Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Pour une masculinologie non-masculiniste

Posted by Ysengrimus sur 1 septembre 2015

Pere-fils

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Tombons d’abord d’accord sur deux définitions qui n’ont rien de neutre et qui expriment une prise de parti ferme et ouvertement féministe (ce qui n’empêche en rien une critique amie et respectueuse dudit féminisme). Les voici:

MASCULINISME: Attitude du sursaut androhystérique consistant à démoniser l’augmentation du pouvoir social des femmes et le lent rééquilibrage en sexage en faveur du positionnement social et socio-économique des femmes. «Lutte» anti-féministe explicite et virulente, le masculinisme se formule habituellement dans la polémique, la provoque, la bravade pseudo-novatrice et la toute patente obstruction néo-réac. Comme tous les combats d’arrière-garde, le masculinisme ne dédaigne ni la violence physique (non-armée ou armée, domestique ou médiatique) ni la mauvaise foi intellectuelle. Cette dernière se manifeste, avec une vigueur soutenue, dans les diverses tentatives faites par les semi-doctrinaires du masculinisme pour présenter leur vision du monde comme une converse symétrique et faussement progressiste du féminisme (qu’on accuse, du même souffle, d’être à la racine de tous les maux sociaux contemporains). La recherche de légitimation que se donne le masculinisme en se posant en pourfendeur des «abus» féministes est une promotion feutrée de la myopie micro-historique au détriment d’une compréhension du développement historique large (et effectif). La micro-histoire réparatrice-restauratrice, c’est là une vieille lune réactionnaire et les masculinistes ne diffèrent guère, en ce sens, des dénonciateurs tapageurs et gluants du «racisme anti-blanc» de «l’athéisme anti-chrétien mais (soi-disant) islamophile» ou de la «discrimination positive». S’il y a tension interne entre un féminisme de gauche et un féminisme de droite (ce dernier parfaitement répréhensible), le masculinisme, lui, est exempt de la moindre tension interne de cette nature. Il est, en effet, inévitablement de droite, nostalgique et rétrograde, donc intégralement répréhensible. La fausse richesse dialectique que le masculinisme affecte de porter à bout de bras dans le débat social n’existe tout simplement pas. La seule attitude que je vous recommande ici, le concernant, c’est celle de le combattre.

MASCULINOLOGIE: Attitude de recherche et d’investigation aspirant à produire une compréhension explicite, descriptive et opératoire des éléments spécifiques de la culture intime masculine qui seront susceptibles de perdurer au-delà des ères phallocrates et machiques. La masculinologie est appelée à se développer à mesure que les postulats masculins seront de moins en moins pris pour acquis et/ou automatiquement implicites dans la société. On voit déjà que la civilisation contemporaine commence à exprimer l’urgence d’une masculinologie proprement formulée. Cela s’observe notamment de par la perte de repères et le désarroi des petits garçons à l’école. Il est indubitable que la masculinologie était inexistante aux temps du phallocratisme tranquille, attendu que ce dernier n’en avait pas plus besoin en son heure de gloire que le colonialisme occidental n’avait eu besoin d’une doctrine multiculturelle… Cette situation de dissymétrie historique (cette surdétermination historique, dirait un althussérien) fait que la masculinologie est appelée à se développer dans l’urgence et, bien souvent, sur le tas. Les masculinologues les plus assidues pour le moment sont encore les mères monoparentales de garçons et les éducatrices en contexte scolaire mixte. Pourquoi les meilleures masculinologues sont-elles pour le moment des femmes? Parce que leur non-initimité avec les implicites mecs, que détiennent imparablement les hommes, les forcent comme inexorablement à produire une connaissance de tête. Si je sais que je ne sais rien, je ferai en sorte d’en savoir d’avantage (Lénine). La masculinologie repose sur le postulat selon lequel une égalité intégrale des droits n’est pas une identité intégrale des cultures intimes. Entendre par là, entre autres, que, même hors-machisme, les gars ont leurs affaires/lubies/bibites de gars et que comme les affaires de gars ne sont plus automatiquement les affaires de la société entière (et comme l’hystérie, cette culture intime freinée, frustrée, rentrés, change doucement de bord), il va de plus en plus falloir une discipline descriptive rendant les affaires de gars discernables et compréhensibles aux non-gars…

Notre réflexion sur le tas débute donc ce jour là au supermarché. Mon fils de dix-neuf ans, Reinardus-le-goupil et moi, Ysengrimus-le-loup, au milieu de tout et de rien, nous bombons subitement le torse, portons les ailes vers l’arrière et nous arc-boutons l’un contre l’autre. Nos regards se croisent, nos deux torses se percutent et nous poussons, face contre face. Reinardus-le-goupil est plus grand que moi et au moins aussi fort, mais je suis plus lourd. Misant méthodiquement sur mon poids, j’avance lentement, inexorablement. Comme je ne l’empoigne pas, il ne m’empoigne pas. C’est une sorte de règle implicite et improvisée. Il faut pousser, torse contre torse, sans impliquer les bras. J’avance, il recule, et le Reinardus se retrouve le cul dans une pyramide de boites de conserves. Implacable, je l’assois bien dedans pendant qu’elle se démantibule avec fracas et nous rions tous les deux aux éclats. Nous interrompons cette brève escarmouche et Reinardus-le-goupil se relève, crampé de rire. Le préposé qui vient nous aider à rebâtir la pyramide de boites de conserves commente et rit comme un sagouin, lui aussi. Nous allons ensuite rejoindre mon épouse et, un peu interdit moi-même, je dis: Affaires de gars. Elle répond, sereine, sans se démonter: Je ne m’en mêle pas… mais maintenant que vous avez vu à vos affaires de gars, on peut continuer l’épicerie? Et nous la continuons, et tout le monde est de fort bonne humeur. Je suis certain que toutes mes lectrices qui vivent avec des hommes, conjoint et/ou fils, ont, à un moment ou à un autre, pris connaissance de ces curieux comportements de gars, en apparence inanes et (souvent) un peu brutaux ou rustauds. La signification psychologique et intellectuelle de ces petites saillies masculines de la vie quotidienne serait justement un des objets de la masculinologie. L’étude de l’impact de leur manque (et corollairement de l’erreur fatale consistant à chercher à les éradiquer intégralement) en serait un objet aussi, crucialement. Les ancêtres maternels de Reinardus-le-goupil, qui étaient des hobereaux russes, ses ancêtres paternels, qui étaient des cultivateurs et des bûcherons canadien-français, trouvaient tout naturellement les modes d’expression de ces traits de culture intime dans l’ambiance dominante, couillue et tonique, des activités ordinaires des hobereaux russes et des cultivateurs et bûcherons canadien-français d’autrefois, entre le lever et le coucher du soleil. Ce genre de petit outburst, manifestation sereine de la vie banale de nos ancêtres mâles, pétarade pour nous ici, un peu hors-cadre, entre deux allées de supermarché, en présence d’une mère et épouse à l’œil glauque. Un film remarquable de la toute fin du siècle dernier évoque les désarrois de mon fils et de moi en ce monde tertiarisé contemporain. Il s’agit de Fight Club (1999) de David Fincher avec Brad Pitt et Helena Bonham Carter. À voir et à méditer. La masculinologie des temps contemporains s’y annonce.

Un petit traité de masculinologie à l’usage des non-mâles de tous sexes et de tous genres serait indubitablement à écrire. Un jour peut-être. Pour le moment contentons nous de l’invitation à une refonte de nos attitudes que portent les allusions subtiles, voulues ou non, au besoin naissant et pressant pour une masculinologie. Cela sera pour vous recommander un autre film remarquable, Monsieur Lazhar (2011) de Philippe Falardeau. Ceux et celles qui ont vu ce film subtil, aux thématiques multiples, avez-vous remarqué la discrète leçon de masculinologie qu’il nous sert? Oh, oh… Je ne vais certainement pas vous éventer l’histoire, il faut impérativement visionner ce petit bijou. Sans risque pour votre futur plaisir de visionnement, donc, je peux quand même vous dire qu’un réfugié algérien d’âge mûr est embauché, dans l’urgence, dans une école primaire québécoise, pour remplacer au pied levé une instite qui vient de se suicider. L’homme n’est même pas instituteur lui-même (c’est son épouse, temporairement coincée en Algérie, qui l’est). Monsieur Bachir Lazhar (joué tout en finesse par Mohamed Fellag) va donc s’improviser prof au Québec, avec, en tête, les représentations scolaires d’un petit garçon nord-africain de la fin des années soixante. Sans complexe, et avec toute la ferme douceur qui imprègne sa personnalité droite et attachante, il enseigne donc, ouvertement à l’ancienne. Cela va soulever un florilège de questions polymorphes, toutes finement captées et  traitées. Et on déniche alors, perdue, presque planquée, dans cette flopée: la problématique masculinologique. Outre monsieur Lazhar, il y a deux autres hommes dans cette école, le concierge et le prof de gym. Ce dernier, pédophobe grinçant mais assumé, a capitulé sous le poids de la bureaucratie scolaire et civilisationnelle. Il fait tourner les gamins en rond dans le gym et évite soigneusement de les toucher ou de les regarder dans les yeux. Le concierge, pour sa part, ne se mêle de rien et proclame haut et fort son respect inconditionnel pour la petite gynocratie scolaire tertiarisée de notre temps. Dans ce contexte de renoncement masculin apeuré, monsieur Lazhar va involontairement représenter le beau risque du retour serein de la masculinité paterne et droite, en bois brut. L’impact sur les petits garçons et les petites filles sera tonitruant. Sans passéisme mais sans concession, on nous fait solidement sentir le manque cruel résultant de l’absence masculine, en milieu scolaire. C’est magnifiquement tempéré et imparable. Je meurs d’envie de vous raconter la trajectoire de la principale petite fille (au père absent et à la mère pilote de ligne) et du principal petit garçon de cette fable. Ils vivront un changement de polarité issu du magnétisme bénéfique de monsieur Lazhar. Je vais me retenir de trahir leur beau cheminement. C’est qu’il faut le voir. Un mot cependant sur une importante assertion masculinologique de ce brillant opus. C’est que cette assertion là, vous risquez de la rater car il se passe des tas de choses et, elle, elle est bien planquée dans les replis du cheminement d’un des personnages secondaires. J’ai nommé, le grand & gros de la classe. Le grand & gros de la classe a un grand-père chilien qui a subit les violences policières sous Pinochet et a plus ou moins fait de la guérilla, dans le temps. Le grand & gros de la classe, que tout le monde ridiculise et conspue pour ses bêtises quotidiennes, ne sait même pas qu’il détient un trésor narratif mirifique, hautement susceptible de le rendre super cool, en l’héritage de son grand père guérillero. Le grand & gros de la classe ne pourra jamais devenir cool avec cet héritage parce que, dans le milieu scolaire aseptisé contemporain, t’as pas le droit de parler de: guérilla, terrorisme, guerre, soldats, officiers, tank, mitraillettes, canons, pirates, cow-boys, indiens (il faut dire amérindiens et ne jamais parler de leurs conflits), boxe, lutte, guerre mondiale, révolution, insurrection, répression, foire d’empoigne de quelque nature, esquintes, accidents violents, meurtres, deuils ou… suicides (y compris le suicide odieux que tous ces gamins et gamines ont sur le cœur – tabou suprême, ils doivent se planquer pour en discuter). La violence, même dans les arabesques de témoignages, de narrations, de littérature orale, de lettres ouvertes ou de fictions, est prohibée. So much pour l’héritage guérilléro du grand & gros. Plus tard, le grand & gros de la classe accède presque, sans le savoir toujours, au statut cool tant convoité. Sur l’immense banc de neige du fond de la cour de récréation, les petits gars jouent au Roy de la Montagne. Le grand & gros est arrivé à se positionner au centre de la citadelle-congère et parvient à repousser l’offensive de tous ses adversaires. Tout le monde se marre comme des bossus, en cette petite guéguerre hivernale spontanée et folâtre. On a là une sorte de version multidirectionnelle de ma bataille de coq de supermarché de tout à l’heure avec Reinardus-le-goupil. Le grand & gros de la classe pourrait en tirer un leadership de cours d’école et une popularité imprévus. Mais non. Les enseignantes, outrées et myopes, interrompent abruptement ce «jeu violent» et le grand & gros de la classe finit derechef conspué. Un jour (j’extrapole ici), GrandGros se retrouvera dépressif, veule, imprévisible et violent… et ni sa maman, ni sa nuée d’instites ne comprendront ce qui lui arrive. Et son père absent, seule solution implicite et (encore trop) mystérieuse à cette portion de son faix, n’en reviendra pas pour autant.

Des réflexions masculinologiques nuancées comme celles du film Monsieur Lazhar (2011) vrillent doucement leur chemin dans nos sociétés. Elles représentent la portion intelligente, articulée et critique de ce que l’androhystérie masculiniste actuelle fait irrationnellement jaillir, sans le savoir ni le vouloir, de crucialement révélateur par rapport au phallocratisme tranquille, au machisme et à la misogynie «classiques» de jadis (qui, eux, sont foutus et ne reviendront plus dans l’espace légitime). Il y a une crise aiguë de la masculinité de par l’arrachement à vif qui décante, sans régression possible, le phallocratisme hors d’elle. Personne ne veut d’un retour au passé. L’ordre malsain des boulés de cours d’école et de la fleur au fusil n’est pas ce qui est promu ici. Ce sont là d’autres temps. Même les masculinistes les plus virulents l’ont de fait en grande partie oublié, cet âge d’or mystérieux et fatal, en cherchant encore à y croire. Ce qui se joue en fait ici c’est que nous en arrivons carrément à Égalité des sexes 2.0. Et cette ère nouvelle ne pourra pas se passer de cette description adéquate des spécificités irréductibles de la masculinité que sera obligatoirement une masculinologie non-masculiniste encore totalement à faire.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Doctrine florale

Posted by Ysengrimus sur 15 décembre 2012

Une rose oui, certes, mais une rose adéquatement doctrinale…

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Quidam de sexe masculin, ces quelques lignes s’adressent à toi. Si ton œil s’y attarde, c’est que tu as décidé de t’autocritiquer. Si tu n’as pas spécialement envie de t’autocritiquer, replie ces feuillets tout de suite et passe les à un ami mâle de ton acabit, un autre quidam dans ton genre. Il les lira, t’en reparlera, et dira à ses comparses de se les procurer. Observe ensuite leurs actions, puis reprend ce texte. Médite. Compulse. Mûrit. Prend ton temps surtout.

 Il s’agit, sur un cas d’espèce microscopique, de t’inviter à penser avant d’agir en matière galante. Il s’agit de cesser de gâcher la beauté. Il s’agit de laisser l’incurie au vestiaire. Il s’agit d’entrer dans le siècle. Il s’agit de se hausser au mieux. Lis, lis donc. Je te parle ici d’homme à homme, de façon frontale, comme un père à son fils. Mais ne nous illusionnons pas. Je me parle à moi-même en fait et je n’ai pas fini de devoir me répéter. En matière galante donc, puisque le mot est lâché, tout est complètement à refaire. La catastrophe est omniprésente, la faillite est entière, la ruine est intégrale. Comme il faut commencer en faisant simple (pour toi comme pour moi) on se contentera céant pour le moment de la doctrine florale. Étudie ceci consciencieusement et qu’on ne réplique pas.

L’amour des femmes pour les fleurs est un mystère insondable. Assume-le sans chercher à le comprendre, il te dépasse de toute façon. Ne le discute surtout pas, ne le remets pas en question. Des remarques comme: Je ne vois toujours pas ce que vous trouvez à toute cette broussaille épineuse, odoriférante et aux couleurs criardes sont prohibées, d’urgence. Trop faible intellectuellement ou émotionnellement que tu es pour en être intimement tributaire, tu te dois de trancher le dilemme floral en chirurgien aveugle. Il te faut donc en passer, sur ce mystère, par les voies de la basse recette comportementale, vu que, je te le redis, la nature et la culture t’ont cruellement privé de sa ci-devant compréhension intime. Et il n’y a, dans tout ce fatras floral, qu’un fait qui te concerne vraiment: il te faut à un moment ou à un autre offrir des fleurs à l’aimée. Et là, la doctrine exemplaire en dix points que je t’expose ici est implacable. Suis-la fidèlement ou grille, ton petit bouquet inepte à la main.

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 1-    Ne jamais donner de fleurs pour se faire pardonner, ou à la suite d’une dispute. Jamais, ce qui s’appelle jamais. Le plaisir de recevoir des fleurs se corrompt si on le détourne en baume pour cautériser la colère. L’aimée pourra réagir positivement en surface, mais au fond d’elle-même elle sera amère, car elle sentira bien que tu cherches à étouffer sa révolte en lui forçant la main vers un moment de plaisir détourné, trahi, truqué.

2-    Ne donner des fleurs à la Noël, à la Saint Valentin, ou à l’anniversaire de l’aimée qu’une seule fois à vie ou jamais. Te forcer plutôt les méninges pour donner un présent original à chacune de ces occasions sensibles. Il faut prudemment éviter de se débarrasser d’une obligation convenue en y gaspillant la fleur. Pour que son potentiel séduisant reste intact, le don d’une fleur doit apparaître comme libre des contraintes extérieures de la convenance festive.

3-    Ne pas donner trop de fleurs à la fois. Rien n’amplifie l’impact émotionnel d’une rose unique.

4-    Entre donner des fleurs trop souvent et pas assez souvent, vaut mieux pas assez souvent. Trop souvent assassine l’impact du don floral sans espoir de retour et la récipiendaire rage à chaque fois intérieurement de se faire gâcher un tel plaisir par ta bêtise. Ne pas en donner assez souvent a ses risques aussi mais ils se ramènent tous à laisser languir, ce qui est, l’un dans l’autre, fondamentalement bon. L’idéal évidemment est de trouver le juste dosage mais un peu vaut toujours mieux que trop en matière florale.

5-    Donner une ou quelques fleurs de façon complètement fortuite, sans raison particulière détectable. Elle cherchera presque toujours une raison. La laisser chercher. Ne pas trouver ladite raison augmentera immensément son plaisir car elle finira par croire que la seule raison, c’est elle et ton sentiment pour elle. C’est seulement alors que l’impact floral comme indice attentionné du sentiment amoureux se convertit en séduction effective. Ceci est crucialement corrélé au point 1.

6-    Éviter de donner tes fleurs en public comme quelque pharisien ostentatoire. Le don d’une fleur est un acte intime. Les personnes y étant conviées doivent donc faire partie du cercle des intimes de l’aimée, pas du tien. Agir seul à seul est toujours le cas d’espèce préférable.

7-    Les fleurs cueillies dans les champs sont hautement recommandées. C’est bucolique à souhait, et quand tu les offres, elle rêve de toi les cueillant juste pour elle. Conséquemment, les cueillir en son absence. Ou encore les cueillir en sa présence mais là, de façon ostentatoirement prémédité (Marchons vers cette clairière secrète, chère amie, il s’y trouve quelque chose que je vous réserve à vous seule depuis un petit moment). Il s’agit moins ici de donner des fleurs que de montrer, grâce aux fleurs, qu’on pense toujours à elle, même enfin seul au champ. Aussi, l’erreur à ne pas commettre, c’est celle d’apercevoir subitement une fleur au champ et de la lui cueillir hâtivement, alors que vous étiez en promenade et que tu ne pensais à rien de précis, surtout pas à ces fichues fleurs. Tu seras alors suspect d’avoir pensé à lui offrir une fleur uniquement parce que tu en as vu une au bord du chemin et ta bêtise éclatera encore une fois au grand jour. Dans un tel cas, ne rien dire, ou dire: Oh, la jolie fleur! sans y toucher. La laisser la cueillir elle même, sauf si elle te demande d’aller la lui chercher. Ces deux cas de figures ne valent alors pas comme don de fleur réel, car cette fleur est désormais comptabilisée par elle comme ayant été cueillie par elle-même, même si tu te couvres de boue pour la lui capturer. Autrement, si tu as la chance qu’elle la contemple et l’admire sans la cueillir, là par contre, tu tiens ton affaire. Attendre alors le soir, aller la lui cueillir en douce et la lui rapporter le lendemain.

8-    Si tu donnes des fleurs à deux femmes en même temps (seuls cas autorisés: l’aimée et sa mère, ou l’aimée et sa fille — cas fortement prohibés: l’aimée et sa sœur ou l’aimée et sa meilleure amie) que les fleurs soient identiques en nombre et en beauté. Compter de toute façon ce coup hasardeux comme ne valant pas comme don de fleur réel à l’aimée. Faut-il te dire aussi de ne jamais donner de fleur à une personne du beau sexe autre que l’aimée, en sa présence, sauf si cette personne est une petite fille.

9-    Si l’aimée s’est fait donner des fleurs par quelqu’un d’autre ou si elle se les ai procurées elle-même, remarquer les jolies fleurs, les humer, les complimenter sans questionner sur leur origine, et écraser le coup. Ne surtout pas en donner alors, ça ferait doublet, plagiat, suivisme. Il faut savoir attendre patiemment la disette des fleurs. Elle finira toujours par venir. Une femme se procurant régulièrement des fleurs aura toujours la subtilité indéchiffrable de cesser un temps de s’en procurer, pour te laisser le champ libre et observer comment tu négocies ce passage. Déchiffrer l’indéchiffrable ou simplement attendre le bon temps creux et bien la voir venir, cette satanée disette. Qu’elle soit effective ou planifiée, tu t’en moques, ce détail t’indiffère. La susdite disette venue, donner des fleurs différentes et plus modestes que celles qu’elle se procure elle-même ou par une autre source. Jouer alors éventuellement des proximités mais non des identités. Si elle avait sept roses rouges, donner trois roses blanches, ou l’inverse. Il faut savoir s’inspirer sans avoir l’air d’imiter. Il faut aussi savoir innover radicalement, risquer, ça paie toujours. Mais surtout: éviter très soigneusement d’entrer dans la compétition des fleurs. On perd toujours, uniquement d’y être entré. La fleur n’est pas une marchandise quantifiable. C’est une mystérieuse et délicate manifestation de la spécificité irréductible de ton amour pour elle. La fleur la plus charnue, la plus belle, la plus mémorable sera toujours la fleur remise au bon moment et en bonne conformité avec la doctrine florale.

10- Et surtout, par dessus tout, ne jamais lui révéler qu’il existe quelque part une telle doctrine florale, écrite, transmise, méditée froidement et peut-être même —hideur funeste— conceptualisée avec un petit doigt de cynisme arriviste. Comme partout ailleurs, elle adore la séduction bien huilée, ce qui veut dire qu’elle a profondément horreur d’en sentir grincer la méthode.

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Voilà. Tout simple. À toi de jouer maintenant, en cette première d’une longue série d’étapes sainement réformatrices. Et, je te le redis, garde bien présent à l’esprit qu’en matière galante, tout est désormais à refaire, jusque dans les moindres détails, de cette exacte manière.

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Ce malentendu entre hommes et femmes au sujet de la dimension érogène de l’intelligence

Posted by Ysengrimus sur 14 février 2012

Qu’est ce qui se passe donc ici, dans ce restaurant si représentatif?

Qu’est ce qui se passe donc ici, dans ce restaurant si représentatif?

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Séduction, l’éternel ballet aux maldonnes. Alors, partons, si vous le voulez bien, de la femme contemporaine. Elle est intriguée, voire attirée, par une homme bien foutu et bien mis, certes, mais elle est érotisée, maximalement érotisée, par une cognition masculine. Elle attend de l’homme qui l’approche qu’il soit une intelligence. Une vraie intelligence, naturelle, spontanée, sensible mais mâle, originale mais sans dédain de l’autre, solide sur ses positions mais sans rigidité, magnanime mais sans condescendance, conversante et parlante mais sans verbosité ni gibbosité verbeuse, drôle, humoristique mais sans ce cabotinage facile, simplet ou grossier, si souverainement répandu. Dans son fameux roman De amor y de sombra (1985), l’écrivaine américano-péruvienne Isabel Allende nous annonce que la femme a son Point G dans les oreilles et qu’il serait parfaitement oiseux de le rechercher plus bas (Para las mujeres el mejor afrodisiaco son las palabras, el punto g está en los oídos, el que busque más abajo está perdiendo el tiempo)… En utilisant cette image, facétieuse mais fort ingénieuse, cette sagace romancière a fait beaucoup pour la compréhension de ce qui, en l’homme, érotise la femme. Pour séduire la femme, l’homme doit, de fait, savoir parler, s’ajuster verbalement, échanger authentiquement, s’articuler dans la conversation tout naturellement, sans affectation, ni malice. Ajoutons: cuistrerie tapageuse, encyclopédisme régurgitant, dédain du moins savant que soi, monologuisme égocentré, ton faux et vain, dogmatisme plat et unilatéral, s’abstenir. L’homme intelligent doit aussi, c’est crucial, savoir écouter. Écouter attentivement (cela ne se feint pas), s’intéresser effectivement à ce que la femme rapporte, raconte, relate, décrit. Une femme va toujours crucialement faire passer une narration de son choix à travers le cerveau de l’homme qui l’approche et mirer scrupuleusement le répondant qui se manifeste alors. L’homme vous écoute, il réfléchit effectivement à ce que vous dites, il commente avec finesse, sans excès, en manifestant un intérêt réel, il ne donne pas de conseils sans qu’on les lui demande (c’est tellement criant que l’homme qui se lance dans le conseillage intempestif est en fait un faux empathique, un auditeur superficiel qui ne cherche qu’à se débarrasser fissa-fissa du sujet que vous avez introduit). Si, en prime, il interagit poliment avec la serveuse du restaurant, parle de ses enfants avec une tendresse non feinte, et, donc, vous écoute sans faillir, en s’abstenant sans effort de déconner, vraiment, pour faveur ne le niez pas, vous allez vous mettre à vous sentir toute chaude en dedans…

C’est alors ici que les premiers éléments du malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence se mettent tout doucement en place. Femme, érotisée que vous êtes par l’intelligence masculine, vous vous attendez à une réciproque frontale, une symétrique stricte, un renvoi d’ascenseur mécanique. Et, bon, bien, ouf, elle ne semble pas venir, cette réciproque, elle ne semble pas se manifester, cette symétrique, il ne semble pas remonter, cet ascenseur. Observez-vous en sa compagnie, dans ce restaurant. Vous êtes bardée de diplômes, articulée, savante, spirituelle, vive, subtile, nuancée. Il l’apprécie, le saisit. Il est parfaitement apte à vous décoder. Il y a indubitablement une affinité. Tous deux, vous le voyez. Et vous, au plus profond de vous, vous la sentez, qu’est-ce que vous la sentez. Vous tenez parfaitement la conversation, du tac au tac, tit for tat. Il n’y a pas de fausse modestie à cultiver: vous êtes brillante, vous brillez. Or, il attrape le ballon sans faillir mais, poisse, il ne semble pas du tout se réchauffer. Pire, il semble de plus en plus distrait, rêveur, instable. Il regarde vos mains manucurées à la dérobée. Il semble observer vos lèvres bouger plus qu’il ne semble s’imprégner vraiment du propos qui en coule. Puis, bien ça s’aggrave un petit peu. Il vous interrompt soudain, s’emporte un peu, perd sa faconde, roule des orbites, semble s’ennuyer. Il est jaloux de votre intelligence ou quoi? Vous lui faites de l’ombre, ou quelque chose? Summum de l’incohérence, injure jointe à l’insulte, voici qu’il complimente les boucles d’oreilles de la serveuse (jeune, dodue, empressée, un peu gauche et, indubitablement, pas une surdouée intellectuelle) et lui regarde les hanches d’un œil un peu fixe quand elle se retire discrètement. Késsako? Quid? Je te fais chier ou quoi? Alors vous vous drapez dans la dignité contrite de vos grandes conclusions critiques: l’homme n’aime pas l’intelligence chez une femme, voilà. Cela lui fait peur (ah, ce nouveau mythe contemporain: l’homme qui a peur). L’homme préfère les sottes plantureuses, cela le conforte, le rassure, lui évite de se confronter et se frotter à la femme moderne, cultivée, solide et intelligente de ce temps. L’homme veut une petite nunuche, pantelante, nou-nouille et docile. Ah mais dites donc… le féminisme avait raison.

Le féminisme (classique) avait effectivement raison. Oh, qu’il avait donc raison. Nos pères et nos grands-pères préféraient indubitablement une petite épouse qui ne bavardait pas trop, ne jouait pas les femmes savantes, bossait dur, obéissait au quart de tour, et baisait sec. Le féminisme a aussi eu raison de combattre cet homme là, de le terrasser, de l’abattre. Sauf que le féminisme, et la société en cours de tertiarisation dont il était l’intellectuelle émanation, ont tellement eu raison qu’ils l’ont emporté… De ça aussi, il faut s’aviser. L’homme d’aujourd’hui ne veut pas d’une petite nunuche, pantelante et docile. Il veut une femme intelligente, articulée, vive et savante. Mais alors qu’est ce qui se passe donc ici, dans ce restaurant fictif, mais si représentatif? Ce qui se passe ici, c’est lui le navrant malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence. Il se formule comme suit: pour la femme, l’intelligence et la sincérité de l’homme SEXUALISENT graduellement l’ambiance de l’échange, parce que l’intelligence masculine authentique engendre le désir de la femme. Pour l’homme, l’intelligence et la sincérité de la femme DÉSEXUALISE, tout aussi graduellement, l’ambiance de l’échange, parce que l’intelligence authentique de la femme engendre l’admiration intellective chez l’homme (et que l’admiration intellective n’est pas un sentiment sexualisant pour lui). La perception que l’homme a de l’intelligence de la femme est mentale, abstraite. La perception que la femme a de l’intelligence de l’homme est concrète, sensualisée. La femme s’érotise en présence de l’homme intelligent et elle adore ça. L’homme s’intellectualise en présence de la femme intelligente et il adore ça aussi, simplement, si vous me passez la formulation, cette conversation là ne le fera pas bander, lui, comme elle la fait mouiller, elle. Pour l’homme, l’intelligence de la femme n’est pas un vecteur de séduction et le fait qu’il ne place pas l’intelligence féminine au centre de la parade amoureuse ne veut en rien dire qu’il n’en veut pas, au contraire. La force de votre intellect est un atout cardinal à long terme. Le séduire c’est une chose, le convaincre c’est vraiment pas mal non plus, dans le tout de la démarche d’approche. Le fait qu’il pense à autre chose que la chose, un petit peu, dans le dispositif, c’est hautement significatif, ça aussi. Je n’ai pas à vous faire un dessin. Ces deux canaux (celui de la séduction et celui de la conviction) sont proches, certes, mais, de fait, habituellement parallèles, dans la perception globale que l’homme contemporain échafaude de vous (imaginez deux fils électriques de couleurs contrastées, tortillonnés en une tresse serrée, et alimentant tous les deux pleinement la machine – mais sans mélange des fibres et des courants). La force de votre intellect va donc garantir la viabilité durable de la relation interpersonnelle avec cet homme intelligent, parce que votre intellect et la compatibilité de vos intelligences serviront de fondations solides et imperturbables à son admiration, son estime, et son respect pour vous. Mais votre intelligence n’opérera pas comme arme de charme, manifestant ou exprimant votre potentiel de séduction. Ce dernier est ailleurs. L’erreur de perception féminine sur cette question est une erreur fondamentalement symétriste. Elle voudrait que son intelligence de fille ait un impact de séduction aussi grand, aussi fort, aussi entier aussi unaire, unitaire, holiste, décompartimenté, monadique, total, sur le gars que l’intelligence du gars a un impact de séduction sur la fille. Elle voudrait que le gars sente la séduction comme une fille, en fait. Mais le gars n’est pas une fille…

Et c’est ici que le monumental et quasi-carcéral code déontologique de la femme intelligente va faire le plus violemment obstacle à la puissante séductrice d’homme qu’elle est effectivement, d’autre part. Le féminisme conséquent admet, sans complexe ni arrière-pensée d’aucune sorte, que, si les hommes et les femmes sont intégralement égaux en droits devant toutes les instances de la société civile, cela n’en fait pas du tout des êtres identiques. Il y a donc ici une problématique de la radicale diversité à appréhender et à dominer en priorité, si vous m’autorisez la formulation sidéralement songée… Pour dire la chose comme elle est, on a de fait affaire à une diversité reposant sur une nette inversion de la polarité des sensibilités. Tant et tant que plus votre intelligence de femme se déploiera, s’amplifiera, se complexifiera, plus votre homme vous admirera et… moins sa libido s’échauffera. Vous allez alors le subvertir, le dépayser, l’ébranler, le solliciter, l’interpeller, le captiver, le fasciner, l’intéresser, oui… mais l’allumer, l’émoustiller, ou l’érotiser, non… Bon, on baise ou on cause? est une formule binariste d’homme. Pour vous, femme, moniste que vous êtes, les deux vont ensemble, se touchent, se rejoignent, s’enlacent. Pas pour lui. Tant et tant que si vous voulez vous séduire vous-même, vous êtes fin parée, vous avez tous les atouts. Mais, comme de fait, pour le séduire lui, il va vous falloir faire un petit retour autocritique sur certains de vos subtils trésors les plus archaïques. Ils sont là, ils n’attendent que ça, servir vos objectifs. Ils sont comme des pièces d’échec devant vous ou de solides et fiables connecteurs logiques en vous… Et nananère… Et vive le crapaud de Voltaire

Qu’on m’autorise ici un petit détour à la fois récréatif et allégorique, parfumé et rose. Professeur pendant vingt ans dans une grande université canadienne, j’ai côtoyé des femmes supérieurement intelligentes, articulées, cohérentes, éduquées, géniales. La majorité d’entre elles étaient des féministes anglo-saxonnes convaincues, griffues et dentues. Certaines d’entre elles cachaient pourtant la revue Cosmopolitan ou des romans à l’eau de rose dans leur sac à main, entre Emmanuel Kant et Marshall McLuhan. Un petit peu mises au pied du mur sur la question, elles se comportaient alors peureusement, nerveusement, honteusement. C’est comme si admettre aimer la couleur rose, les potins de starlettes et le mascara représentait une atteinte fatale à le fabrique la plus intime du monument cimenté de leur crédibilité intellectuelle. C’était irrésistiblement sexy de la voir percoler comme ça, en catimini, cette infime vulnérabilité de culture intime de fille, simplette, badine, si fraiche, si fluide et si ancienne à la fois. Je ne leur disais pas ça (ces féministes dentues n’aiment pas, ou affectent de ne pas aimer, qu’on leur roucoule des choses comme ça dans le pavillon de l’oreille, surtout avec l’accent français). Je me contentais de les laisser chercher à me séduire de par leur vaste et encyclopédique intellect. Sans succès, évidemment. Peine perdue, naturellement. Elles me faisaient m’élever en une transcendance de tête hautement intéressante et satisfaisante… et je restais froid comme une banquise, bien marbrée et bien figée, un jour solennel de grand vent. Il s’en serait pourtant fallu de si peu. Mais poursuivons…

En ce navrant malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence, l’erreur la plus commune de l’homme est une erreur de méthode. Tout juste comme dans le cas de la doctrine florale, il sait (abstraitement, sinon empiriquement) qu’une intelligence, qui ne l’émoustille pas spécialement lui, l’érotise maximalement elle. Ce que je me tue à lui expliquer ici, il le sait théoriquement sans le sentir physiquement. Il la joue donc complètement à tâtons, dans le noir opaque et, plus souvent qu’autrement, conséquement, boiteusement et/ou insincèrement. J’en ai parlé ailleurs, pour séduire la femme, il joue nunuchement sur le court terme. Il ment sciemment à la femme au sujet de sa propre nature intrinsèque de conneau (très légèrement) retardataire. Elle, pas bête la guêpe, finit, tôt ou tard, par s’en aviser, et notre intelligent insincère (l’intelligence, ça se feint fort difficilement. Pour ce qui est de tenter de feindre la sincérité, là, on entre carrément dans du paradoxal pur), eh bien, il voit son dispositif de séduction implacablement tomber en capilotade.

En ce navrant malentendu sur la dimension érogène de l’intelligence, l’erreur la plus commune de la femme est une erreur de jugement. Elle juge d’abord en conscience (après tout, y a pas de raisons) que son intelligence à elle devrait le séduire lui autant que son intelligence à lui la séduit elle. Comme ça fonctionne pas, elle se croit soit pas assez intelligente pour un homme fascinant qu’elle adule déjà pas mal, soit trop intelligente pour un conneau rétrograde, certainement un macho inévitablement attardé, qui rechercherait la sécurité non insécurisante d’une nunuche bien dodue, bien maquillée, bien sotte. Ces deux jugements faux (1- croire que l’intelligence est un vecteur de séduction pour Lui sous prétexte qu’elle l’est pour Elle, 2- croire que l’homme ne veut pas de l’intelligence d’une femme simplement parce qu’il ne s’érotise pas de par ladite intelligence) perpétuent le vieil épouvantail phallocrate déchu de l’homme qui aspire à cueillir une femme « fatalement » sectorielle-sensuelle, éventuellement à fonctions interactives circonscrites, et (donc… oh, le mauvais donc!) sotte. Totale erreur d’analyse. L’homme de 2012 veut de tout son être la femme de 2012… Simplement il ne veut pas que Tara Pornella se mette à penser de temps en temps, il veut plutôt que Rosa Luxemburg enlève sa robe de temps en temps…

Le message est entier, droit, fulgurant, passionnel, sensuel, sexuel. Enlevez votre robe, madame. Là, tout de suite, là, en public. Jouez du pied sous la table et des lèvres sur votre coupe de champagne. Posez votre main manucurée sur (ou dans… les deux options son légitimes, au jour d’aujourd’hui) la sienne, en lui coupant subitement le topo intellectif, comme on coupait sa chique au sémillant marinier, dans un vieux tripot portuaire d’autrefois. Séduisez-le, non dans je ne sais quel monde abstrus qui l’exalte cognitivement mais dans celui de vos sens, qui, lui, l’excite charnellement. Frappez-le, depuis l’épicentre tumultueux de cet autre champ d’excellence dont vous détenez, en tout droit et tout honneur, le si vaste héritage, et que vous dominez parfaitement désormais: celui de votre sensualité sinueuse et triomphante. Pourquoi abandonner un atout aussi percutant et imparable aux seules connes rétrogrades, qui, au demeurant, n’ont que lui à brandir et qui sont vouées aux futiles feux de paille de la passade éphémère sans fondations intellectives et/ou harmonie des grands esprits (elles sont d’ailleurs un peu trop médiatisée ces dites « connes » et, je vous le redis, il n’en veut même plus de toute façon)? Cela ne vous rendra pas subitement plus sotte de votre personne que de mobiliser toutes les pièces de l’échiquier. Il n’y a absolument rien de fautif à devenir sa propre marionnette. Non, que non, cela ne vous rendra pas plus conne, madame la marionnettiste intérieure. Plutôt, en fait, cela vous rendra subitement plus tempérée. Une femme qui se domine ne craint pas toutes les facettes de son image parce qu’une femme qui se domine domine, du geste et de l’oeil, tous les angles de la féminité dont elle hérite et qu’elle transcende. Alors, alors… pourquoi ne pas en jouer. C’est une danse de séduction, et dans une danse on ne ratiocine pas. On bouge…

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C’est une danse de séduction, et dans une danse on ne ratiocine pas. On bouge…

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PÉDOPHOBIE

Posted by Ysengrimus sur 1 mars 2011

Ah la maudite propagande de pédo-panique.  Il faut encore en parler et en parler, alors parlons-en encore et encore, kaltor. Daniel Cohn-Bendit a écrit des conneries pédophiles en 1975. Roman Polanski a commis un crime pédophile en 1977. Frédéric Mitterrand, ouf, bon passons… Je ne suis impressionné par aucun des trois… Haro sur les trois… Mais je suis encore bien moins impressionné par les gogos qui s’acharnèrent stérilement sur ces boucs émissaires parcheminés, sans intérêt, au lieu de démanteler les réseaux pédophiles effectifs, pégreux et hyper-actifs de notre temps. L’argent de la lutte contre la pédophilie est, ici, sciemment foutue en l’air sur des causes-spectacles parfaitement creuses, des attrape-nigauds émotionnels, des défoulements de vindicte, et le spectacle continue de tourner à vide. Il faut qu’on fasse le vrai boulot, au lieu d’égorger des agneaux pascals inutiles et inopérants, à gros tarifs. Combien d’enfants violentés en ce moment même, pendant qu’on se défoule émotionnellement et se dédouane intellectuellement sur ces crimes irréversibles et insolubles dus à des «personnalités» faisandées. Maudite justice-gadget malhonnête. Démagogie de Tartuffe. On dirait qu’il n’y a que la victime, devenue adulte, de Roman Polanski qui comprend le bon sens, dans tout ce foutoir… Si une bonne recherche sur la pédophilie contemporaine, son hypocrite et cynique exploitation commerciale, et ses conséquences paradoxales imprévues, disposait du battage de cirque médiatique qu’on cultiva autour de Cohn-Bendit, Polanski, Mitterrand et consort, il y aurait bien des variations et des nuances inattendues, dans notre compréhension de toutes ces choses. Mais les enfants violentés de ce jour ne sont pas des vedettes d’Hollywood ou des politicards en vue, hein, alors, ils peuvent bien attendre… Ils ne sont pas le vrai sujet en question, en fait. Qu’ils prennent un numéro et s’assoient dans leur petit coin… Pour le moment on se défoule, on s’amuse entre adultes, on lynche gratis. Et rien ne se fait de vraiment sérieux, sur le plan de la lutte au crime ordinaire et de la compréhension critique de la crise collective que nous vivons tous, sur cette question douloureuse et lancinante. Or, par contre, un tout autre effet pervers se met graduellement en place, pas marginal celui-là, pas médiatique-gadget, mais bel et bien sociétal, fondamental, global.

C’est aussi tôt qu’en 1976, directement entre Cohn-Bendit et Polanski donc, que j’ai eu mon premier froncement de sourcils sur le problème que je vous soumets ici. Un olibrius à moustache, à peine sorti de l’enfance lui-même, avec lequel j’étais étudiant de collège et qui venait, tout fier, tout matamore, d’obtenir son permis de conduire, bramait à qui voulait l’entendre le conseil «légal» suivant: Si tu roules dans un voisinage infesté d’enfants et que tu en frappes un avec ta voiture, recule dessus et achève-le. Une poursuite pour un accident mortel te coûtera moins et te nuira moins dans ta vie que s’il faut que tu entretiennes un handicapé pour le reste de ses jours. J’ai entendu cette énormité inhumaine, ou des développements similaires, plusieurs fois par la suite et je suis certain qu’il en est autant de bon nombre de mes lecteurs et lectrices. Atterrant… Ensuite, en 1992, j’eus mon second froncement de sourcils, celui là plus tangible dans ma vie personnelle, plus senti, plus cuisant, plus souffrant. Tibert-le-chat, mon fils aîné, mon futur ado à l’appel rageur, mon amour, mon babi de deux ans d’alors, est à la garderie et on m’appelle parce qu’il a une grosse fièvre. On refuse bec et ongles de lui donner du Tylenol-liquide-pour-babi-en-fièvre, mixture pourtant toute simple et efficace pour faire tomber la fièvre sans trompettes. Je me rends donc sur place, le plus vite que je peux, et je retrouve la directrice de la garderie seule en compagnie de mon chouchou, isolé des autres, fiévreux, malingre, niqué, glousseux, rouge comme une pivoine et qui, visiblement, pleure toute la flotte de son petit corps tremblant et ahanant, depuis un bon moment déjà. Je dois donc administrer le Tylenol-liquide-babi-fièvre moi-même because, j’entend encore la voix traînante, bêlante et frappée de cette tarte de directrice theeere’s beeeen laaawww suuuuits, you knooowww. Glose: ils laissent mon babi chialer une ou deux bonnes heures en frissonnant dans sa fièvre parce qu’ils ont peur des répercussions sur leur fichue business de quelque idiot au Minnesota ou à Waterloo (morne plaine!) ayant intenté des poursuite légales à une garderie qui avait administré du Tylenol-babi ou je ne sais quel jus de pieds dans le genre. Souffre, babi, toffe, endure, boue, bouillonne, crève même éventuellement… tant qu’on intervient pas, on est couverts…  J’appelle PÉDOPHOBIE l’attitude de semi-panique froide des adultes qui décident que leurs priorités d’autoprotection personnelles ou sociales priment sur le devoir universel que nous avons envers la protection, le bien-être physique, et l’encadrement émotif des enfants, tous les enfants, les autres ou les nôtres. La pédophobie existe, alors là, depuis un fichu de bon moment, endémique, rampante, poisseuse, collante, comme mes exemples de 1976 et de 1992, et d’autres, peuvent le prouver. La pédophobie n’a absolument rien de sexuel, au demeurant. En fait, elle est probablement aussi vieille que les compagnies d’assurances, les poursuites civiles, l’individualisme pingre, et l’égoïsme bourgeois, tout simplement.

Sauf que cette tendance latente va prendre une dimension subitement torrentielle et cataclysmique avec la montée en flèche de la fameuse ci-devant pédo-panique de notre temps, rien moins que sexuelle, elle. Cela percole d’ailleurs depuis au moins une bonne génération, cette flambée pédophobe en cours de généralisation, comme réplique réflexe à la pédo-panique contemporaine. Voici comment je fis jouer ce réflexe autoprotecteur, moi-même, pour la toute première fois, sans même trop m’en rendre compte. Un parc public de Toronto, en 1992 encore. Mon babi Tibert-le-chat a donc deux ans, la couche aux fesses, le crâne dénudé, et les papattes comme des parenthèses. Il poignasse et marchouille et grimpouille partout et je le suis de près, surtout quand il va faire mumuse dans une sorte d’estrade en escalier pour terrain de foot en plein air, fourmillante de babis de son âge, en majorité des petites filles. J’ai ma gueule de loup Ysengrim des mauvais jours, cheveux et barbe très noirs à l’époque, œil de braise. Je suis un jeune papa encore inexpérimenté, et cela me stresse beaucoup que mon babi Tibert-le-chat grimpouille dans une crisse d’estrade en escalier compliquée, et je me penche sur lui, vigilant, chambranlant, guettant ses moindres mouvements. Une femme qui cacasse avec sa copine se retourne, m’aperçoit subitement, dans un angle mal couvert, au milieu de l’essaim de petites filles. Elle ne voit pas mon babi, que le dos de l’estrade lui dissimule temporairement. Elle fonce vers moi en silence, vive, furibarde. Il est clair qu’elle me prend pour je ne sais quel prédateur de babis et qu’elle me hait, épidermiquement. Quand elle voit mon bichon, comme foudroyée, elle se calme et me gratifie d’un vague sourire. Je ramasse alors mon babi sous le bras, et me casse en silence. Pourquoi me compromettre au milieu de toutes ces gogoles, sur cette estrade inutile, devant cette suspicieuse emmerderesse. Autant aller jouer au centre du terrain de foot. C’est désert, c’est en rase cambrousse, on voit les enquiquineurs aux préjugés sommaires venir de loin et, eh bien, que les autres enfants se démerdent donc par eux-mêmes, c’est pas mon affaire. Tu socialisera une autre fois, Tibert-le-chat… Insidieux, cette petite peur, me direz-vous, hm… hm… En 1995, ce sera pour moi l’éveil, la conscientisation, et le rejet ouvert du pli de l’implicite conformiste pédophobe. Une tarte de sociologue de l’Université Lancastre, une dear colleague, vient chez moi pour s’adonner à une de ces enquêtes sociologiques folklorisant les canadien-français, dont la gentry torontoise est si friande. Cette collègue sociologue, que nous nommerons Betty Chopper (elle mérite bien ce nom du reste, qui est fictif mais assez semblable à son vrai blaze) est, je vous le donne en mille, une célibataire sans enfant, rectitude politique jusqu’au bout de l’émail de la dent dure de son sourire faux et fielleux. Je suis donc dans mon étude de résidence en compagnie de cette Betty Chopper, cette universitaire torontoise guindé au possible, je ne vous dit que ça. Et c’est Reinardus-le-goupil en personne, mon baladin au château dans les nuages, mon puîné gentil, boule d’amour pur et sans mélange s’il en fut jamais, âgé de deux ans aussi ce jour là, affectueux, colleux, minoucheux, chouchouneux, calineux, qui se pointe. Voilà subitement qu’il veut son papa. Il impose dans l’étude, en babillant et en bavant, son odeur babi, mixture subtile de celle de sa mémerde et de sa poudre de talc. Il me grimpe dessus, me fout ses papattes dans la face, m’arrache mes lunettes, se met à se tortiller dans mes bras et sur mes genoux, comme un vrai ver à chou, la couche crissante et l’œil luisant. Cela dure un bon petit moment. Et voilà que la Betty Chopper fronce le visage et me demande, d’un air songé et assombri: Do you always touch your children like this, Paul? [(At)touchez-vous toujours vos enfants de cette façon, Paul?]. Je vous le dis sans ambages, je l’aurais étampée. Je l’aurais fourguée par la fenêtre. Quoi, BettyBitch, il faudrait que je sangle mon babi comme ceci, sans surveillance ni aménité naturellement, pour le reste du voyage de la vie:

Et ce, pour bien desservir les compulsions pédophobes de Madame Chopper et de ses semblables sociologiques, pendant qu’on cause? Non merci. Pas de ça dans ma parentalité, Betty la bébête… Ce fut donc l’éveil. Ah, ah, la maudite pédo-panique, projection malsaine de la toxicité des lubies des autres (souvent eux-mêmes exempts de la culture parentale la plus minimale)… Je pourrais vous en raconter des comme celle-là, jusqu’à demain. Être parent, de nos jours, c’est de se faire constamment traiter en suspect potentiel par les gogos ignares. C’en est grotesque.

Or mon éveil anti-pédophobe n’est pas celui de tout le monde. C’est plutôt la mécanique contraire qui s’est, de fait, solidement engagée. Le mal pédophobe se met en place, se généralise, se banalise, implacablement. Dans les écoles, les crèches, les avions de lignes, les halte-garderies, les cliniques, on ne veut plus vraiment avoir affaire à des enfants, point final. Qu’ils se tiennent à bonne distance. Qu’ils collent ailleurs. Qu’ils se fassent rassurer et câliner par quelqu’un d’autre. Trouble, danger, menace diffuse, chape juridique, peur de son ombre néo-inquisitrice, épouvante sourde, pédo-maccarthysme feutré et doucereux de notre temps. Les enseignant(e)s, les entraîneurs de sports, les maîtres de danse et d’équitation, les sauveteurs en piscines, les personnes en charge des soins et de l’encadrement, les moniteurs de camps de vacances et, bien sûr, finalement, les parents eux-mêmes, ne veulent plus rien savoir de tendresse et de douceur et de câlins dans la relation adulte-enfant. Trouble, danger. La voix traînante de l’égoïsme pédophobe leur roule dans la tête en continu… theeere’s beeeen laaawww suuuuits, you knooowww. Sauf que le problème universel et fondamental reste, perdure et, même, s’intensifie, se creuse. Depuis la nuit des temps, les enfants du village se tournent vers les adultes du village pour du réconfort, de la sécurité, de la compassion, de la sagesse. La seule sagesse frileuse et terrée qu’on leur manifeste, par les temps qui courent, c’est de les traiter comme des mygales angoissantes, désormais plus vénéneuses que venimeuses, à prendre avec les pincettes autoprotectrices les plus longues possible, en manifestant l’insensibilité la plus «neutre» possible, par peur d’être pris -à tort, oh, à grand tort- pour un de ces criminels absolus, qu’on continue, qui plus est, d’autre part, de ne pas attraper, de ne pas voir, de ne pas trouver, de ne pas saisir, de ne pas détecter, parce que les ressources sont mis ailleurs que là où il faudrait. Dans quel enfer sartrien vivons nous désormais, nous et nos enfants, bon sang, je vous le demande? Vais-je devenir grand-père dans cette cauchemardesque galère?

Depuis la nuit des temps, les enfants se tournent vers les adultes pour du réconfort, de la sécurité, de la compassion, de la sagesse

Bilan: on ne détruit pas les pédophiles, et on construit les pédophobes. Et, il faut le dire, les seconds alimentent les premiers… Les enfants sont à la fois, et de front, en parallèle, de plus en plus agressés (pédophilie – minoritaire, spectaculaire) et rejetés (pédophobie – majoritaire, ordinaire). Qu’on ne se surprenne plus, après ça, que nos enfants nous traitent comme des rats, des chiens ou des mules, sur nos vieux jours. Ils ne feront que nous rendre, en quelque imparable continuation, la fracture émotionnelle insensible et couarde que notre éducation peureuse et mal orientée leur aura imposé, sans qu’ils comprennent, une fois de plus, ce qu’ils ont bien pu faire de mal pour qu’on les traite ainsi… Mais, bon, encore une fois, les enfants rejetés de ce jour ne sont pas des vedettes d’Hollywood ou des politicards en vue, hein, alors, eux aussi, ils peuvent bien attendre pendant qu’on s’arrange entre adultes… Qu’ils prennent un numéro et s’assoient dans leur petit coin… Les adultes, que voulez-vous, c’est sérieux, ils ont des réputations à planquer ou à salir, des guerres à financer, une liberté d’expression à bâillonner, et des vedettes hollywoodiennes inutiles à flétrir.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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L’HOMME QUI VISIONNE DE LA PORNO. Foire aux questions et mode d’emploi (en quinze points), à l’usage de sa conjointe

Posted by Ysengrimus sur 15 septembre 2010

Bon, crotte, ça y est. Il visionne de la porno. Vous le savez, vous en avez la certitude, mieux: la preuve. Tout semble s’effondrer. Oh, le verrat fendant, moi qui le croyait différent. Il fait ça en cachette, en plus, comme un enfant. Oh, le crapotte insidieux. Moi qui espérait mieux. Si je lui en parle, il louvoie, il s’esquive, par-dessus le marché. Oh la lubrique vipère, moi qui le croyait sincère. Que faire? Vers qui vous tourner. Un psychologue, votre meilleure copine, son meilleur copain à lui (autant vous tourner vers la pègre), votre grand ami gai, votre mère, la pègre? Tournez-vous vers qui vous voudrez mais juste avant, consultez donc cette petite foire aux questions et ce petit mode d’emploi compréhensifs (en quinze points), une gracieuseté d’Ysengrimus. Homme maximalement traître à l’omerta masculine, Ysengrimus vous dira absolument tout. D’abord, la foire aux questions (vous ne vous intéressez qu’à une seule question: pourquoi?). Ensuite le mode d’emploi (que faire?).

Je rappelle aux éventuels hommes qui chercheraient de quoi se dédouaner ici que mon propos repose sur une axiomatique sciemment et fermement féministe. Comprenons-nous bien, donc, je ne justifie pas l’homme regardeux de porno ici. Je le décris, simplement, froidement, dans sa rigidité impitoyable. Ceci dit et bien dit, le féminisme implique, entre autres, une refonte en profondeur de l’existence du mec de demain et ladite refonte ne se fera pas dans l’ignorance nunuchement volontariste du mec d’aujourd’hui. Nier l’existence du répréhensible, du goujat, du tristounet et de l’inélégant ne le fera pas automatiquement disparaître de notre univers social, loin s’en faut. Féminisme n’est pas ignorance de la même façon que description n’est pas légitimation. Un vrai ami vous donne l’heure juste. Une féministe n’est pas une autruche. Masculinologie n’est pas masculinisme. On ne combat pas adéquatement le cancer en le décrivant comme une maladie bénigne. Minimiser n’est pas jouer. Le sujet (dans tous les sens du terme) est fort peu reluisant…  Soyons en tous et toutes avisé(e)s et assumons.

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FOIRE AUX QUESTIONS : POURQUOI  (ME) FAIT-IL CELA?

1- Fait-il cela à cause d’un manque dans mon apparence physique? Non. Je sais qu’il va vous falloir du temps avant de me croire, mais en fait, c’est le contraire. Un homme, un vrai, se soucie assez peu du détail technicien fin sans fin de l’apparence physique de la femme qu’il désire. Épaisseur des cuisses, longueur des cheveux, incarnat de peau, velouté des lèvres, ondulé des hanches, sacro-saint volume de la poitrine (cette hantise suprêmement oiseuse), lustré des maquillage, basta. L’homme pousse son lot de hurlements d’orignaux sur tout cela, certes, mais, réalité cruciale, il le fait en vrac, en gros, à la globale, sans même trop comprendre que ce n’est pas vraiment ceci et cela qui l’allume. Quand les femmes se sortiront-elles enfin de cette pitoyable mentalité hyper-analytique et chosifiante de foire agricole? Vous vous devez d’inverser l’équation ici, en fait. Il faut voir la chose ainsi (suivez bien le mouvement): si c’est bel et bien vous qui êtes dans son lit plutôt que quelque sosie de la terrible et torride actrice pornographique Tara Pornella (nom fictif), c’est que c’est vous, et vous seule, qui battez Tara Pornella à plate couture dans l’arène de l’apparence physique, pas le contraire. Pur et simple. Point barre. Rien à ajouter. La personne obsédée par votre apparence physique ici, c’est vous, pas lui. Vous vous comparez scrupuleusement, compas en main, loupe sur l’œil, tyranniques critères de filles en tête, aux femmes de papier (y compris celles des tout aussi tyranniques magazines féminins, du reste, que votre partenaire ne lit pourtant jamais). Lui ne fait pas cela. Il ne brouillerait pas son amour, son désir et sa passion pour vous en vous roulant dans la farine comparative de Tara Pornella. Le visionnement de porno est un comportement totalement non-comparatif. Votre partenaire vous désire, en cette fulgurante synthèse d’ardeur et d’amour, parce que vous déclenchez sa libido. C’est tout. Et l’équation libidineuse inclut l’apparence physique de la partenaire comme un paramètre parmi bien d’autres, certes, sans s’y réduire cependant.

2- Alors, fait-il cela à cause d’un manque dans ma performance sexuelle? Non et non. Je sais qu’il va encore vous falloir du temps avant de me croire, mais en fait, ici aussi, c’est le contraire. S’il ne jouissait pas de votre performance sexuelle, eh bien, sapristi, il se prendrait une maîtresse bien réelle, ou vous quitterait pour une autre conjointe, elle aussi, bien réelle… S’il regarde de la porno, c’est, au contraire, que vous êtes arrivée à le tenir en éveil lascif, à le faire pétiller libidineusement, à le stimuler sexuellement, ardemment et vivement. Le spectacle pornographique n’est pas, et ne sera jamais, en compétition avec vous. C’est une lanterne chinoise qui ne montre rien de vrai, rien d’humain. Fondamentalement c’est comme le scénario d’un roman ou le script d’un film. Votre amant trouve de fait, dans la porno, au mieux, un mode de ressourcement intellectuel pour mieux s’occuper de vous. Je ne plaisante absolument pas. Les femmes qui s’imaginent que leur homme regarde de la porno parce qu’elles ne «fournissent» pas sexuellement errent totalement. Elles confondent leurs propres motivations de femmes hédonistes contraintes contemporaines avec les siennes. De plus, si vous-même, vous observez un peu fixement un autre homme (vous-même vous-même si, si, ne niez pas!), vous voyez, de par cet autre homme, les défauts vestimentaires et comportementaux qu’il corrige chez votre propre conjoint, non? Hmmm? Pardon? C’est que, fantasmatiquement parlant, vous êtes monogame. Fantasmatiquement parlant, vous ne quittez votre moineau que pour un homme qui sera mieux que lui, supérieur, sublime. Or, ce n’est pas une raison pour croire que votre regardeux de porno fonctionne mécaniquement comme vous! C’est que, fantasmatiquement parlant, votre conjoint lui, voyez-vous, il est polygame. C’est un sultan onirique. Il a un vaste harem de femmes fantasmatiques dans sa tête et vous, eh bien, vous êtes la Favorite… c’est cela qui fait que vous êtes la vraie et que son monde de fantasme ne le ferait jamais au grand jamais vous quitter. Il est parfaitement inutile de compétitionner avec les silhouettes évanescente et embrumées du sérail creux et fictif peuplant la coupole crânienne de votre conjoint. Inutile et oiseux. Car le fait est que vous avez déjà gagné.

3- Ferait-il cela encore plus si je n’étais pas dans sa vie? Non. Ni plus ni moins, en fait. Des pensées sexuelles lui viennent et lui percolent dans la cervelle en permanence, comme les bulles de gaz fétide d’un marécage, et le visionnement de pornographie n’est qu’un type d’organisation visuelle, une classification, une mise en fichiers manipulables de pensées, diffuses ou précises, propres ou sales, belles ou laides, qui lui rouleraient dans la tête de toute façon, ordi, télévision, cinéma, magazines ou pas. Nos ancêtres avaient les statues, les peintures, le cinématographe… Des images de femmes, il y en aura toujours, intra et extra cerebra. La porno n’est jamais que la suite tangible de cette longue et falote sarabande d’imagerie, se manifestant au jour d’aujourd’hui par d’autres moyens, moins imaginatifs, du reste. Ferait-il cela encore moins si Marielle, son ex-copine, la rousse, était encore dans sa vie? Il ne le ferait pas moins, pas plus non plus, il le ferait tout autant. Il faut comprendre qu’il visionne de la porno comme il rote, vesse, se rase sans nettoyer le lavabo derrière lui ou se gratte les fesses. Vous placer, vous, et Marielle (nom fictif), et les autres vraies femmes de son passé et de son avenir sur un plateau de la balance et les femmes de papier et de pixels sur l’autre plateau est et sera toujours intégralement fallacieux. Et à ceux et celles qui disent que s’il n’y avait pas tant de porno disponible sur le marché, mon mec ne roulerait pas autant de pensées interlopes, je réponds: c’est tout juste le contraire. Si votre mec ne roulait pas autant de pensées interlopes, il n’y aurait pas tant de porno disponible sur le marché… Le capitalisme ne nous vend que ce qu’on consomme. Il ne se soucie pas plus de déséduquer que d’éduquer.

4- Si ce n’est pas répréhensible ou suspect, pourquoi se cache-t-il de moi en faisant cela? Vous n’approuvez pas. Je ne questionne pas la légitimité du fait que vous n’approuvez pas et ce sont vos droits de femme qui s’expriment dans cette réprobation. Mais il reste que vous n’approuvez pas. Une femme qui, d’ailleurs, fait semblant de l’approuver et de s’en amuser ou de s’en accommoder est quasi certainement la plus formidable des crâneuses imaginable et est vraiment bien peu crédible. Bref, vous réprouvez, c’est déjà une fichue de bonne raison de faire l’affaire en douce. Mais il y a des raisons encore plus profondes, plus cruciales, pour lui. Vite, il constate que vous voyez cela bien plus gros que ce n’est. Ces images, ces femmes de papier ou de pixels, sans épaisseur, sans existence, elles vous hantent et vous polluent votre existence, à vous. Vous confondez Tara Pornella, cet être fondamentalement bidimensionnel et vide dans sa vision à lui, avec la compétitrice de chair et d’os de votre vision à vous. Vous vous faites un mouron excessif et il n’est vraiment pas fier de cela et pas content de lui-même. Son incapacité chronique et paniquée à vous expliquer adéquatement que l’intemporelle Tara n’existe tout simplement pas complète ensuite le tableau secret. Au final, vous réprouvez, souffrez, pestez intensivement, il s’en veut pour cela et est incapable de vous démontrer passionnément ce que je vous démontre ici froidement, que c’est sans aucune espèce d’importance dans votre vie de couple. Alors il se planque. Les enfants en font autant pour se ronger les ongles ou se curer le nez, soyez préparée…

5- À ce qu’il me semble, les modèles qu’il mate ressemblent vachement à Marielle, son ex-copine, la rousse là, justement. Qu’en conclure? Avez-vous vu l’intégralité des modèles en question ou n’avez-vous entraperçu que quelques torsades rousses ici et là, sans systématicité? Prudence. Ce que nous avons ici c’est ceci: sur une surface d’écran ou de papier glacé, Tara Pornella, rousse sans doute, mais surtout dont le profil psychologique et comportemental est intégralement fantasmé, et deux femmes réelles, Marielle, son ex, qu’il a aimé, et vous. Il est parfaitement concevable que Tara Pornella, Marielle et vous-mêmes ressembliez toutes les trois à sa femme de fantasme oméga (qu’il connaît, conscientise et stabilise fort mal au demeurant), ce qui a comme effet secondaire une éventuelle ressemblance entre vous trois. Avant de nier rageusement ressembler à qui que ce soit, ne limitez pas vos investigations de cette subtile hypothèse aux simples critères superficiels et chosifiants de foire agricole. Je dis cela parce que c’est ici que sa perversité s’interrompt et que la vôtre entre en action. Frustrée, flétrie, déçue, vous commencez par vous occulter vous-même. Vous vous ratatinez, vous roulez en boule, vous oblitérez, vous et votre immense importance pour lui. Restent alors, dans votre colimateur rageur, Tara Pornella et Marielle, son ex, qui ont en commun, pour vous, d’être deux images plates et superficielles et rousses et flamboyantes et pétantes et roulures et haïes. Il devient alors aisément aisé de tout confondre, de juger hâtivement, et de trouver ces deux enquiquineuses fort semblables. Les faits sont pourtant les suivants. La personne la plus éloignée de ses aspirations fantasmatiques c’est d’abord Tara Pornella, femme de papier ou de pixels sans densité, ni épaisseur, ni conversation effective. La seconde personne la plus éloignée de ses aspirations fantasmatiques, c’est Marielle, femme réelle certes, et en cela milles fois plus dangereuse que Tara Pornella, mais aussi ex, souvenir, passade, foucade, nostalgie-non-nostalgique. La femme la plus proche de ses aspirations fantasmatiques, c’est vous. C’est vous qu’il prendra ce soir en hurlant à l’amour. C’est vous qui le tenez, dans les faits effectifs. C’est vous, l’incarnation concrète et charnue du point oméga de ses fantasmes, vu que c’est à vous qu’il se donne ici, maintenant et pour toujours.

6- Tu te goures Ysengrimus, il m’a dit explicitement qu’il regardait de la porno à cause de mes manques physiques et/ou mes manques sexuels! Attention, me rapportez-vous l’intégralité des circonstances de cet «aveu» ici? Allons, allons, pas de triche entre nous. Laissez-moi vous les décrire, ces circonstances. Vous venez de le pincer, la face dans l’écran d’ordi, ou encore vous venez de vous décider à le mettre au pied du mur, d’aplomb et ouvertement, sur la question sensible de son regardage de porno. C’est votre droit, je vous le redis, votre devoir, même peut-être. Mais alors, c’est aussi la guerre, hein. Guerre de tactique, guerre de stratégie. Il faut l’assumer. Coincé, piégé, confronté, comme dit le bel anglicisme, il contre-attaque. Les hommes contre-attaquent, c’est comme ça. Ils sont actifs et proactifs, dans un conflit. Pris en souricière sur une question sensible, votre partenaire, terme fort ironique ici, contre-attaque efficace. Pas sincère: efficace. Il frappe donc pour porter une botte solide dans le défaut de votre cuirasse. Pas de quartier. Votre morbidité auto-dénigrante est une faiblesse dont il peut parfaitement prendre avantage dans ce genre de conflit. C’est de ta faute aussi… Tu ne t’habilles pas assez ceci… Ton cul n’est pas assez cela… Stupeur. Vol plané dramatique. Vous voici terrifiée, pétrifiée, congelée et gelée par cette douche froide critique/zap/autocritique. Tous vos préjugés auto-culpabilisateurs sont confirmés, d’un bloc. Vous le saviez! Ah, combien d’hommes qui trichent à la guerre misent ainsi sur l’immense et fulgurante propension autocritique des femmes? Les douze salopards ne sont pas que douze, allez. Ils sont un grand nombre, voyons, et ce nombre est en augmentation, maintenant que les hommes connaissent bien mieux les femmes qu’avant. Donc, le coup porte. Votre convoi déraille. Votre propos dévie. Vous en oubliez toute votre tirade d’attaque contre la porno. C’est de votre faute, il le dit, il l’avoue. Tombé, en un choc unique, le masque au sourire fixe de ses cent milles compliments d’antan. L’océan de sirop sucré se dissout dans cet unique jet de vinaigre. C’est votre corps qui est dans le tort. C’est votre performance sexuelle qui est en défaut. Tous vos préjugés tenaces sur vous-mêmes sont suavement confirmés. Il le dit ouvertement. Ysengrimus, il m’a dit EXPLICITEMENT… Eh bien il a explicitement menti, pardi. Il ment, il ment pour vous faire perdre votre contenance. Il ment parce que c’est une ruse de guerre, parce que c’est la guerre, parce que à la guerre comme à la guerre, et parce que vous avez ouvert les hostilités sur le regardage de porno. Et comme, contrairement à Ysengrimus, il n’est pas, lui, un traître à l’omerta masculine, il ne va pas se mettre à vous guider, tel Orphée aux enfers guidant Eurydice vers la surface, dans les méandres filandreux et grossiers de sa si courtichette fantasmatique. Non et non. Autant mentir et, jet d’encre du poulpe parfait, vous accuser de manques intégralement inexistants. Cela porte toujours, vous fait chier, vous cale, vous désamorce, vous fait pleurer. Ben c’est ça, pleure, cocotte, moi aussi j’ai bien envie de pleurer comme une madeleine devant la liste de mes sites porno favori que tu viens cruellement d’insérer entre ma poire et mon fromage. La femme à qui on a fait croire que c’est à cause d’elle qu’on mate de la porno vient de tomber dans le plus grossier des panneaux manipulateurs imaginable. Par pitié, ne mordez pas à cet hameçon là!

7- Et s’il m’approche d’une façon totalement non conflictuelle en me disant, froidement et posément, qu’il voudrait que je ressemble en tous points à Tara Pornella? Je ne réponds pas aux questions spéculatives de gamberges auto-mortifiantes, ici. L’a-t-il fait effectivement? Où? Quand? J’en doute fortement. S’il l’a vraiment fait et que vous êtes absolument certaine que c’était au premier degré, hors conflit, hors sursaut défensif, vous ne le fréquentez que depuis peu alors, et vous pouvez le saquer, c’est un inepte. Mais je pense que, si vous vous introspectez avec la sincérité requise, ce sera pour observer que ce cas de figure-ci est un pur produit de votre angoisse intérieure à vous, pas de sa fantasmatique sexuelle à lui. Les soi-disant sous-entendus que vous croyez détecter chez lui sont des ectoplasmes que vous vous fabriquez, de purs et non-fiables artéfacts, issus de vos propres hantises. Pourquoi? Tout simplement parce que sa fantasmatique sexuelle à lui s’ancre solidement en vous, pas en Tara Pornella. Donc, il ne fera tout simplement pas cela. Ceci, juste ici, est de la plus haute importance. Il faut absolument vous extraire de l’esprit la croyance que la vision de la porno inculquera des normes ou des standards d’apparence corporelle à votre conjoint, normes ou standards aussi hirsutement impossibles que ténébreusement implicites, qu’il vous faudra ensuite rencontrer en je ne sais quelle lutte compétitive sans fin vers l’asymptote. Croyance sinistrement répandue dans la culture intime (hautement normée, elle) des femmes, cette affaire de normes et de standards d’apparence corporelle venus de la porno et relayée par votre mec est une pure et simple fausseté factuelle. Une revue porno n’est pas un magazine de mode, ne le fut et ne le sera jamais (Et, je vous le redis, les magazine de mode, il ne les lit pas. Cela devrait vous faire méditer). Sortez vous cette idée de la tête, une bonne fois. Et s’il m’approche d’une façon non conflictuelle en me disant froidement qu’il voudrait que je ressemble en tous points à Marielle, son ex? Ça, c’est déjà bien plus réaliste, plus plausible. Bien des connards citent leurs ex en exemple. Pas de commentaire non plus, par contre ici, car nous voici alors de retour dans le monde de la compétition sentimentale réelle et, conséquemment, hors–sujet… Une fois pour toute: Marielle n’est pas Tara Pornella parce que Tara Pornella n’est pas…

8- Se masturbe-t-il sur la porno? Oui, oui, ça lui arrive, oui. Pas toujours mais parfois. Vous ne vous masturbez jamais, vous? Et vous pensez à quoi quand vous le faites? Et Ysengrimus devrait-il tirer de grandes conclusions angoissantes à propos de votre vie réelle sur la base de vos scénarios masturbatoires intimes et privés? Rassurez-vous, il ne tirera pas de telles conclusions, lui… Ce n’est pas la même chose et il le comprend, lui. Un fait intéressant, sur ce point hautement mal compris de la masturbation masculine ès porno au demeurant, est qu’il ne se masturbera sur Tara Pornella qu’une seule fois. La fois suivante, il lui faudra une autre image, puis une autre, puis une autre encore. Superficialité vide et évanescence limitative de l’ectoplasme sans âme. Des croustilles qu’on croque devant la télé. C’est pour cette raison, et aucune autre, que le marché de la porno est si pesamment cyclopéen. Signalons aussi, si nécessaire, que masturbation n’est pas jouissance ou sensualité ou intimité ou romance ou passion ou ardeur ou amour, mais tout prosaïque pis-aller hygiénique… Tsk, tsk, tsk… Vous en doutez, eh bien méditez ceci. Que pensez-vous que l’on retrouve dans le petit cagibi-chiotte ou l’on doit s’asseoir pour fournir un échantillon de sperme, au cabinet médical? Réponse, des revues porno, pour la stimulation psycho-sexuelle de l’auto-cueillette dudit échantillon. Eh oui… Fort peu romantique, merci…

9- Je l’ai bien traqué, bien enquiquiné, bien écoeuré, bien agressé, je le surveille en permanence. Il ne regarde plus de porno. Ai-je gagné? Vous avez surtout gagné qu’il se planque mieux que jamais pour le faire. Une seule chose le fera ralentir de consommer de la porno, la baisse de sa libido due à l’âge ou à la maladie. Elle est bien inutile, votre intervention répressive et hargneuse, produite au prix d’une perte significative de son affection (mais à ce point-ci son affection vous importe moins que votre amour-propre, hein, si vous avez vraiment agi de façon aussi répressive et hargneuse, justement). Vous pouvez lui couper l’ordi, la télévision et les magazines, mais vous ne pouvez pas lui couper la tête. Et c’est à l’intérieur de sa tête que se joue la plus grande, la plus tonitruante, la plus kaléidoscopique de toutes ses aventures pornographiques. Tout ce que vous lui avez appris à faire, c’est à mieux se cacher et à aller retrouver Tara Pornella loin, très loin, dans l’abstraction inane, éthérée et onctueuse de sa psyché. Et cela la rehausse, notre bonne Tara, au demeurant. Le vieil attrait séculaire du fruit défendu, poil au…

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MODE D’EMPLOI : QUE FAIRE?

10- Dois-je exprimer mes objections? Oui, que oui, explicitement. Mais les vraies objections, hein. Pas les pseudo-objections… Les vérités du coeur, pas les prétextes de tête. Les contrariétés émotionnelles, pas les parades sociologiques. Gardons la sociologie pour un autre jour ici, si vous le voulez bien. Laissons-la nous déterminer sans en cacasser à satiété. La langue de bois de la porno exploitation du corps de la femme ne vous mènera pas bien loin avec un homme, même articulé, même féministe, que vous venez de pincer le nez pincé dans une page centrale… Il vous répondra, dans sa tête ou explicitement, que cette transgression aux principes féministes est un geste qui est plus fort que lui, qu’il commet malgré lui et dont il comprend le caractère répréhensible de la même façon que vous comprenez qu’il est hautement répréhensible de vous empiffrer de pâtisseries poubelles, mauvaises pour la santé, non bio, non grano, chimiques… sauf que… bon… Boulimie, alcoolisme, toxicomanie, kleptomanie, agoraphobie, magasinage compulsif sont aussi fort répréhensibles socialement, et pourtant… Ceci dit, oui, oui, dites ce que vous pensez, oui, montrez le drapeau sans faillir. Soyez vraie. Objectez vous ouvertement, droitement, avec sincérité, en montrant bien combien cela vous contrarie, vous irrite, vous insulte, vous déplait. Qu’il voie les conséquences de ses actes, un petit peu. Cela ne le fera pas arrêter, mais cela le fera gamberger, ce qui est toujours utiles pour la cervelle, surtout la cervelle masculine. S’il s’engage à arrêter, surtout sur l’honneur, il ment à quelqu’un. À vous, ou pire, à lui-même. Enfin, il faut dire et redire ce que vous ressentez, sans artifice. C’est crucial. Dois-je alors le bloquer, le réprimer? Je ne vous dicterai pas jusqu’où doit aller l’expression d’une contrariété légitime. Réprimez tout ce que vous jugez bon de réprimer. Mon commentaire, dans tout ce billet, voyez-vous, porte sur votre savoir, pas sur vos actions. AGISSEZ SELON VOTRE CONSCIENCE, MAIS EN CONNAISSANCE DE CAUSE. Je vous dis donc simplement de ne pas cultiver des illusions sur une approche répressive face à ce type de pratique. Réprimé, il entrera dans le maquis, il durcira sa coquille, il mentira mieux, se planquera d’avantage, mais il ne réformera pas ses comportements. Réprimer oui, s’il faut en passer par là. Croire aux vertus éradicatrices de la répression, non. Ce serait, bien hypocritement, se mentir. Une vision, une perception et une compréhension franche et directe de votre contrariété et de votre frustration l’influenceront bien plus que de vous voir pathétiquement jouer les gardiennes d’enfants répressives, car, voyez vous, un fait demeure dans cette tourmente: il vous respecte et il vous aime.

11- Qu’il mate de la porno me refroidit souverainement. Dois-je ravaler ma frustration et jouer les allumeuses au lit, pour continuer de satisfaire monsieur? Certainement pas. Le principe général selon lequel il faut ne pas forcer le désir s’applique ici pleinement. Il faut que monsieur, comme vous dite, assume les conséquences de ses actes. Aidez-le un petit peu dans son effort intellectuel, par contre. Comme vos chances sont très fortes qu’il ne voie pas bien nettement le problème, dites lui ouvertement la vraie raison de votre frigidité hargneuse. Guidez-le, en toute droiture. N’allez pas inventer quelque prétexte oiseux pour bien finir de le dérouter et, volontairement ou non, esquiver le débat porno-regardard. Il a la responsabilité de rendre compte de ses actes, vous avez la responsabilité de l’explicitation droite et entière de votre dépit. Qu’il s’explique un petit peu sur les merveilleuses aventures polychromatiques du monde virtuel de Tara Pornella. La conversation sera palpitante, croyez-moi, surtout si vous voyez à la maintenir dans les limites du conflictuel tolérable. Il cherchera, en crevant de trouille, à éventuellement insinuer qu’il aimerait vous voir adopter telle ou telle des illustres postures ou tenues de la susdite Tara Pornella, lorsque vous faites l’amour avec lui. Je ne vous dis pas de le faire alors, hein, si cela vous refroidit. Je vous dis fermement, par contre, de cesser de vous imaginer qu’il veut vous faire essayer cette posture ou cette tenue pour que vous ressembliez à Tara Pornella, sa «femme idéale». Une fois de plus, c’est le contraire, en fait. Ce qu’il juge passable et honorable sur Tara Pornella il le juge extraordinaire sur vous, car C’EST VOUS, SA FEMME IDÉALE. Il instrumentalise cette pauvre Tara pour mieux s’érotiser sur son objet de désir effectif et exclusif: vous. Il ne s’extasie pas sur Tara Pornella à votre détriment, il plagie Tara Pornella à votre avantage. Et vous, terrible naïve morbide, vous vous imaginez le contraire, ligaturant ainsi des provignements importants de sa poussée libidinale. Faites ce que vous voulez mais, pour faveur à Ysengrimus, ne prenez pas le vrai pour le faux et la sincérité pour la duplicité. Quand il dit que vous êtes mille fois plus érotique que Tara Pornella, parole d’Ysengrimus, il est sincère, il le pense et il a raison.

12- Qu’il mate de la porno, ça m’excite en fait. Je le ferais bien en sa compagnie. Puis-je? Certainement. Dites-vous d’abord que si vous pensez ceci effectivement et sincèrement, vous faites partie d’une minorité. Pas de problème, au demeurant. C’est parfaitement légitime, moderne, sensass et sexy et… les minorités ont des droit. Vraiment, si cela vous excite effectivement, approchez-le, franco de port, sur la question. Ça m’excite vachement, tous ces sites et ces vidéos que tu mates là. Je peux regarder avec toi? Sa première réaction sera certainement sceptique (ne vous en offusquez pas, perle rare que vous êtes), puis ouvertement enthousiaste. Ce sera alors super. Vous aurez votre univers porno de couple, comme des tas de gens tendance, frais et émancipés d’ailleurs. Mais veuillez noter deux choses. D’abord, ne vous surprenez pas et ne vous vexez pas si vous vous apercevez qu’il continue, droit comme un cèdre, d’autre part, à mater de la porno, éventuellement différente, en solitaire. Cela ne se place en rien sur le plateau de la balance avec les moments pornos qu’il a avec vous. Ensuite, recommandation capitale: soyez sincère, avec lui et avec vous-même, quand vous dites/prétendez que cela vous excite. Ne vous (re)mettez pas, consciemment ou non, à crâner et à (vous) jouer la comédie de la femme peu impressionnable, ouverte, délurée, moderne et que ça excite vachement juste pour déguiser une surveillance crypto-furax de ses petites activités. Il le détectera à assez court terme et il n’en sortira, alors là, rien de bon. Inutile d’ajouter que si cela ne vous excite subitement plus, il faut vous dissocier de la démarche, sans tergiverser, ni temporiser. Exactement comme pour les joutes sportives à la télé, en fait, si vous voyez ce que je veux dire.

13- Dois-je réformer mes comportements? Vos comportements, peut-être pas. Vos croyances, là, certainement. Voyez-vous, si vous retenez une seule observation de tout le présent exercice, que ce soit celle-ci. Je vais même vous la formuler en «je» pour qu’elle s’imprègne encore mieux en vous. LE PAPIER ET LES PIXELS NE SONT QUE DES SUPPORTS (COMME JADIS, LES PEINTURES ET LES SCULPTURES) POUR UN DISPOSITIF FANTASMATIQUE QUE MON HOMME A DANS SA TÊTE ET QU’IL GARDERA DE TOUTE FAÇON DANS SA TÊTE POUR UNE BONNE PARTIE DE SA VIE ACTIVE. C’EST SA PSYCHOLOGIE DE LA SEXUALITÉ, C’EST SA FAÇON DE GAMBERGER SES FANTASMES ET CE QUI EST EST. JE NE SUIS PAS EN CAUSE OU EN QUESTION. CE PHÉNOMÈNE N’EST RIEN D’AUTRE QU’UN INDICE D’ARDEUR SEXUELLE COMME UN AUTRE. JE NE DOIS PAS PRENDRE TOUT CELA PERSONNEL, CELA NE ME CONCERNE QUE MARGINALEMENT OU PAS DU TOUT. C’EST QUAND IL ME FAIT L’AMOUR QUE MON HOMME MANIFESTE SON DÉSIR POUR MOI, ET MOI SEULE, SA SEULE ET UNIQUE VRAIE FEMME DE CHAIR ET DE VÉRITÉ. Que vous combattiez ce comportement de regardage de porno (ce qui est légitime) ou que vous l’acceptiez (ce qui n’est pas une capitulation), il ne faut pas traiter les femmes de papier ou de pixels comme vous traiteriez une rivale de chair et d’os. Fondamentalement, elles ne sont que des feux follets cérébraux, flammèches électriques émanant de sa cervelle à lui. Si cela vous dégoûte irrémédiablement, c’est alors que c’est lui qui vous dégoûte irrémédiablement, personne d’autre. Agissez alors en conséquence. Il ne faut, notamment, vous en prendre ni à Tara Pornella (intrinsèquement inutile), ni à Marielle son ex (diplomatiquement délicat), ni à vous-même (IL NE FAUT SURTOUT PAS VOUS EN PRENDRE À VOUS-MÊME). Ceci n’est pas une sordide et fallacieuse affaire de compétition entre femmes de plus, mais bien un tenace comportement masculin, exclusivement masculin. Il faut donc s’en prendre soit à lui, soit à personne… En d’autres termes, assumez vos émotions sans cultiver vos illusions.

14- Je ne veux tout simplement pas d’un partenaire visionneur de porno, point final. Que faire? Aussi simple que fatal. Aimez un homme plus vieux que vous de vingt bonnes années ET au passé sexuel maximalement comblé. Il a maté toute la porno qu’il pouvait dans sa jeunesse, sa libido ralentit, sa boite à images cérébrale racotille, sa lanterne chinoise s’obscurcit. Il a de la conversation, de la douceur, du charme, de l’expérience. Il vous parle en vous regardant dans les yeux. Il s’occupe de vous. Il vous trouve belle, comme être humain. Vous abordez la question porno ouvertement avec lui et sa réaction est compréhensive, sincèrement compréhensive de fait. Il n’ira certainement pas courir le risque de vous perdre, vous qui visiblement en faites une affaire pareille, pour je ne sais quelle Tara Qui déjà? Évidemment, votre vie sexuelle sera moins trépidante et plus raplapla, mais, et je le dis sans ironie, comme le disait ma vieille copine Égérie: le sexe, c’est pas tout dans la vie.

15- Ysengrimus, je suis toujours aussi en colère. Fais-moi comprendre en un paragraphe bien senti cette insupportable affaire de visionnement de porno. Tu ne m’as vraiment rien dit de trop probant pour le moment. Bon. Merci. Sincérité hautement appréciée. La plus belle femme ne peut donner que… pardon… pardon… disons… à l’impossible nul n’est tenu, là. Mais je vais tout de même faire une ultime tentative relativiste, en vous proposant un petit exercice de transposition. Vous visionnez et re-visionnez, disons, les films de la saga Twilight. Edward Cullen vous fait rêver. Il a tout simplement tout. Beau, romantique, chevaleresque, fort, puissant, déférent, attentionné. Il aime Bella Swan, la respecte, la protège. C’est un amoureux à principes. Un homme, un vrai. Vous l’adorez et en cacassez sans fin avec vos copines qui l’adorent aussi, souvent plus ou moins en cachette d’ailleurs, comme vous. Votre partenaire de vie vous pince un beau jour, dans une de ces conversations, ou visionnement, ou lecture et s’assoit lourdement dans le plateau de la balance de l’autre côté duquel flotte majestueusement le pâle et translucide vampire des sylves de Forks. Que pensez-vous de cela? Mais, ça n’a rien à voir avec nous deux. C’est un monde de fantasmes, de rêveries éveillées, de… de… de papier. Mon monde intérieur… du roman, du cinéma. Ça… Ça n’a absolument aucune importance, vraiment. Eh bien voilà. L’homme visionne et lit batifole pesamment ostensible. La femme visionne et lit romantisme néo-gothique subtilement éthéré. Dans les deux cas, c’est parfaitement fantasmatique, psychologique, immatériel et innocent. Et, au fond, est-ce si différent?

Edward Cullen

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La pilule érectile s’accompagne-t-elle d’une augmentation du pouvoir des femmes?

Posted by Ysengrimus sur 1 février 2010

Question percussive. Apparue au tournant du siècle (vers 1998), la pilule érectile (type: Viagra, Cialis, Lévitra etc) est indubitablement avec nous pour rester, et elle prend une importance ethnologique de plus en plus déterminante. La révolution des moeurs qu’elle introduit, subrepticement mais sans ambivalence, est aussi cruciale, et, dans un sens, beaucoup plus radicale, que celle que l’on doit à la pilule anticonceptionnelle, apparue cinquante ans avant. Cette dernière, ultime produit d’un phallocratisme en capilotade, séparait la femme de sa fonction de génitrice et la convertissait en atout autonome de plaisir, pour l’homme d’abord, puis, ensuite, la pulsion libératrice de l’évolution sociale aidant, pour la femme elle-même. La pilule érectile sépare l’homme de quelque chose de bien plus enraciné: ses bonnes vieilles certitudes génitalistes. La forteresse masculine est ébranlée sous la poussée de nouveaux postulats concernant le séculaire flageolement viril et les divers inconforts qu’il engendre. La pilule érectile questionne la masculinité en son épicentre et oblige son chambranlant dépositaire à regarder ses limitations et ses inaptitudes bien en face, puis à se remuer et à agir. Il appert que, pour dissiper son angoisse croissante, homo viris doit effectivement mettre en place une action, un suivi. Il appert aussi que notre bonhomme n’est plus là simplement pour prendre son plaisir de par la femme mais pour servir le plaisir de cette dernière aussi, l’un dans l’autre…

Or, ce point est justement débattu. Dans les rapports de sexage actuels, on accuse effectivement souvent l’usage de la pilule érectile de perpétuer, d’accentuer, de pérenniser le pouvoir (y compris le pouvoir abuseur ou abusif) des hommes sur les femmes (pensons au stéréotype déjà rebattu de la vieille dame exténuée qui ne veut pas que son satyre vermoulu obtienne sa prescription). Si le regard critique, qui anime cette idée d’une corrélation entre utilisation de la pilule érectile et abus de la «chose» chez l’homme, est parfaitement légitime, l’analyse elle-même, sur laquelle repose cette croyance, cloche quand même un peu. En effet, il semble bien que s’y manifeste une présomption faussée de ce qui se passe dans les abysses de la physiologie et de la psychologie masculine, lors de l’absorption d’une pilule érectile. L’erreur présomptive la plus commune ici est de confondre cette médication avec un aphrodisiaque, ce qu’elle n’est aucunement. Disons la chose comme elle est. La dureté artificielle de l’organe a un coût physiologique dont on parle moins dans les pubes: sa nette et indubitable insensibilisation. La virilité manufacturée se paye du prix d’une perte de l’intégralité physique de l’extase orgastique masculin. Donnant, donnant… Tant et tant que, jouir ou faire jouir, voilà finalement la question fondamentale qui se profile. pour notre homme. Et comme on ne peut pas feindre une érection et une éjaculation masculines (alors qu’on peut parfaitement feindre un orgasme féminin), cette question devient vite une hantise lancinante pour notre petit menteur compulsif et séculairement hypergénitaliste de bonhomme. On notera le triste corollaire ici: tout cela ne va rien arranger pour une remise en question du vieux préjugé cultivant la confusion brouillonne entre orgasme masculin et simple éjaculation, mais bon, l’ère de l’épanouissement sexuel exclusif de l’homme touche son crépuscule, cela a ses petite contraintes, que voulez-vous.

L’omerta masculine sur la question (que je trahis ici allègrement) ne change rien au fait que l’homme paye un coût sexuel et émotionnel passablement important dans toute cette histoire de pilule érectile (sans compter le coût encore largement méconnu, sur sa santé à long terme). Je défends donc ouvertement ici l’idée que la pilule érectile procède, en fait, d’une augmentation du pouvoir des femmes sur leur vie, dans leurs rapports avec les hommes, dans l’espace du sexage et de la séduction. J’irai même jusqu’à dire que la pilule érectile n’a pu apparaître et se répandre mondialement si rapidement qu’en vertu du pouvoir actuel des femmes sur leurs propres pratiques sexuelles. Je commencerai par faire une toute petite observation qui est loin de manquer de charme autocritique déjà: cette fois-ci, c’est l’homme qui doit prendre une pilule

Cette fois-ci, c’est l’homme qui doit prendre une pilule…

Reportons nous d’abord aux temps, désormais quasi-immémoriaux, où les dysfonctions érectiles ne faisaient pas l’objet d’un traitement au moyen d’une médication. Inutile de dire qu’elles ne faisaient pas l’objet d’une conscience bien précise non plus. On les occultait massivement et, quand il n’était vraiment plus possible de faire autrement, on les conceptualisait sous une notion aussi vieillotte que rigolote: celle d’impuissance. Quand je pense à cette vieille notion, sacralisante, ontologisante et stigmatisante, d’impuissance, il me revient le tendre souvenir de l’acteur cinématographique Clark Gable (1901-1960). Cette figure culturelle, symbole au siècle dernier, s’il en fut un, de la masculinité flamboyante, était, aux dire de son épouse du temps, parait-il, un impuissant. La notion semble alors porter une sorte de vigueur iconoclaste, doublée d’une critique fondamentale de l’homme, et parait le frapper en l’épicentre de sa mythologie phallocrate. Mais, hélas, cette critique tombait vite court. Le fait est que, si l’épouse de Clark Gable pouvait déjà se permettre de critiquer ouvertement, au sein des réseaux mondains du temps, les capacités sexuelles de son illustre mari, dans le traintrain usuel des couples ordinaires, la situation était toute autre. On assistait en fait, bien plus souvent qu’autrement, à la mise en place de la vieille posture contrite du roy privé d’héritier, et l’absence d’ardeur sexuelle de l’homme faisait souvent une accusée qu’on n’attendrait plus guère aujourd’hui: sa femme. Si un homme ne bandait pas, autrefois, c’était la faute à sa copine et c’est elle qui intériorisait la culpabilisation «inhérente» à la chose. Pas assez séduisante, pas assez engageante, pas assez perverse, pas assez salace, pas assez imaginative, pas assez constante, pas assez patata, pas assez patati. Je n’ai pas besoin de m’étendre, c’est le cas de le dire, sur la question. On voit bien le tableau. Alors que, hum, hum… au jour d’aujourd’hui, quand un homme ne bande pas, bien, c’est son problème, son petit problème personnel, individuel, exclusif et privé et, comme pour une surdité naissante, une verrue encombrante ou une cheville arthritique, eh bien, qu’il voie son médecin (ou son dealer)

Maintenant, si vous me permettez, on va s’autoriser un petit détour qui nous fera furtivement passer par les aventures intimes d’un jeune couple de torontois charmant de ma connaissance et que nous nommerons, pour ne pas les offusquer ni les trahir, Duncan et Roberta. Dans le vestiaire de la salle d’arme médiévale, un beau jour, comme ça, au beau milieu de tout et de rien, Duncan s’exclame à la cantonade: What the fuck is a stretch mark anyway? (Finalement, qu’est-ce que c’est donc qu’une vergeture?). Aucun des spadassins ne sait exactement de quoi il s’agit, en fait. Ce sont donc les spadassines, fort informées, quand à elles, sur la question, qui se chargent d’expliquer au bouillant Duncan ce que c’est qu’une vergeture. Pressé ensuite de questions par les épéistes des deux sexes, Duncan se met ensuite à nous raconter, tout triste, que son amie de cœur Roberta a terriblement peur qu’il soit révulsé par des vergetures qu’elle aurait, selon ses dires propres, en stries sur les pourtours des fesses et dont, de fait, Duncan n’arrive même pas à commencer de conceptualiser l’existence. Mes lectrices me comprendront ici parfaitement. Il y a un grand nombre de menues caractéristiques physiologiques que les femmes dissimulent pudiquement le plus longtemps possible à leurs amants, croyant que ceux-ci vont les critiquer, les enquiquiner et les pinailler sur icelles, alors que lesdits amants, je vous le dit haut et fort mesdames, NE VOIENT RIEN DE CELA EN VOUS. Le détour à travers l’aventure des vergetures de la douce Roberta, indétectables par le sémillant Duncan, force ici une observation de portée générale: c’est un trait éminemment féminin que de cacher chafouinement certaines particularités de son anatomie et de s’angoisser outre mesure de l’opinion éventuelle du partenaire intime sur ces dernières. Encore une fois, je n’ai pas besoin d’épiloguer. Bien des lampes d’alcôve soigneusement éteintes s’expliquent par ce simple petit aphorisme. Or, cette angoisse de la caractéristique corporelle honnie et cachée, qui était si étrangère à l’homme jadis, ne l’est plus totalement aujourd’hui. Car, voyez-vous, comme il ne peut ni dissimuler son absence d’érection ni en feindre une, il cache au moins une chose jalousement à sa partenaire et c’est justement l’absorption de la pilule érectile aux fins du retour imparable de ladite érection. La pilule érectile, son manque et ses ratés (car cela ne marche pas toujours…) font donc l’objet, pour l’homme, d’une angoisse d’apparence aussi forte, aussi empirique et aussi intériorisée que l’angoisse de la femme pour ses vergetures (ou ses varices, ou ses formes, ou sa ligne, ou l’épaisseur de ses lèvres, ou la racine non teinte de ses cheveux, ou etc)…

Cette angoisse du paraître devient ensuite une peur panique ouverte quand le tourment masculin entre dans l’espace ancien, trouble et tempétueux de la compétition amoureuse. S’être inquiété du compétiteur séducteur qui est jeune, qui a des cheveux, qui cuisine, qui a une jolie voiture ou des lettres ou du prestige social, ce n’est rien, infinitésimalement rien, aux vues de l’homme, s’il faut maintenant craindre l’epsilon sans avantages particuliers qui loge au palier, tout simplement parce que, lui, il bande… On a envie de se rouler par terre et de crier androhystériquement que s’il bande, ce corniaud là, c’est exclusivement parce qu’il gobe des pilules érectiles comme… tiens, justement, tout juste comme une femme a bien souvent envie de crier que les nichons saillants de la voisine de palier sont des implants et que sa tignasse torsadée est une perruque. Pour la première fois de son existence ethnoculturelle, l’homme se tourmente intérieurement, se torture en continu, en se disant que, libre, plus que jamais historiquement, de sélectionner ses partenaires comme bon lui semble, sa conjointe pourrait tout simplement choisir un autre homme, plus à la hauteur sexuellement, si des carences «primordiales» (aux vues de l’homme, sa génitalité restant le soliveau essentialiste de toute existence en sexage) ne sont pas corrigées d’urgence, par l’intervention chimique appropriée…

Alors, si vous m’autorisez une petite pesanteur démonstrative qui s’impose ici plus qu’ailleurs, nous avons, de par la banalisation galopante de l’usage de la pilule érectile:

1-     Une généralisation absolue et totalement incontestable du syndrome de Clark Gable. Si tu ne bandes pas, gars, c’est uniquement et exclusivement ton problème. C’est une condition médicale privée et c’est intégralement à toi d’y voir. Passer la faute à l’autre sur ceci, c’est fini.

2-     Une généralisation absolue et totalement incontestable de l’effet vergetures. Il faut masquer ses petites imperfections discrètement et sans trompette, car (croit l’homme, outre mesure comme il se doit) elles pourraient soulever des arguties avec la partenaire et/ou le milieu social.

3-     Une généralisation absolue et totalement incontestable de la terreur compétitive. L’homme qui ne bande pas, quand, désormais, c’est remédiable, risque (croit l’homme, outre mesure comme il se doit) d’être distancé par l’homme qui bande, que ce soit naturellement ou parce qu’il y a justement (chimiquement) remédié.

Il est, dès lors, bien difficile de ne pas considérer cette analyse en trois points sans observer que désormais l’homme intériorise et magnifie des responsabilités, des peurs, des angoisses, un cadre de pensée qui étaient jadis des apanages exclusivement féminins. Si l’homme de ce siècle-ci commence à vivre des inquiétudes et des états d’âmes semblables à ceux d’une femme du siècle dernier, il n’y a pas de chanson à se chanter, c’est que son pouvoir s’étiole. Sceptiques? Oh, oh… Voyez simplement le topo dans l’angle de la question suivante, alors. Pensez-vous vraiment que le grand-père de l’homme contemporain se serait abaissé à prendre une pilule pour se faire bander? Mais poser la question, c’est y répondre. Voyons donc! Le machisme dans sa période doré n’aurait jamais cultivé ce genre de dérive involontairement autocritique pour lopette anxieuse puisant, dans une chimie suspecte, ce qu’elle ne trouve plus dans la «nature» (souvenons-nous des dénis masculins tonitruants face à une pilule anticonceptionnelle masculine. C’était tout simplement pas pour lui, ce genre de platitude routinière pharmaco-chiante)… Or, ce qui, pour son couillu d’aïeul, aurait été une humiliation absurde et inane, une incohérence mentale et un déni brouillon des évidences les plus fondamentales de l’Être, est, pour l’homme contemporain, un mode de vie, simple, ordinaire, généralisé, imparable.

Mesdames, prenez la simple mesure des faits. Votre partenaire sexuel consomme une pilule érectile, en secret, pour vous plaire, pour se survivre sexuellement à lui-même, et pour ne pas vous perdre. Ce faisant il est sordidement aliéné, me direz-vous peut-être, mais qui ne l’est pas? C’est, pour lui, un choix fatal, contraint et contrit. Il n’en rit pas, ne s’en tape vraiment pas sur les cuisses, ne s’en vante pas et n’en parle jamais avec ses copains (sauf dans le cadre sécurisant de l’humour douteux imputant cette pratique aux autres gars). Cela ne mousse aucunement son ego et ne rehausse en rien sa libido (redisons-le: l’action chimique est strictement localisée et sa portée est fondamentalement non orgastique). Secrètement, notre homme, en plus, eh bien, il s’inquiète, il a honte, il a peur, il craint ses pairs et ses concurrents. Hagard, il prend un strapontin dans l’univers contemporain de l’hédonisme contraint. Sentiment bien familier, mesdames, non? Bien son tour, un petit peu, non? Comment être certaines que telles sont vraiment ses émotions, me dites-vous? Simple. Il la prend la petite pilule. Il la gobe en silence. Il retourne chez le pharmacien, en catimini. C’est souverainement barbant pourtant, ce genre de routine (vous le savez bien, mesdames, depuis 1959), mais il le fait maintenant, en silence, et sans bougonner encore. Inusité, quand même. C’est là votre plus sûr garant de sa contrainte et de sa contrition. Laissez-le faire, un petit peu, au fait… Laissez le mariner dans cette nouvelle chimie des âges. Car, ce faisant, c’est sa compréhension intime de ce que vous vivez vous-même qui s’imprègne profondément en lui. Et plus votre partenaire vous comprendra, plus il vous ressemblera. Et plus il vous ressemblera, plus votre pouvoir, qui est autre, alternatif, moderne, nouveau, non patriarcal, communicatif, collaboratif et égalitaire (en ce sens qu’il tend à requérir une plus grande identité empathique des êtres), augmentera. Il faut que votre ordre et votre logique croissent et que la sienne diminue… un peu… un petit peu beaucoup, quand même.  On vise l’égalité.

La pilule érectile n’augmente pas obligatoirement, comme mécaniquement, le pouvoir des femmes. Il faut, de fait, inverser cette équation. C’est finalement plutôt l’augmentation du pouvoir et de la liberté sexuelle des femmes, survenue d’autre part –indépendamment- dans la vie sociale et la lutte pour les droits, qui rend possible, puis obligatoire, puis parfaitement ordinaire, aux tréfonds des replis physiologiques et mentaux de l’homme, la généralisation fulgurante de la pilule érectile.

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Paru aussi (en version abrégée) dans Les 7 du Québec

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Pourquoi les hommes mentent-ils aux femmes?

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2010

L’homme ment à la femme tout simplement parce qu’il masque encore son incompétence transitoire

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Un mot d’abord sur ce que la femme aime d’un homme. Le secret du mensonge masculin nous y attend, enfouis, comme le fameux gemme au fond de la boite de Pandore.

La femme contemporaine aime qu’un homme soit stable et constant en amour. Il est bien vrai que la passade amoureuse fugitive est une ineptie, en bonne partie inconcevable quand on y réfléchit une seconde. Les gens sont libres de la pratiquer (je respecte cela), mais je suis tout aussi libre de bien les plaindre. Le plus beau du plus beau de l’amour est en fait dans l’approfondissement de la découverte et la continuité en crescendo de la passion. Tout ne se joue pas en une nuit, non merci… La femme contemporaine comprend cela intimement et y fonde fermement ses attentes sur l’homme. Ainsi, par exemple, des personnalités comme Bono, Sting ou Paul Newman plaisent aux femmes tout simplement parce qu’ils sont stables avec leurs amoureuses. Par principe fondamental, nos compagnes de vie en ont marre des petits lapins sémillants pas-de-tête. Un gars qui s’assume solidement et sereinement comme stable en amour, sans la céder aux pressions de ses pairs masculins, cela change les idées aux femmes et les charme. Tous les goûts sont dans la nature, naturellement, mes gars, mais les tendances lourdes ne mentent pas et les femmes ne savourent pas le volage tant que ça, au fond du fond. Oh, frondeuses, crâneuses, elles affectent souvent de le faire… par affectation justement, pour paraître aussi «fortes» que les gars, ou encore, pour se masquer à elles-mêmes l’insondable tristesse que leur suscite ledit volage. Faisons d’ailleurs observer que le raisonnement parfaitement fallacieux et niaiseusement arithmétique voulant qu’il y ait autant de femmes volages que de lapins pas-de-tête, vu que la bagatelle sans lendemain se trame à deux, se contre assez simplement, comme suit. Un comportement de surface similaire ne révèle pas nécessairement des pensées profondes similaires. Et j’affirme froidement que la plus débridée des femmes volages a été touchée au cœur par la trajectoire de vie de Paul Newman (ou d’un de ses semblables, stable en amour). De vivre ainsi, le bon Paul est plus crédible aux yeux d’une forte majorité de femmes, les volages inclues. Et je rejoins directement les vues incisives voulant qu’une femme volage n’en est pas vraiment une… et qu’elle changera sa doctrine libertaire d’un seul coup d’un seul, si le bon Paul Newman (ou un de ses semblables, stable en amour), qu’elle recherche d’ailleurs, avec une ardeur constante de haut fourneau, vire dans sa direction au coin de la rue. Alors que, change la laitue pour une carotte, pour un pissenlit, pour une autre laitue, un lapin reste un lapin. Je suis certain que l’effet Paul Newman représente une tendance féminine fortement majoritaire, tant pour l’action ouverte que pour l’émotion secrète et/ou inavouée de nos compagnes de vie. Il n’y a rien de dépassé ou de conventionnel là dedans, du reste. Mecs, faussement modernistes, qui doutez de ce que j’affirme ici, renseignez-vous auprès des femmes, avant de pérorer le contraire, pour vous sécuriser dans vos patrons libertaires fallacieux. Pardon? Tu ne me crois toujours pas, gars? Tu affirmes que ce n’est pas le cas chez les plus jeunes? Eh bien, essaie un truc. Prend un air intelligent et insondable et discute la chose avec ta prochaine passade de vingt printemps. Tu pourrais allumer tes lumières sur la surprise de tout un univers de pensées cachées imprévues… Il n’y a pas de jeu générationnel ici et, comme le disait si bien le vieux Brassens, le temps ne fait rien à l’affaire… Je constate froidement que les valeurs de Paul Newman (ou de ses semblables, stables en amour) ont bel et bien encore cours, même dans la jeunesse, y compris la jeunesse masculine. Sans ironie aucune, cela me touche et me rassure. Doute de mes dires, mon gars, doute, mais n’ignore pas… Doute aussi sur ceci: pourquoi, si la population des courailleux furtifs et sans avenir marital est si 50/50 que cela, les femmes ont elles soudain, massivement, plus d’opportunités de passades que nous? Pas trop arithmétique, tout ça! Je n’y vois qu’une explication: les hommes en couraille sont plus nombreux que le contraire. Il y a donc bel et bien, en nombres réels, moins de femmes que d’hommes qui endossent les valeurs de la couraille furtive et donc plus de femmes que d’homme qui endossent et recherchent l’incarnation des valeurs de Paul Newman (ou d’un de ses semblables, stable en amour). Première valeur cruciale aux yeux de la femme contemporaine donc: l’homme stable et durable en amour.

Seconde chose à laquelle une femme aspire: un homme qui soit au dessus des sollicitation de la sexualité ostensible, tapageuse, «évidente» et superficielle. Qu’est-ce qu’il horripile les femmes, l’homme consommateur de porno. De fait, puisqu’on en parle, il faut faire observer que la porno contemporaine est un mystère ondoyant, il faut bien le dire. Personnellement, je me demande surtout comment ils font leur argent?  Que le génie dans une bouteille de Coke qui paie de nos jours pour de la porno se fasse connaître!… Ils ont des arrangements avec les diffuseurs Internet, ou quelque chose? Curieux. Incompréhensible. En tout état de cause, ils se font pirater leurs produits autrement que les musiciens et n’ont même pas le bénéfice de chialer au tout venant médiatique… Enfin, en gros, ce détour un peu fétide pour dire simplement que la demoiselle mécaniquement onduleuse qui aguiche fantasmatiquement le gars ordinaire est sur tous les glauques écrans d’ordi, à ce jour. Tant et tant que cette demoiselle de pixels, irréelle et angoissante, dansotte maintenant gratuitement dans la psyché brumeuse de tous les hommes contemporains et ce, au grand dam de toutes les femmes contemporaines. Celle-ci ne la perçoit d’ailleurs pas comme une rivale concrète, mais bien plutôt comme un corps semi-abstrait de contraintes cruellement normatives qu’elle devrait rencontrer pour retrouver l’attention vacillante de son inconstant partenaire. Cette cyber-demoiselle porno, fallacieuse et illusoire, devrait vite se mettre au cinéma vêtu, en fait. Elle sera, de toute façon, bientôt remplacée par un animatron quelconque… au sein d’une industrie qui a vu, au siècle dernier, passer son âge d’or… Bref, tout ça pour dire qu’une femme se demande toujours ce que son copain glandouille le soir, le cul serré devant son écran d’ordi luisant et bourdonnant, et cela l’horripile souverainement. Que voulez-vous, les yeux de l’homme servent de miroir à la femme. La femme reste intensément sensible au regard de l’homme, tant et tant qu’elle en revendique l’exclusivité et a une sainte horreur de constater qu’il se détourne… surtout pour s’enliser dans la contemplation niaiseuse de godicheries inénarrables. Seconde valeur cruciale aux yeux de la femme contemporaine, donc: l’homme souverainement indifférent à la tocade de la porno visuelle omniprésente. L’homme qui ne se retourne jamais abruptement, en déambulant sur une promenade, une salle des pas perdus, ou une plage…

Enfin, troisième chose à laquelle une femme aspire: un homme qui a une vision articulée des soins à donner aux enfants. Ici, je propose une modeste suggestion explicative. Dans le schéma traditionnel du couple (même si les parents étaient séparés), la mère encadrait autrefois la petite enfance, la bouffe, la propreté, les peurs, les terreurs, les douleurs. Le bain, le chiotte, le corps et tout ce qu’il y a d’intime. Distant pendant cette période. Le père commençait à s’approcher vers la fin de l’enfance, début de l’adolescence. Il était associé aux grands jeux, aux autorisations de sorties, à l’élargissement des surfaces humoristiques, au relâchement des règles mises initialement en place, en un mot, au fait de grandir. Perpétuant, par prudence ou pour d’autres raisons, sa batterie initiale de règles, la mère apparaissait alors, dans cette seconde phase, comme justement déphasée, crispée, vétillarde, infantilisante, castrante. Malgré lui (ou non) le père s’appropriait tout le crédit du plaisir de grandir et la mère se tapait le boulot sale associée à ne pas rester toujours petit… On se lasse du mauvais rôle quand les temps changent dans le cercle des rôles. Je suis certain que la redéfinition du rapport à l’enfant et de l’intimité précoce avec l’enfant dans le couple actuel s’explique en grande partie ainsi. Il faudrait relire ce billet dans trente ans, pour voir… Mais, pour cette raison ou pour une autre, le fait que l’homme assume d’entrer dans la portion des rapports intimes au petit enfant est perçu par la femme comme une acceptation du partage à la fois des émotions profondes et des difficultés de l’intendance de ladite petite enfance. Empathie et solidarité dans le même mouvement, cela ne se dédaigne certainement pas. La femme est toujours très touchée par cela. Je suis personnellement plutôt pour cette implication de l’homme dans un univers qu’il ne faut pas transmettre, sans transition masculine, de la figure maternelle traditionnelle à la garderie. Mon premier fils, Tibert-le-chat (né en 1990), est entré en garderie à l’âge de trois semaines, mon second, Reinardus-le-goupil (né en 1993), moins rapide, n’y entra qu’à deux mois et demi. Or, c’est moi qui faisais le travail de bénévolat parental (n’hypertrophiez surtout pas mon mérite. C’était simplement parce que la garderie était sur mon lieu de travail à l’époque). J’ai énormément appris pour ma parentalité, de la garderie. Et soyez assurés d’une chose, mes gars, votre petit chouchou vous reconnaîtra toujours quand vous viendrez le prendre le soir. Toujours, toujours. Les enfants de garderie ont une meilleure vie sociale ensuite à l’école, dorment mieux, communiquent plus aisément. Mon expérience le confirme. Le seul défaut: ruineux. Il faudrait que ce soit libre et gratuit. Cessons de financer la guerre. Finançons les garderies. Je le sais, oh je le sais. Et si je le sais, si je peux le dire haut et fort, c’est d’avoir suivi mes bébés chouchous dans le détail menu de ce cheminement. Bref, poursuivons… Troisième valeur cruciale aux yeux de la femme contemporaine, donc: l’homme, papa de la toute première heure.

Alors maintenant, la clef de pourquoi les hommes mentent si systématiquement aux femmes est ici, juste ici, entre nos mains. Elle réside justement dans ces attentes que les femmes ont envers les hommes. L’homme sait que sa compagne attend de lui qu’il soit un amoureux stable, attiré exclusivement par elle, et sensible au bien-être des petits enfants présents et à venir. L’homme sait parfaitement qu’il faut exhiber maximalement ces trois traits, ces trois plumes de paon cardinales, pour solidement séduire. Or, ces traits, il ne les détient pas vraiment… Il les connaît de tête sans les manifester de façon naturelle, sincère, et réflexe. Il a encore quelques marches à monter pour s’aligner tout naturellement sur les aspirations de sa compagne. On connaît alors le vieil aphorisme: If you cannot make it, fake it. (Ce que l’on ne peut faire, il faut le feindre). L’homme se met donc à boursicoter sa stabilité amoureuse, son exclusivité sexuelle et son intérêt pour les enfants. Il joue, pour la femme et bien souvent aussi pour lui-même, la comédie de ce qu’il n’aspire pas à être vraiment, encore. Son petit retard historique, de quelque pas, l’oblige à ne fournir en guise de proie que l’ombre de ce à quoi sa compagne aspire. Impossible de faire cela efficacement sans sérieusement écorcher toutes formes de sincérité. On notera d’ailleurs combien une portion massive de l’interaction de la femme avec l’homme consiste en de longues et exténuantes procédures, toujours hautement hasardeuses, de vérification de sincérité.

L’homme ment à la femme principalement, sinon exclusivement, au sujet de ce qu’elle voudrait entendre de fondamental, d’essentiel, et formulé avec l’intelligence (partiellement factice ici donc) dont elle voudrait pouvoir faire la constante rencontre. Il le fait tout simplement parce qu’il masque encore une incompétence transitoire, des incapacités et des inaptitudes historiquement temporaires. Il se traîne les pieds dans le siècle. Il temporise la révolution existentielle que la femme, et le monde, attendent de lui. Il fait la grasse matinée de la réforme fondamentale de l’être. La femme n’est absolument pas dupe, d’ailleurs. Elle spécule son espoir comme il maquille son être… et, elle se fâche tout rouge quand la machinerie lourdingue de l’illusionniste désuet se met à grincer un peu trop quand même.

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Homosexualité masculine et capitalisme

Posted by Ysengrimus sur 13 août 2008

L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme.

L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme.

Par rapport à la féodalité, le capitalisme est libérateur. Il fait éclater les vieux rapports de vassalité, de métayage, de servage et leur substitue un engagement commerçant. L’esclavage disparaît avec l’ancien mode de production agricole (il laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle: le racisme), la division sexuelle du travail s’effiloche graduellement (elle laisse une trace idéologique que le capitalisme recycle: le sexisme) et, avec elle, les vieux schémas phallocratiques et paternalistes basculent dans l’archaïsme. Les anciens esclaves, les femmes (dans certaines portions du monde même les enfants) sont désormais salariés. L’égalité s’instaure graduellement, inexorablement. Par rapport à l’ancien ordre, tout est nivelé parce que monnayable. Une omniprésente inégalité, unique et constitutive, se maintient, en éliminant toutes les autres: celle de la quantité d’argent détenue et obtenue.

Les représentations idéologiques de nature féodale ne sont pas intégralement évacuées. De fait, comme la fumée après un grand incendie, l’idéologie traîne longtemps dans l’espace après l’extinction des conditions objectives de son engendrement. On peut même dire que la culture intime d’un groupe reste marquée par la phase historique de sa grandeur et que son idéologie en reste inévitablement durablement teintée. La période dorée laisse de la poussière d’or qui colle à la surface des idées nouvelles. L’hétérosexualité masculine connut son âge d’or sous la féodalité. L’homme homosexuel en ce temps était marginalisé, tyrannisé, éradiqué, rejeté, nié. L’homme hétérosexuel fleurissait dans la soumission de sa femme, de ses serfs et du clocher du village à sa loi et à son ordre. Encore aujourd’hui, l’homme hétérosexuel cardinal est celui qui se comporte en gentleman, ce qui implique un gestus, un ensemble de pratiques ordinaires, un ton, un style (singé ou surfait, naturel ou exagéré) directement hérités des temps féodaux et jouant toujours un rôle non négligeable dans la dynamique de séduction hétérosexuelle. L’amour courtois et ses photocopies contemporaines sont un culminement hétéro…

Dans le torrent de tout ce qu’il libère, le capitalisme libère aussi l’homosexualité masculine. Tous les verrous de l’armure de masculinité du hobereau féodal sautent les uns après les autres et l’admiration, ouverte ou secrète, qu’il ressentait pour son propre groupe se modifie insensiblement. La proximité virile qu’il entretenait au sein de sa propre culture intime peut graduellement sortir de l’enclos circonscrit de la camaraderie strictement codée des cercles masculins et se débrider. Sur les quelques siècles qui nous voient passer du capitalisme industriel au capitalisme tertiarisé, commerçant, transnational, mondialiste et technologique de notre temps, l’homosexualité passe de la culture de résistance d’un Oscar Wilde et d’un John Keynes à la culture de masse des parades de la fierté gay et du mariage homosexuel.

L’hétérosexualité fut un phénomène de masse sous la féodalité. L’homosexualité devient un phénomène de masse sous le capitalisme. Cette médaille a évidemment son revers. La culture homosexuelle masculine sera donc, face à l’Histoire, une culture profondément et intrinsèquement marchande. Elle sera marquée aux coins de l’individualisme, du narcissisme, de la publicité, de la promotion de soi, de la compétition à outrance, de la mise en marché, de la surconsommation, du gaspillage, du cynisme insensible. Elle sera les USA du sexage, en quelques sortes. L’homme hétérosexuel s’engageait avec une femme et la trahissait crucialement en la trompant, car tout dans ses rapports de sexage procédait du lien, voulu éternel, s’établissant entre l’homme d’armes constant et la stabilité de la terre et du sain lignage du troupeau. L’homme homosexuel qui change de partenaires, temporairement ou non, ne transgresse aucun ordre. Il fait tout simplement rouler la marchandise. Il sélectionne un nouvel objet de plaisir, en évalue l’âge, le poids, l’attitude, la posture, le volume de la bite, les aptitudes de performance puis le consomme et jette après usage…

Notons, et c’est très important, que, même après la chute de la féodalité, le sexage hétérosexuel continue de fleurir et entre même dans une vaste dynamique de désaliénation qui le mène vers le droit au divorce, le caractère facultatif du mariage, les pratiques anticonceptionnelles, une plus forte égalité dans le couple, un déclin de la soumission servile des enfants etc. (toutes ces caractéristiques sont des manifestations de la déféodalisation de la culture hétérosexuelle). L’hétérosexualité contemporaine vit sa phase post-impériale, post-hégémonique. Elle prend graduellement sa vraie place, plus modeste, non dominante, non exclusive, non normative, un peu comme la France après le Grand Siècle ou l’Angleterre après Victoria. C’est l’homosexualité maintenant qui vit les grandeurs et les affres de sa phase hégémonique. Aussi, il faut voir clairement ce qui se passe et le dire. Une bonne partie de la crise promiscuitaire, des jalousies compétitives et du cynisme insensible de l’homme homosexuel ne sont en rien des traits inhérents de l’homosexualité (comme cherchent à le faire croire maints réactionnaires mal avisés). Ce sont plutôt là des traits conjoncturels du capitalisme, contexte social d’émergence de l’homosexualité masculine comme culture de masse.

Que vive et fleurisse l’homosexualité masculine. Et surtout, vivement qu’elle se libère du mode de production marchand qui la distord, restreint sa portée, rapetisse son universalité, enfreint son épanouissement légitime et l’expose aux jugements discriminatoires et aux descriptions superficielles de ses détracteurs d’arrière-garde.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Mâle Alpha. Foutaise Omega. Contre le social-darwinisme de ce temps

Posted by Ysengrimus sur 3 juillet 2008

La notion de «Mâle Alpha», c'est strictement pour lui. La notion de «Foutaise Omega», NOUS en detenons le monopole...

La notion de «Mâle Alpha», c’est strictement pour lui. La notion de «Foutaise Omega», NOUS en détenons le monopole…

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Le cirque débute avec une sorte de zoologiste farfelu du nom de Desmond Morris. Ses ouvrages, populaires et vendus massivement dans les supermarchés des années 1970 (le Singe nu, le Zoo humain), nous racontaient avec un simplisme désarmant –par exemple– que les seins et les lèvres de la femme humaine sont une transposition des fesses et de la vulve de la guenon, transposition apparue lors du passage de notre ancêtre à la station verticale pour perpétuer les attraits primaires de la séduction simienne originelle. Dans cette continuité, un certain journalisme de folliculaires nous raconte que si les femmes trouvent plus facilement que les hommes les fruits et les légumes dans un supermarché, ce n’est pas le résultat d’un conditionnement social, non, non, non, c’est parce que chez notre ancêtre arboricole, la femelle, vouée à détecter les fruits pour ses petits, captait et sélectionnait plus facilement les couleurs vives que le mâle. Explication similaire pour la préférence des petites filles pour le rose et les jouets passifs, la préférence des petits garçons pour le noir et les jouets agressifs (si tant est que cela se vérifie!). Cela est censé relever de la division des rôles de cueillette et de combat dans la horde lointaine et atavique des contemporains de Lucy… La chose se sophistique parfois en doctrine sociale de toc. On nous annonce alors que les hommes riches sélectionnent de jolies femmes sur les bases du principe darwinien de la survivance du plus apte et que le tout est un cas de figure inexorable de la sélection naturelle la plus ancienne et la plus fatale qui soit. Pour tout dire, il est de vogue en ce moment de tout expliquer de nos comportements sociaux sur la bases d’analyses semi-élucubrantes renvoyant à certaines caractéristiques biologiques (habituellement sélectionnées de façon superficielle et éclectique) censées provenir de notre fond primate archaïque. Dans la même dynamique, au lieu de parler, comme autrefois, d’un homme séduisant, on parle désormais d’un Mâle Alpha, en référence, un peu snobinarde, à la hiérarchie que certains primatologues font des communautés de gorilles.

Le social-darwinisme (ou «darwinisme social») est une théorie sociale réactionnaire (Spencer, Malthus, etc) qui se donne comme procédure de s’approprier intempestivement les catégories descriptives de la biologie darwinienne et de les appliquer mécaniquement à la description de la vie sociale humaine. Le social-darwinisme saute donc par-dessus l’Histoire (et par-dessus un certain Karl Marx) pour plonger directement ses explications totalisantes et totalitaires dans la toute inévitable biologie. Le fait que l’être humain se soit historicisé et, ce faisant, qu’il ait altéré sinon inversé nombre de ses déterminismes biologiques ne compte pas pour le social-darwinisme. Le social-darwinisme ne reconnaît pas les classes sociales, la lutte des classes, les révolutions, les modes de production et le développement historique. Tout pour lui procède des castes biologiques de la zoologie la plus simplette et est donc fondamentalement immuable. Les hommes riches sont voués à s’acheter des jolies femmes (qui restent pour toujours à vendre) de toute éternité. Ces dernières, pour employer la formulation explicite de certaines pages féminines à la mode, sont «biologiquement compétitives», puisque les détails les plus compulsifs, les plus perfides et les plus mesquins de la société bourgeoise contemporaine sont tous, sans exception, censés procéder de la lointaine fatalité du gorille et de la guenon… Le social-darwinisme est une déviation naturaliste qui légitime et perpétue l’ordre social en cours par un pur baratin de pseudo-science. Il est assez difficile de s’y objecter au premier degré d’ailleurs car, ce faisant, on semble rejeter le darwinisme (donc la science!), ce qui classe d’emblée, aux yeux des myopes, les objecteurs du social-darwinisme au nombre des créationnistes obtus et autres théogoneux ineptes qui ne veulent pas entendre parler de l’homme qui descend du singe…

Alors attention. La théorie de Darwin s’applique sans problème au fait que de mille glands tombés de cinquante chênes, il ne poussera que dix-huit arbres, les dix-huit plus forts, et le reste passera en humus. Gaspillage spermatosoïdesque dans la nature, survivance du plus résistant par pure inertie biologique. Si des petits écureuils se mettent à enterrer certains glands un peu partout, altérant la croissance initiale des chênes et l’augmentant, c’est encore un effet naturel qui verra les meilleures forêts de chênes se peupler d’écureuils qui, encore une fois, gaspillent en se donnant vingt caches de glands et en n’en retrouvant que cinq, le reste devenant des arbres. Mais si d’un coup sec, toute la forêt est rasée avec de la machinerie lourde, appartenant à une multinationale à visées lucratives, pour bâtir des habitations au Canada ou des navires en Norvège, là, l’évolution naturelle vient de se faire radicalemnt bousculer par le développement historique. C’est que l’animal dénaturé (l’humain, selon le mot de Vercors) vient d’intervenir et les explications darwiniennes ne tiennent plus. C’est ici que Darwin débarque et que Marx embarque…

Je ne suis pas un primate tout court… Je suis un primate radicalement altéré par le développement historique. Il m’est donc possible de changer radicalement ma nature grâce à mes acquis historiques. Je peux voler en avion, je peux nager sous la mer en scaphandre, je peux cesser de traiter ma femelle en inférieure, elle peut ne pas se laisser engrosser par moi si elle me trouve trop sot, et je peux changer le tout de ma vie et elle aussi. Il n’y a donc rien de «fatal», rien de «naturel» rien de «biologique», rien de «génétique» dans mes pratiques sociales, et le social-darwinisme, la théorie implicite des hommes riches qui achètent des jolies femmes compétitives et souhaitent ardemment qu’il en soit toujours ainsi en misant compulsivement sur le patriarcat musculeux des gorilles, est une pure et simple fausseté.

Comme l’esclavage, la monarchie, l’apartheid et le polythéisme, bien des comportements que nos petits fatalistes auto-promotionnels contemporains croient éternels seront rejetés par le développement historique, et ce, dans pas si longtemps que cela d’ailleurs. Le social-darwinisme et ses divers implicites machos et élitistes sont certainement de ceux-là. Je n’aurai donc qu’un mot: Mâle Alpha. Foutaise Omega.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Mon petit macho androhystérique

Posted by Ysengrimus sur 29 avril 2008

Le totem de l'androhystérie, Stanley Kowalski (joué par Marlon brando), fort affairé ici à nier les droits de propriété de sa belle-soeur Blanche Dubois (jouée par Vivien Leigh). A STREETCAR NAMED DESIRE (1951)

Le totem de l’androhystérie, Stanley Kowalski (joué par Marlon brando), fort affairé ici à nier les droits de propriété de sa belle-soeur Blanche Dubois (jouée par Vivien Leigh). A STREETCAR NAMED DESIRE (1951)

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Mon petit macho androhystérique se lève subitement, tape du pied nerveusement, et montre les bon(ne)s et les méchant(e)s en matière de sexage. Il est encouragé lourdement par tous ses copains toniques et sportifs, qui l’accompagnent souvent d’ailleurs car, seul dans le giron de l’agora, il tend à avoir la tremblote, ce tout petit. Il juge qu’un homme doit penser et agir comme un homme, d’un bloc, sans nuance aucune, que ce sont les féministes qui le discriminent, lui, et lui font violence à lui (surtout pas le contraire) et que quand il jappe goguenardement contre la « rectitude politique » de l’option des autres, tout est dit. À lire mon petit macho androhystérique, depuis 20 000 ans, la femme domine l’homme et lui fait subir le poids de ses stéréotypes, de son oppression ouverte, de ses préjugés sexistes et de sa violence brutale. On croirait lire un certain segment de la population anglophone canadienne qui lutte héroïquement contre l’assimilation de l’Amérique du Nord à la tyrannie inexorable… de la langue française. Inutile d’ajouter qu’aux yeux du même petit macho androhystérique, féminisme (oui, encore lui, encore ce mot, encore cette chose) est synonyme de crime immonde…

Mais, gars, on ne te dit pas que les femmes sont des angelotes. On te dit que leur culture intime gagne en importance -problèmes inclus- et que les combats réactionnaires d’arrières gardes ne sont pas de mise pour faire face aux faits. Pour affronter l’insécurité et la frustration des femmes, nous, hommes, allons devoir accroître notre capacité à penser comme des femmes. Si leurs insécurités et leurs frustrations deviennent les nôtres, alors, nous pourrons faire notre part. Il faut féminiser nos espaces mentaux. Pas de quartier. On le fait déjà bien plus que nos grands-pères de toute façon. Et les couilles ne vont pas nous en tomber par terre pour autant… Entre dans la vraie vie, mon gars. Le féminisme n’est pas un crime immonde. C’est tout juste le contraire. Le crime immonde c’est celui décrit par tant de faits divers terribles d’agressions de femmes et le seul être vivant disposant de la configuration d’esprit héritée historiquement pour le commettre s’appelle un homme. Pire qu’un homme, un homme aux abois, qui se cache, se planque, parce que la société civile est désormais consciente que son patriarcat appliqué est de fait illégitime, foutu, secret, mafieux, ruiné et susceptible de n’engendrer que des adeptes de mauvaise foi dans le genre de certains de nos andro-ergoteurs locaux. Oh, mes gars, réveillez-vous. Vous vivez dans une civilisation tertiarisée. Et un gars assis dans un cubicule devant un ordi ressemble plus que jamais à sa sœur assise dans le cubicule à côté devant le même ordi (donnons-lui donc le même salaire, au fait…). Les sexes se rapprochent, c’est un fait inéluctable et les atermoiements n’y feront rien. Un bûcheron jadis, c’était un gros gars balèze avec une hache. Aujourd’hui c’est une personne –homme ou femme- dont le physique importe peu, au volant d’un tracteur-tronçonneur. Votre force brute ne sert plus à rien socialement, mes gars. Il y a de la machinerie désormais, pour tout ça. Alors une bonne fois, assumez ce que vous êtes: des hommes nouveaux, bon an mal an… Car bon, comme d’habitude, les idéologies retardent.

C’est ainsi que si mon petit macho androhystérique de tous les jours s’imagine que je vais endosser l’ordre brutal foutu que mon sexe est censé incarner simplement parce qu’un ti-clin queutard inverse malhonnêtement la notion de sexisme, il rêve debout. Mon sexe n’incarne plus cet ordre, j’en suis la preuve vivante et je ne suis pas le seul. Les allemands ont le droit de continuer d’être allemands malgré le fardeau du passé nazi, séquelle historique qu’ils porteront pourtant encore longtemps. Il y a des séparations internes, des lézardes de fond, des crises historiques qui sont inexorables. Je suis un homme de plain pied, séquelles inclues, et, read my lips, je n’ai absolument aucune solidarité phallolâtre. Quiconque entend me casser les pieds parce que je ne marche pas avec la troupe machique de ma taverne d’origine fera face à la férocité du loup Ysengrimus. On verra bien alors qui finira flagellé, bastonné, brassé, planté, niqué. L’heure est venue de tempérer ton androhystérie, Stanley Kowalski

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