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WIKIPÉDIA, le légendaire site encyclopédique faussement libre, effectivement noyauté, fliqué, trahi, dénaturé…

Posted by Ysengrimus sur 1 juin 2012

« IMAGINEZ UN MONDE SANS LE LIBRE SAVOIR. Depuis plus de dix ans, nous avons consacré des millions d’heures à la constitution de la plus vaste encyclopédie de l’histoire humaine. En ce moment même, le Congrès américain étudie une législation qui pourrait frapper fatalement l’internet libre et gratuit. Pour vingt-quatre heures, pour contribuer à l’éveil, nous éteignons Wikipédia. » (page frontispide opacifiée de Wikipédia, le 18 janvier 2012)

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Le site encyclopédique Wikipédia s’est donc récemment lancé dans la défense, ouvertement ardente et militante, de la liberté d’expression. Il est difficile de ne pas appuyer le principe fondamental qui sous-tend cette prise de position. Sans se perdre dans les détails politiciens, ricains ou européens, du barda du fatras de la chose, il est parfaitement raisonnable de suggérer que, sous prétexte de protection des œuvres sous copyright, le législateur occidental envisage sciemment de réduire et d’harnacher les possibilités d’expression inouïes de la cyberculture. Il y a indubitablement un syndrome chinois de l’internet en Occident en ce moment. Read my lips and follow my eyes… veut veut pas, aime aime pas, les années free-for-all touchent à leur fin (la fermeture de Napster en 2001 et, plus récemment, en 2012, le raffle international sur l’équipe administrative de Megaupload en sont deux preuves parmis bien d’autres – pour exemple analogue, les plus vieux d’entre nous se souviendront de l’assèchement graduel, au fil des années 1960 et 1970, de la jubilation des radios libres, en France). On cherche de plus en plus à tenir la toile en sujétion, à la fliquer, sous toutes sortes de formes insidieuses et par toutes sortes de moyens détournés. On comprend donc aussi que le vaste exercice collectif de compilation des savoirs auquel Wikipédia nous convie (ou croit nous convier) soit ouvertement compromis par les tentatives de crypto-flicage des législateurs. C’est vraiment pas sorcier, l’affaire. Wikipédia cite des sources en abondance, sous toutes sortes de formes multimédia qui ne vont que se diversifier et s’amplifier avec le temps, et il ne souhaite pas se faire entraver dans son travail de diffusion des faits du monde par les Séraphin Poudrier les Harpagon et les Scrooge de la propriété intellectuelle. Ceci reste un exercice fondamentalement encyclopédique, donc susceptible en permanence de lancer de titanesques monceaux de matériaux sous copyright dans le tuyau de diffusion «libre»… Je le répète: Wikipédia a parfaitement raison au niveau du principe fondamental. Interdire une source explicitement citée sous le prétexte fétide de protéger le commerçant qui la diffuse, c’est de la censure de classe et c’est pas acceptable. Toutes les sources doivent se voir recoupées dans un travail pertinent de renvois mutuels et sereins et l’interdit flicard ne donne strictement rien d’utile dans tout ceci, surtout sur le long terme. Et ceci n’est pas de la wiki-hagiographie, veuillez m’en croire, mais un simple principe de décence intellectuelle élémentaire. Les «propriétaires» des segments du monde que décrit une encyclopédie ne sont aucunement les démiurges de la diffusion des connaissances sur ces segments du monde. Au contraire, ils en sont les caillots les plus nocifs, les plus inquiétants et les moins respectueux de l’objectivité descriptive. Le site Wikipédia n’est pas une boite de pube ou un moulin à intox (encore que…), et son regard analytique et factuellement descriptif DEVRAIT pouvoir être préservé… Cette cause est légitime et l’espoir intellectuel qui s’y associe est plus que raisonnable: rationnel.

Ceci est dit, et bien dit. Sauf que n’importe quel intervenant, citoyen ponctuel ordinaire, pingouin de base, sur le site encyclopédique Wikipédia, s’il regarde l’affaire avec le minimum d’attention requise, en viendra éventuellement, douloureusement, à poser la question suivante, perfide mais nécessaire. Wikipédia est-il lui-même à la hauteur du principe libertaire tous azimuts sur lequel il prétend reposer? Réponse: eh bien non. C’est que Wikipédia, de fait, devient de plus en plus fliqué et unilatéral lui-même. Sceptique? Prenez-y une initiative. Allez tout simplement y ajouter de l’information, par exemple dans un article portant sur un sujet que vous connaissez bien, qui vous passionne. Oeuvrez de bonne foi, sans vandalisme, en ajoutant des données platement factuelles, sans opinion, ni fanfreluche. Faites le test d’améliorer, même en huit lignes, un de leurs articles. Vous n’y couperez pas, alors, à la nouvelle culture méprisante et brutale de la soi-disant communauté Wikipédia. Des gogos locaux, des epsilons inconnus, des combattants de l’ombre sous pseudonymes opaques, des petits cocardés du comité (du salut public) d’arbitrage, qui ont leurs entrées dans la place et qui se considèrent ouvertement dépositaires/propriétaires de l’article sur lequel vous avez osé intervenir, vont vous caviarder vos huit lignes et restaurer aussi sec leur version personnelle. Si vous n’êtes pas content, ils vont vous dire alors d’aller vous lamenter dans le bistrot, cet espace (stérile) de wiki-discussion et maintiendront leur version, le doigt sur le bouton et en vous traitant de haut. De moins en moins libre, de plus en plus noyauté par des petits autocrates se drapant dans des wiki-règles fumeuses, triomphalistes et paradoxales qu’ils ne respectent même pas eux-mêmes, Wikipédia diffuse UN savoir, certes, mais surtout il serine, de plus en plus à vide, son propre mensonge pieux libertaire-légendaire. Le rêve sans-culotte de l’édition libre tourne graduellement au cauchemar jacobin. La seule chose que vous êtes vraiment libre de faire chez eux, désormais, c’est de corriger leurs coquilles (ah ça, ils adorent. Ils gardent. Ils respectent)… On observe ici un nouveau type de technocratie qui, en plus, n’est certainement pas une intellocratie. Trois fois hélas, il est très facile de vérifier que Wikipédia se détériore structurellement. Comment? Faites le test. Découvrez à la dure que sa meute de petits experts neuneu autoproclamés y crée maintenant des sous-groupes thématiques (dans la version française, on parle de projets) et contrôlent littéralement, sectoriellement, de vastes grappes d’articles. Vous y ajoutez une information. Patatras, croyez-moi, c’est spectaculaire: le Wikipédia francophone, donnez leur entre quarante-huit et soixante-douze heures pour vous caviarder (une semaine si vous êtes chanceux ou chanceuse). Le Wikipédia américain, lui, n’aura besoin que de quatre à huit heures (deux jours, si vous êtes chanceux ou chanceuse) pour faire passer votre apport à la trappe. Votre contribution «libre» et vos informations, ils s’en tapent totalement. Elles se feront effacer aussi sec par un de ces petits satrapes qui n’a décliné son expertise à personne mais qui porte les bons galons et chausse les bonnes talonnettes, dans le sein mouvant, scintillant et insondable de la labyrinthique, condescendante et hostile wiki-basoche. Vous protestez et il vous sert le wiki-brouet neutraliste-descriptiviste-objectiviste-rigoriste, qu’il ne mange même pas lui-même, et vous recommande ou re-recommande d’aller vous lamenter dans ces espaces de discussions 1984-esques que, par exemple, sont les cafés et bistrots spécialisés, où vous finissez oublié. Le ci-devant «wiki-libre» se transforme nettement en wiki-noyauté. Je ne participe plus à Wikipédia à cause de ça et je ne suis pas le seul. Encore satisfaisant pour l’ampleur généreuse et accueillante de ses connaissances, surtout récentes ou contemporaines, sans complexe aucun dans l’exhaustivité populaire et vernaculaire de ce qu’il couvre, Wikipédia me sert aujourd’hui strictement à vérifier en ligne, rapido vite fait, la date de la naissance et de la mort de Mère Theresa (1910-1997), la nature fondamentale du lien de parenté entre coulicou, coucou et géocoucou et le fait incontournable que la boisson gazeuse Bubble Up et le dessin animé Underdog ont bel et bien existé. Point pointé. Sans ironie aucune, c’est là une satisfaction gnoséologique indubitable mais ce n’est PAS ce savoir libre messianiquement promis aux origines (et dont le fallacieux fanion est encore brandi aujourd’hui. Illusoirement? Hypocritement?). C’est le nouveau grand compendium universalisant cyber-livresque (surtout américain au demeurant, hein, car la wiki-vf, elle, on dirait encore l’Encyclopédie du Livre d’Or plagiée difficultueusement par des hordes masquées de potaches narcomanes), compendium devant lequel il faut, en fait, de nouveau se taire, la boucler et tout gober docilement autant qu’avant. Au moins, bon, les cyber-canards, même ceux qui font voter les autres sur ton billet, le retiennent en bloc (s’ils le retiennent, naturellement), sans le caviarder et c’est (encore un tout petit peu) demos (et non techno-cagoule) qui tranche (encore que…).

De ce point de vue, Google est, encore pour un temps (et ce malgré ses récentes escapades dans l’univers glauque et suspect de la facebookardisation), finalement un meilleur diffuseur impartial-machinal d’informations objectives. Sa censure ouvertement capitaliste, et son ravaudage crypto-publicitaire, sont beaucoup moins abrupts que les pratiques faussemnt codées des petits franc-tireurs artisans hors-contrôle de Wikipédia. Comprenons-nous, Google m’intéresse moins dans ses hocus-pocus financiers que de par son fonctionnement comme service effectif quasi-intelligent. Tant qu’il répertorie aussi bien et aussi vite qu’il le fait, ça va. Ma déception vient bien plus de la nette propension, insidieuse mais tangible, de l’internet lui-même à la pensée unique. Bon, on le sait, Google y arrive aussi, et frontalement, à cette disposition biaisée de l’information mais il n’en est pas l’exclusif responsable. Il ne fait encore principalement que renifler le cloaque biaisé. Au cloaque de se réformer (ou pas)… Et surtout, fait crucial, le jour où Google trahira trop ouvertement ses fonctions mécaniques de recherche, d’autres moteurs lui succéderont, en un éclair. C’est un peu comme les traitements de textes, les fureteurs et les agrégateurs. Ça reste fondamentalement machinal, automatique, cyber-ancillaire, algorithmique, plombier, sans ego, et sans sexe (alors que Wikipédia, ouf, qu’est ce que ca chlingue la culture intime de petits mecs à tous les étages du café des sports, des cafés et des bistrots). Le cas Wikipédia m’inquiète bien plus que le cas Google, de ce point de vue, pour tout dire, parce que cette pesante encyclopédie si fière d’elle-même, si mythifiée, si enflée, si hénaurme, si irremplacable (encore que…) engage la subjectivité exaltée d’acteurs humains directement impliqués et qui, désormais, trichent, sans complexe. Le site Wikipédia a fait une chose que Google n’a pas fait encore. Il a carrément perdu le contrôle de son idéal. Ce dernier est piégé, discrètement mais implacablement, entre les pattes cyniques et autocrates de ses rhizomes de petits plumitifs factieux et détenteurs localisés du vaste savoir cuistre contemporain et, par conséquent, Wikipédia a ouvertement trahi son mythe et est frontalement devenu le contraire de ce qu’il prétendait être. N’hésitez pas! Faites le test… Vous verrez bien et vous verrez vite que, devant Wikipédia, si vous sortez de la passivité buvante et cherchez à effectivement communiquer vos connaissances, votre clavier est déjà bien cadenassé. Il n’y a plus grand-chose de libre dans cet espace.

Finalement, ils l’ont devancé d’une bonne longueur le syndrome chinois bien occidental du flicage de l’internet, les petits savants autoproclamés noyautant le site encyclopédique Wikipédia, cet autre grand rêve cyber-libertaire perclu, moulu, perdu parce que dénaturé.

Devant WIKIPÉDIA, si vous sortez de la passivité buvante et cherchez à effectivement communiquer vos connaissances, votre clavier est déjà bien cadenassé…

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Posted in Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, France, Lutte des classes, Monde, Québec, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 43 Comments »