Le Carnet d'Ysengrimus

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«Haine d’Arabe»

Posted by Ysengrimus sur 21 février 2014

Une citation d’Objectif Tintin  — le site interactif des amis de Tintin

Haine d’Arabe: Titre d’un film, en cours de tournage par la firme « Cosmos Pictures » qui a nécessité la reconstitution, en plein désert, d’une ville entière. Ces moyens, considérables, s’expliquent par le fait que « Cosmos Pictures » est une entreprise de l’empire du célèbre milliardaire Rastapopoulos. Tintin, ignorant qu’il s’agissait d’un film, intervient malencontreusement lors du tournage d’une scène.

(Dans « Les cigares du pharaon »).

CMJN de base

De toniques Arabes de mon voisinage, dans la jeune vingtaine, me posent la question en toute spontanéité: l’image négative des Arabes et des musulmans remonte t’elle aux attentats du 11 septembre 2001? Je réponds sans hésiter que non. Et de détailler la chose, pour mes jeunes compatriotes d’origine arabe. Dans le demi-siècle avant le onze septembre, un des principaux vecteurs récurrents de l’image intoxidentale négative des Arabes fut le conflit palestinien. Éléphantesquement hypertrophié dans les médias, ce lancinant abcès de fixation était toujours analysé et décortiqué dans le même sens. Je ne m’étends pas sur cette question archi-connue dont personnellement, par solidarité pour des causes plus graves et moins médiatisées, je ne parle jamais. Passons, donc. L’avant onze septembre vit aussi les belles années du discrédit de l’Irak. Saddam Hussein (1937-2006) s’étant emparé du Koweït (1991), on le démonise subitement, l’accusant de gazer son peuple et de commander «la troisième armée du monde». La légitimation de sa capture, de sa mascarade de procès et de sa pendaison hâtive fut amplifiée par le onze septembre, certes. Le meurtre antérieur de ses fils (les fameux personnages de cartes à jouer recherchés par les forces d’occupation américaines) aussi, indubitablement. Mais, un bon moment avant le détournement de la crise du ci-devant 9/11 par George Bush Junior vers l’Irak, son père, George Bush Senior, ancien vice-président de Ronald Reagan, oeuvra méthodiquement à détruire l’image antérieurement positive de Saddam Hussein. L’enjeu était d’autant plus sensible que, circa 1991, le syndrome vietnamien jouait encore fortement sur la psychologie de masse américaine. Il s’agissait donc, en faisant d’une pierre deux coups, de montrer que Hussein était un mauvais gars, un voyou passablement costaud MAIS AUSSI que le vaincre était jouable. Il fallait de nouveau vendre crédiblement la notion lancinante et peu populaire de guerre de théâtre. Ce fut la grande réalisation belliciste et militariste de George Bush Senior d’imposer, dans la conscience occidentale, cette idée des guerres sectorielles jouables, en guise de substitut conflictuel de la guerre froide. Pour ce faire, on joua à fond les Arabes contre les Kurdes (d’Irak). Antérieure au cap intox mis sur l’Afghanistan/Pakistan (changement de cap intox justement lancé par le onze septembre), on peut dire que la décennie 1990-2000 fut la grande décennie du salissage médiatique (et de la préparation à la destruction matérielle) de l’Irak. L’incident Jessica Lynch (2003) en marqua une sorte de point d’arrêt ou de hoquet temporaire, sans pour autant que l’image des Arabes ne s’en rehausse vraiment durablement.

Alors, poursuivons ce petit recul dans le temps. 1980-1990 fut, elle, la décennie du salissage de l’Iran, donnée comme l’archétype théocratique. Les Iraniens NE SONT PAS Arabes mais Perses, sauf que le confusionnisme sur leur ethnicité est perpétué en permanence dans le discours d’intox, dont l’ethnocentrisme crasse et primaire dans lequel on maintient les masses nord-américaines reste le vivier les plus purulent. L’Iran des ayatollahs du début de la période deviendra d’ailleurs subrepticement, au cours de la décennie, l’Iran des mollahs, de façon à ce que la rhétorique islamoclaste ratisse plus large, plus ample, plus général. Cette période commence en force et en grandeur: révolution iranienne (1979), crise des otages de l’ambassade américaine de Téhéran (1979-1980), passation de Jimmy Carter à Ronald Reagan, avec cette crise internationale majeure en toile de fond. Il y a bien alors encore des continuateurs de la guerre froide qui présentent les étudiants islamistes preneurs d’otages comme des «agents de Moscou» mais cette doctrine déjà vieillissante se résorbe lors du déclenchement compradore de la très meurtrière guerre Iran-Irak (1980-1988). L’image de Saddam Hussein est alors positive et laudative (c’est dans ce temps là qu’on lui remit les clefs de la ville de Détroit, entre autres) et on nous raconte que les irakiens sont des musulmans sunnites (ce qui est un mensonge d’intox) et que les iraniens sont des musulmans shiites (ce qui est vrai). Il y a donc «encore» des bons musulmans et des mauvais. Les iraniens sont les mauvais. La prise d’otage de 444 jours du début de la période et les éructations grossièrement antisémites du président iranien Ahmadinejad de la fin de la période n’arrangent rien pour l’image de l’Iran. Pour mémoire, c’est aussi l’époque où, subitement, on ne dit plus Golfe Persique mais Golfe Arabo-persique pour faire sentir, si possible, que le hautement pétrolier Détroit d’Ormuz est à tout le monde (pas juste aux Perses). Inutile de dire que le Arabo- a derechef disparu de cette désignation depuis le temps… C’est que, de fait, si ces faux Arabes que sont les Perses en prennent pour leur grade pendant cette décennie, les vrais Arabes ne sont pas, eux non plus, en reste. Notamment en France. C’est que ce sont aussi les années Mitterand/Le Pen. Souvenons-nous bien. Soit par électoralisme myope soit par crypto-pétainisme convaincu, soit les deux, le «socialiste» François Mitterand (1916-1996), potentat fétide s’il en fut,  laisse fleurir le Front National de Jean-Marie Le Pen qui, lui, est au zénith de sa xénophobie militante et qui emmerde la droite française, la ratatine et la divise. Ce sont les années de l’évocation en ritournelle de «Charles Martel arrêtant les Arabes à Poitiers». Le mouvement Touche pas à mon pote et des franc tireurs pathétiques et émotifs genre Harlem Désir feront tout pour freiner la surchauffe croissante d’un hystérie ethnocentriste qui, on peut le dire avec le recul, fut française avant que de devenir occidentale.

1970-1980. Cette décennie est dominée par le premier (1973) et le second (1979) chocs pétroliers. En 1973, le pétrole brut se vend 1 (UN) dollar le baril. En peu de mois l’OPEP (un sigle qu’on va vite apprendre à connaître) fait passer ce prix de 1 à 3 (TROIS) dollars le baril, en disant très explicitement que ça va faire, l’abus compradore post-colonial en matières énergétiques. Panique inflationniste en Occident. Tout un mode de vie joyeux et folâtre est ouvertement compromis, menacé, condamné. La faute à qui? La faute aux Arabes. L’Arabe devient alors un personnage durablement caricatural. C’est un scheik en tenue ample, genre Saoudien, milliardaire, arrogant, somptuaire et cassant, viscéralement commerçant, qui dit, en roulant les orbites: «Ti vé ti di pétrole… dé tapis…» Je ne plaisante absolument pas. Revoyez les bandes passantes du temps. On lance aussi, dans le discours d’intox, la notion pseudo-économique de pétro-dollars. Les pétro-dollars, c’est des dollars identiques aux miens et aux vôtres, gagnés en suant sang et eau, comme les miens et les vôtres, mais la propagande du temps donne vraiment l’impression que c’est de l’argent de Monopoly. La notion de pétro-monarchie, beaucoup plus pertinente du strict point de vue socio-historique, ne sera mise en circulation que plus tard. Les Arabes, dans ce temps là, «ne vivent pas» dans des monarchies rétrogrades qui freinent le progrès social et oppriment les femmes. Les Arabes, dans ce temps là, bénéficient de la protection des avions AWACS américains. Et surtout, ils «sont riches». Pendant cette période, les Arabes sont tous arrogants, ricanants, faussement obséquieux et riches. Il n’y a que des Arabes cons et riches. On pourrait leur vendre la tour Eiffel. Ils importent même du sable fin (sic) pour les filtres des piscines de leurs palais somptuaires…

1960-1970. La version guerre froide du conflit palestinien culmine dans les très traumatique Guerre des Six Jours (1967) et Guerre du Yom Kippur (1973). L’Arabe est alors un inquiétant Fedayin pro-soviétique avec une mitraillette et un keffieh en nappe de maison de campagne rouge et blanche, genre Arafat. Yasser Arafat (1929-2004) lui-même est évidemment, justement, un fort mauvais gars (pas encore Prix Nobel de la paix, il s’en faut de beaucoup). Il est rien de moins que le Fidel Castro du Moyen-Orient. Les seul bons Arabes sont Abdel Nasser (1918-1970) et son (futur) successeur Anouar el-Sadate (1918-1981) parce qu’ils se fringuent en costards et embrassent ouvertement les valeurs occidentales. Plus tard, de vilains pro-iraniens tueront Sadate, mais pour le moment, moi (né en 1958) je lis des Tintin et je prend pensivement connaissance des inoubliables séquences du film de la Cosmo Pictures du méchant et ricanant millionnaire grec Rastapopoulos, dont le titre, syntaxiquement ambivalent, me laissera longtemps dubitativement rêveur (notamment sur le thème de grande portée contemporaine du malentendu): Haine d’Arabe.

Alors, pour tout dire, en fait, quand je cherche, dans ma trajectoire personnelle ou dans notre histoire intoxico-médiatisée récente, quelque chose de positif qu’on a pu éventuellement me raconter un jour au sujet des Arabes, je ne trouve que quelques pets de nuées philosophiques. Ils ont inventé les mathématiques et ont permis à la sagesse d’Aristote (si tant est) de passer à travers le Moyen-âge. C’est à la fois beaucoup et peu. Et surtout, notez bien que c’est ancien, que c’est vénérable, qu c’est du passé, que ce n’est pas contemporain. Car justement, il y a cette boutade incroyablement probante (et odieuse) au sujet de Star Trek et des Arabes. Vous la connaissez? Elle va comme suit:

— Sais-tu pourquoi il y a pas d’Arabes dans la série télévisée Star Trek?
— Non…

— Parce que c’est un feuilleton qui se passe dans le futur…

«Hilarant» non? Cela me colle dans le visage le rictus crispé de Rastapopoulos, tiens. Et pourtant, c’est tout juste le contraire. Les Arabes et les musulmans, c’est tout ce qu’il leur reste, le futur. Et le futur, eh ben, ça vient vite, de nos jours. Tant et tant qu’à leur sujet, il serait peut-être un peu temps de changer de disque…

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Tiré de mon ouvrage: Paul Laurendeau (2015), L’islam, et nous les athées, ÉLP Éditeur, Montréal, format ePub ou PDF.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Jessica Lynch: le parti de ne pas mentir… sans trop en dire…

Posted by Ysengrimus sur 1 avril 2013

LYNCH

Il y a dix ans aujourd’hui avait lieu le «sauvetage» de la soldate américaine Jessica Lynch en Irak. Va alors se mette en place un exercice très étrange –parfaitement inouï, en fait– de désamorçage de la machine-spectacle de propagande de guerre américaine. Et, comme toutes les démarches engageant une modestie authentique, le tout laissera finalement bien trop peu de traces utiles sur nos mémoires et sur notre pensée. Rappelons les faits.

Été 2000: Jessica Lynch, 17 ans, s’engage dans l’armée américaine. C’est une des nombreuses personnes de condition modeste que l’armée arrive à embringuer pour des raisons plus économiques que patriotiques. Aspirant à payer ses études universitaires et percevant l’entrée dans le service comme une sorte de gestus bureaucratique sans danger réel (c’était avant le onze septembre 2001), la jeune étudiante de secondaire originaire de Palestine (Virginie Occidentale) se «spécialise» dans le travail d’entretien. Elle sait abstraitement qu’une guerre est toujours possible mais ne croit pas vraiment qu’elle se retrouvera un jour au front.

23 mars 2003: Jessica Lynch est au front. Elle fait parti d’une équipe d’entretien rattachée au service d’une batterie texane de missiles Patriotes. Elle prend place, en compagnie de la petite équipe de la 507ième compagnie d’entretien, dans un long convoi de six cent (600) véhicules qui s’étale dans le désert, lors de l’avancée sur Bagdad au sein de l’opération Iraqi Freedom. Son segment du convoi prend un mauvais tournant et se retrouve sur la route menant à Nasiriyah. La bataille de Nasiriyah fait rage et les troupes américaines sont concentrées sur la prise de la ville. Le convoi dans lequel prenait place Jessica Lynch tombe dans une embuscade. Onze soldats sont tués et six sont fait prisonniers, dont Lynch. Le véhicule dans lequel elle prenait place a fait une embardée et la soldate est gravement blessée. Son arme s’étant en plus «enrayée», elle n’a tout simplement pas pris part aux combats.

Entre le 23 mars et le premier avril 2003: Jessica Lynch, gravement blessée aux jambes et à une hanche, est soigné par du personnel irakien à l’hôpital de Nasiriyah. Le témoignage ultérieur de la soldate est très explicite, ferme et limpide sur le fait qu’elle fut traitée avec humanité par un personnel soignant manquant de ressources mais faisant tout son possible pour la réconforter et réduire sa douleur. Le 30 mars, une tentative aurait même été faite de conduire Jessica Lynch en ambulance au camp d’occupation américain voisin mais il aurait fallu renoncer à mener cet effort à terme, les soldats américains ayant tiré sur l’ambulance irakienne. Un certain nombre de citoyens irakiens (le Pentagone les décrira ultérieurement comme des informateurs irakiens) font éventuellement savoir à l’occupant américain les détails de la localisation de la soldate Lynch et des cinq autres prisonniers. Il est clair qu’on cherche à régler cette affaire assez délicate sans y surajouter de complications supplémentaires.

Premier avril 2003: Dans une opération filmée, dont il est reconnu aujourd’hui qu’elle procédait plus de la mise en scène que de l’action réelle (certains observateurs affirment même que les flingues étaient chargés à blanc), des fusiliers marins, des membres du groupe tactique SEAL et des Rangers procèdent au «sauvetage» de Jessica Lynch. En un de ces implicites dont seules les armées en campagne ont le feutré secret, les militaires irakiens s’étaient repliés la veille, laissant le champ libre, dans l’hôpital de Nasiriyah et ses alentours, aux militaires américains. Dès le lendemain du «sauvetage» (2 avril), une bande vidéo dudit «sauvetage» est émise par les services de relation publique de la défense américaine. On y raconte notamment que la soldate Lynch a été blessée par balles. Cette affirmation sera plus tard infirmée par le personnel soignant de l’hôpital de Nasiriyah, par les soigneurs de Jessica Lynch et par Jessica Lynch elle-même. Elle ne souffre en fait que des séquelles d’un grave accident de voiture.

27 août 2003: Après plusieurs opérations chirurgicales et au milieu de la mise en place d’un long programme de réhabilitation physique, Jessica Lynch, âgée maintenant de vingt ans, est démobilisée. On la chamarre des décorations suivantes: l’étoile de bronze, le Purple Heart, la médaille des prisonniers de guerre, la médaille du service national, la médaille de la guerre contre le terrorisme et le ruban du service militaire. Le gouverneur de Virginie Occidentale lui alloue une bourse d’étude. Entre son «sauvetage» et sa démobilisation, l’histoire d’une héroïque combattante tirant du flingue sur l’ennemi et se battant sans peur a eu le temps d’être mise de l’avant par le Pentagone puis complètement éventée par les différents observateurs et par le public. Le Pentagone est donc forcé d’émettre des communiqués de presse niant ouvertement sa propagande initiale et adhérant à l’idée acceptée aujourd’hui d’un accident de voiture au cours de l’offensive et d’une soldate n’ayant absolument rien pu faire pour se défendre. Aussi, ultérieurement, Jessica Lynch n’avait plus vraiment besoin de s’échiner à éventer le mensonge propagandiste de son «héroïsme» car c’était déjà fait (et lui valait même déjà de recevoir un certain nombre de lettres haineuses, dans le flot débordant de la correspondance que lui avait valu sa mésaventure). Restait, par contre, le mythe de son «sauvetage»…

Automne 2003: Jessica Lynch commence à parler et à donner sa version des faits. Elle ne se gênera pas pour bien cogner sur le clou déjà enfoncé. Elle niera tout héroïsme, toute implication dans la moindre action de combat. Elle insistera sur le caractère humain et respectueux de son «incarcération» à l’hôpital de Nasiriyah. Elle parlera, toujours en termes très sobres et modestes, de ses compagnons et compagnes, morts au combat. Ses vues, discrètement critiques, s’exprimeront avec la même cohérence lors de sa collaboration à l’ouvrage racontant son histoire, paru fin 2003. To Jessi and the soldiers of the 507th, it was like trying to run in the rain without getting wet. Where were the happy, liberated people they were supposed to meet, those who would throw flowers, not grenades. Jessi had not bought that line completely, but she had hoped it was true. [Pour Jessi et pour les autres soldats et soldates du 507ième, ce fut comme tenter de courir sous la pluie sans se mouiller. Où donc était ce peuple heureux, ce peuple libéré, qu’ils étaient sensés rencontrer, ces gens qui devaient leur lancer des fleurs, pas des grenades. Jessi n’avait pas cru complètement à cette version des fait mais elle espérait quand même un peu que ce fut vrai.] (Rick Bragg, I am a soldier too – The Jessica Lynch Story, 2003, pp 71-72). Mais le plus loin où Jessica Lynch ira, en direction de la remise en question de la réalité effective de son «sauvetage», ce sera quand elle se demandera ouvertement pourquoi ils ont bien pu aller filmer toute cette affaire? Autrement, elle se cantonnera dans l’idée qu’elle n’est pas une héroïne, qu’elle est juste une survivante. Il est aussi important de noter, pour la bonne compréhension du tableau, que Jessica Lynch ne basculera pas dans le petit vedettariat de tabloïds. Elle restera discrète, presque secrète, et ne deviendra pas la Roxie Hart du conflit irakien. Certes, elle fera la première page du Time au moment des événements (il s’agissait de rétablir la vraie histoire… si tant est), mais ensuite, elle verra à pudiquement retourner à sa vie anonyme.

La VRAIE histoire de Jessica Lynch

La VRAIE histoire de Jessica Lynch

24 avril 2007: Quatre ans après les évènements, Jessica Lynch témoigne devant un comité statutaire du Congrès américain sur les négligences administratives et la réforme du gouvernement (United States House Committee on Oversight and Government Reform) et, une fois de plus, elle déplore fermement qu’on aie tenté de la faire passer pour la Rambo de Virginie Occidentale. Sa déposition se concentre cependant strictement sur le fait qu’on a menti en cherchant à faire d’elle une héroïne et qu’elle ne comprend pas ce qui a pu «les» motiver à fabriquer de la propagande fallacieuse à partir de son histoire sans gloire, en négligeant les vrais actes héroïques de nos glorieux soldats. Témoignage léché, soigneusement scripté. Art de la litote… Dire moins pour faire entendre plus. Dire: on a menti… on a menti… on a menti sur moi. Voilà, tsoin-tsoin, ouvertement je vous le dis: le Pentagone a indubitablement dit des fausseté au public me concernant… Et tout le monde au Congrès de tirer une tête catastrophée, et la galère de continuer de voguer…

Aujourd’hui: Comme le montre bien cet entretien accordé par Jessica Lynch à CNN en 2011 (en anglais), on continue d’avoir affaire au profil bas d’une blessée de guerre qui ne tire absolument aucune joie (patriotique ou autre) de sa traumatisante équipée. Aujourd’hui mère d’une petite fille et diplômée, Jessica Lynch redit mollement ses lignes désormais convenues. Elle n’a toujours pas ouvertement nié avoir été «sauvée» d’éventuels geôliers irakiens, par ses jeunes collègues de l’armée américaine, en ce fameux premier avril 2003. Discrète, presque sibylline, prudente, américaine aussi, elle a pris le parti de ne pas mentir sans trop en dire. Sauf que, une fois de plus, la preuve est faite et refaite que le grand ennemi de la société civile ment au public, qu’il y a effectivement une chose qu’il faut continuer d’appeler propagande de guerre. Jessica Lynch est officiellement la seule et unique prisonnière de guerre, depuis la Seconde Guerre Mondiale, à avoir été «sauvée» dans une opération s’étant déroulée avant la fin du conflit (d’habitude on libère les prisonniers de guerre après la conclusion effective des hostilités). Alors, bon, sur ce «sauvetage» d’il y a dix ans, dont on ne nous dit plus rien, conclueurs, concluez…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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