Le Carnet d'Ysengrimus

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STAR TREK CONTINUES. L’univers originel de la patrouille du cosmos perpétué en cyber-culture

Posted by Ysengrimus sur 7 janvier 2017

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La fameuse mission de cinq ans du Star Trek d’origine a été abruptement interrompue quand CBS a annulé ce feuilleton-culte après seulement trois ans d’existence (1966-1969). Une talentueuse troupe d’acteurs et d’actrices amateurs a lumineusement repris, à partir de 2011, le flambeau de la mission trekkie pur sucre du temps, couvrant ainsi les années de grâce 2269 et 2270 de la mission de cinq ans de l’USS Enterprise (NCC—1701). Le résultat est saisissant. Tant au niveau des décors et de la musique, que de l’intendance des personnages, du jeu, des scénarios et des thèmes traités, on retrouve le Star Trek de souche, dans des conditions de cyber-vidéo à la stature visuelle à peine atténuée par rapport à l’expérience télévisuelle d’origine. Avez-vous dit copycat? C’est parfaitement savoureux et très sérieux. Ce n’est nullement une pochade ou une parodie. La démarche revendique pleinement son statut d’expérience artistique culturellement significative. Évidemment cette singulière aventure de fan fiction sans but lucratif s’adresse exclusivement à un public averti. Pour jubiler à plein devant cette web-série, il faut être obligatoirement un véritable intime de Star Trek — The original series. Si c’est votre cas, je vous recommande chaleureusement le travail remarquable de ces passionnés. Vous allez en rester éblouis. L’incroyable pérennité culturelle d’une certain science-fiction à la fois songée et populaire triomphe une fois de plus, de par ce monde multivalent et increvable de Star Trek, à la sagesse si satisfaisante. Pour la bonne bouche, voici la liste des épisodes de Star Trek continues (tous des scénarios 100% originaux).

Épisode 1 — Pilgrim of eternity: L’équipage du capitaine Kirk entre en contact avec une étrange capsule en giration dont le rayonnement endommage gravement toute la machinerie ainsi que la carlingue du vaisseau. Kirk doit, à son corps défendant, détruire cette nef rotative avant de perdre le contrôle de son propre navire. De celle-ci se téléporte alors nul autre que le dieu Apollon, rencontré autrefois dans l’épisode Who mourns for Adonais. Ce dieu anthropomorphe, comme tous les autres dieux de la mythologie grecque classique, est en fait un vieil extra-terrestre dont l’existence était jadis assurée par le fait qu’il se nourrissait de la pulsion adorante des masses humaines subjuguées. Apollon est ici en compagnie de son épouse qui meurt aussitôt. Toujours sur son déclin, Apollon (qui est joué par le même acteur qu’en 1967) a vieillit de plusieurs décennies en seulement deux ans parce qu’il devait fournir, à même son métabolisme divin, un jus énergétique à la nef ou capsule lui servant de planque cosmique. Divinité de la musique, Apollon établit un rapport respectueux avec Nyota Uhura, l’officière aux communications, qui est une chanteuse amateure. Tout l’équipage semble même ressentir un attrait senti pour l’éloquence et la prestance du vieux dieu. Mais Kirk et surtout Scotty (qui, lors de leur première rencontre, s’est fait bardasser pas mal par l’olympien alors fort dédaigneux) se méfient. Apollon est-il aussi hostile que lors de sa première rencontre avec les trekkies? Va-t-il encore chercher à forcer les humains à renouveler leur adoration envers lui? Ou alors un dieu grec vermoulu peut-il se recycler culturellement et intellectuellement, dans un monde athée?

Épisode 2 — Lolani: Les trekkies tombent sur un cargo marchand à l’intérieur duquel plusieurs meurtres ont été commis. La seule survivante de ce rififi louche est Lolani, une esclave de la planète Orion (du type de celles déjà rencontrées par des trekkies, notamment dans l’épisode The Menagerie, seconde partie). Elle a la peau verte, les cheveux noir charbon et les lèvres rouge sang. Elle se téléporte dans le vaisseau, un couteau sanglant à la main. L’impact hormonal de cette esclave sexuelle est si puissant que le docteur McCoy doit immuniser l’équipage contre le désir et l’irrationalité qui s’y associe. Et d’ailleurs Lolani en rajoute. Elle cherche à séduire des trekkies, dont le capitaine, pour les convaincre de la protéger de ce qui va lui arriver par la suite. C’est seulement en compagnie de femmes, notamment de la docteure Élise McKennah, thérapeute du bord, que Lolani arrive à faire émerger sa rationalité et sa prestance. On découvre alors un être sensible et articulé qui est beaucoup plus qu’une simple bombe sexuelle. Pour tirer au net le statut de victime ou de meurtrière de Lolani, Spock va devoir procéder à une fusion télépathique vulcaine avec elle. Ce sera pour découvrir qu’elle s’est fait violenter par les olibrius du cargo marchand et que si elle en a éventuellement troué un ou deux, c’est en complète légitime défense. La planète Orion ne fait pas partie de la Fédération des Planètes et les trekkies sont donc sans mandat ou juridiction pour défier ses lois, y compris la plus inique de toutes, l’esclavage. La législation d’Orion requiert qu’à la mort de son maître actuel, Lolani soit rendue à son propriétaire antérieur, un marchand d’esclave. Kirk reçoit des ordres stricts de son amirauté de ne pas interférer. On ne veut pas d’un incident galactique pour sauver une petite noiraude verdâtre de sa condition, si tragique soit-elle. Le marchand esclavagiste se présente sur le vaisseau trekkie pour récupérer son bien. Mais la thérapeute McKennah s’insurge: faut-il ainsi froidement et implicitement avaliser l’esclavage au nom du respect des obligations diplomatiques?

Épisode 3 — Fairest of them all: Nous nous retrouvons dans l’univers parallèle accidentellement découvert par les trekkies lors de l’épisode Mirror, Mirror. Dans cet épisode-là, on avait pris connaissance de l’existence d’une culture trekkie alternative que je nommerai, faute de mieux, les anti-trekkies. Nous passerons tout cet épisode-ci en compagnie de ces susdits anti-trekkies. Les anti-trekkies de cet univers parallèle sont sauvages, impériaux et ils fonctionnent comme une sorte d’empire romain brutal et autoritaire. Mais, avant de retourner dans son plan d’univers, le Kirk trekkie avait mis un frelon dans la tête du Spock anti-trekkie. Et le Spock anti-trekkie gamberge le coup comme un petit fou depuis ce moment d’échange furtif avec le Kirk trekkie. La gamberge est la suivante: à ce rythme facho là, l’Empire des Planètes va se retrouver avec des insurrections qui vont péter de partout. Il est voué à vivre une longue période de révolutions chaotiques. Quand le Kirk anti-trekkie, officier cinglant et intransigeant, bombarde et détruit une planète entière, le Spock anti-trekkie implémente sa gamberge. Il déclenche méthodiquement une mutinerie. Mais son capitaine a des ressources meurtrières à revendre et des alliés. De plus, la peur rend une portion importante de ses troupes dociles. L’amoureuse de Kirk sabote une machine à tuer secrète dont disposait le capitaine, du fond de sa cabine. Elle change de camp et rejoint Spock et Scotty en mutinerie. Mais cela suffira-t-il? Les anti-trekkies, totalitaires, teigneux et absolutistes ont-ils en eux la capacité de devenir des trekkies en bonne et due forme?

Épisode 4 — The white iris: Ceci est le plus romanesque et sentimental mais aussi le plus hyperspécialisé trekkie de tous ces épisodes. Lors des négociations finales pour disposer un grand champ de force anti-missile autour d’une planète qui vient d’intégrer la Fédération en échange de ce système de défense, Kirk se prend un coup de bâton sur le caillou d’un anti-fédéraliste local. On le soigne avec une drogue expérimentale. Il se met alors à halluciner trois femmes, une androïde et une mystérieuse petite fille. Ces cinq fantômes si troublants parce que tant aimés sont Nakia, son ancienne collègue du USS Farragut (cf l’épisode Obsession), Edith Keeler (femme des années 1930 rencontrée dans The city on the edge of forever), Miramanee (femme aborigène épousée dans The Paradise Syndrome), Rayna (androïde rencontrée dans Requiem for Methuselah) et une petite sang-mêlé inconnue. Ces femmes du passé sont mortes, l’androïde a disjoncté, la petite fille n’est jamais née, le tout par la faute de Kirk, ou du moins le croit-il. Il culpabilise comme un dingue et visiblement cet incident actuel —traumatisme crânien, drogue expérimentale et toutim— fait ressortir cette douleur cuisante et trop refoulée émanant des grands amours perdus. Kirk doit régler ses comptes avec cette série de crises émotionnelles d’antan. C’est d’autant plus urgent que cette tourmente intérieure lui provoque une amnésie localisée l’empêchant de fournir le mot de passe actionnant… justement… le champ de force anti-missile de la nouvelle planète amie qui subit… justement… une malencontreuse attaque de torpilles interplanétaires.

Épisode 5 — Divided we stand: Ici, on met en vedette des entités qui n’existaient pas dans l’univers initial de Star Trek TOS, les Nanites. Il s’agit de petites cyber-bestioles microscopiques qui fonctionnent comme des virus au tiers informatiques, au tiers robotiques, au tiers biologiques. Ils envahissent l’ordi du vaisseau et se mettent à se gaver de toutes les infos s’y trouvant, y compris les fichiers historiques. Il y a alors un pet de boucane sur le pont et Kirk et McCoy se retrouvent téléportés en 1862, en pleine Guerre de Sécession. McCoy est en officier sudiste et Kirk est en sous-officier nordiste. Il n’est pas possible de savoir si la transposition historique est bel et bien physique ou strictement onirique puisque les corps de McCoy et Kirk restent couchés sur des grabats, à l’infirmerie du vaisseau trekkie. Quoi qu’il en soit, nos deux conscrits involontaires vont vivre un pétaradant épisode de guerre civile américaine, McCoy en infirmier de campagne, Kirk en fantassin. Ils ont évidemment archi les boules de paradoxalement bidouiller le cours de l’histoire et ils s’efforcent donc d’en faire le moins possible. Il leur est moins facile de tenir leur langue, par contre. Cela donnera l’occasion de développer des considérations bien ronflantes mais bien trekkies aussi sur la lutte pour la liberté des gens de toutes couleurs… blancs, noirs, verts. Cela donnera aussi l’occasion de revoir quelqu’un de bien plus habitué â faire acte de présence dans Star Trek TOS que les Nanites. J’ai nommé le glorieux et emblématique président Abraham Lincoln, avec son interminable tuyau de poêle.

Épisode 6 — Come not between the dragons: Cet episode est le plus science-fiction du lot. Le vaisseau est percuté par une sorte de forme de vie minérale. On dirait un pokémon de pierre anguleux, haut de huit pieds environ et dont le dos clignote en blanc et bleu. Totalement et intégralement extra-terrestre, c’est un Cosmozoa du nom de Usdi. Ce caillasse vivant percute la carlingue de la soucoupe trekkie, passe à travers comme si c’était du beurre et se retrouve patatras dans les quartiers de l’enseigne de vaisseau Eliza Taylor, qui est sur le point de se mettre au lit. La communication va s’établir entre l’enseigne et la forme de vie mais le foutoir s’installe solide quand une autre instance se met à lancer un jus rouge, par amples vagues, à travers le vaisseau, qui rend les gens de plus en plus agressifs et parano envers la petite forme de vie. La thérapeute McKennah et l’officière aux communications Uhura se rendent compte que c’est effectivement un jus qui rend sciemment colérique et irrationnel et elles trouvent moyen de s’inoculer, à elles-mêmes et à l’enseigne Taylor, une manière de contrepoison. L’équipage se subdivise alors en deux groupes, ceux qui ont le contrepoison et veulent calmer le jeu, et ceux qui ne l’on pas et veulent en découdre avec le pokémon de pierre. La raison et le contrepoison vont prendre le dessus mais les choses vont encore se complexifier quand on va découvrir que l’instance qui lance le jus rouge paranogène par amples vagues depuis le cosmos est une version géante, parentale en fait, de la plus petite forme de vie pierreuse venue se planquer dans le vaisseau. Les trekkies se sont involontairement fourrés entre l’écorce et l’arbre du plus vieux de tous les rapports de force au monde, celui entre un père et son fils.

Épisode 7 — Embracing the winds: Ici on traite la question du sexisme. Le vaisseau USS Hood a perdu subitement ses fonctions vitales, tuant net tout son équipage, dans des conditions non élucidées. Kirk et Spock se rendent en navette à une des bases de l’amirauté pour décider de qui sera le ou la capitaine du Hood. Il y a deux candidats proposés par l’amirauté. Le commandant Spock et la commandante Diana Garrett. Kirk considère qu’une femme devrait, pour la première fois dans l’histoire de la flotte, être capitaine d’un vaisseau constitutionnel. Mais la commodore Laura Grey fait valoir que la Fédération des Planètes a été fondée, un siècle plus tôt, par un certain nombre de peuples, dans des conditions ardues et guerrières. Parmi ces peuples fondateurs figurent les Télorites. Les trekkies de souche se souviendront d’eux, ce sont les types en combinaison alu, avec une barbe à la ZZ Top, le nez comme une patate fripée retroussée et pas de blanc d’œil. Ces Télorites sont des phallocrates impénitents et l’idée d’une femme capitaine de vaisseau ne fait pas leur affaire. Kirk, qui siège sur le comité ad hoc qui devra choisir le ou la capitaine du Hood, se retrouve devant un dilemme. S’il recommande Spock, il perd son fidèle officier en second historique et assume ouvertement l’option involontairement sexiste. S’il recommande Diana Garrett, il ennuie la commodore Laura Grey dans ses contraintes diplomatiques avec les Télorites. Diana Garrett a aussi des bizarreries dans son dossier et une forte propension à jouer à fond la carte de son statut de femme. Pendant que le problème devient cornélien pour Kirk au sein de ce comité décisionnel, Scotty, Uhura, Tchékov et le reste de l’équipage trekkie enquêtent dans l’espace interstellaire sur ce qui est arrivé au USS Hood. Ils ne trouvent rien et doivent se replier dare-dare avec leur propre vaisseau car le Hood fait subitement explosion, pour des raisons inexpliquées toujours. Cette explosion narrative du vaisseau à pourvoir d’un ou d’une capitaine rend l’audience pour lui désigner ledit ou ladite capitaine nulle et non avenue. La nouvelle de la perte du Hood tombe juste avant que Kirk, troisième membre du comité décisionnel, ne se prononce explicitement sur son choix personnel. Celui-ci restera donc secret, toute la problématique sexiste restera pendante et ce, malgré une conversation surprise, en point d’orgue, entre Kirk et l’ambassadeur Télorite qui lui annonce qu’une fraction anti-phallocrate est en cours d’apparition rapide au sein de sa propre culture.

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Voilà. Que ça. Il semble bien qu’il n’y ait, pour le moment, que ces quelques épisodes de disponibles. Mais je juge, en conscience, que cette belle idée est promise à un très intéressant avenir. Bravo à la culture web, quand elle nous sort des petit joyaux comme cette très jubilatoire série, merveilleuse grasse matinée intellectuelle générationnelle et intriguant geste de préservation culturelle vu que l’exercice consiste à encapsuler le mieux possible le son, le matériau, et le ton d’un temps.

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Le film de STAR TREK que je recommande à l’intégralité du genre humain

Posted by Ysengrimus sur 8 septembre 2016

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Il y a cinquante ans sujourd’hui, le 8 septembre 1966 exactement, débutait ce qui allait devenir la monstrueuse saga télévisuelle et cinématographique STAR TREK. Et alors un beau jour se pose la question de savoir ceci: si je voulais introduire à l’émotion utopique et à la joie futuriste de la susdite culture Star Trek une personne n’y connaissant rien et ayant un intérêt tout minimal pour la science-fiction, je ferais comment? J’ai discuté le coup avec Reinardus-le-goupil, entre un plat de cochon grillé, des nouilles et notre petit écran diffusant Star Trek IV, The Voyage Home, le quatrième long métrage de la saga cinéma des increvables personnages de la Fédération Unie des Planètes. Pourquoi privilégier cet opus cinématographique pour suggérer un contact initial avec le monde de Star Trek? Pour trois raisons. D’abord la dynamique de ce film spécifique met fortement en relief les acteurs et leurs personnages et ce, au dessus des effets spéciaux et des tics zap-boom galactiques usuels de la space opera. Cela permet une approche plus intimiste de Kirk, Spock, McCoy et de toute leur bande. Cette valorisation de l’acteur et de sa façon de travailler son personnage est un des charmes constants de la saga Star Trek. Elle est justement particulièrement bien installée dans ce film-ci. Ensuite, le thème traité, écologique, baleinier, environnementaliste est touchant, poignant, embrassé à la fois avec une tendresse et une ironie critique qui synthétise merveilleusement l’utopie Star Trek. Finalement, atout majeur, le film est dirigé par Leonard Nimoy (l’acteur brillant jouant Spock). Nimoy est un metteur en scène sensible, qui dirige finement ses acteurs et ses actrices et qui a une touche imparable pour les personnages et les thèmes féminins (on lui doit notamment The Good Mother, et le superbe Three men and a baby, version USA particulièrement réussie de Trois hommes et un couffin). La combinaison est ici parfaitement gagnante et fait de Star Trek IV un film irrésistible que je recommande chaleureusement à tous les non-trekkies de notre vaste monde.

Les quinze premières minutes sont un peu turlupinées car elles se raccordent directement en suite sur l’opus précédent, sans que cela revête une importance particulière aux fins de l’exercice présent. Ce qu’il faut savoir est que James T. Kirk, qui est maintenant amiral, et ses principaux officiers, se sont comportés comme des factieux de première tenue en désobéissant aux ordres, en chapardant leur vieux navire en cale sèche (la toute mythique Enterprise) et en courant à la rescousse de Spock, dont ils ont sauvé la vie. Les circonstances épiques de cette succession de coups tordus a impliqué le sabotage vandale d’un autre navire de la Fédération (l’Excelsior), une escarmouche désastreuse avec un croiseur de combat Klingon, le sabordage meurtrier de l’Enterprise, la destruction d’une planète, la mort du fils de Kirk et un incident diplomatique catastrophique avec l’Empire Klingon. Quand notre film commence, nos factieux affligés, pas fiers pour deux sous, sont réfugiés sur Vulcain, planète natale de Spock, avec une frégate klingonne volée qu’ils ont rebaptisée The Bounty. Sur Terre, l’ambassadeur Klingon exprime la colère de l’Empire et exige que Kirk et ses factieux soient mis en accusation, devant le plus haut tribunal de la Fédération Unie des Planètes. L’ambassadeur fait même de cette mise en accusation une condition sine qua non de la continuation des négociations de paix entre l’Empire Klingon et la Fédération. C’est aussi gros que ça… Intègres jusqu’au petit linge, l’amiral James Tiberius Kirk (William Shatner), le médecin de bord Leonard McCoy (DeForest Kelley – 1920-1999), l’ingénieur de bord en chef Montgomery Scott (joué par l’acteur canadien James Doohan – 1920—2005), l’officière aux communications Nyota Uhura (Nichelle Nichols), le pilote Hikaru Sulu (George Takei) et l’artilleur et attaché scientifique en second Pavel Chekov (Walter Koenig) décident de se rendre et de faire face à leur procès. L’officier en second et attaché scientifique Spock (Leonard Nimoy – 1931-2015), en rémission de sa douloureuse mésaventure du film précédent, se joint à eux, tout en cherchant à renouer avec sa facette humaine, incarnée en lui par sa mère terrienne. On se rend donc vers la Terre, à bord de cette frégate klingonne qui crachote de partout, vu qu’elle n’est pas dans les meilleures conditions mécaniques.

Dans l’orbite de la Terre se manifeste entre temps une sonde inconnue qui s’en approche en émettant des sonorités singulières, détruisant tout sur son passage, en ciblant surtout les océans. Le contrôle de commandement de la Fédération y perd son latin et perd aussi du jus par toutes ses antennes. Cette sonde étrange, qui lui pompe toutes ses ressources énergétiques, semble sur le point de détruire la Terre et, culminement du drame, cela ne semble même pas être un acte offensif ou même volontaire. Dans la frégate klingonne se rapprochant de la Terre, Spock découvre que ce que la sonde émet, ce sont les sons du chant de la baleine à bosses. La sonde cherche visiblement à prendre contact avec une des formes de vie terrestres les plus intelligentes qui soit, soit la… baleine à bosses. Cette espèce qui, au vingt troisième siècle, est en complète extinction, est ce avec quoi la sonde aspire à renouer contact, et elle risque de tout casser si elle ne trouve pas vite fait ce qu’elle cherche. Kirk demande à Spock s’il ne pourrait pas imiter le son des baleines. Spock répond qu’il pourrait imiter leur chant, mais pas leur langage. La réponse serait en galimatias. Rien à faire. Au risque de faire voler la frégate klingonne crachotante en éclats, il va falloir remonter dans le temps, jusqu’en 1986, cueillir deux baleines à bosses, les convaincre, via une communication de télépathie vulcaine, de collaborer, et les ramener au vingt troisième siècle pour qu’elles conversent avec cette sonde inconnue et la convainquent de se calmer le pompon. Un programme sublime.

1986, donc, par un beau soir calme au dessus de la baie de San Francisco, la frégate klingonne, rendue intégralement invisible de par son mécanisme de camouflage défensif, atterrit doucement dans un parc de la ville, écrasant une poubelle et effarouchant des éboueurs dans l’action. C’est que nos héroïques aventuriers cosmologiques ont détecté des baleines à bosse dans le vaste bassin d’un parc d’attraction océanographique de San Francisco. L’Amiral Kirk explique à ses officiers: C’est un monde sauvage, primitif, archaïque, imprévisible. Soyez prêts à tout. C’est ici que le vrai spectacle savoureux démarre. Kirk et Spock vont faire la connaissance de la docteure Gillian Taylor (Catherine Hicks, actrice totalement étrangère à l’univers Star Trek et qui, littéralement, porte une portion significative de ce pur délice sur ses solides épaules), de l’Institut des Cétacés (Cetacean Institute) de San Francisco. La docteure Taylor veille sur George et Gracie, deux baleines à bosses qui, pour raisons de coupures budgétaires, sont sur le point d’être relâchées dans la nature, où elles devront «tenter leur chance» face aux différents chasseurs de baleines de ce vaste monde. Oh oui, c’est ici qui le scénario exulte. Les officiers de Kirk, en uniformes de guignol, vont devoir interagir avec la population ordinaire de Frisco. Chekov va se faire prendre pour un espion soviétique (on sent le ton déjà détendu et plus bouffon des années Gorbatchev), McCoy va se chamailler sur des diagnostics avec des médecins «moyenâgeux», Sulu va piloter un hélico, Scotty va pianoter sur un petit Macintosh blanc des années 1980. Mais surtout, Kirk et Spock vont cuisiner la docteure Taylor pour connaître le détail de la remise à l’eau des baleines à bosses. Celle-ci va bien se méfier de ce garçon roublard de l’Iowa se tenant avec un grand escogriffe fantomatique et omniscient qui l’interpelle amiral. La réflexion et l’émotion vont d’ailleurs vite graviter autour du rapport que la docteure Taylor établit avec ces baleines à bosses qu’elle aspire tant à protéger de l’humanité cruelle de son temps. Elle en viendra alors graduellement à se demander ceci: ce que son époque ne peut donner et arrache même cruellement, ces bouffons utopiques, dans leur frégate invisible, pourraient-ils le fournir? Personnalité sagace et déterminée, Gillian ne perdra pas le nord une seconde et tirera de sa manche tremblante des as qui forceront même un James T. Kirk à replier ses cartes.

Imaginez que vous êtes une femme du siècle dernier, angoissée par ses contraintes protectrices pour deux animaux immenses, doux, innocents et menacés de toutes parts, et que vous rencontrez une bande d’extra-terrestres liants, attachants, ratoureux, qui vous promettent une mer sans chasse et un monde sans harpons pour vos enfants putatifs adorés. Que feriez-vous? Résisteriez-vous? Ce film EST la rencontre du public contemporain non-trekkie (incarné par Gillian Taylor, à laquelle on s’identifie irrésistiblement) avec les personnages savoureux, improbables, formidables et entreprenants de la fantasmagorie Star Trek… Le charme opère entièrement et Reinardus-le-goupil approuve. Il ne faut pas résister à l’utopie qui séduit. Car ce faisant, c’est aussi qu’elle s’annonce.

L’officière trekkie aux communication Nyota Uhura (Nichelle Nichols) et l’océanographe vingtiémiste Gillian Taylor (Catherine Hicks)

L’officière trekkie aux communications Nyota Uhura (Nichelle Nichols) et l’océanographe vingtiémiste Gillian Taylor (Catherine Hicks)

Star Trek IV – The Voyage Home, 1986, Leonard Nimoy, film américain avec William Shatner, Leonard Nimoy, Catherine Hicks, DeForest Kelley, Nichelle Nichols, George Takei, James Doohan, Walter Koenig, 119 minutes.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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