Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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L’IMAGIAIRE DES EAUX ET DES PIERRES par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 15 mai 2015

Imagiaire eaux-pierres

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Après L’Imagiaire vergner et L’Imagiaire des pimprenelles parus chez ÉLP en 2014, nous publions, Allan Erwan Berger et moi, L’Imagiaire des eaux et des pierres (pictopoèmes).  Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie, Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image. Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique.

Ce troisième imagiaire fut pour moi l’opportunité cardinale de m’adonner à un autre exercice particulièrement intéressant en poésie: faire le parolier. Plus qu’ailleurs, je me suis coulé ici dans l’univers intérieur d’Allan Erwan Berger. Je me suis insinué, comme un discret mais dense flux verbal, dans son monde de spéléologie, de géologie, d’archéologie, d’histoire locale, d’éco-tourisme international même. Quand je dis «je», c’est Berger qui parle. Quand je dis «toi» c’est à son amoureuse que je le dis. Je suis leur parolier et c’est ainsi que j’existe ici, sans complexe. J’adore faire ça. Il n’y a que Monsieur Laforêt (souvenir de mon vieux père) qui est de moi ici… et un tout petit peu le chat Alaska aussi. Pour le reste c’est Berger qui vous parle de ses marottes, bien en selle sur son dada… à tout le moins, c’est Berger tel que je l’ai imaginé à partir de ce puissant monde d’images qui a la profondeur et la densité du vrai et de l’étrange. L’exercice poétique fut donc ici aussi un bel exercice d’empathie. Le fait est que la caverne de Platon, comme celle de Berger, n’est plus vraiment la prison du savoir si on accepte sans préjugé de s’y enfoncer jusqu’au col, même indirectement… Telle fut ma tentative ici, sur images de vieilles pierres des vieux pays et souvenir sempiternel et universel des eaux.

Venez donc avec nous rêver et rimailler, dans L’Imagiaire des eaux et des pierres.

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Avant-propos de Ber (Allan Erwan Berger):

La pierre naît et meurt continuellement. Elle naît du monde, elle meurt du temps, puis renaît de sa loi. L’eau est ce qui la tue principalement: l’eau transforme la pierre en sable, en argiles, puis en vases au fond des grandes fosses océaniques.

Là, des soubresauts de la Terre la font émerger, et la revoici plateau calcaire, «immense cimetière» (Casteret) que la pluie ronge en cavernes, en puits, en gorges et ravines, en sable, en argiles, en vases au fond des grandes fosses océaniques.

La pierre renferme la vie: à l’état de traces fossiles ou de dessins sculptés, mais aussi, bien entendu, sous la forme d’êtres vivants qui s’y abritent, s’y aiment et s’y endorment. Quand ceux-ci sont des humains (Anthropos), la pierre leur devient tour, antre, moulin, temple défiant le temps; mais l’eau, qui jamais n’interrompt son ouvrage, pulvérise les témoignages de nos vies et les réduit en sable, en argiles, en vases au fond des grandes fosses océaniques.

Devant ce lent tourbillon qui ne cesse de malaxer jusqu’aux plus grandioses des manifestations du monde, l’esprit des plus faibles d’entre nous se tourne vers son coeur, où il souhaite y rencontrer de quoi espérer survivre par-delà le mur de la mort. Les humains tranquilles n’ont que faire de ces frayeurs; ils roulent avec les éléments, et font leurs vies dans le flux sans emmerder personne plus que de raison.

Berger

Image de couverture: ce gouffre semble régulièrement inondé; les parois de la faille sont en effet recouvertes de boue laissée par la rivière souterraine lorsqu’elle est en crue. Eau, pierre, argile…

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LauBer (2015), L’Imagiaire des eaux et des pierres, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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L’IMAGIAIRE DES PIMPRENELLES par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 7 décembre 2014

imagiaire pimprenelles

Nous publions, Allan Erwan Berger et moi, L’Imagiaire des pimprenelles (pictopoèmes) chez ÉLP (2014). Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie, Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image.

Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L’idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s’affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c’est certainement passablement bucolique. C’est un hymne inconditionnel d’amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n’appartiens à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.

Venez avec nous rêver et rimailler dans l’Imagiaire des pimprenelles, comme il y a peu dans L’Imagiaire vergner.

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Commentaire de Ber (Allan Erwan Berger):

C’est un plaisir énorme de voir ce qu’un poète peut tirer des images que l’on a prises. Je me trimbale presque toujours, quand je suis en nature, avec un appareil à la main. Ce n’est pas compliqué, il suffit d’être vagabond, amoureux de tout, gourmand, le nez en l’air et le regard filant dans les coins. Les photos sont parfois bonnes, parfois mauvaises, mais rarement ratées: il suffit alors de promener dedans un recadrage, et l’on y découvre des scènes.

Il suffit ensuite que, avant d’offrir l’image ainsi constituée à son ami Laurendeau, Berger y promène le cadre d’un titre, pour que le poète y découvre alors des mondes, et nous les offre en retour.

Ainsi dialoguent les humains, en papotage sur les formes et les profondeurs de l’Univers. Leurs paroles se font lettres ou peintures, sculptures ou musiques, et c’est tout ça qui est l’Art et c’est pour ça que nous autres d’ÉLP vivons, baignant dans la chaude lumière des muses en farandole.

Les images viennent de France, les poésies sont du Québec.

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LauBer (2014b), L’Imagiaire des pimprenelles, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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L’IMAGIAIRE VERGNER par LauBer (Paul Laurendeau, Allan Erwan Berger)

Posted by Ysengrimus sur 15 octobre 2014

Imagiaire vergner

Nous publions, Allan Erwan Berger et moi, L’Imagiaire vergner (pictopoèmes) chez ÉLP (2014). Le principe pictopoétique tel que nous le développons ici vient de Guillaume Apollinaire. La dernière partie du recueil Alcools (1913), intitulée Le Bestiaire ou Cortège d’Orphée présente trente images (qu’on appelle techniquement des bois) du dessinateur Raoul Dufy suivies chacune d’un titre et de quatre vers du poète, en octosyllabiques ou en alexandrins. Cent ans plus tard, nous avons complexifié la démarche en rallongeant le bout rimé à deux petites pages et surtout en travaillant plus dynamiquement le titrage. Si Apollinaire commentait le lapin, l’image et la petite épigramme s’intitulaient tout simplement Le lapin, sans plus. Nous avons enrichi le jeu en lui insufflant une dimension plus aléatoire et plus automatiste de déclencheur poétique. L’imagier prend la photo et l’intitule selon son inspiration mais en évitant sciemment les intitulés descriptifs univoques au profit de vrais titres, au sens fort. Ainsi un papillon bleu sur une fougère ne s’intitulera pas Papillon bleu sur une fougère mais Dans la lande des langues. En procédant ainsi, en plus de fournir le crucial cadre visuel, mon imagier, qui est aussi un brillant écrivain, avance d’un cran dans le projet poétique en formulant sans tergiverser la direction déterminante de ce que fera le poème. Ajoutons que les connaissances entomologiques, zoologiques et botaniques manifestées et exprimées ici viennent aussi de l’imagier.

Les photographies naturalistes d’Allan Erwan Berger se prêtent superbement à l’exercice auquel nous nous adonnons ici. Il est clair qu’un courant important de la poésie moderne évolue vers la miniature. Du temps d’Homère et aussi du temps de Malherbe on pouvait écrire des ouvrages entiers en vers. Victor Hugo et Alfred de Vigny, Louis Fréchette et Octave Crémazie, dans le monde francophone, ferment cette marche tonitruante de l’ode, de l’élégie et de la stance. Maintenant, avec Verlaine et Vigneault, le poème aborde le monde du petit, du fin, de l’intériorisé. Et aussi, maintenant, avec Queneau et Gauvreau, il s’approprie, Dada, le grotesque, le bouffon, le cabot le foufou autant que la langueur, le vague à l’âme et la sagesse. La poésie n’est plus un art majeur mais, de ce fait, elle est maintenant vraiment plus libre que jamais. Faire du vers libre, c’est se donner toutes les structures appropriées, de la plus stricte à la plus lâche, de la plus héritée à la plus improvisée, fonction du problème à régler. Nous avons procédé sans hésiter et sans se complexer. C’est pas le devoir qui prime. C’est le plaisir. La joie de la rencontre fatale, universelle, du mot et de l’image.

Vous trouverez ici du comique, du tragique et du lyrique. L’idée de bestiaire, insufflée par Apollinaire, se perpétue, se complexifie et s’affine car mon imagier est très proche de la nature zoologique et botanique. Sans être pastoral, tout ça, c’est certainement passablement bucolique. C’est un hymne inconditionnel d’amour joyeux pour cette nature si dense, si merveilleuse, si fantastique, si fragile, qui n’appartient à personne mais envers laquelle nous avons tous une cruciale responsabilité de déférence.

Venez avec nous rêver et rimailler, dans L’Imagiaire vergner.

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Commentaire de Ber (Allan Erwan Berger):

C’est un plaisir énorme de voir ce qu’un poète peut tirer des images que l’on a prises. Je me trimbale presque toujours, quand je suis en nature, avec un appareil à la main. Ce n’est pas compliqué, il suffit d’être vagabond, amoureux de tout, gourmand, le nez en l’air et le regard filant dans les coins. Les photos sont parfois bonnes, parfois mauvaises, mais rarement ratées: il suffit alors de promener dedans un recadrage, et l’on y découvre des scènes.

Il suffit ensuite que, avant d’offrir l’image ainsi constituée à son ami Laurendeau, Berger y promène le cadre d’un titre, pour que le poète y découvre alors des mondes, et nous les offre en retour.

Ainsi dialoguent les humains, en papotage sur les formes et les profondeurs de l’Univers. Leurs paroles se font lettres ou peintures, sculptures ou musiques, et c’est tout ça qui est l’Art et c’est pour ça que nous autres d’ÉLP vivons, baignant dans la chaude lumière des muses en farandole.

Les images viennent de France, les poésies sont du Québec.

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LauBer (2014), L’Imagiaire vergner, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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