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Pourquoi un buste de Louis XIV devant l’église Notre-Dame-des-Victoires à Québec?

Posted by Ysengrimus sur 21 juin 2017

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Bon alors c’est la minute d’historiographie touristique. D’aucuns se demandent pourquoi il y a un buste de Louis XIV devant la petite chapelle Notre-Dame-des-Victoires à Québec. Comme le tout est retapé et fraîchement requinqué, c’est absolument pas un buste d’époque. On a donc là un dispositif exprimant un choix assez contemporain. Quel en est le symbolisme? Les québéciens (citadins de la ville de Québec) et les québécois (citoyens de la nation du Québec) sont-ils des absolutistes? C’est improbable, gentils et décontractes comme le sont mes compatriotes. C’est quoi le flash alors. Pourquoi le Roy Soleil?

D’abord comme cette petite Place Royale évoque le Régime Français (1599-1760), il fallait y mettre un roy de France… ça s’imposait. On allait quand même pas planter là George III ou la Reine Victoria, simple question de cohérence thématique élémentaire. Alors voyons ceux qui se trouvaient fatalement en lice. Il n’y en a pas tant que ça. Bon, l’explorateur Jacques Cartier touche le Canada en 1534-1536. C’était sous François Premier (période de règne: 1515-1547). Mais l’aventure symbolique et percutante du navigateur malouin à la barbichette et au couvre-chef comme une écuelle est relativement sans lendemain, c’est pourquoi le vainqueur de Marignan, lui, d’ailleurs amplement plus branché Italie que Cap Diamant au demeurant, n’a pas été retenu pour figurer sur le socle du petit buste des Victoires. Passent deux générations. Le poste de traite de Tadoussac est fondé en 1599, et l’Abitation de Québec en 1608 soit, dans ce second cas, deux ans avant la mort de Henri IV. Le Vert Galant aurait-il pu être candidat? Possible. Ceci ouvre en fait la séquence des possibilités les plus tangibles pour le statut sensible de petit buste des Victoires. Les quatre roys de notre cher Régime Français, si aimé, si essentiel, si principiel, si québécien, si profond en nous, sont Henri IV (période de règne: 1589-1610), Louis XIII (période de règne: 1610-1643), Louis XIV (période de règne: 1643-1715) et Louis XV (période de règne: 1715-1774). Ce sera donc fatalement un de ces quatre-là. Revoyons-les, un par un, en commençant par les périphériques, soit celui du début et celui de la fin de l’aventure coloniale française dans les Amériques.

Henri IV: Certes Samuel de Champlain, fondateur du poste de traite de Tadoussac et de la ville de Québec, était un sujet du bon roy Henri le Grand. Sauf que si on regarde l’affaire avec le recul requis, on est bien obligé de se dire que Henri IV n’était pas vraiment orienté nouveau monde ou colonisation. C’est pas de sa faute, en plus. Il ne faut pas oublier que ce roy navarrais, gascon ferrailleur concentré et sans peur, menait ses troupes lui-même au combat sur son cheval blanc (le fameux cheval blanc d’Henri IV dont on questionne si souvent la couleur). Et pourquoi donc? Eh ben, c’est que cet époux politique de la ci-devant Reine Margot, était coincé et enfoncé jusqu’au cou fraisé dans les guerres de religion qui ravageaient son pays. Il a lui-même changé de religion aussi souvent que politiquement nécessaire et possible (catholique, protestant, catholique, protestant, tic, tac, tic, tac) et il a passé la plus grande partie de son règne besogneux, compliqué et intense à reconquérir son propre royaume. Seul roy de France à ne pas avoir été sacré à Reims, tenue ferme par les factieux cathos du temps (il fut sacré à Chartres), il a même dû s’allier aux anglais pour pouvoir reprendre les commandes de la France. Il n’avait pas une minute à lui. Sa postérité coloniale fut donc aussi sommaire que l’était sa vision personnelle sur la question. Si les Espagnols et les Portugais étaient déjà si durablement implantés dans les Amériques, si les Hollandais et les Anglais y prenaient pied déjà solidement, alors que la France y balbutiait encore, c’est la crise intérieure socio-religieuse que Henri IV incarne qui en fut largement la cause. Donc non.

Louis XV: De l’autre bord du rebord de la coupe coloniale, Quinze ne fait pas le poids non plus et pour des raisons inverses. Ce ne sont pas celles du pas encore mais plutôt celles du déjà plus. Sous Quinze, la joute est effectivement déjà jouée en Amérique du Nord. La supériorité démographique et militaire des Anglais les avantage maximalement. Ce n’est plus qu’une question de temps avant qu’ils ne dominent le continent. Les priorités coloniales françaises sont désormais autres. Les Indes Orientales les inspirent plus que les Indes Occidentales et la portion des Indes Occidentales qui les inspire le plus, ce sont les Antilles, pas la Nouvelle-France. C’est sous Quinze que nous perdons la ci-devant French and Indian War (comme la désigne les Américains), la Guerre de la Conquête, comme on dit chez nous, le pendant colonial de la Guerre de Sept Ans. Nous devenons sujet du roy britannique George III suite au Traité de Paris passé justement sous Quinze (en 1763). C’est, en plus, disent les langues de couleuvres, ce brave Quinze, qui aurait prêté une oreille attentive au fameux apophtegme de Voltaire: On va quand même pas aller se faire chier pour quelques arpents de neige (glose libre). Tout ça ne favorise pas tellement sa cause pour la modeste position sur le socle de ce petit buste des Victoires qui, pourtant, décore la façade d’une églisette dont la construction fut achevée sous son règne (tout juste à la fin de la Régence, en fait, en 1723). Clarté touristique diurne oblige, que voulez-vous, on cherche à pérenniser une image du Régime Français qui marche, qui tient, pas qui barbotte dans les neiges voltairiennes sous les bordées en forme de ces boulets de canons anglais qui justement si souvent démolirent la toiture et les parois de cette petite chapelle bombardable depuis le fleuve et qu’il fallut si souvent rebâtir. On la commémore quand même ici deboute [sic], pas en ruines. Donc, non et non.

Louis XIII: La joute se joue donc désormais entre Treize et Quatorze et, à travers eux, entre deux visions fondamentalement distinctes du colonialisme français dans les Amériques. Voici un duo de roys puissants, ayant fait trembler la terre et les mers jusque dans notre bel estuaire. Treize avait pour conseiller le cardinal de Richelieu dont on a dit et fait de très grandes choses, y compris dénommer une de nos magnifiques rivières de son nom mémorable, le Richelieu. C’est quand même dire l’impact. Sauf que, sous Treize, la formule coloniale locale ira clopin-clopant. C’est qu’elle repose exclusivement sur les mandats des compagnies à privilèges. Celles-ci se font allouer par la couronne des territoires en Nouvelle-France où elles viendront courir la pelleterie avec monopoles et, en retour, elles s’engagent à implanter des colons et à subvenir à leurs besoins. L’affaire marche à moitié. Les compagnies à privilèges sont bien partantes pour instaurer des postes de traite et pénétrer les réseaux de course de pelleterie des aborigènes mais elles se font tirer l’oreille pour coloniser, forçant de facto les missions religieuses à prendre le relais. La formule coloniale française reste donc tiraillée entre la colonie comptoir (style hollandais et suédois), la colonie mission (style espagnol et portugais) et la colonie de peuplement (style anglais). Ces compagnies sont si peu efficaces pour assurer la mise en place d’un bassin démographique colonial que Richelieu, en 1627, en bazarde une, la Compagnie de Montmorency et en met une autre en place, la plus célèbre d’entre elles, la Compagnie des Cent-Associés de la Nouvelle-France. Ça n’ira pas mieux… tant et tant que le règne de Treize reste celui de ce boitillement du concept colonial entre poste de traite, mission religieuse et colonie de défricheurs-agriculteurs. Et cela lui fera rater de peu le socle du petit buste des Victoires.

Louis XIV: Ce dispositif colonial en tripode bancal va traîner pendant la régence de la maman de Quatorze. En 1663, trois ans après le début de son règne personnel, Quatorze, désormais régalien, y met fin. Il dissout la Compagnie des Cent-Associés (le modèle colonial suédo-hollandais est terminé) et il décide qu’il va gérer la colonie tout simplement comme il le ferait d’une région française éloignée dotée d’une cohérence culturelle, comme le Limousin, par exemple. Il nomme un intendant (le plus célèbre sera Jean Talon, non, non pas la station de métro montréalaise) et un gouverneur (le plus célèbre sera Frontenac, non, non pas l’hôtel de luxe québécien, dit château, signe distinctif de la ville). Quatorze met aussi les missions au pas (elles n’ont pas pu venir à bout de l’hostilité des Iroquois ni compenser la faiblesse militaire des Hurons — le modèle colonial hispano-portugais est terminé) et il traite directement avec les peuples aborigènes (Paix de Montréal, 1701, dont il ne faut surtout pas surestimer le caractère amical ou pacifique). Le ministre de la marine de Quatorze, Jean-Baptiste Colbert, envoie en Nouvelle France le Régiment de Carignan-Salières et surtout il met en place une implantation durable et adéquatement encadrée de colons français en Nouvelle-France. Le commerce triangulaire est solidifié et institutionnalisé avec les Antilles et une forme primitive de mercantilisme, le colbertisme, est instaurée. Bon an mal an, aime aime pas (c’est du colonialisme, hein, avec tout ce que cela implique d’implacable, de rapace et d’ethnocentriste), c’est Quatorze et son administration étatique qui sont à l’origine de ce qui sera l’armature démographique et sociale instaurant ce qu’on appelait alors le Canada. Mon ancêtre Jean Rolandeau est arrivé depuis La Rochelle (Aunis) en Nouvelle-France en 1673, sous le règne de Quatorze. Les ancêtres de beaucoup de québécois ont fait comme lui. De fait, si nous sommes ici d’un bord et de l’autre de l’Atlantique pour causer de ceci, c’est largement le résultat des initiatives commerciales, administratives, militaires et vernaculaires prises sous le long règne de Quatorze. La construction de cette petite chapelle Notre-Dame-des-Victoires fut amorcée en 1687 sur les ruines de la seconde Abitation de Champlain mais le roy figurant sur le socle du petit buste des Victoires symbolise bien plus que le fait d’avoir été le lointain initiateur de l’érection de cette structure minuscule. Il est la figure déterminante de l’implantation et de la perpétuation de la présence française en Amérique du Nord. Il est le Louis de la forteresse de Louisbourg et du Territoire de la Louisiane. Ce buste ambivalent ne représente pas plus l’absolutisme que la maldonne des fleur de lys du drapeau québécois ne représentent le monarchisme… Sauf que… le paradoxe des symboles ne nous échappe pas, pas plus que nous ne nous en échappons nous même…

C’est comme ça. On se refait pas…

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Louis XIV, le Minitel et le mariage pour tous

Posted by Ysengrimus sur 15 février 2013

Qu’ont en commun Louis XIV, le Minitel et le Pacte civil de solidarité (PACS)? Qu’ont en commun la Révolution Française, l’Internet et le mariage pour tous? Quelque chose de certainement français, me direz-vous. Et ce sera certainement bien dit. Mais mirons la chose par le petit bout de la lorgnette et méditons.

Dès la fin du Moyen-âge, début de la Renaissance, l’unification monarchique française est une des plus solidement assises d’Europe. Quand d’autres segments du monde occidental ne sont encore que principautés disparates, comtés mal conglomérés et duchés querelleurs, la France vit déjà sous un dispositif monarchique préfigurant l’état moderne. Les choses se poursuivent au XVIe et XVIIe siècles. Bien oui, on n’aligne pas Henri IV, Louis XIII et Louis XIV l’un à la suite de l’autre sans faire face à de solides et durables conséquences historico-sociales. La monarchie absolue (1660-1715) marquera le pinacle de la gloire française et surtout de son avance sur le reste du monde. Puis, apparaîtra le défaut de la qualité. Cet avantage se convertira en désavantage, cette solidité virera à la rigidité. Tandis qu’ailleurs la phase monarchiste reste cernée par la diversité industrieuse des cités-états (Italie), ou se parlementarise et s’embourgeoise de bonne heure (Angleterre), ou retarde ouvertement de plusieurs siècles en se sublimant en réforme religieuse (Allemagne), graduellement la monarchie française freine, chez elle, le mouvement des choses (elle a, un temps, la puissance totalitaire suffisante pour le faire). Elle ne bouge plus, pendant que les autres avancent chacun à leur manière, et de facteur de progrès elle passe en frein du progrès. Ancien gonflé devenu gonflant, le roy de France et toute la classe aristocratique qu’il avait si bien (et si rapidement) unifiée, solidement cimentée sous sa houlette autoritaire, finissent par former la croûte rigide et réactionnaire d’un état imparfait (trop féodalisant, notamment), un dépôt nuisible au reste de la société civile, un comédon historique. Il faudra la déflagration de la Révolution française pour faire voler en éclats ce plâtras devenu trop épais et trop lourd. Un progrès social trop hâtif s’était graduellement transformé en nuisance sociologique. Notons, et ce n’est pas anodin, que la dérive autoritaire de l’Ancien Régime reste, perdure, traînasse, sous forme de séquelles historiques, autoritaires aussi (robespierrisme, bonapartisme), dont la France sera longue à se défaire, si tant est qu’elle s’en défit jamais. Le jacobinisme français fut monochrome (blanc monarque) longtemps avant que d’être tricolore… Enfin bref, l’idée ici est que d’avoir été en avance trop tôt vous nuit éventuellement quand les autres en viennent à vous rattraper. La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 est inévitablement moins moderne que la Charte Canadienne des Droits et Libertés de 1982… Prenons acte de ce paradoxal avantage moderniste du retardataire et passons, si vous le voulez bien, du Roy Soleil au Minitel.

Le Minitel est mis en place dans le grand public, en France, dès 1982. C’est un dispositif qui préfigure l’Internet d’une bonne grosse décennie. Il faut bien faire attention de ne pas réécrire l’histoire inadéquatement en ce qui le concerne. Du temps du Minitel, le public n’avait absolument pas la moindre notion de ce que serait l’Internet. On était totalement dans un monde sans web. En 1983, j’étais à Paris pour mon doctorat. Un copain m’avait montré son Minitel. C’était une sorte de petit terminal à l’ancienne, à écran verdâtre, qu’il avait dans sa maison (mais qui appartenait à la compagnie de téléphone). Il y consultait l’annuaire et d’autres réseaux de documentation fixe. Il achetait certains objets et payait avec sa carte de crédit, via Minitel. Il communiquait même avec d’autres abonnés (préconfiguration parfaitement inconsciente du courrier électronique – l’ordinateur personnel venait tout juste de prendre son envol. En 1984, à Paris toujours, j’allais manier mon premier mini Mac coffiot blanc à la Forrest Gump avec souris, icônes et, surtout, disquettes autonomes, sans connections terminales). Les types s’amusaient même à créer des faux comptes Minitel et à s’écrire des cornichonneries salaces sous des pseudos ambivalents. Signe des temps… Everything was there in a nutshell, en un dispositif qui, quand on y repense avec le recul, cumulait des traits archaïques issus des terminaux à l’ancienne et des traits inconsciemment avant-gardistes préconfigurant le net contemporain. Une fois de plus la France était en avance et une fois de plus elle allait payer pour avoir vu plus loin, plus vite, avec un lorgnon plus vieillot, donc, fatalement, moins performant. Solidement armaturé, le réseau du Minitel retarda significativement l’implantation de l’Internet, en France. Il y eut un flottement bivalent, une hésitation pendulaire. Cela instaura un retard qui, lui, n’est pas nécessairement complètement résorbé au jour d’aujourd’hui. La diapo que je joins ici (infra) montre le i-minitel, un service instauré en 2000 perpétuant la configuration et le modus operandi interactif du Minitel, mais via Internet. Il y a là une trace archaïque. Bon, il est un peu injuste de parler de séquelle ou de comédon ici, mais il est important d’observer que l’effet Roy Soleil se perpétue bel et bien. On paie du prix d’un retard et d’un encombrement (écologique notamment – il semble que les vieux terminaux du Minitel soient devenus des inadvertances environnementales) le fait d’avoir été progressiste avant les autres…

Le I-MINITEL (mis en place circa 2000)

Je sens désormais que vous voyez où je veux en venir. En 1999, à une époque ou l’idée que les gais et lesbienne se marient apparaissait encore largement comme une aporie frontale aux yeux myopes des masses, la France, qui, une fois de plus, voit plus vite et plus loin, instaure le Pacte civil de solidarité (PACS). Le PACS corrige le refus rétrograde des tribunaux français de reconnaître l’union de fait d’un couple homosexuel comme un concubinage (au sens juridique du terme) et vise à satisfaire la revendication déjà naissante du mariage pour tous. Mais le PACS produira des effets inattendus. Un nombre significatif d’hétérosexuels voulant éviter de se marier s’en prévaudront mais surtout, fait capital, extrêmement profond et riche en enseignement, les homosexuels (déjà pleinement conscients que le PACS incorpore et cristallise de jure une discrimination de fait) n’en cesseront pas pour autant de revendiquer le droit au mariage. Généreux, progressiste, articulé et astucieux, le PACS est tout doucement en train de devenir un emmerdement de taille. Il est savoureusement paradoxal d’observer que c’est la vieille institution patriarcale, phallolâtre, parcheminée et archaïsante (le mariage) qui fait aujourd’hui figure de progrès revendiqué et que c’est le pacte de solidarité moderne, novateur, récent historiquement, ciselé juridiquement, qui se transforme inexorablement et implacablement en ce mécanisme réactionnaire qui, demain, ne servira plus que comme instrument symbolique légitimant l’irrespect de l’égalité fondamentale des droits. C’est contradictoire, c’est contrariant, c’est emmerdant mais c’est un fait. Moi, le mariage, en 1978, l’année de mes vingt ans, je lui donnais encore, oh, six mois de survie, max. Aujourd’hui, tout le monde revendique, dans un fracas de tonnerre, le droit de se marier. Ce n’est certainement pas moi qui ai souhaité ou assuré la durabilité imprévue et le bricolage inattendu de cette patente antique… Ah, l’institution à la robe immaculée, on la croyait foutue, elle perdure, fait des boutures, se renouvelle et gagne donc, même, ce singulier relief séditieux. Les homosexuels la revendiquent et n’accepteront pas, et à raison dans la logique de la chose, de demi-mesures (justement genre contrat social, PACS ou autres entrées discriminatoires par la petite porte). Les monogames réactionnaires du cru crient alors, dans leurs manifs blanc cassis genre Juin 68, que cette généralisation du mariage et son ouverture à la diversité des orientations flétrit irrémédiablement leur propre contrat matrimonial hétéro. Et cette dimension critique, subversive et progressiste, aussi piquante qu’inattendue, du mariage co-existe en toute quiétude tant avec le divorce (qui tient parfaitement la route, lui aussi) qu’avec la continuation de la pharaonique vie commerciale du tout de ce cirque hautement codé de décorum matrimonial. Personne n’avait prédit un tel développement du mariage et, surtout, une obsolescence si rapide du PACS!

Donc, résumons-nous. Le Roy Soleil est un dictateur (Vive Robespierre! Vive Bonaparte!), le Minitel est une nuisance intellectuelle et matérielle (Vive les subtilités savantes d’Internet!), le PACS est un mécanisme juridique réactionnaire, un frein nuisible aux droits de tous (Vive le mariage!). Et pourtant le PACS, i-minitel et le jacobinisme comme traits culturels ne disparaîtront pas pour autant de notre douce France. Scories historiques, dépôts mentaux, traces en stries d’anticipations boiteuses, comédons ethnologiques, ils se spécialiseront dans leurs fonctions circonscrites (le pli est pris et on est pris avec). Le rapprochement tricéphale que je fais (entre la monarchie absolue, le Minitel et le PACS), admettez-le avec moi, fait bien sentir qu’il y a indubitablement ici une sorte de manière de mal français. Et, pour le commenter en toute impartialité sur un ton, lui aussi, bien français, il est capital de noter que c’est la faute à Pas de Chance et que, par delà les sempiternels clivages politiques et les inévitables aléas historiques, les résultats nuisibles de cette situation bancale sont la mise en place d’un lot bringuebalant d’impondérables dont on ne peut, de fait, accuser personne. Effectivement, on ne va quand même pas reprocher à une civilisation de voir trop loin trop vite et de faire de la précipitation progressiste! On ne va certainement pas suggérer à la pensée sociale française d’attendre les autres, sur le rebord pentu de je ne sais quel Chemin des Dames de l’ethnologie profonde. Ça n’a tout simplement pas de sens. Simplement, il y a là visiblement comme un grand pattern de prospective bancale, qui est aussi, admettons-le candidement, un net défaut dans la séculaire cuirasse plumeuse du vieux Coq. Voyons-le clairement, ce pattern, ce défaut, et laissons–le sereinement imprégner nos représentations critiques, notre conscience dialectique.

Vive le mariage pour tous, donc, et non aux retards et faux progrès de toutes natures… Et, surtout, souvenons nous (déférence obligée pour le PACS, le Minitel, et Monsieur Véto) que non, il n’y a pas de passéisme progressiste…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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