas que l’hôtel de ce couple de parvenus méprisables porte le nom de sa famille mais on ne peut strictement rien y faire: grand cormoran (Phalacrocorax carbo), c’est aussi le nom commun d’un oiseau pêcheur. On peut parfaitement dénommer un hôtel du nom d’un oiseau, même si ce geste symbolique est totalement exempt de la moindre innocence, dans l’environnement régional. Entre le bourgeois conservateur Hippolyte Belzile et le bouillant fasciste Clément Veilleux, les relations sont ambivalentes. La proximité des idées ne s’harmonise pas avec la divergence des méthodes. Hippolyte Belzile est un feutré, un insidieux, qui négocie ses transactions en douceur, enivrant son interlocuteur de belles paroles tout en baptisant les cafés qu’il lui sert de rhum capiteux, en dehors de heures de vente d’alcool. Clément Veilleux est un violent, un factieux, un primaire et un doctrinaire étroit. Hippolyte Belzile rejoint souvent la vision du monde de Clément Veilleux mais il trouve tout de même que le bardassage par des fiers-à-bras en chemises bleues n’est pas la meilleure façon d’organiser la vie villageoise sans risquer de finir par attirer l’attention des autorités canado-britanniques. Un troisième notable s’impose graduellement dans le tableau local, en la personne de Viateur Bernier (Claude Prégent). Fils du défunt maire de Baie d’Esprit, entrepreneur industriel, propriétaire du moulin à scie, de la fonderie et des magasins Théodule Bernier & Fils, ce patron paterne vieux style paie ses travailleurs en coupons d’achat dans ses propres magasins. Les travailleurs de la fonderie, qui veulent être payés en argent sonnant, se mettent en grève. Dans cette manifestation locale de la lutte des classes des années trente, l’hotelier-tenancier, le boucher et les autres commerçants du village appuient en sous-main les travailleurs fondeurs car leur accès à un salaire en argent réel avantageraient tous les commerces de la ville et pas seulement le vieux monopole Bernier. Simplement, le meneur de ce mouvement social, un montréalais du nom de Gérard Labrecque (Jean L’italien) passe pour un communiste, c’est pourquoi les appuis aux grévistes ne se font pas trop explicites. Bella Cormoran, pour sa part, appuie, sans trop comprendre le détail, les forces de la réaction. Le curé de la paroisse et son vicaire également. Le Docteur Cormoran et le journaliste-typographe Bellavance appuient les luttes des travailleurs et réprouvent les fier-à-bras fascistes qui les harcèlent. Graduellement, inexorablement, avec la guerre qui approche, les positions se polarisent.

Sur fond d’effervescence sociale, le récit démarre autour du vieux drame bourgeois et intime de la famille Cormoran. Un quatrième enfant Cormoran, le bigot et austère René Cormoran, est mort et sa veuve Ginette Durivage-Cormoran (Katerine Mousseau) détient les droits successoraux sur le quart de la possession indivise des Cormoran. Ginette Durivage-Cormoran, qui préfère qu’on l’appelle Ginette Cormoran, tout simplement, pose un problème particulier. Elle est venue au monde de parents inconnus, dans une portion spécifique des immenses terres Cormoran qui s’appelle l’Anse-aux-maudits. Cette anse est une agglomération de vieilles cabanes riveraines dans laquelle vivent des lumpen-pêcheurs pauvres et déguenillés. Ceux-ci sèchent le hareng en plein air et font de la couture de fourrure pour les villageois. Des notables comme Clément Veilleux et Hippolyte Belzile considèrent les gens de l’Anse-aux-maudits comme des vagabonds, des quêteux, des pèquenots, des guénilloux et des simples. On les dit même possédés du démon. On ne veut pas les voir au village. Bella Cormoran n’en pense pas moins. Voici donc que son frère René a tiré une de ces gamines de rien de la lie de la batture, l’a fait accéder socialement et l’a épousée. Bella, qui voulait que son frère René devienne prêtre, juge que c’est cette Ginette de l’anse qui a fait mourir son frère et, ouvertement, elle la méprise, la traitant notamment de succube. Ginette, héritière, désormais raffinée et débrouillarde, juge qu’elle a parfaitement le droit de vivre au Domaine Cormoran et entend y prendre sa place. L’histoire se complique quand il s’avère que la maison de grève qu’elle habitait avec son défunt mari a été louée par Bella à deux géologues allemands, Wolfgang Osnabrück (Jean-Louis Roux) et Friedrich Müller (Gabriel Marian Oseciuc), deux ressortissants non-nazis de l’inquiétant pays du chancelier Hitler. Des relations variables et subtiles vont se nouer entre tous ces personnages. Inutile de dire que je ne vous ai strictement rien dit de ce scénario dense, complexe, articulé et magnifique.

Le feuilleton CORMORAN campe une évocation à la fois tendre, réaliste et particulièrement vive et riche en rebondissements fins et nuancés de la vie dans un village riverain de la vieille vallée du Saint-Laurent, à la toute fin de l’entre-deux-guerres. Je garde de cette série québécoise un souvenir télévisuel intense des années de transition entre la naissance de mon premier fils (Tibert-le-chat, 1990) et celle de mon second fils (Reinardus-le-goupil, 1993). Trente ans déjà… Non, effectivement, rien n’arrête la vieille roue de l’Histoire.

 

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Tourisme non-empirique dans le Vieux Québec

Posted by Ysengrimus sur 15 août 2020

Au départ, Fragonard évoque le colin-maillard, qui a tout à voir avec le fait de ne pas voir

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La question du tourisme non-empirique gagne en importance. De quoi s’agit-il? Mazette, du contraire du tourisme empirique, quoi d’autre? Le tourisme empirique veut voir quelque chose. Un monument. Une cataracte. Le Mont Fuji-Yama. La Tour Eiffel. Le tourisme empirique revendique un objet monumental, se l’approprie, le photographie, s’en amuse. Puis, il partage ultérieurement l’émotion qui en émane. On connaît amplement la chanson.

Le tourisme non-empirique, lui, va plutôt se retrouver sur un espace où un événement historique important a eu lieu… mais il n’y a plus rien à voir. Il faut alors s’investir mentalement de la charge historique et/ou de connaissance qui amène à ressentir l’importance du lieu et du moment, tout en renonçant à voir de grandes choses sans abandonner pour autant l’émotion touristique. Une de mes amies s’est rendue autrefois sur le site d’une importante bataille de la Guerre de Sécession. Elle n’a vu que des grands arbres en périphérie d’un beau champ ordinaire. Elle s’est dit, en toute simplicité: C’était ici. Je ne vois plus rien mais je sens l’importance historique de cet espace. Puis, un peu par hasard, elle s’est mise à farfouiller dans le sol et elle a trouvé des cartouches de carabines de 1862. Des cartouches de pierre. Le sol de ce champ en était truffé. Elle m’en a même ramenée une, en souvenir. Moment suave. Son expérience de tourisme non-empirique est redevenue subitement empirique, de la façon la plus insolite possible, grâce à ces petits objets inattendus. L’éternel retour du concret.

Arrivons-en au Vieux Québec. Me voici en compagnie de Madeleine Riopelle (nom fictif), dans la portion intérieure de la petite ville fortifiée. Madeleine n’aime pas trop le tourisme conventionnel. Elle trouve d’ailleurs Québec un peu pas mal submergée et ravaudée par le surtourisme. Elle est parfaitement ouverte à l’idée de l’expérience du tourisme non-empirique. Dans cet état d’esprit de saine curiosité, nous allons investir six espaces.

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La chapelle Notre-Dame des Victoires tout au fond de la Place Royale. Photo: Madeleine Riopelle

1- La chapelle Notre-Dame des Victoires. Nous nous rendons dans la Basse-Ville, sur la Place Royale. La petite chapelle, toute neuve, toute coquette, toute pimpante continue de se laisser regarder ombrageusement par le buste de Louis XIV, fort tonique, lui aussi. Je m’évertue à évoquer les bombardements, au dix-huitième siècle, de cet espace par les navires des bostonnais de Nouvelle-Angleterre depuis le fleuve qui, lui, n’est plus visible aujourd’hui sur la Place Royale, car il est désormais caché par les pans des jolis pâtés de maisons. Mais, dis-je à Madeleine, vous vous doutez bien que je ne vous ai pas amenée ici pour vous parler d’une petite chapelle démolie par des boulets de canons anglais et dix ou douze fois réparée ou reconstruite depuis. Non, non, l’intérêt non-empirique du moment présent réside dans le fait que la susdite petite chapelle Notre-Dame des Victoires se trouve sur le site exact de la toute première Abitation de Samuel de Champlain. Vous respirez en ce moment le même air (enfin, pas vraiment, mais on se comprend) que les tous premiers Français établis dans les Amériques. Madeleine prend une grande respiration et regarde subitement la petite chapelle avec plus d’attention, même si son secret profond n’est toujours pas perceptible.

Trace langagière restituant explicitement. le non-empirique enfouis. Photo: Madeleine Riopelle

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Le restaurant Aux anciens canadiens. Photo: Madeleine Riopelle

2- Le restaurant Aux anciens canadiens. Il ne s’agit pas d’y manger mais de simplement le voir, sur la rue Saint-Louis. La réputation architecturale française du Vieux Québec est largement surfaite. Depuis 1760, l’occupant britannique a considérablement reformaté la disquette Vieux Québec. Tant et tant que, même s’il ne faut pas le dire trop fort, le Vieux Québec ressemble beaucoup plus au Vieux Boston qu’à je ne sais quelle petite ville provinciale française. De fait, des maisons datant du Régime Français, il n’y en a plus tant que ça intra-muros. Le restaurant Aux anciens canadiens est justement une d’entre elles. L’expérience non-empirique consiste donc ici à découvrir la Maison Jacquet (1677) dans laquelle est aménagé ce resto fin et, à travers elle, l’architecture inattendue et secrètement distinctive des maisons québéciennes du fond français disparu du Vieux Québec.

Trace langagière restituant explicitement. le non-empirique enfouis. Photo: Madeleine Riopelle

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L’Escalier Casse-Cou vu depuis la Rue du petit Champlain. Photo: Madeleine Riopelle

3- L’Escalier Casse-Cou. Un élément capital de l’expérience mentale en tourisme non-empirique, c’est la prise de contact avec l’objet culturel à haute charge symbolique. Le cas suprême et extrême en la matière, dans la culture touristique occidentale, reste le Manneken-Pis. Cette statue d’un petit babi qui fait pipi située à Bruxelles (Belgique) est le paradoxe culturel par excellence. Elle dispose en effet d’un prestige symbolique planétaire alors qu’elle fait deux pieds de haut et n’est pas installée selon une configuration bien précise, ou esthétiquement significative. Avec Manneken-Pis, on dira que l’expérience de tourisme non-empirique réside dans le prestige symbolique immense et immatériel d’un zinzin exempt de la moindre stature monumentale perceptible. À son échelle, le Vieux Québec va nous donner à découvrir un problème analogue, avec deux de ses escaliers. Dans la Côte de la Montagne, long dénivelé incurvé qui descend vers la Basse-Ville, on croise deux escaliers extérieurs distincts. L’Escalier Frontenac est magnifique, somptueux mais sobre, victorien d’allure, tout de fer forgé. Dans sa splendeur vieillotte, il se raccorde joliment à la Côte de la Montagne et nous fait monter vers la spectaculaire Terrasse Dufferin. Plus bas, sur la Côte de la Montagne toujours, l’Escalier Casse-Cou nous fait, lui, descendre vers la Rue du Petit Champlain. La comparaison —la comparaison empirique— de ces deux escaliers est indubitable. Visuellement, Frontenac est plus majestueux et élégant que Casse-Cou, qui est en pierres et ciment gnagnan et parfaitement ordinaire. Frontenac vole et semble flotter, par paliers, au dessus de nous, parmi les arbres. Casse-Cou est engoncé dans son quartier et il descend, tout simplement. Mais, au plan non-empirique (entendre ici: au plan culturel et symbolique), Casse-Cou l’emporte en prestige haut la main sur Frontenac. L’Escalier Frontenac, personne sait c’est quoi alors que l’Escalier Casse-Cou du Vieux Québec est renommé dans toute l’Amérique Française. J’irais même jusqu’à dire sans vaciller que l’Escalier Casse-Cou, c’est rien de moins que le Manneken-Pis du Vieux Québec.

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Là où les eaux sont larges (vue depuis la Terrasse Dufferin). Photo: Madeleine Riopelle

4- La Terrasse Dufferin. Même le beau, le grandiose et le panoramique peuvent discrètement cacher leur imperceptible contraire non-empirique. Madeleine monte donc l’Escalier Frontenac sans s’essouffler (contrairement à moi) et se retrouve sur la Terrasse Dufferin, magnifique promenade de bois massif faisant belvédère. Elle aperçoit le fleuve gigantesque se déployant immensément par delà la portion est de la terrasse. Puis elle observe le fleuve plus étroit sur son versant sud, en le rebroussant empiriquement vers l’ouest. La vue est grandiose et la charge monumentale est dense et sublime. Du beau tourisme rétinien comme on l’aime. Et pourtant, ce qui se joue ici est crucialement non-empirique. En effet ce qui se déploie sous nos yeux est, de fait, linguistique autant que perceptuel. La motivation du nom même de la ville de Québec est en train de frapper nos sens. Québec viendrait d’un mot iroquoien qui signifie «l’endroit où les eaux se resserrent». On voit donc justement, là, devant nous, en contrebas majestueux, l’endroit où les eaux se resserrent devant Québec. Le dénommé se transpose calmement au niveau du constaté… Voici Québec, au plan de l’étymologie et de l’histoire, rehaussé dans la superficialité empirique du fait géographique qui, sans nous, aurait ébloui sans plus, et surtout sans livrer son secret le plus suave. Vous voulez finir par aller voir ce fleuve de plus près, chère Madeleine. Eh bien, descendez… tel est le second étymon possible (montagnais, celui-là) pour Québec… l’endroit où il faut descendre de sa barque.

Là où les eaux se resserrent (vue depuis la Terrasse Dufferin). Photo: Madeleine Riopelle

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5- La Place de Paris. Le tourisme non-empirique n’est pas toujours soigneusement planifié. Il s’en faut d’une marge. Parfois il résulte, au contraire, de catastrophes perceptuelles imprévues. C’est ce qui advient lorsque j’amène Madeleine voir la Place de Paris. Je veux absolument lui montrer la sculpture non-figurative Dialogue avec l’Histoire de Jean-Pierre Raynaud. J’affirme haut et fort que l’axe du cube par rapport à l’axe du parallélépipède de la statue, sur la petite place, correspond à l’axe du corps du Château Frontenac par rapport à son rempart, au sommet du promontoire. Vue du bord du fleuve, la statue apparaît donc comme une sensible abstraction-dialogue de son formalisme épuré avec l’immense hôtel-château au sommet du Cap Diamant. Eh bien, patatras, catastrophe empirique majeure. La statue Dialogue avec l’Histoire a tout simplement disparu de la Place de Paris. Elle a été détruite par les autorités québéciennes (vous avez bien lu) qui s’apprêtent à réaménager la susdite petite place. Une copie amplifiée de ladite statue, intitulée Autoportrait se retrouve, nous dit-on, devant le Grand Théâtre de Québec. Effondrement de l’affect. Tout mon échafaudage hypothético-non-empirique s’en trouve implicitement intégralement démantibulé. Cuisante contrariété. Nous n’irons pas. Trop loin, trop chiant et je me sens comme si je venais de recevoir cette statue directement sur la tête. Madeleine, qui, c’est bien le cas de la dire, n’a rien vu, écoute patiemment mes explications et extrapolations hagardes mais j’ai bien peur que, sur ce coup là, le non-empirique (criant ici — la petite place en rénovation est intégralement vide) ne se soit un peu perdu dans le non cohérent.

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6- La Porte Saint Jean. Rassurons-nous, elle, elle n’a pas bougé de son emplacement, au bout de la Rue Saint-Jean. En descendant cette dernière, je m’abandonne à réciter à Madeleine une portion de la magnifique chanson de Gilles Vigneault, La Rue Saint-Jean:

En descendant la rue Saint-Jean
J’ai rencontré mon père
Qui s’en allait sur son chemin de terre
Et moi sur ton ciment
Et moi sur mon ciment
Levé ma main pour l’arrêter
Mais il ne me vit guère
M’a doucement fait signe de me taire
Moi qui voulais parler
Moi qui voulais parler
Il a traversé le village
Et moi la ville en même temps
Perdu ni son pas ni son âge
Je n’en pourrais pas dire autant…

Un magnifique moment de rencontre non-empirique entre les générations, que cette belle chanson vignaltienne. Nous voici donc devant la Porte Saint Jean. Photographie. Clic. Clac. Une certitude empirique, une, enfin… Voire… Nouvelle manifestation des limites de l’empirique, en fait, si nécessaire. Porte française des murailles françaises de Québec, dirions-nous. Saint-Jean, je vous demande un peu. Eh bien, non. Oh que non. Notre civilisation québécoise nous impose derechef une autre de ses fichues observations (on goûtera le mot) non-empiriques: les murs français de Québec n’existent plus, eux non plus. Ils ont été soigneusement démolis par l’occupant, tout de suite après la Conquête, pour bien affirmer le statut de ville ouverte de l’ancienne capitale coloniale. La muraille actuelle fut construite par les Britanniques eux-mêmes circa 1775, qui craignaient la Révolution Américaine… eh oui… Oubliez ça, Québec, ville fortifiée française des Amériques. Rien n’est vraiment comme nous le suggèrent les apparences… et leur principal thuriféraire local: le tourisme superficiel, toc, empirique. Nous tentons toujours de fuir ce dernier, Madeleine et moi, à la terrasse d’un faux café français type, fort convainquant au demeurant… et dont nous tairons pudiquement le nom, justement pour les sauver encore un petit peu, ces fameuses apparences…

La Porte Saint Jean. Empirique? Voire… Photo: Madeleine Riopelle

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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SHAWINIGAN ET SHIPSHAW (Isabelle Larouche)

Posted by Ysengrimus sur 7 août 2020

Je me regardai avec la plus grande complaisance. Est-il un état plus exquis que de se sentir parfaitement content de soi?… Je me mis à ronronner.

Murr

(Ernst Hoffmann, 1821, Le Chat  Murr, l’Imaginaire Gallimard, pp 388-389)

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L’auteure québécoise Isabelle Larouche, qui se consacre depuis plusieurs années à la littérature jeunesse, nous propose, dans le présent ouvrage (paru en 2005), un amour de petit roman animalier. Le chat Shipshaw est notre narrateur. C’est un chaton de sexe masculin qui, au début de la fable, passe à deux doigts de se faire euthanasier chez une vétérinaire du quartier, pour santé déficiente et vagabondage de chat de gouttière. Il se fait adopter in extremis par une demoiselle félinophile de passage qui aime les chats et n’aime pas qu’on les trucide. Pour Shipshaw (qui ne porte même pas encore ce nom) c’est une manière de nouvelle naissance. D’abord, on le dénomme et on l’intronise. La dénomination du nouveau venu est l’objet d’un imprimatur explicite de la part du petit garçon humain de la maison. La chose se joue dans un contexte où la cellule familiale qui adopte notre chaton est déjà accompagnée depuis quelques années d’une chatte adulte du nom de Shawinigan. Appelons-le Shipshaw. Shawinigan et Shipshaw sont deux noms de villes dans lesquels on entend le mot «chat», affirme Julien fièrement. C’est bien, non? (p. 29). On va vite découvrir que Shipshaw c’est aussi chipe-chat, c’est-à-dire un chat-pardeur débonnaire qui va s’emparer, tout naturellement et comme en se jouant, du statut de pacha principal de la maisonnée.

Il ne s’agit certainement pas de compromettre ici votre futur plaisir de lecture en vous relatant les péripéties enlevantes dans lesquelles le chat Shipshaw et son entourage vont se trouver engagés. Si sa quête est moins philosophique et sapientale que celle du Chat Murr du fameux conte d’Hoffmann, elle n’en reste pas moins tributaire d’un ensemble de ressorts particulièrement subtils et savoureux. Avisons nous simplement du Dramatis Felidae de cette petite œuvre. On a d’abord deux personnages humains, Annabelle et Julien. Ils sont dans un rapport familial qu’il n’y a pas lieu d’excessivement préciser. Personnellement, je me plais à voir en eux, comme dans maints vieux contes d’autrefois, une grande sœur et un petit frère naturels, vivant ensemble dans ce genre de réalité intermédiaire que nous instaure souvent l’ambiance des fictions enfantines. À ce duo humain va répondre, en écho de symétrie narrative, le duo animalier de Shawinigan, chatte adulte un peu hautaine et rabat-joie, et de Shipshaw, notre narrateur. La longiligne chatte Shawinigan se retrouve donc subitement grande sœur putative de Shipshaw. Un peu bousculée par l’apparition catastrophe dans son espace de tranquillité de ce jeune mistigri autosatisfait et très populaire auprès de leurs compagnons humains, Shawinigan ne basculera pas dans la cruauté perfide pour autant… mais on peut suggérer que cette suave éventualité lui a probablement traversé l’esprit une ou deux fois.

Va se manifester aussi, dans le cadre de notre problématique en cours de mise en place, un vieux duo de souris, Herminette et Hector. Herminette et Hector sont un couple à l’ancienne, monté en graine et assez conventionnel, sinon traditionnel. Le mâle est grognon, implicitement patriarcal, besogneux et très centré sur ses priorités. La femelle donne le change et tourne prudemment autour de son vieux partenaire, en gardant le sourire, notamment pour les visiteurs. Le chaton Shipshaw va établir, avec ce couple de manière de grands-parents putatifs, un rapport assez analogue à celui que l’enfant établit avec son amérindien et son cow-boy, dans le fameux film de 1995, The Indian in the cupboard. L’amérindien et le cow-boy sont adultes mais ils sont minuscules et, partant, vulnérables. L’enfant est enfantin, innocent, et mal dégrossi mais il est gigantesque. C’est une sorte de puissance tutélaire potentiellement incontrôlable. On retrouve donc cette thématique de l’enfant colosse aux pieds d’argile, qui apparaît dans plusieurs contes et récits enfantins.

Le statut de ces deux souris adultes et industrieuses va fonder le principal contentieux entre le chaton débonnaire Shipshaw et la sourcilleuse chatte adulte Shawinigan. On se souviendra du beau mot de Deng Xiaoping. Qu’importe qu’un chat soit blanc ou noir, s’il attrape les souris. Or la sagesse chinoise ne semble pas avoir encore traversé la psychologie sommaire et joyeuse du jeune Shipshaw. Il aime ce couple de souris et ne leur fait pas la chasse. De fait, il n’y a que ce couple de souris minuscules pour le mettre un peu en contact avec une vraie formule de parentalité à l’ancienne. Comme chez le Chat Murr d’Hoffmann, je vois ici une manière de métaphore d’époque. Le prix des structures parentales modernes, cela se paie dans le dispositif familial moderne. Et la famille à l’ancienne vit peut-être dans un trou de souris mais, justement, elle n’est pas disparue pour autant, il s’en faut d’une marge. Bon, quoi qu’il en soit de cette dimension allégorique, il reste que le chaton Shipshaw, notre narrateur, établit une relation cordiale et sentie avec les deux vieilles souris de la maison. La chatte Shawinigan, toujours dans les normes, ne l’entendra pas de cette oreille. Et de sermonner notre jeune narrateur reniant sa nature — et ce dernier de répliquer du tac au tac. Tu n’es qu’un matou dénaturé. Je ne fais que mon travail, moi. — Tu exagères! Je vais au-delà des apparences, moi. Peut-être que les chats ne doivent pas protéger les souris mais avoue que celles-ci sont extraordinaires (p. 73). Entre Sol devant Gobelet et Bagheera devant Mowgli, on retrouve une confrontation assez classique entre la figure adulte, revendiquant la réalisation de ses fonctions convenues, et la figure enfantine, mettant en place une conception plus élargie et transgressive d’une vision du monde imparablement en cours de reconstitution, dans le présent historique.

Matou dénaturé, la formule est assez heureuse. On pense notamment aux Animaux dénaturés de Vercors, ces figures humaines, trop humaines, qui tournent le dos à leur fatalité bestiale, notamment à leur statut primaire de prédateurs. À travers le rejet de la déontologie adulte conforme, c’est peut-être moins les tergiversations de la grasse matinée de l’enfance que la mise en place d’une nouvelle vision, contemporaine à l’enfant, qui s’ébauche. Ce problème est, lui aussi, un classique de la littérature enfantine. Il me renvoie à mon propre refus de porter des costards-cravates quand j’étais collégien, refus que, soixantenaire, je perpétue encore, imposant moi aussi ma modeste version d’une nouvelle masculinité. Simple affaire d’apparence?  Voire. Tu exagères ! Je vais au-delà des apparences, moi, tonne Shipshaw. Soudain, dans son petit débat doctrinal avec la chatte Shawinigan sur le statut des souris dans la sensibilité, exacerbée ou calme, du félin domestique, le petit chat Shipshaw sonne subitement comme Hegel en personne. En voulez-vous de la philosophie vernaculaire, lalalère…

Tant pour le rythme que pour le traitement, on se retrouve ici quelque part entre The Monroes et Tom and Jerry. En conformité avec une procédure qui est avec nous depuis Le Roman de Renart, l’anthropomorphisation des figures animalières autorise et facilite une réflexion sur la relation entre aînés et puînés, entre filles et garçons, entre droiture et frivolité, entre devoir du quotidien et aspirations fondamentales. Les savoureuses illustrations de Nadia Berghella, nombreuses et particulièrement senties, rendent la lecture de ce petit ouvrage parfaitement possible, en compagnie de ces jeunes enfants qui recourent encore à l’image pour stabiliser dans leur esprit les pans de la narration. Un anti-réalisme, du récit et de l’image, très ouvertement cartoonesque, une anthropomorphisation bien balancée, et une morale sereine, moderniste et joyeuse assurent le plaisir de lecture. Ce petit récit déploie une originalité sentie, tout en mobilisant un certain nombre de leviers classiques de la pensée universelle, quand elle se soucie de l’enjeu toujours complexe et délicat de l’ouverture des enfançons aux multiples facettes d’un vaste monde en mutation.

Intégralement enfantin, ce petit ouvrage fin et complexe est donc agrémenté d’une illustration en couleur (page couverture) et de trente-cinq illustrations en noir et blanc de l’illustratrice Nadia Berghella, représentant notamment des scènes animalières enlevantes et rythmées, dans un style très bande dessinée. Fait à mentionner, l’ouvrage est un format de poche (18 centimètres sur 11 centimètres) mais le lettrage est légèrement surdimensionné. Subtile hybridation permettant aux babis de retrouver les grosses lettres sécurisantes de la petite enfance tout en apprivoisant la sensation de tenir en main un «vrai» livre de poche.

Fiche descriptive de l’éditeur:
Shawinigan et Shipshaw raconte avec tendresse et humour les aventures de deux chats aux prises avec toutes sortes de petits problèmes. Mais pourquoi des objets disparaissent-ils ainsi? Shipshaw, qui n’a pas la langue dans sa poche, en bon détective, élucidera le mystère. Malgré les différences et les préjugés, une grande amitié est sur le point de se former. Au fil des pages, l’imaginaire et la fantaisie se confondent avec la réalité au grand plaisir des lecteurs.

 

Isabelle Larouche (2005), Shawinigan et Shipshaw, Éditions du Phœnix, Coll. Oiseau-mouche, Montréal, 87 p [Illustrations: Nadia Berghella]

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