Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Réflexion sur les fondements interactifs et informatifs du cyber-journalisme

Posted by Ysengrimus sur 15 février 2016

Extra-Extra
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Il y a quelques temps, lors d’un débat sur Les 7 du Québec, deux de nos plus assidus collaborateurs ont eu l’estoc suivant, parmi bien d’autres. C’était au cœur d’un de ces grands élans digressifs dont je me tiens bien loin désormais comme participant mais que je lis toujours très attentivement, car la sagesse y percole souvent. Après que Lambda ait déploré la sempiternelle rudesse des échanges, Epsilon lui dit ceci:

Mais Lambda, vous êtes tout autant rude avec vos interlocuteurs, et ça n’est pas grave. C’est une question de style. Et vous montrez que vous êtes particulièrement sensible à la rudesse d’autrui. Ce qui est bien.

Vous savez, sur internet, il ne faut pas prendre tout ça avec le même sérieux que dans la vie. Car tout est ajouté des émotions fantasmatiques sur le net, parce que nous n’avons pas la vraie personne en face de nous. Vraiment, il ne faut pas se focaliser sur des réponses un peu plus rudes que la coutume. Et ça fait partie du jeu. C’est sans conséquence. Et vous pourriez m’en dire autant que ça ne changerait pas l’opinion que j’ai de vous et mon comportement dans mes réponses à vos rudesses, le cas échéant.

Réponse de Lambda:

Vous parlez d’internet, Monsieur Epsilon, moi je vois un moyen de diffusion d’information, un journal, un magazine, un média d’information. Vous voyez ce site comme étant un média social, une sorte de Facebook où le discours citoyen se vautre dans les mondanités et l’opinion, avec bien entendu les accrochages d’usage. Votre vision ne correspond pas à la mienne.

Si on veut faire du Facebook, soit. Mais si on veut faire de l’information et pousser la réflexion, il faut un minimum de crédibilité et de sérieux. Comment voulez-vous concurrencer en crédibilité avec les médias de masse si on joue avec des clowns? Vous voyez beaucoup de professionnels de l’information insulter les gens? Moi, je n’en ai jamais vu.

Ces deux interventions, surtout la seconde, synthétisent toute la problématique actuelle du journalisme citoyen. Le problème journalistique se formule désormais comme suit, c’est inévitable. Comme suit, je dis bien, c’est à dire dans les termes fort peu anodins d’une crise existentielle. Le journalisme est-il un corps de comportements communicatifs normés, fatalement aseptisés, reçus, stabilisés historiquement, avec une certaine façon ritualisée de colliger l’information, de la synthétiser, de la disposer, de la desservir, qui serait constante. Est-il un comportement produisant un corpus circonscrit?… un peu comme la poésie en vers ou les recettes de cuisine sont constantes et à peu près stabilisables à travers le temps.

Ou alors le journalisme n’est-il pas lui-même rien d’autre qu’une vaste manifestation perfectionnée (une parmi d’autres), justement, de mondanité et de formulation d’opinion, dont les cyber-ressources actuelles ne révèlent jamais que la profonde mutation contemporaine. Le journalisme, malgré ce qu’il voudrait bien faire croire, c’est pas une discipline rigoureuse comme, disons, la géométrie. Cela implique d’importantes questions. Le caractère «professionnel» ou «informé» du journalisme traditionnel est-il jamais autre chose qu’une illusion un peu parcheminée de classe élitaire (bien entretenue par la frilosité classique de l’esprit de corps, lui-même effarouché par le progrès que l’explosion actuelle impose). Les divers journalismes jaunes, la presse poubelle ou potineuse ne sont pas des inventions très récentes. Les élucubrations bobardeuses journalistiques, les diffamations de personnalités politiciennes et les relations de rencontres d’OVNI, sont vieilles comme le journalisme. L’internet est loin, très loin, d’avoir inventé tout ça. L’internet n’a pas inventé non plus le discours polémique, dont en retrouve des traces virulentes jusque chez les Grecs et les Romains.

L’élément nouveau des conditions journalistiques contemporaines ne réside pas vraiment non plus dans le fait que n’importe quel ahuri peut s’improviser diffuseur d’information de presse. Rappelons-nous, un petit peu, de l’époque pas si lointaine où celui qui contrôlait le chantier de coupe de bois contrôlait la pulpe, que celui qui contrôlait la pulpe contrôlait le papier, et que celui qui contrôlait le papier contrôlait à peu près tout ce qui s’écrivait dessus. Le journalisme n’a JAMAIS existé dans un espace intellocratique serein et éthéré. Cela n’est pas. Et l’objectivité de la presse, depuis sa conformité au factuel jusqu’à l’équilibre des opinions qu’elle véhicule, a toujours été un leurre de classe, dont l’unique bonne foi, toute épisodique, fut de se laisser aller parfois à croire à sa propre propagande.

L’opposition entre mes deux intervenants ici pose de facto une triade critique Facebook/média citoyen/média élitaire et, nul ne peux le nier, c’est l’espace intermédiaire, celui du média citoyen, qui se cherche le plus et ce, à cause du poids des deux autres. Un mot sur ces trois facettes du tripode.

Médias journalistiques élitaires. Ils sont foutus en terme de crédibilité fondamentale et plus personne de sérieux ne cultive la moindre illusion au sujet de leur partialité de classe. En plus, ils se détériorent qualitativement, en misant de plus en plus sur des pigistes et des gloses et traductions-gloses d’agences de presse. L’électronique les tue lentement comme distributeurs d’un objet (commercial) matériel traditionnel, ce qui les compromet avec une portion significative de leurs lecteurs d’antan. L’éditorial d’autrefois, donnant péremptoirement la ligne d’un quotidien ou d’un hebdomadaire, n’est plus. Il a été remplacé par des chroniques de francs-tireurs vedettes portés plus par leur succès d’audimat que par une base doctrinale effective. À cause de tout cela, un temps, on croyait vraiment les journaux conventionnels condamnés. Mais ils ont manifesté une notable résilience. Mobilisant leurs ressources, ils se sont adaptés, étape par étape, aux différents cyber-dispositifs et, en s’appuyant sur des ressorts empiriques (apprentissage collectif graduel du fonctionnement des blogues journalistiques, menant à leur noyautage) et juridiques (intimidation de plus en plus virulente des formes de discours et de commerce alternatif), ils on refermé un par un les différents verrous de la liberté d’expression et d’action, tout en restant de solides instruments de diffusion de la pensée mi-propagandiste mi-soporifique de la classe bourgeoise. Une fois de plus on observe qu’une solution technique ne règlera jamais une crise sociale, elle s’y coulera comme instrument et la crise continuera de se déployer, dans ses contradictions motrices, sans moins, sans plus. Les médias élitaires n’ont donc pas perdu tant que ça leur aptitude à tout simplement faire taire. Ceci est la confirmation du fait que la qualité intrinsèque, l’adéquation factuelle ou la cohérence intellectuelle, ne sont pas du tout des obligations très nettes quand ton journal est le bras de la classe dominante.

Facebook (et tous ses équivalents tendanciels). L’immense espace où le discours citoyen se vautre dans les mondanités et l’opinion avec bien entendu les accrochages d’usage n’est pas déplorable à cause de l’empoigne qui y règne mais bien à cause de sa dimension de vaste soupe de plus en plus gargantuesque et inorganisée. Qui relit du stock émanant de ces dispositifs? Qui prend la mesure de la censure mécanique par mots-clés qui y sévit de plus en plus nettement. Et, malgré cette dernière, c’est fou l’information qui nous attend, en percolant, dans un corpus de type Facebook (ou équivalents). In magma veritas, si vous me passez le latin culinaire! Sauf que, allez la pêcher… Je me prends parfois à fantasmer une sorte de gros agrégateur hyper-fin (car il serait tributaire de la fulgurance de cette intelligence artificielle authentique qui est encore à être). J’entrerais, mettons «Croyance aux OVNI» ou «Arguments dénonçant la corruption politique» et mon super-agrégateur plongerait dans Facebook (et équivalents) et y pêcherait ces développements et les organiserait, les convoquerait, les corderait, par pays, par époques, par tendances politiques ou philosophiques. Le corpus informatif magnifique que ça donnerait. On s’en fiche un peu pas mal que ces gens se chamaillent entre eux. Ils parlent, ils s’informent, ils amènent des nouvelles, comme autrefois sur les places des villages et dans les grands chemins. Molière a appris la mort de Descartes d’un vagabond venant de Paris monté temporairement sur l’arrière d’un des charriots de son théâtre ambulant. Je peux parfaitement me faire enseigner les prémisses de la dissolution effective du capitalisme pas un gogo méconnu dont le texte dort en ce moment sur Facebook, MySpace ou myobscurewittyblog.com. Ne médisons pas trop des ci-devant médias sociaux. Ils sont la tapisserie du Bayeux de notre époque. Les historiens ne les jugeront absolument pas aussi sévèrement que nous le faisons.

Médias journalistiques citoyens. Entre les deux, il y a les médias citoyens. Un cadre présentatif journalistique un peu à l’ancienne, quoique «pour tous» (commentateurs et auteurs) sur lequel se déverse la tempête interactive, sabrée du cinglant blizzard de toutes les digressions, redites et empoignes. De fait, entre la redite-télex et l’édito de choc, les médias journalistiques citoyens cherchent encore leur formule, et maintes figures d’hier ont jeté la serviette, les concernant. Ces médias alternatifs, où tout est encore â faire, sont principalement cybernétiques bien évidemment. Et ils s’alimentent de deux héritages. Ce sont justement les deux héritages, complémentaires et interpénétrés, qui, bon an mal an, se rencontrent et se confrontent ici, dans mes deux citations d’ouverture: l’interactif et l’informatif. Il ne faut pas se mentir sur les médias citoyens, dont l’exaltation des débuts s’estompe. Les manifestations verbales et conversationnelles de la lutte des classes la plus aigüe y font rage. Rien n’est badin ici, rien n’est formel, rien n’est comportemental (courtois ou discourtois). Tout concerne la lutte des forces progressistes et des forces réactionnaires de notre société pour se positionner et se maintenir dans l’espace, secondaire certes, subordonné mais toujours sensible, de le communication de masse.

La lutte des classes se bridait pesamment, sous les piles de papier encré du journalisme conventionnel. Dans le journalisme citoyen, elle se débride allègrement dans les pixels. Pour le moment, cela ne rend pas la susdite lutte des classes nécessairement plus méthodique, avisée ou systématique mais subitement, ouf, quelle visibilité solaire!

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Les JEUX OLYMPIQUES DE VANCOUVER, y pensez-vous encore?

Posted by Ysengrimus sur 15 janvier 2012

Des MITAINES OLYMPIQUES ou des OLYMPIQUES MITAINES?

Eh, sicroche de diablotin de plâtre, barbez-moi! Encore une de ces foutues années olympiques. La dernière, au fait, c’était en 2010. Vous vous souvenez? Les Jeux Olympiques de Vancouver (Canada), y pensez-vous encore? La bassinade les concernant est déjà vieille, elle, de trois ans, en fait. En effet, la couverture médiatique des Jeux Olympiques de Vancouver s’amorce dès octobre 2009, et on nous explique alors (vous en rappelez-vous?) que les athlètes canadiens devraient se faire vacciner contre la notoire grippe H1N1. Des développements amphigouriques et soporifiques sont alors aussi servis sur le bilinguisme promis de ces vingt-et-unièmes Jeux Olympiques d’hiver. Puis, à partir de décembre 2009, on se met à suivre le trajet de la flamme olympique. Parfois, comme en Montérégie (au Québec), des résistants autochtones menacent de bloquer le parcours de ladite flamme olympique. On évoque le souvenir des Jeux Olympiques d’été de Montréal, en 1976 (le maire du Montréal de 2009 affirme ne pas vouloir ravoir les Jeux) et on porte une attention particulière aux athlètes qui se blessent à l’entraînement et rateront ainsi les Olympiques. On analyse en long et en large les «espoirs» canadiens et québécois. On évalue (et hypertrophie hyperboliquement) ce que les Jeux feront pour l’image mondiale du Canada. À partir de janvier 2010, on commence à solliciter l’attention des lecteurs et des auditeurs, beaucoup plus assidûment. On conditionne. On chauffe au rouge, on chauffe à blanc. La publicité emboîte alors le pas. La Société des Transports de Montréal parle de sa présence à Vancouver (ils y transportaient quelque chose. Je ne suis pas certain quoi exactement). Bell Canada et un bon nombre d’autres entreprises canadiennes bon-ton-bon-teint utilisent l’image d’athlètes olympiques dans leurs encarts publicitaires. La Fondation David Suzuki donne une «médaille de bronze» environnementale aux préparatifs des Jeux. À partir du 7 février 2010, une chronique spéciale sur les Jeux Olympiques est ouverte dans la section des sports des principaux quotidiens canadiens. L’aspect touristique n’est pas négligé non plus. On décrit ostensiblement les atouts récréatifs et paysagers de Vancouver et de Whistler. Tout démarre officiellement au 14 février 2010. Le Canada apparaît vite comme un arriviste compétitif insensible, qui veut gagner à tous prix. Trente athlètes d’autres pays se font pincer pour du dopage avant que tout ne commence. Mort tragique d’un lugeur géorgien (pourriez-vous me dire son nom?) sur une piste trop rapide et insécuritaire. On le fera passer pour un maladroit et un inexpérimenté. Gloire d’Alexandre Bilodeau (dans quelle discipline déjà? Perso, j’ai mis l’hyperlien parce que je ne m’en souvenais pas). Drame du deuil et de la médaille de bronze de Joannie Rochette. Victoire de l’équipe masculine et de l’équipe féminine de hockey. On observe (sans pourtant y mettre l’analyse socio-hisorique requise) la supériorité athlétique des femmes canadiennes, notamment des hockeyeuses et des patineuses de vitesse. Tout retombe abruptement, et sort vivement de l’actualité, aussitôt que les Jeux Olympiques d’hiver sont terminés. On nous annonce encore, le 16 mars 2011, que Joannie Rochette ne participera pas aux championnats du monde de patinage artistique. Le fait est que, sans complexe aucun (civilisation marchande means civilisation marchande et ce, pour la quasi-totalité des vétérans du spectacle olympiques), elle réfléchit sur son avenir de patineuse et elle diversifie ses activités à plus long terme. Notons, en toute impartialité critique, justement pour mémoire, que Mademoiselle Rochette a totalement eu raison de continuer sa quête olympique malgré un deuil. Je ne cite pas souvent Jésus, mais là, ça s’impose: Laisse les morts enterrer les morts et occupe toi des vivants. Aussi: Enfin cela introduisit un peu de vibrato dans ces Olympiques de Vancouver, autrement largement soporifiques (cette seconde citation est à considérer comme apocryphe)… Et… bon… pour ce qui en est de sa performance (sa médaille de bronze), ce serait un peu le temps de rappeler le fameux aphorisme des Olympiques de grand-papa: «L’important, c’est de participer». Oh, mais excusez-moi, faites excuses… L’Olympisme Stéroidal Néo-Libéral Contemporain a pulvérisé ce point de doctrine parcheminé. Il n’existe tout simplement plus. Tant pis pour nous tous, hein. Le deuil Rochette, c’est celui-là aussi… pourtant… Oh et, j’allais presque oublier, le 21 mars 2011, on mentionne discrètement trois médailles d’or canadiennes aux Jeux Paralympiques de Vancouver…

« ALLEZ CANADA »  …………………..    « LE C.I.O. EST UN PARASITE GLOBAL »

Maintenant, une simple petite question. L’intox promotionnelle canadienne vous rejoint-elle encore, deux ans plus tard? Allons, admettez avec moi, quand on se repasse le ruban en accéléré, avec le recul, que c’est chiant en grande et que la magie de toc s’est quand même un peu pas mal racornie. La malhonnêteté des médias en matière de couverture des Jeux Olympiques n’est plus une nouveauté. Les Olympiques sont une foire ouverte de propagande que chaque pays utilise pour se faire mousser. Les médias canadiens n’ont pas couvert la chose autrement. Chauvinisme crasse et partialité veule. Gros titres pour les victoires canadiennes, entrefilets pour les défaites canadiennes et les victoires des autres. Promotion de soi. Mutisme sur les autres. Impossible de relativiser la position du Canada dans le concert musclé-dopé des nations, avec ce genre de couverture. Lyrisme et faux héroïsme, «courage», «persévérance», tous ces fallacieux mérites de l’industrie du sport-spectacle sont hypertrophiés. Il y a vraiment peu d’informations utiles pour une véritable compréhension critique du monde, des politiques sportives canadiennes, de l’impact social du sport professionnel et de l’industrie multinationale du sport, dans ces événements et leur couverture contemporaine. Il est passé dans quel goulot d’évacuation, le journalisme, bondance de la vie!

« En finir avec la pauvreté, ce n’est pas un jeu »

Et ce cirque inique et pharaonique se déploie désormais mécaniquement, aux deux ans (hiver, pause, été, pause, hiver, pause, été, etc). La barbe, la barbe, c’est reparti…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Ces problèmes de logique posés par les statistiques intempestives

Posted by Ysengrimus sur 15 août 2011

Oh, les statistiques, on leur fait dire ce qu’on veut…

[Vieil adage]

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La présentation journalistique des informations objectives n’est pas toujours extraordinairement rigoureuse. Qui n’est pas tombé un beau jour, entre les tranches de pain grillé et le beurre frais, en lisant son journal du matin, sur ce genre de statistique intempestive qui nous laisse indubitablement dubitatif. Une étude sociologique savante et sophistiquée nous annonce que les hommes portant des chapeaux gris égarent quatre fois plus souvent leurs clés de voiture que les femmes pourtant des souliers rouges. Le sentiment qui nous gagne généralement face à ce type d’info crucialement anecdotique concerne son caractère irritant car inutile. Pour ma part, tout m’intéresse et je crois moins à l’inutile qu’au bousillé ou, comme on dit chez moi, bizouné. De fait, le caractère suprêmement bousillé/bizouné de ce genre de renseignement ne l’empêche pas d’être gorgé d’une vérité importante. Sans que des pourcentages ne soient toujours explicitement fournis, il appert que la culture vernaculaire regorge du genre de corrélations logiques servant de terreau aux statistiques intempestives. Un cultivateur du voisinage nous annonce, à mon fils Tibert-le-Chat et moi, que les pelures des oignons sont particulièrement minces cette année, ce qui laisse présager un hiver doux. Un débat discret s’ensuivit alors entre Tibert-le-Chat et moi, sur lequel je reviendrai en conclusion. Disons simplement ici que cela ne fut pas sans me rappeler une prédiction météo faite, il y a quelques trente ans, par le bonhomme Robichaux dans son champ de tabac, apercevant une tornade miniature sur l’horizon. Une sorcière de vent, ça annonce trois jours de temps sec. Trois jours juste. Il se mit à pleuvoir le quatrième jour et force me fut d’envisager la possibilité que le bonhomme Robichaux détienne, comme maint de ses semblables, des connaissances de météorologie empirique valant bien celle de nos téloches. On pourrait citer de tels exemples ad infinitum de jeux malicieux sur le guéridon central des causes et des conséquences… Cela ne vaut pas dire qu’il ne faille pas s’imprégner de tout cela avec la plus sidérale des circonspections, car sensationnalisme et irrationalité s’y enchevêtrent intimement, plus souvent qu’à leur tour.

Bon, pour ne pas flétrir tel ou tel de nos folliculaires qui font hardiment remonter un bon lot de ces statistiques intempestives à la surface de notre attention, en les faisant dériver, comme le reste, de dépêche en dépêche au gré de l’actualité, je tirerai tous mes exemples ici d’un ouvrage aussi incontournable que parfaitement imperméable au moindre sarcasme grinçant. J’ai nommé: Noel BOTHAM (2004), The World’s Greatest Book of Useless Information [Le plus grand livre d’informations inutiles au monde], John Blake Publising Ltd, London, 408 p {dont nous abrégerons le titre ici en WGBUI  – je traduis directement les citations en français et, s’il faut tout dire, je les tire de la version papier de cette copieuse compilation de faits désarmants, dont je n’exploite pas 5% du contenu – et ceci sera ma seule statistique intempestive personnelle aujourd’hui). Comprenons nous bien ici, pour le bénéfice du petit exercice d’inquiétude critique auquel je vous convie, je vais postuler que le susdit WGBUI nous dit la vérité vraie, même s’il ne cite pas ses sources ou ses procédures d’investigation et envoie parfois des relents aussi denses que douteux de légende urbaine. Ce postulat véritabliste est un strict artéfact de méthode et, avant que ceux de mes lecteurs qui me traitent de tous les noms ajoutent celui de statisticien intempestif au corpus copieux de leur antipanégyrique, je vous dirai sans faillir que si la fumeuse étude vaguement citée plus haut se trompe et qu’en fait ce sont incontestablement les hommes portant des chaussures avec lacets qui égarent quatre fois plus souvent leurs clés de voiture que les femmes pourtant des chapeaux rubanés, les tout petits mais fort agaçants problèmes logiques posés par les statistiques intempestives restent parfaitement entiers et entraînent, dans leurs sillages poisseux, une portée générale pour le sociologue, l’ethnologue et l’historien sur laquelle j’aimerais bien, par la présente, vous faire quand même un petit peu tiquer. C’est au problème logique de principe que je m’intéresse ici, donc, en fait, bien plus qu’aux «informations» statistiques (intempestives) spécifiques ou à leur véracité, si tant est.

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Nombres bruts, souvent invérifiables mais, au moins, (presque) toujours limpides. D’abord voyons les cas les moins suspects ou bizarres dans tout ce fatras informatif: les nombres bruts. Contrairement aux statistiques intempestives impliquant des proportions ou des pourcentages, les présentations de nombres bruts, elles, n’opèrent aucun nivellement de données quantitativement comparées et ne cultivent aucun beau risque explicitement ou implicitement explicatif. L’information transmise est donc moins susceptible de charrier des flous corrélatifs permettant d’ouvrir la porte à des dérives délirantes de nature intempestive. Donc, on peut proposer que ça se boit comme de la bonne eau de source. Jugez plutôt.

Douze millions d’américains ne savent pas que la capitale de leur pays est Washington. (WGBUI, page 334)

496 des 500 plus grosses entreprises américaines sont dirigées par des hommes. (WGBUI, page 374)

Le bottin téléphonique de New York avait 22 Hitler enregistrés avant la Seconde Guerre Mondiale et aucun après. (WGBUI, page 363)

Il y a plus de 63 millions d’ouvrage portant sur Star Trek publiés dans le monde, en plus de 15 langues. Il se vend 13 de ces ouvrages par minute, aux États-Unis. (WGBUI, page 285)

Lors de la grande panne de courant électrique sur New York les 13 et 14 juillets 1977,  il y eut un nombre record de 80 millions de coups de téléphones. (WGBUI, page 321)

Des 34,000 morts annuelles par arme à feu aux États-Unis, moins de 300 sont des homicides qu’on pourrait considérer comme «légitimes», catégorie incluant le fait d’abattre un cambrioleur, un agresseur violent ou un violeur. (WGBUI, page 347)

Depuis 1976, il y a eu plus de 700 exécutions aux États-Unis. Près du tiers de ces exécutions a eu lieu au Texas. (WGBUI, pages 374, 376)

Annuellement aux États-Unis, une valeur de $200 millions en timbres-poste demeure inutilisée et finit dans des albums de collectionneurs. Ces derniers sont au nombre d’au moins 22 millions, dans ce seul pays. (WGBUI, page 352)

Neuf personnes meurent quotidiennement aux États-Unis pour avoir bu, mangé ou inhalé quelque chose d’autre que de la nourriture. (WGBUI, page 370)

500 américains meurent de froid à chaque année. (WGBUI, page 370)

Deux millions de personnes sont hospitalisées chaque année suite aux effets secondaires de médicaments prescrits ou à des réactions à ceux-ci, et le nombre astronomique de 140,000 personnes meurent pour ces raisons. (WGBUI, page 114)

Plus de 100,000 américains meurent annuellement de réactions allergiques (ou autres) aux effets secondaires de médicaments leur ayant été prescrits. (WGBUI, page 348)

Le 13 du mois tombe un vendredi plus souvent que tous les autres jours de la semaine. Sur une période de 400 ans, il y aura 688 vendredis 13. (WGBUI, page 375)

Dans le laps de temps qu’il vous faudra pour lire cette phrase, 50,000 cellules de votre corps mourront et seront remplacées. (WGBUI, page 112)

Un mille cube (4 kilomètres cubes) de brouillard ordinaire contient moins d’un gallon (4.5 litres) d’eau. (WGBUI, page 143)

Il faudrait manger 11 livres (5 kilos) de pommes de terre pour prendre une livre (0.45 kilos) de poids corporel. Une pomme de terre ne contient pas plus de calories qu’une pomme. (WGBUI, page 309)

Les croustilles (potato chips) sont le goûter favori des américains. Ils en dévorent annuellement 1.2 milliards de livres (environ 540 millions de kilos). (WGBUI, page 348)

Un individu ordinaire passe 30 ans en colère contre un membre de sa famille. (WGBUI, page 237)

On estime que le nord-américain moyen ouvre la porte de son réfrigérateur 22 fois quotidiennement. (WGBUI, page 351)

En 1987 American Airlines fit une économie de 23,000 livres sterling en retirant une olive de la salade des passagers de première classe. (WGBUI, page 367)

Ces chiffres cruciaux bien en main, la part du sociologiquement révélateur et de l’anecdotique creux reste naturellement à faire pour les uns et pour les autres mais, bon, au moins, les chances de se faire jouer un hocus-pocus sur les quantités, les implications ou les significations sont réduites à un minimum acceptable. Profitons-en car ce ne sera pas toujours le cas.

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Pourcentages limpides et pourcentages fumeux. Le problème vers lequel on se dirige, qui, fondamentalement, en est un de communication adéquate des informations quantifiées, va subitement s’intensifier avec les incontournables pourcentages (et comparaisons proportionnelles du même type, y compris les fameux «pour mille» des démographes). Dans le monde lapidaire des statistiques intempestives, de nombreuses informations se fournissent en ronflants pourcentages. Si certains de ces pourcentages sont clairs comme de l’eau de roche, d’autres apparaissent vite comme de véritables casse-tête mentaux.

Pourcentages parfaitement compréhensibles. Il ne semble pas y avoir de problème particulier avec les pourcentages de la série suivante. On ne sait toujours pas d’où ils sortent mais enfin, au moins, ils se décodent sans ambivalence.

Près de 50% des journaux publiés au monde le sont aux États-Unis et au Canada. (WGBUI, page 282)

La forêt couvre environ 60% de la Pennsylvanie, dont le nom signifie la «forêt de Penn» (du nom de son fondateur William Penn). (WGBUI, page 350)

25% des américains ne savent pas ce que l’on entend par l’Holocauste. (WGBUI, page 321)

Environ 27% de la nourriture produite dans le monde industrialisé est perdue, parce que tout simplement jetée. (WGBUI, page 313)

Près de 25% des propriétaires d’animaux domestiques américains amènent leur animal domestique au travail. (WGBUI, page 320)

62 % des propriétaires de chiens américains signent leurs lettres ou cartes postales de leur nom et de celui de leur chien. (WGBUI, page 321)

49% des américains ne savent pas que le pain blanc est fait de blé. (WGBUI, page 324)

La diète contemporaine de l’américain moyen consiste en 55% de malbouffe (junk food). (WGBUI, page 325)

Les gens ayant des ordinateurs à la maison ont tendance à regarder 40% moins de télévision que la moyenne. (WGBUI, page 223)

 Le nombre de centenaires (100 ans ou plus) a plus que doublé depuis 1980 et se situe aujourd’hui aux environs de 50,000. Quatre sur cinq [80%] d’entre eux sont des femmes. (WGBUI, page 115)

La perte de seulement 15% de l’eau de notre corps pourrait nous être fatale. (WGBUI, page 116)

Les muscles d’un homme de taille moyenne représentent environ 40% de son poids, soit environ 32kg (70 lb). Les muscles d’une femme de taille moyenne représentent environ 30% de son poids, soit environ 20kg (43 lb). (WGBUI, page 90)

Le cerveau moyen représente 2% du poids total du corps. Il requiert cependant, pour fonctionner, 25% de tout l’oxygène absorbé, quand 12% de celle-ci va aux reins et 7% va au cœur. (WGBUI, page 97)

Alors que 7 hommes sur 100 souffrent d’une forme ou d’une autre de cécité aux couleurs, seulement une femme sur 1,000 souffre de cette déficience. (WGBUI, page 100)

Environ 6% de la population mondiale est susceptible de subir la paralysie du sommeil, une incapacité à bouger et à parler perdurant plusieurs minutes après le réveil. (WGBUI, page 130)

On estime que 60% des détecteurs de fumée résidentiels actuellement en usage ne fonctionnent pas, soit parce qu’ils n’ont pas de piles, soit parce que leurs piles sont à plat. (WGBUI, page 146)

Seulement 29% des couples mariés sont en accord sur l’intégralité des questions et enjeux politiques. (WGBUI, page 231)

75% des personnes qui font jouer la radio de leur automobile chantent sur l’air jouant à la radio. (WGBUI, page 235)

30% de tous les mariages se font par simple amitié. (WGBUI, page 237)

70% des femmes préfèrent manger du chocolat qu’avoir une relation sexuelle. (WGBUI, page 237)

Un poulet sur cinq que vous trouvez au supermarché est infecté au Campylobacter, une bactérie susceptible de causer un empoisonnement alimentaire. (WGBUI, page 316)

Des bactéries, notamment le Staphylocoque, la E Coli et la Klebsiella, sont présentes sur 18% des pièces de monnaie et sur 7% des billets de banque, aux États-Unis. (WGBUI, page 318)

Un aborigène américain sur 5 meurt dans un accident routier tandis qu’un américain de la population non-aborigène sur 17 meurt dans un accident routier. (WGBUI, page 318)

Une enquête portant sur des jeunes de 18 à 24 ans de neufs pays place les américains au dernier rang pour les connaissances générales en géographie. Un américain sur 7, soit environ 24 millions de personnes, ne saurait vous montrer son propre pays sur une mappemonde muette. Fait plus alarmants, tous les participants à cette enquête étaient des diplômés de collège ou d’université. (WGBUI, page 318)

8% des américains qui s’embrassent le font en gardant les yeux ouverts, tandis que 20% d’entre eux jettent un petit coup d’œil de temps en temps. (WGBUI, page 327)

Les États-Unis s’approprient 50% de la production mondiale de diamants alors qu’il n’existe qu’une seule mine de diamant aux États-Unis, en Arkansas. (WGBUI, page 326)

Les adolescents américains jouent jusqu’à un milliard de dollars par année, et on croit qu’environ 7% des adolescents de moins de 18 ans aux États-Unis sont des joueurs compulsifs. (WGBUI, page 327)

21% des enfants américains mangent du chocolat tous les jours. (WGBUI, page 328)

Les États-Unis, avec 5% de la population mondiale, ont 70% des avocats du monde. (WGBUI, page 329)

Per capita, les américains dépensent quatre fois plus d’énergie que ne le faisaient la génération de leurs grands parents. (WGBUI, page 331)

Environ 60% des bébés américains sont nommés d’après des membres de leur famille ou des proches. (WGBUI, page 333)

Il est estimé qu’un américain sur 5 –environ 38 millions de personnes- n’aime pas le sexe. (WGBUI, page 333)

20% des américains ne savent pas qu’Osama Ben Laden et Saddam Hussein sont deux personnes différentes. (WGBUI, page 335)

Dans plus de 40% des maisonnées américaines où vivent des enfants, il y a une arme à feu. (WGBUI, page 336)

Aux États-Unis, les tribunaux consacrent environ 50% de leur temps à des causes impliquant ou concernant des automobiles. (WGBUI, page 336)

Les États-Unis produisent 19% des détritus mondiaux. Cette contribution annuelle inclut notamment 20 milliards de couches jetables et deux milliards de rasoirs jetables. (WGBUI, page 337)

Environ 25% du territoire de la ville de Los Angeles est couvert de voitures. (WGBUI, page 342)

52% des américains croient que l’homme préhistorique co-existait avec les dinosaures. (WGBUI, page 344)

65% des américaines portent un soutien-gorge de la mauvaise grandeur. (WGBUI, page 346)

Environ 66% des magazine que l’on retrouve jetés le long des routes aux États-Unis sont des revues pornographiques. (WGBUI, page 347)

Il arrive que la quantité de chiens-chauds (hot-dogs) vendus dans les stades de baseball dépasse le nombre de spectateurs présents. Mais, habituellement, le nombre de chiens-chauds vendus dans un stade de baseball représente 80% du nombre de spectateurs. (WGBUI, page 348)

On estime qu’environ 33% des blondes américaines sont de fausses blondes. (WGBUI, page 350)

Tous les jours, aux États-Unis, une centaine de personnes âgées de plus de 14 ans se suicident. Il s’agit là d’une augmentation de 50% entre la décennie 1990-2000 et la décennie 2000-2010. (WGBUI, page 354)

Les chiens mordent environ un million d’américains par année. 800,000 de ces morsures de chiens nécessitent une attention médicale urgente. Les morsures de chiens, arrivent en second, juste après les maladies transmissibles sexuellement, au chapitre des problèmes de santé les plus coûteux aux États-Unis. 60% des personnes mordues sont des enfants et 80% des personnes y perdant la vie sont aussi des enfants. (WGBUI, page 357)

Seulement 8% des pommes de terre cultivées aux États-Unis sont utilisées pour confectionner des croustilles (potato chips) (WGBUI, page 359)

Le 2/3 des adultes américains souffre d’hémorroïdes. (WGBUI, page 360)

Une boite de céréales sur 11 vendue aux États-Unis est une boite de Cheerios. (WGBUI, page 361)

Un(e) adulte américain(e) de moins de 45 ans sur 15 a eu son premier emploi chez McDonald’s. (WGBUI, page 364)

25% des américains croient que Sherlock Holmes a véritablement existé. (WGBUI, page 364)

Le gagne-pain d’un travailleur de Caroline du Nord sur 11 dépend de l’industrie du tabac. (WGBUI, page 365)

Dans près de 10% des foyers américains, on costume l’animal domestique de la maison pour l’Halloween. (WGBUI, page 365)

Un américain sur 16 porte un des 12 noms de familles américains les plus usuels. (WGBUI, page 368)

Au jour d’aujourd’hui, seulement 33% des américains font de l’exercice régulièrement, et 66% d’entre eux ont un problème d’embonpoint. (WGBUI, page 370)

Pendant la première semaine du passage à l’heure avancée, le nombre d’accident de voitures augmente de 10%. (WGBUI, page 378)

50% de tous les meurtres sont commis avec une arme à feu. (WGBUI, page 378)

69% des accidents de voiture ont lieu à une distance de 25 milles [40 km] ou moins de la résidence de l’accidenté. (WGBUI, page 379)

19% des dormeurs ronfleurs ronflent suffisamment fort pour que leur ronflement soit audible à travers une porte close. (WGBUI, page 130)

À ceux qui diront qu’Ysengrimus est un chieur, je veux simplement dire que la majorité (je ne vais pas vous donner ça en pourcentage!) des pourcentages qu’on retrouve dans le journal du matin ne posent pas de problèmes particuliers. Ils sont clairs et nets, comme ceux que vous venez de lire ici, dans cette série spécifique. Le seul reproche qu’on peut leur faire est que, dans certains cas, un élément d’information resté implicite peut fausser la lecture du message global. On nous parle du pourcentage des dormeurs ronfleurs dont le raffut passe à travers une porte, sans fournir le pourcentage des ronfleurs. Une lecture distraite pourrait conclure, fautivement, que 19% des dormeurs ronflent aussi fort (alors qu’en fait c’est 19% du n% non spécifié des ronfleurs, sous-ensemble implicite de l’ensemble des dormeurs). Cette erreur, due à la mécompréhension d’un implicite, est assez commune dans ce genre d’info et, évidemment, le cocktail bien connu des contraintes de brièvetés et du goût du sensationnel n’arrange rien. Force est de supposer qu’Ysengrimus et le journal du matin ont en commun de ne pas écrire pour un lecteur sot ou inattentif. Force est cependant aussi d’observer que cette entourloupe de statistique intempestive est systématiquement et ouvertement utilisée pour fausser au moins une chose importante: la compréhension des résultats électoraux. L’exemple classique s’est reproduit sans encombre lors des élections canadiennes de 2011. On nous claironne partout que les Bleus réacs sont allés chercher leur gouvernement majoritaire avec 39.62% du ci-devant «vote populaire». En fait, il s’agit de 39.62% des 61.2% de canadiens ayant effectivement voté. Le pourcentage réel des purs électeurs réacs de 2011, au Canada est donc, en fait, de 24.24%… Laissez-moi vous dire qu’il faut creuser un petit peu plus loin que le canard matinal pour finir par dégotter ce chiffre. Ce ne serait pourtant rien de dire: 39.62% des électeurs effectifs (soit 24.24% des personnes ayant le droit de vote). On en rajoute plus pour les soi-disant températures «ressenties» dues à un facteur vent ou humidex vachement showbiz mais, de fait, bien mal étayé, lui…

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Pourcentages ambivalents. Dans la série suivante, par contre (justement), astuce, duplicité ou maladresse, il y a toutes sortes de sémillements informatifs qui font qu’on a subitement perdu la belle clarté de mes exemples antérieurs. On entre subrepticement dans une première forme de casse-tête logique.

En 1954, la compagnie d’alimentation General Mills introduisit sur le marché la céréale Trix. Cette nouvelle céréale, qui eut un succès immense auprès des enfant, était constituée de 46.6% de sucre. (WGBUI, page 307)

Aux États-Unis, plus de 50% des personnes qui se font mordre par un serpent venimeux, et ne se font pas soigner pour cette morsure, survivent. (WGBUI, page 318)

Plus de 40% des américaines ont fait parti de l’organisation du Scoutisme Féminin. Les deux tiers des femmes  inscrites au Who’s Who of Women sont d’anciennes Scoutes. (WGBUI, page 325)

Les relations sexuelles, les éclats de rage et le tennis extrême sont responsables de 17% des crises cardiaques. (WGBUI, page 117)

Le quart des gens qui perdent le sens de l’odorat perdent aussi le désir sexuel. (WGBUI, page 128)

10% des amateurs de Star Trek remplacent les lentilles de leurs lunettes tous les cinq ans, que le besoin s’en fasse sentir ou non. (WGBUI, page 220)

4% de la nourriture que vous mangerez dans votre vie le sera devant un réfrigérateur dont la porte sera ouverte. (WGBUI, page 315)

Moins de 33% des repas mangés aux États-Unis sont servis à une famille entière réunie. (WGBUI, page 367)

Environ 25% de tous les enfants vivent un ou plusieurs épisodes de somnambulisme entre l’âge de sept et douze ans. (WGBUI, page 88)

L’hémisphère gauche du cerveau préside au langagier chez 95% des droitiers. Chez les gauchers, pour 70% d’entre eux c’est l’hémisphère droit qui préside au langagier. (WGBUI, page 98)

L’accumulation moyenne de cirripèdes pour une durée de six mois sur la coque d’un navire produit une inertie qui force le véhicule à consommer 40% plus d’énergie en se déplaçant. (WGBUI, page 141)

Plus de la moitié des espèces animales du monde ne se retrouvent que dans la mer. Il y a mille fois plus d’êtres vivants dans la mer que sur terre. (WGBUI, pages 141, 143)

Environ 350 millions de boites de soupe au poulet et aux nouilles de toutes marques sont vendues annuellement aux États-Unis. 60% des ces dernières sont achetées pendant la saison des rhumes et des grippes. Le mois de janvier est le meilleurs mois de l’année pour la vente de soupe au poulet et aux nouilles. (WGBUI, page 306)

Une fois qu’une orange a été pressée ou coupée, sa vitamine C se dissipe rapidement. Après seulement 8 heures à la température de la pièce ou 24 heures au réfrigérateur, il y a une perte de 20% de la vitamine C d’une orange moyenne. (WGBUI, page 309)

Entre 1988 et 2003, le nombre de femmes vivant seules aux États-Unis a augmenté de 33% pour atteindre 33 millions. (WGBUI, page 345)

Avec 20.7 divorces pour 1,000 personnes mariées, les États-Unis sont les champions mondiaux du ménage rompu. Leur plus proche «rival» est le Danemark, avec 13.1 divorces pour 1,000 personnes mariées. (WGBUI, page 349)

De tous les états américains, Hawaï détient le plus haut taux d’incinérations avec 60.6 % de préférence pour l’incinération par rapport à l’enterrement. (WGBUI, page 362)

45.5% des meurtres sont le résultat immédiat d’une dispute, notamment d’une disputes entre des membres d’une même famille ou des amis. (WGBUI, page 375)

70% des américains ayant un cours secondaire ou moins encourageraient leur fille si elle souhaitait concourir pour devenir Miss America. 41% des détenteurs de diplômes universitaires disent qu’ils n’encourageraient pas leur fille à participer à un tel concours. (WGBUI, page 352)

Lorsque la diète quotidienne des pensionnaires d’un centre de détention juvénile de Virginie passa de la malbouffe américaine type à de la nourriture normale – céréales sans sucres, jus de fruits au lieu de boissons gazeuses etc. – le nombre de personnes commettant des offenses chroniques diminua de 56% et le nombre de personnes se comportant avec de bonnes manières augmenta de 71%. (WGBUI, page 366)

Les ordinateurs portables se font trop bousculer dans tous les sens. Cela les rend à peu près à 30% plus susceptible de cesser de fonctionner que les ordinateurs fixes. (WGBUI, page 147)

Environs 70% des ménages américains achètent de la moutarde jaune annuellement. (WGBUI, page 333)

Si cette seconde série vous semble aussi lisible que la précédente, je suggère que c’est un réflexe conformiste de lecture qui vous donne l’illusion d’avoir clairement compris ce qu’on vous raconte ici. On pourra discuter certains de ces cas de figures dans l’espace de discussion, si vous le voulez. Pour le moment, je vous laisse les décanter en m’en tenant à quelques exemples représentatifs. L’insulte la plus explicite à l’intelligence reste l’utilisation de pourcentages avec décimales pour la description de réalités non continues, comme un nombre de meurtres ou d’incinérations. Aussi, pensons-y une minute en sautant hors de la roue de la cage. Que signifie concrètement, pour un ordinateur portable d’être 30% plus susceptible de cesser de fonctionner et que font exactement les américains qui ne sont pas des acheteurs annuels de moutarde jaune? Ils en achètent bi-annuellement, hebdomadairement, sporadiquement ou pas du tout? Et que font de leurs lunettes les 90% d’amateurs de Star Trek qui n’en changent PAS mécaniquement et automatiquement aux cinq ans? L’implicite englobant la portion de réalité extérieure à la description devient ici trop vaste et cela brouille dangereusement la compréhension de l’information quantitative fournie. Il y a notamment le problème de la corrélation entre la statistique présentée et une tranche temporelle spécifique. L’orange coupée en quartiers finit-elle totalement exempte de la moindre vitamine C après une semaine au frigo ou 40 heures à l’air libre? Un an d’agglutination de cirripèdes sur la coque du navire lui fait-elle alors flauber 80% d’énergie supplémentaire, et un an et demi, 120% de ladite énergie en sus? Et est-ce alors, oui ou non, la panne des moteurs? Les enfants somnambules entre sept et douze ans voient-ils leur somnambulisme augmenter ou diminuer avec l’âge? Qu’en est-il du somnambulisme des babis de cinq ans, est-il plus ou moins fréquent? Que nous dit-on ici exactement, finalement? On dirait qu’un abus de la formulation en pourcentage, à la Yogi Berra («90% of the game is half mental» est une de ses devises cardinales) bizoune complètement la précision de l’information relayée. Regardez attentivement les pourcentages de cette série. Chacun d’eux fait l’objet d’une tendancieuse diversité possible d’interprétations, surtout eu égard aux éléments laissés implicites. Il n’aurait peut-être pas fallu user si cavalièrement des symboles % et ‰.

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À-peu-près-100%. Et, à propos, au chapitre de l’abus de la formulation en pourcentages, figurent en excellente position les À-peu-près-100%. Voici, en effet, le lot des certitudes, habituellement, presque toujours, piquées d’un petit bémol autoprotecteur. Il y en a des plus bizarres que d’autres et, notre tout premier exemple le prouve, on pourrait parfaitement les avancer sans que le mythologique signe % n’apparaisse dans la formulation.

Si un jumeau identique grandit avec une dent en moins, le second jumeau identique grandira habituellement, lui aussi avec une dent en moins. (WGBUI, page 96)

La vue compte pour 90% à 95% de toutes les perceptions sensorielles. (WGBUI, page 101)

99% de toutes les formes de vie ayant existé sur terre sont aujourd’hui disparues. (WGBUI, page 149)

Plus de 95% de la population de la Grèce est orthodoxe, de l’Église Orthodoxe Grecque. (WGBUI, page 154)

Près de 100% de la saleté d’une maison normale vient du dehors. 80% de cette saleté est apporté par les gens, collée à leurs chaussures ou à leurs vêtements. (WGBUI, page 376)

Et le 20% qui reste, il entre par les fenêtres par jour de vent ou marche par lui-même sous formes de frémilles, de mites et d’araignées? Dites-moi, un peu? À ce point-ci, inévitablement, notre entendement commence aussi à se révolter quand même un petit peu, et des questions commencent à percoler dans notre esprit, devant toutes les certitudes claironnées de ce savoir folliculaire bizarroïde. Comment savez-vous cela? Qui vous l’a dit? Et subitement, zouzouzou… cela nous entraîne vers la catégorie suivante, qui, elle, est un indubitable scandale informatif et intellectuel aussi virulent que sidéralement banal.

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Les statistiques d’autoproclamation. Que valent, en effet, des pourcentages subtils de précision, comme du papier à musique, quand ils portent non pas sur soi mais sur ce que l’on dit, ou affirme, ou prétend, ou croit, ou veut croire, ou veut faire croire de soi?

Une personne sur dix admet qu’elle serait susceptible d’acheter une tenue vestimentaire avec l’intention délibérée de la porter une seule fois et d’aller la rendre ensuite. (WGBUI, page 231)

39% des gens admettent que, invités chez des amis, ils ont jeté un coup d’œil fureteur dans leur cabinet à médicaments. (WGBUI, page 231)

33% des propriétaires de chien américains admettent parler à leur chien au téléphone ou lui laisser des messages sur un répondeur, quand ils sont absents. (WGBUI, page 326)

Près de 90% des américains se décrivent comme timides. (WGBUI, page 328)

16% des américains affirment lire la Bible tous les jours. (WGBUI, page 359)

62% des buveurs de café réguliers âgés entre 35 et 49 ans disent se fâcher s’ils ne peuvent pas boire une tasse de café à l’heure où ils le font habituellement. Seulement 50% des buveurs de café réguliers de moins de 35 ans déclarent se fâcher pour la même raison. (WGBUI, page 238)

Près de 70% des écoliers américains déclarent que la pizza est leur plat de résistance favori, le maïs leur légume favori, le biscuit leur dessert favori. (WGBUI, page 364)

49% des papas américains se décrivent comme étant un meilleur parent que leur père. (WGBUI, page 349)

36% des américains déclarent qu’ils n’éliraient pas un athée comme président. (WGBUI, page 361)

73% des américains sont prêts à porter leurs vêtements jusqu’à leur usure complète. (WGBUI, page 354)

Oui, mais le feront-ils? On voit bien le problème ici et, perso, je le trouve suprêmement agaçant. Tant admettent faire ceci mais combien le font sans l’admettre? Tant prétendent lire la Bible mais combien ne le font pas et disent le faire. Je me trouve meilleur papa que mon papa mais qu’en dirait mon papa… ou ses petits-fils? Les petits jeunes buveurs de café connaissant peut-être plus mal que leurs aînés une corrélation colère/manque qui, elle, monte en eux, tant et tant qu’ils sont moins aptes à la rapporter et ce, sans que cela n’atteste son inexistence. Les statistiques intempestives sont déjà bien faiblardes par elles-mêmes, faut-il en plus les plomber en les lançant dans une problématique de la si brumeuse traversée du filtre subjectif, abdiquant de ce fait notre fonction d’ethnologue ou de sociologue en la vissant sans méthode sur le dos de nos informateurs, comme une selle sur un cochon? Sans compter que, parfois, cela bascule de bonne fois dans le pragmatisme le plus pernicieux. Si un pourcentage élevé d’américains croit que Roxie Hart n’a pas fait le coup de feu, ça y est, subitement, elle ne l’a plus fait? Si la majorité des américains croit que le service de la dette est plus important que la couverture de santé, ça y est, il faut ne plus les soigner? Bon, s’ils sont massivement favorables à la peine de mort ou à la ségrégation, pourquoi ne pas les réintroduire? Dangereux, ça. Virtuellement omniprésentes, ces statistiques d’autoproclamation renseignent plus sur celui ou celle qui autoproclame que sur ce qui est autoproclamé. Ajoutons que plusieurs des informations «objectives» de mes autres catégories se fient, largement ou totalement, sur la parole de la personne sondée, sans explicitement l’admettre (que l’ethnologue fureteur qui a observé de visu le comportement oculaire des américains quand ils se bécotent lève la mains svp). On a là un artefact de plus. Ce problème de brouillage subjectif, derrière lequel se profilent des problèmes de méthode plus profonds, est donc passablement plus étendu qu’il n’y parait, surtout dans l’information journalistique usuelle qui, elle, s’alimente massivement aux sondages et polls d’opinions de toutes farines. Mais revenons à nos questions de corrélations de quantités objectives.

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Ceci pour cela. Avec le nivellement des faits, souvent passablement fallacieux, du ceci pour cela, on tombe dans le problème inverse du précédent. Oh, l’information, cette fois-ci, est totalement objective mais son organisation est si crûment éclectique qu’on se demande un peu si ce n’est pas plus du divertissement que du journalisme effectif qui nous roule sous le nez. Il s’agit ici simplement de comparer les deux quantités distinctes de deux objets distincts, au sein d’un ensemble donné. La question, respectueuse mais toutefois incontournable, que cela soulève est tout simplement: pourquoi le faire?

La population mondiale de poulets est de plus du double de la population mondiale d’humains et la population mondiale de bétail est supérieure à la population humaine de la Chine. (WGBUI, page 141)

Sur Terre, il y a 200 millions d’insectes pour chaque humain. (WGBUI, page 147)

Il y a environ un livre de bibliothèque par personne sur terre. (WGBUI, page 293)

Il y a deux cartes de crédit par personne, aux États-Unis. (WGBUI, page 337)

Avec approximativement 135 millions d’automobiles au plan national, il est estimé qu’il y a environ une automobile pour deux américains. (WGBUI, page 338)

En 1995 aux États-Unis, KFC a vendu un morceau de poulet pour chaque homme, femme et enfant américain. (WGBUI, page 344)

À Las Vegas, il y a une machine à sous pour 8 habitants. (WGBUI, page 333)

L’Alaska compte plus de caribous que de citoyens. (WGBUI, page 351)

Il y a plus de gens dans la ville de New York (8 millions de personnes) que dans les états de l’Alaska, du Vermont, du Wyoming, du Dakota du sud, du New Hampshire, du Nevada, de l’Idaho, de l’Utah, d’Hawaï, du Delaware, et du Nouveau-Mexique combinés. (WGBUI, page 340)

Il y  a plus de téléphones que de personnes dans la ville de Washington. (WGBUI, page 341)

Il y a plus de téléviseurs aux États-Unis qu’il n’y a de personnes au Japon. (WGBUI, page 341)

Il y a une distributrice automatique pour chaque 55 américains. (WGBUI, page 370)

Il y a un psychologue ou psychiatre pour chaque 2,641 américains. (WGBUI, page 369)

Aux États-Unis, une personne meurt dans un incendie toutes les 147 minutes. (WGBUI, page 364)

En dépit de systèmes de protections incluant des clignotants lumineux, des cloches et des barrières mobiles, un train percute un véhicule routier tous les 90 minutes, aux États-Unis. (WGBUI, page 352)

On se fait dire qu’il y a deux cartes de crédits par personne aux États-Unis, de là à se mettre a croire que tout le monde a sa Visa et sa Master Card, il y a un pas vite et distraitement franchi. Alors qu’en fait, évidement, on se console en se disant que, nivellement statistique oblige, chaque homme, femme et enfant n’a pas vraiment mordu dans un morceau de poulet-merde KFC, sauf que, tout de même… Un cas spécifique du Ceci pour cela c’est l’équivalence, établie intempestivement, entre une action et une quantité temporelle fixe (Le fameux: Los Angeles, toutes les minutes, un crime y est commis). Nivellement statistique bassement mécaniste ou information effective et factuelle? Allez donc vraiment savoir… Et bon, le reste à l’avenant…

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Comparaisons sans transposition. Bon, notre premier vrai problème de logique affleure ici. C’est un problème ensembliste, si vous voulez. L’idée est qu’il faut, en fait, procéder à des comparaisons sans transposition ou tout simplement: comparer, sans éclectisme, ce qui est comparable. Cela arrive fréquemment d’ailleurs, sans référence trop appuyée à des quantités explicites, et avec un efficace descriptif parfaitement honnête.

La population mondiale de religion Catholique Romaine est plus nombreuse que celle de toutes les autres sectes chrétiennes combinées. (WGBUI, page 154)

Don Quichotte est le second ouvrage ayant été traduit dans le plus grand nombre de langues, le premier étant la Bible. (WGBUI, page 296)

Plus d’ouvrages ont été écrits sur Jack l’Éventreur que sur tout autre meurtrier au monde. (WGBUI, page 294)

Le cerveau des hommes est moins bien formé et rétrécit à une vitesse plus grande que le cerveau des femmes. (WGBUI, page 119)

Les garçons sont plus susceptibles d’être gauchers que les filles. (WGBUI, page 121)

Les principaux systèmes corporels des humains de sexe masculin – système circulatoire, respiratoire, digestif et défécatoire – sont tous hautement susceptibles de cesser de fonctionner avant les principaux systèmes corporels des humains de sexe féminin. (WGBUI, page 121)

Les hommes atteignent le sommet de leur ardeur sexuelles vers la fin de l’adolescence, début de la vingtaine. Leur ardeur décline graduellement à partir de ce moment là. Les femmes, pour leur part, n’atteignent le sommet de leur ardeur sexuelle que vers la fin de la vingtaine, début de la trentaine. Elles maintiennent alors ce niveau stable d’ardeur sexuelle jusque vers la fin de la cinquantaine début de la soixantaine. (WGBUI, page 123)

Le granite conduit les sons 10 fois plus vite que l’air. (WGBUI, page 147)

Quiconque écrit une lettre au New York Times a une chance sur 21 de la voir publiée. Ceux qui écrivent au Washington Post disposent de meilleures chances avec une lettre sur 8 publiée. (WGBUI, page 282)

Il y a plus d’hommes que de femmes qui se suicident aux États-Unis. (WGBUI, page 360)

Il y a plus de femmes que d’hommes millionnaires aux États-Unis. (WGBUI, page 365)

Une femme noire américaine est quatre fois plus susceptible de mourir en couche qu’une femme blanche américaine. (WGBUI, page 374)

Les hommes sont quatre fois plus susceptibles de commettre une tentative de suicide que les femmes. (WGBUI, page 375)

Des 20 plus grands pays industrialisés, Les États-Unis sont celui avec le taux de participation le plus faible aux élections. (WGBUI, page 375)

Il y a, en moyenne, plus d’animaux tués par des automobilistes que par des chasseurs armés de fusils. (WGBUI, page 377)

Les États-Unis ont [proportionnellement – P.L.] deux fois plus de mères ayant moins de vingt ans que le Canada. (WGBUI, page 374)

Tout à coup le curieux effet d’incohérence fallacieuse (corrélation caribous/citoyens ou citoyens japonais/téléviseurs américains) de la série antérieure disparaît, parce qu’on compare du comparable. On notera le proportionnellement que je rajoute dans le dernier exemples sinon, il devient ouvertement délirant (la population du Canada représentant un peu plus de 10% de celle des États-Unis). Si on laisse ces petits accidents de côté, on a ici, aussi, une série parfaitement informative. La plus informative, peut-être, avec celles des pourcentages non-ambivalents et des nombres bruts. Ces comparaisons ne font pas de transpositions qualitatives. Elles corrèlent, souvent, utilement, ce qui est effectivement existant dans le monde et y est lié, objectivement connecté. Et pourtant la comparaison journalistique la plus sérieuse n’est méthodologiquement pas très éloignée de la comparaison la plus showbiz imaginable.

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Transpositions qualitatives (et comparatives) du quantitatif. Pour fin de «démonstration», on explicite souvent des quantités avec l’aide d’une image qualitative choc, souvent hautement spectaculaire (j’admets sans rougir que cette série compte au nombre de mes préférées, émotivement sinon intellectuellement). Jouissifs pour les sens, marrants pour se fendre le bide, toujours hirsutement fictifs, ces procédés descriptifs, grands favoris des encyclopédies enfantines d’autrefois, interpellent l’imaginaire certes mais on peut, sans honte, se demander ce qu’ils valent vraiment dans notre compréhension effective du monde. Ici, contrairement au cas de figure précédent, et derechef, on compare du pas vraiment comparable.

Un corps humain ordinaire contient suffisamment de soufre pour tuer toutes les puces d’un chien ordinaire, suffisamment de potassium pour actionner la mise à feu d’un canon jouet, suffisamment de carbone pour fabriquer 900 crayons, suffisamment de matière grasse pour confectionner 7 barres de savon, 45 litres (10 gallons) d’eau et suffisamment de phosphore pour confectionner 2,200 têtes d’allumettes. (WGBUI, page 111)

La soute de la navette spatiale est suffisamment volumineuse pour contenir une baleine à bosses tout en ayant encore assez d’espace pour caser 1,000 harengs en sa compagnie. C’est l’équivalent du volume de 250,000 plaques de chocolats de quatre onces. (WGBUI, page 143)

Un Boing 747 pèse 55 fois le poids d’un éléphant d’Afrique moyen. (WGBUI, page 143)

Un éclair génère une température cinq fois plus élevée que celle qu’on détecte à la surface du soleil. (WGBUI, page 144)

Toute la masse des surfaces de terrain terrestres, et même plus, pourrait entrer dans l’Océan Pacifique. (WGBUI, page 144)

Le poids de la Terre équivaut à celui de 80 lunes. (WGBUI, page 147)

Une puce a une vitesse d’accélération pouvant atteindre 50 fois celle de la navette spatiale. (WGBUI, page 147)

Certains petits mammifères, comme les chauve-souris et les musaraignes, consomment quotidiennement jusqu’à une fois et demi leur poids corporel en nourriture. Pour un homme adulte, cela équivaudrait à la consommation quotidienne de 1,000 hamburgers au fromage d’un quart de livre ou de 50 réveillons de Noël. (WGBUI, page 148)

Un million de dollars en billets de $1 pèseraient environ une tonne. Mis en pile, cela donnerait une pile de 360 pieds (110 mètres) de haut, l’équivalent de 60 adultes de taille moyenne empilés les uns par-dessus les autres. (WGBUI, page 331)

Une édition dominicale du New York Times consomme l’équivalent de 63,000 arbres. (WGBUI, page 298)

En terme des ressources consommées et de pollution engendrée dans le cours d’une vie, un citoyen des États-Unis équivaut à 80 citoyens de l’Inde. (WGBUI, page 343)

Si le fleuve Nil s’étendait aux États-Unis, il couvrirait environ la distance entre New York et Los Angeles. (WGBUI, page 343)

Denver, capitale du Colorado, est la plus grande ville d’importance dans un rayon de 600 milles (966 km), soit un territoire de la grandeur de l’Europe (WGBUI, page 346)

L’Alaska est si vaste que si vous pouviez voir un million d’acres de cet état par jour, vous en auriez pour une année entière pour voir tout l’état. (WGBUI, page 353)

Aux États-Unis, une livre (0.45 kilos) de croustilles (potato chips) coûte 200 fois plus cher qu’une livre de pommes de terre. (WGBUI, page 354)

Il y a plus d’américains qui sont morts dans des accidents de voitures que d’américains qui sont morts dans l’intégralité des guerres ayant été menées par les États-Unis. (WGBUI, page 358)

L’américain(e) moyen(ne) mange 38 cochons dans le cours de son existence. (WGBUI, page 362)

Le nord-américain moyen mangera 35,000 biscuits dans le cours de sa vie. (WGBUI, page 339)

Les américains consomment quotidiennement suffisamment de papier de toilette pour faire neuf fois le tour du monde. S’il tenait sur un rouleau unique gigantesque, il se déroulerait à une vitesse de 7,600 milles à l’heure, soit Mach 10, dix fois la vitesse du son. (WGBUI, page 369)

Si toutes les tranches de pizzas mangées quotidiennement par les américains provenaient d’un pizza unique, elle couvrirait 11 stades de footballs. (WGBUI, page 370)

Au Pentagone, il faut 15 mois de formation (à l’Académie de Musique du Pentagone) pour devenir chef d’orchestre militaire, et tout juste 13 mois de formation pour devenir pilote d’avion de chasse. (WGBUI, page 380)

Oh, que c’est showbiz. J’adore. C’est pas sérieux, mais j’adore. Il y a en fait peu de représentants de cette série dans nos journaux d’ailleurs. Ceux-ci, en effet, cherchent tellement à perpétuer leur réputation surfaite de sérieux qu’ils se tiennent loin de ce genre de formulation passablement calembredainesque. Et pourtant, les statistiques qu’ils retiennent sont souvent bien plus proches de ce genre de transposition de guignol qu’on ne le croit.

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Les jeux malicieux sur le guéridon central des causes et des conséquences. Ne cherchez pas trop la signification de ce diagramme, au fait. Comme maintes statistiques intempestives, c’est de la frime pour mystifier les gogos…

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Bon maintenant, épaississons le cloaque logique encore un petit peu plus, si vous le voulez bien. Je vous pérorais, en ouverture, qu’on pourrait citer ad infinitum (vous commencez, j’en suis certain, à prendre la mesure de cette formulation) des exemples de jeux malicieux sur le guéridon central des causes et des conséquences… Commencez d’abord par bien vous imprégner de ce principe fondamental, archi-connu des historiens et des sociologues. Il synthétise tout le malaise cognitif qu’il nous reste encore à vivre: il n’y a rien de plus difficile à circonscrire que la causalité effective des choses.

Tierce causalité. Les cas de tierce causalité apparaissent quand la cause d’un phénomène n’est pas celle qu’on nous fournit (ou semble nous fournir) mais bel et bien un autre phénomène qui lui est afférent et qui, donc, continue de se donner à une recherche que la présentation de la statistique intempestive ne favorise pas parce que, sciemment ou non, elle masque cette tierce causalité.

Il naît plus de jumeaux dans la partie orientale que dans la partie occidentale du monde. (WGBUI, page 112)

Les gens qui se rendent à l’église, à la synagogue ou à tout autre office religieux une fois par semaine vivent en moyenne jusqu’à 82 ans. Les non pratiquants vivent en moyenne jusque à 75 ans, soit sept ans de moins. (WGBUI, page 113)

Des études démontrent que les Protestants mariés à des Catholiques et les Juifs mariés à des Catholiques ont des relations sexuelles plus fréquentes que les Protestants mariés à des coreligionnaires, que les Juifs mariés à des coreligionnaires, ou que les Protestants mariés à des Juifs. (WGBUI, page 154)

La période entre 16 heure et 18 heure est celle où les gens sont le plus irritables. (WGBUI, page 116)

Une victime de morsure de serpent sur trois est ivre. Une victime de morsure de serpent sur cinq est tatouée. (WGBUI, page 221)

Les couples qui suivent une diète alors qu’ils sont en vacance se disputent trois fois plus que ceux qui ne sont pas à la diète. Les couples qui ne suivent pas de diète alors qu’ils sont en vacance ont trois fois plus d’interludes romantiques. (WGBUI, page 230)

En moyenne, le cerveau d’une femme représente 2.5% de son poids corporel. Le cerveau d’un homme ne représente que 2% de son poids corporel. (WGBUI, page 98)

Les femmes âgées sont plus susceptibles de vivre seules que les hommes âgés. 17% des hommes de plus de 65 ans vivent seuls alors que 42% des femmes des plus de 65 ans vivent seules. (WGBUI, page 242)

Les patients dans les hôpitaux tombent de leur lit deux fois plus souvent que les patientes. (WGBUI, page 221)

Les hommes sont plus fertiles en hiver. (WGBUI, page 125)

Les hommes sont plus susceptibles que les femmes d’être porteurs d’une maladie sexuellement transmissible. (WGBUI, page 376)

Les gens qui se suicident le font de préférence le lundi. (WGBUI, page 377)

Chez le jeune enfant, la majorité des étouffements de nature non alimentaires sont causés par des ballons de fête (29%) puis des balles et des billes (19%). Les enfants de plus de trois ans sont plus susceptibles de mourir étouffés par un ballon de fête que les plus jeunes. (WGBUI, page 87)

Il naît plus de jumeaux dans la partie du monde où il naît plus de gens. Big deal! Si la longévité des hommes est inférieure à celle des femmes, elles finiront leur vie seule dans une culture monogame, et, quand on sait l’impact d’une diète sur l’humeur, on n’est pas surpris des conséquences sur les disputes et les interludes romantiques, deux comportements habituellement incompatibles, surtout en vacance (diète et vacance étant aussi culturellement incompatibles). La tierce causalité apparaît quand le lien entre la donnée A et la donnée B tient à une donnée C non explicitée, Les petits babis meurent moins étouffés par un ballon de fête, vu que notre culture commence à impliquer un jeune enfant dans une fête quand il n’est plus tout à fait un babi. Les balles et les billes apparaissent un peu partout. Les ballons de fête n’apparaissent que dans des fête. Il faut s’y rendre pour se les coller dans la face. La forme des billes des balles et des ballons est périphérique. C’est la fête comme gestus social, dans ses limitations temporelles, qui est causative, dans cette statistique intempestive spécifique.

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Causalité explicitement supposée. Naturellement, le commentateur se rend souvent compte de ce fait, somme toute assez simple, de l’existence de la tierce cause. Alors? Bien alors il l’exprime… Et on a alors une causalité explicitement supposée. On s’avise certainement, à ce moment-ci de la présentation, du fait que le WGBUI (ou le journal du matin, qu’il remplace ici pudiquement) n’est pas un analyste plus ou moins fiable que vous et moi sur quoi que ce soit. Mais le fait est qu’il lui arrive de suggérer très explicitement certaines explications causatives. Nous avons eu la grandeur d’âme d’en faire une petite catégorie à part, entre autres pour montrer combien, ce faisant, on fait radicalement perdre tout caractère mystérieux, sensationnel ou spectaculaire à la statistique intempestive.

Environ 66% de toutes les pertes de vie sur les routes surviennent la nuit. On croit qu’il en est ainsi parce que, le soir, il y a plus de conducteurs en état d’ébriété et ce, malgré le fait qu’il y ait moins d’automobilistes sur les routes la nuit que le jour. (WGBUI, page 379)

Un éclair est en fait bien plus susceptible de frapper deux fois au même endroit qu’on ne le dit. Comme tout courant ou décharge électrique, l’éclair suit la route de la résistance la plus faible. (WGBUI, page 146)

Les hommes de New York ont plus de spermatozoïdes et une liqueur séminale de meilleure qualité que les hommes de Los Angeles. Les experts médicaux croient que les températures chaudes et un plus haut taux de pollution seraient les facteurs fondant cette différence. (WGBUI, page 124)

Évidemment les choses ne sont pas aussi prosaïquement présentées en matière d’effets et de causes. Que voulez-vous on est encore loin de connaître si intimement et si parfaitement l’essence secrète des choses. Et aussi, bien, c’est du journalisme, hein. Il faut expliquer un peu mais surtout, il faut intriguer pas mal et beaucoup ébaubir. On s’en avisera dans le passage à la série suivante.

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Explication maintenue implicite parce que problématique. Là, ce sont les cas d’espèce où on se garde bien de donner la raison des faits et ce, (possiblement) parce qu’elle pourrait donner lieu à des débats fort acrimonieux. Les faits sont là, superbes et flamboyants dans toute leur splendeur inexplicable. On notera vite aussi qu’apparaissent ici, indubitablement, un certain nombre de coïncidences certaines ou probables, de corrélations fortuites, de rapprochements fallacieux et autres raccords éclectiques hautement suspects. On observe finalement aussi (pour ne pas dire: surtout) que l’effet sensationnaliste et/ou mystérieux (pour ne pas dire carrément irrationnel ou délirant) est aussitôt nettement décuplé.

Les ongles poussent plus vite sur la main que vous favorisez. Si vous êtes droitier, vos ongles de la main droite pousseront plus vite. Il en sera autant des ongles de votre main gauche si vous êtes gaucher. (WGBUI, page 110)

Une étude récente a démontré que 75% des patients migraineux ressentaient du soulagement quand ils se frottaient sur le nez de la capsaicine (l’ingrédient qui épice la sauce chili). (WGBUI, page 115)

Une personne sur 11 souffre d’un type de phobie à un moment ou un autre de sa vie. Les serpents figurent au sommet de la liste des phobies, à 25%, suivis de la peur d’être enterré vivant, à 22%. (WGBUI, page 116 et 117)

Des événements comme une réunion de famille agréable ou une soirée avec les copains renforcent le système immunitaire pour les deux jours qui suivent. Les moments désagréables ont l’effet inverse. Des événements négatifs, comme se faire critiquer au travail, se sont avéré affaiblir le système immunitaire pour la journée qui suit. (WGBUI, page 118)

Les femmes végétariennes sont plus susceptibles de mettre au monde des petites filles que des petits garçons. (WGBUI, page 125)

Il existe des preuves du fait que de nombreuses personnes perdent ou prennent du poids en conformité avec les cycles lunaires. (WGBUI, page 103)

Les femmes rejettent un cœur transplanté plus souvent que les hommes. (WGBUI, page 128)

Les hommes exposé à des produits chimiques toxiques, des chaleurs élevées, et des intensités de pression inhabituelles, comme les pilotes de ligne ou les hommes-grenouilles ont plus tendance à mettre au monde des filles que des garçons. (WGBUI, page 239)

On rapporte que le Wisconsin compte la plus grande proportion d’obèses aux États-Unis. (WGBUI, page 351)

Per capita, il est plus sécuritaire de vivre à New York qu’à Pine Bluff, Arkensas. (WGBUI, page 352)

Aux États-Unis, il y a trois fois plus de maisonnées sans téléphone qu’il n’y a de maisonnée sans téléviseur. (WGBUI, page 356)

Aux États-Unis, les meurtres sont plus fréquents en août et moins fréquents en février. (WGBUI, page 364)

Second Street est le nom de rue le plus répandu aux États-Unis mais First Street n’est jamais que le sixième nom de rue le plus répandu. (WGBUI, page 367)

Les enfants nés au mois de mai sont, en moyenne, plus lourds à la naissance de 200 grammes que les enfants nés à n’importe quel autre mois. (WGBUI, page 86)

Le degré de stress d’un parent au moment de la conception d’un enfant aurait une incidence importante sur le sexe de l’enfant. L’enfant aurait tendance à être du sexe du parent qui était le moins stressé des deux. (WGBUI, page 124)

Quand Bonaparte portait un foulard noir autour du cou au combat, il gagnait toujours la bataille. À Waterloo, il portait un jabot blanc et ce fut la défaite. (WGBUI, page 247)

Ce dernier exemple montre aussi que nos catégories ne sont pas étanches. L’empereur se sentait très probablement plus sûr de son coup à Austerlitz qu’à Waterloo, cela eut peut-être un impact subjectif sur sa tenue vestimentaire (statistique d’autoproclamation). Cela ouvre aussi toute la question de l’ordre temporel des effets et des causes. Possibilité A: jugement du stratège sur la victoire ou la défaite anticipée, CAUSANT le port de la couleur appropriée COÏNCIDANT avec la victoire ou la défaite subjectivement prévue. Possibilité B: port de la couleur appropriée CAUSANT (magiquement, bon, bof…) la victoire ou la défaite prévue, COÏNCIDANT avec le jugement du stratège sur la victoire ou la défaite constatée. Possibilité C (de loin ma favorite): coïncidence intégrale et aucun lien de causalité là dedans sauf pour ceux qui le surajoutent ex post pour ré-écrire l’histoire sur un modus sensationnaliste, showbiz, tragico-magique et irrationnel.

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Inversion des ordonnancements temporels. Sauf que, dans l’investigation causale, la question se pose, avec une lancinance incontournable. Dans quel ordre les choses se disposent-elles vraiment? Et cela nous ramène à la mince pelure des oignons censée annoncer un hiver doux. Mon fils Tibert-le-Chat et moi avions en commun, dans la discussion, en une hésitation toute cartésianiste, tendance à répugner à imputer aux oignons ou à leurs pelures une aptitude tragico-magique à prédire l’avenir, météo ou autre, non pas sur quelques jours, comme la sorcière de vent du bonhomme Robichaux, mais sur plusieurs mois. Mais, par contre on arrivait à aisément imaginer que l’hiver dernier (l’hiver de 2009-2010) particulièrement clément, avait pu amincir les pelures des oignons de la récolte suivante et une inversion entre le rétrospectif et l’anticipatif aurait pu se produire. Il suffit que, statistiquement (si vous excusez le mot) les hivers doux aillent par petits paquets de deux ou trois années. On peut alors supposer l’intervention d’une tierce causalité déterminante faisant de la pelure d’oignon mince, souvenir d’un hivers doux antérieur l’annonciatrice d’un hiver doux subséquent, s’ils vont par petits paquets. Cultivez ce type d’approche pour méditer la série suivante.

Il a été médicalement prouvé que le pessimisme augmente la pression artérielle. Plus une personne est pessimiste, plus elle risque de mourir avant son vis-à-vis optimiste. (WGBUI, page 107)

Au sein d’un échantillon représentatif d’Américains de la fin du cycle primaire ayant été soumis au test SAT, 55% des enfants ayant «réussi exceptionnellement bien» étaient myopes. (WGBUI, page 101)

Les scientifiques disent que les gens qui dorment moins que la moyenne (moins de six heures par nuit) sont plus organisés et efficaces que qui que ce soit d’autre. (WGBUI, page 130)

Quand personne n’attend pour utiliser un téléphone public, les utilisateurs ont une conversation d’environ 90 secondes. Mais si quelqu’un est en train d’attendre pour utiliser le téléphone, la longueur moyenne de la conversation avoisine les quatre minutes. (WGBUI, page 225)

Une étude sur les participants au marathon de New York conclut que ces hommes et ces femmes ont un taux de divorces qui est le double de la moyenne nationale. (WGBUI, page 328)

La conversation est longue parce qu’il y a une longue file d’attente ou la file d’attente est longue parce que la conversation s’étire? Les gens divorcent parce qu’ils consacrent trop de temps ou d’énergie au marathon urbain ou se ruent sur le marathon urbain pour oublier les affres d’un divorce? Les gamins deviennent studieux parce qu’ils sont myopes ou deviennent myopes parce qu’ils sont studieux? Pour commencer à dépatouiller qui est cause et qui est conséquence il n’est pas inutile de chercher un peu qui arrive avant qui. Autrement, bien, une fois de plus, rien n’est dit. Le reste des questions de ce type, à l’avenant…

Je pense que vous voyez finalement où je veux en venir. Il faut regarder à travers le toc scintillant des statistiques intempestives, journalistiques notamment, et voir si elles sont probantes ou fallacieuses, sur la base de leur fonctionnement logique fondamental et indépendamment de leur vérité ou véracité empirique (questionnable aussi mais, disons, d’autre part). De fait, il y a une illusion statistique un peu comme il y a une illusion d’optique. Cela ne veut pas dire que les faits n’y sont pas. Ils y sont. Ils se donnent ET à la recherche empirique ET à l’analyse spéculative. Il ne faut pas les lâcher frileusement, sous prétexte qu’on nous en bizoune la compréhension avec des statistiques intempestives de feuilles de choux. Simplement, bon, restons circonspects. Comme l’illusion d’optique, l’illusion statistique est très souvent une image imprimée… sur le journal du matin, notamment. Ne la gobons pas trop distraitement… Moi quand j’entrevois le tourbillon bigarré et scintillant des statistiques de folliculaires, l’intégralité du rouleau que je vous ai servi ici me gire dans la tête et je prend, au mieux, acte des faits qui vrillent leur chemin, tout en restant inexorablement sur la réserve pour ce qui en est de leurs interconnections fondamentales et/ou significations sociétales… Comme je le disais pudiquement en ouverture: la présentation journalistique des informations objectives n’est pas toujours extraordinairement rigoureuse.

Moi quand j’entrevois le tourbillon bigarré et scintillant des statistiques de folliculaires, je prend acte des faits, tout en restant sur la réserve…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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De la couverture journalistique d’une grève nord-américaine type: le conflit de travail des zipathographes de la Compagnie Parapublique Tertiaire Consolidée (essai-fiction)

Posted by Ysengrimus sur 15 juin 2011

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(Peut-être plus peut-être moins
Ces choses là se voient après)

Gilles Vigneault, «Les projets», dans Balises, 1964.

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La couverture-rengaine d’un conflit de travail continental, ainsi que le gestus social contraint, contrit, corseté et ligoté que ladite couverture-rengaine capte et régurgite, sont remarquablement codés de nos jours. Ils se déploient grosso modo comme suit. Les zipathographes de la Compagnie Parapublique Tertiaire Consolidée se sont prononcés le 31 janvier dernier en faveur de la grève générale illimitée, dans une proportion de 71%. Ils ont constaté que, depuis juillet de l’année antérieure, les négociations avec l’administration de la Compagnie Parapublique Tertiaire Consolidée avancent mal. Ils ont tout d’abord une première journée de grève tournante, le 15 février. Les 512 zipathographes d’un bled de province font une manifestation, ce jour là. Puis, le mercredi 24 février, l’intégralité des zipathographes nationaux déclenche la grève générale illimitée. Ils exigent un rattrapage salarial, un meilleur accès à la retraite et une diminution des engorgements dans la grande salle à cubicules. La dernière offre patronale, 3.8% d’augmentation et un accès cosmétiquement amélioré aux auxiliaires zipathopraticiens, a été rejetée par 86% des zipathographes. Autre point problématique: la sécurité d’emploi et le statut des accompagnateurs et accompagnatrices en zipathologie. Les clients du service consolidé, les zipa-consommateurs, ne veulent pas prendre parti mais cherchent à convaincre les deux instances en conflit de s’entendre. Fin mars, certains groupes de zipa-consommateurs vont exercer des pressions sur la capitale nationale en signalant que, sur un total transitoire de vingt-quatre jours de grève, il n’y a eu que six jours de négociations. L’appui des zipa-consommateurs au mouvement de grève est sporadique et mitigé. En effet, une clause réclamée par les zipathographes ne plait pas aux zipa-consommateurs. Quand la grande salle à cubicules est trop engorgée, les zipathographes voudraient SOIT un accès délocalisé à un auxiliaire zipathopraticien SOIT une prime salariale. Le poids en prestige symbolique de la grande salle à cubicules étant ce qu’il est, les zipa-consommateurs n’appuient pas l’idée de l’accès délocalisé à un auxiliaire zipathopraticien tandis que la Compagnie Parapublique reste hautement réfractaire à l’idée d’engager des avoirs financier supplémentaires pour perpétuer l’engorgement. Fin mars, devant la lenteur des négociations, les zipa-consommateurs envisagent de poursuivre la Compagnie Parapublique Tertiaire Consolidée en justice, si les activités cubiculaires assurés par les zipathographes sont prorogées. L’administration de la Compagnie Parapublique a menacé de procéder à cette prorogation dès le 5 avril si rien n’était réglé. Une manifestation de cent-dix-sept zipa-consommateurs a eu lieu sous une pluie battante et par un froid glacial, pour encourager les négociations, qui ont légèrement avancé. Au 7 avril, l’administration de la Compagnie Parapublique fait volte face sur sa menace de prorogation des activités cubiculaires et les négociations se poursuivent tandis que des zipa-consommateurs font une autre manifestation devant les bureaux citadins de la ministre des Ressources Zipathographiques, pour qu’elle force les deux parties à s’entendre. La ministre rappelle les deux parties à l’ordre et les enjoint de négocier, mais sans les forcer à le faire. Au 8 avril, vers quatre heure du matin, une entente de principe est finalement atteinte et, le lundi 12 avril, les 30,000 zipa-consommateurs affectés retournent se parquer en cubicules. Les activités cubiculaires sont diluées, étirées et tataouinées jusqu’au 9 mai. Les zipathographes obtiennent 6.55% d’augmentation (ils réclamaient 7.77%) et des seuils sur l’engorgement des coins et racoins de cubicules. Voilà, inutile de touiller. On ne vous en dira pas plus. Quoi? Les autres canards? L’internet? Forget it. Ils relaient grosso modo les mêmes fils de télex que nous ou alors, ils parlent d’autres choses. La couverture de la lutte des classes, c’est parox de l’intox en quadravox. Loi de fer. Loi du genre.

Et encore, hein, ici, ouf, la couverture journalistique de ce conflit de travail des zipathographes de la Compagnie Parapublique Tertiaire Consolidée n’est, l’un dans l’autre, vraiment pas trop mauvaise, si on la compare avec la couverture habituelle que les médias font des conflits de travail en province et au pays. Une fois n’est pas coutume, les principales revendications des syndiqués sont expliquées et le point de vue patronal n’est pas adopté d’emblée, comme si cela allait de soi. Les lamentations de la «clientèle», grand incontournable de la couverture de ce genre de conflit, sont bien là mais on s’efforce de rester factuel, sans en rajouter trop dans la couverture d’entretiens et les drames de vie des «pauvres victimes du conflit». La documentation photo des médias semble donner un aperçu vachement honnête des manifestations et du piquetage associés au conflit. Une fascination indue et réifiante semble cependant s’exercer envers les vastitudes blafardes de cubicules désertés. Ne nous illusionons pas. Les journaux bourgeois ne se referont pas. Le fétichisme de la marchandise, c’est ça aussi, que voulez-vous…

Cubicles

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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UN AN APRÈS LE SÉISME EN HAÏTI, L’OUBLI (bilan d’une couverture journalistique à court terme faisant inconsciemment écho au mouvement historique à long terme)

Posted by Ysengrimus sur 12 janvier 2011


La République d’Haïti a campé une rupture cubaine au temps du Premier Empire…
René Pibroch

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Haïti, quelle trajectoire historique unique pourtant! Ils ont fait leur révolution républicaine vraiment pas mal en avance. En 1803, la révolte de Toussaint Louverture contre Bonaparte libère abruptement Haïti du joug colonial classique et de son pendant immonde: l’esclavage. Venant tout juste de vendre la «Louisiane» (quatorze états, en fait) à l’administration Jefferson, le susdit Bonaparte, visionnaire passable de la trajectoire des Amériques, est obligé de lâcher Haïti pour ne pas froisser la susceptibilité naissante de son précieux allié US, susceptibilité naissante qui mènera à la doctrine Monroe vingt ans plus tard (1823). Les esclaves libérés d’un coup sec par l’action de Louverture n’ont donc plus, depuis des siècles, la possibilité de vivre en Franco-DOM ouvertement assistés par une métropole vétillarde mais constante, comme le font encore Martinique, Guadeloupe, Guyane et Saint-Pierre et Miquelon. Si les Haïtiens avaient fait leur révolution plus tard, comme Cuba (1959), ils auraient bénéficié des partenariats belliqueux, rigides et rageurs, mais massifs et sans ambivalences, du temps de la Guerre Froide. Pas de cela dans leur trajectoire, non plus. La décolonisation graduélliste à l’anglaise (Jamaïque, Barbade, Bahamas, etc), ce ne fut pas pour eux non plus, vu qu’ils étaient déjà intégralement «libres». Aussi la seule puissance qui aurait pu les soutenir, ce sont les USA. Or notez, ceci est crucial, que les USA, première république historique du monde moderne, ne soutient ouvertement que des ROYAUMES (Iran, Arabie, etc). Haïti est une république aussi… déjà… Tant et tant que l’appui des héritiers de Jefferson et de Monroe, eh ben, qu’ils s’en passent. Il n’y a plus rien à y gagner pour les américains. L’appui à Porto Rico, à Guam, à Cuba même autrefois, servait au moins, tout juste comme l’invasion des Philippines (1892), à sortir l’Espagne de l’espace panaméricain… Le sort à long terme d’Haïti s’est donc faufilé entre le colonialisme ancien, chassé trop tôt, le néo-colonialisme monroesque US, rentré trop tard (ou jamais), et une version Caraïbe quasi-accidentelle de la Guerre Froide dont ils n’ont pas, comme Cuba, assumé les beaux risques, tout simplement parce qu’on fait vraiment rarement deux révolutions républicaines de suite… La mécanique de leur trajectoire historique spécifique les a logé directement dans le fossé géopolitique. Angle mort de l’histoire. Le bidonville oublié des Amériques… oubli, oubli, oubli.

Ensuite, il faut que les séismes «naturels» socialement déterminés amplifient la stagnation historique. Disparition subite et artificiellement provoquée de l’oubli, il n’avait guère été possible de mettre la main sur le moindre journal, le 12 janvier 2010, jour du terrible séisme en Haïti. Les choses s’ajustèrent cependant promptement. La couverture journalistique devint vite accessible, omniprésente, tonitruante, en fait. À partir du 13 janvier, les secours s’organisent dans le chaos le plus intégral. Bilan initial, 150,000 morts. On fouille les décombres, dans un terrible dénuement, à mains nues, la plupart du temps. L’UNICEF, la Croix Rouge et d’autres organismes ont des encarts publicitaires d’appel à l’aide philanthropique sous forme de dons en argent. Rapidement, l’eau et la nourriture manquent. Montréal et New York accueillent chacun une conférence sur la reconstruction d’Haïti et Bill Clinton s’implique ostensiblement. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, demande aux sinistrés d’être patients. On donne les Haïtiens comme voulant se ruer sur le refuge du Canada. Les secours internationaux sont coordonnés par les américains et, dans ce dispositif compliqué et lent, les canadiens sont mis spécifiquement au service de la ville de Jacmel. Québec développe une aide d’urgence de trois millions de dollars dans la semaine qui suit le séisme. Les artistes, en une explosion polymorphe de bonnes intentions et d’ardeur, se mobilisent pour Haïti. Alors que les renforts militaires affluent à Port-au-Prince, la communauté haïtienne canadienne demande plus de flexibilité à l’immigration, au gouvernement du Canada, et ne l’obtient pas. Le 20 janvier 2010, une nouvelle secousse sismique frappe Haïti. Québec élargit alors ses critères d’immigration, en se démarquant du gouvernement fédéral.

Début février 2010 éclate l’affaire des dix américains arrêtés pour avoir tenté de mettre en place un réseau d’adoption parallèle. C’est la première grande distraction médiatique. Des humanitaires sont aussi attaqués sur le terrain, par des brigands. Début février, aussi, la grogne s’installe dans le pays sinistré et on commence à critiquer les gouvernements pour leur lenteur à organiser les secours. On constate aussi qu’une part des dons ne se rend tout simplement pas. L’ONU en vient à menacer de suspendre les fournitures de médicaments aux hôpitaux haïtiens qui font payer leurs patients. L’actrice philanthrope autodédouanée Angélina Jolie désapprouve l’adoption d’un enfant haïtien car cela correspond à briser des familles pour une raison fondamentalement indue. Fin février 2010, une autre série de répliques sismiques frappe le pays, alors que, sans explication précise et contre le souhait de l’ONU, les 2,000 soldats canadiens se retirent (ouf, ils niaisent là moins longtemps qu’en Afghanistan – oh c’est vrai qu’ici, excusez pardon, ça sert par spécialement l’impérialisme…). Le bilan des victimes canadiennes est revu à la baisse tandis qu’on finit par faire immigrer des familles haïtiennes au Canada, en catastrophe. Début avril 2010, le bilan des pertes de vies en est à 300,000 morts et on annonce qu’il faudra des milliards pour reconstruire Haïti et ce, tandis que la corruption et l’incurie généralisée sont de plus en plus dénoncées. Vous souveniez-vous de tout ça?

Haïti fut le grand buzz journalistique du premier tiers de l’année 2010. Tout le monde s’enroba d’Haïti en janvier comme tout le monde se mettait une tuque de Père Noël en décembre. Qu’on parlasse ou écrivasse de quoi que ce soit, il fallait alors que cela ait rapport avec Haïti et son séisme (souvent pour se dédouaner insidieusement de parler d’autre chose). Couverture condescendante, ethnocentriste, paternaliste et insidieusement cynique et insensible. En deux petits mois, renouant inexorablement avec l’Histoire, l’histoire a «refroidi», comme disent les journalistes dans leur jargon, et le spectacle médiatique se mit graduellement à se ressourcer ailleurs. Aujourd’hui, malgré la sarabande des dénis, malgré les promesses solennelles de toutes farines, malgré la dure continuité du merdier total, c’est derechef l’oubli de l’actualité, en continuation implacable de l’oubli de l’Histoire. Quand Haïti revient rouler dans l’actualité, c’est sur autres choses et un peu comme si de rien (choléra importé, émeutes des élections présidentielles et, oh, évocations anniversaires de toc du séisme, bien sûr, ces dernières souvent incroyablement nunuches, égocentriques, larmoyantes et anecdotiques)…

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