Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Posts Tagged ‘oubli’

Les JEUX OLYMPIQUES DE VANCOUVER, y pensez-vous encore?

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2012

Des MITAINES OLYMPIQUES ou des OLYMPIQUES MITAINES?

Eh, sicroche de diablotin de plâtre, barbez-moi! Encore une de ces foutues années olympiques. La dernière, au fait, c’était en 2010. Vous vous souvenez? Les Jeux Olympiques de Vancouver (Canada), y pensez-vous encore? La bassinade les concernant est déjà vieille, elle, de trois ans, en fait. En effet, la couverture médiatique des Jeux Olympiques de Vancouver s’amorce dès octobre 2009, et on nous explique alors (vous en rappelez-vous?) que les athlètes canadiens devraient se faire vacciner contre la notoire grippe H1N1. Des développements amphigouriques et soporifiques sont alors aussi servis sur le bilinguisme promis de ces vingt-et-unièmes Jeux Olympiques d’hiver. Puis, à partir de décembre 2009, on se met à suivre le trajet de la flamme olympique. Parfois, comme en Montérégie (au Québec), des résistants autochtones menacent de bloquer le parcours de ladite flamme olympique. On évoque le souvenir des Jeux Olympiques d’été de Montréal, en 1976 (le maire du Montréal de 2009 affirme ne pas vouloir ravoir les Jeux) et on porte une attention particulière aux athlètes qui se blessent à l’entraînement et rateront ainsi les Olympiques. On analyse en long et en large les «espoirs» canadiens et québécois. On évalue (et hypertrophie hyperboliquement) ce que les Jeux feront pour l’image mondiale du Canada. À partir de janvier 2010, on commence à solliciter l’attention des lecteurs et des auditeurs, beaucoup plus assidûment. On conditionne. On chauffe au rouge, on chauffe à blanc. La publicité emboîte alors le pas. La Société des Transports de Montréal parle de sa présence à Vancouver (ils y transportaient quelque chose. Je ne suis pas certain quoi exactement). Bell Canada et un bon nombre d’autres entreprises canadiennes bon-ton-bon-teint utilisent l’image d’athlètes olympiques dans leurs encarts publicitaires. La Fondation David Suzuki donne une «médaille de bronze» environnementale aux préparatifs des Jeux. À partir du 7 février 2010, une chronique spéciale sur les Jeux Olympiques est ouverte dans la section des sports des principaux quotidiens canadiens. L’aspect touristique n’est pas négligé non plus. On décrit ostensiblement les atouts récréatifs et paysagers de Vancouver et de Whistler. Tout démarre officiellement au 14 février 2010. Le Canada apparaît vite comme un arriviste compétitif insensible, qui veut gagner à tous prix. Trente athlètes d’autres pays se font pincer pour du dopage avant que tout ne commence. Mort tragique d’un lugeur géorgien (pourriez-vous me dire son nom?) sur une piste trop rapide et insécuritaire. On le fera passer pour un maladroit et un inexpérimenté. Gloire d’Alexandre Bilodeau (dans quelle discipline déjà? Perso, j’ai mis l’hyperlien parce que je ne m’en souvenais pas). Drame du deuil et de la médaille de bronze de Joannie Rochette. Victoire de l’équipe masculine et de l’équipe féminine de hockey. On observe (sans pourtant y mettre l’analyse socio-hisorique requise) la supériorité athlétique des femmes canadiennes, notamment des hockeyeuses et des patineuses de vitesse. Tout retombe abruptement, et sort vivement de l’actualité, aussitôt que les Jeux Olympiques d’hiver sont terminés. On nous annonce encore, le 16 mars 2011, que Joannie Rochette ne participera pas aux championnats du monde de patinage artistique. Le fait est que, sans complexe aucun (civilisation marchande means civilisation marchande et ce, pour la quasi-totalité des vétérans du spectacle olympiques), elle réfléchit sur son avenir de patineuse et elle diversifie ses activités à plus long terme. Notons, en toute impartialité critique, justement pour mémoire, que Mademoiselle Rochette a totalement eu raison de continuer sa quête olympique malgré un deuil. Je ne cite pas souvent Jésus, mais là, ça s’impose: Laisse les morts enterrer les morts et occupe toi des vivants. Aussi: Enfin cela introduisit un peu de vibrato dans ces Olympiques de Vancouver, autrement largement soporifiques (cette seconde citation est à considérer comme apocryphe)… Et… bon… pour ce qui en est de sa performance (sa médaille de bronze), ce serait un peu le temps de rappeler le fameux aphorisme des Olympiques de grand-papa: «L’important, c’est de participer». Oh, mais excusez-moi, faites excuses… L’Olympisme Stéroidal Néo-Libéral Contemporain a pulvérisé ce point de doctrine parcheminé. Il n’existe tout simplement plus. Tant pis pour nous tous, hein. Le deuil Rochette, c’est celui-là aussi… pourtant… Oh et, j’allais presque oublier, le 21 mars 2011, on mentionne discrètement trois médailles d’or canadiennes aux Jeux Paralympiques de Vancouver…

« ALLEZ CANADA »  …………………..    « LE C.I.O. EST UN PARASITE GLOBAL »

Maintenant, une simple petite question. L’intox promotionnelle canadienne vous rejoint-elle encore, deux ans plus tard? Allons, admettez avec moi, quand on se repasse le ruban en accéléré, avec le recul, que c’est chiant en grande et que la magie de toc s’est quand même un peu pas mal racornie. La malhonnêteté des médias en matière de couverture des Jeux Olympiques n’est plus une nouveauté. Les Olympiques sont une foire ouverte de propagande que chaque pays utilise pour se faire mousser. Les médias canadiens n’ont pas couvert la chose autrement. Chauvinisme crasse et partialité veule. Gros titres pour les victoires canadiennes, entrefilets pour les défaites canadiennes et les victoires des autres. Promotion de soi. Mutisme sur les autres. Impossible de relativiser la position du Canada dans le concert musclé-dopé des nations, avec ce genre de couverture. Lyrisme et faux héroïsme, «courage», «persévérance», tous ces fallacieux mérites de l’industrie du sport-spectacle sont hypertrophiés. Il y a vraiment peu d’informations utiles pour une véritable compréhension critique du monde, des politiques sportives canadiennes, de l’impact social du sport professionnel et de l’industrie multinationale du sport, dans ces événements et leur couverture contemporaine. Il est passé dans quel goulot d’évacuation, le journalisme, bondance de la vie!

« En finir avec la pauvreté, ce n’est pas un jeu »

Et ce cirque inique et pharaonique se déploie désormais mécaniquement, aux deux ans (hiver, pause, été, pause, hiver, pause, été, etc). La barbe, la barbe, c’est reparti…

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Publicités

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, Lutte des classes, Monde, Québec, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 8 Comments »

UN AN APRÈS LE SÉISME EN HAÏTI, L’OUBLI (bilan d’une couverture journalistique à court terme faisant inconsciemment écho au mouvement historique à long terme)

Posted by Ysengrimus sur 12 janvier 2011


La République d’Haïti a campé une rupture cubaine au temps du Premier Empire…
René Pibroch

.

Haïti, quelle trajectoire historique unique pourtant! Ils ont fait leur révolution républicaine vraiment pas mal en avance. En 1803, la révolte de Toussaint Louverture contre Bonaparte libère abruptement Haïti du joug colonial classique et de son pendant immonde: l’esclavage. Venant tout juste de vendre la «Louisiane» (quatorze états, en fait) à l’administration Jefferson, le susdit Bonaparte, visionnaire passable de la trajectoire des Amériques, est obligé de lâcher Haïti pour ne pas froisser la susceptibilité naissante de son précieux allié US, susceptibilité naissante qui mènera à la doctrine Monroe vingt ans plus tard (1823). Les esclaves libérés d’un coup sec par l’action de Louverture n’ont donc plus, depuis des siècles, la possibilité de vivre en Franco-DOM ouvertement assistés par une métropole vétillarde mais constante, comme le font encore Martinique, Guadeloupe, Guyane et Saint-Pierre et Miquelon. Si les Haïtiens avaient fait leur révolution plus tard, comme Cuba (1959), ils auraient bénéficié des partenariats belliqueux, rigides et rageurs, mais massifs et sans ambivalences, du temps de la Guerre Froide. Pas de cela dans leur trajectoire, non plus. La décolonisation graduélliste à l’anglaise (Jamaïque, Barbade, Bahamas, etc), ce ne fut pas pour eux non plus, vu qu’ils étaient déjà intégralement «libres». Aussi la seule puissance qui aurait pu les soutenir, ce sont les USA. Or notez, ceci est crucial, que les USA, première république historique du monde moderne, ne soutient ouvertement que des ROYAUMES (Iran, Arabie, etc). Haïti est une république aussi… déjà… Tant et tant que l’appui des héritiers de Jefferson et de Monroe, eh ben, qu’ils s’en passent. Il n’y a plus rien à y gagner pour les américains. L’appui à Porto Rico, à Guam, à Cuba même autrefois, servait au moins, tout juste comme l’invasion des Philippines (1892), à sortir l’Espagne de l’espace panaméricain… Le sort à long terme d’Haïti s’est donc faufilé entre le colonialisme ancien, chassé trop tôt, le néo-colonialisme monroesque US, rentré trop tard (ou jamais), et une version Caraïbe quasi-accidentelle de la Guerre Froide dont ils n’ont pas, comme Cuba, assumé les beaux risques, tout simplement parce qu’on fait vraiment rarement deux révolutions républicaines de suite… La mécanique de leur trajectoire historique spécifique les a logé directement dans le fossé géopolitique. Angle mort de l’histoire. Le bidonville oublié des Amériques… oubli, oubli, oubli.

Ensuite, il faut que les séismes «naturels» socialement déterminés amplifient la stagnation historique. Disparition subite et artificiellement provoquée de l’oubli, il n’avait guère été possible de mettre la main sur le moindre journal, le 12 janvier 2010, jour du terrible séisme en Haïti. Les choses s’ajustèrent cependant promptement. La couverture journalistique devint vite accessible, omniprésente, tonitruante, en fait. À partir du 13 janvier, les secours s’organisent dans le chaos le plus intégral. Bilan initial, 150,000 morts. On fouille les décombres, dans un terrible dénuement, à mains nues, la plupart du temps. L’UNICEF, la Croix Rouge et d’autres organismes ont des encarts publicitaires d’appel à l’aide philanthropique sous forme de dons en argent. Rapidement, l’eau et la nourriture manquent. Montréal et New York accueillent chacun une conférence sur la reconstruction d’Haïti et Bill Clinton s’implique ostensiblement. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, demande aux sinistrés d’être patients. On donne les Haïtiens comme voulant se ruer sur le refuge du Canada. Les secours internationaux sont coordonnés par les américains et, dans ce dispositif compliqué et lent, les canadiens sont mis spécifiquement au service de la ville de Jacmel. Québec développe une aide d’urgence de trois millions de dollars dans la semaine qui suit le séisme. Les artistes, en une explosion polymorphe de bonnes intentions et d’ardeur, se mobilisent pour Haïti. Alors que les renforts militaires affluent à Port-au-Prince, la communauté haïtienne canadienne demande plus de flexibilité à l’immigration, au gouvernement du Canada, et ne l’obtient pas. Le 20 janvier 2010, une nouvelle secousse sismique frappe Haïti. Québec élargit alors ses critères d’immigration, en se démarquant du gouvernement fédéral.

Début février 2010 éclate l’affaire des dix américains arrêtés pour avoir tenté de mettre en place un réseau d’adoption parallèle. C’est la première grande distraction médiatique. Des humanitaires sont aussi attaqués sur le terrain, par des brigands. Début février, aussi, la grogne s’installe dans le pays sinistré et on commence à critiquer les gouvernements pour leur lenteur à organiser les secours. On constate aussi qu’une part des dons ne se rend tout simplement pas. L’ONU en vient à menacer de suspendre les fournitures de médicaments aux hôpitaux haïtiens qui font payer leurs patients. L’actrice philanthrope autodédouanée Angélina Jolie désapprouve l’adoption d’un enfant haïtien car cela correspond à briser des familles pour une raison fondamentalement indue. Fin février 2010, une autre série de répliques sismiques frappe le pays, alors que, sans explication précise et contre le souhait de l’ONU, les 2,000 soldats canadiens se retirent (ouf, ils niaisent là moins longtemps qu’en Afghanistan – oh c’est vrai qu’ici, excusez pardon, ça sert par spécialement l’impérialisme…). Le bilan des victimes canadiennes est revu à la baisse tandis qu’on finit par faire immigrer des familles haïtiennes au Canada, en catastrophe. Début avril 2010, le bilan des pertes de vies en est à 300,000 morts et on annonce qu’il faudra des milliards pour reconstruire Haïti et ce, tandis que la corruption et l’incurie généralisée sont de plus en plus dénoncées. Vous souveniez-vous de tout ça?

Haïti fut le grand buzz journalistique du premier tiers de l’année 2010. Tout le monde s’enroba d’Haïti en janvier comme tout le monde se mettait une tuque de Père Noël en décembre. Qu’on parlasse ou écrivasse de quoi que ce soit, il fallait alors que cela ait rapport avec Haïti et son séisme (souvent pour se dédouaner insidieusement de parler d’autre chose). Couverture condescendante, ethnocentriste, paternaliste et insidieusement cynique et insensible. En deux petits mois, renouant inexorablement avec l’Histoire, l’histoire a «refroidi», comme disent les journalistes dans leur jargon, et le spectacle médiatique se mit graduellement à se ressourcer ailleurs. Aujourd’hui, malgré la sarabande des dénis, malgré les promesses solennelles de toutes farines, malgré la dure continuité du merdier total, c’est derechef l’oubli de l’actualité, en continuation implacable de l’oubli de l’Histoire. Quand Haïti revient rouler dans l’actualité, c’est sur autres choses et un peu comme si de rien (choléra importé, émeutes des élections présidentielles et, oh, évocations anniversaires de toc du séisme, bien sûr, ces dernières souvent incroyablement nunuches, égocentriques, larmoyantes et anecdotiques)…

.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Commémoration, France, Monde, Québec, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , | 7 Comments »

About FLQ [À propos du FLQ]

Posted by Ysengrimus sur 15 septembre 2009

NOTE LIMINAIRE D’YSENGRIMUS:
DOMINIQUE GARAND,
DANS LE COMMENTAIRE INFRA INTITULÉ CET ARTICLE EST ERRONÉ,
A DÉMONTRÉ
QU’EFFECTIVEMENT CE DÉVELOPPEMENT
REPOSE SUR UNE ERREUR DE SOURCE.
ON M’A D’AUTRE PART SIGNALÉ
QUE C’EST EN FAIT LE RAPPORT DUCHAINE
QUI CONFIRME LA THÈSE
DE L’INNOCENCE MATÉRIELLE DE PAUL ROSE
(Marc Laurendeau dixit ici, entre 2:33 et 3:15).

.
.
.

There are more and more of us who know and suffer under this terrorist society… FLQ Manifesto

[Nous sommes de plus en plus nombreux à connaître et à subir cette société terroriste… – Manifeste FLQ]

.
.
.

Tiens, bondance, on reparle enfin du FLQ, un autre trait hautement parlant de notre civilisation québécoise. Je vais donc (re)faire ma part, et, cette fois-ci, en anglais, pour le fun, les pisse-froids, les becs fins et la bonne bouche mondaine:
[La traduction française suit]

.
.
.

With the Front de libération du Québec as with anything else, you choose your party and you choose your historian. In 1970, I was twelve. The October Crisis contributed to the shaping my consciousness and my political understanding of the modern reality. I was from a people of water-carriers living under the yoke of a colonial oppressor. Fine… But everybody was saying that at the time, even the nationalist right: Union Nationale and Creditists. But the FLQ in their Manifesto were the very first to make understand to quebequers an analysis of their social reality they were not used to. Beneath national oppression, beneath Francos against Anglos, was a struggle more fundamental and more crucial: class struggle, the struggle between the capitalist class and the working class, of whatever nationality or ethnicity. That was most unusual in our local political folklore, stuffed with MAÎTRE CHEZ NOUS and garbage of that type. It had a major impact at the time. The FLQ Manifesto was a smashing hit, a big surprise for many. Hence, on Pierre Laporte‘s fate, I have chosen my party and my historian.

In his superb book titled POUR EN FINIR AVEC OCTOBRE, Francis Simard, one of the activists of the Cellule Chénier which abducted Laporte, explained that, during his captivity, the attitude of the Minister of Unemployment, as he is called in the Manifesto, was arrogant, degrading, vicious, and violent. He was screaming at them, lecturing them, bashing them. He had tried several times to escape, and his awareness of the political gravity of the situation was totally distorted by his obvious class condescendence. During one of his escape attempts, one of us, says Simard (presumably Jacques Rose) caught Laporte by the neck and threw him to the ground, and that was it. He was dead. Afterward, the Cellule Chénier decided that it was to be a collective action of the FLQ, and handled it as an execution. Even bullied at the trial, they never gave in the hands that had made the fatal gesture, because they did not accept their action to be trivialized as a common law crime. Paul Rose carried the burden for his brother, and held himself together all the way until today.

So, as far as I am concerned, Laporte got what he deserved for two reasons: 1- he behaved like an inconsistent empty headed French Canadian Elite Bully believing that all was owed to him, that he could interact with them as if he would with children, whereas the modest British diplomat James Cross, and several other politicians in Europe in the 1960’s and 1970’s who also were abducted by youths in revolt, kept their cool, handled the delicate situation they were in for what it was: an act of terrorist guerilla, and survived it. 2- more fundamentally Laporte got what he deserved because he, as all his lookalikes, is a criminal involved in a class war where for one casualty in the leisure class, foghorned everywhere in the media, you have hundreds of casualties in the working class swept under the carpet. The militants of the FLQ cellules Chénier and Libération have all my respect. They are major figures of Canadian history, crucial actors in the demonstration of the uselessness of narrow nationalist fights, and in the demonstration of the reality of class struggle as the motor force of history. This is my deep conviction, and the day I will not express it anymore, send flowers to my family: it will be because I am dead.

Source: SIMARD, Francis (1987), TALKING IT OUT: THE OCTOBER CRISIS FROM INSIDE, translated by David Howel, Guernica, Montréal, 191 p. [The French original, titled POUR EN FINIR AVEC OCTOBRE, and written in collaboration with all the members of the Cellule Chénier, was published in 1982 by Stanké.]

pour en finir avec octobre

Sur le Front de Libération du Québec comme sur quoi que ce soit d’autre, tu choisis ton parti et tu choisis ton historien. En 1970, j’avais douze ans. La Crise d’Octobre a contribué à configurer ma conscience et ma compréhension politique de la réalité moderne. J’étais issu d’un peuple de porteurs d’eau vivant sous le carcan d’une oppression coloniale. Bon… très bien… Mais tout le monde disait ça à l’époque, même la droite nationaliste: Union Nationale et Parti Créditiste. Mais le FLQ dans leur manifeste furent les tous premiers à faire saisir aux québécois une analyse de leur réalité sociale qui ne leur était pas très familière. Aux tréfonds de l’oppression nationale, en dessous du conflit des Francos contre les Anglos se niche un conflit plus profond et plus fondamental: celui de la lutte des classes, de la lutte entre la classe capitaliste et la classe ouvrière, quelles que soient les origines nationales ou ethniques des uns et des autres. C’était vraiment des plus inusité, ça, au sein de notre folklore politique, surchargé de MAÎTRE CHEZ NOUS et autres détritus dans le genre. L’impact fut majeur, à l’époque. Le Manifeste FLQ fit un tabac pas possible, et cela fut une surprise pour bien des gens. Conséquemment, sur le sort de Pierre Laporte, j’ai choisi mon parti et j’ai choisi mon historien.

Dans son superbe ouvrage, intitiulé POUR EN FINIR AVEC OCTOBRE, Francis Simard, un des activistes de la Cellule Chénier qui avait enlevé Laporte, explique que, lors de sa captivité, l’attitude du Ministre du Chômage, comme on le désigne dans le Manifeste, était arrogante, baveuse, vicieuse et violente. Il leur criait par la tête, leur faisait la leçon et les bousculait. Il avait tenté à plusieurs reprises de fuir et sa compréhension de la délicate situation politique dans laquelle il se trouvait était complètement brouillée par son évidente condescendance de classe. Lors d’une de ses tentatives de fuite, l’un d’entre nous, dit Simard (on présume que c’est Jacques Rose), attrapa Laporte par le cou et le jeta fermement sur le sol. Et ce fut tout. Il était mort. Après coup, la Cellule Chénier décida que ça serait un acte collectif du FLQ, à traiter comme une exécution. Même quand on chercha à les intimider au procès, jamais ils ne fournirent l’identité de la personne qui avait posé le geste fatal, car ils jugeaient inacceptable que leur action soit banalisée en crime de droit commun. Paul Rose porta le poids du geste de son frère, et tint le coup, ferme et solide, jusqu’à nos jours.

Alors, en ce qui me concerne, Laporte a eu ce qu’il méritait pour deux raisons. 1- il s’est comporté comme un gros bras petite tête incohérent de l’élite canadienne française, en s’imaginant que tout lui était du, qu’il pouvait agir comme s’il avait affaire à des enfants, tandis que le modeste diplomate britannique James Cross, et plusieurs autres hommes politiques européens des années 1960 et 1970 qui furent aussi enlevés par des jeunes en révolte, restèrent bien calmes, gérèrent la délicate situation dans laquelle ils se trouvaient pour ce qu’elle était vraiment: un acte de guérilla terroriste, et s’en sortirent vivants. 2- plus fondamentalement, Laporte a eu ce qu’il méritait parce que lui, et tous ses semblables, sont des criminels impliqués dans une guerre de classe où, pour une perte dans la classe élitaire, claironnée partout dans les médias, des centaines de pertes de vies de la classe ouvrière sont glissées en douce sous le tapis. Les militants des Cellules Chénier et Libération ont tout mon respect. Ce sont des figures majeures de l’histoire canadienne, des acteurs cruciaux dans la démonstration de la futilité des luttes nationalistes étroites, et dans la démonstration de la réalité de la lutte des classes comme force motrice de l’Histoire. Ceci est ma conviction la plus profonde et le jour où je cesserai de l’exprimer, veuillez envoyer des fleurs à ma famille: ce sera que je serai mort.

Source: SIMARD, Francis (1982), en collaboration avec tous les membres de la Cellule Chénier, POUR EN FINIR AVEC OCTOBRE, Stanké, 221 p. [La version anglaise, intitulée TALKING IT OUT: THE OCTOBER CRISIS FROM INSIDE, traduite par David Howel,  est parue chez Guernica à Montréal]

.
.
.

Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Lutte des classes, Québec, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , | 18 Comments »

À propos de l’Oubli

Posted by Ysengrimus sur 12 juin 2008

L’OUBLI. est un phénomène complexe et c’est aussi —surtout— un mal à combattre. L’oubli c’est ce réseau de tuyaux de bois résinés bien étanche qu’on a retrouvé à Saint Fabien (compté de Rimouski) en construisant la nouvelle autoroute. C’est ce qui pousse à élire Thatcher et Reagan cinquante ans seulement après avoir élu Mussolini et Hitler. C’est la technologie du vitrail médiéval. C’est le secret pourtant non gardé de l’invention de la batterie. C’est la genèse historique du pain et l’origine géographique des nouilles. C’est l’acte manqué des psychanalystes. C’est le sort de Louis XVII et le faciès du Masque de Fer. C’est ce qui amène à négliger la friction entre les parties d’un mécanisme le jour où il s’avère que cette friction est non négligeable. C’est ce quelque chose qui fait que le pont s’est effondré, que le rendez-vous a été raté. C’est pratiquer le kendo comme un art alors qu’à l’Ère Edo on le pratiquait comme une technique guerrière. C’est la biographie toujours ultra-sélective du faux génie Alexandre Soljenitsyne. C’est souhaiter de tout son coeur (pour des raisons légitimes, du moins moralement) ne pas rééditer cette ordure intellectuelle de Mein Kampf. C’est la quasi-impossibilité de se rendre aussi près du Pôle Sud que le fit James Cook, même en mobilisant des technologies dont James Cook ignorait tout. C’est le mystère indéchiffrable de la langue étrusque. C’est le vrai visage de Samuel de Champlain. C’est la nouvelle mode branchée du lait cru. C’est trouver que Mario Dumont est un bon gars. C’est le son du Jazz et de la bastringue en 1896. C’est l’invention graduelle et vernaculaire du baseball. Ce sont les Statues de l’Île de Pâque. Ce sont les papesses, les soldates, les flibustières, les éclaireuses, les bûcheronnes de l’Histoire. C’est l’existence de la gastronomie sur une planète où tout le monde a faim. C’est se faire surprendre pour la troisième fois par un choc pétrolier et pour la trentième fois par un krach boursier. C’est la quasi-intégralité de notre enfance. C’est le fait absolument terrible que qui a bu, boira. C’est le Soldat Inconnu, sa guerre lointaine et le nerf de cette guerre. L’oubli, c’est l’instrument d’oppression et de sujétion par excellence. Tous ensembles, il faudrait ne jamais rien oublier.

Et je constate, avec tristesse, qu’il y a quelque chose de vachement non dialectique dans certains développements de la gnoséologie (théorie de la connaissance) marxiste autour de questions de ce type. Certes elle établit que la connaissance humaine peut, par delà les artefacts de la subjectivité et des conflits d’opinions, parvenir à fouiller, à capter, à saisir la complexité du monde matériel extérieur à nos consciences individuelles et collectives (on se rappellera les discussions par Lénine des positions de Kant dans Matérialisme et Empiriocriticisme). Par contre, on sombre dans le positivisme le plus béat aussitôt qu’on affirme que la connaissance humaine tend irréversiblement vers l’illimité sans perte en chemin (Lénine, Engels et aussi Mao Zedong, De la Pratique). Je n’ai trouvé nulle part dans le marxisme classique ce concept, pourtant fondamental en gnoséologie, qu’est l’oubli. La prise en compte de l’oubli dans l’évolution (tant ontogénétique que socio-historique) de la connaissance va inévitablement de pair avec une autre démarche absolument indispensable à notre époque: la dénonciation du triomphalisme scientiste. Il y a encore bien du travail à faire pour comprendre tout cela.

La vérité, la vérité, la vérité, la vérité, c’est une poignée de sable fin… qui glisse entre les doigts (Raoul Duguay).

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Posted in Culture vernaculaire, Monde, Philosophie, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , | 12 Comments »

Hypersexualisation, hyper-information, hyper-oubli

Posted by Ysengrimus sur 9 juin 2008

Les tenues modernistes de la prime jeunesse des années 1920...

Ré-examiner attentivement les tenues modernistes de la prime jeunesse des années de naguère…

.

Dans la chanson Sweet Little Sixteen, écrite il y a un demi-siècle, Chuck Berry parle des robes étroites, du rouge à lèvre vif et des talons aiguilles portés par la jeune adolescente de 1958, quand elle sort danser le rock’n roll tard le soir (alors qu’elle se refringuera en écolière le matin suivant. Elle a tout juste seize ans et… se trémousse ainsi dans toutes les salles de danse de l’Amérique). Marjolène Morin rendit hommage, dans les années 1970, à cette composition, dans son interprétation tonitruante la pièce Suite 16 du groupe québécois Corbeau. On se souviendra de l’évocation que nous servit alors Marjo (née en 1953, elle avait 5 ans quand Chuck Berry écrivit sa ballade rock): J’me suis mis à r’garder les magazines. Tout c’que j’voyais c’était des sweet sixteen déchaînées…

Déjà des magazines… Déjà des tenues provocantes… Déjà de toutes jeunes femmes… Ce sont là de simples exemples pour dire qu’on pourrait faire une histoire détaillée de l’hypersexualisation des très jeunes femmes qui remonterait facilement tout le vingtième siècle à rebours. Il suffirait d’y appliquer l’attention et la prudence habituelle des mémorialistes: revoir les vieilles bandes d’actualités, compulser les films et les photos de famille, ré-examiner attentivement les mini-jupes de la prime jeunesse des années 1960 et les tenues modernistes de la prime jeunesse des années 1920… ou simplement en discuter doucement avec nos mamans et nos grand-mamans. Oh, mais en matières sexuelles, on aime tellement oublier et réinventer! On aime tant croire que tout débute en notre temps. La sexualisation est pourtant avec nous depuis un bon moment. Il s’agit ni de minimiser ni d’hypertrophier le phénomène. Surtout il s’agit de bien passer le tamis entre le sain et le malsain.

C’est que le pépin qu’on semble rencontrer ici n’est pas un problème de sexe mais un problème de sexage (c’est-à-dire de rapport entre les sexes). Il semble que, du temps des sweet sixteen de Berry et de Marjo, sexualisation allait de pair avec libération. Marjo: À douze ans déjà j’commencais à bouger, J’me doutais ben qu’un jour, toute allait exploser. La libération sexuelle, pour le personnage féminin de sa ballade rock, va directement de pair avec quitter le voyou bagarreur et obtus qui se prend pour son amoureux et affirmer son indépendance de femme (Roméo, va falloir que j’men aille), tout comme les gamines de la chanson de Berry affirmaient leur indépendance de jeunes adultes face aux valeurs parentales traditionnelles… Sauf que… de nos jours, rien ne va exploser… On dirait plutôt que ça va imploser… tant et tant que même le terme libération sexuelle cloche passablement à l’oreille contemporaine. Sexualisation aujourd’hui va de pair avec soumission oppressante à l’ordre de la version contemporaine du petit voyou obtus de la chanson de Marjo. Oppression sexuelle serait le mot de ce jour, on dirait. Ça, ça ne va pas. En ce sens que ce n’est pas le sexe ou la séduction qui faussent l’équation ici, c’est ce qu’on en fait au coeur d’un rapport humain plus global.

Aussi, prudence. Si les particularités contemporaines de la sexualisation ne trouvent comme réplique adulte que le repli bigot et le resserrement moraliste face au sexe et aux relations intimes des jeunes, on fonce tête baissée vers un mur. C’est que l’hypersexualisation de notre temps, c’est aussi une hyper-information. Nos gamines en savent un bout et tenter de verrouiller leurs ordinateurs est l’option parfaite pour faire rire de soi sans effet tangible. Essayons minimalement de dire nos lignes adultes avec le peu de panache dont on dispose. On disposait du sexe et des relations intimes à leur âge… pas de l’ordinateur…

Il ne faut pas réprimer. Il faut démontrer. Fondamentalement, il faut démontrer que séduire n’est pas obéir et que le nouvel hédonisme féminin, sous toutes ses formes et manifestations, est parfaitement légitime tant qu’il reste une affirmation de soi et non une négation de soi face à l’homme… et face aux autres femmes si celles-ci servent outrageusement l’homme. La ligne à tirer est là, pas ailleurs. C’est une ligne féministe, pas moraliste. Vaste programme… raison de plus pour laisser l’alarmisme au vestiaire et pour puiser dans notre propre héritage, personnel et historique, de sexualisation adolescente pour voir plus clair dans cette crise actuelle du sexage, ultime chant du cygne d’un phallocratisme qui n’en finit plus d’agoniser en se vautrant tapageusement dans les médias et partout ailleurs. Et notre pire handicap sur cette question face à nos filles n’est pas leur hypersexualisation ou leur hyper-information. Notre pire handicap, c’est notre propre hyper-oubli. Hyper-oubli de Berry, de Marjo, de tant de (jeunes) femmes du précédent siècle, mais surtout hyper-oubli de notre propre adolescence et de nos propres motivations passionnelles d’origine. Souvenons-nous. Simplement. Au lieu de refouler, souvenons-nous… Ce sera déjà une solide base de dialogue dans la difficile mais cruciale démonstration féministe qui est bel et bien à faire à la jeune femme curieuse et attentive de notre temps…

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

Posted in Culture vernaculaire, Québec, Sexage | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 15 Comments »