Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

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Bouddha, en joual

Posted by Ysengrimus sur 15 avril 2017

M’en va te dire de quoi moé: l’histoire de Bouddha, que son vrai ti-nom c’est Siddhârta Gautama (566 avant J.C. — 486 avant J.C.). Siddhârta se trouvait à être un ti-pit que y était le fils d’in roi, dans le boutte d’une place qui s’appelait Lumbini, au Népal. Y vivait dans l’enclos du château royal, sortait jamais en dehors, connaissait rien des dures réalités d’la vie. Le roi ses pére, le Bonhomme Gautama, y voulait pas qu’y allume ses lumiéres. Voulait qu’y reste épais, nono, confortabe, planqué, en déhors du troube. Siddhârta était tellement naïf pis pas déniaisé qu’y connaissait rien des afféres d‘la vie pis d’la mort. Vla ti pas qu’in jour in d’ses fréres y capote in cygne avec son arc. Le cygne y tombe aux pieds d’Siddhârta aec la flèche bord en bord du corps, le sang qui pisse, pi toutte. Siddhârta dit: ça pas de saint grand bon sang tirer un pauv’moéneau de même avec in arc. Ça doit être mes saudit frère qu’y a faite ça encore. Fak Siddhârta y soigne le cygne mais ses frére gui dit: c’est mon cygne, c’est moé qui l’a tiré. Siddhârta gui dit: fame ta boite, ce cygne là y est pus le même cygne depuis qu’y a été capoté pis soigné. Y est différent pis y est à moé, touche zy pas. Crisse zy patience. Vas te cacher. La chicane pogne. Y vont charcher l’arbitrage du roi Gautama su l’histoire du cygne pis le Bonhomme donne raison à Siddhârta. Y dis à l’autre qu’y a pas d’affére à tirer des cygnes de même pis qu’y aille se cacher dans l’garde-robe.

Mais vlà ti pas que c’t’affére de cygne soigné, ça met Siddhârta dans un grand troube. Du sang, une blessure. Y ava jamais vu ça avant. Commence à se gratter a tête pis à se demander si y a pas d’aut’z’affaires de même qu’y connaît pas, l’autre bord de l’enclos du château du roi, ses pére, de par le vaste monde. Y l’sait pas encore mais les Népalais pis les Indiens, qui sont de religion hindoue, adorent toutes sortes de dieux différents. Y font des sacréfices sanglants à leu dieux, des sacréfices d’animaux pis toute ben même des sacréfices d’êt’zhumains aussi. Siddhârta, ça va pas mal gui fesser dans mitaine quand y va apprendre que y a pas juss des ti cygnes blancs qui se font trouer pis saigner, de par le vaste monde. Connaissait pas ça, lui, la cruauté pis la vialence, dans sa tite vie de gras dur. Bon, pour le moment, y en fait pas plus de cas que ça, malgré que ça continue de gui trotter dans tête.

Toujours est-y ben que, quand y pogne ses seize ans, ses pére décide de l’marier. Y gui fa prende poliment contact avec des milliers de filles en processions, dans trois grand palais mais c’est une fille qu’y rencontre de même en se promenant dans l’clôs qu’y décide de marier. Y était tout de ben pas vraiment en amour avec elle là mais au moins c’était son choix, pas celui de ses pére ou des autres. A s’appelait Yashodhara pis était gardienne de vaches. Siddhârta la marie pis y fini par gui faire un babi qui s’appelle Raoul. Un beau ti nom ben joual ça, Raoul. C’est pas de la chique. Chu pas en train de te niaiser, le babi à Bouddha s’appelle Raoul. Parait que ça veut dire celui qui t’empêche de vraiment faire sek’t’as envie de faire. Symbolique en ta… La pogne c’est que le roi ses père l’a faitte se marier le plus tôt possibe pour pas qu’y quitte le château. Le Bonhomme Gautama commençait à flairer que son ti-pit avait de plus en plus envie de partir s’épivarder de par le vaste monde pis y faisait toute pour gui stâler sa partance.

Quand Siddhârta pogne vingt-neuf ans, y est toujours pas sorti de l’enclos du château du simonaque de Bonhomme Gautama. Y continue de vive une vie de gras dur hors du vrai monde mais y commence à sérieusement s’dire qu’y gui en manque un sapré boutte pour comprendre la vraie guire d’la vie. Si ben qu’in jour, y finit par obtenir la parmission de ses pére de sortir de l’enclos du château pis d’aller faire une tite promenade dans quekzuns des villages du boutte, en compagnie d’un sbire. Siddhârta se promène icitte et là pis un m’ment d’nné y voit in homme toute décrissé qui boitillait su le chemin. Y demande au sbire: quessé ça ce gars là toute décrissé qui boitille su le chemin? C’est un malade, mon prince. Siddhârta: Ah bon! Tout le monde y peut ti virer malade de même ou c’est juste le cas de cte pauvre gars là? Le sbire: Non, mes prince, tout le monde y peut virer malade n’importé quand, ça fa partie d’nos conditions d’existence. Siddhârta est sidéré, atterré. Y a trouve pas drôle pantoute. Y continue de se promener icitte et là pis un aut’moment donné y voit in homme toute fripé pis flasque pis pu de dents pis toute chauve pis tout blanc. Y demande au sbire: quessé ça ce gars là toute fripé toute chauve pis tout blanc? C’est un vieillard, mon prince. Siddhârta: Ah bon! Tout le monde y peut ti virer vieillard de même ou c’est juste le cas de cte pauvre gars là? Le sbire: Non, mes prince, tout le monde y vieillit inexorâblement, ça fa partie d’nos conditions d’existence. Siddhârta est encore plus sidéré pis atterré. Y se dit que le monde est ben éphémère, genre boucane ou eau de pluie. Y a trouve pas drôle non plus, celle là. Y continue de se promener icitte et là pis un aut’moment donné y voit in homme couvert de belles fleurs jaunes couché su in grabat que d’autres transportent en marmottant une belle chanson triss. Y demande au sbire: quessé ça ce gars là couché qui bouge pas pis qu’on transporte en chantant des chansons triss? C’est un mort, mon prince. Son esprit a quitté son corps, pour toujours. Siddhârta: Ah bon! Tout le monde y peut ti virer mort de même ou c’est juste le cas de cte pauvre gars là? Le sbire: Non, mes prince, tout le monde y meurt inexorâblement, ça fa partie d’nos conditions d’existence. Siddhârta est encore plus sidéré pis atterré. Y a trouve pas drôle non plus, celle là. Y continue de se promener icitte et là pis un aut’moment donné y voit in homme maigre qui a l’air de méditer avec un ti sourire ratoureux, pis les yeux dans graisse de binnes, pis une manière de grande paix intérieure. Y dit au sbire: en vlà au moins un qu’a l’air de faire un bon trip dans vie. Y a l’air quasiment heureux. Quessé ça ce gars là? C’est un ascète, mon prince. Siddhârta: Ah bon! Tout le monde y peut ti virer ascète de même ou c’est juste le cas de ce bon gars là? Le sbire: Ah là, y a pas beaucoup d’ascètes par rapport au reste du monde, dans le monde. Pis de devenir ascète, c’est le résultat d’un vrai choix personnel. Siddhârta est touché pis ému parce que sa vocation personnelle vient d’y fesser dans mitaine. Y rentre au château avec une idée dans tête: devenir ascète.

Sauf que, dans l’Inde pis le Népal féodaux de ce temps là, c’était pas si simpe. Toute marchait par castes pis ça, depuis des millénaires. T’étais pas sensé te mettre à faire des afféres en dewors de ta caste. Y avait la caste des brahmanes, les hommes de religions. Y avait la caste des kshatriya (dirigeants), la caste de Siddhârta justement, fils de roi donc voué à devenir roi lui-même. Pis y avait la caste des intouchabes, les empestés, la majorité du monde que tu peux pas les toucher parce qu’y sont sales vu qu’y travaillent comme des chiens ou des mulets pour faire vivre les gras durs des deux autres castes. Siddhârta, de la caste des kshatriya (dirigeants), en voulant devenir ascète, va vouloir tende à se comporter comme un brahmane. Cte désir là de changer de caste va gui attirer un blast de shit, surtout qu’en plus, y veut aussi se rapprocher des intouchabes parce qu’y pogne pas c’est quoi le buzz de pas vouloir les toucher. Tu faisais pas ça dans le monde des hindous du sixième sièk avant Jésus Christ. Sauf que Siddhârta (qui, c’est important de l’dire, est plus ou moins contemporain des grosses bolles philosophiques suivantes: Confucius, Héraclite, Ézéchiel, Lao Tseu, Parménide, Pythagore, Zoroaste — les types se sont mis à pas mal travailler du chapeau dans ces années là, in peu partout dans l’monde), son idée est faite pis ben faite. Ignarant des lois de fer de son temps, pour avoir vécu son enfance en dewors du monde, y va ête ascète pis mangez un char de shnoute si vous êtes pas contents. Y est comme inconsciemment révolté par sa condition de gras dur pis y veut rejoindre le monde ordinaire. Y s’en rend pas compte encore tout à fait mais son cheminement strictement personnel va avoir un retentissement collectif immense. Loose cannon involontaire, y va faire péter des coches à tout un orde ancien, sans vraiment s’en apercevoir tu suite.

Toujours est ti ben que son but désormais c’est de quitter le château du Bonhomme Gautama. Y va voir le Bonhomme pis y gui dit: puissant roi, je veux quate afféres: que tu m’protèges de la maladie, que tu m’empêches de vieillir, que tu m’empêches de mourir, pis que tu m’protèges du désir, de l’avarice, de la haine pis de la colère. Le Bonhomme Gautama tu me comprends-tu qu’y attrape son air. Y répond, avec une face de pitou piteux: ben voyons donc mon ti-pit, même les dieux peuvent pas donner ça. Prend mes palais, mes villes, mes peuples, mes richesses mais demande moé pas des afféres de même. C’est juste trop fort pour ma tite tête. Siddhârta: si t’es pas capabe fournir des afféres aussi simpes, va falloir me laisser saprer mon camp d’icitte, pour que je charche des solutions ailleurs, dans le vaste monde. Le Bonhomme Gautama est obligé de cramper pis de laisser Siddhârta décrisser. Siddhârta laisse sa femme pis son babi au château pis y décrisse.

En faite, pour toute te dire, y profite du party de la naissance de son fils pour saprer son camp sa pointe des pieds. Y donne ses bijoux pis ses épées à son sbire pis y gui dit de donner tout ça à ses parents. Y saute la riviére qui fait frontière avec l’Inde. Y se rtrouve dans vallée du Gange. Pas mal de mystiques faisaient ça dans ce temps là, au fait, partir de leu demeure pis charcher leu voie sué grands chemins. Siddhârta va commencer par se charcher des gourous. Y va en suivre six, un après l’aute. Des anti-brahmanes trippeux alternatifs, dans ce temps là, y en traîne un char pis une barge, un peu partout bord en bord de l’Inde. Y a même des athées, dans le tas. C’est une tendance sôciale. Siddhârta se retrouve à Rajgir, dans un royaume indien tenu par un roi éclairé, sensibe aux nouvelles dactrines de sagesse. Cte roi là est impressionné par Siddhârta. Ça calme le pompon à Siddhârta, in ti brin. Ben oui, enfin, in roi qui semble le voèr comme in ascète, pis pas comme in futur dirigeant. Illusion. Le roi de Rajgir trouve Siddhârta nobe, sage pis beau. Y voudrait le marier à sa fille. Y promet la moitié de son royaume à Siddhârta. Mais Siddhârta gui dit: j’ai lâché les domaines du Bonhomme Gautama, c’est pas pour vnir icitte niaiser à faire la même affére que j’ai lâché là-bas. La moitié de ton avouèr, m’en câlisse. Chu pas icitte pour ça. Laisse faire. Fak y sak son camp de la cour du roi. Y tombe ensuite, toujours à Rajgir, su un gourou de la vieille religion jaïniste. Siddhârta embarque dans cte trip là, un boutte de temps. Ce courant de pensée là le plogue durablement sur un choix important de sa future doctrine: la non-vialence.

Mais, bon, rien de ce qu’y renconte dans les mystiques de son temps fat vraiment son affaire. Fak Siddhârta décrisse encore, tanné, un peu. I s’était faite dire comment respirer, comment faire des motions, du fakir, du yoga, de la méditation, toutes sortes de trips de trippeux du bon vieux temps dans toués sens. Les gourous l’tiraient par icitte pis l’tiraient par là mais ça fouèrait tout l’temps. Lui, pis des chums tannés comme lui, ont finit par doser de toute ça. Cinq chums l’accompagnent asteur, qui méditent, comme lui. Y vivent comme des quêteux sans culte précis pis y descendent le Gange. Y se retrouvent à Gaya, une ville dédiée au grand dieu hindou Vishnou, un important cente de pèlerinage. La patente des patentes. C’est pas follow the money, c’est follow the mystique… Y suivent alors la track sensée libérer le karma, le cycle quasi-infini des réincarnations punitives, mais ça, donc, toujours dans le framework hindou. C’est comme une sorte de conclusion inconsciente, pour eux-autes, mais, genre, pas très concluante. À Gaya, les brahmanes tiennent la place, bord en bord de cte haut lieu de pèlerinage. Leu gamick est évidente. Leu racket est florissant. Y endorment le ptit monde, avec leu zhistoires de réincarnation culpabilisante. C’est liche mes pieds docilement, sinon tu vas te réincarner en lombric ou en souris, si tu vois le genre. Siddhârta est ben en maudit de voir ça. Y décide que tous les dieux, hindous ou autes, c’est de la crosse. Y renonce à l’idée même de dieu. Le bouddhisme c’est pas une religion, au sens polythéisse ou monothéisse du tarme. Les six chums ascètes se répartissent alors dans des cavarnes du boutte pis on médite au boutte. Pour Siddhârta, c’est le jeûne au coton. Y bouffe des feuilles d’arbes, y boit de l’eau de pluie. Y devient maigre comme in manche de pelle, squolettique. Les gens ardinaires du boutte sont attentifs à ces ascètes là, qui sont pas des brahmanes. Ces étranges là sont importants pour eux-autes parce qu’y représentent une alternative de plus en plus sérieuse au système d’oppression que les gens subissent. On encourage avec tendresse ces ascètes quêteux là. On les aide. On les appuie discrètement. On se taponne en arrière d’eux-autes, sans le dire trop fort. In jour, une tite gogole qui s’appelle Sujata apporte à Siddhârta dans sa cavarne du riz au lait pis au miel pis a gui dit qu’y charrie trop loin, qu’y faut qu’y mange, que ça pu de saint grand bon sang, son affére. Siddhârta mange le tapon de riz au lait pis au miel donné par la tite gogole pis y se rend soudain compte qu’y a charrié trop loin dins’extrêmes. Le vlà qui flacotte dans le manche. Y s’ouvre plus au monde. Les gens qui s’inspirent de lui l’inspirent de plus en plus, en retour. Siddhârta sort de sa cavarne. Y voit su le grand chemin des musiciennes qui ont des instruments à cordes. La cheftaine musicienne dit aux autes filles instrumentisses qu’y faut tende les cordes, un tit peu pas trop. Trop tendue, la corde pète. Pas assez tendue, la toune joue mal. Y faut trouver le bon équilibre de tension, le juste milieu. Siddhârta intériorise la leçon de la tite gogole nourricière pis de la cheftaine musicienne. Trop gras dur pendant son enfance, trop ascétique pendant ses six années de quête mystique, y décide de pogner un slaque dans poulie pis y se dit qu’y faut qu’y s’aligne sur la voie du milieu.

Sa nouvelle doctrine de juste milieu, ça met ses cinq chums en beau joualvert, par exemple. Eux autes, y trouvent que Siddhârta a lâché la méditation ascétique, pis ça vient de s’éteinde, point final. Fak y l’envoyent su l’bonhomme. Siddhârta s’est alors ertrouvé tu seul comme in codinde. Y s’est alors câlissé au pied d’un arbe pis y a décidé de trouver la vérité par lui-même. Tant pis pour le resse, tant pis pour les rois, tant pis pour les gourous, tant pis pour les chums qui me comprennent pas, tant pis pour les metteux dans le son. Je me plante en dessous de mon arbe pendant des semaines pis je la médite comme in bon. Siddhârta veut comprende le principe fondamental d’la souffrance. L’arbe avec Siddhârta en dessous en train de méditer se trouvait pas loin d’une ville indienne qui s’appelle Bodhgaya. C’est là que le câbe a pèté, que le flash a blasté, que le piton a buzzé. Siddhârta renonce aux quate poisons de l’esprit: le désir sensuel, le souci matériel, les fausses notions pis l’ignarance. Toutes ses milliers de réincarnations se déroulent comme une guire de toupie, dans sa caboche. Y réalise qu’y se réincarnera pus jama, autant dire qu’y est pu hindou pantoute, sans trop le savoir encore. Arrive alors le nirvana. Y devient l’Illuminé, l’Éveillé, le Bouddha. Y a trente-cinq ans.

Après son expérience de super-conscience, Siddhârta Gautama reste un boutte de temps en dessous de son arbre, flyé, comblé, relax. Les babis, les villageois viennent le voir. Y finit par partir à recharche de ses cinq chums. Y se garroche alors à Varanasi (Bénarès), un maxi méga cente religieux hindou ancien, une patente incroyable, un carrefour de gourous. Y finit par ertrouver ses cinq chums là-bas, dans une sorte de parc. Ses chums gui font un peu des faces de beus. Y le prennent pour un niaiseux qui médite pus mais, bon, y finissent par comprendre qu’y est devenu un Bouddha. Alors, Siddhârta yeu droppe sa bette les quate grandes vérités bouddhistes. Un: la souffrance exisse. Deux: y faut charcher la racine de la souffrance sans la fuir. Tois: y faut comprendre que la souffrance peut ête éliminée. Quate: y faut éliminer la souffrance en la combattant de façon concrète, limpide pis simpe. Éblouis par ces belles évidences là, ses cinq chums ertrouvent leu bonne humeur. Y deviennent les cinq premiers discipes du Bouddha.

Siddhârta va, apra ça, se garrocher dans toute l’Inde du nord pis enseigner la voie du Bouddha. Y rameute des discipes pis y se part des chapites de moines-quêteux. Tout le monde, de tous sexes pis de toutes origines sociales peut atteindre le nirvana. Pas de chicane dans sa cabane, pas de discriminâtion pis, surtout, pas de castes. Le dharma, c’est pour les humains de tout partout dans l’existence. C’est subversif en ti pépère, dans une société rigoureusement féodale, une patente intellectuelle universalisse pis transversale comme celle-là. Siddhârta est à la fois le Jésus pis le Saint Paul de sa réligion. Je veux dire par là: y est d’abord le mystique trippeux démarcatif pis ensuite le fondateur de communautés efficace, méthodique pis organisé. Son fils Raoul finit par venir le rjoinde dans son mouvement réformateur. Siddhârta, qu’a jamais rien écrit, c’est un parleux simpe, clair pis punché. Y cacasse dans le joual du temps, pas de langue ampoulée, pas de jargon de secte, le langage du ptit peuple. Siddhârta organise toute sa patente pendant quarante ans. Y cante à quatre-vingt ans. Quand y capote, le bouddhiss est déjà solidement implanté au Népal pis dans le nord de l’Inde. La vision du monde de toute l’humanité va s’en trouver crucialement changée.

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Emprunts de «bon aloi», faux amis et traductions dites «littérales». La vieille chanson geignarde de l’anglicisme québécois

Posted by Ysengrimus sur 7 décembre 2016

Tardivel_L'anglicisme_voilà_l'ennemi

Ah, sicroche de tornom! Les choses ont-elles changé tant que ça dans l’opinion des clercs-neuneus du Nouveau Monde depuis la causerie L’Anglicisme, voilà l’ennemi de Tardivel en 1879? C’est pas certain, pas certain pantoute. On rencontre encore bien des baîllonneurs impénitents et autoritaires qui racontent n’importe quoi et autres choses en se donnant des grands airs sur le fameux franglais d’ici. Je suis personnellement bien tanné de voir se perpétuer sans cesse l’hydre grimaçante de la vieille peur complexée et colonisée de l’anglicisme au Québec. On va donc se faire sans s’énerver une ou deux petites mises au point linguistiques et sociolinguistiques. Hmm, entre bons (vrais) amis.

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L’EMPRUNT SOI-DISANT DE BON ALOI. Il y aurait des anglicismes de «bon aloi» et d’autres non. On nous baille ça depuis des décennies. Or la notion de «bon aloi» n’a aucun statut analytique ou opératoire. C’est une formulation crypto-normative servant exclusivement à donner une apparence de légitimité descriptive au détenteur d’une compétence corrective trop souvent autoproclamée et biaiseuse. Plus le corpus des «mots de bon aloi» s’étend, plus la stabilité des critères sensés les légitimer s’estompe. Le seul critère qui reste finalement, c’est celui de la préférence subjective, habituellement émotive et fort peu imaginative, du personnage en position d’autorité dictant le «bon aloi». Ce personnage, dans la majorité des cas, s’aligne sur ce qu’il fantasme comme étant le choix français (entendre: étroitement hexagonal) et s’abdique devant ce choix ou pseudo-choix. Je ne vois vraiment pas pourquoi je dirais smoking (au lieu de tux ou tuxedo) ou bifteck (au lieu de steak) sous le prétexte, réel ou hallucinatoire, que les Français le font ou le feraient. Mes anglicismes directs, acculturés et bêtes valent bien ceux des autres et la formule selon laquelle il n’est de bon aloi que de Paris est parfaitement faisandée et dénuée des moindres qualités dialectologiques. Même les Parisiens d’ailleurs n’en veulent plus et la parisianité linguistique, notamment en matière d’anglicismes, est largement une fabrication coloniale (une fabrication de nous, donc). D’autre part, le xénisme, cet anglicisme un peu conjoncturel et ad hoc utilisé strictement pour faire smart ou pour «faire anglais» ne se cultive pas de la même façon d’un côté et de l’autre de l’Atlantique et il n’est certainement pas question de donner un chèque en blanc à nos amis Français (ou à leurs thuriféraires locaux) sur cette question. Je vais donc continuer de dire commenditaire et primeur et leur laisser sponsor et scoop, si ça les amuse tant (le cas échéant — n’oublions pas qu’on surestime largement la crispation des Français sur ces questions) de faire ricain à la manque quand ils disposent d’un mot parfaitement français pour ce dire. Le «bon aloi» n’est pas issu de papa commandant. Il n’en chuinte pas comme une humeur, n’en émane pas comme une vapeur, n’en jaillit pas subitement comme un vent. Il faut démontrer la validité de ce qu’on assume de défendre. Et, de fait, pour tout dire, le «bon aloi» absolu et transcendant n’est pas. Chaque formulation identifie une strate sociale et en émane. Et, variation sociolinguistique oblige, il n’y a pas d’autorité absolue en matière de langue et… surtout pas en matière d’anglicismes.

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LA TRADUCTION DITE LITTÉRALE. C’est là un autre serpent de mer souvent invoqué pour fustiger mais, de fait, fort mal décrit. Ainsi, par exemple, contrairement à ce qu’affirment certains olibrius, le tour téléphone intelligent n’est pas une «traduction littérale» d’usage. C’est d’abord un terme. En ce sens que c’est une unité retenue par une instance officielle de terminologie (québécoise). Son défaut n’est pas dans sa soi-disant dimension de «traduction» mais bien dans son intelligibilité en tant que syntagme (si vous me pardonnez le jargon). Les Français (qui restent numériquement majoritaires en francophonie) n’ayant pas retenu ce terme, ils le décodent au sens littéral analytique (plutôt que comme syntagme synthétique) et le résultat est inintelligible et, de fait, ridicule (on semble imputer de l’intelligence à un objet). C’est ça et rien d’autre qui rend le tour téléphone intelligent difficilement utilisable (surtout dans du texte visant un public hexagonal). Exemples converses en français: carte orange, fromage blanc. Les Québécois, ici, n’attrapent pas le syntagme et pensent à n’importe quelle carte de couleur orange ou n’importe quel fromage de couleur blanche et ça semble inintelligible, imprécis ou redondant. Pour le ridicule en matière de décodage littéral des syntagmes, il faut aller chercher le français glace à l’eau, qui ne remplacera jamais le terrible popsicle au Québec attendu que de la glace à l’eau, quand on la décode au mot à mot, surtout dans un pays nordique, c’est fatalement aussi imbuvable que de l’eau aqueuse ou du sel salé. Ces syntagmes québécois et français n’ont strictement rien à voir avec de la traduction, littérale ou autre. Au contraire, c’est leur irréductibilité franco-française ou franco-québécoise qui les rend difficiles à faire circuler en francophonie. Ce sont des tours régionaux, sans plus. L’anglais n’y est pour rien. La notion de traduction littérale ne doit pas être utilisée à tort et à travers, chaque fois que ça nous arrange, mais vraiment au sens précis, fort et… littéral, justement. Exemple: Fait sûr d’adresser les issues (sur: make sure to adress the issues) pour «assure toi de traiter les questions importantes». Ce tour surprenant existe chez les francophones de l’Ontario. Voilà une vraie traduction littérale. Un mot pour un mot, au mot à mot et, surtout, à syntaxe stable et sans aucun résidu. Pour l’anglais smartphone ou le plus rare intelligent (mobile) phone, une traduction littérale serait *intelligent téléphone (comme on disait autrefois paie-maitre pour pay master). C’est pas ça qu’on observe. Le fait est, l’un dans l’autre, que fin de semaine et téléphone intelligent ne sont aucunement des traductions littérales. Ce sont simplement des solutions françaises plus ou moins heureuses à un problème lexicologique ou terminologique spécifique. Exemple dans l’autre sens de traduction littérale: lily of the valley (sur lys de la vallée, le nom anglais du muguet) est une traduction complète dont la syntaxe est maintenue intégralement (traduction ici vers l’anglais — en plus on change de fleur, ce qui arrive plus souvent qu’on pense, dans ce genre de mésaventure). Autres exemples de traductions littérales (lexicales et syntaxiques) dans notre belle culture: tomber en amour (sur to fall in love) pour «tomber amoureux», à la fin de la journée (sur at the end of the day) pour «arrivé au bout du compte», y a rien là (sur there is nothing there) pour «c’est simple comme bonjour », qu’est-ce que tu penses que tu fais là (sur what do you think you are doing) pour «tu joues à quoi là?» Certains cas de traductions littérales sont strictement lexicaux (en ce sens qu’ils affectent un mot unique): plombeur pour «plombier», exploder pour «exploser», paquet (sur package) pour «liasse de documents». Redisons-le: au mot à mot, dans une traduction effectivement vraiment littérale, tu as tous les mots et la syntaxe reste constante. Noter, dans le cas de qu’est-ce que tu penses que tu fais là, que le final affaiblit la cause littérale. C’est du dégradé, tout ça. En tout cas, et quoi qu’il en soit de la légitimité réelle ou voulue du fait universel de passer d’une langue à une autre, nos bons compatriotes qui utilisent ces tours font de la traduction, c’est certain. Littérale ou non, peu importe finalement. Quand ces tours sont intelligibles en francophonie et qu’ils me bottent bien, je les utilise sans frémir. Ceux qui me barbent, je les laisse de côté. Tant qu’à américaniser son style, autant le faire par la traduction malicieuse que par le xénisme béat. Pensez-pas?

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LES FAUX AMIS: PARFOIS DE BONS VIEUX AMIS. Les cas comme avatar, éventuellement ou figurer, des classiques aussi, je les décrirais, sans rougir, avec la notion de faux amis (vieille désignation colorée et vive, mais descriptivement plutôt heureuse, pour attaquer l’anglicisme sémantique). C’est patent dans le cas, par exemple, de application au sens de «candidature» qui nous rappelle l’époque héroïque où on appelait un chef de gare un agent (sur station agent) et du pain grillé des rôties (en traduisant toast). Des cas comme image en mouvement sont plus difficiles à catégoriser. Comme balle molle (pour soft ball) ou chien chaud (pour hot dog) c’est un cas mixte faux amis et/ou traduction. On sent en tout cas que l’anglais ravaude l’affaire et que le français résiste. Le Dada de Troie, en somme. Le critère d’intelligibilité auprès des locuteurs est finalement un bien meilleur guide que tous nos cadres descriptifs, toujours plus ou moins défaillants quand les corpus s’élargissent. Souvenons-nous quand les vieux disaient Moi, pour un… (sur I, for one), moi tiku j’y comprenais rien. Je trouvais ça confusant (pour reprendre un beau monstre créé autrefois par mes étudiantes anglophones sur confusing) et l’expression a fini par mourir avec ma génération. L’intelligibilité française a prévalu, sans trompettes. Parfois, en plus, le fustigeage [sic] de ces tours se complique de préjugés enfouis pas vargeux-vargeux pour personne et qui n’ont absolument rien à voir avec l’adstrat anglais. Il y a des têtes croches partout, pour reprendre un mot bien de chez nous. Les Français aiment pas chandail (lui préférant pull, qui n’existe même plus en anglais, ayoye) pourtant bien présent dans leurs dictionnaires et français au boutte, à cause du souvenir de l’étymon marchand d’ail. Ça rend une odeur populaire. Certains de nos compatriotes tournent le dos à barbier (à cause de barber et malgré Figaro, pourtant barbier de Séville) pour des raisons tristement analogues. En plus, ça rendrait une odeur archaïque. Moi, entre populaire/archaïque français ou chic/tendance anglais, vous vous doutez que mon choix est fait… Mais cette partie là est une opinion strictement personnelle, n’est-ce pas. L’un dans l’autre, pour tout dire comme il faut le dire, j’accepte pas de me faire dire qu’il faut pas dire chien chaud (qui est attesté, marrant, un brin surréaliste et savoureux… surtout avec de la moutarde jaune fluo et vapeur —certainement pas steamé), que c’est une traduction fausse amie de mauvais aloi et que le mot français «est» hot dog. Pouah… c’est quoi le critère, autre que celui du conformisme rampant, veule et sans imagination?

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Insistons pour dire que ces classifications descriptives (calques, faux amis, traductions littérales, emprunts directs) n’ont aucune validité normative, de la même façon que les désignations normatives (barbarismes, solécismes ou le monstrueux «anglicisme de culture») n’ont aucune validité descriptive. Tant et tant que, finalement, souple et sans complexe, ma solution est sereinement subjectivée. J’invoque des critères descriptifs certes. Mais je les maintiens lâches, moirés, souples, pour arriver à des solutions empiriques, colorées, sociologiquement marquées, mais toujours intelligibles. Et je me méfie comme de la peste des grandes explications normatives improvisées pour faux savants roides et mal avisés en mal de psychologie des profondeurs et de nature des choses dans les mots. Elles ne sont habituellement que la légitimation de ce qui est usuel (pour moi) et le rejet (fallacieusement) documenté de ce qui est dépaysant (venu de l’autre). Il n’y a pas si longtemps, les baîllonneurs au «bon aloi» nous disaient, au Québec, de ne pas dire à cause que, une soi-disant traduction littérale (dans l’utilisation descriptivement impropre de cette notion) de because. Voilà des oiseaux qui n’avaient pas lu Le Discours de la Méthode où la majorité des causales sont introduites sans sourciller par à cause que. Si on ne peut plus invoquer le modèle de Descartes ès langue française, je vous demande un peu ce qu’on va manger l’hiver prochain… Tintouin…

Chien chaud, Hot dog, Westmister de Carole Spandau

Chien chaud, Hot dog, Westminster de Carole Spandau

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Mon pastiche du SURVENANT et de ses correspondants et correspondantes

Posted by Ysengrimus sur 21 juillet 2015

le-Survenant-homme

Note d’Ysengrimus: Il y a soixante-dix ans pilepoil était publié le roman LE SURVENANT (1945) de Germaine Guèvremont. Quoi de mieux, pour commémorer cela en force, en ardeur et en joie, que de relire la courte mais prenante correspondance du Survenant, sur DIALOGUS. Ici, le travail de pastiche, je le partage avec un inconnu venu des vents que je salue très respectueusement au passage. J’ai fait une partie du Survenant, cet(te) inconnu(e) a fait l’autre (et notamment la fort savoureuse lettre d’acceptation). J’ai joué aussi, ici-dedans, bon nombre des correspondants et correspondantes du Grand-dieu-des routes, beau dommage. Et, comme d’habitude, des Venants et des Venantes du tout venant ont fait les autres. On a ici une œuvre collective. Lisez sans démêler ou démêlez sans lire, c’est selon le goutteux de tout un chacun…  Salut et respects à tous les Grand(e)s Itinérant(e)s du monde.

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LETTRE D’ACCEPTATION DU SURVENANT À L’ÉDITEUR DE DIALOGUS

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Bien le bonswoer msieu Dumontais.

 Vous savez chus pas ben élevé pis cultivé, j’ai lâché ma maîtresse, d’école j’veux dire, en cinquième, mé j’sé quand même compter, lire et écrire pas aussi savamment que tout vot’râréopage de DIALOGUS comme que vous dites. Vous m’escusrez don de mé fautes pis de ma tournure de phrase, la terre m’a élevé pis les outardes et le fleuve m’ont entraîné.

J’ai ben aimé lire ce que j’ai pu comprendre. Ben entendu, dieu pis toute cé saint me sont pas des étranges. On n’é un peupe très pieux icitte, pis on les implore souvent. Si j’vous écris cé parsque, quand j’ai descendu le fleuve au début du sciècle dernier pis pris la mer, j’ai abouti à Vineyard pis j’ai rencontré le capt’n Slocum de vot gang. Y ma faite grande impression. Pour moé c’était le grand dieu des mers, mé y’était ben taciturne… On a parlé de cé nombreux voyages et de tout cq’yavait vu. Ensuite j’ai djumppé une barge, rluqué la Liberté, remonté le courant d’Hudson comme un somon, travarsé le lac de not’fondateur à Québec, pis descendu le courant du grand cardinal. Rendu à Sorel, j’ai pris une sacrament de tasse… J’avais assé bourlingué pour me tanner, c’était le temps de me câser pour l’hiver. Ben dégrisé, mon paqueton su le dos, j’ai allongé la jambe vers Sainte-Anne… à la brunante j’étais au chnail du Moine. J’avais juss mangé du résin de grève pis j’avais l’estoma din talon, à drette su la ptit butte, de la lumière et de la boucane dans la cheminée, je m’avancé dans l’allé aux bruits du jappeux puis: toc toc toc… Si je peux agrémenter, cé le bess. Si non neveurmagne.

Venant je signe

Le Survenant

Toujours vivant et non revenant

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1- QUI ES-TU?

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Excuse-moi de te formuler la question de cette manière-là, mais qui es-tu?

Merci à toi!

Issacar

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Ben le bonjour Issa Car

Qui suis-je?

Eh ben pour certains c’est le Venant aux Beauchemin, d’autres c’est le fend-le-vent, le beau marle, le rouget frisé, pas l’enfant-Jésus de Prague, l’aventurier et pis neveurmagne.

Salut.

Le Survenant

Grand-dieu-des-routes

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2- LA BEAUTÉ DES ÎLES

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Cher Survenant!

Je suis native de vot’coin de pays (Sorel) comme vous auriez probablement dit! Grâce aux écritures d’une certaine Berthe Beauchemin, votre vie nous a été racontée, portée à l’écran et c’est un peu par votre biais que notre belle région s’est fait connaître. Saviez-vous que nos belles 103 îles ont été reconnues comme réserve nationale de l’Unesco? De quoi sauvegarder notre végétation et la beauté des ces Îles! Une journée à se promener en bateau sur ces eaux est une des choses les plus relaxantes et agréables durant nos étés! Sur quelle île vous êtes-vous installé le plus longtemps?

Bon retour M. Le Survenant!

Marie Hébert

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Merci ben Marily pour vot’lettre du vingt courant.

D’abord j’voudrais pas vous faire des accroires, çé pas mon coin de pays où chus né, mais cé ben vrai que j’yé passé un bon bout de temps, pis que j’en ai des souvenirs intenses. J’ai pas souvenance de Berthe, c’était p’t-être une ptite cousine de mon ami Didace, ah! Didace. C’est lui qui me comprenait le plus, on a ben ravauder et marauder ensemble dans tous les chenaux et rigolets du coin. Que ce soit par les bons soins d’la Noire de Berthe ou ben de Germaine qu’on m’a raconté çé trop d’honneur pis neveurmagne çé vivant les îles.

J’y repasse encore de temps en temps, mé j’rtouve pu tout ce qui y’avait failli me retenir pis on ne me reconnaît pus, pis çé pu aussi sauvage… et nerveurmagne faut pas être trop égoïste, la beauté çé comme l’âme, faut la partager… mais faut aussi la protéger. Une journée çé pas assez… que ce soit à rame, à perche, à godille ou ben à l’aviron, faut y retourner… mais l’essentiel faut pas de bruit…

Comme j’vous disais tantôt, j’ai ben ravauder dans les îles. Quand le temps le permettait, j’embarquais sus la verchère du pére Didace, pis je traversais le grand chenal, j’avais mon coin à pointe de l’Île de Grâce, je barbotais comme un plongeur pis ça faisait jaser les habitants de la commune. Ah nerveurmagne. D’autres fois, avec le ptit canot, je dépassais l’île d’Embarras pis je me rendais à cabane à Zoel, j’attrapais queques barbottes à ligne pis on se cuisait une bonne bouillabaisse sur sa ptite truie et ben sûr agrémenté d’un peu de Saint-Pierre. J’en dis trop, les gars de barges sront pas content et pis nerveurmagne ça fait tellement longtemps.

À la vie,

Le Survenant

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3- ALEXIS LABRANCHE

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Salut Venant,

Germaine était la cousine de Claude-Henri Grignon et je me suis toujours demandé si tu avais déjà «dravé» avec Alexis Labranche. Vous avez tous les deux un peu le même genre.

Guy

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Bonsoer Guy,

Marci pour les histoires de la famille. Eh ben non, j’ai pas dravé avec Jos Branch, j’pense que je tétais encore m’man dans ce temps-là. Pour la drave j’ai plus entendu à propos du ptit Jason, mé y’a pas fait vieux os.

Marci pour ton mot.

Venant

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4- GIBELOTTE

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Survenant,

Je n’en suis pas certain, mais je crois me souvenir que dans le bout de Sorel, on mangeait de la gibelotte et non de la bouillabaisse.

Gaston Guévremont

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Bonsoir Monsieur Guèvremont.

J’vous contrarirez pas en vous disant que vous avez pas tord, mais… Une bonne connaissance à moé, un francé qu’iétait coq s’une barge m’avait donné sa recette de bouillabaisse remodé aux poissons d’icitte, ça fait que quand j’ai mijoté ça pour Zoel, y ma dit: que cé que ste gibelotte que t’as préparé là Venant? Alors neveurmagne, ça peu ben porter deux noms, pas vré?

Le Survenant

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5- TOI ET JÉSUS

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Salut le Venant,

Dans un cours de littérature, ma prof a effectué un parallèle entre toi et le Christ, notamment dans la manière dont tu t’es lavé en entrant chez les Beauchemin, dans ces gens qui venaient de tout le chenail pour t’entendre raconter tes histoires, dans ta chasteté, malgré toutes les mignonnes qui t’auraient voulu pour homme… Angelina par dessus toutes. J’avais trouvé ce lien intéressant. T’en penses quoi toi, de te faire comparer à Jésus dans les grandes écoles modernes? La barre est haute, non?

Amicalement,

M

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Salut à toi,

Mignonne ou Madeleine, chus pas ben ben dans les bondieuseries même si j’porte mon ptit crucifix… c’est ti plus dur d’aimer que d’être aimé? L’histoire de Jésus m’avait fait une ben grosse impréssion au ti cathéchisme, alors je penserais que cé pas rassurant d’être trop voulu… Ah Angélina, tente moé pas. J’ai pas grand pouvoir sus le futur pi les comparaisons dans les grandes écoles, je connais pas d’autres façons pour me laver les mains et de raconter les nouvelles, ces races de monde prendront ben la meilleure partie qui voudront, alors le saut de l’ange, neveurmagne.

Ben respectueusement,

Survenant

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6- CETTE ÎLE

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Très cher Survenant,

Ce que j’aurais aimé causer un moment avec vous! Vous, personnage fictif de Germaine Guèvremont que j’apparente à Zorba le Grec de Nikos Kazanzaki et à ce Dompteur d’ours d’Yves Thériault. Tous trois, vous représentez l’Homme, l’homme différent des autres hommes en ce que vous ignorez le poison de la routine. Tous trois, vous dérangez, vous suscitez tout à la fois amour et haine… Dieu pour les uns, diable pour les autres. Qui étiez-vous donc, cher Survenant?

Angélina, un des personnages-clé de ce roman, vous appelle si joliment Grand-Dieu-des-Routes; Amable, personnage falot, jaloux, vous qualifie de fend-le-vent. C’est à travers les yeux d’Angélina que l’auteure vous décrit: «… le Survenant exprimait le jour et la nuit: l’homme des routes se montrait un bon travaillant capable de chaude amitié pour la terre. L’être insoucieux, sans famille et sans but, se révélait habile artisan de cinq ou six métiers… Non seulement adroit à l’ouvrage et agréable aux filles, mais encore habile à se battre et aussi fort qu’un boeuf.» Qu’exiger de plus d’un homme?

Vous aurez permis au père Didace de transgresser les diktats de la religion du curé et de finir un veuvage étouffant. Vous aurez permis à Angélina —la boiteuse— de se croire femme, femme qu’un homme peut aimer. Vous aurez réveillé le village. Pour un temps, plusieurs se sont mis à rêver. Quel beau cadeau leur avez-vous fait! Mais, que cachaient donc vos mémorables soûlographies, cet attachement à «la bouteille» presque aussi fort que votre amour des femmes? D’où vous vient ce refus de l’amour passionné d’Angélina, de l’amitié de Didace? Pourquoi ce départ sans même un adieu?

Itinérant comme Zorba, comme le Dompteur d’ours, vous habiterez longtemps notre inconscient collectif. Je me demande même, si Charles Dumont, ce poète chanteur songeait à vous en écrivant ce refrain?

Passager clandestin
De l’amour quotidien
Interdit de séjour
Des banales amours
Passager clandestin
Voyageur incertain
Est-ce qu’il existe une île
Au bout de votre exil?
Cette île aurait-elle pu exister pour vous?

Madeleine Gousy

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Bonjour

Le Survenant a existé et existera toujours, que ce soit l’île des gauchers ou l’île à la dérive, c’est un cri d’humanité, encore plus maintenant où tous semblent devenir l’outil de leurs outils… La mouvance est le salut…

Humainement,

Survenant

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7- ANGELINA DANS SA FENÊTRE

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Bonjour Monsieur le Survenant,

Quand j’étais collégienne, une fille qui pleurnichait la face dans le cadre de la vitre du corridor aux amoureux parce que son gars varnoussait ailleurs puis s’occupait pas d’elle, on appelait ça une Angélina-dans-sa-fenêtre… Vous y êtes pour quelque chose?

Cégismonde Lamothe

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Le bonsoir,

Non j’y suis pour rien… Le destin cé le destin. Y’en a qui rgardent passer, dé s’autres qui passent. Nervermagne. Chacun son chemin.

Grand-dieu-des-routes

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C’est-tu du niaisage ça, en monde! «Le cossin c’est le cossin». Franchement! Pas assez homme pour er’connaitre ses torts envers Angélina, en plus. Never more, oui! Peut ben avoir une belle ptite gueule de frau. Rien en arrière, par exemple. Amanché d’même t’es-t-aussi ben d’aller t’cacher pis d’pu survenir en nulle part.

Cégismonde —en criss— Lamothe

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Soir monde en criss…

J’ai ben jonglé à ta lettre de bêtise, y répondre en pareil, gueule de frau tête de fru, mé, ça mène à rien… Je me souviens, quand j’étais ti gars, de l’histoir’du pendu, qu’y avait un fond de vrai… la belle ne l’aimait pas, té clever tu devine le reste… As-tu déjà pensé que c’était pas la noire que je cherchais…

Survenant. Non redresseur de tord.

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Tu m’pinces au coeur là, Surprenant, euhh… Survenant. Tu m’fesses dans mite là. J’en chique la guénille un peu là. Mes airs de Rose Latulipe sapre leu camps à terre un peu là.

Une aut’? Tu… tu vrai ça? C’est… c’est qui tu cherchas après, mon pau’ ti-coune?

Cegismonde, la méméreuse sué bords

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Airs de Rose,

J’te contredirai point dans tes qualificatifs à toé… le yable aurait ben dû t’les amener… J’pense ben que té pire que la mére du pot au beurre noir, toujours un ti mot pour plaire… Té une vré créature, curieuse sans bon sens, mé jte le dirai pas…

À diou va,

Survenant

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Eï non, eï Survenant. Tu vas pas m’chier dins mains d’même! Juss un ti prénom, Survenant. Juss un ti boutte de prénom pi j’te sak patience. Si tu mel’dit m’a t’confier in vieux secret d’sorciére. M’a t’apprendre comment susciter les Jacks Mistigris. C’est toujours utile de pouvoir app’ler les Jacks Mistigris à son secours pour in interlope dans ton genre, qui passe grand temps tou seu su des ch’mins pas sûrs sûrs. Deal?

Cégismonde «pâl au Maudit» Lamothe

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Son ptit nom c’est Sakmouépatience, pis son nom de batèche c’est Blasse. Sakmouépatience Blasse. Tu clair ça, la Monde en monde?

Survenant

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8- D’OU VIENS-TU?

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D’où viens-tu, Survenant?

Louis Martineau

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Comme tu dis si ben mon Louwis j’ai pas mal trotté par route de terre ou ben d’eau, trottant encor cé bin la cause de mon retard. Tu sais bin qu’la souvenance des histoires r’viennent avec un ti boire… Ça pourrait ête la route à tabac, la morue des Sablons, les fers de la Gatineau, la tristesse de Maria ou les chantiers de la Clova… Mé pour ta question cé par le chemin des Patriotes.

Grand-dieu-des-routes

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Vinyenne, Survenant, tu vas pas m’niaiser de même! Si tu veux pas m’parler d’youss que tu rsous, palle-moé au moins in ti brin d’ta trajectoère. Su quelle sorte de route que t’as trotté avant de rsoude au Ch’nal-du-Moène?

Louis Martineau

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Ben voyons Louis!

Les Écureux donnent pas leux cachettes! De l’aval et de l’amont du chemin qui marche, du nord ou ben du sud, l’Acayenne même le sé pas….

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Alors d’Où sé qu’je viens?

Louis Martineau

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Chus toujours là…

Grand dieux des routes

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Pis t’as fait quoi: la drave, le bûchage, le cassage du tabac, les tanneries, les shoppes de sciage?

Ti-Oui

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Cé right true Louis, pis encore plus trente-six de plus… Si t’étais pas loin j’pense ben que j’t’offrirais une ptite shot de la veuve, ma souvenance rviendrait. Quand j’jongle à toute cté années, dé fois chu nostalgique, comme la noire à sa fenêtre… j’me dis que j’aurais plus de mousse si, mais… je pense pareil à bohémienne… Et pis nervermagne, pas de regrets on né comme on né, je demeure…

Survenant

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9- QU’EST-OU QU’O L’E QU’TCHOU GARS? [QU’EST-CE DONC QUE CET INDIVIDU]

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Mé c’ment qu’te caouses, mon gars? À chaque cot’ quand i t’entends, i cré tantôt qu’té dou Poétou, coume moé, tantôt qu’te veï d’mé logne; i pourrais pas dire d’avour. I é ou moins ène chaouse à t’dire: les étranghers, et pis encore les étranghers qu’étant poé de ché nous, i les aimons pas. I te d’mandrons poèt: «D’avour te veï?» ou «D’avour te surveï?», i prendrons nos fourches é i te courrons apras. Veï poé vouler nos poumes itchi.

L’père Matthieu, dans sa farme dou Poétou.

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Je regrette que le père Matthieu ait voulu envoyer à DIALOGUS une lettre rédigée dans son dialecte poitevin. Malgré la proximité de ce parler avec ceux du Québec, il pourrait surgir des problèmes d’intercompréhension; aussi ai-je jugé préférable de placer ici une traduction en un français plus digne d’un site comme celui-ci. J’ose espérer qu’on m’en saura gré.

Louis Roubiac, dialectologue

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«Mais comment parlez-vous, mon cher? À chaque fois que je vous entends il me semble, ou bien que vous venez du Poitou, comme votre serviteur, ou bien que vous arrivez de plus loin; je ne saurais dire de quel endroit. Il est au moins un point que je veux vous préciser: les étrangers, et pire encore les étrangers qui viennent d’ailleurs, nous ne nous sentons aucune affection à leur endroit. Nous ne vous demanderons point: «D’où venez-vous» ou encore «D’où survenez-vous?», nous saisirons nos fourches et nous courrons à votre poursuite. Ne venez point dans nos parages dérober nos pommes.

Matthieu, dans sa ferme du Poitou»

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Ben le salut l’pér Mattiou

On a ben dé vieux malcomodes icitte itou. Le grand dieux dé routes sé comment lé s’amadoué, piqué une ptite pom cé pas ben grave… z’êtes pas si radin en Poitou… d’aprés lé dire P’êtr ben qu’un étrange s’confondrait vec vous’otre. Si tu voué un grand gaillard blanc pi rouquin dans le coin, sors pas ta pique tu suites, faudré causé: d’in coup qu’on aurait in brin d’parenté!

À la revoyure,

Venant

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Bonsoir père Mathieu

Je reviens tout juste de chez Évangéline, mon ancienne maitresse d’école du rang IV. Bien entendu je lui ai montré vos écrits. Tout en flânant aux alentours, ma surprise fut grande en voyant des 200 et 250 ans de fondation avec, vous l’aurez deviné, des noms d’ancêtres venant du Poitou. Évangéline m’a confirmé ses origines poitevines, mais étant survenu toute jeune dans sa région, elle ne m’a rien révélé sur le Survenant. Il y avait dans la région bien des «Races de monde». Alors père Mathieu rangez piques et fourches et sortons l’eau de feu ou de vie.

Survenant

P.S. Ma maîtresse m’a grondé en voyant mon verbe et m’a un peu correctionner…

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Ol é bé vréï itchu! Étchuse-moué. I avé poé pensé qu’i pouvions béï êt’ cousins. Mais o changhe tout’. Te comprends: les étranghers tchi v’nant poué d’ché nous, o faout s’méfier. Les frères et les surs, on est toujours brouillé avec à caouse des tchestions d’héritaghe. Mais in cousin, o l’é poué d’même! Alors te pé v’ni, surtout’ pendant l’hivarte, i avons poué grand chaouse à faire é i nous mettrons ou couin do fû pour que te racontes dou zistouères. Et pi, entre nous: t’en as pas assez d’survenir itchi pi là? T’as pas envie d’avouér ta ferme à toué? Eh bin j’vais ten dire ène boune: l’père Mathurin, mon voésin, l’a qu’ène feuille; o l’é poué in prix d’biâté, mais o l’ét ène solide gaillarde tchi travaille dur. É ale pourra t’apporter ène farme, dou vaches, in tractur é pié d’aout’ chaouses; i pé t’envoéyer les photos, poué d’la feuille mé dou reste.

I t’attends cousin

Père Matthieu.

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Comme je l’avais fait une première fois, je vous envoie une traduction en français; ainsi le public cultivé qui lit DIALOGUS aura-t-il plus de facilité à comprendre.

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Mais cela est vrai. Veuillez recevoir mes excuses. Il ne m’était pas venu à l’esprit que nous pouvions être cousins. Voilà qui change tout. Comprenez, je vous prie: avec les étrangers qui viennent d’ailleurs il est nécessaire de se tenir sur ses gardes. Nous sommes toujours en froid avec nos frères et nos soeurs pour des querelles de succession. Mais avec un cousin il en va autrement. Alors vous pouvez venir, surtout pendant l’hiver: le travail n’est pas pressant, nous nous installerons devant l’âtre pour que vous régaliez l’auditoire de vos récits. Et puis, que cela soit dit en confidence: n’êtes-vous point las de surgir brusquement à un endroit puis à un autre? N’avez-vous point envie de posséder une ferme à votre nom? Eh bien, j’ai une suggestion intéressante à vous faire: mon voisin, le père Mathurin, n’a qu’une fille; il ne s’agit point d’une rivale de Vénus mais c’est une rude travailleuse. Elle pourra vous apporter une ferme, des vaches, un tracteur, et la liste n’est pas close. Je suis à même de vous envoyer les photos, non de la jeune fille mais de tout le reste. Je vous attends, mon cher cousin.

Monsieur Matthieu

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Ben le bonjour cousin Mattiou.

J’accueil vos s’excus, vous pouviez point sawoir, j’pense ben qu’Je dvais pas êt’le seul à galvauder par mers, monts et vals, la parenté y’en a quasi partout. Pis aussi le patrimoine on sé jamais, yé tellement en dettes que dé fois vaut mieux pas y succédé. Ya pas frousse à avoir avec moé. J’aimerais ben r’soude chez vous, pt’êt ben dans l’an qui vient… Nous ôtes icitt en hiver çé ben tranquil din farme itou, pis y’a pu de chantier, y rest que dé curepic dans le bois, comme çé le temps dé fêtes, ça fait qu’on se visit’pis qu’on festoye: du pâté, dla tourtiére, du cipail du ptit blanc un peu caribou, une ptit danse carré pis ça contitue à gauch pi à drette, faut êt’un vrai gargantua pour vivre icitte. Ast’heur citte on se calme en gârdant passer la poudrerie sous lé pagé de clôture, pis le feu de l’âtre nous réchauffe.

Concernant vos entremets à propos dla file de vot voisin, Je vous rmercie grandement, j’espére ben que vous êt’pas compromis avec msieu Mathurin, faudra pas vous met’en brouille à cause de moé. Ya déjà icitte une créature qui me charche le troube parce qui parrait qu’Je rfuse çé zavance. Une farme à mon nom avec tout’le roulant pi le reste ça mé djà arrivé dans le temps ya tré longtemps faudra que je remcontre vot’msieu Bovais pour savoir coment s’en sortir maintenant, dans le temps çétait déjà ben dure… pi j’écoute le parleur mécanic ça pas pas encor maintenant en tout cas… Yé déjà le moment dvous laisser ya encore la fêt à soir à survenir.

Grand-dieu-des-routes

P.S. À propos de «La complainte de la nuit» Évangéline consulte tous ses amis érudits, ça ne chaume pas dans les chaumières, E.N. nous a mis sur les dents.

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10- EN 2005, QUI SERAIS-TU?

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Je voudrais savoir qui tu serais si tu existais en 2005, à quel personnage te rapporterais-tu le plus? Merci à l’avance pour ta réponse.

Vanessa

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Depuis toujours je suis moi. Le Survenant a toujours existé ad vitam aeternam, c’est comme le comte de Saint-Germain et le Fantôme qui marche, mais en mieux, alors je reformule ta question: «que sommes-nous en 2005?» Des hommes et des femmes libres et différents «en quête» de l’inaccessible. Beaucoup d’artistes et de poètes en sont, des circumnavigateurs, des aviateurs de brousse et déjà de jeunes étudiants et étudiantes. En nommer pourrait être discriminatoire ou préjudiciable.

Survenant

P.S. Revu par Évangéline, maîtresse d’école du Rang quatre

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11- LA COMPLAINTE DE LA NUIT

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Sais-tu que souvent je t’envie:
Au moins tu es toujours en vie
Et mieux vaut être Survenant
Que revenant.
Pour les mines émerveillées
Qui t’entourent dans les veillées
Tu fais le joyeux compagnon
Jamais grognon.
Tel peut crier à l’anathème
Mais tu sais qu’une fille t’aime
Et voudrait bien pour l’avenir
Te retenir.
Un jour, pourtant, la route est belle,
Tu t’en iras, calme rebelle,
Et le soir tu t’endormiras
Dans d’autres draps.
Mais s’il arrive que tu sentes
Que des âmes évanescentes
Pour te guider sur ton chemin
Prennent ta main,
Si leur voix te disent: «C’est l’heure,
Prends pitié d’un garçon qui pleure»,
Laisse-les diriger tes pas
N’hésite pas.
Près des croix de mon cimetière
Viens passer une nuit entière;
Tu réciteras du Rimbaud
Sur mon tombeau;
Alors dis-toi si, par la brune,
Tu vois, dans un rayon de lune,
Passer l’ombre d’un korrigan:
«C’est Nelligan».

É. N.

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C’est du gros pètage de bretelles
Du flafla d’intellectuel
Mais ca s’laisse lire comme de raison
Dans l’fourgon,
Dans charette ou ben dans machine.
Ça soulage pas les maux d’échine
Ça fait jusse accrère qu’on vous aime.
C’t’in powème…

Survenant

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12- ONCLE ZÉPHYR

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J’aimerais connaître le patois de l’oncle Zéphyr dans les émissions du Survenant. Merci

Claude

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Su ton raspect, Ti-Claude. Chu pas dans mes grandes illuminations de me figurer de quossé que peuvent aitre c’tes susdites «émissions du Survenant». J’ose en sulement m’adonner à espérer que ces émissions seillent pas trop flatulentes à narine du bon monde du fond de l’alentour. Pis quossé ajouter d’aut’ que de faittte en effet, Zéphyr pale dans son patois, pis qu’on l’a toujours standé d’même.

Tourelou,

Venant

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13- LA MAISON QUE TU AS VU EN RÊVE

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Dis donc, le Survenant, tu crois avoir déjà vu en rêve la maison de Didace. Tu n’aurais pas aimé t’installer là avec la Angélina, et puis la Phonsine et le si gentil Amable —comme il porte bien son nom, celui-là!— ? Sûrement que Didace t’aurait accepté comme un Beauchemin, tu crois pas?

Alex

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Tôrnon, je vas te dire Alex que la chambranle de flagossage de ce que je rêve c’est rien de moins que comme une tempête… surtout quand c’est une shotte de bagosse de trop qu’a knocké le bonhomme pis qui l’a couché drette endormi en travers des tracks du chantier ou ailleurs. Y a ben des engeances de Jack Mistigris pis de trente-six autres types de créatures là-dedans mais que le diable m’enfourche si j’ai déjà rêvé de la maison du père Didace du-dedans ou du-dehors, pis ça, avant comme après que j’y aille été rien de moins que modeste Survenant. Quant à l’idée de m’installer puis de me settler en famille, mets dans ta pipe dret-là qu’avant de seulement l’envisager je voudrais me retrouver en compagnie des Jack Mistigris pis des esquelettes de mes pires cauchemars de boisson ou dans une géhenne sempiternelle.

Venant. Libre pis à tous vents

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14- QUE CHERCHES TU?

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Survenant,

Que cherches-tu en voyageant ainsi, inlassablement, sur les routes? As-tu pensé que le bonheur que tu poursuis pourrait être trouvé en-dedans de toi? À moins que tu ne cherches à te fuir…

Francine

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Francine, ma belle fendante, pense pas que j’couraille apras queuk bonheur foufou en épivarde ou quek paradis pardu fardoché vas savouer comment dins breumes des rangs fermiers pis des routes de portage, rapport qu’tu srais complètment dins pétates avec ça. Pour c’quyen est d’fuir le chien errant qu’est dans mes culottes, t’as ben assez d’jarnigoine de jugeotte pour t’aviser qu’c’est pas ça entoute étou rapport qu’c’est yienk pas faisable en monde in affaire pareille. Dis toé que s’t’apras la libarté qu’j’charche comme tit mouton apras ses méres. La libarté. La libarté pure. Pis ça, ça’s’trouve pas en restant immobile enteur quat’cléons à bailler aux corneilles.

Su vot’respect, tout mon respect,

Venant

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15- UN MET DE SOREL

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Je n’aime pas déranger les gens, surtout les légendes comme vous Survenant, mais est-ce que la «gibelotte» est un mets de chez vous? À moins que j’me trompe, n’est-ce pas du poisson bouilli?

Pierre

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M’a’t’dire mon Pierre, j’ai varnoussé dans trente-six métiers, trente-six miséres pis entre autres jobbines que j’me sus déjâ ramassé pour faire ya eu rien en moins que cook de chantiers. Je peux juss t’en dire que le nom gibelotte est employé pour tant de sortes de concoctions diverses bord en bord d’la province que si fallait qu’tu timbes dans l’lot de tsa t’en finirais drett neyé. J’ai ben peur de pas savoir t’en dire pluss quessa sus l’item.

Lâche pas l’charchage pour autant pis tourelou,

Venant, fend le vent

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Oui, t’as bin raison, mais j’mé trompé j’voulais dire «ratatouille». C’é pas d’la barbotte ça? Continue à meubler nos souvenir d’enfance! Merci!

Pierre

J’y pense-là Survenant, pourquoi tu parles fort de même?

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Pour fend’le vent, mes Pierre. Est bin bonne. Fa l’bon garçon mon p’tit copain. Coudon y’é déyou mon verre? J’en vois deux… Jette tes cartes.

Venant

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T’es tu trompé de question, Venant?

Pierre

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Non, j’me sus trompé d’bouteille…

Venant

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Incorrigible Venant!

Mais tu n’as pas répondu à ma question, Venant, c’est quoi de la ratatouille?

Ti-Pierre

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Une magnierre de mangeaille de je ne sais trop. Gosse les criyatures pour des patentes pareilles.

Venant

le-Survenant-roman

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Clin

Posted by Ysengrimus sur 1 avril 2015

En québécois, un CLIN c’est quelqu’un qui vous regarde avec un air constamment ahuri et, par extension, tout simplement, justement: un ahuri, un conneau, un simple d’esprit…

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La vieille forme québécoise Clin n’apparaît plus guère, en québécois moderne, que dans l’expression ti-clin (ou tit-clin). Utilisé vocativement (Quessé tu penses que tu fais là, ti-clin!) ou nominativement (C’est une ben bonne idée mais les ti-clins du bureau vont-tu suivre?), cette tournure désigne une personne d’une intelligence et d’une stature jugée, disons, fort moyenne par ses pairs. Ti-Clin (ou Tit-Clin) peut aussi être le surnom d’une personne spécifique, plus usuellement, encore une fois, l’ahuri du village. Le remarquable groupe folklorique québécois Le Rêve du Diable, qui fête cette année ses quarante ans révolus de glorieuse existence, nous dépeint, sans ambivalence, les caractéristiques comportementales d’un (petit) clin.

Ti-Clin veut se marier

J’voudrais me marier, j’sais pas du tout comment
J’ai beau tout essayer, je suis trop ignorant
Je me suis présenté à la porte d’un couvent
«Que vous êtes pas gêné, allez allez vous-en!»

J’étais dans une veillé, chose qui arrive pas souvent
Je voulais m’dégêner, je vous le dis franchement
C’était une femme mariée, elle avait des enfants
L’mari est arrivé «BANG», j’ai perdu deux dents.

Je suis un bon garçon, mais je suis malchanceux
J’veillais chez Madelon, ah que j’étais heureux
J’lui demande pour m’embrasser, elle m’a répondu «NON!»
L’bonhomme est arrivé: «Passe la porte mon garçon».

Je frappe chez mon voisin pour faire une commission
Il me dit mon Ti-Clin tu es un bon garçon
J’voudrais marier ma fille au fils d’un habitant
Elle est fine et gentille tu seras ben content.

Je ne l’ai pas mariée car elle n’a pas voulu
J’vous dis qu’a décroché dès qu’a m’a aperçu
«T’as l’air d’un vrai tata, jamais j’te marierai»
J’ai pris mon p’tit paquet, pis j’me suis en r’etourné.

Vous qui êtes mariés dites-moi donc comment
Que vous avez trouvé les filles de votre temps
Moi j’ai tout essayé je suis trop innocent
J’voudrais me marier, j’sais pas du tout comment.

Le Rêve du Diable, Résurrection, Tamanoir, 1996.

Portrait parlant et éloquent, me direz-vous. Maintenant, qu’est-ce que c’est dont que ce clin et, surtout, comment peut-il enrichir notre réflexion fondamentale sur les choses et les êtres? Eh bien, tenez-vous bien, c’est tout simplement le même clin que dans clin d’œil ou dans le verbe cligner (des yeux). Imaginez un olibrius, comme celui de la photo supra, la bouche ouverte qui cligne des yeux compulsivement comme la poupée Fanfreluche, quand vous essayez de lui expliquer quelque chose. C’est lui, l’ultime clin…

Il y a donc, dans la sagesse vernaculaire ancienne, une corrélation entre ne pas voir clairement (visuellement) et ne pas comprendre les enjeux d’une situation. Pour bien exemplifier ceci, je ne résiste pas à l’envie de convoquer le vieil ennemi d’Ysengrim, le goupil Renart. Dans le second chapitre du Roman de Renart, le goupil cherche à capturer Chantecler, le coq. Or, imaginez-vous donc, que le père de Chantecler, que Renart prétend avoir bien connu, s’appelait Chanteclin, ce qui signifie littéralement «celui qui chante les yeux fermés». Cela ne s’invente tout simplement pas. Renart cherche donc, ce jour là, à attraper le coq Chantecler, fils de Chanteclin et, lorsqu’il le rate, car l’autre se méfie pas mal du goupil, Renart cherche à invoquer la fougue artistique de l’héritage comportemental de Chanteclin à son exclusif avantage. Matez-moi ça.

Renart voit avec dépit qu’il a manqué son coup; et maintenant, le moyen de retenir la proie qui lui échappe? «Ah! mon Dieu, Chantecler,» dit-il de sa voix la plus douce, «vous vous éloignez comme si vous aviez peur de votre meilleur ami. De grace, laissez-moi vous dire combien je suis heureux de vous voir si dispos et si agile. Nous sommes cousins germains, vous savez. »

Chantecler ne répondit pas, soit qu’il restât défiant, soit que le plaisir de s’entendre louer par un parent qu’il avait méconnu lui ôta la parole. Mais pour montrer qu’il n’avait pas peur, il entonna un brillant sonnet. «Oui, c’est assez bien chanté,» dit Renart, «mais vous souvient-il du bon Chanteclin qui vous mit au monde? Ah! c’est lui qu’il falloit entendre. Jamais personne de sa race n’en approchera. Il avoit, je m’en souviens, la voix si haute, si claire, qu’on l’écoutait une lieue à la ronde, et pour prolonger les sons tout d’une haleine, il lui suffisait d’ouvrir la bouche et de fermer les yeux. — Cousin,» fait alors Chantecler, «vous voulez apparemment railler. — Moi railler un ami, un parent aussi proche? ah! Chantecler, vous ne le pensez pas. La vérité c’est que je n’aime rien tant que la bonne musique, et je m’y connois. Vous chanteriez bien si vous vouliez; clignez seulement un peu de l’œil, et commencez un de vos meilleurs airs. — Mais d’abord» dit Chantecler, «puis-je me fier à vos paroles? éloignez-vous un peu, si vous voulez que je chante: vous jugerez mieux, à distance, de l’étendue de mon fausset. — Soit » dit Renart, en reculant à peine, «voyons donc cousin, si vous êtes réellement fils de mon bon oncle Chanteclin.»

Le coq, un oeil ouvert l’autre fermé, et toujours un peu sur ses gardes, commence alors un grand air. «Franchement», dit Renart, «cela n’a rien de vraiment remarquable; mais Chanteclin, ah! c’était lui: quelle différence! Dès qu’il avait fermé les yeux, il prolongeait les traits au point qu’on l’entendait bien au delà du plessis. Franchement, mon pauvre ami, vous n’en approchez pas.» Ces mots piquèrent assez Chantecler pour lui faire oublier tout, afin de se relever dans l’estime de son cousin: il cligna des yeux, il lança une note qu’il prolongeait à perte d’haleine, quand l’autre croyant le bon moment venu, s’élance comme une flèche, le saisit au col et se met à la fuite avec sa proie.

Le Roman de Renart, Gallimard, Folio Classique, 1986, p. 34-35 [ré-édition de Les aventures de Maître Renart et d’Ysengrin son compère mises en nouveau langage, traduction en prose modernisée du poème anonyme du XIIe siècle, établie par A. Paulin Paris en 1861]

Ne vous inquiétez pas trop pour Chantecler, ses yeux se rouvriront bien vite et il trouvera une combine ultérieurement pour s’échapper de la prise de Renart. Mais une autre observation s’impose ici. Chantecler s’écrit fort souvent Chanteclerc. Cela nous entraîne directement sur la piste de deux sens possibles pour le nom des coqs dans le monde de Renart et d’Ysengrim. Premier sens possible (descriptif): (Il) chante clair («Il chante fort») fils de (Il) chante clin («Il chante les yeux fermés»). Deuxième sens possible (impératif): Chante, (mon) clerc! («Chante, mon savant!») fils de Chante, (mon) clin! («Chante, mon sot»). Le clerc phrasidoteur est le fils d’un sot qui n’y voit goutte, ou encore: celui qui pérore d’une voix forte descend de celui qui ne voit pas clair. Rien de nouveau, dans la satire moyenâgeuse au sujet justement… des clercs.

L’un dans l’autre, il est limpide ici que le clin, c’est celui qui a les yeux fermés et qui, ce faisant, ne voit pas le danger tapi au fond du tableau global. Le Ti-Clin de la chanson du Rêve du Diable rate son coup parce qu’il ne discerne pas les écueils de sa vie sociale. Et Renart œuvre insidieusement, en fait, à vérifier si Chantecler est aussi sot (aussi clin…) que Chanteclin, dont on devine, avec tristesse, qu’il n’est pas mort de vieillesse…

Le clin d’oeil n’est pas chez nos ancêtres, comme dans la sensibilité moderne, signal de connivence mais plutôt, plus abruptement, indice de pure bêtise… surtout si on cligne des deux yeux. Méditons cette leçon. Il faut indubitablement garder l’œil ouvert et VOIR… à ne pas faire un clin de soi…


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Socio-historicité des «français non conventionnels»: le cas du JOUAL (Québec, 1960-1975)

Posted by Ysengrimus sur 7 août 2014

Souvenir-dun-Joual

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« –Tu sais une chose, Lemieux? Je suis amoureux de ta langue, j’en suis épris, il y a lengtemps que je me penche sur les mots, le verbe est mon culte, tu m’écoutes ou tu m’écoutes pas, Sacrament?

Je vous écoute.

Tu me dis tu, tout de même! Je suis pas un trou-de-cul, comme on dit en joualon. Tu sais ce que je veux dire, le joualon, ta langue? »

Marie-Claire Blais, Un joualonais sa joualonie, p 7.

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Résumé: L’idée de « français non conventionnel » n’échappe pas à la relativité socio-historique. Une classe sociale inscrite dans une étape donnée de changement historique dote (pour un ensemble précis de raisons) d’une dimension symbolique temporaire l’idiome parlé par une autre classe sociale inscrite dans les mêmes changements. S’instaure alors un conflit entre deux normes objectives pour lesquelles la norme de l’autre sera lue comme une non conventionnalité. Lutte inégale, où les classes dominantes ou positionnées détiennent les armes de propagande et où les classes dominées ou en accession possèdent la masse des locuteurs. Entre 1960 et 1975, la rapide mutation de la société québécoise a amené la minorité élitaire en restructuration à jeter un regard soudain réprobatif sur le vernaculaire parlé par les masses. Le concept épilinguistique péjoratif de JOUAL a alors été pris en charge pour cristalliser l’activité démarcative des adversaires, puis des alliés de la valorisation du vernaculaire. Nous tentons de ramener cette crise spécifique d’un « français non conventionnel » au Québec à ses fondements socio-historiques: le passage brutal d’une économie basée sur le secteur primaire à une économie de services et les chocs sociolinguistiques afférents à cette situation.

Abstract: The idea of a « non conventional French » does not escape socio-historical relativity. Within a specific process of historical transformation, one social class may confer a temporary symbolic dimension upon the idiom spoken by another social class. This can lead to a conflict between two objective norms inasmuch as one class will label the opposite norm as « non conventional ». The resultant struggle is uneven since the dominant will control the propanganda machine while the dominated or developping class will hold the vast majority of speakers. From 1960 to 1975, the social shifting of Québec society brought the élite minority-in-transition to abruptly discredit the vernacular spoken by the majority. A pejorative epilinguistic concept known as JOUAL became the focal point which allowed the elite to expose the activities of the opponent class as well as the activities of those who defended or supported the vernacular spoken by the majority. This paper deals with the underlying socio-historical factors which generated this « non conventionnal French » crisis within Québec, specifically the abrupt transition from a ressource-based to a service-based economy including the relevant sociolinguistic clashes.

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C’est sous l’étiquette JOUAL que l’ensemble des particularités du parler vernaculaire français de la majorité de la population du Québec est entré dans la conscience des minorités élitaires de la période 1960-1975. A travers le débat entre puristes et « joualisants », une transposition intellectuelle (inévitablement déformante) des luttes de classes de l’époque se constitue. De variété ignorée, inexistante pour la conscience élitaire, la langue québécoise devient, au sens fort du terme, un français non conventionnel qui s’investit temporairement, bien malgré ceux qui le parlent, d’une dimension cruciale de symbole. Le Grand Dictionnaire Encyclopédique Larousse (1984) résume très bien la version élitaire à propos du joual:

« JOUAL n, m. (prononciation pop. de cheval au Québec). Parler populaire à base de français fortement contaminé par l`anglais, utilisé au Québec.

ENCYCL – Inventé par André Laurendeau, utilisé pour la première fois en 1959 dans un article du Devoir et mis à la mode l`année suivante par le frère J. P. Desbiens dans Les insolences du frère Untel, ce terme a été employé d`abord dans un sens péjoratif pour désigner le français populaire de Montréal, puis brandi comme un étendard par l`école de Parti pris en vue d`assumer la condition d`un prolétariat colonisé. Combattu vivement par ailleurs et dénoncé comme une dégradation du langage dont ne pouvait que bénéficier l’anglais (Jean-Marcel Paquette, Le joual de Troie, 1973), le joual a été illustré au théâtre et dans le roman par Michel Tremblay et Victor-Lévy Beaulieu. Il a tenté momentanément Jacques Godbout et Marie-Claire Blais, mais, par la suite, sa faveur a décliné. »

Le propos du présent exposé est de démontrer que loin de se ramener à des débats d’écoles littéraires comme semble le laisser entendre cette version des choses, la question du joual s’inscrit dans une mouvance idéologique aussi rapide que complexe dont le déterminisme fondamental a été la tertiarisation brutale de l’économie du Québec, économie dont la composante dominante avait longtemps été le secteur primaire. L’une des nombreuses conséquences de ce phénomène socio-économique aura été un bouleversement des représentations épilinguistiques. Sur deux décennies, la question de la langue de communication de la majorité de la population du Québec a soudain accédé à une dimension d’enjeu national. La langue du locuteur dont le père avait été bûcheron et dont le fils allait devenir travailleur social est devenue au cours des années soixante l’objet d’une attention soutenue jusqu’à la panique de la part des minorités élitaires québécoises. Celles-ci découvraient avec stupéfaction que leurs concitoyens s’exprimaient dans un français qu’elles sentaient totalement non conventionnel en vertu des critères qui étaient traditionnellement les siens. Elles s’empressèrent de désigner le sociolecte majoritaire à l’aide d’un métaterme déjà ancien: JOUAL.

Initialement le terme n’était pas employé substantivement mais comme adjectif dans l’expression parler joual qui signifiait, avant 1960, quelque chose comme « jargonner ». Le ton de l’article d’André Laurendeau, nationaliste réformiste écrivant pour la classe intellectuelle dans le journal Le Devoir à la fin des années cinquante, et prétendu « inventeur » du métaterme (contre cette croyance, cf Laurendeau 1987b) donne une excellente idée du malaise des minorités élitaire face aux boulversements sociolinguistiques enclenchés par la conjoncture de l’époque.

« J’ai quatre enfants aux écoles, des neveux et nièces, leurs amis: à eus [sic] tous ils fréquentent bien une vingtaine d’écoles.

Autant d’exceptions, j’imagine. Car entre nous, à peu près tous ils parlent JOUAL.

Faut-il expliquer ce que c’est que parler JOUAL? Les parents comprennent. Ne scandalisons pas les autres.

Ça les prends dès qu’ils entrent à l’école. Ou bien ça les pénètre peu à peu, par osmose, quand les aînés rapportent gaillardement la bonne nouvelle à la maison. Les garçons vont plus loin; linguistiquement ils arborent leur veste de cuir. Tout y passe: les syllabes mangées, le vocabulaire tronqué ou élargi toujours dans le même sens, les phrases qui boitent, la vulgarité virile, la voix qui fait de son mieux pour être canaille… Mais les filles emboîtent le pas et se hâtent. Une conversation de jeunes adolescents ressemble à des jappements gutturaux. (A. Laurendeau, « La langue que nous parlons », Le Devoir, 21 octobre 1959, reproduit dans Desbiens 1960: 152-153.)

Porté par des changements historique profonds dont il ne prend pas conscience, Candide (c’était le pseudonyme de Laurendeau dans cette chronique) aura un peu plus bas ce mot: « Est-ce une illusion? Il nous semble que nous parlions moins mal. Moins mou. Moins gros. Moins glapissant. Moins JOUAL« . Il y avait bien là illusion ou, plus précisément, conscience inversée des proportions réelles. Mais l’illusion ne portait pas sur l’idiome du journaliste, certainement plus épuré que celui de ses enfants, mais sur le « nous » de sa classe sociale qu’il croyait celui de sa « nation » entière.

On observera que les remarques de Laurendeau dépassaient le cadre d’une « sociolinguistique » même sauvage. C’est un ensemble de comportements -parmis lesquels l’activité linguistique- qui suscitent l’inquiétude des bien-pensants. On rejoint là une conjoncture sociale de portée continentale mais qui prendra au Québec la dimension d’une crise de société. Desbiens:

« On parle joual; on vit joual; on pense joual. Les rusés trouveront à cela mille explications; les délicats diront qu’il ne faut pas en parler; les petites âmes femelles diront qu’il ne faut pas faire de peine aux momans. Il est pourtant impossible d’expliquer autrement un échec aussi lamentable: le système a raté. (Desbiens 1960: 37)

Nous dirions aoujourd’hui « le système est en mutation ».

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1.0. Socio-historicité de l’enjeu épilinguistique au Québec: 1960-1975

La compréhension de la socio-historicité du caractère non-conventionnel d’une variété de français comme le vernaculaire québécois va nécessiter un cadrage historique synthétique de la situation socio-économique et sociolinguistique du Québec de la période 1960-1975.

1.1. Organisation de la production. Depuis les dernières décennies du 19ième siècle, le Canada et le Québec sont une sous-région du vaste système du colonialisme économique US. De 1945 à 1960 la situation de prospérité économique et la guerre froide nécessitent des produits miniers et de l’énergie et les décideurs américains vont drainer ces produits de façon massive depuis la colonie canadienne où ils abondent.

De 1945 à 1960 au Québec, comparativement aux autres sociétés industrielles, le secteur primaire est important et le secteur secondaire (industries vieillissantes du « secteur mou » exploitant une main d’oeuvre sous-qualifiée et sous-payée: textile, chaussure) est anémique. Produits forestiers (extirpés selon le mode d’exploitation dit agro-forestier qui consistait à stimuler l’instalation de fermes non viables à proximité de la forêt et à les maintenir non viables de façon à ce que les cultivateurs doivent vendre leur force de travail dans les chantiers de coupe de bois six mois par année), produits miniers et plus récemment énergie hydro-électrique sont drainés vers « nos voisins du sud ». Pour ce qui est du secteur tertiaire il a déjà une importance significative. À partir de 1950 on observe une tertiarisation graduelle de la production (Linteau et Alii 1986: 217). Tout est en place pour un passage brutal et sans transition d’une économie dominée par les activités d’extraction (à l’intérieur de laquelle l’activité agricole ne doit pas être surestimée: son importance est beaucoup plus mythique que socio-économique) à une économie de services.

Au cours de cette même période, l’émergence du secteur minier et le déclin du bois nécessitent des travaux importants de voirie et l’importance grandissante du secteur hydro-électrique va nécessiter une expertise technique. Ces changements dans le gestion de la colonie économique canadienne vont être porteurs de mutations sociologiques profondes. On peut les résumer en disant que la continentalisation de l’économie va impliquer sa modernisation et aussi sa québécisation. Pour rencontrer les nouvelle exigences d’un marché du travail en plein bouleversement, le fils du bûcheron, du cultivateur ou du tanneur devra rester plus longtemps sur les bancs d’école…

En 1960 l’émergence d’une nouvelle élite financière québécoise (Linteau et Alii 1986: 231, 283) n’empêche pas le maintient de l’inégalité de la répartition des richesses (Linteau et Alii 1986: 295): un quart de la population du Québec vit sous le seuil de la pauvreté (Linteau et Alii 1986: 303). Et la grande bourgeoisie québécoise est toujours anglo-saxonne.

1.2. Répartition démographique. L’information cruciale en matière de démographie québécoise est que le population francophone de la province est passée en seulement 200 ans (1760-1960) de 60,000 à 6 millions de personnes pratiquement sans immigration. Au début de la période étudiée, la société québécoise reste ethnologiquement déterminée par cette particularité démographique. Si l’endogamie endémique du temps de l’isolement des paroisses est à peu près résorbée, le sentiment d’appartenance aux « grandes familles » demeure vivace et détermine bon nombre de représentations.

L’autre fait saillant de la période pour ce qui concerne la démographie est son urbanisation galopante. Entre 1951 et 1961 la population agricole passe de 20% à 11% de la population totale (Linteau et Alii 1986:188) et Montréal, de 1941 à 1961, gagne 1 million d’habitants (Linteau et Alii 1986: 259). En 1941 elle représentait 34% de la population du Québec, en 1961, elle en représente 40% Ainsi si la période 1900-1930 s’était caractérisée par un éloignement de la population à cause de la « colonisation » (nom donné au système d’exploitation agro-forestier) et de la constitution des villes minières, 1945-1960 marque l’époque de l’urbanisation de la population québécoise.

1.3. Lutte des idéologies dominantes. La période 1945-1960 (Linteau et Alii 1986: 248, 325) est caractérisée par la lutte entre les bourgeoisies canadienne et québécoise. Un fédéralisme keynesien pronant une gestion globale de l’économie s’oppose au nationalisme québécois traditionnel agrippé au mythe de la société canadienne française rurale et catholique ou encore au nationalisme réformé des nouvelles élites en montée. Langue française et religion catholique sont des leitmotiv auxquels s’attachent encore toutes les loyautés.

1.4. Éducation. Conséquemment aux mutations déjà signalées, l’éducation va connaître un boom inouï qui va littéralement pulvériser l’ancien système scolaire clérical et rural qui aura prévalu jusqu’en 1960. En moins de quinze ans, le nombre des intervenants impliqués dans le système d’éducation va tout simplement doubler. En 1945, l’appareil scolaire québécois compte un peu moins de 730,000 élèves, en 1960 ils sont 1,300,000 (Linteau et Alii 1986: 316). En 1950, le même système emploie 27,000 enseignants, dix ans plus tard, en 1960, ils sont passés à 45,000 (Linteau et Alii 1986: 318).

Le changement n’est pas que quantitatif, il est qualitatif. Témoin le nombre de prêtres, frères et soeurs impliqués dans l’enseignement: en 1945, ils sont majoritaires (Linteau et Alii 1986: 319), en 1960, ils ne forment plus que 31% des effectifs. L’un d’entre eux, qui prendra le nom de plume de frère Untel, poussera, au nom de l’ancienne organisation scolaire, un cri d’alarme qui sera aussi le champs du cygne de tout un système social.

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2.0. JOUAL: genèse d’un concept

Nous ne parlerons pas ici de la langue québécoise comme tel, mais de son reflet déformant dans la conscience de la classe qui façonna le concept de JOUAL. Il s’agit de fournir la description de l’émergence du vernaculaire québécois comme parlé non conventionnel dans la conscience des minorités élitaires à partir de la stabilisation du concept épilinguistique de JOUAL. Un mot d’abord sur le profil sociolinguistique du vernaculaire québécois.

2.1. Conséquences sociolinguistiques du mouvement historique 1945-1960. Au début de la période étudiée, les locuteurs québécois parlent un vernaculaire du français ayant toutes les caractéristiques d’un isolat si on le compare aux autres idiomes du monde francophone. Il s’agit d’un parler commun fragmenté en régiolectes mais fondamentalement homogène. On ne relève pas de patois ni de variétés avancées du type créole etc. Le clivage ville/campagnes est minime mais s’accentuera au cours de la période.

Le vernaculaire est refoulé mais connu des minorités élitaires qui, d’autre part, parlent le français du Québec (cf la définition de ce terme dans Laurendeau 1985a). La rapidité de la mobilité sociale et l’ethnologie de la famille élargie fait que même les locuteurs ayant intégré les formes de prestige en accédant socialement maintiennent un enracinement ethno-familial avec les locuteurs du vernaculaire. L’instituteur Desbiens, dans son cynisme, a bien décrit le phénomène:

« Je me flatte de parler un français correct; je ne dis pas élégant, je dis correct. Mes élèves n’en parlent pas moins joual: je ne les impressionne pas. J’ai plutôt l’impression que je leur échappe par moments. Pour me faire comprendre d’eux, je dois souvent recourir à l’une ou l’autre de leurs expressions jouales. Nous parlons littéralement deux langues, eux et moi. Et je suis le seul à parler les deux. » (Desbiens 1960: 27)

Malgré tout, la culpabilité linguistique est minime avant que n’éclate la crise du joual comme français non conventionnel.

L’anglicisation -strictement lexicale- du vernaculaire québécois est relativement réduite, sauf pour ce qui concerne les terminologies reliées à l’activité de production. En effet, l’anglicisation du vernaculaire québécois n’est pas associée à une situation de bilinguisme ou de diglossie. Elle suit l’activité de production et les aléas du commerce. Le mode de production agricole traditionnel avait en grande partie échappé à l’anglicisation lexicale, ce qui ne fut pas le cas pour le système de production agro-forestier, contrôlé par des anglo-saxons. C’est malgré tout le vernaculaire urbain qui est perçu comme le plus anglicisé et cela tient aussi à la prolétarisation des francophones dans des industries ou des commerces contrôlés par des anglophones. Cette anglicisation lexicale de surface va donner une prise facile aux campagnes de « francisation » de l’ère de l’économie de services. Elle en deviendra plus aisément un enjeu de débat que l’on se donnera avec elle un « ennemi » plus facile à abattre qu’on ne le croit généralement… une sorte de tigre de papier.

2.2. La définition épilinguistique en crise permanente. Avant 1960, le vernaculaire québécois n’a pas de nom précis. L’absence d’un métaterme explicite pour le désigner ne doit surtout pas faire croire à son éventuelle inexistence. Il existe bel et bien, mais ne fait pas suffisamment enjeu pour qu’une appellation soit créée pour l’ostraciser comme non conventionnel. Nous citerons un exemple datant de 1953 où la question de la mimésis des registres sociolinguistiques est abordée dans une critique de théâtre sans que le concept de JOUAL n’opère.

« L’auteur décrit un milieu très actuel, plein de charme et de triste poésie avec un premier souci de réalisme, en ce sens que sa création est issue d’une réalité intense qui l’a ému avec toutes ses ressources: faiblesses humaines, caractères régionaux, langage dévoyé très peu français-du-dictionnaire. Or le théâtre en s’emparant du sujet exhausse les caractères, amplifie les émotions, transforme la langue… Je crois que Zone pèche justement un peu par cette indécision, particulièrement pour la langue. Les acteurs passent de l’accent du métier au langage parfois savoureux et autrement plus direct qu’on appelle canayen. Quelqu’un dira: « Est-ce que c’est lui? » Et l’autre répondra: « J’sais pas ». (Michel Brault, 1 mars 1953 cité dans Dubé 1969: 181-182)

Les paramètres sociolinguistiques sont tous en place. Le français « conventionnel » est un idiome minoritaire, ici un argot du métier d’acteur, alors que les formes « très peu français-du-dictionnaire » viennent directement du milieu social urbain évoqué. Mais pourtant, on ne retrouve pas ce climat de passion panique qui caractérisera onze ans plus tard des débats analogues autour des Belles-soeurs de Tremblay. Et surtout, le mot JOUAL n’existe pas encore.

2.3 Métaphore filée, Éclatement allégorique. Après l’article de Laurendeau, déjà cité, et dont la réflexion, on le notera. s’enracine dans le monde scolaire et non dans le monde littéraire, J.P. Desbiens produira en 1960 Les insolences du Frère Untel (comme on dirait: « Les insolences de l’Instite Tartempion »): 28 éditions, 130,000 exemplaires vendus dont 17,000 dans les premiers dix jours de vente (Linteau et Alii: 591). Toute une classe se sent comme Untel. Celui-ci procède à un violent réquisitoire contre la faillite et la désuétude du vieux système d’instruction publique. On y lit l’affirmation d’une impression de déclin masquant le phénomène réel inverse, celui de l’accès à l’instruction des nouvelles masses urbanisées. Le flot des futurs cadres de la société des services à venir, s’engouffrant dans la petite école de rang du frère Untel, encore désuète pour quelques années, lui donnèrent sur le terrain une fausse impression de décadence. On notera que dans l’essai de Desbiens, la question de la langue est un détail, une facette parmis d’autres de la question plus globale de l’éducation. Ce ne sera plus un détail pour ses lecteurs, qui seront nombreux à croire que Desbiens est l’inventeur du nom JOUAL, alors qu’il ne fut que le premier à filer les premières métaphore d’une rhétorique qui va s’enfler démesurément pendant toute la période:

« …le nom est d’ailleurs fort bien choisi. Il y a proportion entre la chose et le nom qui la désigne. Le mot est odieux et la chose est odieuse. Le mot joual est une espèce de description ramassée de ce que c’est que le parler joual: parler joual, c’est précisément dire joual au lieu de cheval. C’est parler comme on peut supposer que les chevaux parleraient s’ils n’avaient pas déjà opté pour le silence et le sourire de Fernandel. » (Desbiens 1960: 23-24)

Desbiens défend des valeurs sociales dépassées, ses idées sur l’éducation, la morale etc ne seront pas retenues. Mais d’autre part, à partir de Desbiens, une toute nouvelle stratégie d’ostracisation du français vernaculaire va se mettre en place au Québec. Et elle, par contre, sera reprise, car elle correspond à une facette cruciale de la nouvelle gestion des comportements que la tertiarisation de l’économie québécoise va nécessiter. En effet, qui dit service, dit « langue de communication »…

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3.0. Les stratégies élitaires sous-jacentes au concept de JOUAL

Bien avant son utilisation dans la littérature, le vernaculaire sera combattu en tant que ce qu’il est réellement: la langue des masses. De machine à susciter des vocation cléricales au sein d’une minoritée élue, l’école va devenir, pendant la période, un véritable appareil idéologique d’état au sens plein du terme. Comme tel, elle assumera sa fonction d’alignement de la culture « populaire » sur une culture de masse soumise à la houlette des classes dominantes francophones que la tertiarisation est en train de positionner. Les autres appareils idéologiques d’état (notemment les médias) vont emboîter le pas. Le concept de JOUAL devient vite une pièce maîtresse sur cet échiquier idéologique, comme le révèlent l’extension et la diversité de ce concept, ainsi que l’ambiguïté qui sera plus tard maintenue entre ses dimensions de langue littéraire et de langue vernaculaire.

3.1. Purisme et réaction. Le purisme va devenir un comportement dominant chez les classes élitaires. On n’hésitera pas à s’en réclamer au nom d’une forme de progressisme. Dans le passage suivant, Desbiens nous sert sans le savoir l’hypothèse de Sapir-Whorf et le JOUAL est sensé symboliser le passéisme populaire:

« Cette absence de langue qu’est le joual est un cas de notre inexistence, à nous les Canadiens français. On n’étudiera jamais assez le langage. Le langage est le lieu de toutes les significations. Notre inaptitude à nous affirmer, notre refus de l’avenir, notre obsession du passé, tout cela se reflète dans le joual, qui est vraiment notre langue. » (Desbiens 1960: 24-25)

Mais vite le purisme à la québécoise montre son vrai visage, qui est celui de la réaction… et le JOUAL symbolise alors -deux pages plus loin dans le même essai!- l’américanisation des moeurs associée à la continentalisation des rapports socio-économiques:

« Aussi longtemps qu’il ne s’agit que d’échanger des remarques sur la température ou le sport; aussi longtemps qu’il ne s’agit de parler que du cul, le joual suffit amplement. Pour échanger entre primitifs, une langue de primitif suffit; les animaux se contentent de quelques cris. Mais si l’on veut accéder au dialogue humain, le joual ne suffit plus. Pour peinturer une grange, on peut se contenter, à la rigueur, d’un bout de planche trempé dans de la chaux; mais pour peindre la Joconde, il faut des instruments plus fins.

On est amené ainsi au coeur du problème, qui est un problème de civilisation. Nos élèves parlent joual parce qu’ils pensent joual, et ils pensent joual parce qu’ils vivent joual, comme tout le monde par ici. Vivre joual c’est Rock’n Roll et hot-dog party et ballade en auto etc… C’est toute notre civilisation qui est jouale. On ne réglera rien en agissant au niveau du langage lui même (concours, campagnes de bon parler français, congrès etc..). C’est au niveau de la civilisation qu’il faut agir. » (Desbiens 1960: 25-26)

L’idéologie nationaliste des élites québécoises en butte au keynésianisme planificateur du fédéralisme canadien va aussi s’engouffrer dans le débat du JOUAL. Car le vernaculaire est « infesté par l’anglais » ne l’oublions pas. L’axe des luttes nationales va -comme souvent- occulter l’axe plus fondamental des luttes sociales, tandis qu’on va confondre luttes des langues et luttes de ceux qui les parlent. Ici aussi tout est déjà chez Desbiens:

« Quoi faire? C’est toute la société canadienne-française qui abandonne. C’est nos commerçants qui affichent des raisons sociales anglaises. Et voyez les panneaux-réclame tout le long de nos routes. Nous sommes une race servile. Nous avons eu les reins cassés, il y a deus siècles et ça paraît. » (Desbiens 1960: 270)

Pas à pas, le discours sur le joual va devenir une sorte d’hystérie intellectuelle où les nouvelles élites vont procéder au lent exorcisme corrolaire à leur ascension. On pourrait développer longuement sur la question du JOUAL-SYMBOLE. D’autres objets culturels érigés ainsi en symboles firent l’objet du mêmes type d’acting out pendant la période: pratiques religieuses, musique folklorique, cuisine traditionnelle etc. À travers l’écheveau touffu de ces diverses transpositions où tous les aspects de l' »identité québécoise » s’enchevêtrent, une ligne se maintien sur la question du joual: purisme et réaction. Le vernaculaire est combattu par les instances associées aux nouveaux paramètres de pouvoir en émergence.

3.2. Réductionnisme topique, stratique, chronologique. La stratégie de lutte contre le vernaculaire sera une procédure de propagande de la plus pure eau. Le fait d’enfermer le vernaculaire sous l’étiquette d’un métaterme avait déjà en soi un formidable potentiel réducteur. Le réductionnisme prendra son allure de croisière lorsque le discours élitaire fournira pour lui-même et pour les masses la DÉFINITION du terme. On cherchera à circonscrire le JOUAL à un espace (réductionisme topique), à une classe que l’on minorisera dans le même souffle (réductionisme stratique), à la vogue d’un temps (réductionisme chronologique). Ces procédures tâtonneront jusque vers la fin de la période où elle se stabiliseront dans une version des choses relativement unifiée (que même des dictionnaires encyclopédiques reprennent!). Séguin 1973 fournit le cas exemplaire:

Réductionnisme topique: « Montréal »

« Le joual, qu’est-ce que c’est? Les opinions varient. On ne peut pas appeler « joual » la manière de parler des québécois des régions rurales. Il faut, je crois, limiter sa signification au langage anglicisé et martyrisé d’un milieu urbain pauvre, d’une certaine classe dépossédée des grandes villes comme Montréal? [sic] » (Séguin 1973: 11)

Réductionnisme stratique: « une minorité »

« Je travaille avec des gens de chez-nous qui s’expriment convenablement, à leur manière, c’est-à-dire avec des expressions de chez-nous, ce qui est tout à fait normal. Ce n’est pas du joual. Alors où se trouve le joual? Il nous est surtout imposé, semble-t-il, par les médias d’information qui ne l’utilisent pas mais qui en parlent. Par les partisans de ce parler hybride qui l’expliquent en employant (forcément) le meilleur français. » (Séguin 1973: 11)

On comparera ces affirmations avec la description beaucoup moins triomphaliste de la pression de la culture vernaculaire sur la langue ampoulée que Turenne 1962 déplore en préface de son Petit dictionnaire du « joual » au français:

« Le Canadien français est son propre ennemi sur le plan linguistique. Même s’il connaît convenablement le français, il a peur de la parler et surtout honte de le bien parler. Il craint de se rendre ridicule auprès de ses propres compatriotes. […]

Je termine en formulant un voeux: après avoir longtemps ridiculisé ceux qui parlaient bien, pourquoi ne ririons-nous pas à l’avenir de ceux qui parlent « joual ». » (Turenne 1962: 10)

Réductionnisme chronologique: « une langue littéraire, une mode »

Si l’appropriation littéraire du vernaculaire révèle le primat du souci de l’évocation d’une réalité sociale sur la convention littéraire, elle se verra graduellement réduite à une nouvelle convention littéraire frondeuse, une convention du « non conventionnel » (cf Laurendeau 1988a). Le discours élitaire aura alors le beau jeu d’isoler cette poignée d’auteurs et de dire qu’ils sont les seuls à s’exprimer en vernaculaire. La propagande fournira alors une simple inversion des rapports réels: le joual ayant produit une école littéraire, on prétendra que c’est une école littéraire qui produit le joual. Séguin (on notera les « bas-fonds des milieux pauvres » que d’autres n’auront plus tard même pas le scrupule de mentionner):

« Mais de joual toujours aucune trace. Ah! si pourtant. Tiré des bas-fonds de milieux pauvres, on le trouve dans la langue d’un certain théâtre qui vous le fait connaître en osant l’écrire. Dans les pièces de certains auteurs bien cotés du moment, que de bons acteurs acceptent de jouer, attirés par le côté tragique de ces drames. » (Séguin 1973: 11)

Tant et si bien que lorsque ces auteurs se mettrons, quelques années plus tard, à écrire en français livresque, on donnera la perte de vogue de la mimésis écrite du vernaculaire comme un symptôme de sa prétendue disparition sociolinguistique.

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4.0. Socio-historicité du « non-conventionnel »: le passage à l’après-joual

Vers 1975, on commencera à éviter l’usage du métaterme JOUAL au profit d’appellations moins virulentes comme « français québécois », « langue québécoise » etc. Le caractère « non conventionnel » du vernaculaire québécois se résorbera dans le même temps. Cette stabilisation idéologique se fonde sur une stabilisation socio-économique qui est celle de la nouvelle donne des années 1975-1985. On atteint une sorte de pallier.

4.1. Organisation de la production. La période 1960-1980 voit le boom du secteur tertiaire québécois: transports, communications et autres services publics, commerce, finance, assurance, affaires immobilières, services socio-culturels, administration publique (Linteau et Alii 1986: 466). Tant et si bien qu’en 1981, 5.6% des emplois sont du secteur primaire, 24.6% des emplois sont du secteur secondaire et 70% des emplois sont du secteur tertiaire. (Linteau et Alii 1986: 165, 522). Au sein du tertiaire, le secteur des services accapare 14% du produit intérieur brut en 1961, 21% en 1971, 24% en 1981. Il occupe 20% (en 1961) puis 28% (en 1981) de la main d’oeuvre (Linteau et Alii 1986: 480). La nouvelle classe du secteur des services s’exprime dans le « langue de communication internationale » du Québec: le français…

4.2. Répartition démographique. Entre 1960 et 1970 près de 1,200,000 québécois(e)s atteignent l’âge de 14 ans. Le JOUAL fut aussi la langue de la génération des « baby-boomers ». On observe un plafonnement de l’urbanisation en 1970. Il y a stabilisation du mouvement démographiques chez les francophones. De 1961 à 1971, Montréal passe de 40% à 45% de la population globale en passant de 2,1 à 2,8 million d’habitants (Linteau et Alii 1986: 495).

4.3. Lutte des idéologies dominantes. C’est le nouveau nationalisme conquérant voulant englober toute la vie de la société qui l’a emporté. Une appareil d’état complexe et tentaculaire dicte le ton idéologique. Sur la question de la langue une priorité: la volonté de « franciser » (Linteau et Alii 1986: 512).

4.4. Éducation. Avec la réforme scolaire d’envergure instaurée à partir de 1960 (Linteau et Alii 1986: 598) on assiste à un assouplissement et à une américanisation de la pédagogie (Linteau et Alii 1986: 602). Le vernaculaire trouve timidement sa place dans la salle de classe, au nom de l’expressivité de l’élève. En 1961, la fréquentation scolaire devient obligatoire jusqu’à l’âge de 15 ans. Il y aura eu près de 480,000 étudiants de plus dans le réseau scolaire en 1970 qu’en 1960 (Linteau et Alii 1986: 601). Mais le déclin rapide de la natalité associé au nouveau contexte social fera ensuite baisser le nombre d’étudiants qui reviendra au niveau de 1960 vers 1980.

4.5. Conséquences sociolinguistiques du mouvement historique 1960-1945. Les conséquences sociolinguistiques actuelles de cette étape historique sont décrites ainsi par J.-D. Gendron, depuis son point de vue de classe:

« C’est devenu ainsi au Québec: lorsqu’on parle en public, on doit prononcer plutôt à l’européenne, sauf que ce modèle ne s’appliquait pas autrefois de façon aussi courante qu’on le fait maintenant, parce que maintenant, il y a une classe de gens, professeurs, fonctionnaires -ils sont 60 000- qui sont, et ils le savent, les représentants de l’État. Il y a peut-être un demi-million de gens qui sont conscients qu’ils sont des citadins et qu’ils font partie d’une nouvelle classe, qui voyagent beaucoup, qui ont des contacts avec l’extérieur: c’est tout ça qui a joué un rôle ». (Gendron 1985: 98)

En collant à cette analyse, cela nous donne encore 5 millions et demi de parlant vernaculaire maintenant une variation linguistique à peu près semblable à celle de la période précédente, avec toutes les pressions sociolinguistiques que cela implique sur les minorités élitaires. Mis, par F. J. Hausmann, devant la réalité de cette masse de locuteurs du vernaculaire toujours présente, Gendron, moins assuré, s’exclame:

« … mais il y a d’énormes variations, c’est très évident, d’énormes variations même, par exemple, entre les professeurs qui sont des représentants de ce modèle lorsqu’ils parlent publiquement. (Gendron 1985: 97)

En termes prosaïques: pas de changement sociolinguistique majeur chez les francophones. La crise du JOUAL fut une crise des consciences bien plus qu’une crise des idiomes effectifs. Or au plan idéologique, qu’observe-t-on: la marginalisation réelle du concept de JOUAL tant chez les pro- que chez les anti- et le déclin du courant littéraire « joualisant » ont entrainé une marginalisation mythique du parler vernaculaire lui-même dans la conscience et dans l’attention de la minorité élitaire. On a donc:

mythe: déclin du vernaculaire.

réalité: déclin du caractère non conventionnel du vernaculaire.

L’étape de désignation du français non conventionnel (JOUAL comme appellation ET ostracisme) est suivie de son rétrécissement dans l’idée qu’on s’en fait: école littéraire ou sociolecte marginal. En fait, le vernaculaire ne décline pas, c’est son caractère non conventionnel qui décline. Sans trop oser le dire, on s’y est fait dans les salons… Le vernaculaire effectif dont nous n’avons guère parlé ici, poursuit, pendant ce temps, la trajectoire de son évolution sociolinguistique qui est celle des grandes phases.

De façon toute temporaire, la bourgeoisie québécoise issue de l’émergence de la société des service a gagné son pari. Jusqu’à la fin des années 1980 environ, elle a pu établir son contrôle et son hégémonie idéologique sur cette petite société occidentale nord-américaine. Entre autres batailles, elle a aussi (temporairement toujours) remporté la bataille de la « langue de communication ». À la panique d’un Desbiens succède la tranquille suffisance d’un Gendron. Le système qu’il représente lui, n’a (toujours) pas flanché. Le vernaculaire a perdu son ampleur de symbole puisque le vrai enjeu, qui était de le freiner comme idiome des classes élitaires dans la mouvance des changements structuraux des années soixante, est pour le moment une affaire « classée ». Le concept de JOUAL dépérit donc de lui-même (pas complètement d’ailleurs, cf Laurendeau 1990h). Une phase socio-historique de « non conventionnalité » se clôt pour un idiome français.

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Histoire d’un joual

C’est l’histoire d’un petit joual.
C’est l’histoire d’un joual.
Il couraille dans de la vieille bouette.
C’est l’histoire d’un joual.

Il galope devant la buvette.
L’histoire d’un petit joual.
Le chercheur d’or mordille son or.
C’est l’histoire d’un joual.

Le joual a peur de finir mort.
L’histoire d’un petit joual.
Saigné par des bouchers retors.
C’est l’histoire d’un joual.

Il s’esquive donc dans le lointain.
L’histoire d’un petit joual.
Il cuve son virulent purin.
C’est l’histoire d’un joual.

Une fort jolie dame prend son bain.
L’histoire d’un petit joual.
Un grand personnage joue aux cartes.
C’est l’histoire d’un joual.

Un jour, il faudra bien qu’ils partent.
L’histoire d’un petit joual.
Quand le village s’urbanisera.
C’est l’histoire d’un joual.

Quand le village s’étiolera.
L’histoire d’un petit joual.
Le joual aussi disparaîtra.
La roue de l’histoire c’est ça.

C’était l’histoire d’un petit joual.
C’était l’histoire d’un joual.

(Tiré de mon recueil L’Hélicoïdal inversé (poésie concrète), 2013)

LAURENDEAU, P. (1992), « Socio-historicité des ‘français non conventionnels’: le cas du Joual(Québec 1960-1975)« , Grammaire des fautes et français non conventionnels, Presses de l’École Normale Supérieure, Paris, pp 279-296.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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